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SUMMARY:IIIe Dimanche de l'Avent
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron. INTROÏTLE TEXTERéjouissez-vous dans le Seigneur toujours.Une fois de plus je le dis\, réjouissez-vous.Que votre modestie (au sens de modération\, de douceur) soit connue de tous les hommes.Le Seigneur est proche\, que rien ne vous trouble ;Mais qu’en toute chose\, par la prière\,Vos demandes soient portées devant Dieu. Ps. – Tu as béni\, Seigneur\, la terre\, tu as fait cesser la captivité de Jacob. Philip. IV\, 4 – Ps. LXXXIV\, 2. Il y a là trois conseils de Saint Paul : réjouissez-vous\, soyez modestes\, ne vous laissez pas dominer par les soucis ; et\, au milieu\, une sentence de trois mots : le Seigneur est proche. Cette sentence\, la ponctuation du texte la rattache à ce qui précède : Réjouissez-vous\, soyez modeste\, le Seigneur est proche ; la ponctuation de la mélodie\, elle\, la rattache à ce qui suit : le Seigneur est proche\, que rien ne vous trouble. Du point de vue de l’expression c’est la ponctuation de la mélodie qu’il faut suivre\, il va de soi. Dans le cadre liturgique\, Dominus prope est prend un sens nouveau. Par le fait qu’ils sont chantés au temps de l’Avent\, ces trois mots ne se rapportent pas seulement au Seigneur\, qui se tient tout proche\, en nous et autour de nous et qui devrait\, par sa présence\, et ses relations avec nous\, être la raison de notre joie\, de notre douceur\, de notre confiance abandonnée\, mais au Seigneur qui vient\, qui sera là sans tarder\, dans la chair\, dans la grâce ou dans la gloire. Ils deviennent ainsi l’idée centrale de tout le texte et en précisent l’interprétation. Il n’est plus une suite de conseils pour toutes circonstances mais une exhortation de l’Eglise à ses membres\, les pressant de réaliser dès maintenant\, la joie\, la mansuétude\, la confiance que la venue prochaine du Sauveur mettra dans les âmes. LA MÉLODIEElle est une invitation à se réjouir\, pénétrée elle-même de joie. Cette joie n’est pas une jubilation ; elle n’a pas d’éclat non plus. Elle est comme un courant de vie qui\, discrètement\, passe dans les mots et les phrases\, les entrainant d’un mouvement régulier mais de plus en plus pressant jusqu’au nihil solliciti sitis du sommet où elle s’épanouit en une exhortation enthousiaste à laisser tout\, pour entrer bientôt dans la jubilation de la grande allégresse qu’on dit de plus en plus proche. Le caractère progressif de cette pression joyeuse est très marqué dans la première phrase. Bien posée par la clivis épisématique et le quilisma\, avec je ne sais quoi de ferme déjà dans ce départ recueilli\, elle monte vers le sommet\, entrainée par le salicus\, les trois rythmes ternaires qui se suivent et l’accent tonique de semper\, et\, jusqu’en la thésis\, garde cette force de volonté qui veut s’imposer : iteram dico. Même joie persuasive et même progression dans la seconde phrase. Le mouvement par une arsis forte et bien marquée – notez le salicus et le quilisma – va vers hominibus\, sortant cette fois la mélodie de l’ambiance du ré pour l’établir en fa. C’est de là qu’elle repart pour l’enthousiaste montée de prope est et l’accent de nihil\, admirable d’ardeur communicative. La détente se fait tout au long de la thésis qui vient rimer avec celle de la phrase précédente et ramène\, pour la fin\, la discrétion du début. C’est encore la période d’attente\, et la joie\, si elle doit dominer un instant les soucis\, ne les enlève pas. Il faut les porter\, sans la perdre ; d’où le conseil de la prière. Il est donné sur un ton qui ne manque pas de chaleur\, avec le pressus de omni\, le beau motif ascendant de oratione\, la distropha de innotéscant ; mais qui revêt aussi la modération passible d’un avis pratique. Le Psaume\, qui est comme la réponse du peuple à l’invitation qui lui est adressée\, et bien servi par la formule toute joyeuse du 1er mode. Chanter dans un mouvement tranquille mais sans cesse entretenu par les crescendos discrets des arsis. Poser avec fermeté la double note de iterum\, qui est une bivirga épisématique. Donner une certaine longueur au torculus de nota. Le crescendo de la troisième phrase bien mené jusqu’à nihil qui sera fort\, c’est une bivirga. Le torculus qui suit\, quelque peu allongé. Selon la mélodie\, oratione se rattache à omni. La double note de innotéscant est une bivirga avec épisèmes ; l’appuyer fortement. Le Psaume est une action de grâces ; lui donner de l’onction. GRADUELLE TEXTEToi qui sièges\, Seigneur\, au-dessus des Chérubins\,Excite ta puissance et viens. Verset. – Toi qui mènes Israël\, prête-nous attention.Toi qui conduis comme une brebis Joseph. Ps. LXXIX\, 2\, 3\, 1. C’est une prière simple qui demande à Dieu de venir pour prendre soin de son peuple comme le pasteur\, de son troupeau. Les premiers mots demandent explication. Sur le couvercle de l’Arche d’alliance\, le couvrant de leurs ailes étendues\, se trouvaient deux chérubins en or\, tournée l’un vers l’autre. C’est là\, entre leurs ailes\, que Dieu manifestait sa présence et rendait ses oracles\, d’où le nom de propitiatoire qu’on donna à ce lieu sacré entre tous. C’est dans ce sens littéral qu’il faut entendre le qui sédes super Cherubim dans le psaume. Au sens liturgique\, il va de soi que la prière va directement vers Dieu siégeant dans le ciel au-dessus des anges et qu’elle a pour objet précis la venue du Messie. Israël et Joseph s’entendent de l’Eglise. C’est elle d’ailleurs qui est en scène. On vient de lui redire\, à l’Epître\, que le Seigneur est proche et qu’il faut se dégager de tout pour le recevoir. Répondant à cette annonce et à ce conseil\, elle se tourne vers lui ; l’appelle et\, jetant sur lui ses soucis\, le prie de la guider\, en bon pasteur qu’il est. LA MÉLODIECe qui frappe\, tout d’abord\, dans la première partie\, c’est le contraste entre les deux phrases : super chérubim monte jusqu’aux limites extrêmes du mode\, veni descend aussi bas que possible. Il y a là évidemment une évocation de Dieu siégeant au plus haut des cieux et de la terre où on lui demande de descendre\, mais\, à travers ces deux mouvements si opposés\, passe la prière intense de l’Eglise. Toute l’expression est là.Prière à la fois contemplative et suppliante. Contemplative d’abord\, dans toute la première phrase. L’âme ne demande pas encore ; Elle fixe le Seigneur et\, prise par a vision de splendeur que lui offre le texte\, elle se tend vers lui de toute la force de son admiration et de son désir. Quelle admirable progression mélodique ! On dirait que l’âme\, à mesure qu’il se fait\, chante le déroulement des splendeurs dans lesquelles elle se perde de plus en plus. Elle part\, toute simple\, sur les quatre notes de qui sédes\, monte lentement sur la finale du mot\, comme surprise de ce qu’elle voit\, s’arrête sur Domine toute ravie déjà\, en un accent d’une exquise délicatesse\, puis s’élance\, d’un bond\, suivant l’extase qui l’emporte\, ardente de joie\, de désir et d’amour. Peu à peu et comme à regret\, elle revient à elle tout le long de la cadence de chérubim. Sur excita\, au début de la seconde phrase\, elle est bien sur la terre\, la terre du péché dont elle est un élément. C’est là que se fixe maintenant sa pensée ; et ce qu’elle voit est tellement bas\, ce qu’elle demande à Dieu contraste si fort avec ce qu’il est et ce qu’elle est\, que\, tout naturellement\, elle l’exprime par un mouvement descendant qui dit son humble condition et la confusion qui l’envahit…comme si elle n’osait. Mais sa prière est admirable. Elle passe d’abord sur les mots sans s’attarder\, seul tuam la retient un peu parce qu’il se rapporte directement à Dieu. C’est là qu’elle commence à se faire suppliante. Elle continue sur véni avec un accent qui la fait de plus en plus pressante\, mais sans éclat. Elle demeure dans le grave\, prosternée\, humble jusqu’à être émouvante. Le Verset. – (VII) Qui régis Israël\, inténde : qui deducis vélut ovem Joseph. Une prière encore\, et elle a le même objet ; mais l’Eglise n’a plus la même attitude. Ce n’est plus au Dieu Très Haut\, siégeant en majesté au-dessus des anges qu’elle s’adresse\, c’est au chef qui mène son peuple ; plus simplement encore\, au pasteur qui conduit son troupeau. Evidemment\, les relations sont plus faciles de brebis à berger que d’homme à Dieu. Il y  moins de distance\, moins de gravité\, plus d’aisance. Ainsi\, la mélodie est-elle devenue plus légère. Elle est toujours une prière et très ardente parfois\, mais la simplicité\, voire une sorte de familiarité intime\, la caractérisent\, plutôt que l’admiration et l’humble crainte révérentielle. Même motif musical et donc même expression sur deducis dans la seconde phrase ; toutefois aucun mot de prière ne se trouvant dans le texte\, la supplication est beaucoup moins marquée ; la vocalise est réduite et c’est au mot Joseph qu’est réservé\, en conclusion\, tout le développement mélodique. Il se déroule sur toute l’étendue du mode en un rythme admirable\, qui enveloppe d’intercession et d’admiration passible et pieuse le peuple de Dieu et l’Eglise qui le continue et l’achève. Il faut se garder de rechercher l’effet\, dans cette pièce particulièrement. La mélodie\, par ses contrastes pourrait y porter\, mais l’effet se réalise de lui-même si l’on chante avec intelligence dans un rythme exact. On aura soin\, dans l’intonation\, de bien conduire le crescendo. Le chœur posera bien la première note de super afin d’éviter que le pressus ne soit heurté\, mas il doit être fort et ardent. Donner une certaine ampleur à l’intervalle mi-la sur la dernière syllabe de super et le bien lier. Les cinq dernières notes de Chérubim\, retenues. Dans la seconde phrase\, garder de la sonorité aux notes basses. Que tuam soit très expressif : poser doucement la voix sur la virga pointée et la renforcer jusqu’au la. Ces quatre notes de am seront toutes élargies ; bien lier le la au ré. La distropha de et\, douce : la répercussion\, délicate. Toute la finale de Véni\, élargie et très arrondie. Le Verset\, plus léger\, ce qui ne veut pas dire rapide. Le petit rythme très peu marqué\, les distrophas souples ; même celle du sommet de régis doit être relativement douce ; que le mouvement s’y épanouisse. Les trois notes qui la suivent\, quelque peu retenues. Israël fort et expressif. L’accent de inténde bien lancé et très suppliant. L’intervalle ré-sol de Joseph\, élargi et très lié. La formule finale bien rythmée en un souple decrescendo. ALLELUIALE TEXTEExcite\, Seigneur\, ta puissance et viens pour nous sauver. Ps. LXXIX\, 3. C’est celui du Graduel. L’auteur a seulement ajouté le mot Domine et continué\, jusqu’à la fin\, le verset qu’il avait coupé à ut salvos facias nos. LA MÉLODIEC’est une mélodie type. On la trouve plusieurs fois sur des paroles très différentes\, mais nulle part elle n’est aussi parfaitement adaptée qu’à ce texte à qui elle donne un caractère de prier paisible\, délicate\, intime. Il n’y a de pression – et combien elle est discrète – que sur les deux premiers mots. Tout le reste\, toute la longue vocalise de et véni est une prière baignée de joie\, expression d’une âme aimante qui se contente d’exprimer son désir\, confiante qu’il est déjà exaucé dans la pensée de Celui qui est toute puissance aussi bien que tout amour. La reprise du chœur sur facias nos demeure dans la même paix heureuse. Allonger un peu la dernière syllabe de excita et arrondir le sommet du climacus. Un crescendo discret sur Domine. La vocalise de Véni sera très liée\, les épisèmes horizontaux légers et courts\, bien dans le mouvement. L’épisème sur la troisième note de la dernière syllabe de facias indique un salicus ; la note sera allongée. La cadence finale bien balancée. OFFERTOIRELE TEXTETu as béni\, Seigneur\, la terre\,Tu as fait cesser la captivité de Jacob\,Tu as remis l’iniquité de ton peuple. Ps. LXXXIV\, 2. C’est le verset de l’Introït avec une phrase de plus. Action de grâces dans laquelle le psalmiste reconnaît ce que le Seigneur a fait. Le Psaume fut écrit après le retour de la captivité de Babylone\, d’om les trois titres auxquels tous les bienfaits sont ramenés : la Terre promise qui retrouve sa prospérité\, le retour des prisonniers\, le pardon du péché. Ce chant de reconnaissance est fort bien amené dans le cadre liturgique par l’Evangile qui vient d’être lu. Saint Jean-Baptiste dit aux Juifs : « Au milieu de vous se tient celui qui doit venir après moi. » C’est la présentation officielle\, si l’on peut dire\, du Christ à ceux qui l’attendaient\, à l’Eglise qui l’attend