Ier dimanche de l’Avent

14 février 2012 | Messes du Temporal

La répétition de l’introït Ad te levávi ánimam meam

 

Le fameux Trope en l’honneur de saint Grégoire

Les autres pièces de ce dimanche

 

 

 

INTROÏT

LE TEXTE

Vers toi j’ai élevé mon âme
Mon Dieu, en toi je me confie.
Non, je n’aurai pas à rougir ;
Et qu’ils ne ricanent pas sur moi, mes ennemis,
Car ceux qui t’attendent ne seront pas confondus.
Ps. – Tes voies, Seigneur, montre-les moi :
Et tes sentiers, fais-les moi connaître.
Ps XXIV, 1, 2, 3, 4.

Le Psaume XXIV est de David. C’est lui qui parle. Au milieu de ses épreuves, alors que ses ennemis se moquent de sa foi, il se tourne vers Dieu, renouvelle sa confiance en lui et lui demande de l’éclairer pour qu’il puisse le rencontrer quand il se manifestera.
En le faisant entrer dans la liturgie de l’Avent, l’Eglise n’en modifie pas le sens littéral, elle le rend seulement à la fois plus large et plus précis ; elle en dégage ce que Dieu y a mis d’universel et de divin. Ce n’est plus le psalmiste qui s’élève vers Dieu et chante sa confiance, c’est elle, avec tous ses membres, ceux du passé, ceux du présent, ceux de l’avenir même – car elle se les incorpore déjà en quelque sorte. Ce qu’elle attend de lui, ce n’est pas un secours quelconque matériel ou spirituel, c’est le Messie, le Christ, le Christ qui doit venir dans la chair, qui doit venir dans la grâce, qui reviendra dans la gloire ; et, parce que c’est Dieu même qui le lui a promis, elle l’attend avec une confiance si ferme qu’elle se sent assez forte pour la lancer en défi à ceux qui se rient de son espoir jamais lassé. Toutefois, comme elle ne sait ni quand, ni où, ni de quelle manière il se manifestera, elle lui demande de lui indiquer sur quel chemin se tenir.

LA MELODIE

Ad te levavi ánimam meam… L’Eglise s’est recueillie, elle a pris contact avec le Seigneur. Dans une joie discrète, fruit de la confiance, de l’abandon, de la paix, de l’amour, elle lui dit le bonheur qu’elle a d’être avec lui. Il n’y a pas d’autre chose dans cette première incise. Les intervalles sont larges et pleins ; le rythme, souple et paisible, s’achève sur une cadence toute reposée. Pas la moindre trace d’inquiétude, de souci, voire d’impatience.
Ce n’est toutefois qu’un prélude, et très court. L’Eglise a quelque chose de plus à dire à Dieu : la certitude absolue qu’elle a de recevoir ce qu’elle attend de lui. Et elle est pressée de le lui dire, car certains, en elle et autour d’elle, se moquent en riant de sa patiente fidélité. Ainsi vient sur ses lèvres l’affirmation de son espérance inébranlée : Deus meus in te confido non erubéscam. Ce n’est pas un cri d’angoisse ; elle n’a pas peur de faillir, c’est sa foi qu’elle chante et elle la chante dans la même paix heureuse ; le motif de Deus meus est admirable de confiance simple et aimante. Une certaine ardeur toutefois s’y mêle, se développe peu à peu et va éclater ferme et vibrante sur non erubéscam. (Dans certains missels, non erubéscam se trouve traduit par le subjonctif : Que je ne rougisse pas. Cette première phrase est alors une supplication et l’expression en est bien différente. Mais rien ne s’oppose à ce qu’on y voie un futur : Je ne rougirai pas. C’est la traduction de Dom Guéranger dans l’Année liturgique. Elle est plus conforme à la fermeté de l’espérance et la mélodie s’en accommode tout aussi bien sinon mieux).
Dans cette absolue certitude qui la rend si forte, elle voit de haut ceux qui se rient d’elle et les défie : neque irrideant me. C’est un sentiment tout autre qui l’anime pour un instant. Il y a sur neque quelque chose de vif, de piquant, avec peut-être une pointe de présomption – notez l’attaque sans préparation sur la dominante, la répercussion sur la tristropha, l’insistance qui se prolonge sur le torculus allongé – une raillerie malicieuse sur irrideant ; sur inimici, du mépris, pour ne pas dire plus.
Après cet épisode qui l’a tournée pour un instant vers le monde méchant, l’Eglise revient vers la joie de Dieu et, dans la paix heureuse établie par les clivis allongées de mei qui ont amené la mélodie en fa, elle se redit à elle-même les mots qui l’aident à porter le poids de l’attente et les persécutions de ses ennemis. Elle met une touche d’aimable douceur sur universi, enveloppe expectant dans un puissant mouvement arsique, pour mettre en relief l’idée foncière de la période et finit de dire ce qu’elle a à dire sur la cadence à la fois douce et forte de non confundentur, le mot même qui fonde son espérance. Le Psaume n’a pas d’expression propre, il va de soi. Il reste qu’il est une prière ; le chanter comme tel, et donc prier. Le pressus de tuas, à la cadence finale, s’adapte d’une manière particulièrement heureuse à ce caractère de supplication.

