Deuxième Dimanche après Pâques dit « du Bon Pasteur »

14 avril 2020 | Messes du Temporal

 

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

 

INTROÏT

LE TEXTE

De la miséricorde du Seigneur,
Pleine est la terre, Alleluia.
Par la parole de Dieu,
Les cieux ont été faits. Alleluia, Alleluia, Alleluia.

Ps. – Réjouissez-vous, justes, dans le Seigneur.
Aux (cœurs) droits convient la louange. Ps. XXXII, 5, 6, 1.

Le Psaume XXXII est une louange à la bonté et à la toute puissance que Dieu a exercées dans la création, dans le gouvernement du monde, dans les destinées des nations et, si l’on passe les mots du psalmiste, dans l’édification de l’Eglise.

Les versets 5 et 6 ont été choisis comme texte de l’Introït de ce deuxième Dimanche après Pâques, non seulement parce qu’ils résument tout le Psaume, mais parce qu’en eux tient toute l’idée que l’Eglise développe ce jour-là dans sa liturgie.

Depuis quinze jours, elle a contemplé tous les détails de la Résurrection et en a nourri sa joie ; aujourd’hui elle entre plus profondément dans le mystère, elle va à ce qui en fut la cause et elle trouve la Bonté infinie de Dieu penchée avec amour sur les misères de l’homme. Celle du Père nous prédestinant, dans le Christ, à vivre sa propre vie, à partager sa propre béatitude. Celle du Christ qui nous rachète par sa Passion, sa Mort, sa Résurrection, qui nous prend en lui au Baptême, qui nous garde dans sa pensée comme l’ami dans la pensée de l’ami, qui se fixe en nous à demeure, nourrissant notre amour, de sa parole, de sa présence corporelle, nous conseillant, nous guidant, nous pardonnant, nous relevant et nous serrant de plus près, semble-t-il, chaque fois que nous revenons à lui…, nous menant ainsi, par sa toute puissante influence librement acceptée, à sa béatitude de ressuscité.

C’est cette Miséricordieuse Bonté, qui a fait la Résurrection du Christ pour notre propre résurrection, que l’Eglise célèbre aujourd’hui dans la lumineuse clarté dont le mystère de Pâques enveloppe tous les actes de Dieu et de son Fils. Elle la concrétise à l’Epître et à l’Evangile dans l’allégorie du Bon Pasteur, mais c’est déjà le divin Berger qui partout sur la terre nourrit ses brebis, les défend, les cherche, les ramène, les garde dans le chaud bercail, qu’elle chante en une sorte de prélude dans le misericordia Domini plena est terra de l’Introït…

LA MÉLODIE

Elle ne saurait être plus réduite, dans ses éléments matériels : l’étendue d’une tierce dans la première phrase, d’une quarte dans la seconde. Manifestement ce n’est pas une exaltation de la miséricorde comme dans le verset Confitémini de l’Haec dies. Ce que l’auteur nous livre ici, c’est sa contemplation ou, plus précisément, ce que la contemplation de la miséricorde divine, réalisée dans la radieuse allégresse du temps de Pâques, a fait naître dans son âme : la joie d’être aimé de l’infiniment aimable et de pouvoir l’aimer, sa tendresse pour lui, sa révérence, son admiration, sa confiance… et la paix dont il est tout pénétré. Mais ce sont là choses qui ne se détaillent pas. L’âme en a conscience ; elle pense, elle voit, elle admire, elle remercie, elle jouit, mais sans parole ; tout se fond dans l’acte très simple qui la tient fixée en Dieu, en une quiétude silencieuse. C’est cet état, très simple au fond, de joie paisible et aimante, que la mélodie exprime.

Evidemment, elle n’exulte pas, cette joie, elle ne se répand pas, elle demeure intérieure, mais pas une note qui n’en soit imprégnée. Elle est dans le premier mot qui, en dépit du ré initial, tout de suite s’établit en fa par l’ondulation délicate des demi-tons. Sur Domini, le nom divin, un accent de tendresse la pénètre d’une ardeur discrète qui se prolonge sur la tristropha et la clivis allongée. Le mouvement descend sur ré, mais la mélodie ne s’arrête pas à cette touche du Ier mode qui l’assombrirait, elle remonte au fa et brode autour de cette tonique du IVe mode en un rythme dont tous les détails contribuent à la faire de plus en plus radieuse : l’accent léger de plena se détendant souple et ferme sur la tristropha, le podatus et la clivis de est terra, l’ondulation de l’Alleluia qui touche la tierce majeure, et rebondit légère et bien posée sur le fa.