toujours plus dans la grâce et dans la gloire. Celle-ci répond par un chant d’action de grâces pour la Rédemption qui vient. Le Seigneur a béni sa terre car elle a donné son fruit merveilleux ; la nature humaine du Christ et tous les membres de son Corps mystique. Il a fait cesser la captivité des hommes qui étaient sous le joug de Satan. Il a pardonné les péchés de toute la race. Le fait qu’il est chanté au moment où est offerte la matière du sacrifice rédempteur lui donne en plus un accent d’actualité dont il faut faire profit. Nous sommes le fruit de la terre de bénédiction et c’est\, par notre offrande\, jointe à celle du Christ dans le sacrifice\, que s’achèvent la délivrance et le pardon du peuple. LA MÉLODIETrois phrases en progression ascendante. La première\, à part une échappée sur Domine\, se tient autour de la tonique mi du IVe mode. La seconde\, par une modulation sur avertisti\, s’établit dès le début sur la dominante la du Ier mode et s’achève\, par une nouvelle modulation sur la tonique sol du VIIIe mode. La troisième\, partant de cette modulation acquise\, pose sa teneur sur la dominante do et s’y maintient jusqu’à ce que le dernier mot la fasse redescendre pour finir vers la tonique du mode initial de mi. Cette progression\, malgré ce qu’elle a de technique\, est à signaler parce qu’elle met dans un relief saisissant l’intérêt croissant de l’idée : bénédiction\, libération\, rédemption\, en l’enveloppant dans une expression de joyeuse gratitude qui monte\, elle aussi\, avec la grandeur du bienfait reçu. L’intonation est toute contemplative. L’âme\, sur ce mot de bénédiction\, se laisse aller à son amour reconnaissant\, dans une atmosphère de douce intimité\, qui trouve une expression parfaite dans les rythmes paisibles et la cadence mystérieuse du IVe mode. Elle s’anime un peu sur Domine et sa joie s’éveille à mesure qu’elle monte vers térram\, où elle met l’accent de son ardente tendresse pour la terre de Dieu\, qui est aussi sa terre.Il y a quelque chose de plus vif dans la seconde phrase. La mélodie est devenue presque syllabique sur captivitatem\, allégeant le mouvement. La joie aussi s’avive\, elle envahit l’âme\, qui s’émeut au souvenir du bienfait si ardemment désiré que fut la libération\, et vient s’épanouir sur Jacob en des rythmes délicats qui chantent\, avec la même tendresse que la terre de Dieu\, son peuple choisi. Sur Remisisti iniquitatem\, la mélodie brusquement prend un nouveau caractère. Un souffle puissant passe dans cette montée lente qui s’étale sur le mot de péché\, et la fait grandiose\, émouvante\, dramatique\, on peut bien el dire\, car c’est bien du drame de la Rédemption qu’il s’agit. L’âme chante à pleine voix sa gratitude mais dans une atmosphère de gravité ; consciente de ce que doit le monde dont elle est la voix\, à l’amour miséricordieux qui l’a sauvée. Doucement\, la mélodie revient à la contemplation sur plébis tuae. L’idée du peuple de Dieu\, entendu ici de l’universalité des élus\, la retient comme l’ont retenue à la fin des deux autres phrases la terre et Jacob. Elle s’y complaît\, s’enveloppant de paix\, d’admiration et d’amour. La formule est toute simple mais traitée avec un art merveilleux. L’auteur a seulement doublé la première partie de la cadence ordinaire du IVe mode et fait la soudure en allongeant la première note du podatus ; moyennant quoi\, il a donné à l ‘arsis de Remisisti une thésis proportionnée et fourni à l’âme le chant délicat qu’il lui fallait pour dire toute sa tendresse. Ne pas presser l’intonation ; les nuances des manuscrits sont : retenez\, modérez ; il faut s’y complaire. Il y aura de l’élan sur Domine mais un élan mesuré qui gardera quelque chose du mouvement retenu de l’intonation. Ne pas attaquer avec force et térram : on adoucira l’attaque par un renforcement sur la note pointée de Domine\, ce qui n’empêchera pas l’accent tonique et le caractère ardent qu’il doit avoir. Ne pas précipiter le début de la deuxième phrase. Bien veiller au rythme de captivitatem qui doit avoir de la vie ; la première note de tem bien arrondie. Se complaire légèrement sur Jacob ; bien faire la répercussion sur la distropha\, avec un léger renforcement de la voix. Un crescendo bien mené sur Remisisti et jusqu’à l’accent de iniquitatem. Le decrescendo se fera insensiblement sur plébus tuae : bien balancer les deux petits motifs d’arrêt entre chaque phrase\, après le ralenti des cadences. COMMUNIONLE TEXTEDites : Pusillanimes\, prenez courageEt ne craignez pas.Voici que notre Dieu vientEt il nous sauvera. Isaïe\, XXXV\, 4. Cette parole du prophète demandant à ceux qui ont l’espérance ferme et vive de relever le courage des âmes qui se lassent d’attendre\, nous arrive\, à travers l’Eglise\, avec la même vertu réconfortante\, augmentée encore par le fait qu’elle est chantée au moment où les fidèles reçoivent le pain de vie qui sauve de la mort…. Voici que notre Dieu vient… LA MÉLODIEElle a vraiment le ton d’une parole de réconfort\, comme la voix de quelqu’un qui comprend\, qui sympathise et qui s’emploie\, avec délicatesse et entrain à la fois\, à redonner courage. Notez les deux salicus de pusillanimes\, quelle touche délicate et forte à la fois d’aimable charité ! Le mot n’a ici aucun sens péjoratif et il n’y a pas dans la mélodie la moindre nuance de reproche. «  Allons\, vous qui êtes abattus...» serait une bonne interprétation\, avec\, en plus\, un sourire du cœur. A mesure que la mélodie s’élève sur confortamini\, il s’y mêle de l’entrain et de la joie\, une joie qui voudrait se communiquer. Elle est admirable de douceur et de simplicité sur le motif répété de nolite timére.Dans la deuxième phrase\, sans perdre son caractère de sympathie condescendante\, elle se pénètre de religieuse gravité. C’est le mystère de l’amour miséricordieux que l’âme chante. Et elle le chante pour elle tout autant que pour ceux qu’elle a à consoler ; d’où la vénération et la tendresse dont elle enveloppe les mots\, véniet particulièrement. Il faut bien marquer les salicus de pusillanimes ; les manuscrits indiquent sur le premier une nuance assez rare : cum fragore\, avec éclat. Il est d’ailleurs assez difficile de la rendre sur la syllabe i. Le crescendo s’épanouira sur la tristropha de confortamini avec douceur. Il doit être une persuasion qui entraine plutôt qu’une force qui contraint. Ralentir toute la descente de véniet. Bien élargir l’épisème de et\, c’est un salicus qui\, avec l’épisème horizontal du climacus de salvabit contribue à mettre\, sur cette dernière incise\, une fois encore\, un accent de réconfort. Polyphonies pour l’AventL’hymne Creator alme siderum en alternance grégorien/polyphonieL’hymne Creator alme siderum en grégorienLes cantiques de l’Avent (CD)Les cantiques de l’Avent (Partitions)Epître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:IVe Dimanche de l'Avent
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTEVersez votre rosée\, cieux\, d’en haut\, et que le nuages pleuvent le Juste. Qu’elle s’ouvre\, la terre\, Et qu’elle germe le Sauveur.Ps.– Les cieux disent la gloire de DieuEt l’œuvre de ses mains\, il la proclame\, le firmament. Isaïe\, XLV\, 8 – Ps. XVIII\, 2.Au chapitre XLV\, Isaïe rapporte ce qu’il a entendu le Seigneur dire à Cyrus\, qu’il va susciter pour être son christ\, sauver le peuple et rebâtir la cité et le temple. A la vision de ce sauveur d’un moment\, par delà lequel il voit le Messie et son œuvre éternelle\, il est transporté et\, interrompant sa prophétie\, lance vers le ciel son désir ardent pour que soit bâtie la venue des deux libérateurs. Il le fait sous la forme poétique de la rosée qui fait germer la plante\, symbolisant ainsi l’action divine qui fera de Cyrus et du Christ des sauveurs parfaits.Au sens liturgique\, c’est l’Église qui appelle le Messie. Rien n’est à changer dans l’image du prophète\, mais il faut lui donner tout son sens divin. La rosée sollicitée du ciel\, c’est l’action fécondante du Saint-Esprit ; la terre\, c’est Notre-Dame\, fleur de la race\, qui s’ouvre au sommet de la tige de Jessé et qui\, fécondée sous l’ombre mystérieuse de l’Esprit du Très-Haut\, va produire son fruit divin ; le Verbe fait chair.Cette prière admirable et tout à fait à sa place le Mercredi des Quatre-Temps\, tout entier consacré à l’Annonciation. Il faut lui garder ici la même interprétation ; d’autant que\, par l’Offertoire et la Communion tout au moins\, le mystère continue d’être fêté. Et il faut la chanter comme la prière suprême\, entendue de Dieu par delà les siècles\, et qui a contribué à faire venir plus tôt l’heure du Messie et de Notre-Dame ; mais aussi\, comme la supplication qui va mériter aux âmes de recevoir le Verbe fait chair quand il va revenir et de se livrer à l’influence de son Esprit comme la terre à la rosée\, lui donnant ainsi ce qu’il attend d’elles pour réaliser la plénitude de son Incarnation.Le Psaume\, lui\, n’est pas une prière ; il est la constatation joyeuse des merveilles de Dieu qui se réalisent dans le mystère.LA MÉLODIEUne prière ardente de deux phrases qui s’opposent ici\, encore\, suivant le texte\, comme le ciel et la terre.La première est un admirable mouvement de l’âme portant on désir\, comme dans le graduel. Qui sédes\, aussi haut que possible\, jusqu’aux nuées fécondes d’où va venir la céleste rosée\, puis redescendant douce et paisible comme descendra le Juste qu’elle chante. La supplication est ardente sur le pressus de caeli\, les quilismas de désuper\, le pressus de pluant\, mais il n’y a pas d’inquiétude\, de doute\, d’angoisse ; au contraire\, une grande sérénité et une joie discrète se mêlent partout à la prière dans la tonalité claire du mode de fa ; la joie de l’Eglise qui sait\, car elle en jouit déjà\, tout le bonheur qu’il y a pour elle dans cette pluie fécondante qu’elle sollicite.La seconde a moins d’élan. C’est la terre que l’Eglise regarde et encore qu’il s’agisse de Notre-Dame\, ce chef-d’œuvre de grâce qui va produire la nature humaine du Christ\, n’est-elle pas tout en bas par comparaison avec l’infinie perfection du verbe qui va y descendre ? Et puis\, c’est le mystère dont la profondeur ne saurait se chanter ; Aussi\, après l’ardeur de la supplication sur aperiatur\, la mélodie revient-elle au mode de ré\, et en des neumes qui s’effacent de plus en plus\, elle s’éteint\, gracieusement d’ailleurs\, sur Salvatorem\, le mot du désir.La deuxième note de ra dans Rorate doit être élargie. Le crescendo de la première incise sera ardent mais sans éclat ; c’est une prière. Bien accentuer nubes et aller sur le pressus de pluant en progression.Veiller à ce que tur dans aperiatur ait bien sa valeur et qu’on ait le temps d’articuler. Térra sera légèrement retenu ainsi que les quatre dernières notes de gérminet.Le Psaume sera chanté dans un bon mouvement et pénétré déjà de la joie du « Gloria in excelsis » qu’il prophétise. \nGRADUEL\nLE TEXTEIl est proche\, le Seigneur\,De tous ceux qui l’invoquent\,De tous ceux qui l’invoquent dans la vérité.Verset. – La louange du Seigneur\,Elle la chantera\, ma bouche\,Et que toute chair bénisse le Seigneur. Ps. CXLIV\, 18\, 21.Dans la première partie\, le psalmiste exprime une idée très simple ; à savoir que le Seigneur est tout disposé à écouter ceux qui le prient. Toutefois\, il a précisé d’un mot : ceux qui le prient dans la vérité ; c’est-à-dire qui lui demandent\, en toute sincérité\, des chose vraies ; entendons : ceux qui sont conformes à sa volonté\, car la vérité\, c’est\, en même temps\, ce que Dieu pense et ce que Dieu veut.Le Verset\, lui\, est un hommage de reconnaissance de l’âme qui promet à Dieu une louange sans fin en retour de la bienveillance qu’il lui témoigne.Au sens liturgique\, peut-être serait-on porté à s’appuyer sur les premiers mots Prope est Dominus pour faire entrer ce texte dans le cadre de l’Avent. Ce ne serait pas absolument exact car c’est en tout temps que le Seigneur exauce ceux qui savent le prier. Il ne faut pas non plus le rattacher à l’Epître qui vient d’être lue\, mais à l’Epître du mercredi précédent pour laquelle il a été choisi. Dans cette Epître\, on nous ait entendre l’histoire d’Achaz qui\, par manque de confiance\, refusa de demander un prodige au Seigneur et qui reçut\, en réplique\, d’Isaïe la fameuse prophétie qui annonçait le prodige des prodiges : « Le Seigneur vous donnera lui-même un signe : Voilà qu’une Vierge concevra et enfantera un Fils et son nom sera Emmanuel ». A la fin de ce récit\, ces deux versets viennent sur es lèvres de l’Eglise comme une sorte de réflexion. Repliée sur elle-même et gardant