Dimanche dans l’Octave du Sacré-Coeur

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

LEÇONS DES MATINES : Au peuple qui lui a demandé un roi, Dieu a donné Saül. Samuel le consacre. (1. Rois, IX-X)

EPITRE : Il faut s’abandonner au Seigneur, lui remettre ses soucis, et lui faire confiance. (1 Pierre. V. 6-II.)

EVANGILE : Les paraboles de la brebis et de la drachme retrouvées. (Luc XV, 1710.)
Ce dimanche est, comme le précédent, sous le signe de la miséricordieuse bonté de notre Dieu qui nous sollicite, nous poursuit et n’a de cesse qu’elle ne nous ait ramenés dans la voie du bonheur, si nous nous en écartons.
C’est par miséricorde que Dieu donne à son peuple le roi sage qu’il sollicite. Plus avisée que les juifs, l’Eglise demande au Seigneur, dans la collecte, de faire un acte de miséricorde plus marqué encore et d’être lui-même notre guide dans notre marche, à travers les joies de la terre, vers les joies éternelles. Il lui répond dans l’Epître, par la voix de Saint Pierre, de ne pas se soucier à l’excès mais d’avoir confiance en lui qui, après les inévitables souffrances de la vie, « nous appellera à son éternelle gloire  » Et Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même vient nous dire à l’Evangile, en deux émouvantes paraboles, jusqu’où va sa miséricorde; jusqu’à laisser tout le troupeau pour la brebis perdue qu’il cherche et qu’il ramène sur ses épaules; jusqu’à bouleverser toute la maison pour retrouver la drachme qui manque au trésor, afin de se réjouir, avec le ciel entier, d’avoir enfin tout son monde avec lui…
Comme cet office, sans que l’auteur ait eu l’idée de l’y adapter, entre bien dans la liturgie de la fête du Sacré-Cœur !

INTROIT

LE TEXTE

Regarde-moi et prends-moi en pitié. Seigneur. Car je suis seul et pauvre. Vois mon abaissement et ma peine, et pardonne-moi tous mes péchés.

Ps.Vers toi, Seigneur, j’ai élevé mon âme. Mon Dieu, en toi je me confie, je n’aurai pas à rougir. Ps. XXIV, 16, 18, 1, 2.

Ces deux versets sont ici, comme ils l’étaient sur les lèvres de David, l’appel vers Dieu des âmes qui sont loin de lui; brebis perdues, égarées ou seulement appelées à plus d’amour et qui, conscientes de leurs fautes, de leurs misères, de leurs impuissances, attendent l’aide du Divin Pasteur pour retrouver l’intimité et la douce chaleur du bercail.

LA MÉLODIE

C’est une prière très humble et très aimante.
Elle est d’abord discrète, réservée dans la première incise. On sent que l’âme a conscience de son péché, de sa faiblesse; mais elle n’est pas accablée, elle n’est pas triste non plus. Elle aime et elle sait qu’elle est aimée: d’où ce ton de confiance simple, intime de réspice in memiserére mei. Il y a là une très belle supplication, retenue encore, mais émouvante de simplicité et de tendresse. Elle s’avive au cours de la seconde incise, à mesure que l’âme expose sa misère. Quoniam inops et pauper sum ego est un très beau mouvement. Doucement relié au mot Domine par les deux notes longues qui entourent le quilisma, il se renforce sur le salicus de la dominante et atteint toute sa puissance d’expression sur pauper sum ego. La progression est très mesurée; ce n’est pas un cri, ce n’est toujours qu’une pression ardente certes mais humble. C’est peut-être d’ailleurs sur les groupes thétiques : la clivis allongée de pauper et le pressus de ego, que la prière est la plus émouvante. Elle y prend un ton de plainte délicate, qui n’ose pas insister, mais qui est irrésistible par la tendresse dont elle s’enveloppe.
Dans la seconde phrase, l’âme plaide plus qu’elle ne prie. Elle étale sa misère et insiste pour que le Seigneur la voie; notez le retour au do de la tristropha et du pressus, la courbe descendante de humilitatem meam qui parle par elle-même, et la remontée sur laborem, lourde de tout le poids de la peine qu’il faut porter.La troisième phrase a quelque chose de grave qu’on ne trouve pas dans les deux autres. La misère y est précisée: peccata, pardonne-moi mes péchés. C’est une prière de contrition, d’où cette touche de honte, cette nuance de regret qui retient la mélodie sur les notes basses. Il n’y a que sur Deus meus que la supplication retrouve son expression de tendresse et de confiance heureuse.
Celle-ci passe dans le psaume, qui s’élève comme un beau chant d’espoir joyeux et fort.
Chantez très simplement la première incise en balançant bien le motif de miserere mei; la première note de ré légèrement allongée. Veillez à ne pas faire de contraste avec la seconde; il faut ménager la transition sur quoniam et mener le crescendo progressivement.
Dans la seconde phrase, arrondissez et élargissez quelque peu les notes isolées de vide humililatem. La thésis qui enveloppe toute la phrase se continue dans la suivante jusqu’à Deus meus; il faut la conduire progressivement. comme on aura conduit l’arsis de la première.

