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SUMMARY:Onzième dimanche après la Pentecôte (XI)
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nÉPÎTRE: Sait Paul insiste sur l’Évangile qu’il prêche\, à savoir : le Christ ressuscité et son action efficace. (I Cor. XV) \nÉVANGILE : Notre-Seigneur guérit un sourd-muet avec sa salive (Marc VII. 31. 37) \nIDÉE CENTRALE : Comme le IXe Dimanche était sous le signe du châtiment\, on peut bien dire que celui-ci est sous le signe du miracle. Dieu manifeste sa puissance sur la vie du corps en prolongeant les années d’Ezéchias\, sur la vie des âmes en les ressuscitant\, comme le dit Saint Paul dans l’Épître\, sur la santé en rendant\, par Notre-Seigneur Jésus-Christ\, la parole et l’ouïe au sourd-muet. Il s’ensuit en nous une attitude d’admiration\, de joie\, de confiance; un optimisme qui nous fait tout demander au Seigneur; même ce dont nous n’osons pas formuler la demande\, comme nous le fait dire la Collecte. \nINTROÏT\nLE TEXTE\nDieu dans son saint lieu\, Dieu qui fait habiter (les hommes) unis\, dans une maison\, lui-même donnera force et courage à son peuple. \nPs. – Que le Seigneur se lève\, et qu’ils soient dispersés ses ennemis\, que ceux qui le haïssent\, fuient devant sa face. \nPs. LXVII\, 6\, 7\, 36\, 3. \nLe Psaume LXVII célèbre le Dieu d’Israël qui après avoir tiré son peuple d’Égypte et fait alliance avec lui le ramène du mont Sinaï dans la Terre Promise. \nLe sens des versets qui composent cet Introït est celui-ci : Dieu\, qui est là dans son  Palais ou dans son Temple\, lui qui a donné une maison à son peule qui n’en avait pas\, alors qu’il errait dans les solitudes du désert et qui l’y a fait habiter dans l’unité d’un même désir\, d’une même confiance\, d’un même amour\, continuera à donner à la nation qu’il a choisie force et courage. \nVient alors le verset\, qui était le signal du départ de l’Arche dans la marche de quarante années. \nIl suffit de les appliquer à l’Église\, pour faire entrer ces quatre versets dans la liturgie du jour. Dieu\, de son Temple\, le ciel\, a uni les hommes dans la foi\, l’espérance et la charité\, et les a fait habiter dans une demeure spirituelle : l’Église\, qui est comme la maison de famille\, en attendant la demeure céleste où l’unanimité sera absolue. Et il n’a tant donné que parce qu’il veut continuer à donner encore\, en fournissant à chacun la force et le courage de vivre dans cette unité de l’Esprit. Que ceux qui s’opposent en quoi que ce soit au développement de son peuple se tiennent sur leur garde car Dieu se lève et il va les disperser\, comme l’Église l’en prie pour finir. \nRien ne s’oppose à ce qu’on ne précise davantage le sens\, pour les faire entrer dans l’idée centrale de la messe telle que nous l’avons dégagée. Cette unanimité des hommes dans l’Église tient du prodige. C’est peut-être la plus grande manifestation de la puissance divine : le miracle permanent de l’Église. Pour le continuer\, Dieu ne ménagera à personne sa force ni le courage. \nAinsi l’Église se chante à elle-même\, et chante au monde\, son optimisme. \nLA MÉLODIE\nIl y a dans la première incise une certaine grandeur qui va bien à l’idée du Dieu Tout-Pusissant dans son lieu sacré. Mais une joie profonde pénètre cette noblesse\, la joie de la tranquillité\, de la paix\, du bonheur final assuré par cette protection du Dieu Très-Haut. L’idée reprend dans la seconde incise en une progression très marquée qui met en plein relief cette chose extraordinaire qu’est le rassemblement de millions d’individus unanimes dans l’Église. Le rythme ternaire des deux porrectus\, la montée à la dominante\, le motif de facit qui se meut vers le mi\, si léger et si gracieux; tout cet ensemble arsique avive l’expression de bonheur déjà esquissée : la joie s’allège\, s’extériorise\, prend de l’éclat. \nVient alors l’affirmation pleine de confiance : Ipse dabit virtutem. La bivirga épisématique sur la dernière syllabe de Ipse\, le podatus allongé de dabit\, la bivirga de virtutem et\, dans le grave\, la clivis allongée de fortitudinem\, enfin la remontée de plebis avec la nuance de respect qui entoure le peuple d’élection\, donnent à cette phrase une magnifique expression de certitude forte et fière. \nSuit alors le Psaume\, vif\, décidé\, comme un ordre de marche. