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SUMMARY:Huitième dimanche après la Pentecôte
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\n  \nINTROÏT\nLE TEXTE\nNous avons reçu\, ô Dieu\, ta miséricorde au milieu de ton temple. Comme ton nom\, ainsi ta louange s’étend jusqu’aux confins de la terre. De justice est pleine ta main. Ps. – Grand est le Seigneur et digne de louange dans le Cité de Dieu sur la montagne sainte. Ps. XLVII\, 10\, 11\, 1. \nLe Psaume XLVII est un cantique de pèlerinage à Jérusalem. Il commence par un cri d’admiration : « Grand est le Seigneur. » Suit la description de la ville. Il y a alors\, pour le moment où le pèlerin est dans le Temple\, une strophe qui chante sa reconnaissance. « Nous avons reçu\, ô Dieu\, ta miséricorde au milieu de ton Temple… Ta louange est partout car ta main est pleine de justice ». Et par ce dernier mot\, est évoquée sans doute la fidélité de Dieu à ses promesses. \nÉvidement\, il ne s’agit pas ici du Temple de Jérusalem\, encore qu’il ait été le sujet des leçons de Matines. Ces versets du psaume n’ont d’autre objet que de dire à Dieu notre reconnaissance pour les grâces innombrables que nous avons reçues de lui. \nEn tout premier lieu\, pour le don de son Esprit qui a mis en nous la vie divine et qui l’entretient et qui nous pousse\, par son action incessante\, à la vivre à plein…Et pour tout le reste que chacun sait pour soi. \nCes grâces\, nous les avons reçues dans son Temple : qu’on l’entende des Églises matérielles ou de l’Église spirituelle ou seulement de notre âme qui est bien le Temple du Dieu vivant. \nAinsi\, pour tout ce qu’il lui a dispensé\, à elle et à chacun de ses membres\, l’Église remercie Dieu par ce chant de louange qu’elle voudrait voir s’étendre aussi loin que son nom : jusqu’aux extrémités du monde. \nLA MÉLODIE\nLa première phrase est douce\, tranquille. C’est une évocation toute simple des heures qui furent remplies des dons de Dieu. L’âme la chante dans le joie\, sur le motif du Gaudeamus et du Jubilate et de tant d’autres chants d’allégresse. Une nuance de ferveur reconnaissante s’élève sur misericordiam mais c’est la joie qui domine\, fraîche\, souriante; notez les fines broderies de in medio templi tui et la cadence en fa. \nDe ces souvenirs heureux\, la louange jaillit soudain éclatante\, enthousiaste. L’âme\, exaltée\, fait monter la mélodie en un bond hardi\, pour célébrer le nom divin qu’elle enveloppe ensuite de pieux respect sur tu Deus. \nPuis elle expose son souhait  ita et laus tua. Avec fermeté et emphase à la fois\, notez la double note – une bivirga\, – le torculus élargi\, la ferveur du pressus de tua. La phrase s’achève comme la première\, fines terrae rimant avec templi tui. \nLa troisième phrase est d’un caractère tout différent. Liée de très près à la précédente\, elle est comme un témoignage à la sagesse de Dieu. La mélodie demeure dans le grave\, comme si l’âme évoquait\, dans sa vie intime\, les innombrables fidélités du Seigneur qui fondent sa louange et sa joie. \n  \nGRADUEL\nLE TEXTE\nSois pour moi un Dieu protecteur et un lieu de refuge\, afin que tu me sauves. \nVerset. – O dieu\, en toi j’ai déjà espéré. Seigneur\, non\, je ne serai pas confondu à jamais. Ps. XXX\, 3\, 4\, 1. \nLe Psaume XXX est devenu le Psaume de l’abandon absolu dans la paix depuis que Notre-Seigneur s’est servi du verset 6e pour exprimer à son Père\, au moment où il allait mourir\, la remise de son âme pacifiée : In manus tuas commendo spiritum meum. \nCes trois versets forment une prière tout empreinte de confiance qui est bien à sa place après l’Épître. Saint Paul nous dit en effet que\, si nous voulons suivre l’Esprit dans la voie de la mortification où il nous guide\, nous serons vraiment les enfants de Dieu et ses héritiers. Cette mortification de toute notre vie pourrait nous effrayer\, mais il y a le Père\, et ce n’est pas un Esprit de crainte que nous avons reçu mais un Esprit de confiance filiale. Alors\, nous l’appelons le Père\, et nous lui demandons de nous recevoir comme un refuge où toute crainte s’évanouit. \nLA MÉLODIE\n« La première partie se déroule dans une atmosphère de douceur\, de tendresse joyeuse\, de paix abandonnée. Il n’y a pas d’angoisse\, pas de supplication ardente; on sent que l’âme est sûre d’être exaucée; mieux encore\, qu’elle l’est déjà… C’est moins une prière proprement dite qu’une sorte de parole d’amour dans laquelle l’âme demande uniquement pour recevoir une réponse où sera la tendresse de l’aimé. D’où le caractère d’intimité heureuse qui est partout ». \nNous écrivions ceci de l’Introït de la Quinquagésime. Nous pouvons l’écrire de ce graduel. Le texte est le même. La mélodie a une forme différente mais c’est bien le même climat. Notez la paix heureuse de la première phrase\, avec sur protectorem une douce pression qui s’achève dans le grave en une nuance de bonheur profond. Un désir plus ardent monte sur refugii\, mais dans la paix toujours; ce n’est pas un refuge contre l’ennemi qui menace que l’âme demande\, mais un lieu de repos : les bras du Père pour s’y enfouir et y être à jamais. \nLa dernière phrase ut salvum me facias a bien la même joie assurée et baignée de tendresse abandonnée. \nLE VERSET\nIci la joie est plus extérieure\, plus exaltée. L’âme ne demande plus; elle a reçu ce qu’elle demandait\, elle est dans les bras du Père\, bien gardée; elle exulte. Le bel élan qui l’emporte sur Deus in te speravi\, en pleine joie\, en plein amour\, qui s’épanouit un instant sur cette cadence suspendue do re\, lumineuse et simple comme un sourire\, et qui l’emmène se complaire dans une tendresse baignée de gratitude sur les neumes de Domine multipliés et retenus avec ferveur. \nPuis c’est l’affirmation\, la certitude absolue posée sur non et qui devient tout de suite\, sur le motif de confundar la joie légère\, exubérante de l’espoir enfin comblé. Le chœur reprenant sur in æternam chante l’éternité. Il y a dans cette formule finale\, commune mais très belle\, quelque chose de profond qui sert vraiment bien le mot. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nGrand est le Seigneur et très digne de louange\, dans la cité de notre Dieu\, sur sa montagne sainte. Ps. XLVII\, 1. \nC’est l’exclamation qui commence le Psaume des pèlerins. Elle chante la grandeur de Dieu qui se dégage de la Cité\, posée sur le Mont Sion comme le trône terrestre du Tout-Puissant. \nSion était l’image du ciel\, la figure de cette Jérusalem céleste où nous allons\, nous aussi\, pèlerins de toute notre vie\, pour y recueillir l’héritage du Père que nous autorise à réclamer l’Esprit qui nous a faits ses enfants. Nous la voyons dans le lointain\, figurée à nos yeux par les splendeurs du monde matériel et les splendeurs\, plus exaltantes encore\, du monde spirituel. Ce n’est pas elle que nous chantons\, c’est l’ineffable merveille que nous ne voyons pas\, mais qui nous a été révélée : la beauté infinie de Dieu qui dépasse tout\, la Jérusalem céleste elle-même\, car il est la Cité et le Temple… Dominus enim Deus omnipotens templum illius est\, et Agnus. \nLA MÉLODIE\nOn a dit que l’Alleluia fait penser aux chansons du moyen âge. C’est bien vrai que sa montée en quinte et le retour au ré par le la et le do lui donne une teinte de musique primitive. Mais la répétition deux par deux des motifs du jubilus le rapproche plus encore des vocalises\, toutes naïves mais d’une ligne et d’un rythme si purs\, que l’on entend chanter parfois dans la campagne. \nC’est le chant d’un enfant paisible\, simple\, heureux qui laisse passer son bonheur sur ses lèvres sans souci de ce qu’il chante\, avec peut-être une pointe de désir qui se précisera avec le texte du verset. \nCelui-ci reprend d’abord sur Magnus\, les derniers neumes de l’Alleluia qui précèdent le jubilus\, puis\, sur Domine\, jaillit une envolée de joie exubérante. Une envolée vraiment\, car c’est léger comme un vol d’oiseau et souple et frais. Trois temps composés ternaires qui s’élèvent dans l’élan de l’accent tonique et qui vont\, sans un ralenti\, mais avec une délicatesse extrême\, se poser sur la dernière syllabe du mot. Quelle louange exaltante et pure pour le nom divin ! Et Laudabilis s’y joint dans la même simplicité. Quatre temps binaires rythment la descente\, puis il y a une remontée : le motif de magnus est redit sur valde qui se trouve ainsi comme en rejet\, mais d’une façon si imprévue\, si simple aussi « qu’on a l’impression que le compositeur arrivé là s’est aperçu qu’il n’avait pas suffisamment rendu toute la louange qui débordait de son cœur et que comme dédommagement il a ajouté ingénument ce petit valde. « Joie de l’Église à la pensée de tout ce que le Seigneur est pour elle et de l’héritage de béatitude auquel il convie les siens dans sa Cité Sainte. \nLes neumes de l’Alleluia reviennent sur civitate et à nouveau sur in monte ejus. Ils prennent avec le texte\, non pas de la gravité\, c’est trop dire\, mais comme une nuance de contemplation. L’Église est fixée sur le ciel et chante sa joie\, mais en mêlant à la réalité béatifiante de demain l’espoir d’aujourd’hui de sorte qu’on décèlerait aisément sur le sommet du premier motif comme un élan de désir. Cette nuance disparaît ensuite et c’est la joie pure jusqu’à la fin de la thésis. Un nouvel élan sur in monte ravive le désir qui se mêle à nouveau à la joie sur le jubilus pour la troisième fois entendu. \nOn l’entendra une quatrième à la reprise de l’Alleluia\, mais on ne s’en lasse pas car il berce vraiment la contemplation heureuse de la Cité sur la Sainte Montagne. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nLe peuple qui est humble\, tu le sauveras\, Seigneur. Et les regards des superbes\, tu les abaisseras. Car qui est Dieu en dehors de toi\, Seigneur ? Ps. XVII. 28\, 31. \nAu centre du Psaume  XVII\, dans lequel David chante sa gratitude à Dieu qui l’a délivré de la poursuite de Saül\, ces deux versets sont une attestation de la justice divine agissant en toute circonstance. Dieu est bon avec ceux qui sont droits et simples et il les sauve; il est dur avec les orgueilleux\, ceux qui se dressent et le regardent avec mépris; il les abaisse. Il n’en saurait être autrement car qui est Dieu en dehors de lui ? Or\, ceux qui le bravent\, en fait placent au-dessus de lui\, et cela ne se peut ni ne se doit \nCet offertoire ne se rattache pas à l’Évangile\, mais il s’harmonise si parfaitement avec l’offrande du sacrifice qu’il semble avoir été fait pour l’accompagner. Cette offrande en effet est essentiellement un acte d’humilité. In spiritu humilitatis et in animo contrito suscipiamur a te Domine… \nL’homme reconnaît que Dieu est tout\, qu’il lui doit tout\, et il se donne à lui; en retour Dieu l’accepte et\, par le fait\, le faisant sien\, il le sauve. Les autres\, ceux qui ont leurs regards pleins d’eux-mêmes et qui ne veulent pas s’offrir\, il les abaissera en les laissant ce qu’ils sont pour un temps et en les mettant\, à son heure\, avec le premier qui n’a pas voulu s’offrir et qui\, s’étant élevé au-dessus de Dieu\, a été abaissé au-dessous de toute créature. \nNotons toutefois que ce texte n’est ni une prière ni une offrande. C’est une affirmation. L’Église chante sa confiance à Dieu\, au moment où il accepte son oblation. \nLA MÉLODIE\nUn chant de joie encore\, mais avec sa couleur propre. \nLa première incise est simple\, paisible\, elle a le ton d’une conversation familière. Humilem est mis en relief par le salicus et la montée à la dominante\, mais sans expression particulière. Tout de suite après\, et sans transition\, salvum facies jaillit dans un magnifique élan de joie. La montée do la do mi re do lui donne quelque chose d’exaltant qui devient peu à peu\, sur la tristropha et sur la cadence si gracieuse la do sol fa sol\, une sorte de recueillement\, comme si l’âme\, prenant conscience un instant de toute l’idée\, se laissait aller à une gratitude baignée de tendresse\, laquelle d’ailleurs s’épanche à loisir sur l’admirable motif de Domine. Cette ascension lente s’épanouit sur le sommet et retombe dans une plénitude que l’intervalle de quinte\, et plus encore la proximité de si et de fa\, font absolue. \nLa deuxième phrase est moins expressive\, encore que sur humiliabis il  y ait un élan assez marqué\, et que le motif qui s’y développe ait une allure de joie bien assurée\, voire quelque peu piquante. \nPar contre la troisième phrase est une très belle proclamation de la puissance et de la justice de Dieu qui n’a personne au-dessus de lui et qui ne saurait supporter quiconque essaie de le dominer. Le mouvement monte sur quoniam dans un rythme syllabique ternaire net et ferme qui met quis Deus en pleine évidence\, avec je ne sais quoi de fort qui le lance comme un défi aux superbes. Cette force\, sur praeter te\, devient une affirmation noble et fière pleine de grandeur. Domine est alors enveloppé dans un mouvement thétique de joie tendre qui ramène l’atmosphère de la première phrase. Notez le motif repris deux fois et esquissé encore sur la belle cadence en fa. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nGoûtez et voyez combien est suave le Seigneur. Heureux l’homme qui met son espoir en lui. Ps. XXXIII\, 3 »\, 9. \nCe verset\, dans  lequel le Psalmiste nous invite à profiter de son expérience\, est un curieux assemblage de mots : goûtez et voyez. Et pourtant\, c’est l’ordre des choses. Il y a bien un premier regard sur l’objet pour savoir ce qu’il est\, mais ce regard ne nous en donne pas la connaissance profonde\, ne nous fait pas communier à ce qui en lui s’harmonise avec notre être et nous donne la joie. Il faut pour y arriver le regarder longuement\, l’observer\, l’étudier\, sympathiser avec lui\, l’aimer\, devenir lui-même en quelque sorte; alors\, dans la joie de l’amour\, il se révèle et nous en jouissons vraiment. \nAinsi en va-t-il avec Dieu. Un regard de foi superficiel\, ne saurait suffire à nous le faire connaître\, c’est dans la méditation silencieuse de son être\, de ses opérations\, de sa vie\, au contact de l’amour qu’il nous porte à tout instant\, dans cette sympathie profonde où se fait l’échange de nos deux êtres que nous le connaissons\, que nous sentons combien il est bon. Or c’est cela le goûter. \nAinsi entendu\, comme ce verset est bien à sa pace sur les lèvres de l’Église au moment de la Communion : Goûter le Christ qui se donne à nous\, dans l’Eucharistie\, c’est l’aimer\, en nous donnant à lui. Dans cet acte amour mutuel\, se réalise notre transformation en lui; recevant alors sa lumière et la puissance de son amour\, nous voyons mieux combien il est bon\, doux et tendre et nous comprenons quel bonheur c’est pour nous d’espérer en lui\, car après cette vision de ce qu’est Dieu\, déjà si délectable\, mais encore obscure\, viendra l’autre. A force de goûter le Seigneur nous le verrons tel qu’il est… et ce sera le rassasiement absolu. \nLA MÉLODIE\nUne invitation délicate chante sur Gustate mais c’est vers videte que va le mouvement comme vers le mot qui importe. Il y a là\, sur la tristropha\, une prolongation très expressive; comme si l’Église savourait sa vision en même temps qu’elle invite à la partager. \nCette délectation s’étend ailleurs à toute la phrase. Elle trouve sa dernière expression sur suavis est Dominus\, si évocateur des délicatesses de l’amour divin. \nSortant alors de sa délectation\, l’Église s’exclame : « Bienheureux l’homme qui espère en lui. » Il y a un peu plus de mouvement au début mais la jouissance mystique revient très vite et la cadence finale de eo rime avec celle de Domine dans la même atmosphère \n\nCantiques pour tous les temps\nPolyphonies pour tous les temps\n\n  \nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Neuvième dimanche après la Pentecôte (IX)
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\n\n\n\nLEÇONS DES MATINES : Élie reçoit mission de prédire sa mort au roi Ochozias qui avait consulté Beelzébub. Le feu du ciel extermine les envoyés qui venaient le chercher.  \n\n\n\n(IV. Rois. I\, 10.)  \n\n\n\nÉPÎTRE : Saint Paul rappelle aux Corinthiens les châtiments de Dieu : les vingt-trois mille Hébreux tués pour fornication\, et ceux qui furent exterminés pour avoir murmuré contre Moïse. Figure de ce qui doit nous arriver si nous péchons. (I Cor. X\, 6)  \n\n\n\nÉVANGILE : Notre-Seigneur pleure sur Jérusalem et prédit sa destruction. Il chasse les vendeurs du Temple (Luc XIX. 41-47)  \n\n\n\nIDÉE CENTRALE : Ce dimanche est vraiment sous le signe du châtiment qui suit le péché. Le Roi Ochozias\, les Hébreux\, Jérusalem les vendeurs du Temple… C’est aussi ce qui nous attend\, si nous transgressons les lois divines. Demandons donc au Seigneur comme nous le suggère la collecte\, de nous inspirer ce qui lui plaît\, plutôt que de nous en tenir à nos propres désirs.  \n\n\n\nINTROÏT\n\n\n\nLE TEXTE\n\n\n\nVoici que Dieu m’aide et que le Seigneur prend sur lui mon âme. Détournez les maux sur mes ennemis et\, dans la fidélité (à vos promesses)\, anéantissez-les. Ps. – O Dieu\, par votre nom\, sauvez-moi et dans votre vérité rendez-moi justice. Ps. LIII\, 6\, 7\, 3.  \n\n\n\nDavid composa le Psaume LIII au temps où\, poursuivi par Saül\, il était contraint de chercher un refuge en territoire étranger. Les deux premières strophes sont un appel au secours : « Seigneur sauvez-moi… » La troisième est un chant plein de réconfort : « Voici que le Seigneur m’aide… » Comme si\, entre les deux\, le persécuté avait reçu l’assurance que le Seigneur\, à son appel\, allait agir incessamment.  \n\n\n\nIci l’ordre est renversé : c’est d’abord la joie du réconfort puis l’appel au secours; mais le sens est à peine différent. L’ensemble entre bien dans l’idée centrale de la messe. Devant les châtiments du péché qui sont toujours là\, menaçants\, l’Église chante sa confiance en la puissance miséricordieuse du Seigneur qui l’aidera à être fidèle\, et appelle la vengeance de sa justice sur ses ennemis.  \n\n\n\nLe psaume vient alors demander un jugement équitable et le salut.  \n\n\n\nLA MÉLODIE\n\n\n\nLa première phrase est empreinte d’une grande paix. L’Église\, assurée que Dieu va l’aider\, n’a plus peur\, au milieu de ses ennemis\, des dangers qui l’environnent; elle chante sa joie tranquille sur les beaux intervalles majeurs et la cadence en fa toute paisible. Elle souligne Dominus avec tendresse et laisse sa gratitude et son bonheur monter sur animae meae : le mot qui dit toute sa vie.  \n\n\n\nL’allure de la seconde phrase est bien différente. Dès le début il y a\, sur l’impératif averte\, quelque chose de vif\, qui devient même dur sur la clivis répercutée de mala. C’est l’appel à la vengeance qui commence. Il se développe sur inimici mei et prend fin sur une cadence en si où passe une nuance d’angoisse ou tout au moins de souffrance.  \n\n\n\nLa phrase qui suit est liée très étroitement à la précédente. L’idée est la même. Il y a sur in veritate tua\, qui rappelle à Dieu\, très habilement d’ailleurs\, combien il est fidèle à ses promesses\, une nuance de révérence aimable puis\, de nouveau\, le ton se durcit et devient très violent sur la distropha\, la répercussion et le pressus de illos. Protector\, lui\, va vers Dieu\, tout enveloppé de confiance\, d’amour et de joie comme le titre précieux que l’Église veut lui donner à la fin de sa prière.  \n\n\n\nGRADUEL \n\n\n\nLE TEXTE\n\n\n\nSeigneur\, notre Maître\, qu’admirable est votre nom sur toute la terre. \n\n\n\nVerset. – Car elle est élevée votre magnificence\, au-dessus des cieux. Ps. VIII\, 2.  \n\n\n\nLe Psaume VIII chante la grandeur de Dieu se manifestant dans son œuvre. Le verset 2 en est comme le résumé. Il formait sans doute une sorte de refrain chanté par le peuple en alternance avec les solistes.  \n\n\n\nOn peut ici garder ce sens très général. Il s’applique en effet fort bien à la nature en cette splendeur de l’été où\, sur la terre pleine de fruits et dans les cieux éclatants de lumière\, jour et nuit\, est partout écrite la puissance de celui qui les a faits.  \n\n\n\nMais rien ne s’oppose non plus à ce qu’on le fasse entrer dans l’idée centrale de cette messe telle que nous l’avons dégagée. Il serait alors sur les lèvres de l’Église une exclamation par laquelle elle chanterait son admiration à la vue des faits merveilleux par lesquels le Seigneur partout protège son peuple\, et qui viennent d’être rapportés à l’Épître : le feu du ciel\, les serpents\, les Anges…  \n\n\n\nLA MÉLODIE\n\n\n\n  \n\n\n\nElle se développe dans la même atmosphère de paix heureuse que l’Introït avec une nuance très marquée de tendresse enveloppante sur Deus noster; on y sent  l’âme en relation intime d’amour avec le Seigneur.  \n\n\n\nUn beau mouvement d’admiration s’élève sur quam admirabile. Il n’a rien de brusque. Ce n’est pas un cri\, c’est une exclamation. Elle monte du fond de l’âme qui sait ce qu’elle chante et qui met à le chanter tout son amour émerveillé. Cet élan si mesuré se détend sur nomen tuum en une thésis très liée et très tendre. Il rebondit sur universa terra en des rythmes où l’âme se complaît\, puis se pose sur la cadence commune\, toute paisible et toute simple.  \n\n\n\nLe verset  \n\n\n\nLa mélodie est plus légère\, mais l’expression est la même. L’âme\, fixée sur la splendeur du Ciel\, se laisse aller en contemplation sur quoniam elevata est. Elle jouit de ce qu’elle voit et de ce qu’elle sait être par delà ce que découvre son regard. Sa gratitude émue trouve alors\, sur les belles cadences en la si délicates et dans la gravité de la formule finale la tendresse et la profondeur qui conviennent.  \n\n\n\nALLÉLUIA\n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\nDélivrez-moi de mes ennemis et mettez-moi à l’abri\, de ceux qui se lèvent contre moi.  \n\n\n\nPs. LVIII\, 2.  \n\n\n\nCette prière si commune\, si simple et toujours si actuelle est une idée nouvelle après le Graduel\, mais elle vient assez naturellement sur les lèvres de l’Église. Celle-ci en effet\, après avoir admiré la puissance que le Seigneur a déployée jusqu’ici pour la protéger\, et lui avoir dit sa gratitude dans une louange d’admiration\, n’oublie pas qu’elle a toujours ses ennemis; elle lui demande de continuer ce qu’il a fait : de l’en délivrer.  \n\n\n\n  \n\n\n\nLA MÉLODIE\n\n\n\n  \n\n\n\nC’est bien une prière; la prière d’une âme qui sent\, lourd sur elle\, le poids de l’ennemi; Eripe a toute ses notes allongées\, dans les manuscrits. La double note de mei est une bivirga épisématique et le motif répété de Deus est lui aussi très retenu. Il s’en dégage une expression de grisaille\, de brouillard\, d’atmosphère pesante où passe de la fatigue\, de l’accablement… Mais qu’elle admirable prière humble et suppliante! Notez entre autres l’accent de ferveur que la bivirga du sommet met sur meis; et l’insistance répétée de Deus meus où l’on sent peser toute la lourdeur de l’âme.  \n\n\n\nLa deuxième phrase continue la première sans rien qui dégage l’atmosphère. Le motif de insurgentibus se traîne dans un beau rythme\, lent lui aussi. Deux fois répété\, il est esquissé à nouveau\, mais\, sur les dernières syllabes du mot\, la mélodie tombe lourde\, comme si l’âme se laissait aller sous le poids de l’épreuve. Elle se relève sur me en une plainte admirable qui se déroule tout le long de libera me\, mêlée à la prière. Le tout s’achève par le groupe peut-être le plus expressif : la distropha avec la répercussion sur le climacus et la retombée en la par le pressus.  \n\n\n\nOFFERTOIRE \n\n\n\nC’est celui du Troisième Dimanche de Carême. Il vient bien là\, après la réponse de Notre-Seigneur à la femme qui bénissait sa mère : « Plus heureux encore celui qui écoute la parole de Dieu ! »  \n\n\n\nJérusalem n’a pas eu cette attitude accueillante\, réceptive qui lui eût valu la paix. C’est pourquoi le Seigneur pleure en voyant dans l’avenir son terrible destin.  \n\n\n\nL’Église\, elle\, sait recevoir les mots divins et en vivre. Chacun des siens en a goûté les joies dans la Loi\, dans l’Écriture et jusque dans les paroles intimes du Seigneur au fond de l’âme. C’est cette joie qu’elle chante.  \n\n\n\nCOMMUNION \n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\n  \n\n\n\nQui mange ma chair et boit mon sang\, demeure en moi\, et moi en lui. Jean. VI. 56.  \n\n\n\nCes paroles de Notre-Seigneur se réalisent dans la communion. C’est donc le mystère d’amour qu’il a voulu\, que le Christ chante ici par la voix de l’Église\, au moment même où il s’accomplit.  \n\n\n\nLA MÉLODIE \n\n\n\nLa joie\, d’abord toute simple dans la première incise\, s’avive avec la mélodie\, qui monte vers sanguinem meum et se revêt\, sur in me manet d’onction et de tendresse. La joie du Christ\, heureux d’avoir en lui ceux qu’il aime. Sur et ego in eo\, elle devient profonde\, le mystère l’enveloppe. C’est un de ces motifs\, comme on en rencontre tant dans le répertoire grégorien\, qui soudain nous transporte au-delà de ce qui se sent\, au-delà de ce qui s’analyse\, dans les régions qui passent le sentiment. Nous ne saurions dire ce qu’expriment exactement ces quelques notes si simples – une tierce mineure qui s’épanouit sur une tristropha\, revient la tonique ré et remonte lentement – mais un souffle les soulève\, un souffle d’amour ardent qui touche le fond de notre âme et nous révèle quelque chose du bonheur qu’a le Christ-Jésus à mêler sa vie à notre propre vie.  \n\n\n\nDans le balancement souple de ses rythmes\, dicit Dominus prolonge jusqu’à la fin cette atmosphère mystique.  \n\n\n\n   \n\n\n\n\nCantiques pour tous les temps\n\n\n\nPolyphonies pour tous les temps\n\n\n\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Assomption
