Dimanche dans l’Octave de l’Ascension

20 mai 2020 | Messes du Temporal

La répétition de l’introït Exaudi Domine par Bernard Lorber

 

L’introït Exaudi Domine interprété par la Schola Bellarmina

 

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Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

INTROÏT

INTROÏT
LE TEXTE

Ecoute, Seigneur, ma voix que j’élève vers toi.
Allelúia.
A toi, il dit, mon cœur : je cherche ton visage.
Ton visage, Seigneur, je le chercherai.
Ne détourne pas don visage de moi.
Allelúia, Allelúia.

Ps. Le Seigneur est ma lumière.
Et  mon salut, que craindrai-je ? Ps. XXVI. 7, 8, 9, 1.
Toute la première partie du Psaume XXVI est un cri de confiance enthousiaste ; quelque peu téméraire même : Le Seigneur est mon salut…que craindrai-je ?… Mais au verset 7, soudain, le Psalmiste se fait suppliant. Comme si une vague de brouillard l’enveloppait il n’a plus conscience de la présence lumineuse du Seigneur, il ne sent plus la chaleur de son amour, il se croit abandonné ; c’est la nuit… Alors sa belle assurance disparaît et l’appel plaintif monte de ses lèvres : « Ecoute ma voix…je cherche ton visage…ne détourne pas ton visage de moi. »
L’Eglise a tout naturellement choisi ces deux versets pour exprimer ses sentiments après le départ de Notre Seigneur. Elle était habituée à sa présence visible, si l’on peut dire : depuis Noël, elle le suivait partout. Elle ne l’a plus. Elle le  cherche comme on cherche souvent dans le souvenir le visage aimé du disparu. Elle n’en trouve que l’ombre… Notre Seigneur l’avait avertie : « Vous me chercherez…la tristesse vous remplira le cœur.  » (Jean XIII. 33. XVI. 6.) C’est bien ce qui est arrivé. Elle se tourne vers lui et, sur le ton d’amour qui a été celui de leurs relations intimes, elle l’appelle : « Ecoute-moi ; mon cœur te cherche…ton visage ne le détourne pas de moi ; dès maintenant, garde-moi la joie de ta présence invisible dans la foi et, à jamais, la béatitude de te voir face à face. »
Alors, réconfortée par cette effusion, elle reprend premier verset du Psaume dans un cri d’espérance : le Seigneur est ma lumière…qui craindrai-je ?
LA MÉLODIE
On ne saurait d’un mot caractériser l’atmosphère dans laquelle elle se développe. Ce n’est pas de la joie, évidemment ; ce n’est pas de la tristesse non plus, pas même de la mélancolie. C’est comme un mélange des deux. L’âme sait que le Seigneur est là par sa personne divine, que le Consolateur est annoncé ; elle ne se plaint pas…mais elle voudrait revoir le cher visage. C’est une prière très douce, très aimante, avec une touche délicate de nostalgie. Il ne semble pas qu’il faille aller plus loin.
On peut déceler cette nuance de nostalgie dès la cadence en demi-ton de Dómine, elle n’est là que passagère, toute la première phrase est bien en majeur : notamment le motif central qua clamávi ad te si simple et si expressif de paix heureuse dont sont faites les conversations intimes entre amis.
Cette atmosphère paisible se prolonge dans les deux premières incises de la seconde phrase. Il y a une délicate expression de tendresse sur cor méum et le motif de clamávi, revient sur quæsívi. L’ardeur du désir est plus marquée sur vúltum túum mais c’est encore la simplicité paisible : nous sommes toujours en majeur. C’est sur vúltum túum Dómine requíram que le changement se produit. La mélodie va vers le la et, par une cadence nettement modale, s’établit en Ier mode. Dans cette  très belle descente syllabique, la prière prend quelque chose de plus sombre : elle supplie davantage aussi ; sans rien de violent, le ton d’intimité demeure mais la pression augmente, notez l’accent de Dómine et la cadence un peu lourde de requíram.
L’insistance s’accentue sur toute la dernière phrase qui ne quitte plus le la. Le motif de clamávi est repris sur me avértas mais au lieu d’aller vers le fa il revient au ré par une cadence que les neumes binaires allongés rendent  plus pesante encore. Les Alléluia demeurent dans la même atmosphère de nostalgie.
Le Psaume en fa avec son bel élan, vient alors comme un cri dans lequel l’âme, qui a repris conscience du Seigneur toujours présent, lui dit sa confiance retrouvée.
Chantez dans un mouvement modéré et veillez à ce que les voix soient douces et comme étouffées.
Vous donnerez un peu d’ampleur aux accents toniques de exáudi et de clamávi dans la première phrase et vous élargirez de même légèrement le climacus qui précède le quilisma de méum dans la seconde. Retenez aussi quelque peu quæsívi vúltum et le passage syllabique vúltum túum…Dómine requíram, surtout dans la thésis.
Dans la troisième phrase, ne sera très élargi et la première note de tous les podatus légèrement allongée, mais que le rythme demeure bien balancé.