GRADUEL

LE TEXTE

Jette ton souci sur le Seigneur et lui-même t’aidera.

Verset. Dès que j’ai crié vers le Seigneur il a exaucé ma voix. Ps. LIV.23,17,19.

Ces versets, ainsi arrangés, forment un tout qui entre dans le cadre liturgique de ce Dimanche comme une très belle paraphrase de l’Epître. Le premier, en effet, reprend, presque mot pour mot, la parole de Saint Pierre « jetez en lui toutes vos sollicitudes car lui-même prend soin de vous ». L’Eglise le chante pour encourager à la confiance, pousser à l’abandon la brebis de l’Introït qui, dans sa détresse, appelait l’aide du Seigneur et qui se sent peut-être quelque peu effrayée de la parole de l’apôtre évoquant le lion rugissant qui rôde sans cesse et la souffrance des croix qui se profilent sur le chemin du bercail. Elle ajoute, pour la réconforter plus efficacement encore, le témoignage de sa propre expérience. « Dès que j’ai crié vers lui j’ai été exaucée. »

LA MÉLODIE

L’intonation est gracieuse, aimable; c’est tout. Mais aussitôt la mélodie s’élève en un élan où passent, non seulement de la sympathie, mais la force d’une expérience heureuse qui veut se communiquer. Il met tuum en plein relief et s’épanouit sur Domino en une très belle nuance de vénération pénétrée de gratitude. L’incise qui suit chante la miséricorde du Seigneur. Quelle insistance sur te ! Les deux clivis allongées, les deux doubles notes, et le mouvement qui va, de plus en plus arsique, vers la distropha et la bivirga de la cadence; comme si l’Eglise sentait le besoin d’aller au-devant de l’objection que l’âme pourrait faire de son indignité en l’assurant avec force de l’amour attentif que lui porte le Seigneur. La mélodie enveloppe ensuite enutriet d’une gravité où se mêlent de la gratitude et une nuance de joie délicate pour finir.

ALLELUIA

LE TEXTE

Dieu un juge fuste, fort et patient. Est-ce qu’il va s’irriter à longueur de jour? Ps. VII. 12.

L’interrogation qui termine ce verset est à prendre dans le sens négatif. Le psalmiste veut dire que le Seigneur a sa justice en main, qu’il l’appliquera à son heure et qu’il est assez patient pour supporter ce qu’on lui fait sans avoir à se mettre en colère à chaque instant.
Cette parole est encore pour la brebis égarée loin du bercail. L’Eglise la lui chante moins pour l’amener à la crainte que pour l’encourager au contraire à avoir confiance en la patience du Seigneur qui n’est en colère que contre celui qui s’obstine.

LA MÉLODIE

Deus judex justus est revêtu d’une solennité ferme et forte qui s’impose, avec une nuance de sévérité très marquée dans la descente si rythmée sol-re-mi-do et. plus encore. dans la remontée en quinte au sol et au si. Fortis a la même expression. Patiens, par contre, est très lié, avec quelque chose de doux et d’aimable ; l’insistance qu’y mettent le salicus et le quilisma et sa place au sommet de la mélodie montrent bien que l’Eglise a voulu le mettre en relief très marqué, d’autant que la phrase suivante se développe, elle aussi, dans celte atmosphère paisible. On pourrait même trouver, sans forcer l’expression, une fine pointe d’esprit sur cette interrogation quelque peu ironique.
La formule finale s’en dégage dans une splendide montée de joie; la joie de l’âme, heureuse de la patience dont Dieu l’a si généreusement gratifiée. Aussi bien, cette joie, qui est celle de l’Alleluia, enveloppe toute la pièce et en fait un autre beau chant de réconfort pour l’âme retenue loin de Dieu et un hommage de louange à la miséricorde du Bon Pasteur que nous allons voir à l’œuvre dans l’Evangile.