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nEn Dieu il a espéré\, mon cœur\, et j’ai été aidé. Et elle a refleuri\, ma chair. Et de tout mon cœur je le louerai.  \nVerset. – Vers toi Seigneur\, j’ai crié. Mon Dieu ne te tais pas\, ne t’éloigne pas de moi.  \nPs. XXVII. 7\, 1. \nLe Psalmiste avait prié. Il a été exaucé et il a senti comme une jeunesse plus ardente pénétrer son cœur. Il rend grâce. \nAprès l’Épître où Saint Paul affirme avec une telle assurance que si nous gardons l’Évangile du Christ ressuscité nous serons nous-mêmes ressuscités\, cette parole vient sur les lèvres de l’Église avec un sens plus plein encore. Et refloruit caro mea évoque la résurrection des corps en pleine jeunesse; dès lors\, en même temps qu’une action de grâces\, c’est comme un chant d’espoir où s’exalte sa confiance renouvelée qu’elle fait monter vers le Seigneur. \nToutefois\, sachant tout ce qui l’entoure\, elle lui demande de lui continuer son secours et la joie de sa présence. \nLA MÉLODIE\nLa première phrase est une simple constatation mais où passent des accents de gratitude et de bonheur profond\, notamment sur la double note de cor meum\, sur le pressus de adjutus sum et sur le balancement si délicatement expressif de refloruit. \nDe cette atmosphère heureuse\, la louange jaillit alors au début de la seconde en un magnifique élan qui va droit à la dominante\, plein d’une ardeur qui promet\, avec enthousiasme. La prose même est renforcée sur mea\, avec une nuance de gravité d’où rebondit le confitebor. C’est un bel accent de ferveur\, qui descend vite dans le grave pour devenir\, sur les broderies très simples de illi une sorte de contemplation\, comme si l’âme demeurait fixée sur la louange qu’éternellement elle chantera devant la face du Sauveur aimé. \nLe Verset. \nLa formule de clamavi sert bien le mot. L’âme prend d’abord le temps d’évoquer les heures difficiles sur des balancements très calmes\, puis le cri ardent monte. Il n’est pas angoissé; c’est la joie qui le pousse\, une joie enthousiaste qui continue sur les beaux rythmes de la thésis. \nC’est encore elle qu’on rencontre au début de la phrase suivante sur Deus meus\, en dépit du texte qui devient plus déprécatif. La prière n’est vraiment supplication que sur ne sileas: tout à fait à propos d’ailleurs. Le motif est très beau. Il se soude admirablement à la formule finale qui\, elle aussi\, a une nuance de gravité fort bien adaptée. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nChantez avec transport Dieu notre aide. Acclamez le Dieu de Jacob. Entonnez un psaume joyeux avec la cithare.  \nPs LXXX. 2\, 3. \nCette invitation à la louange est tout à fait à sa place ici. L’Église après avoir dit dans le Graduel qu’elle va louer le Seigneur : et in voluntate mea confitebor illi\, invite ses membres à commencer. \nLA MÉLODIE\nC’est une invitation discrète. Basée sur l’intonation de la formule psalmique du VIIe mode – elle est répétée trois fois – la mélodie ne dépasse la teneur du psaume que dans des détails d’ornement. Dans les deux première phrases\, elle met seulement en relief\, et par des motifs sans enthousiasme\, adjutori et Deo Jacob. \nCe n’est que sur psalmum qu’elle s’exalte  un peu. Exaltation toute passagère d’ailleurs\, car jucundum\, sur le motif de adjutori\, ramène tout de suite la discrétion. \nLe jubilus de cithara est caractéristique de cette joie fervente mais contenue\, intérieure\, qui ne perce que rarement et sur des mots choisis. \nOFFERTOIRE\nC’est celui du Mercredi des Cendres.   