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SUMMARY:La Fête du Sacré-Coeur
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTE\nLes pensées de son cœur de génération en génération (sont) qu’il enlève la mort de leurs âmes et qu’il les nourrisse dans leur faim. \nPs. – Exultez\, justes\, dans le Seigneur. Aux cœurs droits\, convient la louange. Ps. XXXII. 11\,19\,1. \nLa fête du Sacré-Cœur est la fête de l’amour du Christ pour les hommes. Cet amour est de toute éternité\, in generatióne et generatiónem\, car le Christ éternellement prédestiné n’a jamais cessé d’avoir\, à tout instant\, sa tendresse fixée sur les siens.C’est dans ce sens qu’il faut entendre ici ces paroles du Psaume. Le Verbe\, de toute éternité\, le Christ\, depuis le temps où il a prix forme humaine\, pas un instant n’a cessé d’avoir à la pensée tous les hommes et chacun des hommes pour les sauver et pour entretenir en eux sa vie par l’aliment de sa parole et de son Corps Eucharistique.\nL’Église\, en pleine conscience de ce que le Christ fait pour ses membres\, chante ces paroles\, comme un hommage de reconnaissance émue au Cœur infiniment miséricordieux\, puis elle appelle tous les fidèles à proclamer leur gratitude\, comme il convient aux cœurs droits. \nLA MÉLODIE\nLa moitié de la première phrase\, jusqu’à in generatiónem est empruntée à l’Introït Dómine refúgium du mardi de la première semaine de Carême\, le reste\, et jusqu’à la fin\, à différents passages de l’Introït Laetare du IVe Dimanche de Carême.\nLe premier emprunt donne satisfaction; il y a même une belle expression de gravité et d’humble réserve dans la modulation en la de Cordis ejus et le quilisma de generatiónem qui semble en amorcer la prolongation\, mais les rythmes bondissants de generatiónem y font succéder brusquement\, et sans raison\, une joie bruyante dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas à sa place. Même sur les mots éruat a morte dans la phrase suivante\, est-elle bien ce qu’il faut ? La dernière incise est mieux adaptée\, mais un autre mode que le Ve eut été plus dans l’atmosphère\, Il faut bien le reconnaître.\nEn raison du texte\, il faut prendre un mouvement assez ample\, qu’on gardera bien vivant il va de soi; mais il s’impose pour garder à l’ensemble la gravité qui convient.\nFaites bien\, de la première phrase\, un seul mouvement en liant étroitement les incises entre elles; il faut surtout y veiller entre la première et la seconde. Ne forcez pas le crescendo de génératiónem. Le motif demande ici une expression toute différente de celle qu’il a dans l’Introït Laetare.\nRalentissez progressivement in fame.\nLe Psaume\, un élan joyeux. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nDoux et juste (est) le Seigneur. A cause de cela il donnera une loi (qui les sauvera) à ceux qui tombent sur le  chemin. \nVerset. – Il conduira les humbles dans la justice et enseignera aux doux ses voies. Ps. XXIV. 8\,9. \nA la fin de l’épître\, Saint Paul souhaite que par notre union avec le Christ\, présent dans notre âme\, nous puissions recevoir le sens de l’amour divin et que nous l’ayons au point que notre vie soit pleine de la plénitude de Dieu qui est Amour.\nL’ Église\, ici encore sous la forme d’une contemplation baignée de gratitude\, chante ce don de l’Infinie Miséricorde qui nous vient du Cœur de Jésus. Non seulement le Seigneur ne détruit pas le pécheur mais il l’aime au point de le relever\, de le reprendre en main\, de le guider sur le chemin où il est tombé et\, après l’avoir rétabli dans la justice\, de lui enseigner sa propre voie\, comme celle qui va droit à la Béatitude\, savoir : l’amour jusqu’au sacrifice. \nLA MÉLODIE\nL’intonation est celle du Graduel Ecce quonam bonum du XXIe Dimanche après la Pentecôte; le reste est calqué sur le Graduel Concupivit Rex\, de la messe Vultum tuum du commun d’une Vierge.\nNulle part la mélodie ne revêt d’expression très marquée. Le bel élan de début\, qui chante le Roi dans l’original\, se trouve ici sur et et\, encore que ce soit vers le seigneur qu’il monte il perd un peu de sa chaleur sur cette conjonction. Par contre\, sur la thésis de Dóminus\, l’âme trouve un très beau motif pour dire sa tendre vénération.