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SUMMARY:Noël - Nativité du Seigneur
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de ces messes par Dom Baron.\nMESSE DE MINUIT\nINTROÏT\nLE TEXTE\nLe Seigneur m’a dit :Tu es mon Fils ;Moi\, aujourd’hui\, je t’ai engendré.Ps. – Pourquoi ont-elles frémi\, les nations ?Et les peuples\,Pourquoi se sont-ils appliqués à des choses vaines ? Ps. II\, 7\, 1.Le Psaume IIe est exclusivement messianique c’est-à-dire qu’il ne s’applique qu’au Messie. C’est donc bien lui qui parle. Il affirme sa génération divine par une référence directe à la parole du Père qui l’engendre. Le mot « aujourd’hui » doit s’entendre au sens de l’éternel présent dans lequel Dieu vit et produit le Verbe\, comme le mot substantiel en qui s’achève son unique Pensée.Dans le cadre de la liturgie\, cet Introït est comme le premier mot de l’Enfant-Dieu\, le mot par lequel il nous dit à travers la voix de l’Eglise ce qu’il est et d’où il vient. Mais à cette attestation de son éternelle naissance s’en ajoute une autre. Au moment où il vient au monde à Bethléem\, le Christ est en toute vérité\, engendré: il naît du Saint Esprit et de la Vierge Marie. L’Ego hodie s’entend donc ici également de son engendrement charnel\, œuvre de Dieu lui aussi\, et le mot hodie\, tout en gardant son sens d’éternité\, indique le jour précis où il se réalise. D’autre part\, le Christ n’a jamais été sans ses membres. En engendrant le Verbe dans sa pensée unique et éternelle\, le Père\, dans le même acte\, le prédestine à être le Chef et le Sauveur de l’humanité et lui donne tous les hommes de bonne volonté. Ainsi\, en lui\, de toute éternité\, nous avons tous été pensés\, engendrés spirituellement par le père. Quand il est venu sur terre\, il nous portait donc tous dans sa pensée et son amour\, de sorte que\, spirituellement encore\, mais réellement\, nous sommes venus au monde\, en lui\, dans la nuit de Noël ; nous aussi nés de Dieu\, fils de Dieu par prédestination.Enfin cette participation à la vie de Dieu\, cette nouvelle naissance\, devenue effective le jour de notre baptême\, continue tout le temps de notre vie et devient plus pleine avec chaque grâce que nous recevons. Le Christ\, en venant au monde\, nous a apporté précisément cette grâce de vie. La liturgie de Noël nous l’offre à nouveau. Si nous la recevons\, notre engendrement divin se poursuit. Nous devenons un peu plus fils du Père et le mot Hodie génui te prend\, pour nous\, en plus des deux autres\, un sens personnel et actuel. « Moi\, aujourd’hui\, je t’ai engendré ».Lorsque l’Eglise\, dans la nuit de Noël\, chante cette parole mystérieuse\, elle est donc d’abord la voix de l’Enfant-Dieu qui dit au monde sa génération éternelle et sa génération charnelle ; mais\, en même temps\, réalisant que le Christ qui se continue\, elle ne peut pas ne pas chanter sa propre génération dans l’éternelle miséricorde du Père\, dans le mystère de Noël et dans la grâce qui\, au moment même où elle chante\, vient en ses membres et les divinise un peu plus.L’idée du Psaume est tout autre. Le psalmiste dans une vision prophétique considère avec ironie le frémissement de peuples qui en vain s’agitent et complotent contre le Seigneur et son Christ. Cette prophétie était en pleine réalisation au moment où Notre Seigneur naissait. Tout un peuple était en mouvement pour satisfaire l’ambition d’Auguste et la haine d’Hérode était prête à éclater contre le nouveau Roi des Juifs. Elle n’a cessé et ne cessera pas de se réaliser ici ou là dans le monde\, de sorte que ce verset est toujours d’actualité.On notera le contraste qu’il forme avec l’antienne : la génération du Verbe et la nôtre dans le silence de l’éternité\, le silence de la nuit\, le silence des âmes\, et l’agitation vaine du monde haineux\, dans le bruit. La reprise de l’antienne rend le contraste plus frappant encore\, en même temps qu’elle évoque la continuité de la parole génératrice et l’immutabilité de Dieu en dépit de tout. \nLA MÉLODIE\nIl en est peu qui soient aussi simples. Aussi bien c’est un enfant qui parle et\, encore qu’il nous apporte une parole d’éternité\, c’est avec ses moyens humains qu’il nous la livre. L’Eglise\, elle\, qui lui prête sa voix avait à s‘adapter à la foi à son infinie grandeur et à son infinie simplicité. Sans négliger celle-là\, elle a fait celle-ci dominer\, demeurant ainsi dans l’esprit de tout le mystère\, qui est la révélation de l’humanité et de la grâce de notre Dieu Sauveur.Dominus dixit ad me… Quelques notes très simples. Elles ne s’étendent pas ; une quinte\, c’est tout. Elles se balancent légères\, immatérielles\, se mouvant à peine ; comme au-dessus du temps. Elles ne disent pas une joie éclatante\, mais la contemplation infinie du Christ fixée sur la parole du Père\, qu’il entendit dans le sein de Notre-Dame au moment de l’Incarnation et qu’il nous redit dans la paix indicible de son sourire d’enfant.Filius méus es tu… Rien que quelques notes encore\, mais elles prennent un peu plus de mouvement ; elles vont vers méus\, où s’épanouit la joie infinie du Père\, sa tendresse\, son bonheur d’avoir un Fils si pareil à lui-même.Ego hodie génui te… Le balancement de la première phrase revient. Ego a le même motif que Dominus ; aussi bien c’est encore le Seigneur et la même joie et la même tendresse. Hodie s’étend immobile comme l’éternel présent en génui te\, le mot générateur\, s’achève dans une cadence extrêmement gracieuse et tendre. On n’enlèverait rien à la paix heureuse de cette dernière phrase en y voyant une nuance de douce autorité : notez la tristropha sur laquelle se pose la dernière syllabe de Ego et la double note de génui te qui devrait être une bivirga bien appuyée. Cette nuance se retrouve très nette sur le même texte à l’Alleluia et à la Communion.Chanter à mi-voix avec beaucoup de souplesse et dans un bon mouvement plein de vie et de joie.Appuyer la voix sur les punctum qui précèdent les distrophas de dixit afin d’éviter de les faire dures. Le crescendo de Filius méus aura son maximum d’intensité sur l’accent tonique de méus qu’on évitera de heurter.En raison du peu d’étendue de la mélodie\, les ralentis\, à la fin des phrases\, seront très discrets. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nAvec toi (je serai)\, moi\, le Principe\, au jour (où tu auras à exercer) ta puissance ;(Car) de ces splendeurs des saintes relations divines\, (Il faut entendre par là la connaissance que Dieu a de lui-même et dans laquelle il engendre le verbe\, et l’amour du Père pour le Verbe et du Verbe pour le Père\, d’où procède le Saint-Esprit.)de mon sein\, avant a lumière\, je t’ai engendré.Verset. – Il a dit\, le Seigneur\, à mon Seigneur :Assieds-toi à ma droite\,Jusqu’à ce que je mette tes ennemisComme un escabeau sous tes pieds. (Cette interprétation de Principium par le Père\, Principe du Fils s’autorise de Saint Augustin(in Ps. CIX\, P. L. XXVII\, col. 1454) et de Cassiodore (P. L. LXX col. 795)) Ps. CIX\, 3\, 1.Le Psaume CIX est le Psaume du Christ ressuscité. Le Père dit au Fils revenu vers lui dans sa chair glorifiée : Assieds-toi à ma droite ; je suis avec toi au jour de ta puissance\, moi qui t’ai engendré…Dans le cadre liturgique de Noël\, l’interprétation en doit être légèrement modifiée\, d’autant que l’ordre des versets est interverti : le 3e étant ici le 1er et le 1er le 2e. Elle s’établirait bien ainsi. Le Père\, au moment où son Fils revêt les formes les plus humbles de la nature humaine\, lui dit : le jour où ta puissance\, si réduite maintenant en apparence\, aura à s’exercer\, moi\, le Principe de tout\, moi qui t’ai engendré\, je serai avec toi. In die virtutis tuae est donc entendu ici non seulement au sens du jour de la Résurrection et du Jugement dernier\, mais au sens de toutes les circonstances où le Christ aura à manifester sa puissance.Au Verset\, ce n’est plus le Père qui est en scène\, c’est David. Lui aussi est père de l’enfant ; il vient\, à son tour\, chanter\, sur le berceau si pauvre de son descendant\, la prophétie de la glorieuse résurrection\, qu’il a entendu le Seigneur dire à son Seigneur : Assieds-toi à ma droite…Il y a quelque chose d’infiniment grand dans ce chant des deux Pères planant au-dessus du Christ abaissé jusqu’à l’impuissance totale. Comme si\, au moment où il commence sa vie d’abnégation et de souffrance\, ils voulaient\, chacun à sa façon\, le réconforter par la vision de son origine divine et de son triomphe finale. Et quelle émouvante paraphrase de l’Epître ! Saint Paul vient de nous dire d’attendre la bienheureuse espérance et l’avènement de la gloire de Notre Sauveur Jésus-Christ. Le Père\, confirmant cette parole de son autorité\, affirme qu’il sera avec son Fils de toute sa puissance jusqu’à ce que le dernier de ses ennemis soit sous ses pieds.Le rôle des chanteurs peut être conçu de deux façons. Ils peuvent être la voix du Père et du prophète. Ils peuvent être aussi la voix de l’Eglise se redisant à elle-même les paroles prophétiques au moment où elle contemple le mystère de l’Enfant divin dans son abaissement. La première a quelque chose de plus dramatique et cadre mieux avec l’ampleur du mystère qui a pour mesure l’éternité et dont le Père est le premier acteur : Ego hodie… \nLA MÉLODIE\nC’est encore la mélodie type des Graduels du IIe mode. Toutefois\, l’auteur\, saisi sans doute par l’infinie grandeur des paroles\, a voulu donner à la première phrase une forme propre qui s’y adaptât autant que faire se peut. Cette forme originale va du début jusqu’aux derniers neumes de virtutis. Elle se soude là à la mélodie commune. Celle-ci emprunte alors\, pour la seconde phrase\, la formule extensible que nous avons déjà rencontrée dans le Graduel de la Vigile. L’adaptation ainsi réalisée est une des merveilles du répertoire grégorien.L’intonation est toute simple : un mouvement de quarte qui descend sur técum et remonte sur principium\, où il s’étale sur le la jusqu’à la fin du mot. Mais quelle douceur à la fois tendre et forte il donne à la voix du Père : se soulevant\, légère\, sur l’accent de técum\, elle vient se poser sur la dernière syllabe toute chargé de tendresse heureuse – on dirait bien souriante – puis remonte sur principium où elle se nuance d’autorité sur la teneur en la.Alors\, à l’évocation des jours tout proches\, où va se manifester la puissance de son Fils\, la joie du Père s’avive et chante sur les beaux neumes légers et souples de virtutis. La douce tendresse revient un instant dominer autour du si b\, et la phrase s’achève sur tuae dans un caractère de force de plus en plus marqué. C’est une transition à l’idée de la génération éternelle sur laquelle le Père appuie sa promesse et d’où le Christ tient sa puissance divine. « Moi qui\, dans les splendeurs de la sainte Trinité\, t’ai engendré… ».Ce n’est plus le triomphe futur du Christ que le Père chante\, ici\, c’est\, dans l’intimité des divines Personnes\, la génération du Verbe\, qui est sa Vie et sa Béatitude. Affirmation grandiose\, heureuse et fière. Posée avec éclat\, sur le rythme puissant de in splendoribus\, elle s’en va\, emportée par le souffle de l’enthousiasme\, de plus en plus forte\, de plus en plus ardente\, sans que rien la retienne ni l’atténue jusqu’à la cadence triomphale de utero ; et\, de là\, sans s’arrêter\, jusqu’à la fin où elle se nuance seulement d’admiration tendre.Le Verset. – C’est de tendresse encore que Domino méo  se trouve baigné. La tendresse du père selon la chair cette fois\, contemplant Celui vers qui ont monté depuis des siècles tous les désirs de sa race.Transmise par lui\, la voix du Père Eternel chante à nouveau. Aimable et douce sur séde a déxtris méis\, quand elle invite le Christ à siéger sur le trône royal\, elle prend le même accent d’autorité fort que nous lui avons trouvé plus haut sur in splendoribus pour chanter son triomphe final. C’est bien la même volonté puissante qui s’impose et le même accent de joie enthousiaste\, sur donec ponam inimicos tuos\, sur scabéllum\, et jusque sur les salicus de pédum tuorum où tout s’achève dans une grandeur et une noblesse incomparables.L’ictus placé sur la dernière syllabe de técum donnerait au mot son expression… La bivirga de in sera ferme\, de même celle de tuae.Donner de l’éclat à in splendoribus\, in un peu allongé\, la bivirga forte dans une bonne articulation du d. Cette phrase doit être pleine de vie\, de chaleur\, d’enthousiasme.Toujours même fermeté sur les deux notes de ante. Rattacher de très près cette troisième phrase à la précédente.Retenir\, dans le Verset\, les premières notes de méo. Eclat et force sur la bivirga de donec et sur celle de scabéllum. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nLe Seigneur m’a dit :Tu es mon Fils ;Moi\, aujourd’hui\, je t’ai engendré. Ps. II\, 7.C’est celui de l’Introït . Il n’y a rien à ajouter à ce qui a été dit plus haut\, sinon qu’il se présente ici comme une réponse du Christ naissant aux paroles que le Père et le Prophète viennent de lui adresse dans le Graduel. Ils ont dit : « Je serai avec toi\, moi qui t’engendre… Le Seigneur a dit à mon Seigneur : assieds-toi à ma droite…. » Il répond\, par la seule parole qu’il puisse dire le jour de sa Nativité : « Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils … » \nLA MÉLODIE\nC’est celle de l’Alleluia Osténde du Ier Dimanche de l’Avent. Mélodie type ; mais parfaitement adaptée.Elle met sur la première incise une joie simple\, paisible\, aimable\, souriante\, qui est vraiment celle qu’on se plaît à évoquer chez l’Enfant divin qui nous parle. Elle entoure de vénération tendre le nom du Père et va s’épanouir sur ad me en un accent de bonheur intime où passe quelque chose de la Béatitude du Fils bien-aimé.A partir de Filius méus\, c’est le Père qui chante sa joie. Elle nous arrive telle que l’évoque l’Enfant et donc dans la même atmosphère de simplicité\, avec des nuances toutefois qui en font une merveille. Telle cette arsis de Filius où s’exalte le bonheur du Père devant un Fils si semblable à lui-même\, et qui se détend\, baignée de tendresse\, sur la clivis allongée\, le pressus\, les neumes paisibles et souples de tu es. Tel encore\, le bel accent de grandeur\, de noblesse\, d’autorité qui s’élève sur ego ; et\, sur Hodie genui te\, cette béatitude de contemplation dans laquelle le Père chante infiniment son éternelle Paternité et le jour où il a enfin un Fils selon la chair… et tant d’autres en lui.Bien arrondir\, en le retenant légèrement\, le torculus de Dominus. Faire très expressif le pressus de ad me. Filius aura de l’élan ; le torculus sera également retenu quelque peu\, comme le sera aussi toute la thésis.Chanter dans un rythme très souple et très lié la vocalise de Hodie.Ne pas traîner la reprise du chœur. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nQue se réjouissent les cieux\,Et qu’elle exulte la terre\, Devant la face du Seigneur\,Car il vient. Ps. XCV\, 11.Dans le Psaume\, on lit : car il vient juger la terre. Il s’agit donc là de la joie de l’Eglise lors du second avènement.Ici c’est du premier qu’il s’agit ; la suppression des trois derniers mots l’indique clairement. Toutefois\, il semble préférable de garder le verbe au présent. La naissance de Notre Seigneur est en effet tout orientée vers sa venue dans la gloire. Elle en est le premier acte. Il continue de venir\, il ne finira que quand tout aura pris fin sur la terre ; Cette interprétation n’empêche nullement l’Offertoire d’être une très belle réplique du peuple à l’Evangile qui vient d’être lu\, puisqu’il chanter tout aussi bien la joie du première avènement que celle du second. \nLA MÉLODIE\nElle est joyeuse\, incontestablement. La joie est partout\, dans les élans de laeténtur\, dans le balancement souple de caeli\, dans la broderie si fine de exsultet\, dans la montée faciem et dans le motif de quoniam qui\, par sa gracieuse inflexion au grave\, le fait si expressive du bonheur profond de l’âme ; mais c’est une joie discrète\, intérieure\, une joie de contemplation. Elle n’a pas d’éclat. Même quand elle s’élance quelque peu sur térra ou sur faciem\, en même temps elle se retient\, comme si elle n’osait quitter son recueillemente et\, au lieu de s’établir sur la dominante\, pour un nouvel élan\, elle revient vers la tonique…L’âme admire\, elle adore plus qu’elle ne se livre à sa joie\, comme les bergers devant l’Enfant et sa Mère. Notez avec quelle grâce un peu timide mais si simple et si pure\, elle s’exprime sur faciem Domini. La contemplation s’achève sur vénit qui évoque très heureusement la continuité du Christ qui vient\, par la cadence du IVe mode inachevée et si évocatrice du mystère.On maintiendra tout au long un bon mouvement ; pas rapide mais vivant\, avec des crescendos discrets sur les arsis de caeli et de térra.Lier étroitement ces deux phrases musicales en raison du texte. Sur faciem la double note est une bivirga. Bien faire les intervalles de quarte de quoniam. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nDans les splendeurs des saintes relations divines\,De mon sein\, avant la lumière\, je t’ai engendré. Ps. CIX\, 3.C’est une partie du texte du Graduel\, comme on le voit. Le fait qu’il est chanté au moment de la communion permet d’en faire une application plus personnelle à chacun de nous. C’est en effet par l’Eucharistie\, qui met en nous la vie de Dieu\, que se fait notre incorporation au Christ\, que se fait de plus en plus notre engendrement divin : « Comme je vis sur mon Père\, celui qui mange ma chair vivra par moi ». Au moment où nous communions\, se réalise donc un peu plus le dessein de vie divine que Dieu a eu sur nous de toute éternité\, avant que ne fût la lumière – ce qui est notre prédestination ou\, si l’on veut\, notre génération éternelle dans le Christ.Les chanteurs seront ici\, comme dans le Graduel\, ou le Père qui parle\, ou l’Eglise qui se redit à elle-même\, dans une sorte de contemplation\, au moment où elle se réalise dans ses membres\, la parole génératrice. \nLA MÉLODIE\nA la différence de l’Introït si léger\, elle est ample et grandiose. Quelque chose de solennel passe dans le balancement de l’intonation qui rappelle le in splendoribus du Graduel. Les doubles notes sont des bivirgas dans les manuscrits et elles sont allongées ; il faudrait donc les écrire avec un épisème horizontal sur chacune d’elles\, ce qui comporterait un bon appui et une légère répercussion. Cette solennité passe sur utero et va se développer\, dans la joie\, sur luciferum. Beau mouvement qui chante à la fois et l’éternité et l’heure de la naissance du Christ et aussi l’obscurité de la foi dans laquelle nous avons à vivre avant de réaliser dans la lumière de gloire la plénitude de notre être divin. Le rebondissement sur génui te est empreint de la même autorité douce et forte.Cette antienne\, bien qu’elle soit courte\, demande une certaine ampleur. Les signes de ralentissement sont d’ailleurs partout.Retenir légèrement la cadence de luciferum et la première note du second podatus de génui te. \n \nMESSE DU JOUR\nINTROÏT\nLE TEXTE\nUn enfant nous est né et le Fils nous est donné ;Son sceptre et sur son épaule ;Et il sera appelé de son nom Ange du Grand Conseil.Ps. – Chantez au Seigneur un cantique nouveau\, Car il a fait des choses merveilleuses. Isaïe IX\, 16. Ps. XCVII\, 1.Dans ces quelques lignes\, trois états du Christ sont prophétisés : 1° sa naissance et sa forme humano-divine : Puer en effet c’est l’enfant mais Filius\, c’est le Fils de Dieu\, le Verbe ; 2° son règne de conquérant\, sous la forme symbolique du sceptre qu’il porte sur son épaule\, lequel selon toute la tradition est la Croix\, instrument de sa conquête ; 3° son triomphe suprême\, par le nom qui lui sera donné : Ange du grand Conseil. Le Grand Conseil s’entend ici au sens du plan éternel de Dieu sur le monde ; ce que Saint Paul appelle le mystère du Christ récapitulant tout en lui pour la gloire du Père. De ce dessein de la miséricorde divine\, le Christ est l’annonciateur : Angélus. Mais ici la prophétie est au futur\, car ce nom\, il ne le portera en plénitude que le jour où l’annonce qu’il a mission de faire aura été proclamée en tout lieu. Alors\, ayant conduit à bien l’œuvre de Dieu\, il en recueillera la gloire\, avec le titre qui le consacrera à jamais.Au sens liturgique\, ce n’est pas le prophète qui parle\, c’est l’Eglise qui chante sa joie sur les paroles de la prophétie. Après avoir été pour elle les mots de la confiance si souvent redits\, celles-ci viennent tout naturellement sur ses lèvres pour célébrer ce qu’elles prédisaient. D’autant que le prophète\, pour qui elles étaient au moment de sa vision une vivante réalité\, les a écrites au présent. Pas un mot n’est donc à modifier\, tout est exact ; l’Enfant est né\, le Fils est donné. Sur son épaule est son sceptre ; il n’a pas encore toute sa forme\, c’est vrai\, mais tout ce que le petit enfant qui est là\, dans la mangeoire de l’étable\, souffre dans sa chair\, c’est déjà la Croix par laquelle il conquiert le monde et commence de régner. Enfin ce jour où son Nom de victoire lui sera donné\, on le voit déjà poindre\, car aujourd’hui les anges ont chanté qu’un Sauveur nous est né\, en qui le Père trouve sa gloire\, et la terre\, la paix. (Tel est le caractère de toute la Messe du jour. Elle ne célèbre pas seulement la naissance du Christ mais son règne et son triomphe suprême.)Dans le Psaume\, l’Eglise invite le monde à chanter un cantique nouveau au Seigneur\, car vraiment il fait des merveilles. \nLA MÉLODIE\nLa première phrase chante l’Enfant qui vient de naître : elle n’est que joie. Une joie bien différente de celle qui nous remplissait l’âme durant la nuit. Celle-là c’était celle du Christ et de son Père : une joie d’éternité\, tout intérieure\, et qui même en nous\, prenait des résonances d’éternelle paix ; celle-ci\, c’est celle de l’Eglise\, c’est la nôtre et\, tout en demeurant dans les profondeurs de notre âme\, il faut qu’elle s’extériorise.Sur Puer natus est\, elle déborde\, elle éclate\, sans perdre d’ailleurs sa simplicité\, il y a en elle toute la spontanéité et tout l’empressement des heureuses nouvelles que l’on dit autour de soi. Elle se pénètre toutefois d’un peu de gravité dans la seconde incise : le mystère est là\, le mystère du Fils qui nous est donné. Il y a dans la courbe descendante de Filius une tendresse qui vénère et qui adore\, et l’on sait tout ce que l’on chante sur le pressus de datus est.La seconde phrase revêt\, sur impérium\, une ampleur majestueuse ; aussi bien\, il ne s’agit plus de l’Enfant mais du Roi. Sur humerum éjus\, à l’évocation de la Croix qui pèse déjà sur les épaules du Nouveau-né\, la mélodie s’alourdit et se nuance de tristesse ; notez la clivis allongée\, et la tristropha\, et la cadence finale nettement établie en la mineur.La joie revient\, sans ombre\, sur la troisième phrase\, avec un bel accent d’autorité sur vocabitur nomen éjus. Il y a bien sur ce dernier mot la même cadence en la\, mais\, n’étant ici qu’une cadence d’incise\, l’impression mineure est tout de suite détruite par les intervalles majeurs de magni consilii qui donnent à toute la finale\, par leur étendue\, le caractère de solennelle grandeur qui convient au Christ glorieux de la fin des temps.Il va de soi qu’il faut chanter cet Introït dans un mouvement allègre. Il ne s’agit pas de rapidité ; ce qu’il faut\, c’est que passe l’élan de vie et de joie.Bien lancer l’accent de natus est\, la voix se posant doucement sur la tristropha et s’en allant en un léger crescendo vers nobis.Un peu d’ampleur à impérium\, en marquant bien la première note de la seconde clivis. Ce n’est qu’à partir de l’épisème horizontal de humerum que l’idée de la croix aura son influence ; la tristropha\, douce. Le ralenti sur éjus sera léger ; assez marqué toutefois pour permettre un a tempo sur et vocabitur\, qui est une idée nouvelle ; les tristrophas légères et renforcées vers l’accent qui suit.Sur éjus\, dans la troisième phrase\, peu de ralenti ; le rattacher au contraire étroitement à magni consilii\, dont la première note sera légèrement élargie\, comme toute l’incise d’ailleurs.Le Psaume sera dans le mouvement ; bien articulé\, bien accentué\, avec l’ardeur entrainante qui convient à une telle invitation. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nIls ont vu\, tous les confins de la terre\, Le Salutaire de Notre Dieu.Dites donc votre joie à Dieu\, toute la terre.Verset. – Il a fait connaître\, le Seigneur\, son Salutaire.Devant la face des nations\, il a révélé sa justice. Ps. XCVII\, 3\, 2.Le Psaume XCVII a trait à la délivrance du peuple de Dieu de la servitude d’Egypte. En fait\, cette délivrance ayant été la figure de la Rédemption\, ce sont les merveilles de la Rédemption qu’il prophétise\, et\, comme ces merveilles n’auront leur plénitude que lors de l’avènement de Gloire\, il n’a toute sa signification que si on l’entend dans le sens de cet avènement suprême.Chantés au jour de Noël\, ces deux versets gardent évidemment tout leur sens prophétique. Au moment où le Christ naissait\, ce qu’ils annoncent n’était pas arrivé ; loin de là. Toutefois\, il faut bien le noter\, à mesure que l’œuvre de la Rédemption se fait\, ce qu’ils prophétisent devient de plus en plus une réalité. C’est bien vrai qu’aujourd’hui toute la terre a vu le salut et qu’en faisant connaître le Christ\, Dieu a révélé sa justice\, en ce sens qu’il a donné ce qu’il avait promis.Il faut donc que les chanteurs\, tout en remplissant le rôle du prophète\, aient à l’esprit ce sens de prophétie réalisée qui fait ce Graduel si actuel et qui le revêt d’un accent si particulier de joie éclatante et déjà triomphale. Ils seront ainsi la voix de l’Eglise chantant sur le berceau de l’Enfant les merveilles jadis prédites\, aujourd’hui réalisées en partie\, et qui le seront pleinement quand le temps leur aura permis de l’être.Chantés dans cet esprit il sera une très belle paraphrase de l’Epître. Dans ces quelques lignes aux Hébreux\, Saint Paul a ramassé\, dans une splendeur d’expression incomparable\, toute l’œuvre du Fils de Dieu\, jusqu’au jour où ayant roulé le ciel et la terre comme un manteau\, il les changera en éternité\, demeurant\, lui. Celui qui ne change pas. A cette parole\, l’Eglise réplique en chantant la joie de la terre qui a vu le Salutaire et qui le verra éternellement comme la pleine révélation de l’infinie puissance et de l’infinie justice de Dieu. \nLA MÉLODIE\n– Vidérunt omnes fines terrae salutare Déi nostri. Jubilate Déo omnis terra.Deux mots la caractérisent : joie enthousiaste. Cette joie est très nette dès le début\, dans le magnifique élan de l’intonation qui l’emporte du fa au mi et où passe en un souffle de gloire la fierté de l’Eglise chantant les nobles conquêtes de son Chef. Pas un instant elle ne s’atténue dans la suite. Elle enveloppe fines terrae de longs neumes qui symbolisent peut-être l’étendue du monde\, mais qui affirment surtout\, avec force\, l’étendue et la grandeur du triomphe. Après une nuance de vénération sur salutare\, elle revêt sur Déi nostri tout son éclat\, à l’évocation du mystère d’infinie miséricorde contenu dans ces trois mots.Dans la seconde phrase\, la mélodie suit l’idée et se fait impérative sur jubilate. Mais la joie ne tarde pas à dominer de nouveau. Pleine de tendre respect sur Déo\, elle reprend son bel enthousiasme sur omnis térra et le grade tout le long de la formule finale\, ponctuée par les salicus et le pressus\, qui lui donnent un si beau caractère de grandeur forte et noble.Le Verset. – Notum fécit Dominus salutare suum : ante conspéctum géntium revelavit justitiam suam.C’est la même joie triomphale. Elle part d’un bel élan sur notum fécit ; mais au lieu de le poursuivre\, elle s’arrête sur Dominus en une sorte de contemplation pleine de tendresse. L’âme a trouvé le nom du Seigneur\, à qui elle a tout à dire\, en pareil jour. Elle s’y complaît\, répétant sa louange et son amour sur des motifs aimables et doux jusqu’à ce que\, s’excitant peu à peu\, elle laisse enfin monter l’ardeur de sa joie dans une envolée brillante qui rappelle celle de Déi nostri.La seconde phrase n’a pas cette nuance de vénération. Aucun mot dans le texte ne la demande d’ailleurs. L’élan de l’intonation porte tout de suite au sommet le mot géntium. La formule est celle qui achève le mot Dominus dans la première phrase : enthousiaste\, avec la même note de fierté heureuse. La mélodie ensuite s’en va par une gracieuse descente empreinte de joie profonde vers la formule finale. Cette formule qui ne se retrouve qu’une autre fois\, au Graduel de l’Assomption de Notre-Dame\, semble bien avoir été faite pour ce Graduel de Noël\, qui est le plus ancien des deux. Elle a très peu d’élan. Ce n’est pas que la joie en soit absente\, mais celle-ci est discrète\, empreinte même d’une certaine gravité\, comme une joie de reconnaissance personnelle qui ne se dit que dans le secret de l’âme. Aussi bien est-ce dans l’intime du cœur qu’elle se révèle pour chacun\, cette justice de Dieu.Chanter dans un mouvement assez vif et avec éclat.Que l’intonation soit légère. La première note du podatus de omnes bien posée\, mais dans le mouvement. La tristropha légère et allant en crescendo vers le climacus qui ne sera pas du tout retenu. Les pressus de térrae bien appuyés ; pas de ralenti. Le porrectus de salutare un peu élargi.A tempo\, sur jubilate ; l’accent bien lancé. Enthousiasme sur omnis. Les salicus de térra appuyés\, la répercussion bien faite sur le do\, et la cadence peu ralenti.Le début du Verset bien balancé. Dans la dernière incise de Dominus\, mener le crescendo de fin\, le concentrer sur la bivirga et la note qui précède le quilisma\, et faire le sommet léger. Les quatre dernières notes retenues. Rattacher Salutare à Dominus.Bien que l’écriture de géntium soit différente de celle du dernier motif de Dominus\, l’interprétation est la même. Ralentir les dernières notes de conspéctum et de géntium.N’élargir que le dernier motif de la finale. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nUn jour saint a lui sur nous.Venez nations et adorez le Seigneur.Car\, aujourd’hui descend une grande lumière sur la terre.Ces paroles ne sont pas dans l’Ecriture. Tout au plus pourrait-on y voir une allusion au passage d’Isaïe chanté dans la première leçon des matines: «Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu un grande lumière ».Cette grande lumière que chante l’Eglise\, c’est d’abord la clarté qui environnait l’ange quand il apparut aux bergers ; mais par delà\, il va de soi\, c’est la parole de Dieu se révélant à nous à travers son Fils\, comme Saint Paul vient de nous le dire dans l’Epître ; c’est enfin le Christ\, lumière qui a lui dans les ténèbres\, comme va nous le dire Saint Jean dans l’Evangile. \nLA MÉLODIE\nC’est une mélodie type qu’on rencontre très souvent aux environs de Noël (Messe du jour\, Saint Etienne\, Saint Jean\, Saint Sylvestre\, Epiphanie. Dans le mois de Janvier : Chaire de Saint Pierre\, Conversion de Saint Paul\, Saints Fabien et Sébastien. – Nativité de Saint Jean-Baptiste qui s’apparente de si près à Noël\, Fête de Saint Pierre et Saint Paul qui primitivement se célébrait\, en dehors de Rome\, le 28 Décembre.) ; si bien qu’on l’appelait natalitia : un noël. Elle a de particulier que chacune des phrase a la forme d’un verset de psaume : une intonation\, une teneur avec une médiante\, une cadence finale.L’intonation et la cadence sont plus ou moins développées.A cause de la teneur qui n’est qu’un récitatif\, cette disposition ne semble pas\, de prime abord\, favoriser l’expression ; en fait non seulement elle ne lui nuit pas\, mais elle la sert fort bien\, car\, avec les intonations et les cadences\, coïncident les mots importants du texte\, de sorte qu’ils se trouvent revêtus de motifs ornés qui les mettent très en relief.C’est ainsi que\, dans la première phrase\, la montée pleine d’élan sur Dies est tout à fait dans le ton de joie empressée et en même temps pleine d’admiration qui est celui de Noël\, tandis que la cadence longuement développée de nobis donne à l’âme le loisir de dire au Seigneur\, en une contemplation paisible\, la reconnaissance de toute l’Eglise dont elle est la voix. Détail curieux ; les derniers neumes qui la font s’achever en do sont les mêmes qui dans le verset du Graduel faisaient finir l’incise revelavit en fa ; Revelavit… Illuxit : lumière. L’invitation de la seconde phrase se courbe comme une prostration ; elle adore. Elle se fait quelque peu pressante au cours de la teneur\, mais ne s’attarde plus ni sur adorate\, ni sur Dominum.La troisième phrase est une reprise de la première : hodie répond à dies ; même mot\, même motif\, même joie bien à sa place. Lux magna remplace illuxit nobis\, même idée\, même motif\, même expression.C’est à la reprise du chœur sur super térram que la joie atteint son plus grand éclat. Superbe conclusion : la mélodie qui s’est élevée jusqu’aux limites du mode\, s’élargit\, déploie toute sa puissance\, se revêt de grandeur pour célébrer le mystère de lumière qui va non seulement éclairer les âmes mais illuminer le monde.L’Alleluia\, par son élan hardi\, a tout à fait l’allure d’une acclamation. Il faut la lui garder tout au long du jubilus.Rattacher étroitement sanctificatus à Dies et illuxit à nobis.Ne pas faire de crescendo sur les pressus de venite. Il n’a aucune raison d’être. C’est sur la double note de fa – une bivirga – qu’il se fera ; il se détendra sur la tristropha qui suit ; celle-ci ira\, en progression vers l’accent tonique.La double note de super est une bivirga\, de même celle du sommet de térram. La descente finale\, très ralentie. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nA toi sont les cieux et à toi est la terre.Le Globe de la terre et ce qui le remplit\, c’est toi qui l’as fait.La justice et le jugement droit sont la base de ton trône. Ps. LXXXVIII\, 12\, 15.Dans le Psaume\, ces deux versets sont une louange directe à Dieu\, dans laquelle le peuple lui dit que tout est à lui\, parce que c’est lui qui a tout fait et qu’il est la Justice même. Le second évidemment doit s’entendre au sens figuré. Nous dirions aujourd’hui : la justice et la sagesse sont la politique de ton gouvernement.Au sens liturgique\, c’est une paraphrase très heureuse des deux lectures qui viennent d’être faites. Dans l’Epître\, saint Paul disait\, citant lui aussi les psaumes : « Tu as créé la terre dès le commencement\, et le Ciel est l’œuvre de tes mains… le sceptre de l’équité est le sceptre de ton empire ». Et saint Jean à son tour dans l’Evangile : « Tout a été fait par lui… Nous l’avons vu plein de vérité. » L’Eglise\, pleine de ces idées\, s’adresse au Verbe fait chair et proclame à la fois son absolu domaine sur toutes choses et sa sagesse infinie. Elle fait plus ; par les mots mêmes qu’elle chante\, elle donne au geste de l’offrande son sens de sacrifice : Prends… tout est à toi\, à toi qui es la sagesse et l’équité\, et qui rendras dans la mesure où l’on te donne\, et cent fois plus encore. (Une autre interprétation du texte est possible\, plus en accord peut-être avec l’Epître où c’est le Père qui dit au Fils : C’est toi qui as fait tout… ton sceptre est un sceptre d’équité. Ce serait alors le Père qui\, ici encore\, s’adresserait au Verbe fait chair\, ou l’Eglise qui se redirait les paroles du Père et en ferait comme le thème de sa contemplation et de sa joie intérieure…) \nLA MÉLODIE\nElle est en contraste avec toutes les autres pièces de la messe. Elle se tient dans le grave\, se développe très peu ; à part une note d’échappée\, à la fin de la seconde phrase\, sur tu fundasti\, elle ne dépasse pas la quinte ré-la ; enfin elle est écrit dans le IVe mode\, qui est le mode mystique.Ce n’est pas une louange qui éclate\, c’est une contemplation ; comme une parole intérieure dite dans l’intimité\, et qui ne s’extériorise qu’autant qu’il est nécessaire\, pour exprimer l’admiration et la tendresse dont elle est pénétrée.Dans la première phrase\, après avoir souligné caeli de quelques neumes discrets\, le mouvement va vers tua est térra\, où il s’épanouit dans la joie croissante des rythmes ternaires qui vont s’achever sur la cadence de mi en une nuance délicate de tendresse. Joie et tendresse de l’Eglise\, heureuse de chanter pour son propre compte à l’Enfant divin les paroles inspirées et\, à travers elles\, de lui offrir tout ce qu’il dépend d’elle de lui donner.La seconde phrase est l’affirmation de la puissance créatrice du Verbe\, du petit Enfant qui est là. A travers la paix de la contemplation\, quelques nuances ici et là l’évoquent : le salicus de orbem\, la tristropha de terrarum\, les notes doubles et répercutées de éjus\, et surtout l’élan de tu fundasti si plein de noblesse et de force et où passe par la voix de l’Eglise la joie et la reconnaissance de tout le monde créé.Il y a un peu plus de mouvement dans la troisième phrase. La mélodie établie pour un instant au moins sur la dominante\, prendre de l’ampleur. En même temps\, elle s’attarde davantage sur les mots\, sur tous les mots. L’âme a tant à dire de cette justice et de cette sagesse divines qui commencent à s’exercer aujourd’hui sur la terre\, dont elle fait son profit chaque jour et dont elle voit se profiler dans les siècles l’éternel triomphe.Il ne faut chanter cet Offertoire ni vite\, ni fort\, mais entretenir toujours le mouvement et mettre\, partout où elles sont indiquées\, les nuances d’intensité ; de sorte qu’on sente partout la vie et la ferveur.Elargir les trois premiers climacus de est térra : pas le dernier ; telle est la nuance des manuscrits.Faire bien douce la tristropha de terrarum et les distrophas de éjus\, qui préparent les délicates répercussions qui suivent. Ne pas brusquer le salicus de fundasti. Que toute cette incise soit très liée et le crescendo préparé à partir des dernières notes de éjus. Ralentir la thésis de judicium. Bien marquer le premier podatus de praeparatio. Moduler avec beaucoup de douceur la dernière incise toute adorante. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nIls ont vu\, tous les confins de la terre\,Le Salutaire de notre Dieu. Ps. XCVII\, 3.C’est la première phrase du Graduel. L’Eglise la chante ici dans la joie de la voir se réaliser sous ses yeux\, car c’est dans l’Eucharistie que le Salutaire de Dieu\, le Christ\, est vu\, saisi et porté par l’Eglise aux confins de la terre. \nLA MÉLODIE\nElle est plus contenue que celle du Graduel. La première incise est même très recueillie\, ce qui s’accorde parfaitement avec l’atmosphère de réflexion grave dans laquelle l’Eglise redit les paroles prophétiques\, mais\, tout de suite\, un très beau mouvement de joie monte et s’épanouit sur fines térrae\, chantant déjà le Christ partout répandu et évoquant le jour où il sera tout en tous.La seconde phrase est celle de la Communion de la Vigile\, elle ne revêt ici aucune expression particulière.Chanter d’un seul mouvement toute la pièce\, sans aucun ralenti à salutare. Partitions \n\nPolyphonies pour Noël\n\nEcoutes de pièces  \n\nNoëls anciens et populaires\nRistori – Vivaldi : Messe de la nativité\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTEAinsi donc\, ils ont siégé\, les princes ;Et contre moi ils parlaient.Aide-moi\, Seigneur mon Dieu\,Car ton serviteur s’appliquait à tes lois.Ps. – Bienheureux les purs sur le chemin.Ceux qui marchent selon la loi du Seigneur. Ps. CXVIII\, 23\, 86\, 1.L’idée vient assez naturellement d’en faire l’application à Saint Etienne. Rien ne s‘y oppose. Toutefois cette interprétation ne satisfait pas pleinement parce que\, compris de la sorte\, le texte perd toute actualité. Encore que les Saints soient réellement présents aux offices célébrés en leur honneur\, on ne saurait leur attribuer à ce moment-là des actes incompatibles avec leur état de béatitude ; telle ici  cette prière : aide-moi\, Seigneur mon Dieu ; Saint Etienne n’a plus besoin d’être aidé.C’est pourquoi il est peut-être préférable de mettre cet Introït sur les lèvres du Christ. Par la voix de l’Eglise\, en qui il se continue\, il applique à Saint Etienne et à tous ceux qui ont comme lui souffert persécution\, ces paroles qu’il s’est sans doute appliquées à lui-même lorsqu’il les disait au cours de sa vie terrestre. Ce faisant\, c’est encore de lui qu’il les dit\, car c’est lui qui est persécuté en tous ceux qui sont persécutés. Entendu ainsi du Corps mystique tout entier\, le texte a tout son sens. Par une attention spéciale\, il se réfère à Saint Etienne\, au jour de sa fête\, mais\, s’appliquant au Christ total qui toujours\, ici ou là\, souffre de la persécution\, il est toujours actuel.LA MÉLODIEIl n’est pas aisé de caractériser la première phrase. Ce n’est pas une plainte. Elle n’est pas non plus l’expression d’une âme triste ou accablée car\, dans les manuscrits\, tous les neumes sont légers : notamment les porrectus de étenim sedérunt\, les distrophas de loquebantur\, la tristropha de persecuti. Ce qu’il faut y voir\, semble-t-il\, c’est\, après la constatation quelque peu sombre de étenim\, l’énergie éternellement jeune du Christ et de l’Eglise se déployant dans une paix inaltérable et forte. Il s’y mêle une nuance d’indignation discrète\, retenue\, qui n’éclate pas\, mais qui est partout. Assez fortement marquée sur étenim par la bivirga et l’inflexion au grave sur la clivis allongée\, elle souligne les mots de nuances plus ou moins poussées : me\, loquebantur\, où l’on peut voir évoquées les paroles de haine des sanhédrites et de leurs comparses de tous les temps ; persecuti surtout\, notez la tristropha\, la remontée bien scandée des groupes binaires vers le podatus allongé et la cadence si brusque.De cet état d’âme\, jaillit la prière de la deuxième phrase\, ardente et forte elle aussi. La mélodie quitte la tonique à laquelle elle revenait sans cesse\, s’établit un instant sur le fa\, monte à la dominante et\, dans un admirable mouvement de supplication\, s’élance jusqu’au do\, où elle s’épanouit en un pressus qui concentre sur Déus méus toute l’ardeur de la demande. Les deux autres incises ont moins d’élan : elles sont un plaidoyer où\, comme il convient\, l’humilité a sa part ; d’où\, peut-être\, cette discrétion dans le mouvement mélodique.Le Psaume est une louange pour ceux qui\, comme le saint martyr\, vont droit leur chemin et en même temps une contemplation de sa béatitude.Dans la première\, après avoir bien appuyé la double note qui est une bivirga\, faire les porrectus de étenim légers\, tout en veillant à ce qu’ils gardent leur valeur de trois temps ; relier cette première incise à la seconde par-dessus la demi-barre et arrondir le torculus de me ; ne pas forcer les distrophas de loquebantur ; bien articuler le dernier mot de la phrase\, me.Dans la seconde\, élargir légèrement le second torculus de Domine et y intensifier le crescendo qui le rattache à Déus méus\, lequel aura commencé dès le début de la phrase. Aucun ralentissement à la cadence de exercebatur. \nGRADUEL\nLE TEXTEIls ont siégé\, les princes\, et\, contre moi\, ils parlaient.Et les méchants m’ont persécuté :Verset. – Aide-moi\, Seigneur mon Dieu\,Sauve-moi en raison de ta miséricorde. Ps. CXVIII\, 86\, 23. VI\, 5.Il est à peu près le même que celui de l’Introït. Dans la première partie\, seul le mot étenim du début est en moins ; mais dans le Verset la fin a été modifiée : quia sérvus tuus a été remplacé par le verset 5 du Ps. VI ; un appel à la miséricorde au lieu du plaidoyer de l’Introït .Il est bien à sa place après l’Epître. Le récit du martyre qui vient d’être lu rend cette attitude du Christ et de l’Eglise encore plus naturelle.LA MÉLODIE(V) Sedérunt principes et advérsum me loquebantur et iniqui persecuti sunt me.L’expression aussi est la même que dans l’Introït\, mais beaucoup plus poussée.L’indignation n’est plus contenue. Elle a bien la même réserve sur sedérunt principes\, mais elle s’en dégage tout de suite et par un mouvement très vif. Les quatre syllabes détachées de et advérsum me portent la mélodie à la dominante en une arsis pleine d’une ardeur ui s’intensifie\, sur me d’abord\, puis sur loquebantur\, où l’on retrouve le motif de l’Introït\, mais considérablement renforcé sur que par une double note qui est une bivirga épisématique dans les manuscrits et qui de ce fait est fortement appuyée. Sur et iniqui\, l’indignation éclate vraiment ; admirable formule où e mêlent la véhémence de la passion et l’amertume de la souffrance ; celle-ci particulièrement dans l’intervalle de tierce mineure sur lequel s’achève le mot.Le Verset. – Adjuva me Domine Déus méus Salvum me fac propter misericoridum tuam.La formule de l’intonation\, qui ne se retrouve qu’une autre fois\, et sur le même texte\, dans le premier des Graduels du Samedi des Quatre-Temps de Carême\, est très caractéristique d’un appel pressant à l’aide divine. Par son élan qui va d’un trait à la dominante\, elle met quelque chose d’angoissé sur ce début de la prière. Mais tout de suite\, sur la vocalise de Domine\, l’angoisse s’atténue\, pour faire place à une pression délicate\, qui peu à peu se transforme\, au cours de la dernière incise\, en un cri d’ardente supplication\, lequel atteint son maximum d’intensité sur la première note de la clivis répercutée. On voudrait qu’elle se poursuive sur Déus méus\, mais la formule s’y prête mal et la coupure n’est pas heureuse.Le simple récitatif de la seconde phrase ne fait qu’adapter la mélodie à la longueur du texte\, mais il est d’un très bel effet. Il met sur misericordium un accent d’humble prière parfaitement adapté et qui se continue tout le long de la formule finale\, laquelle s’y prête fort bien d’ailleurs par son mouvement discret\, ses notes longues et tout particulièrement par la double répercussion de l’avant-dernier neume.Le mouvement doit être assez ample.L’intonation\, très retenue ; la double note est une bivirga épisématique. Bien faire les accents de advérsum me et de persecuti.Dans le Verset ne pas presser adjuva me\, bien que le mouvement soit un peu dégagé. Se complaire dans la vocalise de Domine\, qui sera légèrement élargie. Y rattacher de très près Déus méus pour pallier à la mauvaise coupure.Bien accentuer salvum ; et bien rythmer tout le passage syllabique. \nALLELUIA\nLE TEXTEJe vois les Cieux ouvertsEt Jésus debout à la droite du Dieu Puissant. Actes VII\, 56.Ce sont\, à quelques détails près\, les paroles que Saint Etienne prononça lors de son jugement\, au moment où ses accusateurs frémissant de rage grinçaient des dents contre lui : « Rempli du Saint esprit et levant les yeux au ciel il vit la gloire de Dieu et Jésus\, debout à la droite de Dieu\, et il dit : Je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu.» L’auteur pour accommoder le texte à la mélodie a remplacé Filium hominis par Jésum et fait précéder Déi de virtutis.Au sens liturgique c’est encore Saint Etienne qui les chante par la voix de l’Eglise et elles sont aussi actuelles qu’à l’heure de son martyr\, car c’est bien vrai qu’il voit le ciel et Jésus à la droite du Père : le mot de son extase est devenu le mot de son éternelle vision.LA MÉLODIEC’est celle de l’Alleluia de la Messe du jour de Noël. Ici encore c’est dans l’adaptation des mots aux intonations et aux cadences que réside l’expression.Dans la première phrase\, vidéo avec ses premières notes allongées et la progression du mouvement qui l’emporte au sommet du mode évoque admirablement le regard du Saint tendu vers le ciel en même temps que la surprise\, la joie\, l’admiration qui de plus en plus remplissent son âme. La deuxième incise\, plus thétique\, chante aussi très bien la béatitude où le fixe l’extase.La seconde phrase\, elle\, se fait pleine de révérence ; elle adore comme dut le faire le martyr quand\, à ses yeux ravis\, le Fils de l’homme apparut à la droite du Dieu puissant.La troisième prolonge cette joie béatifiante jusqu’à ce que l’enthousiasme\, qui ne s’était pas encore révélé\, vienne envelopper le mot Déi d’une exultation d’Hosanna.En plus de ce qui a été recommandé pour l’Alleluia de Noël\, on joindra ici très étroitement a déxtris à stantem. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTEIls choisirent\, les apôtres\, Etienne (pour) lévite.(Il était) rempli de foi et de l’Esprit-Saint.Lequel lapidèrent les Juifs\,Alors qu’il priait et disait :Seigneur Jésus\, reçois mon esprit.Alleluia !Ce résumé de l’histoire de Saint Etienne est d’abord une réplique de l’Eglise à l’Evangile. Elle a entendu le diacre chanter la parole de Notre-Seigneur : «Voici que je vais vous envoyer des prophètes\, des sages\, des docteurs ; et vous tuerez les uns et vous sacrifierez les autres et vous en flagellerez plusieurs dans vos synagogues ; Jérusalem\, qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui te sont envoyés… » Elle chante alors l’histoire du Saint comme pour se dire à elle-même que dans son martyr s’est réalisée une fois de plus la prophétie du Christ.Il est aussi un magnifique chant d’offrande. La prière accipe spiritum méum\, sur laquelle il prend fin est en effet la prière de tous les sacrifices de la vie\, de la mort et de l’éternité\, de sorte qu’au moment où chacun doit s’offrir avec le prêtre sur les mêmes mots suscipe Domine\, elle devient la plus vivante\, des réalités\, et pour le martyr qui là-haut continue son offrande\, et pour nous qui mêlons la nôtre à la sienne\, ici-bas.LA MÉLODIEElle ne ressemble pas aux autres mélodies d’Offertoire. Elle est originale non seulement en ce sens qu’elle n’est pas centonisée – aucun Offertoire ne l’est – mais parce qu’elle sort de l’ordinaire. Il n’est d’ailleurs pas aisé de dire avec précision ce qui la fait si particulière : son étendue dans les deux tétracordes du mode\, une certaine complaisance dans le grave avec un attrait vers les cadences pleines sur di\, ce qui pour un rien évoquerait le majeur moderne\, une très grande aisance dans le développement neumatique qui est riche et hardi ; par-dessus tout\, une vie intense et je ne sais quoi de dramatique qui d’ailleurs sert parfaitement le texte.Elle comprend deux parties nettement distinctes : le récit du drame et la prière du Martyr.La première phrase\, bien qu’elle se développe dans le grave et en dépit de sa richesse mélodique\, est très simple. Elle raconte l’élection\, c’est tout ; Elle le fait avec emphase en marquant les mots d’un fort relief – notez la double note de elegérunt\, qui est une bivirga épisématique\, et l’arsis de apostoli – mais elle n’enveloppe le récit d’aucun sentiment particulier\, si ce n’est d’une paix tranquille.La seconde est consacrée au saint Martyr. Son nom se trouvant dans le mouvement thétique de la première phrase ne pouvait être mis en évidence autant qu’on l’eût désiré\, mais voici les mots qui le caractérisent : plénum fide et Spiritu Sancto\, les mots qui disent sa sainteté\, qui ont déterminé le choix des apôtres et qui le mettent dans la catégorie des sages et des prophètes envoyés par le Christ et que tua Jérusalem. La mélodie va les mettre en éclatant relief. Toutefois ce n’est ni fide\, ni Spiritu Sancto qui ont le plus retenu l’attention de l’auteur\, mais plénum. Aussi bien tous les chrétiens ont la foi et le Saint-Esprit\, mais Saint Etienne en était rempli et c’est cette plénitude qui le caractérisait. Le mot est admirablement traité. La progression rythmique et mélodique conduit la voix doucement au sommet. Elle se pose\, légère\, sur la première double note et va se renforçant sur la seconde avant de s’arrondir au sommet et de retomber gracieusement sur fide. La première double note de fi est une bivirga épisématique ; simple nuance\, mais combien expressive de la foi inflexible du jeune Martyr. Le mot s’achève en une cadence du IVe mode pleine de génération.La mélodie ne s’y attarde pas\, elle se relève tout de suite sur Spiritu Sancto. Sans traiter ce mot comme le plus important\, l’auteur lui a tout de même donné un certain relief : les premières notes des clivis sont allongées ; et surtout la cadence en fa par le si naturel lui donne une expression de confiance\, d’abandon\, de paix absolue. C’est celle de toute la phrase d’ailleurs et elle est bien faite pour évoquer l’âme ardente certes mais si abandonnée du jeune lévite.La troisième phrase est en contraste absolu. L’indignation que provoque le drame se manifeste dès le premier mot par les répercussions et plus encore par la retombée brusque fa-do. Elle se fait de plus en plus violente sur les rythmes binaires ascendants de lapidavérunt jusqu’à devenir un cri de stupeur sur la distropha et la bivirga répercutée du sommet. Notez que c’est la même formule que sur plénum\, mais ici les trois podatus qui l’amènent et\, plus encore\, l’image de la lapidation et le sentiment qui s’en dégage détruisent le caractère paisible qu’elle avait dans la phrase précédente et en font\, au contraire\, quelque chose de dur où se mêlent de la souffrance et une colère qui se contient à peine et qui trouve d’ailleurs\, sur le pressus de judaei l’accent qui lui convient. Cette indignation douloureuse d’un moment se change en douceur\, admiration\, vénération sur orantem et dicéntem. C’est une autre image : celle du martyr en extase ; on ne voit plus la scène d’horreur\, on est tout à la paix qui se dégage du Saint en prière.Domine Jésu\, accipe spriritum méum… A l’encontre du récit où tant de sentiments se trouvent mêlés\, ici\, tout est simple. L’âme du jeune diacre est avec Dieu dans un abandon plein d’amour et c’est déjà la joie de la béatitude qui passe dans les mots qu’il dit ; L’invocation Domine Jésu est une merveille de calme\, de repos\, de paix souriante\, avec une nuance de plénitude que lui donnent les beaux intervalles larges et sonores. Le mouvement thétique se poursuit sur accipe avec un accent de prière délicat\, qui va devenir dans le splendide élan de spiritum le dernier cri d’amour du Martyr… et le nôtre.Tous s’achève dans la paix joyeuse de l’Alleluia\, le mot de la louange éternelle dans laquelle il est entré\, et où nous le suivons.Eviter dans l’exécution toute recherche d’effet. Le conseil est de mise ici plus que partout ailleurs\, en raison du caractère dramatique du texte et de la mélodie. Dans une analyse\, il faut dire les nuances avec des mots qui n’ont pas assez de nuances ; l’exécution doit y suppléer. Suivre scrupuleusement le rythme et demeurer dans l’esprit du texte ; et tout sera bien.Certains détails demandent un soin particulier.Dans la première phrase ; la bivirga de elegérunt qui sera fortement appuyée. Dans la seconde\, le mot plénum qu’il ne faut pas pousser mais envelopper de paix\, appuyer fortement la double note du sommet\, qui est une bivirga. Celle de fide doit être très expressive. Mais le mouvement ne doit pas être ralenti. Poser avec un peu d’ampleur les premières notes des podatus de lapidavérunt\, dont la bivirga du sommet sera traitée comme celle de plénum.Dans la dernière phrase\, Domine un peu élargi et très lié. Spiritum de même\, mais le sommet assez fort ; notez la bivirga. Un peu plus de mouvement à l’Alleluia\, mais la dernière incise très élargie. \nCOMMUNION\nLE TEXTEJe vois les cieux ouverts\,Et Jésus se tenant à la droite de la puissance de Dieu :Seigneur Jésus\, reçois mon esprit\,Et n’attribue pas à ceux-ci le péché\,Car ils ne savent pas ce qu’ils font. Act. VII\, 56\, 59\, 60. – Luc. XXIII\, 34.Ce sont les paroles mêmes de Saint Etienne. Elles forment ici un tout mais en fait elles ont été prononcées par le Saint en trois circonstances différentes ; la première à la fin de son plaidoyer\, la seconde pendant qu’on le lapidait\, la troisième juste au moment de mourir\, la dernière incise exceptée. Celle-ci ne fut prononcée que par Notre Seigneur sur la Croix\, mais elle est tout à fait à sa place ici.Dans le cadre liturgique\, c’est encore le saint Martyr qui par la voix de l’Eglise fait entendre les paroles qui continuent d’être dans l’éternité l’expression de son âme glorifiée. Mais chacun doit avoir soin de faire sien\, comme dans l’Offertoire\, accipe spiritum méum. C’est le mot par excellence de l’âme qui communie. L’union du Christ avec nous se fait dans le don réciproque de nos deux êtres. Il se donne\, nous nous donnons : Domine Jésu\, accipe spiritum méum. Le texte devient ainsi une vivante réalité.LA MÉLODIETrois phrases ayant chacune son objet précis : vision\, offrande\, prière.Dans la première\, Saint Etienne dit ce qu’il voit et il le dit à mesure qu’il le voit. Ce sont d’abord les cieux ouverts. Il n’y a pas de doute que ce fut pour lui une joie indicible\, mais à peine en eut-il conscience que la vision se précisa et qu’à la droite du Père\, apparut le Seigneur Jésus debout dans la gloire. Une vague de béatitude dut alors soulever son âme et en faire