Elle prend un peu plus d’étendue dans la deuxième phrase, mais l’atmosphère demeure la même. Il n’est pas jusqu’aux mots qui ne se ressemblent : Dei est revêtu de la même tendresse que Domini avec peut-être quelque chose de plus mystérieux, que lui donne la cadence sur mi ; et le rythme de firmati sunt est joyeux et ferme comme celui de plena est terra, plus une nuance d’admiration que lui donne la cadence sur ré.

Viennent enfin les Alleluia ; le premier plus extérieur ; c’est la louange qui jaillit de la contemplation, sans éclat toutefois ; le second qui en ramenant la mélodie à la cadence du IVe mode la garde si bien, par ce qu’elle a d’inachevé, dans l’indicible.

Ce chant est une contemplation ; il ne doit pas avoir d’éclat, mais il est aussi l’expression de la joie dans laquelle l’âme contemple et, de ce fait, il doit revêtir une certaine ardeur, être vivant, souple et ferme. Une juste proportion de ces deux éléments n’est pas facile à réaliser… Il ne faut pas donner toute sa voix, il va de soi, mais ne pas trop l’étouffer non plus ; faire les accents légers, le rythme souple et vivant.

Faites l’arsis de Domini arrondie, sans la ralentir, en posant doucement la voix sur la tristropha. Veiller à ne pas allonger plus qu’il ne faut la clivis pointée ; rattachez-y plena dont l’accent sera très soulevé et un peu élargi. L’Alleluia, gracieux, l’oriscus qui l’achève léger.

Un peu plus de mouvement et de force à Verbo Dei. Crescendo léger sur l’arsis de firmati sunt. Que toute cette seconde phrase soit vivante et pleine de joie. Le premier Alleluia très arrondi. Très peu de ralenti au second.

Le Psaume bien accentué, dans une atmosphère de joie simple.

ALLELUIA I

LE TEXTE

Ils connurent, les disciples, le Seigneur Jésus à la fraction du pain. Luc XXIV 31, 35.

Il s’agit des disciples d’Emmaüs reconnaissant le Christ ressuscité : mais en ce dimanche du Bon Pasteur, ces quelques mots sont plus que le rappel joyeux de l’incident ; ils chantent la réalisation de la parole de Notre Seigneur : « mes brebis me connaissent ». A la nourriture qu’il leur présente, les disciples, brebis errantes dans le soir qui tombe, reconnaissent leur Maître, le divin Berger.

Ainsi entendu cet Alleluia est une très belle paraphrase des derniers mots de l’Epître : Vous êtes retournés à celui qui est le pasteur et l’évêque de vos âmes… Nous le chantons dans la joie de ne plus être des brebis errantes, mais de vivre sous la vigilance du Pasteur bien aimé, dans l’intimité duquel nous entrons de plus en plus chaque fois qu’il se donne à nous dans la « fraction du pain ».

LA MÉLODIE

Un très bel élan sur les notes principales du mode, même le mot cognovérunt jusqu’à la dominante où il s’épanouit. C’est le mot important de la phrase et l’âme s’y complait dans la joie, celle des disciples qu’elle évoque et la sienne qui se renouvelle et s’accentue  à chaque rencontre avec le Christ dans l’Eucharistie et dans l’oraison ; Cet élan, un instant interrompu, rebondit sur discipuli et se continue dans la même allégresse jusqu’à Dominum. La joie alors, sur le mot divin, devient intérieure, contemplative ; C’est sa vénération, sa tendresse, sa soumission abandonnée, tout ce qu’il y a d’indicible en elle, que l’âme chante au Pasteur adoré, tout le long de cette admirable thésis qui de degré en degré, comme par des paliers successifs, ramène, lentement, doucement, religieusement le mot jésum à la cadence finale où il se pose en un rebondissement délicat.