DESCRIPTION:Notre-Dame est morte comme tout le monde meurt.\nMais la mort\, châtiment du péché\, ne pouvait lui être imposée\, à elle que le péché n’avait pas touchée; elle était immortelle en droit. C’est donc en quelque sorte librement qu’elle est morte\, acceptant d’être ainsi associée\, jusqu’en son acte suprême\, à l’œuvre rédemptrice de son fils. \nElle n’est morte ni d’usure\, ni de maladie\, mais d’amour. Un moment est arrivé où son corps n’a plus été capable de porter l’ardeur de son âme. Dieu alors a laissé l’amour déborder sur la sensibilité qui en un instant a été consumée.\nSon âme monta droit au ciel. Son corps fut mis au tombeau. Mais il ne devait pas retourner en poussière. De droit\, lui aussi était incorruptible. Après un laps de temps\, sans doute très court\, quelques jours\, quelques heures\, peut-être\, l’âme l’occupa à nouveau et il fut glorifié. \nAlors\, par la force même de la gloire qui fait les corps agiles et dociles à tous les désirs de l’âme et de l’Esprit-Saint\, Notre-Dame monta vers les Cieux\, s’éleva au-dessus des anges et des saints qui l’acclamaient et\, dans le midi éternel\, près de son fils\, commença à chanter\, sur le mode de l’éternité\, son Magnificat. \nTel est l’événement historique de l’Assomption. Il fut célébré de très bonne heure. Dès la fin du Ve siècle la fête était organisée en Orient. A la fin du VIIe elle fut introduite à Rome et devint rapidement très solennelle. \nL’Eglise la célèbre dans une atmosphère de joie tour à tour contemplative et exultante\, faisant entrer dans le jeu tout le ciel et toute la terre: le Père qui reçoit sa fille bien aimée\, le Fils qui retrouve sa mère\, le Saint-Esprit qui enveloppe son épouse dans l’amour béatifiant\, elle-même qui nous dit son bonheur\, et les anges et les élus et tous les chrétiens de la terre et du purgatoire qui l’acclament et félicitent le Christ glorieux d’avoir enfin près de lui\, corps et âme\, sa mère.\n(Texte d’introduction à la fête dans le commentaire de Dom Baron) \nLa messe actuelle de l’Assomption date de la proclamation du dogme par le pape Pie XII (1950). Elle n’a pas été commentée par Dom Baron qui a publié son ouvrage bien avant.\nNotons qu’il s’agit d’une messe créée pour cette occasion\, donc d’une composition récente\, particulièrement réussie\, bien qu’il y ait peu d’usage de mélodies-types. Seul l’Alleluia est une mélodie-type\, mais qui n’est pas particulièrement modale\, donc de facture plutôt récente. Cela n’enlève rien à son caractère joyeux\, léger et adapté à la fête liturgique. L’introït et le graduel sont du mode 7\, le mode angélique. Celui-ci a une tessiture très large\, ce qui permet des envolées particulièrement élancées; il était difficile de mieux correspondre à l’esprit de la fête. A chanter avec élan et légèreté. \nCette messe montre qu’il est possible de créer de nouvelles pièces qui soient belles\, priantes et qui correspondent au thème et à l’esprit de la fête liturgique. Même si le caractère modal est moins marqué que dans le répertoire primitif\, le but est néanmoins atteint\, à savoir l’élévation des âmes par la beauté du chant. \nBernard Lorber \n  \n\nMotets polyphoniques en l’honneur de Marie
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CATEGORIES:Chant des messes,Messes du Sanctoral
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SUMMARY:Dixième dimanche après la Pentecôte
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nLEÇONS DES MATINES : Mort de Jézabel. Règne d’Athalie. (IV Rois. IX. X) \nÉPÎTRE : le Saint-Esprit inspire tout en nous pour l’utilité commune. En dehors de lui rien de bon ne peut venir de nous. (I Cor. XII. 2-11). \nÉVANGILE : Le Pharisien et le publicain. (Luc. XVIII. 91. 4) \nIDÉE CENTRALE : Il semble que l’on peut tout ramener autour de l’épître. Rien de bon ne se fait en dehors de l’Esprit du Christ qui est en nous pour nous guider et nous utiliser en vue du bien commun. Nos propres actions peuvent avoir des effets heureux\, mais qui passent. \nL’exemple de Jézabel celui d’Athalie et celui du Pharisien sont typiques. Ils ont agi par orgueil; ils finissent mal. Le Publicain par contre est justifié et exalté parce qu’il a utilisé l’Esprit qui l’inspirait. La collecte elle-même peut être entendue dans ce sens\, car nous ne « courrons vers les biens promis » que sous l’inspiration et la conduite de l’Esprit; c’est donc la docilité à l’entendre et à le suivre que nous demandons en fait à la Toute-Puissance de Dieu. \nINTROÏT\nLE TEXTE\nComme j’invoquais le Seigneur\, il entendit ma voix (et me mit à l’abri) de ceux qui me cherchaient. Et il les a humiliés\, lui qui est avant les siècles et demeure éternellement. Jette ta pensée sur le Seigneur et lui-même prendra soin de toi. Ps. – Exauce\, Dieu\, ma prière et ne dédaigne pas ma supplication. Écoute-moi et exauce-moi. Ps. LIV. 17\, 18\, 20\, 29\, 2. \nLe Psalmiste qui\, dans la première partie du Psaume\, s’est lamenté sur le mal que lui font ses ennemis\, se remémore\, pour se donner confiance\, ce que le Seigneur a fait pour lui dans le passé et s’exhorte à tout lui abandonner une fois de plus : « jette ta pensée\, ton souci sur le Seigneur… » \nAu sens liturgique\, l’Église se rappelant\, elle aussi\, les bienfaits répétés du Seigneur\, s’exhorte\, et exhorte les siens\, à s’en remettre à lui ou plus précisément à son Esprit qui a mission de nous guider et de nous garder. \nLA MÉLODIE\nLes deux premières phrases\, comme dans le texte\, ne sont qu’un récitatif\, mais l’auteur l’a voulu très orné et très expressif. \nLa succession de quatre temps composés ternaires en mouvement arsique donne au début de la première phrase quelque