jaillir un cri d’admiration et d’amour. C’est cette progression de joie que la mélodie exprime. Elle débute sur vidéo caélos apértos dans une tonalité imprécise ; le mouvement non plus ne se dessine que discrètement du fa au si b ; c’est que la joie du saint Martyr ne fait que commencer\, ses yeux cherchent encore. Mais voici la vision nette du Christ Jésus ; par une modulation brusquée\, la mélodie s’élance d’un bond à la dominante et là\, sur les hauteurs\, prolonge et développe le cri de joie extatique qui remplit l’âme du Saint\, la déborde et va se perdre pour finir sur virtutis Déi dans l’adoration et la paix.Cette vision\, comme toutes les visions\, s’achève dans l’amour qui se donne\, Domine Jesus accipe spiritum méum. L’élan de joie s’accentue encore\, tout en étant de plus en plus pénétré de paix. La mélodie rebondit du sol au ré puis\, par une courbe extrêmement gracieuse\, vient se reposer sur la dominante pour redescendre par degrés paisiblement vers la tonique. Il y a dans toute cette phrase quelque chose de simple\, d’aimable\, on dirait bien : de souriant. C’est toute l’âme\, si pure\, du Saint qui\, en présence de son Sauveur enfin trouvé\, se remet à lui\, dans un geste qui est naturel\, parce qu’il est de toujours. Il ne demande pas au Christ de le recevoir : il se donne.La troisième phrase est très différente. C’est encore une prière\, mais une prière d’intercession cette fois. Ne statuas illis… Le mélodie module vers la cadence du IVe mode où elle prend le ton de douce pression que permet l’amitié\, puis elle devient grave et nuancée de honte sur peccatum comme si le jeune Martyr assumait quelque chose de la cruelle humanité\, et elle s’achève dans la paix\, sur le mot d’excuse qui rappelle au Christ sa propre miséricorde.Ne pas traîner. Un bon mouvement\, sans presser\, jusqu’à la fin de la première phrase\, avec une ferveur croissante. Bien accentuer le pressus de Déi.Domine Jésu\, léger\, très lié\, gracieux ; heureux plutôt que suppliant. La double note de Jésu est une bivirga ; l’appuyer doucement en renforçant la voix vers l’accent de decipe et l’on aura l’admirable expression d’amour tendre et fort qui convient. Toute la phrase un peu plus lente et aussi immatérielle que possible.Veiller à garder jusqu’au bout le mouvement. Relier de très près peccatum à illis. Prendre le temps d’articuler la dernière syllabe de nésciunt sur le punctum\, qui\, de ce fait\, sera allongé.  \n\nCantiques pour les Saints\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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DESCRIPTION:La répétition de l’introït In médio \n\nCommentaires des pièces de cette messe par Dom Baron. \nINTROÏT\nLE TEXTEAu milieu de l’Eglise\,Elle (la Sagesse) a ouvert la bouche de celui-ci.Et il l’a rempli\, le Seigneur\,De l’esprit de Sagesse et d’intelligence\,Et d’un vêtement de gloire\, il l’a revêtu.Ps. Il est bon de louer le Seigneur\,Et de chanter ton nom\, ô Très Haut. Eccli. XV\, 5. VI\, 32. Ps. XCII\, 1.Cet Introït a bien été composé pour Saint Jean ; ce n’est qu’au XIIe siècle\, lorsqu’a été formé le Commun des Saints\, qu’il y a été inscrit pour les messe des Docteurs.Dans l’Ecclésiastique\, ces paroles sont au futur. Il s’agit des qualités que la Sagesse procurera à celui qui sait la recevoir et la cultiver. Elle l’inspirera lorsqu’il aura à parler dans l’assemblée – c’est le sens qu’il faut donner à ecclésiae – elle lui donnera de savoir juger droit et le revêtira de gloire\, en lui donnant de jouir de l’estime des hommes.L’Eglise en fait ici une louange à Saint Jean. Il n’y a eu qu’à mettre les verbes au passé et l’application s’est trouvée parfaite ; Saint Jean est bien en effet celui à qui il a été donné de parler avec le plus de profondeur des mystères de Dieu et il n’a pu le faire que sous l’inspiration des dons de sagesse et d’intelligence dont le Seigneur l’avait rempli. Quant au vêtement de gloire dont il a été revêtu\, on ne saurait dire pleinement ce qu’il est\, mais le fait d’avoir été celui que le Sauveur aimait entre tous et à qui il confia sa Mère\, lui a certainement valu durant sa vie et lui vaut de génération en génération\, de la part des hommes\, une très particulière vénération. Il est d’autre part raisonnable de croire que le seigneur\, à qui il fut fidèle jusqu’à la Croix\, lui a donné de participer à sa gloire à un degré peu commun.Le Psaume est comme une exclamation de l’Eglise qui contemple la béatitude de Saint Jean louant Dieu dans les splendeurs de l’éternité. Autrefois\, lorsqu’il était chanté en entier\, les derniers versets sur le Juste qui se multiplie comme le palmier\, s’appliquait tout naturellement à la belle vieillesse de l’Apôtre.LA MÉLODIEElle est très sobre\, comme une parole que l’on se dit à soi-même lorsqu’on évoque le souvenir d’un être cher. C’est bien ce que fait l’Eglise ici : elle se recueille devant l’admirable figure de Saint Jean et se redit à elle-même très simplement la parole inspirée en quoi se concentre toute sa pensée. Quelques notes lui suffisent : une sorte de récitatif paisible et doux auquel les tristrophas répétées sur la dominante communiquent quelque chose de l’immobile contemplation.Elle s’anime quelque peu\, au début de la seconde phrase\, à l’idée de la grâce insigne que le Seigneur a faite à Saint Jean\, en le remplissant de la Sagesse et de l’intelligence qui font toute sa gloire et dont elle a tant profité. Et implévit éum … C’est le centre de la louange. Le mouvement arsique se développe sur l’accent de implévit et va s’épanouir sur éum en un pressus qui donne à ce pronom l’éclat particulier que mérite le nom du Saint dont il tient la place. Il rebondit ensuite délicatement sur sapiéntiae et intelléctus qu’il marque d’un salicus\, et s’achève en une cadence d’une mystérieuse profondeur.Il y a une nuance d’admiration sur gloria\, puis\, sur induit une affirmation pleine d’autorité ; les doubles notes sont des bivirgas.Les tristrophas de la première phrase seront légères et tout le mouvement très souple. Mette quelque ardeur dans l’arsis de implévit éum ; le pressus du sommet un peu élargi. La distropha de intelléctus en léger crescendo vers la première note de a clivis. Bien appuyer les bivirgas de induit. \nGRADUEL\nLE TEXTEIl courut\, le bruit\, parmi les frères\,Que ce disciple ne mourrait pas.Verset. – Mais : « Ainsi\, lui\, je veux qu’il demeure\, jusqu’à ce que je vienne. »Toi\, suis-moi. Jean XXI\, 23\, 22.Pour avoir le sens de ce texte\, il faut le lire en entier dans l’Evangile\, car il est ici fort mal coupé. C’est l’interrogatoire que Notre Seigneur fit subir à Saint Pierre après la Résurrection : Pierre\, m’aimes-tu ? … Il lui prédit\, à la fin\, le martyre de la croix et ajoute : suis-moi. Voyant Saint Jean près de Notre Seigneur\, Saint Pierre pose alors une question quelque peu indiscrète : « Et celui-là ? » à quoi Notre Seigneur répond par une parole mystérieuse : « Si je veux que\, lui\, il demeure jusqu’à ma venue (c’est-à-dire jusqu’à mon avènement glorieux)\, que t’importe ? Toi\, suis-moi. » Cette dernière parole avait fait impression chez les premiers chrétiens\, si bien que\, voyant l’Apôtre Bien-aimé survivre à tous les autres\, ils en étaient venus à croire qu’il ne mourrait pas. A l’encontre de cette rumeur\, Saint Jean\, à la fin de son Evangile\, rétablit ainsi la vérité : « Jésus cependant n’avait pas dit : il ne mourra pas\, mais : si je veux qu’il demeure etc… » C’est le début de cette dernière phrase qui manque dans le Verset.C’est évidemment comme une louange à Saint Jean que ce texte a été choisi pour être chanté ici. A vrai dire\, si l’on s’en tient à son sens littéral\, on ne voit pas bien en quoi le louent cette rumeur qu’il détruit lui-même et la parole de Notre Seigneur\, simple hypothèse qui\, en fait\, ne se réalisa pas. Il faut aller plus loin que les mots. Le P. Allo interprète ainsi cette réplique de Notre Seigneur : « Comme Pierre représente le dévouement actif pour prêcher\, convertir\, porter la croix de l’apostolat et du gouvernement de l’Eglise\, enfin mourir à la peine\, toutes choses auxquelles sont appelés les chrétiens choisis\, et particulièrement les prêtres\, mais qui suivent le cours le plus variable\, qui changent de forme avec les pays\, les époques\, les circonstances et sont remplacées par d’autres qui\, tout en leur ressemblant par des analogies\, ne sont pourtant jamais les mêmes ; ainsi Saint Jean d’un autre côté\, dans la fondation et la vie de l’Eglise\, paraît appelé à quelque chose qui ne meurt pas\, c’est-à-dire ne change jamais\, qui demeure inébranlable\, en dehors\, pour ainsi dire\, du cours du temps et du flux des choses. Or c’est la contemplation… Saint Jean est devenu le type des contemplatifs et son Evangile\, joint à sa première Epître\, est le livre cher entre tous aux saints contemplatifs. Il représente de la façon la plus pure ce qu’il y a d’immuable dans l’existence de l’Eglise. Il est bien\, au sens spirituel\, celui qui ne meurt jamais\, ce qui reste stable dans les vicissitudes de l’histoire et ne changera pas jusqu’à ce que le Christ revienne. » (L’Evangile spirituel de Saint Jean pp. 152\, 168) « Le Seigneur le fera hériter d’un nom éternel » dit le dernier mot de l’Epître. Voilà ce que chante le Graduel : la gloire du disciple bien-aimé demeurant pour toutes les générations l’héritier du Verbe\, le contemplatif éternel.LA MÉLODIE(V) Exiit sermo inter fratres quod discipulus ille non moriotur.C’est la mélodie du Christus factus est du Jeudi Saint.La gravité dont elle est empreinte s’accorde mal avec le sens littéral des paroles\, il faut bien le reconnaître ; mais si on les entend dans leur sens spirituel\, elle évoque fort bien le culte dont les premiers chrétiens entouraient le vieillard de Patmos et que l’Eglise lui garde. Sans compter que l’atmosphère du Jeudi Saint\, dont elle est toute baignée\, rappelle très heureusement la Cène et le Calvaire\, où le Saint vécut les heures les plus émouvantes de sa vie et où chacun le voit comme fixé dans l’attitude qui le caractérise.A noter\, d’ailleurs\, que discipulus est amené fort à point au sommet de l’arsis et que ille prend un accent de vénération qui lui donne tout à fait le ton qui convient.Le Verset. – Sed : Sic éum volo manére donec véniam : Tu me séquere.L’adaptation ici est parfaite. Toute la joie du Christ ressuscité qui voit\, dans l’avenir\, l’influence de Saint jean se perpétuer\, éveillant les âmes à l’amour et les guidant sur les voies de la parfaite charité\, passe dans l’exaltante formule de manére avec quelque chose du souffle de gloire qu’on y trouve le Jeudi Saint lorsqu’elle chante le Nom au-dessus de tout nom que le Christ a reçu du Père pour son obéissance… Héritier d’un nom éternel… Saint Jean aussi.On pourrait seulement regretter que l’on n’ait pas donné à la formule donec véniam son plein développement.Quelle évocation splendide c’eût été de l’Haec dies et de la joie triomphale du second avènement ! mais sans doute a-t-il voulu que manére fût seul en relief.La formule finale fait contraste. Elle est toute imprégnée de gravité et de tendresse. Il ne semble pas que ce fut sur ce ton que notre Seigneur parla à Saint Pierre en la circonstance\, mais si\, passant par delà la lettre\, on prend conscience de tout ce qui est demandé par le Christ à ceux qui le suivront sur la Croix\, il faut reconnaître qu’elle est bien dans le ton.Tout le mot fratres sera retenu. La double note avant le premier porrectus de discipulus est une bivirga : la bien appuyer\, de même que le pressus de ille.Non est marqué d’une très belle forte nuance d’autorité : on appuiera donc fortement et le salicus et les trois notes du sommet avec deux répercussions ; les manuscrits portent : t b : retenez bien. Par contre\, les distrophas de moritur seront légères.Dans le Verset\, allonger la première note ; c’est la seule façon de rendre le texte intelligible. La troisième note qui suit le premier quart de barre\, une virga précédent le climacus du sommet\, est allongée. Les climacus de la fin de la phrase légers ; de même la cadence de véniam. \nALLELUIA\nLE TEXTECelui-ci est le disciple mêmeQui témoigne de ces choses.Et nous saurons que véritable est son témoignage. Jean XXI\, 24.Ce verset est le dernier de l’Evangile selon Saint Jean. Il semble bien qu’il ne soit pas de Saint Jean lui-même mais de ceux qui le prièrent d’écrire son Evangile. Il n’importe d’ailleurs.L’Eglise ici se l’approprie et en fait un nouveau couplet à la louange du Saint.LA MÉLODIEC’est encore celle de l’Alleluia de la Messe du jour de Noël. On y trouve les trois phrases psalmiques\, avec leurs intonations\, leurs teneurs et leurs cadences. L’adaptation est bonne ; les mots importants étant bien en place. La première phrase est particulièrement heureuse\, on y met tout naturellement un bel accent de louange pour le disciple bien-aimé. La troisième s’accommode aussi parfaitement de la ferme assurance que comporte ce témoignage solennel ; notez le salicus de scimus et les distrophas\, puis le pressus de vérum. La finale amène fort à propos sur éjus\, qui représente le nom du Saint\, la formule qui dans la mélodie a le plus d’éclat.La formule de perhibet sur la seconde syllabe du mot place la dernière en grand danger de perdre une partie de sa valeur; l’allonger légèrement. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTELe juste comme un palmier fleurira\,Comme le Cèdre qui est sur le Liban il se multipliera. Ps. XCI\, 13.Il est à peine besoin de le commenter tant il est simple. Il faut bien note toutefois que c’est au palmier en fleur que le Juste est comparé\, – on compte\, paraît-il\, jusqu’à 200 000 fleurs par palmier – et au cèdre qui a atteint toute sa taille\, laquelle est considérable en particulier dans les montagnes du Liban. Le sens de la comparaison est donc que le Juste produira\, par ses œuvres\, beaucoup de fruits et que\, demeurant vivant par sa doctrine et son exemple en chacune d’elles\, il se développera en quelque sorte comme l’arbre par ses branches couvertes de feuilles\, de fleurs et de fruits.Dans le cadre de la fête de Saint Jean\, il faut considérer cet Offertoire comme une sorte de contemplation. L’Eglise\, après tout ce qu’elle a entendu de Saint Jean dans l’Evangile qui vient d’être lu\, interprétant en particulier le mot de Notre Seigneur « Je veux qu’il demeure\, jusqu’à ce que je vienne » dans le sens de son influence qui continue\, se chante à elle-même ce verset de psaume\, en qui elle trouve l’expression de son admiration et de sa louange. (Cet Offertoire aurait été composé pour la fête de Saint Jean Baptiste et appliqué à celle de Saint Jean l’Evangéliste. Il passa au Commun des Docteurs\, quand fut constitué le Commun des Saints.)LA MÉLODIEL’intonation a bien le caractère paisible\, recueilli\, d’une contemplation ; notez le mouvement retenu dès le début et la tristropha qui prolonge le mot ; l’âme est fixée immobile sur l’image du Juste. Quand la mélodie prend du mouvement et de l’étendue sur ut palma\, sur sicut cédrus\, sur in Libano\, rien ne change. C’est toujours le Saint que l’âme contemple et chante ; seulement\, à l’évocation du palmier en fleur et du cèdre immense\, auxquels le texte le compare\, elle s’exalte dans sa contemplation\, et le chant suit l’image.Ce serait donc une erreur de ne chercher dans cette mélodie qu’une évocation musicale des arbres et des montagnes. Qu’on se plaise à la voir s’élever avec la grâce du palmier\, la majesté du cèdre\, la puissance des monts\, d’accord ; mais qu’on entre un peu plus profondément dans le sens liturgique du texte et l’on y découvrira aussi sans peine l’ardeur de l’Eglise qui s’exalte avec les arsis et redescend toute recueillie et pleine d’admiration sur les thésis ; sur celle de palma\, si doucement posée sur le fa\, qui rebondit retenue par le si b\, et qui s’achève paisible et joyeuse sur les rythmes pleins de grâce de florébit\, avec une nuance délicate d’admiration sur la tristropha ; sur celle de cédrus se posant un instant sur la cadence du IVe mode\, toute admirative elle aussi\, après l’audacieux élan de l’arsis\, et rebondissant allègre et souple sur Libano pour s’étaler en la même cadence que florébit\, après avoir descendu en un rythme sûr et mesuré les pentes du Liban ; enfin sur le long développement de multiplicabitur qui prolonge l’idée principale en un bercement méditatif.Ainsi du commencement à la fin cette mélodie exprime la contemplation de l’Eglise qui admire et qui loue le Juste dans l’épanouissement de sa gloire.On veillera à garder tout au long de l’Offertoire le mouvement de l’intonation.Le torculus de ut recevra une certaine ampleur et portera la voix dans un crescendo progressif et très lié sur palma où elle s’épanouira sans éclat. Après une répercussion délicate sur la virga\, les trois notes qui relient le do au fa seront légèrement ralenties préparant la double répercussion qui précède le quilisma. Légèrement élargi aussi\, le mot florébit.Il y aura une reprise de mouvement sur sicut dont les podatus seront posés\, leur première note un peu allongée. Tout le mot cédrus très lié\, sans ralenti ; quae in Libano lui sera rattaché de très près\, on mettra un accent de ferveur sur la triple note du sommet ; les deux premières sont des virgas épisématiques. La descente sera retenue\, sans être élargie. De même multiplicabitur. \nCOMMUNION\nLE TEXTEIl courut le bruit parmi les frèresQue ce disciple-là ne mourrait pas.Mais\, il n’avait pas dit\, Jésus : il ne mourra pasMais : ainsi\, lui\, je veux qu’il demeureJusqu’à ce que je vienne. Jean XXI\, 23.Comme on le voit\, c’est encore le texte de l’Evangile qui a servi au Graduel\, mais il est ici au complet. Seule la dernière partie « Quant à toi\, suis-moi » a été omise et c’est bien ainsi\, car elle ne concernait pas Saint Jean.Le sens liturgique est le même : louange à l’apôtre bien-aimé ; il n’y a aucune allusion à la communion.LA MÉLODIEElle est beaucoup plus simple que celle du Graduel. C’est une antienne\, c’est vrai ; mais l’atmosphère même est différente ; pas de gravité\, ni d’emphase\, de la joie plutôt.Elle est composée de trois phrases. Mis à part Exiit sermo inter fratres qui est comme une courte introduction\, elles ont à peu près la même forme : une arsis légère\, la même sur quod discipulus\, et non dixit\, sed sic éum volo ; une thésis\, la même sur non moritur dans les deux premières phrases et qui demeure très apparentée sur donec véniam dans la troisième.L’intonation\, quelque peu mystérieuse\, garde son influence sur toute la première incise\, qui demeure bien dans le ton discret du IIe mode\, mais\, tout de suite après\, sur discipulus ille\, la joie emporte le mouvement et l’établit nettement dans le VIIIe mode par la belle cadence souple\, ferme\, heureuse de non moritur ; non sans avoir souligné ille d’un épisème horizontal qui y met l’affectueuse vénération de l’Eglise pour le saint Apôtre. Elle s’élève à nouveau et avec plus d’élan encore sur et non\, s’incline avec grâce sur dixit Jésus et\, après la même cadence sur les mêmes mots non moritur\, repart du même élan. Cette fois\, c’est la parole du Christ. Il entre lui aussi dans la joie ; la joie de laisser au monde comme un guide dans l’amour celui qu’il aimait plus que les autres\, et qui l’a aimé jusqu’à la Croix. Il se complaît sur manére ; la formule\, assez commune\, se nuance ici d’une douce gravité qui se continue d’ailleurs jusqu’à la fin\, enveloppant la dernière incise de discrétion et de mystère\, avec un bel accent de désir sur véniam.Chanter simplement dans un rythme léger. Bien balancer les cadences de non moritur sans les alourdir. Retenir avec grâce dixit Jésus\, c’est le Domine Jésus de la Communion de Saint Etienne ; il faut l’envelopper de la même tendresse.  \n\nCantiques en l’honneur des Saints\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Dimanche dans l'Octave de la Nativité
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTE\nPendant que le silence de minuit enveloppait tout\,Et que la nuit dans sa course était au milieu de son chemin\,Ta toute puissante parole\, Seigneur\,Du haut des Cieux\, du haut des demeures royales\,Est venue.Ps. – Le Seigneur règne\, de beauté il est revêtu\,Il est revêtu de force et il a mis son armure. Sap. XVIII\, 14\, 15. Ps. XCII\, 11.Dans le livre de la Sagesse\, ces paroles ont trait à la dixième plaie d’Egypte\, à l’Ange messager de la parole divine qui passa au milieu de la nuit et tua\, dans le silence\, le premier-né de toutes les familles égyptiennes\, permettant ainsi la délivrance du peuple. Ici elles sont appliquées au verbe fait chair\, Parole substantielle de Dieu. Lui aussi\, au milieu de la nuit\, dans le silence de toute chose\, vient sur terre. Son passage durera jusqu’à la fin du monde. Il s’achèvera par la délivrance de ceux qui\, ayant cru en lui\, auront été marqués de son sang par l’éternelle mort de ceux qui n’auront pas voulu l’entendre.Sur les lèvres de l’Eglise\, cet Introït revêt la forme d’une sorte de contemplation. Penchée sur le mystère de Noël\, sur le mystère du Christ qui commence\, elle voit\, dans le passé\, l’événement qui en fut la figure et\, remplie de la lumière de l’Ecriture\, elle fait monter vers Dieu la parole inspirée comme un hommage de sa foi et de sa reconnaissance. \nLA MÉLODIE\nIl y a une différence assez marquée entre les deux premières phrases et les deux dernières. Tout le début\, jusqu’à omnipotens est traité avec une grande simplicité. Ce sont les formules communes du VIIIe mode qui se suivent en une sorte de récitatif orné. Aussi bien l’Eglise dans ces deux lignes\, encore qu’elle s’adresse déjà à Dieu\, ne fait qu’évoquer le moment où sa Parole toute puissante vint sur terre. Un beau mouvement conduit l’idée jusqu’à la fin de la seconde phrase\, soulignant les mots qui ont un sens particulier : siléntium\, dont le si b ramène la mélodie en fa\, lui coupant son envol vers la dominante et lui donnant comme une discrétion de voix étouffée ; tenérent omnia qui reçoit l’ampleur coutumière quand il s’agit de l’universalité des choses ; cursu et iter qui indiquent le moment exact de l’événement.La seconde partie est tout autre. C’est le mystère qui est relaté. La mélodie descend et se revêt de gravité. Deux salicus soulignant omnipotens et tuus préparent le motif de Domine\, intime comme celui de siléntium qu’il reproduit et tout pénétré d’une humble révérence. Elle se relève au cours de la dernière phrase et prend de l’éclat\, voire une certaine solennité sur a regalibus sédibus qui évoque les royales splendeurs de l’éternité.La première phrase sera chantée souple et légère\, d’un seul mouvement qui s’épanouira sur la tristropha épisématique de omnia en un crescendo discret. La note qui précède le torculus de tenérent est une virga\, elle a l’ictus et forme un groupe de quatre notes avec le torculus.Même légèreté pour la seconde phrase. La double note de cursu et celle de iter sont des bivirgas.Les deux premières phrases pourront avoir un peu plus d’ampleur. Bien marquer la première note des podatus de caélis. Les deux doubles notes de sédibus bien appuyées.De l’ardeur et de la fierté dans le Psaume. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nTu es riche en beautéPlus que tous les enfants des hommes.Elle est répandue\, la grâce\, sur tes lèvres.Verset. – Il a chanté\, mon cœur\, un chant merveilleux.Je vais dire moi-même mon œuvre au Roi.Ma langue est comme le stylet du ScribeQui\, à toute allure\, écrit. Ps. XLIV\, 2\, 1.Le Psaume XLIV est un cantique nuptial dans lequel l’époux et l’épousent se louent tour à tour. Etant exclusivement messianique\, il ne s’entend que du Christ et de l’Eglise. Ces deux versets qui constituent le Graduel sont le début du chant de l’épouse.La liturgie n’y ajoute rien sinon qu’elle les fait plus actuels. Après la lecture de l’Epître où Saint Paul nous a rappelé que nous sommes fils d’adoption\, précisément parce que le Christ nous a faits un avec lui dans l’Incarnation\, nous a rachetés dans la Rédemption\, nous fait de plus en plus semblables à lui par son Esprit – ce qui est à proprement parler des épousailles spirituelles puisque c’est dans le don mutuel de nos deux êtres que cette union se réalise – l’Eglise sent son cœur bondir d’amour et sa langue impatiente de chanter tout le charme de Celui dont elle est aimée et qu’elle aime au delà de tout ce qui se peut dire.Pour saisir toute l’expression de ce Graduel et en rendre les nuances si délicates et si profondes\, il faut bien comprendre cette ardeur d’amour\, il faudrait pouvoir l’expérimenter. On n’y arrivera qu’en réalisant que nous sommes l’Eglise\, l’Epouse du Christ – car en toute vérité il nous a épousés dans le Baptême et l’Eucharistie\, en nous faisant un avec lui. Si nous avons ainsi conscience que le Christ se livre à nous à tout instant\, dans un amour qui met à notre disposition la toute-puissance de son être divin\, le charme de sa beauté et les infinies délicatesses de son cœur\, alors notre chant sera vraiment ce que l‘auteur l‘a voulu : la réponse d’amour de l’Epouse à l’Epoux. \nLA MÉLODIE\nOn la trouve deux autres fois au cours de l’année ; le Mardi de la IVe semaine de Carême (Graduel Exsurge) et le 1er Juillet pour la fête du Précieux Sang (Graduel Hic est). C’est donc une mélodie type du IIIe mode.Elle a de particulier que la première partie et le Verset ont la même forme. Une première phrase se développant dans la région supérieure du mode entre sol et mi et s’achevant en la par le même motif sur hominum et bonum. (Dans le Verset\, cette phrase est doublée). Une seconde phrase se développant dans le grave et s’achevant en mi\, elle aussi par le même motif\, sur tuis et scribéntis.Le Graduel se présente ainsi comme un poème de deux strophes à rimes communes.Il en résulte une parfaite unité et un grand charme musical. La puissance d’expression a pu s’en trouver réduite\, certains mots étant contraints de se servir d’une formule toute faite\, mais l’habileté du compositeur a su presque partout éviter cet écueil par d’heureuses variations de détail.C’est une mélodie à la fois ardente et grave. Tel est aussi l’amour divin.La première partie commence par un mouvement plein d’ardeur qui s’épanouit à loisir sur forma. C’est le mot de la phrase\, le mot qui dit la beauté extérieure de l’Epoux. L’Eglise s’y complaît d’abord en une sorte de contemplation où elle admire – notez les distrophas répétées ; puis\, peu à peu\, elle s’exalte en un mouvement qui monte et s’élargit à la mesure de ce qu’elle voit\, de ce qu’elle voudrait dire\, sans arriver à le dire. Elle se pose ainsi\, comme impuissante\, en une cadence de demi-ton et repart sur prae filiis se contentant d’une formule commune qui la conduit à la rime musicale où elle achève son complément par un motif qui\, faute d’avoir l’impossible plénitude\, a tout au moins la grâce et la délicatesse de l’amour.La seconde phrase\, elle\, se développe dans le grave. Ce n’est plus la beauté extérieure qu’elle chante\, c’est celle de l’âme s’épanouissant dans la grâce des paroles d’amour.C’est autrement intime et mystérieux. La mélodie se fait discrète ; elle ne dépasse guère la dominante. Elle est encore ardente – notez la distropha de diffusa – mais elle ne chante plus que pour l’Epoux ; nul autre ne saurait comprendre ce qu’elle a à dire. Ainsi faut-il interpréter toute la phrase. Depuis l’admirable formule descendante de diffusa est tout imprégnée de mystère\, jusqu’aux balancements si délicats des petits motifs binaires de tuis\, jusqu’aux pressus répétés de la dernière incise tout est baigné d’admiration et d’amour intime… et tout s’achève\, ou demeure inachevé\, dans la cadence finale en mi\, mystérieuse et grave comme l’amour.Le Verset. – L’idée est nouvelle ; l’Epouse annonce que\, de son cœur\, a jailli un chant et qu’elle va le chanter à son Roi.La mélodie\, comme le poème\, jaillit débordante d’ardeur joyeuse sur Eructavit. Elle prend juste le temps de poser le mot et\, sur le même motif repris à la tierce supérieure\, conduit la joie dans une admirable progression jusqu’à l’accent de méum où elle éclate. Elle se détend ensuite tout à loisir sur des rythmes tranquilles qui la prolongent en accents de délicate tendresse\, rebondit un instant sur vérbum et devient tout intime et gracieuse sur la rime musicale retrouvée.Même expression dans la deuxième phrase. Elle est moins poussée\, mais les nuances sont les mêmes.La conclusion\, c’est l’impatience de la langue qui s’agite ; La gravité de la phrase qui allait si bien à diffusa est dans la première partie a-t-elle ici sa raison d’être ? C’est peut-être autre chose que le texte demande. Il reste que nous sommes maintenus dans l’atmosphère profonde et mystérieuse de l’union divine\, où il  ne s’agit ni de parler ni d’écrire mais\, dans le silence\, de contempler et d’aimer.L’attaque de forma demande une grande délicatesse ; ces deux distrophas légères seront en mouvement vers la note pointée\, commençant le crescendo qui sera mené sans effort ni éclat jusqu’au quart de barre. A la demi-barre\, pas de ralenti. Toute la phrase très souple\, avec le souffle ardent et discret de l’amour agissant partout et qu’on doit sentir ; Bien lier la rime musicale de hominum. Ralentir très peu cette fin de phrase qui doit être toutefois très gracieuse.Toute la descente de diffusa retenue\, après qu’on aura renforcé doucement la voix sur la distropha. Il y a là une admirable expression de tendresse grave. Après le dernier quart de barre\, bien appuyer la bivirga en un bel accent de ferveur.Bien balancer le rythme de la formule finale qui demande beaucoup de soin à cause de la finesse des détails.Au Verset\, départ a tempo sur Eructavit. Ferveur intense. Le crescendo bien mené jusqu’à méum qui aura l’accent très lancé et fort. Y relier vérbum de très près.Ego dans la phrase suivante sera très marqué ; ce sont deux virgas épisématiques ;  l’Epouse se désigne nommément et il va de soi que toute l’ardeur de son amour y passe : « Je dirai moi-même »…La double note de scri dans scribéntis est une bivirga épisématique. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nLe Seigneur a régné ; de splendeur il s’est revêtu.Il a revêtu\, le Seigneur\, la force.Et il s’est entouré de puissance. Ps. XCII\, 1.Le Psaume XCII est une louange à Dieu qui a manifesté\, dans la création du monde\, sa sagesse et sa puissance\, comme le fait un roi dans son royaume.Dans la liturgie de Noël\, il est un hommage au Christ qui commence son règne. A ne considérer que l’extérieur du mystère\, on ne voit pas que le petit enfant qui vient de naître en de si pauvres conditions soit revêtu de puissance\, mais l’Eglise va plus loin que ce qui se voit des yeux ; c’est le Verbe fait chair à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre\, le Roi universel des siècles\, le Christ\, pour qui et par qui tout a été fait\, qu’elle chante. Elle sait bien qu’il est le plus beau des enfants des hommes\, speciosus forma\, et que c’est à lui qu’il sera dit un jour par des milliards et des milliards d’élus qu’il a été digne de recevoir la vertu\, la divinité\, la sagesse\, la force\, l’honneur\, la gloire\, la bénédiction.Au fond\, l’idée est la même que celle du Graduel. C’est une autre strophe du cantique de l’Epouse. \nLA MÉLODIE\nElle est construite sur quelques notes fondamentales arrangées en deux petits motifs habilement répétés tout au long des deux phrases avec de délicates variations de détail.On les trouve l’un près de l’autre dans l’Alleluia.Ils apparaissent à nouveau réunis au début du Verset sur Dominus. Trois notes plus loin\, on retrouve le second sur regnavit pour finir l’incise ; à nouveau sur decorem\, un ton plus haut\, cette fois ; enfin à la cadence de induit.Le premier motif apparaît dès le début de la seconde phrase et se prolonge sur Dominus. A la fin\, sur virtute\, le second est développé en cadence finale.Il en résulte pour l’ensemble une joie à la fois très simple et extrêmement riche. Il semble que l’âme ait tant à dire sur chaque mot qu’elle ne peut le quitter. Encore que ce soit à peu près la même chose qu’elle dise sur chacun\, elle les conduit tous\, dans une progression ardente\, vers ceux qui sont la source de sa joie parce qu’ils disent la beauté et la force de l’Epoux : decorem\, fortitudinem\, virtute.Bien qu’il s’apparente d’assez près au Graduel par l’idée et même par la forme – car c’est encore le motif de vérbum et de méa dans le Verset\, qu’on retrouve sur decorem – il a un caractère de joie plus légère. Il ne faut pas le chanter trop lentement.Le seul mot qui est élargi dans les manuscrits est Dominus au début de la seconde phrase. Fortitudinem au sommet est léger ; ce n’est pas la force du Seigneur qu’on chante mais la joie d’avoir\, en lui\, la force de Dieu à notre disposition.La double note de Alleluia et de induit\, dans la seconde phrase du verset\, sont des bivirgas. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nDieu a affermi le globe de la terre qui ne sera pas ébranlé.Elle a été préparée pour être ton trône\, ô Dieu\, dès alors.Toi\, depuis avant le siècle\, tu es. Ps. XCII\, 2\, 3.C’est une louange à Dieu qui a créé le monde. Au Verbe donc\, car c’est par le Verbe que s’est faite la création. Au Christ donc qui est le Verbe fait chair\, « Image du Dieu invisible par qui et en qui tout a été créé » (Coloss. I\, 16.). L’auteur énonce d’abord le fait de la création de la terre\, puis\, s’adressant au Christ\, il le félicite de s’être fait un trône de son œuvre. Ce qui est rigoureusement exact car si Dieu n’a de trône que lui-même dans son immensité de Christ\, en tant que Roi du Monde\, s’est fait de la terre comme un siège royal\, où il commence de régner dès sa naissance\, d’où il étend son règne jour après jour et où il régnera\, dans une absolue domination\, éternellement\, après lui avoir donné sa forme nouvelle.Chanté au temps de Noël\, cet Offertoire est un émouvant hommage du monde à l’acte créateur de l’Enfant-Dieu. \nLA MÉLODIE\nLes intervalles larges et pleins du VIIIe mode donnent  à toute la première phrase un caractère à la fois de bonheur et de majestueuse grandeur. C’est vraiment un hommage solennel qui vient du cœur. Par les distrophas et les répercussions\, sur orbem térrae\, l’immensité de la terre est évoquée ; sur non commovébitur\, c’est l’affirmation d’une volonté forte\, la volonté divine\, qui fixe le monde. Les cadences sur fa et sur sol solidement posées\, mettent d’ailleurs partout cette impression de puissance paisible et sûre d’elle-même.La seconde phrase\, qui s’adresse à Dieu directement\, a plus de vie. Elle commence par une attaque sans préparation sur la dominante qui est tout à fait dans le style direct. Le mot sédes\, tout étendu\, évoque le trône royal que sont la terre et les mondes. Deux épisèmes horizontaux soulignent les clivis de tua\, qui se rapporte à l’Enfant divin ; le mouvement thétique de cette incise se trouve ainsi revêtu de tendresse qui se prolonge sur Déus où elle prend\, au contact du fa et du si bécarre\, une nuance de simplicité délicate. Les deux torculus de ex tunc sont très ralentis ; ils contribuent à mettre en un relief encore plus marqué ces deux mots déjà en rejet\, qui ont dans le texte une importance considérable. Il y a deux façons de les interpréter. Littéralement il faut les traduire par : depuis lors ; ce qui fait entendre que\, dès la création\, la terre a été destinée à être le trône du Christ. On peut aussi traduire par : à partir de maintenant. C’est moins exact ; c’est peut-être plus près de la liturgie\, car la terre\, prédestinée depuis l’origine à être le Royaume du Christ\, ne le devient effectivement que le jour où il y descend (C’est l’interprétation de Saint Augustin P. L . XXXVII col. 1187). Rien n’empêche qu’on ne réunisse les deux idées ; le mot aura alors tout son sens et les torculus allongés toute leur valeur d’expression.Même majesté\, accentuée encore\, dans la troisième phrase. Le salicus de tu met sur ce pronom un accent de foi qui se développe et s’achève dans la certitude paisible et lumineuse de la cadence du VIIIe mode.Chanter dans un mouvement large mais sans lenteur.Dans la première phrase\, élargir le scandicus de orbem. Prolonger autant qu’il le faut sédes dans la seconde. Toute la dernière incise doit être élargie mais le torculus et la clivis du sommet n’en seront pas moins très légers. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nPrends l’Enfant et sa Mère et va dans la terre d’Israël.Ils sont morts en effetCeux qui voulaient la vie de l‘enfant. Math. II\, 20.Ce sont les paroles de l’Ange à Saint Joseph pour lui dire qu’il peut revenir d’Egypte. L’application liturgique se fait d’elle-même. A travers la voix de l’Eglise\, c’est encore l’Ange qui chante\, dans le mystère qui revit devant nous. \nLA MÉLODIE\nL’ange parle à Saint Joseph\, dans la première phrase\, sur un ton de douceur familière nuancée de joie discrète\, avec une touche délicate de respectueuse tendresse sur puerum et matrem\, et\, sur vade\, le mot du retour\, un accent de bonheur qui se prolonge jusqu’à la cadence toute reposée d’Israël.Dans la seconde phrase\, il donne la raison du retour : ils sont morts… La mélodie prend un mouvement de joie intense.  Une arsis pleine d’élan s’épanouit un instant en broderies légères sur les notes élevées de enim\, puis s’élance\, à nouveau\, sur quaerébant où l’on découvrirait aisément une fine pointe d’ironie. La retombée se fait sur animam pueri qui se trouve enveloppé de la même tendresse que puerum et matrem.Chanter avec une grande simplicité dans un bon mouvement.Rattacher matrem à puerum et le ralentir ; il est marqué d’une nuance spéciale dans certains manuscrits : téniter\, doucement\, délicatement.La première note du podatus de defuncti sunt\, bien posée. Quaerébant retenu légèrement. Faire l’accent de animam léger et poser la voix délicatement sur la clivis allongée. \nPartitions\n\nPolyphonies pour Noël\n\nEcoutes de pièces \n\nNoëls anciens et populaires\nRistori – Vivaldi : Messe de la nativité\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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DESCRIPTION:La répétition de l’introït Ex ore infantium \nCommentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTEDe la bouche des enfants\, ô Dieu\,Et de ceux qui boivent le lait maternel\,Tu as fat sortir une louange parfaitePour la confusion de tes ennemis.Ps. – Seigneur\, notre Maître\,Qu’admirable est ton nom sur toute la terre. Ps. VIII\, 3\, 1.Dans le Psaume\, ces paroles s’entendent de la louange que les enfants\, comme toutes les créatures\, rendent à Dieu implicitement par la perfection même de leur être. Mais sous ce sens général\, un autre\, beaucoup plus précis et comme prophétique\, se trouvait caché. Ce fut Notre Seigneur lui-même qui le dégagea. Le lendemain de son entrée solennelle à Jérusalem\, les petits juifs\, répétant les acclamations de la veille\, criaient autour de lui sous les portiques du Temple : Hosanna au Fils de David. Les Princes des prêtres indignés le firent remarquer au Maître\, sans doute sur un ton de sarcasme : « Entendez-vous ce qu’ils disent ? » « Oui\, répondit-il\, n’avez-vous pas lu : De la bouche des enfants et de ceux qui boivent le lait maternel\, tu as fait sortir une louange parfaite ? ».C’est ce sens précis que l’Eglise applique aux Saints Innocents. Et c’est à bon droit car le martyre les ayant associés au sacrifice du Christ\, ils sont devenus par lui\, avec lui\, en lui\, louange parfaite du Père\, chantant dans l’éternité\, avec les cent quarante quatre mille dont nous parle l’Epître\, le mystérieux cantique nouveau pour la confusion des ennemis de Dieu qui les ont mis à mort.Du point de vue liturgique cet Introït peut être interprété de trois façons ; comme la voix du psalmiste disant dans le lointain des âges la prophétie qui se réalise à jamais dans l’éternité ; comme la voix de l’Eglise qui félicite à la fois Dieu et les Saints Innocents\, Dieu pour avoir fait\, de ces petits êtres à peine conscients\, de parfaits chanteurs de sa gloire\, eux\, pour avoir été choisis ; enfin comme la voix des Saints Innocents eux-mêmes\, louant Dieu par le texte du Psaume qui les prophétisa et lui rendant grâce pour les merveilles qu’il a réalisées en eux. Le mieux serait peut-être de réunir les trois interprétations en une seule ; Dieu entendant\, dans son éternel présent\, l’Eglise de tous les temps\, les anges\, le psalmiste\, le Christ et tous ses membres de la terre et du ciel\, y compris les petits martyrs\, chanter\, pour sa gloire et la leur\, les paroles qu’il inspira lui-même.LA MÉLODIEElle est toute pénétrée de joie ; une joie discrète qui\, après s‘être complue sur les deux mots de l’intonation\, monte souple\, aimable\, gracieuse sur les rythmes ternaires de infantium. Au passage elle souligne Déus d’une bel accent d’admiration et\, en progression toujours\, va s’épanouir sur laeténitum. A la dernière incise\, elle trouve avec bonheur la formule de Filius meus es tu de l’Introït de la Messe de minuit. Heureux rappel et qui mêle à la joie du Père générateur celle de l’Eglise si heureuse de voir ses premiers martyrs réaliser\, dans le sacrifice\, la louange parfaite apportée au monde par l’Enfant divin.Quelque chose de fier\, de glorieux passe dans le motif de propter inimicos qui rappelle de très près l’in splendoribus du Graduel de la Messe de Minuit.Bien balancer les rythmes de infantium. L’accent de Déus sera bien soulevé et élargi. Retenir avec complaisance perfecisti laudem ; on pourra élargir quelque peu la première note du podatus du sommet.Que la tristropha de propter soit douce et légère. Bien rythmer le dernier mot. \nGRADUEL\nLE TEXTENotre âme\, comme un passereau\,S’est échappée du filet des chasseurs.Verset. – Le filet a été brisé\,Et nous avons été délivrés ;Note secours est le nom du SeigneurQui a fait le ciel et la terre. Ps. CXXIII\, 7\, 8.Ce Graduel est inscrit dans la Messe Sapiéntiam au Commun de plusieurs Martyrs\, mais c’est pour les Saints Innocents qu’il fut composé.Le Psaume CXXIII est un cantique d’action de grâces à la bonté de Dieu qui a délivré Israël de ses ennemis. L’application des deux derniers versets aux Saints Innocents est des plus heureuses ; ce sont eux en effet les premiers du peuple d’Israël à être sauvés par le Christ venu sur terre. L’image de leur âme s’échappant du filet est ravissante de fraicheur et le fait que ce sont eux qui nous l’évoquent avec une joie si naïve ajoute encore au