Il est bien ici sur les lèvres du sourd-muet guéri… Clamavi ad te et sanasti me… et sur les nôtres\, car Notre-Seigneur nous a bien acceptés dans le sacrifice qui est offert sur l’autel : quoniam suscepisti me. Il nous a guéris aussi. Le même mot qu’au sourd-muet\, avec le même geste\, n’a-t-il pas été dit sur nous le jour de notre Baptême : Epheta.  Et nous avons été délivrés de la surdité et du mutisme que le péché avait mis en nous. Bien des fois la merveille a été renouvelée; aussi\, avec nos oreilles redevenues sensibles et nos langues déliées\, pouvons-nous chanter le psaume de la reconnaissance : Exaltabo te Domine. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nHonore le Seigneur de ta substance\, et des prémices de tes fruits\, afin que soient remplies tes granges à satiété et que tes pressoirs débordent.  \nProv. III\, 9\, 10. \nEn cette période de la moisson\, l’Église invite les fidèles à donner au Seigneur les prémices de ce qu’ils récoltent\, comme le prix de leur fermage\, comme la part du propriétaire\, afin que\, satisfait de cet hommage\, le Seigneur donne encore et au centuple. Mais par delà ce sens matériel\, il faut entendre l’invitation qui nous est faite de nous offrir au Christ dans la Communion\, afin de recevoir de lui une nourriture spirituelle de plus en plus abondante\, jusqu’au jour où il nous rassasiera dans la Gloire de son Être à jamais contemplé. \nLA MÉLODIE\nLa première phrase\, comme celle du Graduel\, est très simple; invitation discrète sans expression particulière. Substantia tua est en fort relief\, comme il convient; il s’agit de notre être\, de notre vie. \nLa seconde a plus d’élan mais demeure sans chaleur. \nC’est la troisième qui est la plus expressive. La mélodie s’élève ardente sur impleantur\, et\, sur horrea tua\, s’élargit à la mesure des granges et des moissons. Il passe en outre dans tout ce mouvement un souffle de joie qui chante l’abondance heureuse du présent et de l’avenir. \nLa dernière phrase est plutôt thétique mais chante fort bien aussi dans le grave\, sur torcularia et sur redundabunt\, les paroles riches de promesses pour l’année qui vient. \n  \n\nCantiques pour tous les temps\nPolyphonies pour tous les temps\n\n  \nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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DESCRIPTION:Notre-Dame est morte comme tout le monde meurt.\nMais la mort\, châtiment du péché\, ne pouvait lui être imposée\, à elle que le péché n’avait pas touchée; elle était immortelle en droit. C’est donc en quelque sorte librement qu’elle est morte\, acceptant d’être ainsi associée\, jusqu’en son acte suprême\, à l’œuvre rédemptrice de son fils. \nElle n’est morte ni d’usure\, ni de maladie\, mais d’amour. Un moment est arrivé où son corps n’a plus été capable de porter l’ardeur de son âme. Dieu alors a laissé l’amour déborder sur la sensibilité qui en un instant a été consumée.\nSon âme monta droit au ciel. Son corps fut mis au tombeau. Mais il ne devait pas retourner en poussière. De droit\, lui aussi était incorruptible. Après un laps de temps\, sans doute très court\, quelques jours\, quelques heures\, peut-être\, l’âme l’occupa à nouveau et il fut glorifié. \nAlors\, par la force même de la gloire qui fait les corps agiles et dociles à tous les désirs de l’âme et de l’Esprit-Saint\, Notre-Dame monta vers les Cieux\, s’éleva au-dessus des anges et des saints qui l’acclamaient et\, dans le midi éternel\, près de son fils\, commença à chanter\, sur le mode de l’éternité\, son Magnificat. \nTel est l’événement historique de l’Assomption. Il fut célébré de très bonne heure. Dès la fin du Ve siècle la fête était organisée en Orient. A la fin du VIIe elle fut introduite à Rome et devint rapidement très solennelle. \nL’Eglise la célèbre dans une atmosphère de joie tour à tour contemplative et exultante\, faisant entrer dans le jeu tout le ciel et toute la terre: le Père qui reçoit sa fille bien aimée\, le Fils qui retrouve sa mère\, le Saint-Esprit qui enveloppe son épouse dans l’amour béatifiant\, elle-même qui nous dit son bonheur\, et les anges et les élus et tous les chrétiens de la terre et du purgatoire qui l’acclament et félicitent le Christ glorieux d’avoir enfin près de lui\, corps et âme\, sa mère.