Messe des Rogations (Litanies mineures)

15 mai 2020 | Messes du Temporal

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

 

INTROÏT

Commentaire des pièces de cette messe par Dom Baron.
Les rogations sont comme un retour des jours de pénitence au cours du temps pascal. Elles n’existaient pas à Rome à l’époque de Saint Grégoire, mais dès alors, il y avait le 25 Avril qu’on appelait les Litanies Majeures. C’était une procession instituée pour prendre la place d’un cortège païen qui emmenait la jeunesse Romaine sacrifier à la déesse Robigo pour lui demander de préserver les blés de la rouille ou de la nielle. Cette procession avait un caractère pénitentiel ; son but était d’apaiser la justice divine irritée par le péché et de demander à Dieu de protéger les moissons. Elle se déroulait selon le rite des processions stationnales. On se réunissait à Saint-Laurent in Lucina. Au départ on chantait sans doute l’Exsurge et le long du parcours, des répons ; ce n’est qu’à l’approche de Saint-Pierre qu’on commençait les Litanies. Celles-ci achevées, la messe suivait.
Le rite aujourd’hui est demeuré le même et pour la procession de la Saint-Marc, le 25 Avril, et pour celles des Rogations ; seuls les répons ont disparu. Les Litanies commencent dès le départ et s’achèvent par les prières qui sont chantées à l’arrivée à l’Eglise, juste avant la messe.
Il semble bien que primitivement seule la procession avait un caractère de pénitence et de supplication et que la messe était célébrée dans la joie du temps pascal. Saint Grégoire lui-même le laisse entendre dans une lettre qu’il écrivait au peuple de Rome pour le convoquer aux Litanies « que tout le monde appelle Majeures ». « Nous irons à Saint-Pierre, suppliant le Seigneur par des hymnes et des cantiques spirituels afin que dans la célébration des Saints Mystères nous puissions rendre grâce à sa bonté, autant qu’il est en notre pouvoir, pour ses bienfaits passés et futurs ». (P. L. LXXVII. 13. 9.) Tous les textes de la messe en effet, on le verra, sont des paroles de reconnaissance.

LA PROCESSION

Antienne Exsurge

LE TEXTE

Debout, seigneur, aide-nous
Et délivre-nous à cause de ton nom.
Ps. O Dieu, de nos oreilles nous avons entendu.
Nos pères nous ont dit (ce que tu as fait pour eux). Ps. XLIII, 26, 1.
Ces deux versets sont une prière ardente qui est en même temps très habile parce qu’elle fait appel à l’honneur du nom divin et à la fidélité de Dieu à ses promesse.
Ils forment un très beau prélude à la procession qui va se dérouler dans la supplication répétée des Litanies.
LA MÉLODIE

C’est la demande très humble d’une âme accablée sous l’épreuve et qui n’ose pas lever les yeux. Le sentiment de dépression est moins poussé que dans l’Introït Exsurge du Dimanche de la Sexagésime qui finit sur le même texte, mais c’est bien la même supplication effacée, réservée, retenue, sans élan.

Il faut la chanter lentement. Bien poser l’accent de Dómine en lui donnant un peu de longueur. Retenir légèrement la clivis de ádjuva nos. Ralentir à peine nómen túum
LITANIES
Bien leur garder leur caractère de supplication. C’est facile dans la première partie par la retombée en demi-ton sur si et la remontée si-do. Dans les autres, ce l’est moins. Veillez à ne pas donner à Peccatóres un air de triomphe, on y serait assez porté.

LA MESSE

INTROÏT

LE TEXTE

Il a écouté, de son Temple saint, ma voix.
Allelúia.
Et mon cri en sa présence est entré dans ses oreilles.
Allelúia. Allelúia.

Ps. – Je t’aimerai, Seigneur, ma force !
Le Seigneur est mon abri et mon refuge et mon libérateur. Ps. XVII. 7, 2, 3.