GRADUEL

LE TEXTE

Ceux qui t’attendent ne seront pas confondus, Seigneur. Verset. – Tes voies, Seigneur, montre-les moi, Tes sentiers, fais-les moi connaître. Ps XXIV, 3, 4.

C’est la dernière phrase de l’Introït et son verset ; l’auteur a seulement supprimé la particule de liaison étenim qui n’a pas de raison d’être et ajouté Domine pour finir.
Le sens est évidemment le même. A noter toutefois la nuance particulière que revêtent ces deux versets chantés immédiatement après l’Epître. Le sous-diacre, voix de l’Eglise enseignante, est venu annoncer que le salut est proche ; le peuple, commentant cette heureuse nouvelle, se redit la parole qui soutint son espoir et demande au Seigneur une fois de plus de lui dire par où il va venir.

LA MELODIE

L’intonation, qui se développe dans le grave, fait que souvent l’on donne à toute la première partie du Graduel un caractère sombre et quelque peu triste qui en ferait comme l’expression de la fatigue du peuple lassé d’attendre. Ce n’est conforme ni au texte ni à la mélodie. « Ceux qui t’attendent ne seront pas confondus …» C’est toujours le mot de confiance de l’Introït ; il est même renforcé ici par l’annonce que le salut est proche. Il est vrai que le texte de Saint Paul s’entend de la venue du Christ à la fin des temps ; mais, outre que dans la liturgie il s’applique aux deux autres venues, il n’est pas ici entouré des terreurs des derniers jours. C’est donc dans la même joie paisible que l’Eglise chante sa confiance. C’est un fait que l’intonation est écrite dans le grave, mais elle n’est pas grave, encore moins sombre. Rien en elle ne s’oppose à l’expression d’une joie discrète et c’est bien cette joie, qui, tout de suite après, monte avec l’arsis de exspectant et s’épanouit sur les clivis allongées qui ne sont pesantes que si on leur donne du poids.
Pourquoi ne pas voir, dans cette insistance, la satisfaction que l’âme ressent à dire au Seigneur, à la fin de son épreuve, qu’elle est de celles qui ont su l’attendre. La joie d’ailleurs, tout en demeurant réservée, se fait de plus en plus marquée. Après que la fermeté de l’espérance a été bien posée sur non par le punctum épisématique, les rythmes binaires de confundéntur l’emportent, légère, jusqu’à la fin, où elle se pénètre sur l’admirable vocalise de Domine d’une ardeur nuancée de reconnaissance et d’amour.

Le Verset. – Il est une prière, une prière de demande mais, elle aussi, baignée dans la joie simple – on dirait bien familière – qui est l’attitude normale de l’âme avec Dieu. Le balancement des rythmes binaires, la longue vocalise de Domine, si gracieuse, ressemblent beaucoup plus à une demande d’enfant qui insiste avec un sourire près de son père, pour avoir ce qu’il demande, – sûr d’avance qu’il l’aura – qu’à une ardente supplication.
L’ardeur vient sur notas fac avec l’objet précis de la demande, amis elle n’est marquée d’aucune angoisse – ce ne serait plus dans la ligne de la pure espérance – une simple pression, toujours gracieuse, avec la flamme du désir. C’est seulement sur mihi qu’un peu de gravité paraît : savoir les voies que Dieu prend pour nous personnellement. Tant de chemins se croisent et, sur ces chemins, nous allons si souvent sans regarder le but de la route… et les voies ne sont pas pour tous les mêmes. Par où viendra le Seigneur pour moi… ? La prière ici domine la joie.
Mais celle-ci revient tout de suite sur sémitas tuas dans les beaux intervalles majeurs, amples et souples. Le dernier mot revêt un accent de supplication très marqué qui contraste un peu avec l’ensemble mais qui établit un parallélisme très heureux entre me et mihi de la phrase précédente.