La joie s’extériorise à nouveau sur in fractione panis mais elle garde quelque chose de réservé qu’elle tient de la contemplation profonde, qui pour quelques instants vient de la pénétrer. C’est une très belle phrase d’ailleurs. Admirablement ordonnée par la succession régulière des notes longues en rythme ternaire dans la première incise, en rythme binaire dans la seconde, elle se déroule en une ondulation que rien ne trouble jusqu’à ce qu’elle s’achève dans la cadence pleine de mystère du IIIe mode.

Il faut bien lancer l’arsis de cognovérunt ; les deux notes qui précèdent le pressus seront légèrement retenues. Les doubles notes de Dominum douces ; ne pas exagérer le ralenti de Jésum. Pour que la reprise du chœur se fasse sans heurt, on arrondira bien l’accent de panis. Le mouvement ne saurait être rapide ; c’est le Christ qui chante.

ALLELUIA II

LE TEXTE

Moi, je suis le Bon Pasteur.
Et je connais mes brebis
Et elles me connaissent, les miennes. Jean X. 14.

Notre Seigneur, ici, se présente lui-même comme le Bon Pasteur et découvre au monde le secret des relations qui unissent le Berger aux brebis et les brebis au berger, dans le divin bercail ; « Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent ». Ceci entendu non seulement de la connaissance extérieure que le Pasteur a de son troupeau et le troupeau de son Pasteur, mais de l’intimité qui les unit. « Comme le Père me connaît et que je connais le Père. », lisons-nous au verset suivant. Relation d’amour ; un seul cœur, une seule vie, dans la tendresse et la joie.

Cette parole prend une actualité vivante après les derniers mots de l’Epître : Vous étiez comme des brebis errantes… vous êtes retournés au Pasteur, a chanté le sous-diacre. Le Christ répond : C’est moi le Bon Pasteur…

LA MÉLODIE

La première phrase est toute empreinte de bonté, de douceur aimable et souriante. C’est la tendresse du Pasteur. Il se manifeste, divinement attirant, avec je ne sais quoi de profondément heureux ; le bonheur de se trouver avec ses brebis, de se donner à elles, et de recevoir en retour leur ardent et joyeux amour. Le motif descendant de Ego sum qui se pose si délicatement sur le mi est particulièrement expressif de cette tendresse heureuse.

Dans les deux autres phrases – qui sont semblables – c’est plutôt la joie qui domine, la joie de connaître et d’être connu, d’aimer et de se savoir aimé. Le mouvement, en portant la mélodie à la dominante, s’avive et s’éclaire un instant sur cognosco et cognoscunt. Il y a là une touche d’allégresse délicate ; elle se répand sur oves et meae en un motif paisible et gracieux qui est comme la contemplation du Divin berger regardant ses brebis dans la joie et l’amour qu’il leur donne et qu’il en reçoit.

Ne pas chanter fort. Le tempo doit être assez large, sans être lent : ici encore c’est le Christ qui chante.

Faites l’accent de Ego léger et arrondi, posez délicatement sum sur le mi et ralentissez légèrement le climacus qui suit.

Léger accelerando dans l’arsis de cognosco et de cognoscunt. Le reste de la phrase, très lié.

OFFERTOIRE

LE TEXTE

Dieu, mon Dieu,
Vers toi, dès la lumière, je me tourne ;
Et en ton nom je lèverai mes mains. Ps. LXII. 2, 5.

Le Psaume LXII fut composé par David, au temps où, poursuivi par son fils Absalon, il vivait dans le désert, entre Jérusalem et la mer Morte.

C’était sa prière du matin. Sur cette terre aride, qui était sans doute l’image de son âme désolée, il se tournait vers son Dieu, vers son Pasteur, brebis errante qu’il était, lui aussi, et levait vers lui ses mains dans le geste de la supplication, avec la confiance inébranlable qu’il serait exaucé.

Dans la liturgie de ce jour, ces deux versets sont une réponse du bercail à la tendresse vigilante du Bon Pasteur qui vient de se révéler dans l’Evangile. Il a dit que son amour est toujours en acte ; ses brebis lui disent, à leur tour, qu’il en est de même du leur. A peine éveillées, leur pensée, leur désir, leur tendresse vont vers lui et dans la joie et la sérénité d’une absolue confiance en sa garde vigilante et forte, elles lui répètent qu’au moindre besoin, qu’à la moindre alerte, elles l’appelleront d’un geste, d’un cri, pour qu’il vienne et qu’elles se serrent autour de lui.