\n(Texte d’introduction à la fête dans le commentaire de Dom Baron) \nLa messe actuelle de l’Assomption date de la proclamation du dogme par le pape Pie XII (1950). Elle n’a pas été commentée par Dom Baron qui a publié son ouvrage bien avant.\nNotons qu’il s’agit d’une messe créée pour cette occasion\, donc d’une composition récente\, particulièrement réussie\, bien qu’il y ait peu d’usage de mélodies-types. Seul l’Alleluia est une mélodie-type\, mais qui n’est pas particulièrement modale\, donc de facture plutôt récente. Cela n’enlève rien à son caractère joyeux\, léger et adapté à la fête liturgique. L’introït et le graduel sont du mode 7\, le mode angélique. Celui-ci a une tessiture très large\, ce qui permet des envolées particulièrement élancées; il était difficile de mieux correspondre à l’esprit de la fête. A chanter avec élan et légèreté. \nCette messe montre qu’il est possible de créer de nouvelles pièces qui soient belles\, priantes et qui correspondent au thème et à l’esprit de la fête liturgique. Même si le caractère modal est moins marqué que dans le répertoire primitif\, le but est néanmoins atteint\, à savoir l’élévation des âmes par la beauté du chant. \nBernard Lorber \n  \n\nMotets polyphoniques en l’honneur de Marie
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SUMMARY:Treizième dimanche après la Pentecôte (XIII)
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nLECONS DES MATINES :En août : Eccles. Sag. Ecclésiastique. En septembre : Job\, Tobie. \nEPITRE : Ce n’est pas la loi qui donne la vie\, mais la foi (Gal. III. 16. 22) \nEVANGILE : Les dix lépreux guéris. Un seul rend grâce. Notre-Seigneur lui dit que sa foi l’a sauvé (Luc XVII. 11\, 19). \nIDEE CENTRALE : On peut tout grouper\, si l’on veut\, autour de la foi\, condition de salut.\nLa collecte nous en fait demander l’augmentation. Saint Paul\, dans l’Épître\, montre avec insistance que c’est la foi dans la promesse du Messie\, une foi pénétrée d’espoir et d’amour\, et non la loi\, qui a sauvé les hommes depuis Abraham jusqu’à Jésus-Christ. Des dix lépreux dont l’Évangile nous rapporte la guérison\, un seul eut la foi vive\, qui lui fit exprimer sa gratitude et rendre gloire à Dieu. Ce fut aussi le seul à qui Notre-Seigneur dit : « Ta foi t’a sauvé. » \nINTROÏT\nLE TEXTE\nSouviens-toi\, Seigneur\, de ton alliance\, et les âmes de tes pauvres ne les délaisse pas à jamais. Lève-toi Seigneur\, et justifie ta cause. Et n’oublie pas la voie de ceux qui te cherchent. \nPs. – Pourquoi\, ô Dieu\, nous as-tu repoussés à jamais ? Est-elle allumée\, ta fureur\, contre les brebis de ton pâturage ?  \nPs. LXXIII. 20\, 19\, 23\, 1. \nDans le psaume\, les versets qui forment ici le corps de l’Introït sont la fin d’une prière très émouvante inspirée par la détresse des malheureux qui semblent abandonnés. Le Psalmiste la présente très habilement en faisant\, comme Moyse\, appel à l’alliance jadis contracté entre le Seigneur et son peuple. \nIl n’y a rien à changer à ce texte pour le faire entrer dans l’esprit de la loi nouvelle; l’alliance demeura\, scellée même à nouveau\, dans le sang du Christ. Bien plus\, il entre de plein pied dans l’idée centrale de cette messe\, car cette alliance n’a de valeur que dans la foi. C’est donc en fait la foi de ses membres que l’Église demande au Seigneur de regarder pour qu’il se décide enfin\, dans sa miséricorde\, à les sortir de leur détresse\, et à les aider à le trouver pour vivre avec lui dans la joie de la promesse réalisée. \nLA MÉLODIE\n\nLa prière est ardente dès le début. La mélodie en partant du sol par un mouvement de quinte puis de tierce\, Respice Domine\, la revêt en effet d’un accent d’intense supplication. Elle se détend ensuite sur testamentum qu’elle met aussi en relief\, mais par une courbe gracieuse\, et sans pression\, tous les neumes se succédant par degrés conjoints. Sur