 

ALLELUIA

LE TEXTE

Montre-nous Seigneur ta miséricorde. Et le Sauveur qui vient de toi, Donne-le nous. Ps LXXXIV, 8.

Le sens liturgique est le même que pour le Graduel. Ce sont les Juifs, l’Eglise, tout le Corps mystique qui appellent le Messie, chacun dans son sens.

LA MELODIE

C’est une prière qui demande la miséricorde mais entendue dans le sens général de bienveillance plutôt que dans le sens précis du pardon des péchés. C’est pourquoi elle est toute imprégnée de paix et déjà de joie ; l’Eglise est si sûre de la réponse qui lui sera faite et elle sait si bien sous quelle forme aimable va venir la miséricorde !

La première phrase est comme une pression tendre de l’âme sur le Seigneur. Notez le pressus de Domine et le motif de misericordiam épanoui en joie délicate sur le torculus du sommet et s’achevant sur tuam dans une nuance de respect, de vénération, d’amour.

Dans la seconde, il semble que le mot salutare tuum, avec l’image concrète du Sauveur, ouvre l’âme à la contemplation. Elle ne demande plus ; elle admire celui qu’elle voit venir, le Fils bien-aimé, et le Père qui le donne. Elle ne chante pas autre chose que sa joie reconnaissante dans l’admirable vocalise de tuum qui l’emporte un instant, en une exaltation recueillie, sur la tristropha du sommet, et la laisse ensuite jouir de sa confiance heureuse sur deux motifs qui se répondent, à la tierce, avec des nuances fugitives de majeur et de mineur d’une exquise délicatesse.

Sur les derniers mots, l’accent de la supplication revient peu à peu dans la même nuance délicate comme une pression d’enfant aimé.

OFFERTOIRE

LE TEXTE

C’est encore celui de l’Introït. Domine a seulement été remis à sa place : Ad te Domine. L’interprétation liturgique est évidemment la même. Il faut toutefois noté qu’il est chanté après l’Evangile, lequel annonce la venue du Christ dans la gloire. C’est donc le troisième sens de l’Avent qui semble s’imposer.

LA MELODIE

Elle n’a pas, dans la première partie tout au moins, l’assurance paisible et joyeuse qu’avait celle de l’Introït. C’est bien ainsi, car elle doit traduire l’impression qu’a laissé la lecture de l’Evangile. Or, si le diacre a annoncé pour finir que la Rédemption et le Royaume de Dieu sont proches, il a commencé par décrire les événements terribles qui les précèderont. L’âme en est naturellement quelque peu assombrie voire effrayée. Pour empêcher que la peur n’altère sa belle confiance, elle la redit à Dieu et lui rappelle que, malgré ses défaillances, elle la lui a toujours gardé et la lui gardera en dépit de tout. Seulement elle ne peut empêcher que son trouble se manifeste quelque peu dans la voix. De là le ton très particulier des deux premières phrases, discret, retenu, inquiet, apeuré, mais surtout pénétré d’une confiance aimante qui se livre à la tendresse du Père pour y chercher refuge. Notez le premier mot Ad te ; il n’a pas moins de dix notes qui vont en progression continue jusqu’à la clivis répercutée. Quel admirable mouvement, ardent et si simple, avec cette nuance de plainte délicate que lui donne le demi-ton de la clivis allongée. L’incise qui suit demeure dans la même atmosphère. L’âme insiste sur tous les mots, les faisant monter, ardents, dans la souplesse du rythme qui rend si parfaitement l’idée de la prière s’élevant vers le Seigneur.

A partir de la deuxième phrase, ce n’est plus la même chose. L’âme s’est ressaisie. Elle n’a plus peur. Elle ne s’excite plus à la confiance ; elle la proclame. Quelque chose de déterminé, de vif, passe dans la mélodie qui devient nettement affirmative. Elle n’a pas la joie souriante que nous avons trouvée dans l’Introït, mais elle est assurée et ferme. Bien établie en majeur sur la cadence de confido, elle s’élève, sur non erubescam, en un accent d’inébranlable certitude. Notez le salicus et la ligne droite inflexible de la cadence sur fa.