charme. Après l’Epître qui les montre dans la gloire\, ces deux versets sont comme l’expression humaine du cantique nouveau qu’ils chantent\, en suivant l’Agneau partout où il va.LA MÉLODIE(V) Anima nostras sicut passer erépta est de laqueo venantium.La formule d’intonation contraste avec le reste du Graduel. Elle se développe dans la partie inférieure du mode\, ce qui lui donnerait\, si l’on n’y prend garde\, une gravité peut-être excessive en la circonstance. La joie qui éclate aussitôt sur sicut passer n’est d’ailleurs que plus marquée. L’élan en est superbe. La mélodie franchit l’octave en un bond rapide de trois notes\, s’établit sur la dominante et de là\, s’élance à nouveau sur erépta est aussi que faire se peut\, jusqu’aux limites du mode\, empruntant la formule qui caractérise la joie de Noël dans le Graduel Vidérunt de la Messe du jour. Aussi bien\, c’est leur Noël à eux que cette échappée dans l’infinie béatitude de la vie divine. La joie toutefois n’est pas exactement la même. Celle-ci est une joie d’enfants\, libres enfin de s’ébattre ; disons une joie d’oiseaux\, libres de voler\, car il ne faut pas oublier l’image du texte. La mélodie d’ailleurs la suit fidèlement\, évoquant dans son mouvement le vol de l’oiseau échappé de sa cage ; il se pose un instant sur la dernière syllabe de passer comme pour s’orienter puis\, sur érepta est\, s’élance dans l’azur\, ivre d’espace.La même joie demeure dans la dernière incise\, elle devient seulement plus profonde et comme adorante dans la formule si gracieuse des derniers neumes.Le Verset. – Laqueus contritus est et nos liberati sumus. Adjutorium nostrum in nomine Domini qui fécit caélum et térram.C’est la même idée qui continue : les petits Martyrs nous content toujours les détails de leur évasion ; la même joie aussi\, mais avec des nuances : elle est plus calme\, c’est une joie de repos. Ils n’ont plus à s’évader ; ils sont maintenant établis dans l’immobile contemplation dans la jouissance infiniment paisible de la béatitude. Ce qu’ils nous disent s’en trouve imprégné\, il va de soi. C’est ainsi qu’il faut voir cette longue vocalise de laqueus ; tout en nous narrant leur histoire\, ils s’oublient dans la délectation\, et c’est cette délectation qu’ils chantent.  Notez le mouvement paisible\, le retour des mêmes intervalles\, des mêmes motifs se balançant de la tonique à la dominante\, et les épisèmes horizontaux qui disent l’ardeur de la jouissance mais qui retiennent aussi la mélodie fixée dans le même espace. Sur contritus est\, à l’évocation du filet qui se rompt\, elle aussi se libère pour aller s’épanouir en une formule où la joie s’étale plus pleine encore.Elle redevient descriptive sur liberati dans la seconde phrase. Cette fois\, c’est le vol de l’oiseau qui\, sans se soucier de voler\, jouit de l’espace ; un petit motif de cinq notes trois fois répété qui plane puis s’élève comme d’un coup d’aile.Il nous ramène en redescendant à la formule de triomphe qui chantait le donec ponam inimicos tuos dans le Graduel de la Messe de Minuit et qui célèbrera bientôt l’allégresse victorieuse de Pâques dans l’Haec Dies. Aussi bien c’est leur entrée triomphale dans l’absolue liberté de l’amour béatifiant que les petits Martyrs chantent ici.L’idée de la troisième phrase est différente. Les Saints Innocents ont fini leur histoire ; c’est maintenant l’hommage de leur reconnaissance à Dieu qui les a sauvés. Il ne s’agit plus seulement de se réjouir mais de reconnaître que\, sans son aide\, rien n’eût été fait. La mélodie prend la forme d’un récitatif. Quelques notes très simples sur la dominante mais qui ont le caractère d’une ferme assurance. Elles s’épanouissent sur Domini en une formule de joyeuse gratitude et mettent tout au long de la finale\, en éclatant relief\, la Toute Puissance divine à qui les bienheureux Enfants doivent tout.Chanter l’intonation avec une grande simplicité et déjà dans la joie\, pour éviter d’y mettre une note de gravité qui ne convient pas ici. Bien garder le mouvement sur sicut passer\, qui sera léger. La note de ta dans erépta est pourrait avoir sa valeur diminuée dans le mouvement ; y veiller.Le verset sera très léger. Bien lier les grands intervalles de laqueus\, se garder d’alourdir liberati qui doit être souple\, alerte\, vivant et débordant de joie. Toutefois\, le premier mot et est une bivirga\, bien l’appuyer.Poser de la même façon le salicus de adjutorium et la double note de qui au début de la dernière phrase ; c’est aussi une bivirga. La gratitude de la dernière phrase ; c’est aussi une bivirga. La gratitude des petits Bienheureux est ainsi proclamée avec une éclatante fermeté. \nALLELUIA\nLE TEXTELouez\, enfants\, le Seigneur\,Louez le nom du Seigneur. Ps. CXII\, 1.Une invitation à louer Dieu. On peut l’entendre ici\, ou des Saints Innocents invitant les enfants de Dieu à louer le Seigneur et à glorifier son saint nom en qui ils ont trouvé aide et salut\, comme ils viennent de le chanter dans le Graduel ou de l’Eglise\, disant aux saints Innocents\, après les avoir entendu faire le récit de leur évasion et avoir capté dans leur voix quelque chose de leur béatitude\, de continuer à louer le Seigneur. Ce ne serait pas alors\, à proprement parler\, une invitation à la louange mais comme une sorte de salut que l’Eglise leur adresserait et dans lequel se mêleraient la joie de les voir heureux et le désir d’être avec eux dans la louange béatifiante. (On retrouve cet Alleluia le Samedi de la semaine de Pâques\, où il est une invitation faite par l’Eglise aux nouveaux baptisés de louer le Seigneur qui les a sauvés.)LA MÉLODIELa première phrase est la même que elle de l’Alleluia Excita du IIIe Dimanche de l’Avent. Appliquée là à un texte qui est une prière\, elle y revête une expression d’intense supplication. Ce n’est pas le cas ici. Toutefois\, une invitation ou un souhait sont bien une sorte de prière et eux aussi peuvent être pressants. C’est ce qui fait l’adaptation au Laudate si parfaite. L’attaque sur la dominante\, sans préparation aucune\, a quelque chose de vivant comme un appel. Cet appel se fait de plus en plus ardent jusqu’au pressus de pueri qui est le point culminant de la mélodie et le mot de la phrase.La seconde phrase\, bien qu’elle demeure apparentée au même type d’Alleluia est originale. C’est surtout la joie qu’elle exprime. Le porrectus et les climacus de laudate la font gracieuse et même légère sans que soient atténuées la discrétion et la paix qui enveloppent tout.L’Alleluia sera chanté dans un mouvement retenu avec beaucoup  de grâce. Allonger le pressus de puéri. Ne pas ralentir ou si peu la fin de la première phrase. Bien rythmer les climacus de laudate qui seront légers. \nTRAIT\nLE TEXTEIls ont répandu le sang des Saints comme de l’eau\,Autour de Jérusalem ;Et il n’y avait personne pour ensevelirVenge\, Seigneur\, le sang de tes Saints\,Qui a été répandu sur la terre. Ps. LXXVIII\, 3\, 10.Le Psaume LXXVIII fut composé après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor. C’est sur le carnage qui s’ensuivit que le psalmiste se lamente.L’Eglise s’en sert ici pour dire son indignation et appeler la vengeance de Dieu sur ceux qui furent les auteurs responsables de cette première persécution chrétienne.LA MÉLODIELes mélodies des traits sont encore moins originales que les mélodies types ou les mélodies centons. Ce sont des psaumes ornés et\, comme les formules psalmodiques sont peu nombreuses et que leur assemblage est réglé par des lois strictes\, le compositeur n’a guère de liberté. La mélodie a donc par elle-même peu d’expression. C’est aux chanteurs d’y faire passer au moment où ils chantent celle qui se dégage naturellement du texte et du contexte et à profiter au mieux des quelques mots mis en relief par les intonations et les cadences.Dans le premier verset\, l’indignation n’est pas particulièrement marquée. La belle et longue formule de Jerusalem se prête par contre fort bien à une lamentation qui se prolonge. Elle se retrouve très heureusement sur sepeliret dans le verset suivant. L’appel à la vengeance n’a rien de dure dans le dernier verset ; c’est plutôt une prière. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTENotre âme\, comme un oiseau\,S’est échappée du filet des chasseurs ;Le filet a été brisé\, et nous sommes libres.C’est celui du Graduel. Il n’y a rien à ajouter sinon peut-être que\, chanté après l’Evangile qui rapporte le récit du massacre\, il faut l’entendre sur les lèvres des petits Martyrs comme leur interprétation de l’événement\, celle qu’ils dégagent pour nous de ce qu’ils voient dans la lumière béatifiante de l’éternité : tués par les bourreaux ? non\, délivrés du filet des chasseurs…LA MÉLODIEC’est encore la joie qu’elle exprime. A l’encontre du Graduel\, cette joie est ici très nette dès la première incise. On y retrouve\, modifié légèrement\, le motif de principes vestras dans l’Offertoire de la Vigile de la Nativité. Il devient sur anima nostras évocateur de la joie simple\, fraiche\, légère\, d’une vision qui ravit ; comme si les Saints Innocents\, en admiration devant leur âme\, voulaient nous dire la merveille qu’elle est devenue pour eux dans l’éclat de la Gloire divine.Ils ne s’en tiennent pas d’ailleurs à cette contemplation\, elle n’est que d’un instant ; leur joie progresse magnifique ver le mot de la délivrance erépta est. La mélodie\, ici encore\, sans perdre de l’allégresse qui la pénètre\, se fait descriptive. Quatre podatus\, comme quatre coups d’aile\, l’enlèvent vers les hauteurs\, évoquant l’envol de l’oiseau hors du filet et la montée des âmes vers l’infinie béatitude.Par deux fois\, sur les mots qui suivent\, après quelques fluctuations\, elle revient au si b par une formule qui\, à quelque chose près\, est toujours la même\, pleine d’une joie d’enfant comme un sourire tout ouvert.Les deux autres phrases – qui n’en font qu’une dans le texte – sont toute différentes : de longues tenues prolongées sur le fa\, coupées seulement par des répercussions et par quelques motifs de joie discrète ici et là. Les âmes échappées du monde sont fixées en Dieu. Tout ce qu’elles évoquent de leur passé\, tout ce qu’elles disent\, c’est dans cette immobile contemplation qu’elles le voient et le disent sans en être un instant distraites. De là la quasi immobilité de la mélodie sur laqueus et liberati sumus. Quand un mot plus frappant se présente\, contritu est\, liberati\, il y a comme une palpitation de joie\, puis le calme de l’extase revient.L’Offertoire tout entier est léger\, délicat ; ce sont des enfants qui chantent. Les distrophas seront donc très douces et très souples. Sur anima nostra\, faire le motif fa-la-sol-fa très joyeux. La première note du porrectus de sicut élargie ; de même la première des podatus de erépta est ; y rattacher de laqueo. Le mouvement de joie doit tout unir jusqu’à la fin de la phrase. Peu ou pas de ralenti.Même remarque pour la phrase suivante ; ne pas retenir contritus est ; passer tout de suite à et nos. Faire la virga pointée de et au lever et poser la voix doucement sur la distropha. Ce motif est très évocateur de paix. On le trouve deux fois dans l’Offertoire Precatus est Moyses du XIIe Dimanche après la Pentecôte pour chanter l’apaisement de Dieu après la prière de Moyse. Il dit ici\, d’une façon admirable\, la joie toute simple et quelque peu étonnée des petits Martyrs lorsqu’ils se trouvèrent soudain dans la Béatitude.Liberati très joyeux et paisible. Les trois notes qui précèdent le torculus final de sumus sont trois virgas épisématiques dans le codex 121 d’Einsiedeln on lit au-dessus : simul (en  même temps). Cette prolongation évoque sans aucun doute l’éternité où se continue le chant des bienheureux enfants. \nCOMMUNION\nLE TEXTEUne voix dans Rama a été entendue\,Des pleurs et des cris :Rachel pleurant ses fils ;Elle n’a pas voulu être consoléeCar ils ne sont plus. Jérémie\, XXXI\, 15. Math. II\, 18.Dans Jérémie\, ces paroles rappellent les lamentations qu’on entendit dans les montagnes lorsque le peuple d’Ephraïm fut emmené en exil. Ephraïm descendait de Rachel par Joseph ; aussi\, quand les cris de douleur de la tribu captive remplissaient le pays\, il sembla au prophète que c’était Rachel qui du fond de sa tombe pleurait ses enfants. Saint Mathieu\, lorsqu’il raconta le massacre des enfants de Bethléem\, là même où Rachel fut enterrée\, appliqua aux cris des mères la parole de Jérémie.Au sens liturgique\, c’est l’Eglise qui\, après s’être associée tout au long de l’office à la joie des petits Martyrs\, tourne sa pensée vers les mères et évoque leur inconsolable douleur sur les paroles même du Prophète et de l’Evangéliste.LA MÉLODIELe texte en lui-même n’est qu’un récit mais c’est le récit d’une douleur. C’est cette douleur que le compositeur a voulu exprimer.Elle n’est pas dans la première incise qui n’est qu’un récitatif sur la formule des psaumes du IVe mode. Elle ne commence que sur les mots qui la disent. Plaintive sur les demi-tons de ploratus et ululatus\, elle éclate soudain sur Rachel\, au début de la deuxième phrase\, comme un cri qui se prolonge et qui réunit en lui non seulement la douleur des mères mais celle de toute la race\, une fois de plus persécutée. Après quoi\, elle s’achève dans la dépression\, sur le demi-ton d’abord\, puis sur la cadence en sol qu’on pourrait prendre pour un repos si la douleur n’apparaissait à nouveau aigüe dès le début de la phrase suivante sur le salicus de noluit et ne se prolongeait intensifiée sur la cadence de consolari.C’est peut-être dans la dernière incise qu’elle est le plus marquée. Le pressus du début lui donne un accent d’acuité et de profondeur à la fois. Elle se développe ensuite en plainte – notez les cadences sur si – puis finit brusquement sur non sunt comme la chute d’une âme accablée.On pourra élargir légèrement les deux podatus de ululatus. Envelopper Rachel dans un discret crescendo. Le pressus de quia\, fort. Bien poser non sunt avec un accent assez fort sur non. Epître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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CATEGORIES:Chant des messes,Messes du Sanctoral
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