ALLELÚIA I

LE TEXTE
Il règne le Seigneur, sur toutes les nations.
Dieu siège sur son trône saint. Ps. XLVI. 9.
Nous retrouvons le Psaume du Roi ramené en triomphe à son palais. Après l’avoir exalté dans le cortège, le Psalmiste le montre ici siégeant en dominateur des nations conquises.
L’Eglise fait de même. Après avoir fêté l’Ascension du Christ, elle l’exalte dans la splendeur de son règne. Peut-être cette idée de triomphe, si différente de celle de l’Introït, est-elle amenée par les derniers mots de l’Epître : Afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié. Il l’est dès maintenant par le Christ qui règne en droit sur toutes les nations, il le sera un jour en fait lorsque son Fils aura réalisé la plénitude de son royaume siégeant au milieu des Douzes il jugera le monde et conduira toute la création sanctifiée en hommage à son Père.
LA MÉLODIE
Elle est joyeuse et paisible à la fois dans la première phrase sur le balancement des rythmes binaires de Regnávit Dóminus. Le pressus bien posé sur la dominante par un mouvement de quinte donne à súper ómnes géntes un très bel accent d’autorité.
Au début de la seconde phrase, l’âme s’exalte sur Déus qui monte en un élan enthousiaste d’ardeur joyeuse. Elan très court d’ailleurs ; la mélodie revient tout de suite au grave avec une très belle cadence, pleine de bonheur sur sédem. Le dernier mot, par ses rythmes, 1.2.3-1.2, 3 fois répétés, ramène la joie calme du début.
Marquez bien, sans forcer toutefois, le rythme binaire de Regnávit, et faites le pressus de súper très expressif.
Il faudra attaquer avec une certaine ardeur Déus et faire l’élan léger, on reviendra ensuite dans un mouvement très régulier à la tonique. Bien marquer les neumes de súam qui font comme un rythme quinaire. Le mouvement doit être assez modéré.

ALLELÚIA II

LE TEXTE

Je ne vous laisserai pas orphelins ;
Je m’en vais, mais je reviendrai vers vous,
Et il se réjouira votre cœur. Jean XIV, 18, 28.

C’est évidemment Notre Seigneur qui parle ici du haut du Ciel. En même temps qu’il est le Roi qui siège en Majesté et domine les peuples, il demeure le Maître plein de tendresse qui, quelques heures avant de mourir, appelait ses disciples : mes petits enfants. C’est à nous, qui les continuons, qu’il s’adresse. Il a entendu la plainte si délicate que l’Eglise a fait monter vers lui dans l’Introït : « Je cherche ton visage »…Il répond : « Je ne vous laisserai pas orphelins…  »