animas pauperum\, l’âme\, comme en un retour sur elle-même\, prend conscience de ses misères et leur poids la tient comme courbée sur la détresse; peut-être aussi sous la honte\, toujours est-il que son chant ne monte plus\, il demeure fixé dans le grave. Il n’en est pas moins suppliant. Il y a même quelque chose de prenant dans cette insistance sur le do qui va en progression vers ne derelinquas et qui trouve enfin\, sur le pressus l’ardeur qu’elle cherche\, laquelle d’ailleurs se détend aussitôt en plainte délicate sur in finem par la cadence en demi-ton. \nAlors\, au début de la deuxième phrase\, un appel émouvant jaillit : Exsurge Domine. D’abord retenu sur les premières notes de Exsurge par le quilisma\, il monte comme un cri véhément sur la bivirga de Domine. On y sent l’âme chargée d’angoisse\, toute tendue vers la miséricorde de son Dieu. Le calme revient vite sur et judica. Il se continue jusque dans la troisième phrase où obliviscaris vient répondre à judica. Un accent plus vif sur quaerentium\, qui se détend peu à peu pour envelopper te de douce vénération\, et la prière est finie. \nElle reprend sur le Psaume\, ardente encore\, bien servie d’ailleurs par les formules du VIIe mode. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nSouviens-toi\, Seigneur\, de ton alliance. Et les âmes de tes pauvres ne les délaisse pas à jamais. \nVerset. – Lève-toi\, Seigneur\, et justifie ta cause. Souviens-toi des opprobres de tes serviteurs. Ps. LXXIII\, 20\, 19\, 23. \nCe sont les paroles mêmes de l’Introït. Seule la dernière phrase a été changée\, mais l’idée est à peu près la même : une prière pour demander au Seigneur d’aider ceux qui luttent pour demeurer dans la foi vive et s’élever au-dessus de la lettre de la loi qui \, à elle seule\, ne peut rien. \nBelle paraphrase du dernier mot de l’Épître. « L’Écriture a tout renfermé sous le péché afin que la promesse fût réalisée pour les croyants dans la foi en Jésus-Christ ». L’effet de la promesse se fait attendre et c’est dur d’espérer dans la nuit : « Seigneur\, rappelle-toi tes promesses… » \nLA MÉLODIE\n\nLa première incise est paisible et douce\, mais la prière y est déjà. On la sent dès le début\, ferme et insistante sur la bivirga de Respice qui coïncide si heureusement avec l’accent tonique. Elle monte peu à peu à travers la vénération qui enveloppe Domine et sitôt passé le nom divin\, se laisse aller sur testamentum à une ardeur qui ne cesse plus de croître jusqu’à la fin de la phrase. \nA peine retenue un instant par la cadence en la\, elle passe dans la phrase suivante où\, tout de suite\, la demande précise est lancée\, en pleine force et sans préparation\, sur la dominante. C’est un motif d’une très grande beauté et très expressif. La voix\, toute en élan sur la double note de et\, retombe douce sur la dernière syllabe de animas\, s’y renforce légèrement puis se détend sur pauperum en une nuance délicate de plainte amenée par la cadence sur la et prolongé par le sib. Cette détente n’est qu’une nuance; le mouvement reprend sur les triples notes de tuorum trois fois répétées\, avec une vigueur qui plaide instamment près du Seigneur en faveur de « ses » pauvres. \nIci encore\, cette vigueur ne s’éteint pas sur la cadence\, elle passe sur ne obliviscaris s’y renforce le long de la montée syllabique\, qui rappelle celle de in testamentum et\, après une détente légère\, s’en va éclater sur in finem en un cri lent et véhément à la fois qui devient\, sur ce mot si terrible\, une émouvante supplication. \nLe verset \nAu lieu du cri de détresse de l’Introït\, un chant lent et doux s’élève sur Exsurge Domine. Le motif est très beau. C’est celui qui chante la miséricorde dans le Graduel du IIe Dimanche après l’Épiphanie . On peut y déceler ici une plainte délicate. Mais l’âme ne chante-t-elle pas plutôt sur cette magnifique formule\, paisible et mesurée\, la bonté infinie de son Dieu sur laquelle\, pour un instant\, elle demeure comme fixée en contemplation ? \nElle