LA MÉLODIE

L’intonation est toute simple, avec une note de joie tranquille, mais dès les premières notes qui suivent, une sorte d’ardeur s’y mêle qui va croissant jusqu’à la triple note sur fa où elle devient intense, avec quelque chose de personnel, d’intime que lui donne le pronom meus : mon Dieu à moi. C’est toute la tendresse émue de l’âme qui, après le noir de la nuit, retrouve son Seigneur tant aimé. Simple incident d’ailleurs ; sitôt passe le nom divin, la joie retrouve sa simplicité paisible. Le mot face, déjà mis en relief par le sommet de l’arsis, se développe en de longs neumes comme si l’âme insistait pour faire remarquer à l’ami divin qu’il est vraiment sa première pensée.

Même joie dans la seconde phrase, peut-être plus extériorisée. Elle enveloppe nomine tuo d’un beau mouvement, à la fois retenu et chaud, puis elle continue avec un accent de fermeté, de sécurité qui trouve ce qu’il lui faut sur les longues tenues de levabo, de manus et de l’Alleluia. Ce n’est plus tant son intime tendresse que  sa confiance inébranlable que l’âme veut dire à son fidèle gardien.

Il faut faire un crescendo sur Déus meus mais discret ; c’est une prière. La triple note de meus est une trivirga ; la faire très expressive.

Reprenez le mouvement léger sur ad te de luce ; arrondissez le podatus du sommet et retenez toute la thésis. La première note de nus et celle de as, légèrement allongées ; L’Alleluia très paisible.

COMMUNION

LE TEXTE

Je suis le Bon Pasteur, Alleluia ;
Et je connais mes brebis
Et elles me connaissent les miennes,
Alleluia, Alleluia. Jean X, 14.

C’est le même que celui du second Alleluia. Chanté au moment de la communion, il prend un sens plus actuel encore. C’est en effet dans l’Eucharistie que se réalise cette connaissance mutuelle intime entre le Christ et nous. « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi en lui … et je me manifesterai à lui. » C’est donc le Christ qui exprime ici, sous les termes imagés de l’allégorie du Bon Pasteur, le mystère de l’union qui se réalise, au moment même, entre lui et les âmes.

LA MÉLODIE

Sous une forme musicale toute différente, c’est bien la même expression que dans l’Alleluia.

Dans la première phrase, une tendresse souriante, attirante, avec une nuance d’intimité extrêmement délicate sur les trois salicus remontant en demi-ton sur le fa ; on dirait que le Christ ne parle que pour l’âme à laquelle il est uni dans le Sacrement.

Dans la seconde, la joie profonde de l’union. La mélodie s’établit, par ses fréquents contacts avec le do dans une tonalité plus majeure si l’on peut dire ; Il y a dans et cognosco une admirable expression de joie, une plénitude de joie qui se développe sur oves meae en un beau mouvement arsique au sommet duquel meae est mis en relief par l’accent tonique. Le même motif reprend sur et cognoscunt mais ébauché seulement cette fois. Le pressus met une belle nuance de tendresse sur meae. C’est peut-être dans la courbe du premier Alleluia que la joie profonde trouve sa plus parfaite expression.
C’est toujours le Christ qui chante, le mouvement sera donc modéré.

Prenez garde de ne pas faire les salicus de la première phrase trop longs ; posez nettement sur fa la dernière note de bonus pour éviter que ce demi-ton ne soit une plainte ce qui serait un contre-sens.

Dans la seconde phrase, un léger crescendo-accelerando ira jusqu’à la fin de la première incise ; la première note de sco dans cognosco un peu allongée, le torculus bien arrondi et l’accent de meas lancé et articulé ; retenez à peine la cadence de meae mais enchainez et cognoscunt ; Gardez la voix sonore dans les notes graves du premier Alleluia qui ne sera pas ralenti.

Cantiques pour Pâques

Ecoutes de pièces

 

Epître, évangile et préface chantés de cette messe, voir ici

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