\nIl y a plus de mouvement dans la seconde phrase\, mais l’élan de delinquéntibus a-t-il bien raison d’être\, sur ce mot de pénitence ? C’est encore au Roi qu’il s’adresse dans le Graduel Concupívit. In via est mieux servi\, il y a dans tout le motif une ferveur à travers laquelle chacun peut faire passer sa gratitude pour l’aide qu’il a reçue et continue de recevoir sur le chemin.\nLe verset\, tout entier calqué sur celui du Graduel Ecce quam bonum\, est mieux adapté au texte. Les deux mots mansuétos et mites ont toute la douceur qui convient et le mouvement\, en sa progression vers le sommet\, met bien en valeur docébit\, le mot de la miséricorde du Christ répandant sur les siens la lumière de l’infinie sagesse. L’Église pleinement consciente de tout ce qu’elle reçoit y trouve l’élan qu’appelle la ferveur de sa gratitude. La cadence finale\, dans le grave\, est très heureuse\, car elle évoque la plénitude et la profondeur de la joie que trouvent les doux sur les pas du Christ.\nOn veillera à faire de toute la première phrase un seul mouvement qui aura son arsis suprême sur les premières notes de et et qui sera lié.\nDans la seconde phrase\, le torculus de hoc sera très peu allongé et tout de suite relié à legem. L’accent de delinquéntibus est difficile à faire entre deux valeurs longues; y veiller. Relier étroitement in via à delinquéntibus.\nLe verset sera plus léger. On retiendra les cinq premières notes de mansuétos; ce don docébit\nsera souple. Garder à toute la reprise du chœur sa joie profonde. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nPrenez mon joug sur vous. Et apprenez de moi que doux je suis\, et humble de cœur. Et vous trouverez la paix pour vos âmes. Math. XI.19. \nNotre Seigneur entre en scène et nous dit que pour expérimenter la douceur et la sagesse de son amour souhaitées par Saint Paul dans l’Épître\, chantées par l’Église au Graduel\, il faut prendre pour soi son joug\, c’est à dire se mettre sous sa volonté. N’est ce pas là tout l’amour ? C’est alors seulement que nous en saisirons les mille délicatesses et que nous comprendrons toute la miséricorde qu’il déploie sur le chemin pour nous garder dans sa paix. \nLA MÉLODIE\nElle revêt cette invitation à l’amour et à la paix d’une tendresse très vive que d’aucuns peuvent même trouver exagérée ou tout au moins pas assez spirituelle.\nL’intonation est très belle. Quelle admirable invitation\, pénétrée de douceur humble et tendre ! La phrase suit dans le même sentiment\, et\, est bien adaptée\, à part peut-être que méum est trop séparé de jugum et qu’il a un développement excessif pour la simplicité de Notre Seigneur. La cadence super nos par contre\, a une nuance de supplication très simple mais prenante.\nLa seconde phrase\, elle aussi\, est de bonne venue\, mais on s’explique mal le long développement neumatique de et encore qu’il ne fasse qu’un avec le mot humilis\, bien ardent d’ailleurs lui-même pour chanter l’humilité. La même critique pourrait s’appliquer à réquiem\nqui reprend le même motif. Sans doute l’auteur s’est-il plus préoccupé de l’expression de l’ensemble que de celle des détails.\nIl ne faut pas pousser l’expression en chantant : elle est à son extrême limite dans le texte. Que les pressus par exemple soient trop appuyés et il y aura un excès de sensibilité déplorable. Il faut\, ici plus que partout\, les préparer de loin et en faire un simple épanouissement de l’arsis. Liez bien les grandes descentes. Elargissez les larges intervalles de et et de réquiem. Mêlez à la tendresse la virilité ferme et forte. \nOFFERTOIRE\nC’est la première partie de l’Impropérium du Dimanche des Rameaux; le chant du Christ qui se plaint de n’être pas aimé.\nCe chef d’œuvre garde toute sa beauté ici. Mais comme on regrette que la cadence finale en VIIIe mode soit si brusquement amenée. Elle y perd toute sa valeur de plainte. Il faut y faire un grand ralenti depuis non pour pallier à ce défaut. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nUn des soldats\, de sa lance\, son côté ouvrit et aussitôt il sortit du sang et de l’eau. Jean XIX.34. \nCe sang et cette eau ont toujours été regardés comme le symbole de la grâce sortant du Christ immolé pour se répandre sur les hommes : le sang symbole de l’Eucharistie\, l’eau symbole du Baptême. Mais par delà la grâce\, c’est l’amour qu’ils symbolisent : le Christ nous donnât jusqu’à la dernière goutte de son sang et nous appelant à lui donner notre vie dans la mesure où il nous la demande.