revient à la supplication\, dans la seconde phrase\, utilisant des motifs\, parfois employés à d’éclatantes louanges mais qui se prêtent bien aussi à la prière ardente; telle cette montée vers la bivirga de judica qui est de la plus haute expression. La même formule est reprise sur causam mais\, au lieu de s’achever en un cri violent\, elle se détend sur tuam en une plainte qui se fait insistante et qui s’achève en une cadence bien mineure\, où vraiment s’épanche la tristesse. \nLa dernière phrase\, dès le début\, s’établit en fa. Il s’en suit comme un soulagement. C’est encore la prière; on la sent monter sur memor esto et insister sur opprobrii\, mais il ne s’y mêle plus d’angoisse\, et\, sur la formule finale\, l’âme est toute paisible et abandonnée. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nSeigneur\, un refuge tu as été pour nous de génération en génération. Ps. LXXXIX.1 \nC’est Moyse qui adresse à Dieu ces paroles. Elles résument la gratitude de tout le peuple\, pour ne pas dire de toute l’humanité. \nElles viennent bien après l’Épître où Saint Paul rappelle les promesses faites à Abraham et ses descendants\, et leur accomplissement. Nous aussi\, nous sommes fils d’Abraham\, vrai fils d’Abraham\, ayant hérité de lui la foi et les promesses en Jésus-Christ. Grâce à l’asile que nous trouvons à chaque instant ouvert en Dieu\, nous allons\, indemnes de tout ce qui nous touche\, à leur heureuse réalité\, tandis que de génération en génération la famille du Patriarche atteint le nombre des étoiles. C’est donc bien notre gratitude à nous aussi et celle de toute l’Église que ces mots portent à Dieu. \nLA MÉLODIE\n\nElle est toute pénétrée de joie\, et c’est bien ainsi pour une action de grâces. Cette joie ne s’exprime pas par de grands élans mais par une ligne mélodique très souple et très légère. Elle monte sur Domine\, retenue à dessein sur le nom divin pour un épanchement de gratitude aimante\, mais en une progression splendide\, appuyée et renforcée délicatement par les quilismas\, les pressus\, les clivis allongées et qui prend du mouvement à mesure qu’elle atteint le sommet. Elle se détend sur refugium en des neumes qui s’étirent\, se retiennent\, comme si l’âme ne voulait pas finir de chanter ce titre qu’elle donne au divin protecteur et qui pour elle dit tant de choses. Le mot achevé\, elle se ressaisit et\, par une remontée de quarte\, repart sur factus est nobis\, s’attardant d’ailleurs à nouveau très vite dans le même sentiment de gratitude heureuse. \nLa seconde phrase est liée de très près à la première; c’est la même idée. La joie y est peut-être plus extériorisée\, moins extatique\, si l’on peut dire\, notamment sur la vocalise de generatione dont les deux torculus font un si beau rythme ternaire et sur celle de la finale\, merveille de souplesse et de grâce. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nEn toi j’ai espéré\, Seigneur\, j’ai dit : tu es mon Dieu\, dans tes mains\, mes années. \nPs. XXX. 15\, 16. \nDans le Psaume\, ces deux versets se terminent par : « délivre-moi »; ils sont là une prière. Ici\, « délivre-moi » ayant été omis\, ils disent seulement la confiance de l’âme qui\, dans un acte d’abandon\, remet entre les mains de Dieu ses années\, avec la puissance de souffrance et de joie qui se trouve en elles : toute sa vie. \nComme ces simples paroles traduisent bien le geste reconnaissant du lépreux tombant le visage contre terre devant le Christ-Jésus qui vient de le guérir !