Dimanche de la Passion

24 mars 2020 | Messes du Temporal

La répétition de l’introït Judica me par Bernard Lorber

 

Les autres pièces de ce dimanche

Les Gloria Patri sont supprimés (Asperges me, introït, psaume Lavabo). Les crucifix sont voilés.

 

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

LEÇONS DES MATINES : Prophétie de Jérémie sur la Passion du Christ.

ÉPÎTRE : (Heb. IX, 11-15). Les fruits de la Passion. Le Christ, Grand Prêtre par nature, entre dans le Tabernacle divin, Le Ciel, avec son sang et, remplissant son rôle de médiateur, rachète le monde une fois pour toutes.

ÉVANGILE : (Jean VIII, 46-59). Les Juifs accusent Notre Seigneur d’être possédé et essaie de le lapider.

STATION : Saint Pierre.

IDÉE CENTRALE :  La Rédemption du monde par la Passion et la mort du Christ, annoncée par le prophète, réalisée par Notre-Seigneur et présentée par Saint Paul dans sa splendeur éternelle.

INTROÏT

LE TEXTE

Rends-moi justice, ô Dieu, et discerne ma cause de la nation qui n’est pas sainte. De l’homme mauvais et fourbe, délivre-moi, car tu es mon Dieu et ma force.

Ps.Envoie ta lumière et ta vérité : elles me guideront et m’amèneront à ta montagne sainte et à tes Tabernacles. Ps. XLII. 1,2,3.

Le Psaume XLII fut composé dans la captivité. Le psalmiste, interprétant la prière des captifs, demande à Dieu de rendre justice à son peuple, pour le bien qui est en lui, de ne pas le confondre avec la race idolâtre qiu l’opprime, et de lui rendre la lumière qui le dégagera des dangers et le guidera vers la montagne sainte et son temple.

Lorsque Notre Seigneur, au cours de sa vie, eut à réciter ces versets, ils prirent évidemment sur ses lèvres un autre sens, leur sens total. Il demandait vraiment que justice lui fût rendue. En tant que Dieu, il n’avait pas à le demander, il était l’égal du Père; en tant qu’homme non plus, car il était d’une absolue pureté. Mais il avait pris sur lui tous les hommes; il les avait à ce point insérés dans sa personnalité qu’ils était vraiment quelque chose de lui, comme les branches sont quelque chose de l’arbre.  » Je suis la vigne, vous êtes les branches… » Il les avait pris avec leurs péchés et, parce que ces péchés étaient un obstacle à leur union avec lui, il avait résolu d’en assumer la charge devant le Père et de les expédier; ce qu’il faisait depuis le commencement de sa vie et qu’il allait achever dans sa Passion et sa Mort.

Lorsqu’il disait :  » Rends-moi justice« , il demandait donc que le Père le regardât comme justicier, lui et tous les hommes qui, dans la suite des temps, entreraient dans son sacrifice et en recevraient les fruits; et il le demandait comme un droit, en tant que Verbe fait chair, en tant que Christ.
Il demandait aussi que sa cause fut discernée de celle des hommes qui refuseraient la Rédemption et qui formaient, dans sa vision de l’avenir, la nation non sanctifiée, les réprouvés de Dieu.

Enfin, il implore Dieu de le délivrer de ses ennemis, qui allaient s’acharner sur lui jusqu’à son dernier souffle, et de tous ceux qui continueraient, sous une forme ou sous une autre, de le persécuter dans ses membres.

Cette prière, le Christ, dans la gloire, continue de la dire pour la partie de son humanité collective qui est encore dans les épreuves de la Passion; avec lui, L’Église, consciente de ses fautes, la dit aussi. C’est ainsi qu’elle nous arrive chaque année, comme la voix du Christ souffrant nous atteignant à travers les siècles, comme la voix du Christ glorieux intercédant pour nous, comme la voix du Christ vivant dans l’église qui continue sa passion, et comme la nôtre, incluse dans la sienne.

LA MÉLODIE

Elle commence comme la prière extrêmement humble d’un homme accablé. Judica me Deus. Le Christ sait qu’il a droit à la justice, mais Il porte sur lui nos péchés et il en a honte; il en souffre; il les regrette comme s’ils étaient les siens; il en a le coeur brisé, le coeur contri. Voilà bien le sentiment de cette première incise: une prière de contrition, réservée, retenue, sans élan; seul le salicus de Judica me y met une certaine insistance, tout de suite atténuée d’ailleurs par le si b.