Le Psaume XVII est un cantique d’action de grâces dans lequel David, après un cri d’amour ardent pour son Sauveur : Diligam te Dómine… expose le processus de sa délivrance. Il était dans l’épreuve, il a prié, Dieu l’a écouté et l’a sauvé ; alors, action de grâces.
Dans l’Introït de la Septuagésime qui y prend aussi son texte, les différentes phases du drame sont toutes évoquées : circumdedérunt me dolóres mórtis, et invocávi, et exaudívit, diligam te. Ici les deux dernières seulement ont été retenues. Aussi bien ne s’agit-il pour l’Eglise que de rendre grâces. Les épreuves ont été exposées au cours du chemin et la prière aussi. Dieu les a entendues. Son aide n’est pas encore visible dans les prés et les champs qui ne sont qu’en herbe et en fleurs, mais elle est accordée ; il ne faut plus que l’action du temps, et la moisson passera la promesse des fleurs.
C’est dans cette certitude d’espoir qu’il faut chanter cet Introït.
LA MÉLODIE
Le texte est des plus simples ; il ne fait que constater que la prière a été entendue. La mélodie, elle aussi, n’est qu’un récitatif sans emphase. L’Eglise n’exulte pas ; elle se parle à elle-même, ou, si elle se confie, elle raconte la grâce dont elle est bénéficiaire comme une chose normale dans le cours des relations humano-divines. Seulement on sent partout, aussi bien dans la ligne générale que dans les détails, l’émouvante gratitude qui est en elle et qu’elle semble ne pouvoir livrer faute de moyens pour en exprimer l’étendue et la profondeur.
Dès le premier mot, la voix, en se posant ferme sur la double note de exaudívit, met dans la sonorité claire de cette syllabe, la joie de l’âme enfin satisfaite. Cette joie ne fait ensuite que se laisser aller très simplement à travers le balancement de témplo sáncto, la remontée de vócem, la tristropha et l’élan si délicat de l’Allelúia, vers les cadences en mi de súo, méam, Allelúia, si évocatrices de la tendresse émue dont sont baignés, au fond de l’âme, ces simples mots.
Il y a plus de mouvement dans la deuxième phrase, voire une discrète exultation. Le texte ne dit rien de plus, mais il y a un certain lyrisme dans la forme, qui marque la progression de la prière, arrivée en présence de Dieu, reçue par lui, admise jusqu’en ses oreilles. La mélodie quitte le IVe mode sur in conspéctu et, par une modulation hardie mais très fine, s’établit dans le VIIIe mode. Elle se pose un instant sur sol en une cadence lumineuse et ferme puis remonte sur intrávit. L’élan ici est moins marqué. La mélodie se retient, elle insiste, comme elle insistera encore sur aúres ; on sent que le recueillement domine à nouveau sur ces deux mots, comme si, à l’idée que Dieu a accepté sa demande, l’âme se refermait sur lui pour lui dire son amour et sa gratitude.
C’est la même tendresse, baignée de joie heureuse, qui anime les deux Allelúia si gracieux.
Le Psaume alors jaillit comme un beau chant d’amour dans la claire sonorité du la et du si naturel.
Il est bien clair que chanter cette mélodie « en esprit de pénitence » c’est aller à l’encontre des paroles et de la musique, et la défigurer totalement.
Il faut qu’elle soit paisible, recueillie et joyeuse à la fois.
Veiller à ne pas s’attarder plus qu’il ne faut sur les cadences en mi de la première phrase, afin de leur garder leur expression de paix heureuse. Qu’un seul mouvement enveloppe tout, y compris l’Allelúia qui ne sera en rien forcé.
La première incise de la seconde phrase aura le même tempo avec une légère accélération à la fin, pour la relier à in conspéctu et accuser la venue de la joie qui va dominer un instant. Que le porrectus de conspéctu soit bien léger entre les deux clivis allongées. Arrondissez le torculus si gracieux de introivit. La cadence de éjus très expressive. Une reprise de joie délicate sur le premier Allelúia, mais sans contraste.
ALLELÚIA

LE TEXTE

Louez le Seigneur parce qu’Il est bon.
Parce que éternelle est sa miséricorde. Ps. CXVII. 1.