OFFERTOIRE

LE TEXTE

Qu’ils espèrent en toi Ceux qui connaissent ton nom, Seigneur, car tu n’abandonnes pas ceux qui te cherchent. Chantes au Seigneur qui habite en Sion car il n’a pas oublié le cri des affligés. Ps. IX. 11, 12, 13.

Le Psaume IX est un chant par lequel David exprime à Dieu sa reconnaissance pour l’aide qu’il en a reçue. Il est d’abord pure louange, mais, au verset 11, le psalmiste à l’idée de tous ceux qui comme lui passent par des heures difficiles, lance un souhait qui va vers Dieu et vers eux à la fois: puissent-ils faire comme j’ai fait: espérer en toi. Cette parenthèse close, il reprend sa louange: Psallite, chantez au Seigneur.
Après le récit des paraboles de la Brebis et de la Drachme retrouvées, ces trois versets sont le chant de l’Eglise émue par la miséricorde du Seigneur dont un exemple si touchant vient de lui être mis sous les yeux. Elle souhaite que les âmes en détresse recourent à lui, lui fassent confiance et le louent de sa sollicitude à tout instant en éveil.

LA MÉLODIE

Le IIIe mode donne à tout ce chant un caractère d’intériorité émue qui traduit admirablement le sentiment de gratitude profonde qui est au fond de l’âme, en même temps que la sympathie à ceux qui sont dans l’épreuve. C’est une mélodie qui n’a pas d’éclat; on n’y trouve pas non plus les accents de supplication ardente que nous trouvions sur les mêmes mots dans le Graduel de la Septuagésime. C’est plutôt dans une atmosphère de contemplation paisible que l’Eglise formule son souhait.
Après un départ bien en mouvement sur Sperent, avec l’accent du désir qui monte vif et fervent, les retombées sur si donnent tout de suite un ton d’intimité que le beau mouvement de nomen tuum, avec les deux clivis allongées, fait plus expressif encore et plus délicat.

Dans la seconde phrase, la fermeté de la confiance est très marquée par le salicus de non, la triple note de derelinquis, la cadence sur fa, avec sa nuance de paix heureuse qui se prolonge sur quaeréntes et la belle cadence en sol si si assurée.
Vient alors l’invitation à la louange. Pour la cinquième fois, le motif sol-la-do-si-do donne le branle. Sur la tristropha douce et ardente à la fois, l’invitation se fait pressante, mais dans la même atmosphère d’intériorité ; le motif de Domino le dit assez avec sa cadence en fa. Aussi bien, l’âme tout de suite s’arrête et contemple. L’incise qui habitat in Sion est très caractéristique de cette contemplation par ses neumes à degrés conjoints se répétant trois fois sur des motifs semblables et, plus encore, par sa cadence en fa prolongée par la tristropha. L’âme est fixée sur le Seigneur qui, de Sion, veille sur les siens.
Elle se reprend sur quoniam non pour exprimer une dernière fois sa confiance. Le motif rappelle de très près celui qui revêt les mêmes mots dans le Graduel de la Septuagésime, mais ici la contemplation qui le baigne encore lui enlève de son ardeur communicative. La cadence finale est admirable de tendresse et de gratitude heureuse.

COMMUNION

LE TEXTE

Je vous le dis, il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui fait pénitence. Luc XV. 10.

Dernier mot de l’Evangile. Parole merveilleuse qui ouvre devant nous les horizons des joies célestes et nous permet d’y percevoir quelque chose des répercussions qu’ont sur tous les anges les actes de repentir de nos pauvres âmes. Le Christ Jésus dit ces paroles au moment de la communion comme pour atténuer la peine qui pourrait se lever en nous, au moment où nous nous reposons sur lui dans la chaleur du bercail, au souvenir de la brebis égarée, entêté, paresseuse ou fuyante que nous fûmes: « Je vous le dis en vérité, il y a de la joie chez les anges….

LA MELODIE

C’est bien la joie, simple, vive, ardente aussi. Notez cette intonation montant au et s’y posant dans la belle lumière d’un sourire plein de tendresse heureuse, puis les rythmes légers allant vers la cadence de Dei, gracieuse et pénétrée de vénération, enfin le mot paeniténtiam retenu dans la paix qui enveloppe tout et s’achevant sur la cadence en fa qui tombe comme un soupir de bonheur profond.