bien présent à l’esprit tout ce qu’elle vient d’entendre\, elle se dit : Achaz a eu tort…Le Seigneur est tout près de ceux qui l’invoquent et bientôt il sera plus près d‘eux encore ; car le prophète a dit que Celui qui doit venir aura nom Emmanuel\, ce qui veut dire : Dieu est avec nous.Cette annonce précise de l’Incarnation amène alors la grande louange du Verset. Laudem Domini…LA MÉLODIE(V) Prope est Dominus omnibus invocantibus éum omnibus qui invoquant éum in verita te.Elle est composée de trois formules : celle de Prope est Dominus et les deux de éum. Ces formules sont reliées entre elles par les motifs presque syllabiques de omnibus invocantibus et de omnibus qui invoquant. Un seul mot est original\, in veritate\, encore s’achève-t-il en une formule finale commune.Le fait qu’elle est à ce point centonisée n’empêche pas qu’elle soit très expressive. L’auteur s’est servi de formules toutes faites mais il les a choisies pour le texte et les a disposées de telle sorte qu’elles puissent en exprimer au mieux le contenu. Notez qu’elles sont placées sur les mots importants : Dominus\, le nom divin\, et éum qui le représente ; et que\, par le contraste que font leurs neumes avec les motifs syllabiques qui les entourent\, elles les mettent en particulier relief. Aussi bien est-ce le mot de l’Epître : Pete signum a Domino\, dit Isaïe. Non tentabo Dominum\, répond Achaz. Propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum\, réplique le prophète.L’intonation est grave. (Cette formule n’est employée que sur le mot Dominus ; de sorte qu’elle est moins une formule centon qu’un motif réservé uniquement au nom du Seigneur\, comme plusieurs autres.) Mais ce serait une erreur d’y voir la moindre tristesse. Au contraire\, on y discerne déjà en une nuance discrète la joie qui se dégage du texte et qui caractérise tout le Graduel. Toute pénétrée de respect\, elle se retient\, s’efface\, sur le nom divin\, mais\, sitôt après\, elle se laisse aller\, se développe sur omnibus invocantibus et va s’épanouir sur éum en un bel élan qui se détend dans la plénitude de la cadence en fa. Elle passe dans la seconde phrase\, s’élève avec grâce sur omnibus\, puis redescend dans le grave où elle se revêt à nouveau sur éum d’une certaine révérence qu’elle garde jusqu’à la fin.Le Verset. – Laudem Domini loquétur os méum Et benedicat omnis caro nomen sanctum éjus.La joie est ici enthousiaste. Lancée avec une ferme assurance sur la distropha de Laudem\, elle se développe en une sorte de contemplation sur Domini : légère\, souple\, heureuse. Une nuance de tendresse plus marquée passe avec le si b\, puis l’exaltation\, grandissant à nouveau\, va vers loquétur os méum où elle atteint toute sa puissance d’expression sur les mots mêmes qui disent la joie de pouvoir chanter à jamais.L’enthousiasme est le même dans la seconde phrase. Sitôt qu’elle a été ramenée à la dominante\, la mélodie s’élance à l’extrême limite du mode\, enveloppant de toute sa puissance l’ardent souhait de l’Eglise. Elle s’y arrête d’ailleurs ensuite en un gracieux mouvement descendant\, puis\, pour finir\, se pénètre à nouveau de tendre respect sur nomen sanctum éjus.Comme on le voit\, ce verset a un caractère de joie éclatante qui ne s’est pas encore rencontré au cours de l’Avent. L’auteur a-t-il voulu donner là comme une première annonce de la joie de Noël et en pénétrer déjà l’âme des fidèles ? On a d’autant plus de raisons de le croire que les formules 53 et 54 sont particulières à la période de la Nativité. On les trouve ailleurs\, mais elles sont si fréquemment répétées au temps de Noël qu’elles contribuent\, sans aucun doute\, pour leur part\, à créer l’atmosphère musicale. El semble que ce soit comme le début d’un crescendo de joie qui\, parant du Mercredi des Quatre-Temps\, jour consacré à l’Annonciation\, jour de l’Incarnation\, atteint toute sa puissance aux jours de Noël et de l’Epiphanie.Ne pas chanter l’intonation avec des effet de basse\, mais avec la simplicité et la douceur qui conviennent à une contemplation paisible. Le crescendo est le premier éum sera discret et mené dès le début de l’incise ; C’est une formule assez délicate mais très expressive. Il y a sur le do une distropha\, puis al première note de la clivis ou du climacus ; les distrophas seront posées doucement et la voix\, renforcée\, ira vers la note qui suit pour la répercuter\, délicatement. Il s’en suivra une onction pénétrée de ferveur qui servira admirablement le pronom éjus qui tient la place de Dominus.Retenir quelque peu veritate ; la tristropha\, douce. Bien distinguer dans la vocalise qui suit\, sur le la\, les deux distrophas\, du pressus ; lles reçoivent doucement le posé de la voix ; de même celle qui se trouve sur le do dans la dernière incise.C’est une bivirga qu’il y a sur Laudem au début du Verset ; qu’elle soit appuyée\, forte et bien lancée. Sur Domini\, deux distrophas et répercussion sur la première note de la clivis ; même interprétation que plus haut. Une bivirga avant les deux climacus qui finissent la première phrase ; bien accuser la première note du second.La tristropha de os\, légère. Bien pendre grade à donner toute leur valeur aux trois notes qui précèdent les notes doubles de méum ; les retenir légèrement évitera le danger d’en faire un triolet. Poser nettement l’épisème vertical de omnis\, allonger même un peu la note. (Dans plusieurs cas\, la 2ème note est un quilisma.) Un gracieux ralenti sur sanctum\, qui se poursuivra sur éjus jusqu’à la fin. \nALLELUIA\nLE TEXTEViens\, Seigneur et ne tarde pas.Pardonne les péchés de ton peuple.Cette phrase ne se trouve pas dans l’Ecriture. L’idée en est très simple et s’applique sans difficulté à l’un ou à l’autre des sens de l’Avent. C’est une prière dont l’objet est nettement déterminé : la prière de tout le peuple de Dieu\, de toute l’Eglise\, suppliant le Christ de venir sauver le monde.LA MÉLODIEOn la rencontre deux autres fois au cours de l’année : le XXe Dimanche après la Pentecôte (Alleluia Paratum cor méum) et à la messe Loquebar d’une Vierge Martyre (Alleluia Adducentur).Elle commence dans le grave et se meut lentement dans toute la première phrase\, comme la prière très humble du pécheur qui n’ose pas lever les yeux\, accablé qu’il est sous ses fautes. Ce n’est que dans la seconde incise qu’elle prend un peu d’ardeur\, il y a sur et noli tardare un très bel accent de pressante supplication.Dans la seconde phrase\, la prière est plus aisée sur relaxa. La longue vocalise de facinora est\, en elle-même\, assez indifférente\, mais elle prend\, avec les mots\, un caractère de prière fort bien adapté. Il y a\, dans la répétition du motif initial\, une progression qui fait la supplication de plus en plus forte. La première fois\, elle monte par trois degrés au si b ; la seconde fois\, par un seul mouvement de quarte\, elle atteint le do qu’elle marque d’un pressus ; la troisième\, elle s’y pose sans préparation et y demeure trois temps. Il y a là une vigueur accrue du plus heureux effet. La mélodie redescend ensuite dans le grave et finit sur une formule propre à certains graduels du Ier mode\, elle aussi très priante et très humble\, avec une touche assez marquée de crainte révérentielle.L’Alleluia\, lui\, est du IIIe mode\, mais l’unité demeure parfaite et l’expression y trouve son bien. L’Alleluia ayant en lui-même un caractère de louange que le contraste rend plus marqué encore.Prendre garde de faire trop longue la double note initiale de l’Alleluia\, lequel doit avoir un certain mouvement. Bien balancer le rythme de l’arsis ; la vocalise légère.Veni Domine tranquille et discret. Crescendo sur noli ; tardare sans éclat. Noter que\, dans les thésis de la seconde phrase\, toutes les notes doubles sont des distrophas\, légères donc ; de même les deux qui précèdent la clivis sur le do\, à la dernière reprise du motif. Par contre plé dans plébis est une bivirga. Lier avec soin les grands intervalles de l’avant-dernière incise. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTESalut\, Marie\, de grâce remplie\,Le Seigneur (est) avec toi.Bénie (es-)tu entre les femmes\,Et béni le fruit de ton sein.C’est la salutation de l’Ange Gabriel à Notre-Dame et celle d’Elisabeth combinées en un seul texte\, lequel forme la première partie de la Salutation angélique. Il n’y manque que le dernier mot\, Jésus\, qui d’ailleurs ne fut pas dit par Elisabeth.Au sens liturgique toutefois\, ce n’est ni l’Archange ni Elisabeth qui saluent Notre-Dame ; la combinaison des deux salutations en un seul texte s’y oppose. C’est toute l’Eglise qui\, au moment où est commémorée la Conception de Notre Seigneur\, fait monter sa louange vers celle que Dieu a choisie pour sa mère. Elle a entendu\, au cours de la semaine écoulée\, le mercredi\, le récit de l’Annonciation\, le vendredi\, celui de la Visitation ; elle recueille\, sur les lèvres de l’Archange et d’Elisabeth\, les paroles inspirées pour les redire à Notre-Dame\, comme l’hommage le plus parfait qu’elle puisse rendre à sa sainteté incomparable et à sa maternité divine.Bien noter que c’est une salutation. Ceci implique que les chanteurs soient en communication directe avec Notre-Dame : qu’ils chantent pour elle et qu’ils aient conscience que du haut du ciel\, elle les écoute et reçoit leur hommage dans la joie de son cœur maternel.LA MÉLODIEQuatre phrases (Ave Maria gratia plena ne forme qu’une seule phrase. La grande barre qui suit Maria doit être considérée comme une demi-barre). Les trois premières\, en progression l’une sur l’autre\, conduisent l’idée jusqu’à Benedicta tu\, point culminant de la louange. La quatrième redescend vers le grave où elle s’achève dans la contemplation du mystère.Il n’y a pas d’éclat dans l’Ave de l’intonation ; c’est un salut gracieux enveloppé de vénération profonde et tendre. Tout le long de la première phrase\, l’âme se complaît dans cette attitude d’humble hommage ; elle s’anime seulement\, d’un accent de ferveur\, sur le nom béni. Un bel élan\, habilement préparé\, porte la syllabe accentuée de Maria à la dominante où les notes doubles et répercutées mettent un peu plus d’ardeur\, d’admiration et d’amour. Mais ce n’est qu’en passant. Elle revient au grave sur gratia pléna et s’y enveloppe plus encore de contemplation ; aussi bien y a-t-l ici quelque chose de plus que la salutation. C’est déjà le mystère\, le mystère indicible de l’Immaculée. La phrase s’achève sur pléna par un pressus qui met bien en valeur ce mot de plénitude\, qui ne peut se dire que du Christ et de sa Mère.Dès le début de la seconde phrase\, la mélodie\, établie sans préparation sur la dominante\, prend tout de suite une allure de louange éclatante. C’est une qualité nouvelle que l’Eglise salue en Notre-Dame : son union avec Dieu. La plénitude de la grâce\, c’est déjà le Seigneur avec l’âme ; mais\, sur les lèvres de l’Archange\, le Dominus técum indiquait une modalité spéciale de l’union divine. Le Seigneur est avec Notre-Dame comme il n’est avec personne. C’est de cette union merveilleuse que l’Eglise félicite Marie. La mélodie la sert admirablement. Le s’épanouit sur Dominus en un beau motif plein d’élan\, deux fois répété\, qui dit l’admiration enthousiaste que provoque l’infinie grandeur de Dieu\, tandis que\, sur técum\, elle se retient comme recueillie\, étonnée\, confondue d’admiration\, devant l’ineffable sainteté de Notre-Dame.Elle se reprend sur Benedicat tu pour s’élancer cette fois à la limite de son étendue. C’est le troisième mot de a louange. Il est la conséquence des deux autres. C’est parce qu’elle est pleine de grâce et que le Seigneur est avec elle que Marie est bénie entre toutes les femmes ; nouvelle Eve\, celle que toutes les nations diront Bienheureuse. La mélodie le met au-dessus de tout ; elle dépasse la dominante\, monte et plane\, à loisir\, dans les hauteurs\, s’appuyant sur des notes doubles et des pressus qui lui permettent de déployer toute sa puissance et de colorer d’accents de ferveur ce mot de bénédiction. Il s’achève sur le pronom tu en une belle cadence pleine et large qui va tout droit à Notre-Dame avec une nuance délicate de tendresse. La seconde incise ramène à la dominante le mot muliéribus. L’admiration s’y prolonge\, toujours fervente ; notez le pressus et le torculus avec son mouvement hardi de quarte retombant sur la bivirga de la syllabe accentuée. D’une façon assez inattendue\, la phrase s’achève par une cadence en demi-ton sur si qui laisse la mélodie en suspens\, comme si l’Eglise\, évoquant en une sorte de contemplation toutes les femmes de la race\, les voyait se perdre