L’action de grâces continue. Elle prend cette fois la forme d’un appel à la louange. Sans doute est-il amené par l’épisode de la vie du Prophète Elie rapporté à l’Epître : il pria, et la pluie ne tomba pas pendant trois ans et six mois… il pria de nouveau, et le ciel donna de  la pluie. Ainsi le Seigneur exauce-t-il notre prière ; louez-le car il est bon… L’Eglise remercie déjà pour toutes les fécondes rosées qui feront la terre donner son fruit.
LA MÉLODIE
Elle est très apparentée au Confitémini du Samedi Saint  ; à ce point que, en plusieurs endroits, ce sont les mêmes notes sur les mêmes mots mais il y a aussi entre les deux de notables différences. Le Samedi Saint, l’Allelúia est discret, gradué, tout à fait adapté à l’éveil progressif de la joie pascale. Ici il n’y a pas à ménager de transition, la joie est là depuis le début de la messe ; recueillie, discrète dans l’Introït, elle prend tout de suite avec l’Allelúia une ardeur plus vive et même un certain éclat. L’arsis fa-sol-do, dans un beau mouvement, va s’épanouir sur la tristropha et se détend ensuite en une thésis très courte mais fort gracieuse qui se relie au jubilus, très joyeux ; d’une joie assurée, paisible et sans ombre.

Le verset, par contre est moins éclatant que celui du Samedi Saint, ce n’est plus la joie toute fraiche et si longtemps attendue de Pâques. Le début est le même, mais la cadence de Dómino a été supprimée ou, plus exactement, on y a fait entrer quóniam qui a perdu de ce fait le bel élan qui se prolongeait en exaltation sur bónus. Ces deux mots ont été revêtus d’un motif plus réservé, plus intime, plus dans le ton de l’Introït.
Le deuxième quóniam demeure dans le style du premier. Sur miséricórdia éjus le motif du Samedi Saint revient et le thème de l’Allelúia s’y greffe très habilement avant la dernière syllabe de éjus.
Ne pas précipiter les trois premières notes de l’Allelúia ; elles sont quelque peu allongées dans les manuscrits. Elargir aussi le jubilus : c’est une joie qui s’épanouit plutôt qu’une joie qui exulte.
Commencez le verset dans un élan plein d’ardeur ; qu’il soit alerte. Allongez un peu la première note de am dans quóniam, et le climacus de bónus ; de même, dans la seconde phrase, la première note de saéculum.

OFFERTOIRE

LE TEXTE

Je louerai le Seigneur on ne peut plus, par ma voix.
Et au milieu de la multitude, je le glorifierai,
Lui qui s’est tenu à la droite du pauvre (que j’étais) pour sauver des persécuteurs mon âme.
Allelúia. Ps. CVIII. 30, 31.

Ces deux versets sont les derniers du Psaume CVIII.  Le Psalmiste, qui a demandé l’aide de Dieu contre ses ennemis, se voyant déjà exaucé, remercie en promettant une louange ardente et partout répétée.
Ils sont parfaitement adaptés à cette messe d’action de grâces pour des bienfaits qui ne sont pas encore arrivés. L’Eglise les a demandés, ces bienfaits, tout le long du chemin au rythme des Litanies, et avec insistance, suivant les conseils mêmes de Notre Seigneur dans l’Evangile qui vient d’être chanté : « Demandez, cherchez, frappez ». Sûre d’être exaucée, parce que « qui demande recevra, qui cherche trouvera, qui frappe verra devant lui s’ouvrir la porte », elle chante sa reconnaissance.
LA MÉLODIE
Elle se déroule dans une atmosphère de joie douce, délicate, pleine de tendresse ; on y sent l’âme heureuse qui se berce dans son bonheur, avec ça et là des accents plus vifs de gratitude.
La louange promise ne sera pas quelconque elle prendra toute la vie, l’assurance en est donnée avec ardeur sur le pressus de nímis. Et ce sera une louange personnelle qui aura la valeur d’un témoignage direct ; in óre méo, de ma bouche ; l’insistance est très marquée par le développement mélodique et les deux pressus. Au début de la seconde incise, la mélodie s’allège et prend du mouvement ; elle souligne multórum – car ce sera aussi une louange publique et éclatante – mais seulement en passant comme si l’Eglise était pressée d’arriver à l’objet même de la louange : laudábo éum. Elle monte à la dominante sur éum, très en relief par la tristropha ; une ardeur très vive commence alors à passer dans les derniers neumes, se renouvelle sur ástitit avec je ne sais quoi de pressant, comme un hâte de dévoiler la grande bonté du Seigneur, et va vers paúperis où elle s’étale à loisir ; notez la montée retenue vers les épisèmes.
Elle ne s’arrête pas là, elle progresse au contraire vers ce qui est l’objet de la gratitude : ut sálvam fáceret. La mélodie monte plus joyeuse vers la tristropha de sálvam, rebondit sur celle de fáceret. Alors là, sans qu’on s’y attende, brusquement, est amené sur persequéntibus le motif suppliant qui par quatre fois, le mercredi des Cendres appelait la miséricorde du Seigneur. Il évoque ici la période terrible des persécutions ; évocation rapide mais émouvante. La mélodie revient à la tonique par le motif très gracieux de ánimam méam ; on y retrouve la paix heureuse du début ; elle se prolonge sur l’Allelúia éclairée encore par les contacts du si naturel et du fa.
Ne pas presser le mouvement, mais l’entretenir toujours.
Elargissez le punctum de nímis et celui qui précède le pressus de méo ; rattachez laudábo à multórum et commencez-y le crescendo puis accélérez légèrement jusqu’à la première clivis de déxteram. Ne faites pas l’arrêt trop long après paúperis.
Retenez la note qui précède la tristropha de sálvam, de même, la première note du podatus de fáceret et élargissez le torculus de ánimam à cause du grand intervalle. L’Allelúia, bien dans le mouvement.