chose de décidé\, de vif même\, et de joyeux aussi\, comme si après une longue délibération l’âme mettait en pratique\, sur le champ\, la décision qu’elle vient de prendre : « tu as été exaucée jadis\, jette encore ton souci sur le Seigneur ». Le mouvement s’épanouit sur la tristropha de exaudi en une nuance délicate qui évoque les souvenirs heureux Après une légère détente il rebondit sur appropinquant; la bivirga y met comme une touche de terreur\, au souvenir des ennemis menaçants. \nDans la deuxième phrase\, la mélodie\, d’abord très calme\, s’anime peu à peu sur humiliaviteos. Ce sont les souvenirs heureux qui continuent. Mais sur qui est ante saecula et manet in æternum à l’idée de l’éternité de Dieu\, si magnifiquement décrite en ces quelques mots\, une sorte de grandeur mystique la pénètre. Notez les deux doubles notes de qui est ante saeculamanet qui fixent la mélodie sur do et les deux pressus qui\, par degré\, la ramènent à la tonique. C’est noble\, grand\, somptueux comme un cortège royal. \nTout autre est la dernière phrase. On sent l’âme comme déchargée du poids de son souci et heureuse de faire partager aux autres son expérience. Son chant s’allège; il monte joyeux vers Domino qu’il enveloppe d’un motif aimable puis met te en un admirable relief; soit qu’elle se parle à elle-même ou qu’elle s’adresse à un ami\, elle sait et dit avec insistance combien\, malgré sa petitesse et son indignité\, elle est précieuse devant le Seigneur. Ce texte est celui du graduel du IIIe Dimanche après la Pentecôte. Dans un genre différent l’expression est la même. On aura profit à le constater\, notamment sur te\, où l’insistance est également remarquable. \nLa prière se fait alors\, dans le psaume\, légère et riche d’espoir. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nGarde-moi? Seigneur\, comme la pupille de l’œil. Sous l’ombre de tes ailes protège-moi. Verset. – De ton visage que ma justification sorte\, que tes yeux voient l’équité. Ps. XVI. 8. \nCes versets par lesquels\, sous des images si expressives\, David demandait à Dieu de le garder\, comme son bien précieux\, dans la chaleur de son amour et de le juger avec un visage plein de la joie de son innocence\, servent ici à l’Église pour solliciter la même protection et la même justice. Elle a bien des dangers autour d’elle\, bien des attirances mauvaises s’exercent sur ses membres par les idoles muettes dont parle Saint Paul dans l’Épître; elle voudrait qu’ils demeurent sous cette conduite de l’Esprit qui les fasse penser\, juger\, vouloir selon Dieu. Prière de l’Église. Prière de chacun de nous… Custodi me Domine. \nLA MÉLODIE\nLa première phrase a un caractère d’intimité très marqué. C’est comme une prière du fond de l’âme\, confiée\, murmurée à un ami. La mélodie ne dépasse pas la tierce dans la première incise; mais\, dans cette réserve humble et familière à la fois\, quelle pression sur l’être cher qui peut aider ! Notez la double note de me qui fait la voix s’y appuyer comme en un accent de détresse et la thésis qui suit; plainte délicate qui devient prière intense sur les longs neumes de Domine. Il y a sur pupillam un petit élan qui entraîne la mélodie vers le sib\, mais si retenu\, si timide\, avec cette plainte à peine émise\, émouvante\, et qui s’étend jusqu’à la dernière note de oculi. \nDès le début de la seconde phrase il y a un changement. L’arsis est mouvementée\, avec de grands intervalles qui portent la prière sur les pressus de umbra et de alarum. Ce n’est pas que la supplication soit angoissée ni même plus intense : la mélodie s’est seulement éclairée. La sérénité du mode de fa pénètre tout et\, sur alarum\, se dessine le motif des grandes allégresses du Ve mode. Incontestablement\, c’est la joie. La cadence en mi de tuorum apporte à cette joie une nuance de repos qui se poursuit sur protege\, s’étale\, s’élargit jusqu’à la cadence qui ramène tout en re\, mais seulement pour finir. C’est comme si l’âme se trouvait enfin dans le refuge sollicité et\, blottie dans les bras du Père\, lui disait\, tranquille désormais\, apaisée\, joyeuse\, sous cette protection divine: « sous tes ailes étendues garde-moi bien ». \nLe verset \nLa prière continue\, mais différente; ce n’est ni le murmure d’intimité\, ni la joie parfois éclatante de la première partie. Il y a ici plus de paix et de sérénité. C’est d’abord pour chanter vultu tuo comme un bercement léger sur la sol puis sur do la et une cadence paisible sur fa. L’âme contemple le visage aimé\, c’est tout. Cette contemplation se prolonge sur Judicium meum. Ce n’est que sur prodeat que monte un accent de supplication\, très beau d’ailleurs dans sa simplicité. \nDans la seconde phrase\, la joie revient. Elle est aussi marquée que sur sub umbra dans la première partie mais\, ici\, toute contemplative. Notez plutôt la douce paix de la vocalise de tui qui monte et descend par degrés conjoints sur des rythmes d’une grâce exquise. \nCes deux premières phrases chantaient la joie de la Rédemption entrevue par-delà le péché\, dans le Graduel de la messe du Mercredi des Cendres. \nSur videant le mouvement s’amplifie et la supplication domine à son tour\, fervente\, avec une nuance de plainte assez marquée sur la dernière syllabe \nALLELUIA\nLE TEXTE\nA toi convient\, un hymne\, ô Dieu\, dans Sion. Et à toi on acquittera un vœu dans Jérusalem. Ps. LXIV. 2. \nAprès la  demande du Graduel\, l’action de grâces. L’âme a trouvé un chaud refuge sous les ailes protectrices; elle peut dire maintenant sa louange et le vœu qu’elle accomplira pour témoigner de sa gratitude. \nOn attendait sur ce texte qui évoque Jérusalem et les cérémonies du Temple une joie plus exubérante\, celle-ci est sans emphase\, simple\, intime comme celle du Graduel. \nLA MÉLODIE\nLes podatus de la première incise ne font en somme que conduire le mouvement vers Deus\, enveloppé\, lui\, d’une belle révérence\, aimable\, gracieuse et d’une grande délicatesse par la cadence en si. L’incise qui suit est toute consacrée à Sion qui\, comme toujours\, est chantée avec amour. L’âme contemple la Cité Sainte\, l’Église\, le Ciel\, et s’enflamme peu à peu de désir; notez le pressus\, la distropha\, la répercussion\, les deux notes doubles\, et le pressus; il y a là un mouvement dont