Ristori, un compositeur de génie

24 juillet 2012 | Découvertes polyphoniques

RISTORI, UN COMPOSITEUR DE GÉNIE

Ce compositeur est totalement tombé dans l’oubli et c’est grand dommage vue la qualité des quelques œuvres qui nous sont parvenues. Nous ne possédons aucun document sur sa date de naissance, celle-ci étant mentionnée sur son acte de décès (1652-1753), ni sur son lieu de naissance, Venise, Vienne ? Selon les déplacements de son père Tommaso, directeur d’une troupe de Commedia dell’arte qui se produisait aussi bien en Italie qu’en Europe centrale. Le nom du jeune Ristori apparaît pour la première fois à l’occasion de la représentation de son « drame pastoral » Pallade trionfante in Arcadia à Padoue en 1713. Il se fait connaître rapidement grâce à ses opéras : Orlando furioso (Venise 1713), Euristio (Bologne 1714), et Pigmalione (1714), entrant parfois en concurrence avec Vivaldi, l’opéra étant à cette époque le passage obligé pour s’affirmer et asseoir sa réputation.

 

Son père et ses comédiens italiens ayant été engagés à la Cour de Saxe d’Auguste le Fort, Giovanni Alberto arrive avec eux à Dresde et va peu à peu s’imposer en faisant représenter de petits opéras dans le goût italien, des sérénades et autres musiques à l’attention de l’Électeur de Saxe, élu roi de Pologne. Il obtiendra en 1717 son 1er engagement comme « compositeur de la musique italienne », puis « directeur de la chapelle polonaise », avec deux autres musiciens très intéressants mais tombés dans l’oubli : Joachim Quantz et Franfisek Benda.

La Cour de Dresde de par le mariage de Maria Josepha, fille de l’empereur d’Autriche, avec le fils d’Auguste II, futur roi de Pologne sous le nom d’Auguste III, va véritablement entrer en religion et instaurer en Saxe la piété autrichienne. Les compositeurs de la Cour (Zelenka, Benda, Butz, Quantz, Ristori) sous la direction de leur maître de chapelle Heinichen, auront la mission principale, les œuvres de divertissement occupant une place secondaire. Il n’est qu’à consulter les archives romaines de la Société de Jésus qui sont une mine de renseignements sur la piété intense, à travers les œuvres et les cérémonies grandioses exécutées, notamment à l’occasion des fêtes en l’honneur de saint François-Xavier, patron du palais impérial de Vienne, auquel la princesse vouait un véritable culte. Des 15 enfants qu’eut la princesse tous porteront le prénom secondaire François-Xavier.

Tout en s’attachant à ses obligations, Ristori continue à écrire des opéras et sa réputation est attestée. Si le maître de chapelle Heinichen n’aimait pas du tout ces Italiens qui, profitant de l’engouement que l’on portait à leur musique, « se croyaient tout permis et étaient payé le double des autres musiciens », l’arrivée de Hasse en 1730, complètement dévolu à cette musique, détendit l’atmosphère. Ristori aura pour tâche de tenir le deuxième clavecin lors des représentations d’opéras qui étaient plus fréquentes. Il profitera des nombreuses absences de Hasse, qui parcourait toute l’Europe pour sa carrière, pour écrire et imposer ses œuvres. C’est également à cette époque qu’il va écrire la majeure partie de ses œuvres religieuses. On lui doit des vêpres, des cantiques, des litanies, des duetti pour la quadragesima, 15 messes dont cette messe de Noël datant de 1744.

A la mort de Zélenka, il prend sa place en tant que compositeur de musique sacrée. Il s’éteint le 7 février 1753 d’une « inflammation ». La reine Maria Josepha conserva à l’abri de la Cour toutes ses œuvres qui furent versées à la bibliothèque publique royale en 1908. Pendant la guerre de 1945 tout fut à peu près détruit et les quelques partitions restantes furent disséminées.

Le nom de Ristori, aujourd’hui complètement effacé, était très connu en Europe. Frédéric II se prit de passion pour son opéra Calandro qui fut le 1er opéra buffa à être joué en Allemagne. En Russie, un opéra de Ristori fut représenté à l’occasion du couronnement de la tsarine Anna Ivanovna, ce qui constitua une première pour une œuvre lyrique italienne dans ce pays.

La Messa per Il Santissimo Natale di Nostro Signore est une œuvre particulièrement réussie qui revêt un caractère sacré exceptionnel, très éloigné des œuvres de ce goût italien parfois assez creuses musicalement que beaucoup de compositeurs déversaient dans toutes les Cours d’Europe, sauf en France. Nous sommes bien loin de Hasse et plus près de la rigoureuse technique d’écriture de Zélenka. Cette œuvre est d’une grande homogénéité thématique et pleine de trouvailles quant à l’évocation de Noël par les interventions siciliennes au bercement pastoral des bois dans le Cum Sancto. Cette messe est d’une savante unité tonale, ce qui va lui donner sa structure. Les morceaux en tutti et chœur sont en ré majeur, les morceaux intermédiaires dans une relation de parenté tonale, ce qui va permettre aux passages solistes de se détacher de façon cohérente et non dans une écriture vocale artificielle.

Beaucoup d’éléments d’écriture sont remarquables, l’orchestration n’est pas laissée au hasard et élaborée dans les moindres détails, ce qui fait penser encore une fois à Zélenka, par cette recherche dans la couleur orchestrale, éclats de lumière, assombrissement, obscurité, tapis sonores. Deux exemples nous en sont donnés dans le Kyrie et le Domine Deus où les violons et les hautbois se déploient en imitations émettant une sorte de vibration sur lesquels les voix et les chœurs vont évoluer. Dans les chœurs solennels du Gloria nous avons une écriture plus traditionnelle mais d’une grande maîtrise. Les passages solistes sont d’une puissante intériorité avec comme dans le Laudamus te, une alternance soprano-chœur grave du plus bel effet. Le Credo est caractéristique par sa déclamation homophonique qui va comprimer le texte, alternant par une écriture harmonique traversée par un motif de chaconne.

Une très belle œuvre d’une écriture subtile et pleine d’inventivité.

Alain MAUREL

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