Mais voici qu’un autre sentiment se lève et domine. À l’idée d’être confondue avec ceux qui ne veulent pas se repentir, une sorte de répulsion envahit l’âme du Christ et donne à sa prière un accent à la fois de protestation indignée, de supplication ardente, de douleur et d’effroi. Cette expression qui se dessine à partir de causam meam atteint son maximum d’intensité sur la double note de gente – une bivirga épisématique. Ce n’est plus la prière qui demande humblement, c’est le cri de toute l’âme tendue vers la justice du Père.

L’idée est la même dans la seconde phrase, mais la progression en est plus étendue ; elle se fait lentement sur ab homine, comme si le Christ s’appliquait à modérer l’horreur qui monte en lui. Elle éclate pourtant à nouveau et plus poussée; eripe me est un véritable appel de détresse. Le fait qu’il s’achève à la quinte supérieure en une cadence sur si, lui donne encore un caractère de souffrance plus aiguë.

La troisième phrase est tout autre. Le Christ ne demande plus, il ne se plaint plus, il fait confiance. Tout le long des neumes qui redescendent paisibles vers la tonique, il n’y a plus qu’une tendresse confiante, abandonnée, sûre d’avoir ce qu’elle veut du Père infiniment aimant, juste et fort. Elle est particulièrement expressive dans la première incise avec le si naturel de Deus, qui y met une clarté de paix, et la distropha de meus d’une si intime ferveur.

Le Psaume, par son caractère discret, paisible et lumineux, entre bien dans le développement de cette nouvelle idée; l’âme, ranimée par son abandon en la force du Seigneur, se livre à lui, heureuse et confiante, pour qu’il la conduise à la montagne du sacrifice et, par-delà le sacrifice, au lieu de sa béatitude.

GRADUEL

LE TEXTE

Délivre-moi,  Seigneur, de mes ennemis. Enseigne-moi à faire ta volonté.

Verset.Délivre-moi, Seigneur, des nations en furie. De ceux qui m’attaquent, tu me feras triompher. De l’homme inique, tu m’arracheras. Ps. CXLII, 9-10. XVII, 48-49.

Deux idées bien différentes. La première partie est une prière pour la délivrance et la parfaite soumission à la volonté divine; le Verset, un cri de foi et d’absolue confiance.

Cet appel au secours, mêlé de soumission humble et d’inébranlable espoir, qui fut si souvent lancé vers Dieu par David en ses heures d’épreuves, s’applique pleinement à Notre Seigneur, au jour de sa Passion. De quelle âme, à la fois accablée et forte, dût-il le répéter, quand tout le monde, de tous côtés, s’acharnait contre lui !

Il demeure toujours d’actualité sur ses lèvres. Lui, dans la gloire, n’a plus à subir les coups de ses ennemis, mais ses membres qui sont sur la Terre ont besoin, eux, d’être délivrés de leurs ennemis toujours actifs; besoin aussi de l’esprit de soumission.

Il le demande pour eux et eux le demandent avec lui; puis, réconfortés par son acte d’éternelle Rédemption que saint Paul vient de leur rappeler dans l’Épître et assurés déjà d’être exaucés, ils chantent, dans l’ardeur de leur foi vibrante de certitude, leur Libérateur. Liberator meus…

LA MÉLODIE

La première incise, à quelques détails près, est celle du Graduel Exsurge du IIIe Dimanche de Carême .

C’est la même expression que dans le début de l’Introït; le Christ, accablé, se tourne vers son Père mais sans pouvoir se dégager de tout ce qui pèse sur lui. Toute humble sous le péché, sa prière ne monte pas. Même lorsque Domine, le nom divin, est amené, avec tout ce qu’il évoque de miséricorde, elle demeure réservée, timide jusqu’en la nuance de tendresse qu’il y met.

Au début de la seconde incise, à l’idée de ses ennemis, le Christ se relève de sa prostration comme s’il était soudain saisi d’effroi, et c’est une supplication ardente qu’il lance cette fois. D’un bon, la mélodie quitte le grave, touche la dominante sur inimicis, qu’elle accuse d’un salicus très marqué, puis se fait de plus en plus insistante, de plus en plus pressante, sur les distrophas, les répercussions, les torculus allongés de meis. La réserve a disparu devant le danger.