\nC’est sans aucun doute\, ce symbolisme sacré qui a fait choisir ce verset comme Communion. Chanté par l’Église au moment où le symbole devient la divine réalité du Christ et de l’âme se donnant l’un à l’autre\, victimes l’un et l’autre de l’amour\, il prend un relief particulièrement émouvant. \nLA MÉLODIE\nL’original se trouve au 5 Juin pour la fête de Saint Boniface sur le texte que voici : « Celui qui vaincra\, je lui donnerai de s’asseoir avec moi sur mon trône. » Ce sont des paroles riches de gloire d’où la forme légère et joyeuse de la mélodie. Encore que l’Église ait lieu d’être toute à la joie à cause des grâces qui se cachent sous la cruelle réalité du Christ immolé\, on aimerait que sa joie fut moins extérieure. Peut-être y a-t-il ici quelque chose de trop léger pour un texte si chargé de mystère.\nIl faut chanter l’ensemble plutôt lentement pour garder à ces paroles si profondes et si mystérieuses la gravité qui convient. Retenez discrètement la cadence en si de apéruit et faites celle de aqua bien expressive. \n  \n\nCantiques pour le Sacré-Coeur\n\nPolyphonies pour le Sacré-Coeur\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Dimanche dans l'Octave du Sacré-Coeur
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nLEÇONS DES MATINES : Au peuple qui lui a demandé un roi\, Dieu a donné Saül. Samuel le consacre. (1. Rois\, IX-X) \nEPITRE : Il faut s’abandonner au Seigneur\, lui remettre ses soucis\, et lui faire confiance. (1 Pierre. V. 6-II.) \nEVANGILE : Les paraboles de la brebis et de la drachme retrouvées. (Luc XV\, 1710.) \nCe dimanche est\, comme le précédent\, sous le signe de la miséricordieuse bonté de notre Dieu qui nous sollicite\, nous poursuit et n’a de cesse qu’elle ne nous ait ramenés dans la voie du bonheur\, si nous nous en écartons.C’est par miséricorde que Dieu donne à son peuple le roi sage qu’il sollicite. Plus avisée que les juifs\, l’Eglise demande au Seigneur\, dans la collecte\, de faire un acte de miséricorde plus marqué encore et d’être lui-même notre guide dans notre marche\, à travers les joies de la terre\, vers les joies éternelles. Il lui répond dans l’Epître\, par la voix de Saint Pierre\, de ne pas se soucier à l’excès mais d’avoir confiance en lui qui\, après les inévitables souffrances de la vie\, « nous appellera à son éternelle gloire  » Et Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même vient nous dire à l’Evangile\, en deux émouvantes paraboles\, jusqu’où va sa miséricorde; jusqu’à laisser tout le troupeau pour la brebis perdue qu’il cherche et qu’il ramène sur ses épaules; jusqu’à bouleverser toute la maison pour retrouver la drachme qui manque au trésor\, afin de se réjouir\, avec le ciel entier\, d’avoir enfin tout son monde avec lui…Comme cet office\, sans que l’auteur ait eu l’idée de l’y adapter\, entre bien dans la liturgie de la fête du Sacré-Cœur ! \nINTROIT\nLE TEXTE\nRegarde-moi et prends-moi en pitié. Seigneur. Car je suis seul et pauvre. Vois mon abaissement et ma peine\, et pardonne-moi tous mes péchés.Ps. – Vers toi\, Seigneur\, j’ai élevé mon âme. Mon Dieu\, en toi je me confie\, je n’aurai pas à rougir. Ps. XXIV\, 16\, 18\, 1\, 2.Ces deux versets sont ici\, comme ils l’étaient sur les lèvres de David\, l’appel vers Dieu des âmes qui sont loin de lui; brebis perdues\, égarées ou seulement appelées à plus d’amour et qui\, conscientes de leurs fautes\, de leurs misères\, de leurs impuissances\, attendent l’aide du Divin Pasteur pour retrouver l’intimité et la douce chaleur du bercail. \nLA MÉLODIE\nC’est une prière très humble et très aimante.Elle est d’abord discrète\, réservée dans la première incise. On sent que l’âme a conscience de son péché\, de sa faiblesse; mais elle n’est pas accablée\, elle n’est pas triste non plus. Elle aime et elle sait qu’elle est aimée: d’où ce ton de confiance simple\, intime de réspice in memiserére mei. Il y a là une très belle supplication\, retenue encore\, mais émouvante de simplicité et de tendresse. Elle s’avive au cours de la seconde incise\, à mesure que l’âme expose sa misère. Quoniam inops et pauper sum ego est un très beau mouvement. Doucement relié au mot Domine par les deux notes longues qui entourent le quilisma\, il se renforce sur le salicus de la dominante et atteint toute sa puissance d’expression sur pauper sum ego. La progression est très mesurée; ce n’est