l’ardeur monte\, encore qu’elle soit retenue. \nLa deuxième phrase est plus développée. Chaque mot a son motif\, si l’on peut dire. Tibi\, bien en relief au sommet\, s’achève sur la même nuance délicate de Deus\, une quarte au-dessus; reddetur a la ferveur de la promesse et de la gratitude à la fois\, sur la distropha\, la répercussion et la cadence en demi-ton par la clivis allongée et le pressus; votum\, hanté comme Sion et Jérusalem\, déroule sa longue vocalise contemplative dans un rythme d’une ordonnance admirable où la joie et l’amour se mêlent en des motifs simples à travers lesquels passe le désir de la Cité Sainte… et du Ciel où tout ne sera que louange et gratitude. \nOFFERTOIRE\nC’est celui du Ier Dimanche de l’Avent . Son caractère de prière très humble convient admirablement ici après la parabole du Pharisien et du Publicain. Il est l’expression de cette âme très simple priant au bas du Temple\, et qui fut justifiée et exaltée. Il doit être l’expression de notre confiance abandonnée montant avec le sacrifice vers le Père qui nous donnera en retour l’Esprit et ses dons pour nous guider vers la Cité Sainte\, où\, dans la Gloire du Christ\, nous serons à jamais exaltés pour avoir partagé son abaissement. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nTu accepteras le sacrifice de justice\, les oblations et les holocaustes sur ton autel\, Seigneur. Ps. L. 21. \nTrès belle adaptation à la Communion du dernier verset du Miserere. Et quelle belle conclusion de toute la messe ! Nous avons jeté nos soucis sur le Seigneur à la fin de l’Introït\, nous lui avons demandé\, dans le Graduel\, de nous couvrir de l’ombre de ses ailes\, nous lui avons dit notre gratitude dans l’Alleluia\, à l’Offertoire\, nous offrant avec son Fils\, nous avons affirmé notre confiance en sa venue. Nous avons maintenant l’âme telle qu’il la veut. Il peut venir prendre en nous la place du Maître et recevoir nos holocaustes et nos oblations. Il ne saurait les refuser\, car elles lui viennent à travers son Fils qui nous a transformés en lui. \nLA MÉLODIE\nElle est aimable\, familière\, douce. Il n’y a pas de sentiment particulièrement marqué mais une égalité d’âme paisible. C’est le mot altare qui l’emporte; il a une belle expression de respect\, de révérence profonde et aimante. \n\nCantiques pour tous les temps\nPolyphonies pour tous les temps\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Onzième dimanche après la Pentecôte (XI)
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nÉPÎTRE: Sait Paul insiste sur l’Évangile qu’il prêche\, à savoir : le Christ ressuscité et son action efficace. (I Cor. XV) \nÉVANGILE : Notre-Seigneur guérit un sourd-muet avec sa salive (Marc VII. 31. 37) \nIDÉE CENTRALE : Comme le IXe Dimanche était sous le signe du châtiment\, on peut bien dire que celui-ci est sous le signe du miracle. Dieu manifeste sa puissance sur la vie du corps en prolongeant les années d’Ezéchias\, sur la vie des âmes en les ressuscitant\, comme le dit Saint Paul dans l’Épître\, sur la santé en rendant\, par Notre-Seigneur Jésus-Christ\, la parole et l’ouïe au sourd-muet. Il s’ensuit en nous une attitude d’admiration\, de joie\, de confiance; un optimisme qui nous fait tout demander au Seigneur; même ce dont nous n’osons pas formuler la demande\, comme nous le fait dire la Collecte. \nINTROÏT\nLE TEXTE\nDieu dans son saint lieu\, Dieu qui fait habiter (les hommes) unis\, dans une maison\, lui-même donnera force et courage à son peuple. \nPs. – Que le Seigneur se lève\, et qu’ils soient dispersés ses ennemis\, que ceux qui le haïssent\, fuient devant sa face. \nPs. LXVII\, 6\, 7\, 36\, 3. \nLe Psaume LXVII célèbre le Dieu d’Israël qui après avoir tiré son peuple d’Égypte et fait alliance avec lui le ramène du mont Sinaï dans la Terre Promise. \nLe sens des versets qui composent cet Introït est celui-ci : Dieu\, qui est là dans son  Palais ou dans son Temple\, lui qui a donné une maison à son peule qui n’en avait pas\, alors qu’il errait dans les solitudes du désert et qui l’y a fait habiter dans l’unité d’un même désir\, d’une même confiance\, d’un même amour\, continuera à donner à la nation qu’il a choisie force et courage. \nVient alors le verset\, qui était le signal du départ de l’Arche dans la marche de quarante années. \nIl suffit de les appliquer à l’Église\, pour faire entrer ces quatre versets dans la liturgie du jour. Dieu\, de son Temple\, le ciel\, a uni les hommes dans la foi\, l’espérance et la charité\, et les a fait habiter dans une demeure spirituelle : l’Église\, qui est comme la maison de famille\, en attendant la demeure céleste où l’unanimité sera absolue. Et il n’a tant donné que parce qu’il veut continuer à donner encore\, en fournissant à chacun la force et le courage de vivre dans cette unité de l’Esprit. Que ceux qui s’opposent en quoi que ce soit au développement de son peuple se tiennent sur leur garde car Dieu se lève et il va les disperser\, comme l’Église l’en prie pour finir. \nRien ne s’oppose à ce qu’on ne précise davantage le sens\, pour les faire entrer dans l’idée centrale de la messe telle que nous l’avons dégagée. Cette unanimité des hommes dans l’Église tient du prodige. C’est peut-être la plus grande manifestation de la puissance divine : le miracle permanent de l’Église. Pour le continuer\, Dieu ne ménagera à personne sa force ni le courage. \nAinsi l’Église se chante à elle-même\, et chante au monde\, son optimisme. \nLA MÉLODIE\nIl y a dans la première incise une certaine grandeur qui va bien à l’idée du Dieu Tout-Pusissant dans son lieu sacré. Mais une joie profonde pénètre cette noblesse\, la joie de la tranquillité\, de la paix\, du bonheur final assuré par cette protection du Dieu Très-Haut. L’idée reprend dans la seconde incise en une progression très marquée qui met en plein relief cette chose extraordinaire qu’est le rassemblement de millions d’individus unanimes dans l’Église. Le rythme ternaire des deux porrectus\, la montée à la dominante\, le motif de facit qui se meut vers le mi\, si léger et si gracieux; tout cet ensemble arsique avive l’expression de bonheur déjà esquissée : la joie s’allège\, s’extériorise\, prend de l’éclat. \nVient alors l’affirmation pleine de confiance : Ipse dabit virtutem. La bivirga épisématique sur la dernière syllabe de Ipse\, le podatus allongé de dabit\, la bivirga de virtutem et\, dans le grave\, la clivis allongée de fortitudinem\, enfin la remontée de plebis avec la nuance de respect qui entoure le peuple d’élection\, donnent à cette phrase une magnifique expression de certitude forte et fière. \nSuit alors le Psaume\, vif\, décidé\, comme un ordre de marche. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nEn Dieu il a espéré\, mon cœur\, et j’ai été aidé. Et elle a refleuri\, ma chair. Et de tout mon cœur je le louerai.  \nVerset. – Vers toi Seigneur\, j’ai crié. Mon Dieu ne te tais pas\, ne t’éloigne pas de moi.  \nPs. XXVII. 7\, 1. \nLe Psalmiste avait prié. Il a été exaucé et il a senti comme une jeunesse plus ardente pénétrer son cœur. Il rend grâce. \nAprès l’Épître où Saint Paul affirme avec une telle assurance que si nous gardons l’Évangile du Christ ressuscité nous serons nous-mêmes ressuscités\, cette parole vient sur les lèvres de l’Église avec un sens plus plein encore. Et refloruit caro mea évoque la résurrection des corps en pleine jeunesse; dès lors\, en même temps qu’une action de grâces\, c’est comme un chant d’espoir où s’exalte sa confiance renouvelée qu’elle fait monter vers le Seigneur. \nToutefois\, sachant tout ce qui l’entoure\, elle lui demande de lui continuer son secours et la joie de sa présence. \nLA MÉLODIE\nLa première phrase est une simple constatation mais où passent des accents de gratitude et de bonheur profond\, notamment sur la double note de cor meum\, sur le pressus de adjutus sum et sur le balancement si délicatement expressif de refloruit. \nDe cette atmosphère heureuse\, la louange jaillit alors au début de la seconde en un magnifique élan qui va droit à la dominante\, plein d’une ardeur qui promet\, avec enthousiasme. La prose même est renforcée sur mea\, avec une nuance de gravité d’où rebondit le confitebor. C’est un bel accent de ferveur\, qui descend vite dans le grave pour devenir\, sur les broderies très simples de illi une sorte de contemplation\, comme si l’âme demeurait fixée sur la louange qu’éternellement elle chantera devant la face du Sauveur aimé. \nLe Verset. \nLa formule de clamavi sert bien le mot. L’âme prend d’abord le temps d’évoquer les heures difficiles sur des balancements très calmes\, puis le cri ardent monte. Il n’est pas angoissé; c’est la joie qui le pousse\, une joie enthousiaste qui continue sur les beaux rythmes de la thésis. \nC’est encore elle qu’on rencontre au début de la phrase suivante sur Deus meus\, en dépit du texte qui devient plus déprécatif. La prière n’est vraiment supplication que sur ne sileas: tout à fait à propos d’ailleurs. Le motif est très beau. Il se soude admirablement à la formule finale qui\, elle aussi\, a une nuance de gravité fort bien adaptée. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nChantez avec transport Dieu notre aide. Acclamez le Dieu de Jacob. Entonnez un psaume joyeux avec la cithare.  \nPs LXXX. 2\, 3. \nCette invitation à la louange est tout à fait à sa place ici. L’Église après avoir dit dans le Graduel qu’elle va louer le Seigneur : et in voluntate mea confitebor illi\, invite ses membres à commencer. \nLA MÉLODIE\nC’est une invitation discrète. Basée sur l’intonation de la formule psalmique du VIIe mode – elle est répétée trois fois – la mélodie ne dépasse la teneur du psaume que dans des détails d’ornement. Dans les deux première phrases\, elle met seulement en relief\, et par des motifs sans enthousiasme\, adjutori et Deo Jacob. \nCe n’est que sur psalmum qu’elle s’exalte  un peu. Exaltation toute passagère d’ailleurs\, car jucundum\, sur le motif de adjutori\, ramène tout de suite la discrétion. \nLe jubilus de cithara est caractéristique de cette joie fervente mais contenue\, intérieure\, qui ne perce que rarement et sur des mots choisis. \nOFFERTOIRE\nC’est celui du Mercredi des Cendres.   Il est bien ici sur les lèvres du sourd-muet guéri… Clamavi ad te et sanasti me… et sur les nôtres\, car Notre-Seigneur nous a bien acceptés dans le sacrifice qui est offert sur l’autel : quoniam suscepisti me. Il nous a guéris aussi. Le même mot qu’au sourd-muet\, avec le même geste\, n’a-t-il pas été dit sur nous le jour de notre Baptême : Epheta.  Et nous avons été délivrés de la surdité et du mutisme que le péché avait mis en nous. Bien des fois la merveille a été renouvelée; aussi\, avec nos oreilles redevenues sensibles et nos langues déliées\, pouvons-nous chanter le psaume de la reconnaissance : Exaltabo te Domine. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nHonore le Seigneur de ta substance\, et des prémices de tes fruits\, afin que soient remplies tes granges à satiété et que tes pressoirs débordent.  \nProv. III\, 9\, 10. \nEn cette période de la moisson\, l’Église invite les fidèles à donner au Seigneur les prémices de ce qu’ils récoltent\, comme le prix de leur fermage\, comme la part du propriétaire\, afin que\, satisfait de cet hommage\, le Seigneur donne encore et au centuple. Mais par delà ce sens matériel\, il faut entendre l’invitation qui nous est faite de nous offrir au Christ dans la Communion\, afin de recevoir de lui une nourriture spirituelle de plus en plus abondante\, jusqu’au jour où il nous rassasiera dans la Gloire de son Être à jamais contemplé. \nLA MÉLODIE\nLa première phrase\, comme celle du Graduel\, est très simple; invitation discrète sans expression particulière. Substantia tua est en fort relief\, comme il convient; il s’agit de notre être\, de notre vie. \nLa seconde a plus d’élan mais demeure sans chaleur. \nC’est la troisième qui est la plus expressive. La mélodie s’élève ardente sur impleantur\, et\, sur horrea tua\, s’élargit à la mesure des granges et des moissons. Il passe en outre dans tout ce mouvement un souffle de joie qui chante l’abondance heureuse du présent et de l’avenir. \nLa dernière phrase est plutôt thétique mais chante fort bien aussi dans le grave\, sur torcularia et sur redundabunt\, les paroles riches de promesses pour l’année qui vient. \n  \n\nCantiques pour tous les temps\nPolyphonies pour tous les temps\n\n  \nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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