Dans la seconde phrase, l’objet de la prière n’est plus le même. Le Christ sait que le Père ne le délivrera que quand tout son sacrifice aura été accompli; il fera donc sa volonté et de tout coeur, mais il a besoin de son aide. Doce me… Quel admirable accent sur ces deux mots ! Une prière où l’on sent encore un peu d’angoisse, mais si soumise! De plus en plus apaisée sur la belle vocalise de facere, elle s’élève sur voluntatem tuam en un très beau mouvement de ferme assurance, que la répétition des notes répercutées ponctue de certitude et de ferveur. Quelle que soit la volonté du Père, elle sera faite jusqu’au dernier souffle, avec amour.

Verset. – Après l’humble prière, l’espoir vibrant de certitude. Le Christ lance vers le Père le cri de sa confiance inébranlable dans une mélodie claire, ferme, joyeuse, toute pénétrée d’amour aussi et à laquelle il donne déjà un accent de triomphe comme s’il anticipait la victoire.

Liberatuor meus… Notez que cette première incise est une exclamation; elle n’a pas de verbe. Aussi la mélodie a-t-elle quelque chose de direct, de spontané, de vif. Cet empressement de l’âme, heureuse dans la force de sa confiance, passe dans le magnifique élan de ce premier mot, se développe sur meus dans le motif exaltant, deux fois répété, qui l’emporte jusqu’au mi; puis, redescendant vers la tonique du Ier mode, s’enveloppe d’une tendresse reconnaissante sur Domine, avant de rebondir, une fois encore, sur gentibus iracundis, dans la joie de la délivrance et l’espoir de la juste vengeance qui vient.
Il y a moins que des fusions dans la seconde phrase. Sur insurgentibus in me, le poids de l’oppression est à nouveau évoquée; la montée est lente et il y a une nuance de plaintes dans les torculus qui descendent vers la cadence en mi. Mais la joie exaltante revient sur exaltabis me qui s’élève à la tonique dans un redressement fier, noble, et plein de la même confiance vivante et forte.

L’idée de l’homme mauvais, dans la troisième phrase, change ce cri d’espoir en une ardente supplication. Il semble bien que cet être mystérieux soit l’ennemi par excellence, et celui qui fait le plus souffrir. C’est peut-être l’horreur que cause au Christ l’expérience qu’il a eu de ces attaques, en même temps que le désir qu’il a d’en délivrer à jamais ses membres qui donnent à la bivirga de a viro cette insistance si marquée qui pénètre ensuite tous les mots de l’incise.

La confiance, baignée de joie reconnaissante, revient sur eripies me, à la reprise du choeur. Le dernier motif est particulièrement heureux; c’est la troisième fois qu’on l’entend, mais le voisinage du fa et du si naturel lui confère ici un admirable caractère de suavité; l’âme n’est plus seulement dans la confiance, elle est dans la paix et elle en jouit.

TRAIT

LE TEXTE

1. Bien des fois ils m’ont assailli depuis ma jeunesse.
2. Il le dit maintenant, Israël : bien des fois ils m’ont assailli depuis ma jeunesse.
3. Pourtant ils n’ont pas pu prévaloir sur moi. Sur mon dos, ils ont tracé des sillons, les pécheurs.
4. Ils ont prolongé  leur iniquité à eux. Le Seigneur brisera le cou des pécheurs. Ps. CXXVIII, 1-4.

Dans le psaume, c’est le peuple juif qui raconte ce qu’il a eu à souffrir et qui proclame, pour finir, en un mot de dure vengeance, la certitude que le Seigneur aura le dernier mot.
Le sens liturgique est le même; il n’y a qu’à remplacer Israël par le Christ, et L’Église qui le continu. Le Christ, persécuté dès son enfance, demeure imprenable jusqu’à son heure, comme on va le voir dans l’évangile, et est finalement vengé par le Dieu tout puissant au matin de sa Résurrection. Ainsi l’Église, persécutée tout au long de son histoire, dure, tandis que, les uns après les autres, ses ennemis sont terrassés par la mort, en attendant le jour de la Résurrection dernière qui sera celui de l’éternelle vengeance de Dieu.

LA MÉLODIE

Il n’y a pas d’expression particulière qui tranche sur les formules communes. Il faut signaler toutefois l’intonation des versets; grave dans les deux premiers, qui évoque les souffrances du Christ; plutôt joyeuse dans les autres, qui chantent déjà son triomphe; sans presser le contraste toutefois.

OFFERTOIRE

LE TEXTE

Je te louerai Seigneur de tout mon coeur. Donne son salaire a ton serviteur. Je vivrai et je garderai tes lois. Vivifie-moi selon ce que tu as dit, Seigneur. Ps. CX, 1 – CXVIII, 15, 25.

