Le Lundi de Pâques

15 mai 2012 | Messes du Temporal

La répétition de l’introït Resurrexi

 

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

INTROÏT

INTROÏT

LE TEXTE

Il vous a introduits, le Seigneur,
Dans la terre où coulent le lait et le miel, Alleluia.
Que la loi du Seigneur
Toujours soit dans votre bouche.
Alleluia. Alleluia.

Ps. – Louez le Seigneur et invoquez son nom,
Annoncez parmi les nations ses œuvres. Ps. CIV, 1.

Ces paroles ne se trouvent pas textuellement dans l’Ecriture mais eles sont inspirées des versets 5 et 9 du ch. XIII de l’Exode…Moyse là s’adresse au peuple et lui dit : « Lorsque le Seigneur t’aura introduit dans la terre du chananéen… terre où coulent le lait et le miel, tu célébreras, ce mois-ci, ce rite sacré (la Pâque) … et ce sera comme un signe dans ta main et un monument devant tes yeux afin que la loi du Seigneur soit toujours dans ta bouche. »

La terre de Chanaan, si riche qu’elle fût, n’était que la figure du Royaume de Dieu : l’Eglise et le Ciel, lieu de la Béatitude. En cette terre spirituelle où coulent les richesses inénarrables de la grâce et de la gloire, les nouveaux baptisés ont été introduits le Samedi-Saint par le Baptême et l’Eucharistie. C’est d’abord à eux que l’Eglise s’adresse. Notons qu’aux premiers siècles, et encore à l’époque de Saint Grégoire, pendant toute la semaine de Pâque, ils étaient aux premiers rangs de l’assistance vêtus de l’aube blanche de leur Baptême. Elle constate avec eux que le Seigneur a tenu la promesse qui leur fut faite tant de fois au cours du Carême : il les a introduits dans la terre de Bénédictions (Le fluentem lac et mel est une allusion – et elle était alors très claire pour tout le monde – au breuvage de lait et de miel, qui était donné aux nouveaux baptisés, aussitôt après leur communion) et elle en tire la conséquence : Que la loi du Seigneur soit désormais toujours sur vos lèvres.

Mais en même temps qu’à eux, l’Eglise s’adresse aussi à nous car, en participant au mystère pascal, nous avons été réintroduits dans le Royaume, et si nous y étions déjà, nous avons été amenés, plus avant dans cette terre mystérieuse où il est donné de goûter de plus en plus les ineffables suavités divines.

LA MÉLODIE

Elle n’est certainement pas une simple constatation faite sur un ton d’indifférence officielle, mais le sentiment qu’elle exprime ne saurait être absolument précisé. On peut l’entendre sur un ton grave ; l’intonation et le début de la seconde phrase s’y prêteraient assez. Mais il est tout aussi légitime d’y découvrir un accent de douceur aimable et de voir comme un sourire d’accueil, empreint de paternelle bonté, sur les lèvres et dans les yeux du Pasteur qui parle. Cette seconde interprétation, sans s’imposer, semble plus dans l’atmosphère de la joie pascale et concorde peut-être mieux avec l’ensemble de la mélodie.

Cette aimable bienvenue, répandue sur les neumes, tous retenus et très liés, de l’intonation, prend un peu de chaleur dans la montée de terram fluéntem puis se revêt de douceur délicate sur lac et mel où se trouve évoqué le breuvage symbolique qui accompagna la première réception de l’Eucharistie le samedi précédent, et toutes les délectations de la grâce et de la gloire qui suivront.

La deuxième phrase se trouve bien, elle aussi, de cette atmosphère cordiale. La mélodie enveloppe Domini de tendresse, insiste sur semper et, après une retombée délicate sur sit, rebondit sur vestro en un neume plein de grâce, dans la même nuance de douceur simple et paternelle.

Les Alleluia ramènent alors la mélodie à la tonique dans la plénitude de leurs intervalles.

Le psaume est une invitation à louer le Seigneur et à proclamer ses œuvres ; la formule du VIIIe mode lui donne quelque chose de vif qui convient bien à l’enthousiasme des jeunes baptisés.

Si l’on choisit la seconde interprétation, il va de soi que la voix ne devra pas être poussée mais avoir une certaine onction.

Toute l’intonation sera quelque peu retenue. Le punctum de am dans terram est une virga épisématique dans les manuscrits, il faut le bien poser, arrondissez bien le motif de fluéntem ; faites la distropha de mel douce, la répercussion délicate et la retombée sur le pressus, fluide, mais tout cela dans le mouvement.

Reprenez a tempo au début de la seconde phrase ; faites l’accent de Domini levé et arrondi et liez ni à semper qui sera retenu légèrement.

GRADUEL

C’est encore l’Haec dies. Le jour est prolongé ; la joie reconnaissante aussi…
Le début du verset est différent : Dicat nunc Israël au lieu de Confitémini. Au fond, l’idée est la même, et l’expression aussi, car les deux verbes sont à l’impératif : invitation à louer la miséricorde infinie du Seigneur. Quant à la vocalise si expressive de Domini dans le Confitémini, elle garde ici tout son sens et toutes ses nuances sur Israël, le nom du fils chéri, devenu celui du Peuple Choisi puis celui de l’Eglise. Il est appliqué ici plus particulièrement aux nouveaux baptisés et à ceux qui ont renouvelé la grâce de leur Baptême, avec toute la tendresse de l’Eglise pour ses nouveau-nés.

ALLELUIA

LE TEXTE

L’Ange du Seigneur descendit du Ciel
Et s’approchant roula la pierre et s’assit dessus. Math. XXVIII, 2.