pas un cri\, ce n’est toujours qu’une pression ardente certes mais humble. C’est peut-être d’ailleurs sur les groupes thétiques : la clivis allongée de pauper et le pressus de ego\, que la prière est la plus émouvante. Elle y prend un ton de plainte délicate\, qui n’ose pas insister\, mais qui est irrésistible par la tendresse dont elle s’enveloppe.Dans la seconde phrase\, l’âme plaide plus qu’elle ne prie. Elle étale sa misère et insiste pour que le Seigneur la voie; notez le retour au do de la tristropha et du pressus\, la courbe descendante de humilitatem meam qui parle par elle-même\, et la remontée sur laborem\, lourde de tout le poids de la peine qu’il faut porter.La troisième phrase a quelque chose de grave qu’on ne trouve pas dans les deux autres. La misère y est précisée: peccata\, pardonne-moi mes péchés. C’est une prière de contrition\, d’où cette touche de honte\, cette nuance de regret qui retient la mélodie sur les notes basses. Il n’y a que sur Deus meus que la supplication retrouve son expression de tendresse et de confiance heureuse.Celle-ci passe dans le psaume\, qui s’élève comme un beau chant d’espoir joyeux et fort.Chantez très simplement la première incise en balançant bien le motif de miserere mei; la première note de ré légèrement allongée. Veillez à ne pas faire de contraste avec la seconde; il faut ménager la transition sur quoniam et mener le crescendo progressivement.Dans la seconde phrase\, arrondissez et élargissez quelque peu les notes isolées de vide humililatem. La thésis qui enveloppe toute la phrase se continue dans la suivante jusqu’à Deus meus; il faut la conduire progressivement. comme on aura conduit l’arsis de la première. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nJette ton souci sur le Seigneur et lui-même t’aidera.Verset. – Dès que j’ai crié vers le Seigneur il a exaucé ma voix. Ps. LIV.23\,17\,19.Ces versets\, ainsi arrangés\, forment un tout qui entre dans le cadre liturgique de ce Dimanche comme une très belle paraphrase de l’Epître. Le premier\, en effet\, reprend\, presque mot pour mot\, la parole de Saint Pierre « jetez en lui toutes vos sollicitudes car lui-même prend soin de vous ». L’Eglise le chante pour encourager à la confiance\, pousser à l’abandon la brebis de l’Introït qui\, dans sa détresse\, appelait l’aide du Seigneur et qui se sent peut-être quelque peu effrayée de la parole de l’apôtre évoquant le lion rugissant qui rôde sans cesse et la souffrance des croix qui se profilent sur le chemin du bercail. Elle ajoute\, pour la réconforter plus efficacement encore\, le témoignage de sa propre expérience. « Dès que j’ai crié vers lui j’ai été exaucée. » \nLA MÉLODIE\nL’intonation est gracieuse\, aimable; c’est tout. Mais aussitôt la mélodie s’élève en un élan où passent\, non seulement de la sympathie\, mais la force d’une expérience heureuse qui veut se communiquer. Il met tuum en plein relief et s’épanouit sur Domino en une très belle nuance de vénération pénétrée de gratitude. L’incise qui suit chante la miséricorde du Seigneur. Quelle insistance sur te ! Les deux clivis allongées\, les deux doubles notes\, et le mouvement qui va\, de plus en plus arsique\, vers la distropha et la bivirga de la cadence; comme si l’Eglise sentait le besoin d’aller au-devant de l’objection que l’âme pourrait faire de son indignité en l’assurant avec force de l’amour attentif que lui porte le Seigneur. La mélodie enveloppe ensuite enutriet d’une gravité où se mêlent de la gratitude et une nuance de joie délicate pour finir. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nDieu un juge fuste\, fort et patient. Est-ce qu’il va s’irriter à longueur de jour? Ps. VII. 12.L’interrogation qui termine ce verset est à prendre dans le sens négatif. Le psalmiste veut dire que le Seigneur a sa justice en main\, qu’il l’appliquera à son heure et qu’il est assez patient pour supporter ce qu’on lui fait sans avoir à se mettre en colère à chaque instant.Cette parole est encore pour la brebis égarée loin du bercail. L’Eglise la lui chante moins pour l’amener à la crainte que pour l’encourager au contraire à avoir confiance en la patience du Seigneur qui n’est en colère que contre celui qui s’obstine. \nLA MÉLODIE\nDeus judex justus est revêtu d’une solennité ferme et forte qui s’impose\, avec une nuance de sévérité très marquée dans la descente