Ces idées, très communes dans les psaumes, forment un commentaire très heureux de l’évangile. L’âme loue le Seigneur pour la sagesse qu’il a déployée dans sa lutte contre les Pharisiens; puis, reprenant en quelque sorte l’idée qui fait le fond de l’incident « si quelqu’un garde ma parole, il vivra« , elle la lui retourne sous forme de prière : donne-moi ta grâce et je vivrai, je garderai sa parole; infuse-moi la vie, selon ce que tu as dit. Chantée au moment où est offerte la matière du sacrifice qui va donner le Pain de vie, cette prière prend un sens plus actuel encore.

LA MÉLODIE

Elle n’a pas le caractère douloureux des mélodies du temps de la Passion. Aussi bien, ce n’est pas le Christ qui parle et il ne s’agit pas de ses souffrances. C’est de joie au contraire qu’elle est toute pénétrée. L’âme est heureuse de ce qu’elle vient d’entendre et c’est le bonheur qu’elle a d’être avec le Seigneur, le bonheur très simple et très intime de recevoir son amour et de lui donner le sien, qu’elle chante. Il n’y a pas autre chose dans tout l’Offertoire; qu’il s’agisse de la louange de la première phrase ou de la prière des deux autres, tout est pénétré de la même joie extrêmement paisible, douce, intérieur, contemplative – le mot est exact car l’âme chante pour Dieu seul – avec des nuances très délicates d’ailleurs; tels les accents de ferveur qui s’épanouissent sur le pressus de tibi et sur le torculus de toto corde.
La prière qui occupent les deux autres phrases ne supplie pas, ne presse pas; elle demande, simplement. Il y a toutefois quelque chose de plus vif dans vivam et custodiam – c’est une promesse que l’âme fait à Dieu – quelque chose de plus pleinement satisfait aussi dans la cadence en fa sur tuos, comme si le secours du Seigneur faisait entrevoir un avenir plus heureux encore. L’expression est la même dans l’admirable balancement de vivifica me qui met le pronom en un si délicat relief par le rebondissement de tristropha. Il se renouvelle sur verbum tuum avec plus de grâce encore, la grâce paisible d’un amour que rien ne trouble et qui est devenu, parce qu’il est très simple, toute la vie de l’âme. Un dernier accent de ferveur sur le pressus de tuum et tout s’achève sur la cadence pleinement reposée du Ier mode.

COMMUNION

LE TEXTE

Voilà le Corps qui pour vous sera livré… Ce calice est celui de la nouvelle alliance en mon sang, dit le Seigneur. Cela, faites-le chaque fois que vous en prenez en ma mémoire. I Cor. XII, 24.

Ce sont les mots même par lesquels le Christ Jésus à réalisé le sacrifice eucharistique et donné à l’église le pouvoir de le réaliser à nouveau.

Ils sont toujours actuels, et pour le Christ glorieux et pour son Église. Il faut les entendre ici comme la présentation qu’il fait lui-même de son corps et de son sang à ceux qui communient et comme l’invitation qu’il leur adresse de faire ce qu’il a fait : se livrer pour le salut du monde.

LA MÉLODIE

La première phrase est empreinte de sérénité, de paix profonde et heureuse; la paix du Christ qui est arrivé à son heure, qui réalise enfin ce à quoi Il a été prédestiné : le sacrifice qui sauve le monde. Rien de dramatique; la simplicité. Quelques notes qui brodent autour de la tonique; c’est toute la première incise. La seconde débute sur le même motif, s’élève à la tierce et, après une demi-cadence sur le la, se pose en fa par le si naturel dans une impression de paix absolue.

L’expression de la deuxième phrase n’est pas la même, c’est l’invitation au sacrifice. Le Christ se fait pressant. On sent l’ardeur du désir qui le brûle : desiderio desideravi… Très marqué dès le début par la clivis allongée sur la dominante, elle va s’intensifiant jusqu’aux pressus de quoties cumque où elle éclate émouvante; elle s’atténue alors sur sumitis et meam, et la paix sereine du début revient, enveloppant toute la cadence finale dans un balancement très simple et très doux.

 

Polyphonies pour le temps de la Passion

Cantiques pour le temps de la Passion (CD 1, pistes 12 à 16)

 

 

Epître, évangile et préface chantés de cette messe, voir ici

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