en une perspective infinie\, tendues en un geste de bénédiction vers Notre-Dame  qui\, de très haut\, enveloppée dans la gloire du Verbe Incarné\, les domine toutes de l’éclat de sa maternité.La quatrième phrase est\, de toutes\, la plus profonde. Ici\, c’est le mystère ; le mystère du Verbe fait chair dans le sein de Notre-Dame. La mélodie abandonne les hauteurs\, descend par degrés\, sur benedictus qu’elle souligne seulement d’un pressus\, descend encore sur fructus\, puis demeure dans le grave\, presque sans se mouvoir. Un motif deux fois répété de quelques notes qui montent et descendent par degrés conjoints sur véntris\, un dernier pressus sur tui comme pour faire rejaillir la gloire du Fils sur la Mère – car c’est pour le Fils qu’est toute la louange dans cette dernière phrase – et c’est tout. L’ineffable ne saurait s’exprimer.Il faut chanter avec beaucoup de souplesse. On y veillera particulièrement dans l’intonation. Le climacus qui s’achève sur la première note pointée sera légèrement retenu pour donner à cette demi-cadence sur mi toute sa valeur d’admiration gracieuse et tendre.Chanter Maria avec beaucoup de ferveur. Les deux premières notes de ri bien appuyées\, assez fortes\, avec l’élan de l’accentuation : ce sont deux virgas ; les deux autres sont des distrophas ; la répercussion en sera délicate et il y aura un crescendo jusqu’à la répercussion\, très délicate aussi\, de la virga. La cadence sur sol très peu ralentie\, de façon à rattacher Maria à gratia pléna. Une pause.Discret a tempo au départ de Dominus dont les thésis seront légères\, comme le sera la tristropha de técum\, qu’on renforcera toutefois pour la lier au climacus. Sur ne dans Benedicta\, une bivirga\, bien l’appuyer et mener le crescendo e un bel enthousiasme vers le pressus. Conduire avec mesure l’admirable descente de benedictus fructus\, sans que la voix perde brusquement de sa sonorité. Véntris tui très lien avec le salicus bien doux. \nCOMMUNION\nLE TEXTEVoici qu’une Vierge concevraEt enfantera un Fils\,Et il sera appelé de son nom Emmanuel. Isaïe\, VII\, 14.Cette parole fut dite comme une prophétie par Isaïe à Achaz. « Le Seigneur vous donnera lui-même un signe : voici qu’une vierge enfantera… » Le signe promis arrivera le jour de l’Annonciation. C’est le mot même du prophète en effet que l’Archange dit à Notre-Dame : « Voici que vous concevrez et enfanterez un Fils et vous lui donnerez le nom de Jésus ».Ce texte est tout à fait à sa place le jour où est commémorée l’Annonciation. Toutefois il ne semble pas qu’il doive être chanté ici comme une prophétie ; c’est l’Eglise qui après avoir entendu la parole du Prophète à l’Epître\, et celle de l’Ange à l’Evangile\, y revient\, au moment de la communion. Contemplant dans la lumière de la grâce sacramentelle\, l’Incarnation qui se prolonge par l’Eucharistie dans tout le Corps Mystique\, elle chante la joie de l’Emmanuel\, du Dieu avec nous\, en même temps que le mystère de Noël dans lequel à nouveau va s’accomplir mystiquement la parole divine.LA MÉLODIEUne joie émerveillée ; on en caractériserait bien ainsi\, en deux mots l’expression. Elle est très discrète dans sa première incise\, avec quelque chose de recueilli\, de contemplatif\, répandu sur toute la thésis de concipiet. Dans une sorte de jouissance profonde\, l’âme admire le mystère de la Vierge Mère.Et voilà qu’elle s’anime et que son admiration prend de l’ampleur. Un souffle puissant passe\, qui emporte les mots dans l’enthousiasme\, Filium après pariet\, comme si l’âme\, de plus en plus éclairée\, réalisait ce qu’est le mystère de la maternité divine.Mais\, à peine a-t-elle saisi cette seconde merveille\, qu’une troisième s’offre à elle : le mystère de Dieu avec nous cette fois\, et vocabitur Emmanuel… Elle n’a pas le temps de s’arrêter si peu que ce soit ; de la première phrase\, le souffle d’allégresse passe dans la seconde\, l’entraînant dans la progression jusqu’à la distropha de vocabitur. Là quelque chose change. Le mystère s’étend. Il s’étend jusqu’à l’âme. Elle sent qu’elle y entre\, en ce moment de la communion. Elle se recueille\, se refermant sur les merveilles qui s’opèrent en elle. La mélodie la suit dans sa contemplation. Elle n’a plus le souci des notes éclatantes\, ni des mouvements à grand espace ; elle se retient. Notez les clivis allongées de vocabitur\, elle descend peu à peu vers le grave\, jusqu’à ce qu’elle arrive à Emmanuel\, le mot du mystère. Elle s’y complaît\, en une formule qui\, comme celle du véntris tui de l’Offertoire\, se contente de quelques notes conjointes qui descendent et montent mais où passe toute la tendresse de l’âme pour l’Hôte divin qui est avec elle.L’intonation paisible ; de même concipiet dont les podatus seront bien posés. Ceux de pariet aussi\, tout le sommet en sera élargi. Le lier étroitement à Filium qui sera à peine retenu afin que l’enthousiasme aille croissant sur et vocabitur. C’est une bivirga qu’il y a sur vo. Retenir quelque peu tur. Beaucoup de grâce et de ferveur sur Emmanuel\, qui sera très ralenti.  \n\nPolyphonies pour l’Avent\nL’hymne Creator alme siderum en alternance grégorien/polyphonie\nL’hymne Creator alme siderum en grégorien\nLes cantiques de l’Avent (CD)\nLes cantiques de l’Avent (Partitions)\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Noël - Nativité du Seigneur
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de ces messes par Dom Baron.\nMESSE DE MINUIT\nINTROÏT\nLE TEXTE\nLe Seigneur m’a dit :Tu es mon Fils ;Moi\, aujourd’hui\, je t’ai engendré.Ps. – Pourquoi ont-elles frémi\, les nations ?Et les peuples\,Pourquoi se sont-ils appliqués à des choses vaines ? Ps. II\, 7\, 1.Le Psaume IIe est exclusivement messianique c’est-à-dire qu’il ne s’applique qu’au Messie. C’est donc bien lui qui parle. Il affirme sa génération divine par une référence directe à la parole du Père qui l’engendre. Le mot « aujourd’hui » doit s’entendre au sens de l’éternel présent dans lequel Dieu vit et produit le Verbe\, comme le mot substantiel en qui s’achève son unique Pensée.Dans le cadre de la liturgie\, cet Introït est comme le premier mot de l’Enfant-Dieu\, le mot par lequel il nous dit à travers la voix de l’Eglise ce qu’il est et d’où il vient. Mais à cette attestation de son éternelle naissance s’en ajoute une autre. Au moment où il vient au monde à Bethléem\, le Christ est en toute vérité\, engendré: il naît du Saint Esprit et de la Vierge Marie. L’Ego hodie s’entend donc ici également de son engendrement charnel\, œuvre de Dieu lui aussi\, et le mot hodie\, tout en gardant son sens d’éternité\, indique le jour précis où il se réalise. D’autre part\, le Christ n’a jamais été sans ses membres. En engendrant le Verbe dans sa pensée unique et éternelle\, le Père\, dans le même acte\, le prédestine à être le Chef et le Sauveur de l’humanité et lui donne tous les hommes de bonne volonté. Ainsi\, en lui\, de toute éternité\, nous avons tous été pensés\, engendrés spirituellement par le père. Quand il est venu sur terre\, il nous portait donc tous dans sa pensée et son amour\, de sorte que\, spirituellement encore\, mais réellement\, nous sommes venus au monde\, en lui\, dans la nuit de Noël ; nous aussi nés de Dieu\, fils de Dieu par prédestination.Enfin cette participation à la vie de Dieu\, cette nouvelle naissance\, devenue effective le jour de notre baptême\, continue tout le temps de notre vie et devient plus pleine avec chaque grâce que nous recevons. Le Christ\, en venant au monde\, nous a apporté précisément cette grâce de vie. La liturgie de Noël nous l’offre à nouveau. Si nous la recevons\, notre engendrement divin se poursuit. Nous devenons un peu plus fils du Père et le mot Hodie génui te prend\, pour nous\, en plus des deux autres\, un sens personnel et actuel. « Moi\, aujourd’hui\, je t’ai engendré ».Lorsque l’Eglise\, dans la nuit de Noël\, chante cette parole mystérieuse\, elle est donc d’abord la voix de l’Enfant-Dieu qui dit au monde sa génération éternelle et sa génération charnelle ; mais\, en même temps\, réalisant que le Christ qui se continue\, elle ne peut pas ne pas chanter sa propre génération dans l’éternelle miséricorde du Père\, dans le mystère de Noël et dans la grâce qui\, au moment même où elle chante\, vient en ses membres et les divinise un peu plus.L’idée du Psaume est tout autre. Le psalmiste dans une vision prophétique considère avec ironie le frémissement de peuples qui en vain s’agitent et complotent contre le Seigneur et son Christ. Cette prophétie était en pleine réalisation au moment où Notre Seigneur naissait. Tout un peuple était en mouvement pour satisfaire l’ambition d’Auguste et la haine d’Hérode était prête à éclater contre le nouveau Roi des Juifs. Elle n’a cessé et ne cessera pas de se réaliser ici ou là dans le monde\, de sorte que ce verset est toujours d’actualité.On notera le contraste qu’il forme avec l’antienne : la génération du Verbe et la nôtre dans le silence de l’éternité\, le silence de la nuit\, le silence des âmes\, et l’agitation vaine du monde haineux\, dans le bruit. La reprise de l’antienne rend le contraste plus frappant encore\, en même temps qu’elle évoque la continuité de la parole génératrice et l’immutabilité de Dieu en dépit de tout. \nLA MÉLODIE\nIl en est peu qui soient aussi simples. Aussi bien c’est un enfant qui parle et\, encore qu’il nous apporte une parole d’éternité\, c’est avec ses moyens humains qu’il nous la livre. L’Eglise\, elle\, qui lui prête sa voix avait à s‘adapter à la foi à son infinie grandeur et à son infinie simplicité. Sans négliger celle-là\, elle a fait celle-ci dominer\, demeurant ainsi dans l’esprit de tout le mystère\, qui est la révélation de l’humanité et de la grâce de notre Dieu Sauveur.Dominus dixit ad me… Quelques notes très simples. Elles ne s’étendent pas ; une quinte\, c’est tout. Elles se balancent légères\, immatérielles\, se mouvant à peine ; comme au-dessus du temps. Elles ne disent pas une joie éclatante\, mais la contemplation infinie du Christ fixée sur la parole du Père\, qu’il entendit dans le sein de Notre-Dame au moment de l’Incarnation et qu’il nous redit dans la paix indicible de son sourire d’enfant.Filius méus es tu… Rien que quelques notes encore\, mais elles prennent un peu plus de mouvement ; elles vont vers méus\, où s’épanouit la joie infinie du Père\, sa tendresse\, son bonheur d’avoir un Fils si pareil à lui-même.Ego hodie génui te… Le balancement de la première phrase revient. Ego a le même motif que Dominus ; aussi bien c’est encore le Seigneur et la même joie et la même tendresse. Hodie s’étend immobile comme l’éternel présent en génui te\, le mot générateur\, s’achève dans une cadence extrêmement gracieuse et tendre. On n’enlèverait rien à la paix heureuse de cette dernière phrase en y voyant une nuance de douce autorité : notez la tristropha sur laquelle se pose la dernière syllabe de Ego et la double note de génui te qui devrait être une bivirga bien appuyée. Cette nuance se retrouve très nette sur le même texte à l’Alleluia et à la Communion.Chanter à mi-voix avec beaucoup de souplesse et dans un bon mouvement plein de vie et de joie.Appuyer la voix sur les punctum qui précèdent les distrophas de dixit afin d’éviter de les faire dures. Le crescendo de Filius méus aura son maximum d’intensité sur l’accent tonique de méus qu’on évitera de heurter.En raison du peu d’étendue de la mélodie\, les ralentis\, à la fin des phrases\, seront très discrets. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nAvec toi (je serai)\, moi\, le Principe\, au jour (où tu auras à exercer) ta puissance ;(Car) de ces splendeurs des saintes relations divines\, (Il faut entendre par là la connaissance que Dieu a de lui-même et dans laquelle il engendre le verbe\, et l’amour du Père pour le Verbe et du Verbe pour le Père\, d’où procède le Saint-Esprit.)de mon sein\, avant a lumière\, je t’ai engendré.Verset. – Il a dit\, le Seigneur\, à mon Seigneur :Assieds-toi à ma droite\,Jusqu’à ce que je mette tes ennemisComme un escabeau sous tes pieds. (Cette interprétation de Principium par le Père\, Principe du Fils s’autorise de Saint Augustin(in Ps. CIX\, P. L. XXVII\, col. 1454) et de Cassiodore (P. L. LXX col. 795)) Ps. CIX\, 3\, 1.Le Psaume CIX est le Psaume du Christ ressuscité. Le Père dit au Fils revenu vers lui dans sa chair glorifiée : Assieds-toi à ma droite ; je suis avec toi au jour de ta puissance\, moi qui t’ai engendré…Dans le cadre liturgique de Noël\, l’interprétation en doit être légèrement modifiée\, d’autant que l’ordre des versets est interverti : le 3e étant ici le 1er et le 1er le 2e. Elle s’établirait bien ainsi. Le Père\, au moment où son Fils revêt les formes les plus humbles de la nature humaine\, lui dit : le jour où ta puissance\, si réduite maintenant en apparence\, aura à s’exercer\, moi\, le Principe de tout\, moi qui t’ai engendré\, je serai avec toi. In die virtutis tuae est donc entendu ici non seulement au sens du jour de la Résurrection et du Jugement dernier\, mais au sens de toutes les circonstances où le Christ aura à manifester sa puissance.Au Verset\, ce n’est plus le Père qui est en scène\, c’est David. Lui aussi est père de l’enfant ; il vient\, à son tour\, chanter\, sur le berceau si pauvre de son descendant\, la prophétie de la glorieuse résurrection\, qu’il a entendu le Seigneur dire à son Seigneur : Assieds-toi à ma droite…Il y a quelque chose d’infiniment grand dans ce chant des deux Pères planant au-dessus du Christ abaissé jusqu’à l’impuissance totale. Comme si\, au moment où il commence sa vie d’abnégation et de souffrance\, ils voulaient\, chacun à sa façon\, le réconforter par la vision de son origine divine et de son triomphe finale. Et quelle émouvante paraphrase de l’Epître ! Saint Paul vient de nous dire d’attendre la bienheureuse espérance et l’avènement de la gloire de Notre Sauveur Jésus-Christ. Le Père\, confirmant cette parole de son autorité\, affirme qu’il sera avec son Fils de toute sa puissance jusqu’à ce que le dernier de ses ennemis soit sous ses pieds.Le rôle des chanteurs peut être conçu de deux façons. Ils peuvent être la voix du Père et du prophète. Ils peuvent être aussi la voix de l’Eglise se redisant à elle-même les paroles prophétiques au moment où elle contemple le mystère de l’Enfant divin dans son abaissement. La première a quelque chose de plus dramatique et cadre mieux avec l’ampleur du mystère qui a pour mesure l’éternité et dont le Père est le premier acteur : Ego hodie… \nLA MÉLODIE\nC’est encore la mélodie type des Graduels du IIe mode. Toutefois\, l’auteur\, saisi sans doute par l’infinie grandeur des paroles\, a voulu donner à la première phrase une forme propre qui s’y adaptât autant que faire se peut. Cette forme originale va du début jusqu’aux derniers neumes de virtutis. Elle se soude là à la mélodie commune. Celle-ci emprunte alors\, pour la seconde phrase\, la formule extensible que nous avons déjà rencontrée dans le Graduel de la Vigile. L’adaptation ainsi réalisée est une des merveilles du répertoire grégorien.L’intonation est toute simple : un mouvement de quarte qui descend sur técum et remonte sur principium\, où il s’étale sur le la jusqu’à la fin du mot. Mais quelle douceur à la fois tendre et forte il donne à la voix du Père : se soulevant\, légère\, sur l’accent de técum\, elle vient se poser sur la dernière syllabe toute chargé de tendresse heureuse – on dirait bien souriante – puis remonte sur principium où elle se nuance d’autorité sur la teneur en la.Alors\, à l’évocation des jours tout proches\, où va se manifester la puissance de son Fils\, la joie du Père s’avive et chante sur les beaux neumes légers et souples de virtutis. La douce tendresse revient un instant dominer autour du si b\, et la phrase s’achève sur tuae dans un caractère de force de plus en plus marqué. C’est une transition à l’idée de la génération éternelle sur laquelle le Père appuie sa promesse et d’où le Christ tient sa puissance divine. « Moi qui\, dans les splendeurs de la sainte Trinité\, t’ai engendré… ».Ce n’est plus le triomphe futur du Christ que le Père chante\, ici\, c’est\, dans l’intimité des divines Personnes\, la génération du Verbe\, qui est sa Vie et sa Béatitude. Affirmation grandiose\, heureuse et fière. Posée avec éclat\, sur le rythme puissant de in splendoribus\, elle s’en va\, emportée par le souffle de l’enthousiasme\, de plus en plus forte\, de plus en plus ardente\, sans que rien la retienne ni l’atténue jusqu’à la cadence triomphale de utero ; et\, de là\, sans s’arrêter\, jusqu’à la fin où elle se nuance seulement d’admiration tendre.Le Verset. – C’est de tendresse encore que Domino méo  se trouve baigné. La tendresse du père selon la chair cette fois\, contemplant Celui vers qui ont monté depuis des siècles tous les désirs de sa race.Transmise par lui\, la voix du Père Eternel chante à nouveau. Aimable et douce sur séde a déxtris méis\, quand elle invite le Christ à siéger sur le trône royal\, elle prend le même accent d’autorité fort que nous lui avons trouvé plus haut sur in splendoribus pour chanter son triomphe final. C’est bien la même volonté puissante qui s’impose et le même accent de joie enthousiaste\, sur donec ponam inimicos tuos\, sur scabéllum\, et jusque sur les salicus de pédum tuorum où tout s’achève dans une grandeur et une noblesse incomparables.L’ictus placé sur la dernière syllabe de técum donnerait au mot son expression… La bivirga de in sera ferme\, de même celle de tuae.Donner de l’éclat à in splendoribus\, in un peu allongé\, la bivirga forte dans une bonne articulation du d. Cette phrase doit être pleine de vie\, de chaleur\, d’enthousiasme.Toujours même fermeté sur les deux notes de ante. Rattacher de très près cette troisième phrase à la précédente.Retenir\, dans le Verset\, les premières notes de méo. Eclat et force sur la bivirga de donec et sur celle de scabéllum. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nLe Seigneur m’a dit :Tu es mon Fils ;Moi\, aujourd’hui\, je t’ai engendré. Ps. II\, 7.C’est celui de l’Introït . Il n’y a rien à ajouter à ce qui a été dit plus haut\, sinon qu’il se présente ici comme une réponse du Christ naissant aux paroles que le Père et le Prophète viennent de lui adresse dans le Graduel. Ils ont dit : « Je serai avec toi\, moi qui t’engendre… Le Seigneur a dit à mon Seigneur : assieds-toi à ma droite…. » Il répond\, par la seule parole qu’il puisse dire le jour de sa Nativité : « Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils … » \nLA MÉLODIE\nC’est celle de l’Alleluia Osténde du Ier Dimanche de l’Avent. Mélodie type ; mais parfaitement adaptée.Elle met sur la première incise une joie simple\, paisible\, aimable\, souriante\, qui est vraiment celle qu’on se plaît à évoquer chez l’Enfant divin qui nous parle. Elle entoure de vénération tendre le nom du Père et va s’épanouir sur ad me en un accent de bonheur intime où passe quelque chose de la Béatitude du Fils bien-aimé.A partir de Filius méus\, c’est le Père qui chante sa joie. Elle nous arrive telle que l’évoque l’Enfant et donc dans la même atmosphère de simplicité\, avec des nuances toutefois qui en font une merveille. Telle cette arsis de Filius où s’exalte le bonheur du Père devant un Fils si semblable à lui-même\, et qui se détend\, baignée de tendresse\, sur la clivis allongée\, le pressus\, les neumes paisibles et souples de tu es. Tel encore\, le bel accent de grandeur\, de noblesse\, d’autorité qui s’élève sur ego ; et\, sur Hodie genui te\, cette béatitude de contemplation dans laquelle le Père chante infiniment son éternelle Paternité et le jour où il a enfin un Fils selon la chair… et tant d’autres en lui.Bien arrondir\, en le retenant légèrement\, le torculus de Dominus. Faire très expressif le pressus de ad me. Filius aura de l’élan ; le torculus sera également retenu quelque peu\, comme le sera aussi toute la thésis.Chanter dans un rythme très souple et très lié la vocalise de Hodie.Ne pas traîner la reprise du chœur. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nQue se réjouissent les cieux\,Et qu’elle exulte la terre\, Devant la face du Seigneur\,Car il vient. Ps. XCV\, 11.Dans le Psaume\, on lit : car il vient juger la terre. Il s’agit donc là de la joie de l’Eglise lors du second avènement.Ici c’est du premier qu’il s’agit ; la suppression des trois derniers mots l’indique clairement. Toutefois\, il semble préférable de garder le verbe au présent. La naissance de Notre Seigneur est en effet tout orientée vers sa venue dans la gloire. Elle en est le premier acte. Il continue de venir\, il ne finira que quand tout aura pris fin sur la terre ; Cette interprétation n’empêche nullement l’Offertoire d’être une très belle réplique du peuple à l’Evangile qui vient d’être lu\, puisqu’il chanter tout aussi bien la joie du première avènement que celle du second. \nLA MÉLODIE\nElle est joyeuse\, incontestablement. La joie est partout\, dans les élans de laeténtur\, dans le balancement souple de caeli\, dans la broderie si fine de exsultet\, dans la montée faciem et dans le motif de quoniam qui\, par sa gracieuse inflexion au grave\, le fait si expressive du bonheur profond de l’âme ; mais c’est une joie discrète\, intérieure\, une joie de contemplation. Elle n’a pas d’éclat. Même quand elle s’élance quelque peu sur térra ou sur faciem\, en même temps elle se retient\, comme si elle n’osait quitter son recueillemente et\, au lieu de s’établir sur la dominante\, pour un nouvel élan\, elle revient vers la tonique…L’âme admire\, elle adore plus qu’elle ne se livre à sa joie\, comme les bergers devant l’Enfant et sa Mère. Notez avec quelle grâce un peu timide mais si simple et si pure\, elle s’exprime sur faciem Domini. La contemplation s’achève sur vénit qui évoque très heureusement la continuité du Christ qui vient\, par la cadence du IVe mode inachevée et si évocatrice du mystère.On maintiendra tout au long un bon mouvement ; pas rapide mais vivant\, avec des crescendos discrets sur les arsis de caeli et de térra.Lier étroitement ces deux phrases musicales en raison du texte. Sur faciem la double note est une bivirga. Bien faire les intervalles de quarte de quoniam. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nDans les splendeurs des saintes relations divines\,De mon sein\, avant la lumière\, je t’ai engendré. Ps. CIX\, 3.C’est une partie du texte du Graduel\, comme on le voit. Le fait qu’il est chanté au moment de la communion permet d’en faire une application plus personnelle à chacun de nous. C’est en effet par l’Eucharistie\, qui met en nous la vie de Dieu\, que se fait notre incorporation au Christ\, que se fait de plus en plus notre engendrement divin : « Comme je vis sur mon Père\, celui qui mange ma chair vivra par moi ». Au moment où nous communions\, se réalise donc un peu plus le dessein de vie divine que Dieu a eu sur nous de toute éternité\, avant que ne fût la lumière – ce qui est notre prédestination ou\, si l’on veut\, notre génération éternelle dans le Christ.Les chanteurs seront ici\, comme dans le Graduel\, ou le Père qui parle\, ou l’Eglise qui se redit à elle-même\, dans une sorte de contemplation\, au moment où elle se réalise dans ses membres\, la parole génératrice. \nLA MÉLODIE\nA la différence de l’Introït si léger\, elle est ample et grandiose. Quelque chose de solennel passe dans le balancement de l’intonation qui rappelle le in splendoribus du Graduel. Les doubles notes sont des bivirgas dans les manuscrits et elles sont allongées ; il faudrait donc les écrire avec un épisème horizontal sur chacune d’elles\, ce qui comporterait un bon appui et une légère répercussion. Cette solennité passe sur utero et va se développer\, dans la joie\, sur luciferum. Beau mouvement qui chante à la fois et l’éternité et l’heure de la naissance du Christ et aussi l’obscurité de la foi dans laquelle nous avons à vivre avant de réaliser dans la lumière de gloire la plénitude de notre être divin. Le rebondissement sur génui te est empreint de la même autorité douce et forte.Cette antienne\, bien qu’elle soit courte\, demande une certaine ampleur. Les signes de ralentissement sont d’ailleurs partout.Retenir légèrement la cadence de luciferum et la première note du second podatus de génui te. \n \nMESSE DU JOUR\nINTROÏT\nLE TEXTE\nUn enfant nous est né et le Fils nous est donné ;Son sceptre et sur son épaule ;Et il sera appelé de son nom Ange du Grand Conseil.Ps. – Chantez au Seigneur un cantique nouveau\, Car il a fait des choses merveilleuses. Isaïe IX\, 16. Ps. XCVII\, 1.Dans ces quelques lignes\, trois états du Christ sont prophétisés : 1° sa naissance et sa forme humano-divine : Puer en effet c’est l’enfant mais Filius\, c’est le Fils de Dieu\, le Verbe ; 2° son règne de conquérant\, sous la forme symbolique du sceptre qu’il porte sur son épaule\, lequel selon toute la tradition est la Croix\, instrument de sa conquête ; 3° son triomphe suprême\, par le nom qui lui sera donné : Ange du grand Conseil. Le Grand Conseil s’entend ici au sens du plan éternel de Dieu sur le monde ; ce que Saint Paul appelle le mystère du Christ récapitulant tout en lui pour