LA MÉLODIE
Ces mots divins, adressés par le Christ à l’Eglise qui cherche son visage, nous arrivent enveloppés d’une sympathie délicate et forte avec ce je ne sais quoi d’indiciblement bon qui fait les paroles consolatrices d’un père, précieuses au-dessus de tout.
Ce sentiment est très net dès les premiers mots. La voix fermement posée sur la note qui précède le quilisma, monte sur non douce et ferme à la fois puis redescend vers la tonique par un pressus qui met sur vos une touche de tendresse extrêmement délicate : non, n’ayez pas peur, je ne vous laisserai pas, vous, je vous aime trop. C’est le thème du réconfort. Non vos.
La mélodie se faite ensuite de plus en plus insistante sur relínquam et par les deux quilismas et par le mouvement de l’arsis, comme si le Christ sentait le besoin d’appuyer fortement sa promesse à cette heure où l’âme se trouve quelque peu déprimée par son départ. Il fait plus. Pour montrer à ses membres qu’il souffre de les voir souffrir, il laisse passer sur le mot órphanos quelque chose de sa propre souffrance. C’est le thème de la tendresse compatissante.
Il est doux et délicat comme un mot de consolation, avec un accent de tristesse, si naturel et si simple sur la cadence en demi-ton, qu’il est émouvant, sur ce mot, par lui-même si triste.
Au début de la seconde phrase, il est repris et développé, fort à propos là encore, sur vádo, le mot du départ. Mais voici le mot du retour promis : vénio. La tristesse s’efface ; une assurance, ferme comme une promesse divine, soulève l’accent tonique allongé par l’épisème horizontal et, dans la détente de l’élan, la mélodie glisse paisible, heureuse vers la tonique. Elle se complaît un instant sur les neumes très liés de la dernière syllabe et, sans s’arrêter, remonte à la dominante avec une grâce aimable qui s’épanouit comme un sourire sur ad vos. Alors, sur gaudébit, le mot qui promet l’éternelle allégresse, la joie se laisse aller, montant et descendant sur les clivis allongées et les climacus, se posant sur les pressus avec une touche de ferveur ; toute en mouvement mais sans éclat, sans bruit, sans exaltation. C’est une joie de contemplation. Le Christ voit le bonheur des siens quand ils seront près de lui et il leur chante son propre bonheur pour le mettre déjà comme un espoir en eux. Car ce n’est qu’un espoir, elle est assurée certes cette réunion, mais d’ici qu’elle soit réalisée, il y a la séparation ; aussi, à la fin de gaudébit, les climacus de vádo reviennent-il amenant avec eux, une foi encore, la cadence du thème de la tendresse compatissante.
A  la reprise du chœur, les deux thèmes se joignent, mais celui de la compassion sans la cadence si b – la ce qui en atténue considérablement l’expression.
Le mélange de ces deux sentiments, si délicatement exprimés, fait de cet Allelúia un des plus purs chefs-d’œuvre du répertoire.
La voix sera douce, et, le mouvement retenu ; c’est une mélodie délicate et c’est le Christ qui chante.
Lancez avec souplesse la première note de non, accusez le pressus et montez doucement au crescendo sur relínquam dont vous retiendrez le salicus descendant vers le quilisma ; vous rythmerez alors avec beaucoup d’expression órphanos.
Tout le motif de vádo sera très lié avec un délicat renforcement de la voix sur la première note pointée de la clivis finale. Un accent de ferveur joyeuse animera vénio ; ad vos sera ralenti et gracieux. Veillez à la régularité du rythme de gaudébit ; allongez quelque peu la première note de de et que tout soit très lié, les notes à épisèmes horizontaux à peine élargies, les climacus bien exacts, la cadence balancée, sans précipitation mais dans un mouvement toujours entretenu.