… et le nôtre à nous aussi\, qui avons si souvent reçu le même bienfait de la santé et de la vie rendues. \nC’est l’offertoire de la messe de mariage. Il prend là un sens quelque peu différent\, mais plus beau encore\, émouvant même\, car il est la remise que les époux\, en plein bonheur\, font entre les mains de Dieu de leur destinée\, à l’instant même où elle commence. \nLA MÉLODIE\n\nC’est plus la paix que la joie qu’elle chante. Il n’est pas de paix qui ne soit mêlée de joie\, mais il y a dans cette mélodie une tranquillité si marquée que c’est vraiment l’abandon heureux\, sans souci du bonheur qui l’accompagne. \nDès l’intonation\, on est dans cette atmosphère de paix. Sur ce mot qui dit la confiance que l’âme a toujours eue dans le Seigneur\, la mélodie monte lentement\, retenue à dessein par le salicus\, la note pointée\, le quilisma\, la clivis allongée\, puis\, se détend\, tout à l’aise\, sur la distropha et le long des neumes qui\, sans le moindre heurt se joignent à ceux de Domine pour atteindre\, comme en glissant\, la fin de la phrase. Mais à travers ce legato que rien ne trouble passe la reconnaissance baignée de tendresse de l’âme. C’est elle\, en fait\, qui retient le mouvement\, comme si elle voulait plus de temps pour dire à Dieu son bonheur. \nC’est dans la même paix heureuse qu’elle va chanter les mots de confiance qui vont engager toute sa vie. Dixi\, qui les annonce\, reçoit du podatus et de la distropha un très beau caractère de fermeté\, renforcé encore par le podatus allongé qui monte au la. Mais\, bien plus que l’assurance de sa fidélité\, c’est la joie d’amour qu’elle ressent à chanter ce qu’elle a tant de fois exprimé à l’Hôte Divin dans l’intimité\, que l’âme fait passer dans ces quelques notes. Et c’est très beau; si naturel\, si simple\, si spontané ! Cet élan de bonheur intense se détend sur Deus meus avec une grâce exquise. L’âme se complait sur ces quatre mots\, qui vont en progression sur le pressus de meus poussés par l’élan d’amour délicat qui les fait s’achever sur une cadence en demi-ton toute de tendresse. \nCet épanouissement n’est pas une fin\, la progression continue sur in manibus tuis. C’est ici le sommet de l’idée : la formule même du don total. La mélodie dans la tonalité claire du mode de fa\, touche le la par un motif léger\, joyeux où passe un rien d’enthousiasme\, revient au fa et s’y appuie\, se balançant entre les notes doubles ou triples en des ondulations souples qui chantent le bonheur de l’âme\, profond toujours\, mais bien près d’éclater. La cadence finale en ré n’a elle-même rien de sombre\, amenée qu’elle est par le torculus do-mi-ré. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nUn pain qui vient du ciel\, tu nous as donné\, Seigneur\, ayant toute délectation et toute la saveur de la suavité. Sag. XVI. 20. \nDans le sens littéral du livre de la Sagesse\, c’est de la manne qu’il s’agit\, aliment qui vraiment venait du ciel et qui était toute saveur. C’était la figure de l’Eucharistie. \nIci c’est la réalité qui est chantée\, le Pain Eucharistique. Vrai pain du ciel\, car il est le corps du Verbe Incarné dont la vision rassasie dans l’éternité les Anges et les Bienheureux. Nourriture de notre vie spirituelle aussi\, en ce sens que la grâce du sacrement\, en augmentant la foi\, l’espérance et la charité\, entretient en nous la pensée du Christ-Jésus et nous incite à nous donner de plus en plus à lui. Placés ainsi sans cesse\, de toute la force de notre libre vouloir\, sous son influence\, ne n’est plus nous qui vivons\, c’est lui qui vit en nous\, nourrissant notre intelligence et notre volonté de sa propre lumière et de sa propre joie. \nC’est cette lumière et cette joie que l’Église communiante chante ici. \nLA MÉLODIE\n\nUne belle phrase\, d’abord réservée\, qui monte en joie enthousiaste sur Domine et qui se détend sur omne delectamentum en un motif très gracieux\, retenu par la tristropha\, le salicus\, la clivis allongée\, le porrectus\, comme pour évoquer à loisir toutes les joies de l’amour. Elle se relie très étroitement à la suivante qui reprend l’idée de délectation et la développe sur suavitatis en un motif d’une exquise suavité. \nLe torculus la-do-fa\, relié au salicus et les quatre notes qui suivent\, retenues par le quilisma\, sont admirables de grâce souple et légère. \n  \n\nCantiques pour tous les temps\nPolyphonies pour tous les temps\n\n  \nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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