Sur neque irrideant me, c’est encore le défi et l’ironie comme dans l’Introït ; la forme seule diffère. Il y a même, peut-être, ici, plus de mépris et de force dominatrice dans l’arsis vigoureuse de inimici.
A la troisième phrase, le calme est revenu, et l’absolue confiance et la paix. Une touche de joie s’esquisse même sur universi. La descente dans le grave, sur exspéctant, comme la remontée sur non confundentur, qui met en un si beau relief le mot de l’espérance, gardent ainsi la mélodie jusqu’à la fin dans le véritable esprit de l’Avent.

 

COMMUNION

LE TEXTE

Le Seigneur donnera sa douce bonté, Et notre terre donnera son fruit.  Ps. LXXXIV, 13.

La Bonté du Seigneur, c’est lui-même ; car il est le Bien qui se communique. C’est cette bonté essentielle qu’il donnera dans la personne du Verbe son Fils. Le fruit de la terre, c’est l’humanité de Notre-Seigneur que, par le Saint-Esprit, Notre-Dame, fleur de la race, va produire. « Et béni le fruit de son sein… »

Au sens historique, ces paroles, sur les lèvres du psalmiste, étaient prophétiques ; elles annonçaient l’Incarnation. Au sens liturgique, de même. L’Eglise en les chantant prolonge jusqu’à nous la voix du prophète. C’est donc encore de l’Incarnation qu’il faut les entendre ; soit de la venue du Verbe dans la chair, soit de sa venue dans les âmes par l’Eucharistie qui prolonge mystiquement son Incarnation, soit de sa venue à la fin des temps, dernier acte du mystère et sa plénitude.

Le fait que le texte est chanté comme antienne de communion, ferait assez naturellement choisir le second sens : l’âme au moment où Dieu se donne à elle dans le Christ et où elle se livre à lui, se redisant la prophétie qui se réalise en elle par le sacrement… Mais on ne peut s’empêcher d’être attiré par la grandeur du troisième. C’est alors, quand tout sera consommé, que Dieu donnera toute sa bonté, car il se révèlera et se communiquera sans voile, tel qu’il est ; et l’humanité, tout son fruit, car le Christ aura reçu d’elle toute sa taille, tous ses membres. Par lui, avec lui, en lui, la race sera toute en Dieu, et Dieu tout en elle ; l’Incarnation, achevée et continuée éternellement.

Rien n’empêche d’ailleurs que les trois sens ne soient en même temps présents à l’esprit puisqu’ils sont tous contenus dans la prophétie et qu’ils vont l’un vers l’autre.

LA MELODIE

C’est un chant de joie. Elle s’épanouit particulièrement sur benignitatem ; mais il n’est pas un mot qui n’en soit pénétré.

Le premier, Dominus, forme à lui tout seul une incise d’un caractère très particulier. Il est comme tous les autres enveloppé dans la joie, mais ce n’est pas la joie qui lui donne sa couleur. L’âme, en le chantant, prend conscience du nom divin et, sur les longs neumes descendants où elle se complait, c’est son amour qu’elle dit, et déjà sa reconnaissance pour le don qui vient, qui est déjà venu, qui continuera de venir. Sitôt après, la joie se donne libre cours ; assurée et ferme comme la certitude sur dabit, débordante d’enthousiasme dans le superbe élan de benignitatem.

Dans la seconde phrase, après avoir marqué d’un accent d’heureuse fierté le pressus de nostra, elle se concentre sur les deniers mots. Une joie plus profonde, plus intime, plus contemplative, et toute baignée de tendresse. L’âme fixe sa pensée sur le fruit de la terre, l’humanité du Christ ; son humanité de chair et son humanité collective dont elle est elle-même un élément.

Le mot benignitatem tout en haut, le mot fructum tout en bas ! Expression descriptive, qui, pour être de second ordre, vaut tout de même d’être signalée. La divinité viendra du ciel, l’humanité, de la terre. Il n’y a pas de doute que ce contraste n’ait été voulu par l’auteur.

(On a pu remarquer que seule des chants de la messe la mélodie de l’Alléluia lui-même n’a pas été commentée. Ce sera le cas la plupart du temps, l’Alléluia prenant généralement son caractère du verset qui l’accompagne).

Epître, évangile et préface chantés de cette messe, voir ici

 

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