COMMUNION

LE TEXTE

Demandez et vous recevrez.
Cherchez et vous trouverez.
Frappez et l’on vous ouvrira.
Quiconque en effet demande reçoit
Et qui cherche trouve
Et à qui frappe il sera ouvert, Allelúia. Luc. XI. 9. 10.

Ce sont les paroles de Notre Seigneur qui ont été lues à l’Evangile.
C’est lui-même qui les chante ici. D’abord pour dégager la leçon de cette cérémonie des Rogations ; mais aussi pour encourager l’âme, qui la reçoit en ce moment dans son intimité, à lui faire part, dans une absolue confiance, de tous ses besoins et de tous ses désirs.
LA MÉLODIE

Elle est composée, comme le texte d’ailleurs, de deux phrases – la grande barre qui se trouve après invénit doit être considérée pratiquement comme une demi-barre. Ce serait peut-être trop s’avancer que de vois la seconde comme une variation de la première et pourtant il y a entre les incises de l’une et de l’autre de telles ressemblances qu’on ne peut pas ne pas être frappé de ce parallélisme musical : ómnis qui pétit diffère de pétite et accipiétis que par la cadence ; qui quaérit invénit a la même forme que quærite et inveniéntis, quelques notes allant vers une cadence très ornée ; pulsáte et pulsánti ont aussi bien des affinités. D’autre part il y a dans les deux phrases la même proportion entre les incises et la même progression d’une incise à l’autre ; la première est simple, la seconde a sa cadence très développée et la troisième est très amplifiée sur pulsáte et pulsánti…
Il se dégage de l’ensemble une expression d’amabilité, d’encouragement. On sent la joie qu’éprouve le Christ  à solliciter des demandes qu’il aura tant de bonheur à exaucer. Tous les mots en sont baignés mais, plus que les autres, inveniétis, pulsáte dans la première phrase et, dans la seconde, aperiétis avec la remontée ré-fa et l’Allelúia qui prolonge en des neumes, souples et retenus, ce bonheur intime.

Le mouvement ne sera pas rapide mais très souple.

Retenez la première note du podatus de Pétite et de celui de accipiétis, de même les deux notes qui précèdent le quilisma de pulsáte ; le pressus de aperiétus, très expressif.
Une reprise a tempo au début de la seconde phrase, qui sera légère. La première note de podatus de áccipit sera retenue légèrement ; aperiétur sera très rythmé. La double note de tur est une bivirga épisématique, la presser après l’avoir posée doucement. Bien balancer l’Allelúia dans un mouvement paisible et heureux.

 

Cantiques pour Pâques

Ecoutes de pièces

Epître, évangile et préface chantés de cette messe, voir ici

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