la gloire du Père. De ce dessein de la miséricorde divine\, le Christ est l’annonciateur : Angélus. Mais ici la prophétie est au futur\, car ce nom\, il ne le portera en plénitude que le jour où l’annonce qu’il a mission de faire aura été proclamée en tout lieu. Alors\, ayant conduit à bien l’œuvre de Dieu\, il en recueillera la gloire\, avec le titre qui le consacrera à jamais.Au sens liturgique\, ce n’est pas le prophète qui parle\, c’est l’Eglise qui chante sa joie sur les paroles de la prophétie. Après avoir été pour elle les mots de la confiance si souvent redits\, celles-ci viennent tout naturellement sur ses lèvres pour célébrer ce qu’elles prédisaient. D’autant que le prophète\, pour qui elles étaient au moment de sa vision une vivante réalité\, les a écrites au présent. Pas un mot n’est donc à modifier\, tout est exact ; l’Enfant est né\, le Fils est donné. Sur son épaule est son sceptre ; il n’a pas encore toute sa forme\, c’est vrai\, mais tout ce que le petit enfant qui est là\, dans la mangeoire de l’étable\, souffre dans sa chair\, c’est déjà la Croix par laquelle il conquiert le monde et commence de régner. Enfin ce jour où son Nom de victoire lui sera donné\, on le voit déjà poindre\, car aujourd’hui les anges ont chanté qu’un Sauveur nous est né\, en qui le Père trouve sa gloire\, et la terre\, la paix. (Tel est le caractère de toute la Messe du jour. Elle ne célèbre pas seulement la naissance du Christ mais son règne et son triomphe suprême.)Dans le Psaume\, l’Eglise invite le monde à chanter un cantique nouveau au Seigneur\, car vraiment il fait des merveilles. \nLA MÉLODIE\nLa première phrase chante l’Enfant qui vient de naître : elle n’est que joie. Une joie bien différente de celle qui nous remplissait l’âme durant la nuit. Celle-là c’était celle du Christ et de son Père : une joie d’éternité\, tout intérieure\, et qui même en nous\, prenait des résonances d’éternelle paix ; celle-ci\, c’est celle de l’Eglise\, c’est la nôtre et\, tout en demeurant dans les profondeurs de notre âme\, il faut qu’elle s’extériorise.Sur Puer natus est\, elle déborde\, elle éclate\, sans perdre d’ailleurs sa simplicité\, il y a en elle toute la spontanéité et tout l’empressement des heureuses nouvelles que l’on dit autour de soi. Elle se pénètre toutefois d’un peu de gravité dans la seconde incise : le mystère est là\, le mystère du Fils qui nous est donné. Il y a dans la courbe descendante de Filius une tendresse qui vénère et qui adore\, et l’on sait tout ce que l’on chante sur le pressus de datus est.La seconde phrase revêt\, sur impérium\, une ampleur majestueuse ; aussi bien\, il ne s’agit plus de l’Enfant mais du Roi. Sur humerum éjus\, à l’évocation de la Croix qui pèse déjà sur les épaules du Nouveau-né\, la mélodie s’alourdit et se nuance de tristesse ; notez la clivis allongée\, et la tristropha\, et la cadence finale nettement établie en la mineur.La joie revient\, sans ombre\, sur la troisième phrase\, avec un bel accent d’autorité sur vocabitur nomen éjus. Il y a bien sur ce dernier mot la même cadence en la\, mais\, n’étant ici qu’une cadence d’incise\, l’impression mineure est tout de suite détruite par les intervalles majeurs de magni consilii qui donnent à toute la finale\, par leur étendue\, le caractère de solennelle grandeur qui convient au Christ glorieux de la fin des temps.Il va de soi qu’il faut chanter cet Introït dans un mouvement allègre. Il ne s’agit pas de rapidité ; ce qu’il faut\, c’est que passe l’élan de vie et de joie.Bien lancer l’accent de natus est\, la voix se posant doucement sur la tristropha et s’en allant en un léger crescendo vers nobis.Un peu d’ampleur à impérium\, en marquant bien la première note de la seconde clivis. Ce n’est qu’à partir de l’épisème horizontal de humerum que l’idée de la croix aura son influence ; la tristropha\, douce. Le ralenti sur éjus sera léger ; assez marqué toutefois pour permettre un a tempo sur et vocabitur\, qui est une idée nouvelle ; les tristrophas légères et renforcées vers l’accent qui suit.Sur éjus\, dans la troisième phrase\, peu de ralenti ; le rattacher au contraire étroitement à magni consilii\, dont la première note sera légèrement élargie\, comme toute l’incise d’ailleurs.Le Psaume sera dans le mouvement ; bien articulé\, bien accentué\, avec l’ardeur entrainante qui convient à une telle invitation. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nIls ont vu\, tous les confins de la terre\, Le Salutaire de Notre Dieu.Dites donc votre joie à Dieu\, toute la terre.Verset. – Il a fait connaître\, le Seigneur\, son Salutaire.Devant la face des nations\, il a révélé sa justice. Ps. XCVII\, 3\, 2.Le Psaume XCVII a trait à la délivrance du peuple de Dieu de la servitude d’Egypte. En fait\, cette délivrance ayant été la figure de la Rédemption\, ce sont les merveilles de la Rédemption qu’il prophétise\, et\, comme ces merveilles n’auront leur plénitude que lors de l’avènement de Gloire\, il n’a toute sa signification que si on l’entend dans le sens de cet avènement suprême.Chantés au jour de Noël\, ces deux versets gardent évidemment tout leur sens prophétique. Au moment où le Christ naissait\, ce qu’ils annoncent n’était pas arrivé ; loin de là. Toutefois\, il faut bien le noter\, à mesure que l’œuvre de la Rédemption se fait\, ce qu’ils prophétisent devient de plus en plus une réalité. C’est bien vrai qu’aujourd’hui toute la terre a vu le salut et qu’en faisant connaître le Christ\, Dieu a révélé sa justice\, en ce sens qu’il a donné ce qu’il avait promis.Il faut donc que les chanteurs\, tout en remplissant le rôle du prophète\, aient à l’esprit ce sens de prophétie réalisée qui fait ce Graduel si actuel et qui le revêt d’un accent si particulier de joie éclatante et déjà triomphale. Ils seront ainsi la voix de l’Eglise chantant sur le berceau de l’Enfant les merveilles jadis prédites\, aujourd’hui réalisées en partie\, et qui le seront pleinement quand le temps leur aura permis de l’être.Chantés dans cet esprit il sera une très belle paraphrase de l’Epître. Dans ces quelques lignes aux Hébreux\, Saint Paul a ramassé\, dans une splendeur d’expression incomparable\, toute l’œuvre du Fils de Dieu\, jusqu’au jour où ayant roulé le ciel et la terre comme un manteau\, il les changera en éternité\, demeurant\, lui. Celui qui ne change pas. A cette parole\, l’Eglise réplique en chantant la joie de la terre qui a vu le Salutaire et qui le verra éternellement comme la pleine révélation de l’infinie puissance et de l’infinie justice de Dieu. \nLA MÉLODIE\n– Vidérunt omnes fines terrae salutare Déi nostri. Jubilate Déo omnis terra.Deux mots la caractérisent : joie enthousiaste. Cette joie est très nette dès le début\, dans le magnifique élan de l’intonation qui l’emporte du fa au mi et où passe en un souffle de gloire la fierté de l’Eglise chantant les nobles conquêtes de son Chef. Pas un instant elle ne s’atténue dans la suite. Elle enveloppe fines terrae de longs neumes qui symbolisent peut-être l’étendue du monde\, mais qui affirment surtout\, avec force\, l’étendue et la grandeur du triomphe. Après une nuance de vénération sur salutare\, elle revêt sur Déi nostri tout son éclat\, à l’évocation du mystère d’infinie miséricorde contenu dans ces trois mots.Dans la seconde phrase\, la mélodie suit l’idée et se fait impérative sur jubilate. Mais la joie ne tarde pas à dominer de nouveau. Pleine de tendre respect sur Déo\, elle reprend son bel enthousiasme sur omnis térra et le grade tout le long de la formule finale\, ponctuée par les salicus et le pressus\, qui lui donnent un si beau caractère de grandeur forte et noble.Le Verset. – Notum fécit Dominus salutare suum : ante conspéctum géntium revelavit justitiam suam.C’est la même joie triomphale. Elle part d’un bel élan sur notum fécit ; mais au lieu de le poursuivre\, elle s’arrête sur Dominus en une sorte de contemplation pleine de tendresse. L’âme a trouvé le nom du Seigneur\, à qui elle a tout à dire\, en pareil jour. Elle s’y complaît\, répétant sa louange et son amour sur des motifs aimables et doux jusqu’à ce que\, s’excitant peu à peu\, elle laisse enfin monter l’ardeur de sa joie dans une envolée brillante qui rappelle celle de Déi nostri.La seconde phrase n’a pas cette nuance de vénération. Aucun mot dans le texte ne la demande d’ailleurs. L’élan de l’intonation porte tout de suite au sommet le mot géntium. La formule est celle qui achève le mot Dominus dans la première phrase : enthousiaste\, avec la même note de fierté heureuse. La mélodie ensuite s’en va par une gracieuse descente empreinte de joie profonde vers la formule finale. Cette formule qui ne se retrouve qu’une autre fois\, au Graduel de l’Assomption de Notre-Dame\, semble bien avoir été faite pour ce Graduel de Noël\, qui est le plus ancien des deux. Elle a très peu d’élan. Ce n’est pas que la joie en soit absente\, mais celle-ci est discrète\, empreinte même d’une certaine gravité\, comme une joie de reconnaissance personnelle qui ne se dit que dans le secret de l’âme. Aussi bien est-ce dans l’intime du cœur qu’elle se révèle pour chacun\, cette justice de Dieu.Chanter dans un mouvement assez vif et avec éclat.Que l’intonation soit légère. La première note du podatus de omnes bien posée\, mais dans le mouvement. La tristropha légère et allant en crescendo vers le climacus qui ne sera pas du tout retenu. Les pressus de térrae bien appuyés ; pas de ralenti. Le porrectus de salutare un peu élargi.A tempo\, sur jubilate ; l’accent bien lancé. Enthousiasme sur omnis. Les salicus de térra appuyés\, la répercussion bien faite sur le do\, et la cadence peu ralenti.Le début du Verset bien balancé. Dans la dernière incise de Dominus\, mener le crescendo de fin\, le concentrer sur la bivirga et la note qui précède le quilisma\, et faire le sommet léger. Les quatre dernières notes retenues. Rattacher Salutare à Dominus.Bien que l’écriture de géntium soit différente de celle du dernier motif de Dominus\, l’interprétation est la même. Ralentir les dernières notes de conspéctum et de géntium.N’élargir que le dernier motif de la finale. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nUn jour saint a lui sur nous.Venez nations et adorez le Seigneur.Car\, aujourd’hui descend une grande lumière sur la terre.Ces paroles ne sont pas dans l’Ecriture. Tout au plus pourrait-on y voir une allusion au passage d’Isaïe chanté dans la première leçon des matines: «Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu un grande lumière ».Cette grande lumière que chante l’Eglise\, c’est d’abord la clarté qui environnait l’ange quand il apparut aux bergers ; mais par delà\, il va de soi\, c’est la parole de Dieu se révélant à nous à travers son Fils\, comme Saint Paul vient de nous le dire dans l’Epître ; c’est enfin le Christ\, lumière qui a lui dans les ténèbres\, comme va nous le dire Saint Jean dans l’Evangile. \nLA MÉLODIE\nC’est une mélodie type qu’on rencontre très souvent aux environs de Noël (Messe du jour\, Saint Etienne\, Saint Jean\, Saint Sylvestre\, Epiphanie. Dans le mois de Janvier : Chaire de Saint Pierre\, Conversion de Saint Paul\, Saints Fabien et Sébastien. – Nativité de Saint Jean-Baptiste qui s’apparente de si près à Noël\, Fête de Saint Pierre et Saint Paul qui primitivement se célébrait\, en dehors de Rome\, le 28 Décembre.) ; si bien qu’on l’appelait natalitia : un noël. Elle a de particulier que chacune des phrase a la forme d’un verset de psaume : une intonation\, une teneur avec une médiante\, une cadence finale.L’intonation et la cadence sont plus ou moins développées.A cause de la teneur qui n’est qu’un récitatif\, cette disposition ne semble pas\, de prime abord\, favoriser l’expression ; en fait non seulement elle ne lui nuit pas\, mais elle la sert fort bien\, car\, avec les intonations et les cadences\, coïncident les mots importants du texte\, de sorte qu’ils se trouvent revêtus de motifs ornés qui les mettent très en relief.C’est ainsi que\, dans la première phrase\, la montée pleine d’élan sur Dies est tout à fait dans le ton de joie empressée et en même temps pleine d’admiration qui est celui de Noël\, tandis que la cadence longuement développée de nobis donne à l’âme le loisir de dire au Seigneur\, en une contemplation paisible\, la reconnaissance de toute l’Eglise dont elle est la voix. Détail curieux ; les derniers neumes qui la font s’achever en do sont les mêmes qui dans le verset du Graduel faisaient finir l’incise revelavit en fa ; Revelavit… Illuxit : lumière. L’invitation de la seconde phrase se courbe comme une prostration ; elle adore. Elle se fait quelque peu pressante au cours de la teneur\, mais ne s’attarde plus ni sur adorate\, ni sur Dominum.La troisième phrase est une reprise de la première : hodie répond à dies ; même mot\, même motif\, même joie bien à sa place. Lux magna remplace illuxit nobis\, même idée\, même motif\, même expression.C’est à la reprise du chœur sur super térram que la joie atteint son plus grand éclat. Superbe conclusion : la mélodie qui s’est élevée jusqu’aux limites du mode\, s’élargit\, déploie toute sa puissance\, se revêt de grandeur pour célébrer le mystère de lumière qui va non seulement éclairer les âmes mais illuminer le monde.L’Alleluia\, par son élan hardi\, a tout à fait l’allure d’une acclamation. Il faut la lui garder tout au long du jubilus.Rattacher étroitement sanctificatus à Dies et illuxit à nobis.Ne pas faire de crescendo sur les pressus de venite. Il n’a aucune raison d’être. C’est sur la double note de fa – une bivirga – qu’il se fera ; il se détendra sur la tristropha qui suit ; celle-ci ira\, en progression vers l’accent tonique.La double note de super est une bivirga\, de même celle du sommet de térram. La descente finale\, très ralentie. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nA toi sont les cieux et à toi est la terre.Le Globe de la terre et ce qui le remplit\, c’est toi qui l’as fait.La justice et le jugement droit sont la base de ton trône. Ps. LXXXVIII\, 12\, 15.Dans le Psaume\, ces deux versets sont une louange directe à Dieu\, dans laquelle le peuple lui dit que tout est à lui\, parce que c’est lui qui a tout fait et qu’il est la Justice même. Le second évidemment doit s’entendre au sens figuré. Nous dirions aujourd’hui : la justice et la sagesse sont la politique de ton gouvernement.Au sens liturgique\, c’est une paraphrase très heureuse des deux lectures qui viennent d’être faites. Dans l’Epître\, saint Paul disait\, citant lui aussi les psaumes : « Tu as créé la terre dès le commencement\, et le Ciel est l’œuvre de tes mains… le sceptre de l’équité est le sceptre de ton empire ». Et saint Jean à son tour dans l’Evangile : « Tout a été fait par lui… Nous l’avons vu plein de vérité. » L’Eglise\, pleine de ces idées\, s’adresse au Verbe fait chair et proclame à la fois son absolu domaine sur toutes choses et sa sagesse infinie. Elle fait plus ; par les mots mêmes qu’elle chante\, elle donne au geste de l’offrande son sens de sacrifice : Prends… tout est à toi\, à toi qui es la sagesse et l’équité\, et qui rendras dans la mesure où l’on te donne\, et cent fois plus encore. (Une autre interprétation du texte est possible\, plus en accord peut-être avec l’Epître où c’est le Père qui dit au Fils : C’est toi qui as fait tout… ton sceptre est un sceptre d’équité. Ce serait alors le Père qui\, ici encore\, s’adresserait au Verbe fait chair\, ou l’Eglise qui se redirait les paroles du Père et en ferait comme le thème de sa contemplation et de sa joie intérieure…) \nLA MÉLODIE\nElle est en contraste avec toutes les autres pièces de la messe. Elle se tient dans le grave\, se développe très peu ; à part une note d’échappée\, à la fin de la seconde phrase\, sur tu fundasti\, elle ne dépasse pas la quinte ré-la ; enfin elle est écrit dans le IVe mode\, qui est le mode mystique.Ce n’est pas une louange qui éclate\, c’est une contemplation ; comme une parole intérieure dite dans l’intimité\, et qui ne s’extériorise qu’autant qu’il est nécessaire\, pour exprimer l’admiration et la tendresse dont elle est pénétrée.Dans la première phrase\, après avoir souligné caeli de quelques neumes discrets\, le mouvement va vers tua est térra\, où il s’épanouit dans la joie croissante des rythmes ternaires qui vont s’achever sur la cadence de mi en une nuance délicate de tendresse. Joie et tendresse de l’Eglise\, heureuse de chanter pour son propre compte à l’Enfant divin les paroles inspirées et\, à travers elles\, de lui offrir tout ce qu’il dépend d’elle de lui donner.La seconde phrase est l’affirmation de la puissance créatrice du Verbe\, du petit Enfant qui est là. A travers la paix de la contemplation\, quelques nuances ici et là l’évoquent : le salicus de orbem\, la tristropha de terrarum\, les notes doubles et répercutées de éjus\, et surtout l’élan de tu fundasti si plein de noblesse et de force et où passe par la voix de l’Eglise la joie et la reconnaissance de tout le monde créé.Il y a un peu plus de mouvement dans la troisième phrase. La mélodie établie pour un instant au moins sur la dominante\, prendre de l’ampleur. En même temps\, elle s’attarde davantage sur les mots\, sur tous les mots. L’âme a tant à dire de cette justice et de cette sagesse divines qui commencent à s’exercer aujourd’hui sur la terre\, dont elle fait son profit chaque jour et dont elle voit se profiler dans les siècles l’éternel triomphe.Il ne faut chanter cet Offertoire ni vite\, ni fort\, mais entretenir toujours le mouvement et mettre\, partout où elles sont indiquées\, les nuances d’intensité ; de sorte qu’on sente partout la vie et la ferveur.Elargir les trois premiers climacus de est térra : pas le dernier ; telle est la nuance des manuscrits.Faire bien douce la tristropha de terrarum et les distrophas de éjus\, qui préparent les délicates répercussions qui suivent. Ne pas brusquer le salicus de fundasti. Que toute cette incise soit très liée et le crescendo préparé à partir des dernières notes de éjus. Ralentir la thésis de judicium. Bien marquer le premier podatus de praeparatio. Moduler avec beaucoup de douceur la dernière incise toute adorante. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nIls ont vu\, tous les confins de la terre\,Le Salutaire de notre Dieu. Ps. XCVII\, 3.C’est la première phrase du Graduel. L’Eglise la chante ici dans la joie de la voir se réaliser sous ses yeux\, car c’est dans l’Eucharistie que le Salutaire de Dieu\, le Christ\, est vu\, saisi et porté par l’Eglise aux confins de la terre. \nLA MÉLODIE\nElle est plus contenue que celle du Graduel. La première incise est même très recueillie\, ce qui s’accorde parfaitement avec l’atmosphère de réflexion grave dans laquelle l’Eglise redit les paroles prophétiques\, mais\, tout de suite\, un très beau mouvement de joie monte et s’épanouit sur fines térrae\, chantant déjà le Christ partout répandu et évoquant le jour où il sera tout en tous.La seconde phrase est celle de la Communion de la Vigile\, elle ne revêt ici aucune expression particulière.Chanter d’un seul mouvement toute la pièce\, sans aucun ralenti à salutare. Partitions \n\nPolyphonies pour Noël\n\nEcoutes de pièces  \n\nNoëls anciens et populaires\nRistori – Vivaldi : Messe de la nativité\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Dimanche dans l'Octave de la Nativité
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTE\nPendant que le silence de minuit enveloppait tout\,Et que la nuit dans sa course était au milieu de son chemin\,Ta toute puissante parole\, Seigneur\,Du haut des Cieux\, du haut des demeures royales\,Est venue.Ps. – Le Seigneur règne\, de beauté il est revêtu\,Il est revêtu de force et il a mis son armure. Sap. XVIII\, 14\, 15. Ps. XCII\, 11.Dans le livre de la Sagesse\, ces paroles ont trait à la dixième plaie d’Egypte\, à l’Ange messager de la parole divine qui passa au milieu de la nuit et tua\, dans le silence\, le premier-né de toutes les familles égyptiennes\, permettant ainsi la délivrance du peuple. Ici elles sont appliquées au verbe fait chair\, Parole substantielle de Dieu. Lui aussi\, au milieu de la nuit\, dans le silence de toute chose\, vient sur terre. Son passage durera jusqu’à la fin du monde. Il s’achèvera par la délivrance de ceux qui\, ayant cru en lui\, auront été marqués de son sang par l’éternelle mort de ceux qui n’auront pas voulu l’entendre.Sur les lèvres de l’Eglise\, cet Introït revêt la forme d’une sorte de contemplation. Penchée sur le mystère de Noël\, sur le mystère du Christ qui commence\, elle voit\, dans le passé\, l’événement qui en fut la figure et\, remplie de la lumière de l’Ecriture\, elle fait monter vers Dieu la parole inspirée comme un hommage de sa foi et de sa reconnaissance. \nLA MÉLODIE\nIl y a une différence assez marquée entre les deux premières phrases et les deux dernières. Tout le début\, jusqu’à omnipotens est traité avec une grande simplicité. Ce sont les formules communes du VIIIe mode qui se suivent en une sorte de récitatif orné. Aussi bien l’Eglise dans ces deux lignes\, encore qu’elle s’adresse déjà à Dieu\, ne fait qu’évoquer le moment où sa Parole toute puissante vint sur terre. Un beau mouvement conduit l’idée jusqu’à la fin de la seconde phrase\, soulignant les mots qui ont un sens particulier : siléntium\, dont le si b ramène la mélodie en fa\, lui coupant son envol vers la dominante et lui donnant comme une discrétion de voix étouffée ; tenérent omnia qui reçoit l’ampleur coutumière quand il s’agit de l’universalité des choses ; cursu et iter qui indiquent le moment exact de l’événement.La seconde partie est tout autre. C’est le mystère qui est relaté. La mélodie descend et se revêt de gravité. Deux salicus soulignant omnipotens et tuus préparent le motif de Domine\, intime comme celui de siléntium qu’il reproduit et tout pénétré d’une humble révérence. Elle se relève au cours de la dernière phrase et prend de l’éclat\, voire une certaine solennité sur a regalibus sédibus qui évoque les royales splendeurs de l’éternité.La première phrase sera chantée souple et légère\, d’un seul mouvement qui s’épanouira sur la tristropha épisématique de omnia en un crescendo discret. La note qui précède le torculus de tenérent est une virga\, elle a l’ictus et forme un groupe de quatre notes avec le torculus.Même légèreté pour la seconde phrase. La double note de cursu et celle de iter sont des bivirgas.Les deux premières phrases pourront avoir un peu plus d’ampleur. Bien marquer la première note des podatus de caélis. Les deux doubles notes de sédibus bien appuyées.De l’ardeur et de la fierté dans le Psaume. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nTu es riche en beautéPlus que tous les enfants des hommes.Elle est répandue\, la grâce\, sur tes lèvres.Verset. – Il a chanté\, mon cœur\, un chant merveilleux.Je vais dire moi-même mon œuvre au Roi.Ma langue est comme le stylet du ScribeQui\, à toute allure\, écrit. Ps. XLIV\, 2\, 1.Le Psaume XLIV est un cantique nuptial dans lequel l’époux et l’épousent se louent tour à tour. Etant exclusivement messianique\, il ne s’entend que du Christ et de l’Eglise. Ces deux versets qui constituent le Graduel sont le début du chant de l’épouse.La liturgie n’y ajoute rien sinon qu’elle les fait plus actuels. Après la lecture de l’Epître où Saint Paul nous a rappelé que nous sommes fils d’adoption\, précisément parce que le Christ nous a faits un avec lui dans l’Incarnation\, nous a rachetés dans la Rédemption\, nous fait de plus en plus semblables à lui par son Esprit – ce qui est à proprement parler des épousailles spirituelles puisque c’est dans le don mutuel de nos deux êtres que cette union se réalise – l’Eglise sent son cœur bondir d’amour et sa langue impatiente de chanter tout le charme de Celui dont elle est aimée et qu’elle aime au delà de tout ce qui se peut dire.Pour saisir toute l’expression de ce Graduel et en rendre les nuances si délicates et si profondes\, il faut bien comprendre cette ardeur d’amour\, il faudrait pouvoir l’expérimenter. On n’y arrivera qu’en réalisant que nous sommes l’Eglise\, l’Epouse du Christ – car en toute vérité il nous a épousés dans le Baptême et l’Eucharistie\, en nous faisant un avec lui. Si nous avons ainsi conscience que le Christ se livre à nous à tout instant\, dans un amour qui met à notre disposition la toute-puissance de son être divin\, le charme de sa beauté et les infinies délicatesses de son cœur\, alors notre chant sera vraiment ce que l‘auteur l‘a voulu : la réponse d’amour de l’Epouse à l’Epoux. \nLA MÉLODIE\nOn la trouve deux autres fois au cours de l’année ; le Mardi de la IVe semaine de Carême (Graduel Exsurge) et le 1er Juillet pour la fête du Précieux Sang (Graduel Hic est). C’est donc une mélodie type du IIIe mode.Elle a de particulier que la première partie et le Verset ont la même forme. Une première phrase se développant dans la région supérieure du mode entre sol et mi et s’achevant en la par le même motif sur hominum et bonum. (Dans le Verset\, cette phrase est doublée). Une seconde phrase se développant dans le grave et s’achevant en mi\, elle aussi par le même motif\, sur tuis et scribéntis.Le