OFFERTOIRE
C’est le même que celui de l’Ascension avec la même interprétation.
COMMUNION

LE TEXTE
Père, lorsque j’étais avec eux,
Moi-même je gardais ceux que tu m’as donnés.
Allelúia.
Mais maintenant près de toi je suis venu.
Je ne demande pas que tu enlèves ceux-ci du monde,
Mais que tu les gardes du mal.
Allelúia, Allelúia. Jean XVII. 12, 13, 15.
Ces paroles sont extraites de la prière que Notre Seigneur adresse à son Père après la Cène. Il lui demande de veiller sur les siens qu’il va quitter. Tant qu’il était avec eux, il les gardait de l’erreur, de l’esprit du monde, du mal de toute sorte. Là où il va, il ne peut les emmener ; c’est trop tôt, il faut qu’ils demeurent sur terre. Il les confie donc au Père. Pas seulement les onze qui sont là, mais toute l’Eglise qui se trouve en eux comme dans son germe, afin que tout au long des siècles elle vive et grandisse au milieu du monde pour le  sanctifier, au milieu du mal, sans être souillée.
Au sens liturgique, c’est Notre Seigneur qui prie, mais au Ciel, cette fois. On se l’imagine arrivant avec son Humanité Glorieuse près du Père et lui indiquant ses apôtres et ses disciples qu’il voit en bas, les yeux fixés sur lui… « Je les ai gardés ; gardez-les maintenant. » Aujourd’hui sa prière ne change pas. Nous venons de lui demande dans l’Introït de se montrer à nous ; il nous a répondu dans l’Allelúia II qu’il ne nous laisserait pas orphelins ; maintenant il s’adresse au Père : « Gardez-les eux qui sont un avec moi dans l’Eucharistie, ne les prenez pas, ils ont leur rôle à remplir…mais gardez-les du mal. »

LA MÉLODIE
L’intonation est simple, intime, avec une touche de joie aimable qui vraiment va bien du Fils au Père. Un bel élan monte aussitôt sur éssem et établit la mélodie sur la dominante autour de laquelle elle borde dans une grande simplicité. Essem est souligné par le salicus, égo par le torculus sur la dernière syllabe, ce qui lui donne un relief très prononcé, et la phrase descend paisible et heureuse vers le do. Sur l’Allelúia elle module vers la cadence du IVe mode qui vient mettre une touche mystique sur ce chant d’éternité.
Nunc aútem, au début de la deuxième phrase, reprend l’intonation en la développant, puis vient le mot du revoir : ad te vénio. Il est court mais quel admirable mouvement de joie vive, ardente, enthousiaste dans cette montée de la mélodie qui va planer un instant tout épanouie sur le porrectus de la syllabe accentuée et qui se pose sur le sol dans la plénitude du VIIIe mode ; la joie indicible du Christ qui retrouve son Père.
Ce n’est qu’une parenthèse très courte. Le Christ tout de suite revient aux siens qui luttent et peinent sur terre et le même sentiment de compassion passe dans sa voix. La mélodie de nouveau en Ier mode est toute thétique ; notez, dans la première incise, le torculus de rógo, les podatus allongés de tóllas et de éos, la cadence de múndo, et, dans la seconde, le torculus de éos très allongé, et la cadence bien mineure de málo.
Les Allelúia de la fin demeurent ans cette atmosphère.
Ici encore, on chantera à mi-voix avec beaucoup d’onction. Ce qui n’empêchera pas que le chant soit très vivant.
Après avoir bien mis en relief l’intonation on donnera à cum éssem un bon élan et une allure dégagée que l’on gardera tout le long de la phrase, élargissant, d’une nuance seulement, la première note de éis et le torculus de égo. Cette première phrase doit être simple.
On soulignera nunc aútem et, sans brusquerie mais avec ardeur, on montera avec la mélodie vers l’accent tonique qui sera bien lancé et expressif.
Arrondissez le torculus de rógo et appuyez les podatus de tóllas, de éos et de sérves ; c’est là qu’est la prière. Ne retenez pas trop l’Allelúia de la fin.
 

 

 

 

Epître, évangile et préface chantés de cette messe, voir ici

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