si rythmée sol-re-mi-do et. plus encore. dans la remontée en quinte au sol et au si. Fortis a la même expression. Patiens\, par contre\, est très lié\, avec quelque chose de doux et d’aimable ; l’insistance qu’y mettent le salicus et le quilisma et sa place au sommet de la mélodie montrent bien que l’Eglise a voulu le mettre en relief très marqué\, d’autant que la phrase suivante se développe\, elle aussi\, dans celte atmosphère paisible. On pourrait même trouver\, sans forcer l’expression\, une fine pointe d’esprit sur cette interrogation quelque peu ironique.La formule finale s’en dégage dans une splendide montée de joie; la joie de l’âme\, heureuse de la patience dont Dieu l’a si généreusement gratifiée. Aussi bien\, cette joie\, qui est celle de l’Alleluia\, enveloppe toute la pièce et en fait un autre beau chant de réconfort pour l’âme retenue loin de Dieu et un hommage de louange à la miséricorde du Bon Pasteur que nous allons voir à l’œuvre dans l’Evangile. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nQu’ils espèrent en toi Ceux qui connaissent ton nom\, Seigneur\, car tu n’abandonnes pas ceux qui te cherchent. Chantes au Seigneur qui habite en Sion car il n’a pas oublié le cri des affligés. Ps. IX. 11\, 12\, 13.Le Psaume IX est un chant par lequel David exprime à Dieu sa reconnaissance pour l’aide qu’il en a reçue. Il est d’abord pure louange\, mais\, au verset 11\, le psalmiste à l’idée de tous ceux qui comme lui passent par des heures difficiles\, lance un souhait qui va vers Dieu et vers eux à la fois: puissent-ils faire comme j’ai fait: espérer en toi. Cette parenthèse close\, il reprend sa louange: Psallite\, chantez au Seigneur.Après le récit des paraboles de la Brebis et de la Drachme retrouvées\, ces trois versets sont le chant de l’Eglise émue par la miséricorde du Seigneur dont un exemple si touchant vient de lui être mis sous les yeux. Elle souhaite que les âmes en détresse recourent à lui\, lui fassent confiance et le louent de sa sollicitude à tout instant en éveil. \nLA MÉLODIE\nLe IIIe mode donne à tout ce chant un caractère d’intériorité émue qui traduit admirablement le sentiment de gratitude profonde qui est au fond de l’âme\, en même temps que la sympathie à ceux qui sont dans l’épreuve. C’est une mélodie qui n’a pas d’éclat; on n’y trouve pas non plus les accents de supplication ardente que nous trouvions sur les mêmes mots dans le Graduel de la Septuagésime. C’est plutôt dans une atmosphère de contemplation paisible que l’Eglise formule son souhait.Après un départ bien en mouvement sur Sperent\, avec l’accent du désir qui monte vif et fervent\, les retombées sur si donnent tout de suite un ton d’intimité que le beau mouvement de nomen tuum\, avec les deux clivis allongées\, fait plus expressif encore et plus délicat.Dans la seconde phrase\, la fermeté de la confiance est très marquée par le salicus de non\, la triple note de derelinquis\, la cadence sur fa\, avec sa nuance de paix heureuse qui se prolonge sur quaeréntes et la belle cadence en sol si si assurée.Vient alors l’invitation à la louange. Pour la cinquième fois\, le motif sol-la-do-si-do donne le branle. Sur la tristropha douce et ardente à la fois\, l’invitation se fait pressante\, mais dans la même atmosphère d’intériorité ; le motif de Domino le dit assez avec sa cadence en fa. Aussi bien\, l’âme tout de suite s’arrête et contemple. L’incise qui habitat in Sion est très caractéristique de cette contemplation par ses neumes à degrés conjoints se répétant trois fois sur des motifs semblables et\, plus encore\, par sa cadence en fa prolongée par la tristropha. L’âme est fixée sur le Seigneur qui\, de Sion\, veille sur les siens.Elle se reprend sur quoniam non pour exprimer une dernière fois sa confiance. Le motif rappelle de très près celui qui revêt les mêmes mots dans le Graduel de la Septuagésime\, mais ici la contemplation qui le baigne encore lui enlève de son ardeur communicative. La cadence finale est admirable de tendresse et de gratitude heureuse. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nJe vous le dis\, il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui fait pénitence. Luc XV. 10.Dernier mot de l’Evangile. Parole merveilleuse qui ouvre devant nous les horizons des joies célestes et nous permet d’y percevoir quelque chose des répercussions qu’ont sur tous les anges les actes de repentir de nos pauvres âmes. Le Christ Jésus dit ces paroles au moment de la communion comme pour atténuer la peine qui pourrait se lever en nous\, au moment où nous nous reposons sur lui dans la chaleur du bercail\, au souvenir de la brebis égarée\, entêté\, paresseuse ou fuyante que nous fûmes: « Je vous le dis en vérité\, il y a de la joie chez les anges…. \nLA MÉLODIE\nC’est bien la joie\, simple\, vive\, ardente aussi. Notez cette intonation montant au ré et s’y posant dans la belle lumière d’un sourire plein de tendresse heureuse\, puis les rythmes légers allant vers la cadence de Dei\, gracieuse et pénétrée de vénération\, enfin le mot paeniténtiam retenu dans la paix qui enveloppe tout et s’achevant sur la cadence en fa qui tombe comme un soupir de bonheur profond.  \n\nPolyphonies pour tous les temps\nCantiques pour tous les temps\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Quatrième dimanche après la Pentecôte
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\n\n\n\nIDÉE CENTRALE : La Providence. Dieu dispose tout avec force et douceur pour qu’à travers la béatitude des hommes qui veulent se laissez guider\, se réalise sa gloire. Cette Providence se manifeste avec éclat dans l’histoire de David et de Goliath. L’enfant aux cheveux roux\, choisi à un moment critique de l’histoire d’Israël\, tue avec sa fronde le géant tout armé et sauve le peuple. Figure du Christ qui triomphera de Satan et sauvera le monde.Il ne suffit pas toutefois d’être dirigé\, il faut se laisser diriger\, c’est ce que l’Église demande dans la Collecte : « Seigneur que le cours du monde soit pour nous paisible sous la conduite de votre Providence ».Il restera les épreuves ; elles sont les inévitables fruits du péché mais St. Paul\, à l’Épître\, nous dit qu’il n’y a pas de proportion entre elles et la gloire qui les dépasse infiniment et qu’elles sont\, comme toute chose\, des moyens dont Dieu se sert pour notre béatitude.Enfin\, ce soin que Dieu prend du monde est illustré\, à l’Évangile\, par l’incident de la pêche miraculeuse. Le Christ conduit la barque au bon endroit et\, là où ils ont pêché en vain toute la nuit\, les apôtres prennent tant de poissons que leurs filets se rompent. Figure de l’Église qui\, sous la direction du Christ et de Pierre qui le représente\, s’en va prendre les hommes pour les amener à Dieu\, leur Béatitude. \n\n\n\nINTROÏT\n\n\n\nLE TEXTE\n\n\n\nLe Seigneur est ma lumière et mon salut\, qui craindrai-je ? Le Seigneur est le défenseur de ma vie\, de qui aurai-je peur ? Ceux qui me persécutent\, mes ennemis\, ont trébuché et sont tombés. \n\n\n\nPs. – S’il se dresse devant moi une armée\, il ne craindra pas\, mon cœur. Ps. XXVI. 1\, 2\, 3. \n\n\n\nLe Psaume XXVI est un chant de confiance triomphante. Dans la lumière d’en haut\, le Psalmiste a une conscience si vive de la force protectrice de Dieu autour de lui qu’il se laisse aller à un enthousiasme qui frôle la témérité.Dans le cadre liturgique de ce Dimanche\, consacré à la Providence\, il n’y a rien à ajouter à ces deux versets. L’Église\, éclairée par le Christ son chef\, sait que tout est disposé pour la gloire du Père et\, qu’en fin de compte quoi qu’il arrive\, c’est elle qui aura le dernier mot. Elle le dit à la face de ses ennemis et de Satan leur chef\, qu’elle voit\, dans une vision proche ou lointaine trébucher et tomber les uns sur les autres. \n\n\n\nLA MELODIE\n\n\n\nElle donne à ce texte déjà si expressif par lui-même un ton de confiance joyeuse\, enthousiaste\, vibrante\, avec même cette nuance de défi que l’on trouve dans les élans de foi d’une jeunesse bouillante d’ardeur. Aussi bien\, c’est l’Église éternellement jeune qui chante l’infinie puissance de son chef ; le vainqueur de la mort et de Satan.Des notes longues\, sans cesse ramenées au fa par la tierce inférieure\, donnent à la première phrase une force extraordinaire. Il n’y a pas d’éclat ; c’est une volonté qui se pose\, assurée\, ferme comme une ligne infranchissable.L’enthousiasme qui a déjà monté sur quem timébo s’élève plus ardent sur Dominus qui\, au début de la seconde phrase\, reprend à la quinte supérieure\, le motif de l’intonation. Toutes les affirmations sur fa s’en trouvent renforcées\, amenant\, pour finir\, cet admirable cri de fierté audacieuse\, quelque peu téméraire même : a quo trepidabo ?L’idée de la troisième phrase est autre : l’Église voit ses ennemis défaits. Elle se laisse aller à la joie\, une joie qui est débordante\, dès le début\, sur qui tribulant ; le motif qui glorifie le Christ dans le verset du Graduel Christus factus est\, le Jeudi Saint .Elle se revêt ensuite d’une autorité et d’une force qui\, sur les notes longues de mei et de infirmati sunt a quelque chose de dur\, comme l’épée du vainqueur sur l’ennemi prosterné.Le Psaume est dans le même esprit de confiance et de bravoure. \n\n\n\nGRADUEL\n\n\n\nLE TEXTE\n\n\n\nSois propice\, Seigneur\, à nos péchés afin qu’elles ne disent pas \, les nations  : Où est leur Dieu ? Verset. Aide-nous\, Dieu notre salut\, et\, pour l’honneur de ton nom\, Seigneur\, libère-nous. Ps. LXXVIII. 9\, 8. \n\n\n\nLe Psaume LXXVIII est une élégie sur la destruction de Jérusalem. Pour finir\, le peuple désolé\, qui voit dans cette épreuve le châtiment du péché\, supplie le Seigneur de lui pardonner et de le délivrer.C’est de cette supplication qu’est fait ce Graduel. Il est chanté une première fois\, le samedi des Quatre-Temps du Carême. Il est tout à fait à sa place en cette période de pénitence. Ici de même après la lecture de l’Épître. Saint Paul nous dit  : « La création a été assujettie à la vanité\, mais elle vit dans l’espoir qu’elle sera affranchie de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu. » L’ Église demeure sur cette idée ; elle vit\, dans cette servitude qui attache le monde à la vanité\, la grande épreuve devant laquelle tout succombe et elle supplie le Seigneur\, qui de tout tire son bien\, de la dégager de cet esclavage et de le faire servir à sa gloire\, selon les desseins de le Providence qui a bien disposé toutes choses et cela pour l’honneur de son nom\, car il a promis. \n\n\n\nLA MÉLODIE\n\n\n\nC’est une très belle prière\, humble\, grave avec des accents d’intense ferveur.L’intonation\, quelque peu sombre\, est admirablement adaptée à une demande de pardon. Sur la double note du début\, comme sur la retombée de esto\, la supplication vraiment monte de très bas\, on sent l’âme courbée dans le repentir de ses fautes. Cette pression se développe sur le beau motif de Domine\, presque exclusivement réservé au nom divin \, mais\, discrètement\, timidement. C’est seulement sur peccatis que la ferveur pousse la mélodie ; l’élan est alors admirable\, très priant\, émouvant même. Très vite arrêté\, comme il convient à la prière humble\, il se détend sur nostris en une cadence en demi-ton qui supplie délicatement.Les phrases suivantes ne sont plus de la prière pure. L’âme plaide plus qu’elle ne demande. Elle fait valoir habilement les railleries des nations idolâtres qui monteront en fait vers le Seigneur s’il ne se décide pas à agir  : « Où est-il leur Dieu ? » Il y a quelque chose de plus vif dans la mélodie\, sur dicant en particulier et sur gentes\, mais sans éclat\, comme en une atmosphère de honte.Le mouvement est encore plus prononcé\, plus dégagé\, plus hardi sur ubi est ; l’insistance plus vive aussi – notez les deux notes doubles – mais l’attitude humble demeure\, notamment sur la descente retenue de eorum. \n\n\n\nAdjuva nos Deus monte comme un appel pressant qui devient peu à peu sur Deus noster comme un cri angoissé\, et qui se détend ensuite en cadence empreinte de tristesse. C’est le motif qui chante l’exaltation du Christ dans le verset du Graduel Christus factus est ; il faut bien admettre qu’il se prête parfaitement ici à cette ardente supplication.Vient ensuite\, comme dans la première partie\, le plaidoyer. Il est très insistant sur honorem ; notez les épisèmes horizontaux. Formule centon qui reçoit des emplois divers mais qui est ici fort bien adaptée car elle donne un relief considérable au mot qui fait la valeur de l’argument devant Dieu  : honorem\, son honneur. Brusquement\, sur nominis tui\, la mélodie devient un récitatif tout simple. Il est d’un grand effet. L’âme\, à l’évocation du nom divin\, se fait à nouveau toute humble et pleine de vénération\, et c’est dans une atmosphère de supplication discrète et pénétrée de repentir qu’elle chante le mot qui demande la délivrance : libera nos. Les notes longues\, les épisèmes horizontaux\, les répercussions de la finale y mettent l’accent peut-être le plus émouvant de toute la prière. \n\n\n\nALLELUIA\n\n\n\nLE TEXTE\n\n\n\nDieu