Graduel se présente ainsi comme un poème de deux strophes à rimes communes.Il en résulte une parfaite unité et un grand charme musical. La puissance d’expression a pu s’en trouver réduite\, certains mots étant contraints de se servir d’une formule toute faite\, mais l’habileté du compositeur a su presque partout éviter cet écueil par d’heureuses variations de détail.C’est une mélodie à la fois ardente et grave. Tel est aussi l’amour divin.La première partie commence par un mouvement plein d’ardeur qui s’épanouit à loisir sur forma. C’est le mot de la phrase\, le mot qui dit la beauté extérieure de l’Epoux. L’Eglise s’y complaît d’abord en une sorte de contemplation où elle admire – notez les distrophas répétées ; puis\, peu à peu\, elle s’exalte en un mouvement qui monte et s’élargit à la mesure de ce qu’elle voit\, de ce qu’elle voudrait dire\, sans arriver à le dire. Elle se pose ainsi\, comme impuissante\, en une cadence de demi-ton et repart sur prae filiis se contentant d’une formule commune qui la conduit à la rime musicale où elle achève son complément par un motif qui\, faute d’avoir l’impossible plénitude\, a tout au moins la grâce et la délicatesse de l’amour.La seconde phrase\, elle\, se développe dans le grave. Ce n’est plus la beauté extérieure qu’elle chante\, c’est celle de l’âme s’épanouissant dans la grâce des paroles d’amour.C’est autrement intime et mystérieux. La mélodie se fait discrète ; elle ne dépasse guère la dominante. Elle est encore ardente – notez la distropha de diffusa – mais elle ne chante plus que pour l’Epoux ; nul autre ne saurait comprendre ce qu’elle a à dire. Ainsi faut-il interpréter toute la phrase. Depuis l’admirable formule descendante de diffusa est tout imprégnée de mystère\, jusqu’aux balancements si délicats des petits motifs binaires de tuis\, jusqu’aux pressus répétés de la dernière incise tout est baigné d’admiration et d’amour intime… et tout s’achève\, ou demeure inachevé\, dans la cadence finale en mi\, mystérieuse et grave comme l’amour.Le Verset. – L’idée est nouvelle ; l’Epouse annonce que\, de son cœur\, a jailli un chant et qu’elle va le chanter à son Roi.La mélodie\, comme le poème\, jaillit débordante d’ardeur joyeuse sur Eructavit. Elle prend juste le temps de poser le mot et\, sur le même motif repris à la tierce supérieure\, conduit la joie dans une admirable progression jusqu’à l’accent de méum où elle éclate. Elle se détend ensuite tout à loisir sur des rythmes tranquilles qui la prolongent en accents de délicate tendresse\, rebondit un instant sur vérbum et devient tout intime et gracieuse sur la rime musicale retrouvée.Même expression dans la deuxième phrase. Elle est moins poussée\, mais les nuances sont les mêmes.La conclusion\, c’est l’impatience de la langue qui s’agite ; La gravité de la phrase qui allait si bien à diffusa est dans la première partie a-t-elle ici sa raison d’être ? C’est peut-être autre chose que le texte demande. Il reste que nous sommes maintenus dans l’atmosphère profonde et mystérieuse de l’union divine\, où il  ne s’agit ni de parler ni d’écrire mais\, dans le silence\, de contempler et d’aimer.L’attaque de forma demande une grande délicatesse ; ces deux distrophas légères seront en mouvement vers la note pointée\, commençant le crescendo qui sera mené sans effort ni éclat jusqu’au quart de barre. A la demi-barre\, pas de ralenti. Toute la phrase très souple\, avec le souffle ardent et discret de l’amour agissant partout et qu’on doit sentir ; Bien lier la rime musicale de hominum. Ralentir très peu cette fin de phrase qui doit être toutefois très gracieuse.Toute la descente de diffusa retenue\, après qu’on aura renforcé doucement la voix sur la distropha. Il y a là une admirable expression de tendresse grave. Après le dernier quart de barre\, bien appuyer la bivirga en un bel accent de ferveur.Bien balancer le rythme de la formule finale qui demande beaucoup de soin à cause de la finesse des détails.Au Verset\, départ a tempo sur Eructavit. Ferveur intense. Le crescendo bien mené jusqu’à méum qui aura l’accent très lancé et fort. Y relier vérbum de très près.Ego dans la phrase suivante sera très marqué ; ce sont deux virgas épisématiques ;  l’Epouse se désigne nommément et il va de soi que toute l’ardeur de son amour y passe : « Je dirai moi-même »…La double note de scri dans scribéntis est une bivirga épisématique. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nLe Seigneur a régné ; de splendeur il s’est revêtu.Il a revêtu\, le Seigneur\, la force.Et il s’est entouré de puissance. Ps. XCII\, 1.Le Psaume XCII est une louange à Dieu qui a manifesté\, dans la création du monde\, sa sagesse et sa puissance\, comme le fait un roi dans son royaume.Dans la liturgie de Noël\, il est un hommage au Christ qui commence son règne. A ne considérer que l’extérieur du mystère\, on ne voit pas que le petit enfant qui vient de naître en de si pauvres conditions soit revêtu de puissance\, mais l’Eglise va plus loin que ce qui se voit des yeux ; c’est le Verbe fait chair à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre\, le Roi universel des siècles\, le Christ\, pour qui et par qui tout a été fait\, qu’elle chante. Elle sait bien qu’il est le plus beau des enfants des hommes\, speciosus forma\, et que c’est à lui qu’il sera dit un jour par des milliards et des milliards d’élus qu’il a été digne de recevoir la vertu\, la divinité\, la sagesse\, la force\, l’honneur\, la gloire\, la bénédiction.Au fond\, l’idée est la même que celle du Graduel. C’est une autre strophe du cantique de l’Epouse. \nLA MÉLODIE\nElle est construite sur quelques notes fondamentales arrangées en deux petits motifs habilement répétés tout au long des deux phrases avec de délicates variations de détail.On les trouve l’un près de l’autre dans l’Alleluia.Ils apparaissent à nouveau réunis au début du Verset sur Dominus. Trois notes plus loin\, on retrouve le second sur regnavit pour finir l’incise ; à nouveau sur decorem\, un ton plus haut\, cette fois ; enfin à la cadence de induit.Le premier motif apparaît dès le début de la seconde phrase et se prolonge sur Dominus. A la fin\, sur virtute\, le second est développé en cadence finale.Il en résulte pour l’ensemble une joie à la fois très simple et extrêmement riche. Il semble que l’âme ait tant à dire sur chaque mot qu’elle ne peut le quitter. Encore que ce soit à peu près la même chose qu’elle dise sur chacun\, elle les conduit tous\, dans une progression ardente\, vers ceux qui sont la source de sa joie parce qu’ils disent la beauté et la force de l’Epoux : decorem\, fortitudinem\, virtute.Bien qu’il s’apparente d’assez près au Graduel par l’idée et même par la forme – car c’est encore le motif de vérbum et de méa dans le Verset\, qu’on retrouve sur decorem – il a un caractère de joie plus légère. Il ne faut pas le chanter trop lentement.Le seul mot qui est élargi dans les manuscrits est Dominus au début de la seconde phrase. Fortitudinem au sommet est léger ; ce n’est pas la force du Seigneur qu’on chante mais la joie d’avoir\, en lui\, la force de Dieu à notre disposition.La double note de Alleluia et de induit\, dans la seconde phrase du verset\, sont des bivirgas. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nDieu a affermi le globe de la terre qui ne sera pas ébranlé.Elle a été préparée pour être ton trône\, ô Dieu\, dès alors.Toi\, depuis avant le siècle\, tu es. Ps. XCII\, 2\, 3.C’est une louange à Dieu qui a créé le monde. Au Verbe donc\, car c’est par le Verbe que s’est faite la création. Au Christ donc qui est le Verbe fait chair\, « Image du Dieu invisible par qui et en qui tout a été créé » (Coloss. I\, 16.). L’auteur énonce d’abord le fait de la création de la terre\, puis\, s’adressant au Christ\, il le félicite de s’être fait un trône de son œuvre. Ce qui est rigoureusement exact car si Dieu n’a de trône que lui-même dans son immensité de Christ\, en tant que Roi du Monde\, s’est fait de la terre comme un siège royal\, où il commence de régner dès sa naissance\, d’où il étend son règne jour après jour et où il régnera\, dans une absolue domination\, éternellement\, après lui avoir donné sa forme nouvelle.Chanté au temps de Noël\, cet Offertoire est un émouvant hommage du monde à l’acte créateur de l’Enfant-Dieu. \nLA MÉLODIE\nLes intervalles larges et pleins du VIIIe mode donnent  à toute la première phrase un caractère à la fois de bonheur et de majestueuse grandeur. C’est vraiment un hommage solennel qui vient du cœur. Par les distrophas et les répercussions\, sur orbem térrae\, l’immensité de la terre est évoquée ; sur non commovébitur\, c’est l’affirmation d’une volonté forte\, la volonté divine\, qui fixe le monde. Les cadences sur fa et sur sol solidement posées\, mettent d’ailleurs partout cette impression de puissance paisible et sûre d’elle-même.La seconde phrase\, qui s’adresse à Dieu directement\, a plus de vie. Elle commence par une attaque sans préparation sur la dominante qui est tout à fait dans le style direct. Le mot sédes\, tout étendu\, évoque le trône royal que sont la terre et les mondes. Deux épisèmes horizontaux soulignent les clivis de tua\, qui se rapporte à l’Enfant divin ; le mouvement thétique de cette incise se trouve ainsi revêtu de tendresse qui se prolonge sur Déus où elle prend\, au contact du fa et du si bécarre\, une nuance de simplicité délicate. Les deux torculus de ex tunc sont très ralentis ; ils contribuent à mettre en un relief encore plus marqué ces deux mots déjà en rejet\, qui ont dans le texte une importance considérable. Il y a deux façons de les interpréter. Littéralement il faut les traduire par : depuis lors ; ce qui fait entendre que\, dès la création\, la terre a été destinée à être le trône du Christ. On peut aussi traduire par : à partir de maintenant. C’est moins exact ; c’est peut-être plus près de la liturgie\, car la terre\, prédestinée depuis l’origine à être le Royaume du Christ\, ne le devient effectivement que le jour où il y descend (C’est l’interprétation de Saint Augustin P. L . XXXVII col. 1187). Rien n’empêche qu’on ne réunisse les deux idées ; le mot aura alors tout son sens et les torculus allongés toute leur valeur d’expression.Même majesté\, accentuée encore\, dans la troisième phrase. Le salicus de tu met sur ce pronom un accent de foi qui se développe et s’achève dans la certitude paisible et lumineuse de la cadence du VIIIe mode.Chanter dans un mouvement large mais sans lenteur.Dans la première phrase\, élargir le scandicus de orbem. Prolonger autant qu’il le faut sédes dans la seconde. Toute la dernière incise doit être élargie mais le torculus et la clivis du sommet n’en seront pas moins très légers. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nPrends l’Enfant et sa Mère et va dans la terre d’Israël.Ils sont morts en effetCeux qui voulaient la vie de l‘enfant. Math. II\, 20.Ce sont les paroles de l’Ange à Saint Joseph pour lui dire qu’il peut revenir d’Egypte. L’application liturgique se fait d’elle-même. A travers la voix de l’Eglise\, c’est encore l’Ange qui chante\, dans le mystère qui revit devant nous. \nLA MÉLODIE\nL’ange parle à Saint Joseph\, dans la première phrase\, sur un ton de douceur familière nuancée de joie discrète\, avec une touche délicate de respectueuse tendresse sur puerum et matrem\, et\, sur vade\, le mot du retour\, un accent de bonheur qui se prolonge jusqu’à la cadence toute reposée d’Israël.Dans la seconde phrase\, il donne la raison du retour : ils sont morts… La mélodie prend un mouvement de joie intense.  Une arsis pleine d’élan s’épanouit un instant en broderies légères sur les notes élevées de enim\, puis s’élance\, à nouveau\, sur quaerébant où l’on découvrirait aisément une fine pointe d’ironie. La retombée se fait sur animam pueri qui se trouve enveloppé de la même tendresse que puerum et matrem.Chanter avec une grande simplicité dans un bon mouvement.Rattacher matrem à puerum et le ralentir ; il est marqué d’une nuance spéciale dans certains manuscrits : téniter\, doucement\, délicatement.La première note du podatus de defuncti sunt\, bien posée. Quaerébant retenu légèrement. Faire l’accent de animam léger et poser la voix délicatement sur la clivis allongée. \nPartitions\n\nPolyphonies pour Noël\n\nEcoutes de pièces \n\nNoëls anciens et populaires\nRistori – Vivaldi : Messe de la nativité\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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CATEGORIES:Chant des messes,Messes du Temporal
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