Simple récit mais qui n’est pas ici une annonce du miracle. L’Eglise se le chante à elle-même et au monde pour en faire l’expression à la fois de sa joie et de sa louange au Christ Ressuscité.

LA MÉLODIE

Un beau chant très lié. Il n’exprime pas de sentiment particulier mais une atmosphère de joie très calme. L’auteur semble avoir été plutôt préoccupé de faire une mélodie descriptive ; descendit évoque sans aucun doute le vol descendant de l’Ange. Sans se laisser aller à la fantaisie, on peut aussi voir, dans revolvit lapidem, une sorte d’harmonie imitative de la pierre qui roule. Ce motif étant celui de l’Alleluia et de la reprise du chœur, toute la pièce en reçoit un caractère très pittoresque.

L’Alleluia et son jubilus sont légèrement retenus dans les manuscrits ; de même le climacus de descéndit et dans la second phrase accédens revolvit lapidem qui reproduit l’Alleluia : mais veillez bien, en les élargissant, à garder le legato.

OFFERTOIRE

LE TEXTE

L’Ange du Seigneur descendit du Ciel et dit aux femmes :
Celui que vous cherchez est ressuscité comme il l’a dit, Alleluia.

C’est une combinaison des versets 2, 5 et 6 du chapitre XXVIII de Saint Mathieu… Il est à interpréter dans le même sens que l’Alleluia ; comme l’expression de la joie et de la louange de l’Eglise.

LA MÉLODIE

Cette mélodie se trouve aussi adaptée à l’Offertoire Posuisti de la Messe Laetabitur du Commun d’un martyr non Pontife. Il est impossible de déterminer laquelle des deux est l’originale. Elle a été plus tard adaptée à nouveau à l’Offertoire Assumpta est de l’Assomption.

C’est un chant très orné, dans une atmosphère de joie calme, paisible, contemplative qui s’exalte par moment avec les mots, selon que les images sont plus brillantes ou que le cœur s’échauffe de reconnaissance et d’amour.

Angelus Domini développe d’une grâce exquise la vénération de l’Eglise pour e messager du Seigneur. Descéndit, ici encore, décrit la descente de l’Ange, mais cette fois de caelo n’est pas ans le mouvement thétique, c’est au contraire une splendide arsis sur les notes élevées ; évocation, sans aucun doute, des hauteurs célestes. Muliéribus reçoit aussi un revêtement somptueux et qui s’apparente de très près à celui de caelo.

Quem quaéritis tranche par son caractère thétique et marque très heureusement l’entrée en action de l’ange. Le mouvement s’anime sur resurréxit et s’éclaire d’une joie délicate, extrêmement gracieuse qui prend de l’ampleur et je ne sais quoi de grandiose sur sicut dixit. Alleluia.

Cette mélodie à la fois légère, solennelle et brillante demande une grande souplesse de voix et de rythme ; la chanter fort serait la défigurer. Le tempo en sera assez large ; on ne se pressera pas, mais on sera très vivant. Les crescendo, pris de loin, ne seront jamais poussés.

On arrondira les sommets de Angelus et de Domini. Descéndit sera chanté sans effort, glissant comme un vol d’ange ; le do qui précède le quart de barre sera quelque peu allongé ; la remontée, très came, de même la descente de caelo. La triple note de dixit est une trivirga dont les deux premières sont allongées, il faut bien les appuyer ; il y a là une nuance qui remet en relief l’importance du message de l’ange. Posez bien la cadence sur sol de muliéribus.

Un bon temps de silence, puis chantez avec beaucoup de calme la parole de lange, la première note des climacus bien posée, faites surréxit très souple, sans le presser.
Le crescendo de sicut dixit se continue dans l’Alleluia presque jusqu’à la fin. C’est sur ce dernier mot que la joie revêt le plus d’éclat, faites-le enthousiaste et gracieux à la fois. Les deux torculus de la fin seront très élargis et la dernière note prolongée, après avoir été doucement posée.

COMMUNION

LE TEXTE

Il est ressuscité, le Seigneur,
Et il est apparu à Pierre, Alleluia. Luc XXIV, 34.

Ce verset, choisi sans doute à cause de la station qui était à Saint-Pierre et de l’Epître qui est le témoignage de l’Apôtre au Christ ressuscité, n’a aucun rapport avec la communion. Il est seulement, l’expression de la joie de l’Eglise qui loue le Seigneur des merveilles de sa résurrection.

LA MÉLODIE

A part l’intonation et l’Alleluia, elle est, à quelques détails près, la reproduction de la dernière incise de la Communion de la Messe de minuit : ante luciferum génui te. Très belle adaptation d’ailleurs. Une arsis, marquée d’une joie pleine de fraîcheur, s’épanouit sur les notes élevées de Dominus avant de descendre en une révérence gracieuse sur la dernière syllabe. Apparuit Petro n’est qu’une cadence enveloppée dans la joie générale ; mais elle a sur la double note de ru quelque chose de ferme qui dit fort bien la certitude de l’affirmation. La joie se prolonge sur les longs neumes de l’Alleluia, noble, gracieuse toujours et plus contemplative maintenant qu’elle n’a plus qu’à louer sur le mot qui dit  tout.
Il faut lui donner un mouvement allègre et très vivant. Retenez les quatre dernières notes de Dominus, appuyez fermement, sans la heurter, la double note de apparuit qui est une bivirga épisématique. L’Alleluia sera un peu plus retenu et très lié. Balancez avec grâce la dernière incise.

 

Cantiques pour Pâques

Ecoutes de pièces

Epître, évangile et préface chantés de cette messe, voir ici

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