qui sièges sur ton trône et juges selon l’équité\, sois le refuge des pauvres dans la tribulation. Ps. IX. 5\, 10. \n\n\n\nLe Psaume IX est une louange au Seigneur. Israël chante sa délivrance et remercie Dieu de l’avoir sauvé. Au verset 5 on lit  : « Tu m’as fait justice. Tu t’es assis sur ton trône\, toi qui juges selon l’équité\, »  et au verset 10 : « Le Seigneur s’est fait le refuge du pauvre\, ».En mettant les verbes à l’impératif on a transformé ce texte de louange en prière. L’objet en est le même que dans le Graduel : un appel au Seigneur pour que\, délivrés de cette vanité du créé qui retient en nous l’épanouissement de la vie de Dieu\, nous réalisions ce que Dieu veut de nous\, dans sa Providence\, pour sa Gloire et notre Béatitude. \n\n\n\nLA MÉLODIE\n\n\n\nIl faut évidemment la chanter comme une prière\, en notant bien toutefois qu’elle n’est pas une supplication ardente comme le Graduel.La première phrase est moins une prière proprement dite qu’un titre donné à Dieu\, et la mélodie la traite comme telle. Deus a quelque chose de simple\, d’aimable\, on dirait bien de familier. L’incise de qui sedes super Thronum\, elle\, est comme une admiration de la majesté de Dieu. Prise par l’image évocatrice des splendeurs célestes\, l’âme est comme fixée en contemplation. Elle oublie qu’elle demande et ce qu’elle demande\, elle admire et jouit\, berçant sa joie sur des rythmes souples qui montent et s’élargissent\, à mesure que se déploient les beautés qui s’offrent à elle. C’est le même procédé que dans le Graduel Qui sedes du IIIe Dimanche de l’Avent. La formule n’est pas originale\, on la trouve dans le verset du Graduel Benedictus\, le Dimanche dans l’Octave de l’Épiphanie\, elle est là aussi une contemplation de la paix et de la justice qui viendront des montagnes et des collines\, sur le peuple. La même formule encore chante\, dans le Graduel Clamaverunt de la messe Salus autem du commun de plusieurs martyrs\, la paix qu’apporte le Seigneur à ceux qui sont dans la tribulation.Dans la deuxième phrase\, qui\, elle\, est bien l’exposé de la demande\, la mélodie est vraiment déprécative\, notamment dans la montée de esto et plus encore dans la descente de pauperum\, retenue si à propos par l’influence du quilisma\, mais la prière demeure simple et sans pression ; tout au plus pourrait-on déceler quelques accents plus marqués dans le jubilus sur les virgas des sommets. \n\n\n\nOFFERTOIRE\n\n\n\nLE TEXTE\n\n\n\nÉclaire mes yeux\, de crainte que je ne m’endorme dans la mort\, de peur qu’il ne dise mon ennemi  : j’ai prévalu sur lui. Ps. XII. 4\, 5. \n\n\n\nLe Psaume XII est la prière d’un malheureux dans l’épreuve\, qui se croit abandonné de Dieu. Il se plaint d’abord puis\, de la plainte\, jaillit la supplication dont est fait cet Offertoire : Éclaire mes yeux assombris\, obscurcis par la tristesse\, les soucis\, les larmes… que je voie la force que tu es\, ou alors le sommeil de la mort va venir et ce sera sur moi le cri de triomphe de l’ennemi  : Je l’ai vaincu.Cet offertoire est chanté une première fois le samedi qui précède le Troisième Dimanche de Carême. Il fait suite\, là\, à l’histoire de l’Enfant prodigue et il est bien alors la voix du malheureux qui commence à se repentir.. et la nôtre. Ici on voit moins comment il s’adapte à l’Évangile de la pêche miraculeuse. On pourrait peut-être le mettre sur les lèvres de Saint Pierre. Celui-ci est en effet d’autant plus attitré à faire cette prière qu’il s’endormira hélas  ! à l’heure la plus dangereuse de sa vie et que\, faute d’avoir les yeux ouverts\, il se laissera prendre au piège de Satan jusqu’à renier son Maître. Mais sans doute est-il mieux encore d’en faire le chant de l’Église. Elle est symbolisée ici par la barque\, le Christ et les futurs apôtres. C’est Notre-Seigneur qui les guide vers le large et leur fait jeter le filet au bon endroit. Sans lui point de pêche fructueuse et bientôt la tempête. Sans lui\, maintenant encore\, qu’en serait-il de la barque  ?L’Église a conscience de la lumière qu’il lui faut. Elle la demande à Dieu afin que\, guidée par sa Providence vers les bancs poissonneux\, elle sache jeter le filet\, éviter les écueils\, tenir bon contre les vents forts et contraires et que\, toujours en éveil\, toute dans la clarté et forte de la force du Christ\, elle tienne en respect l’ennemi et l’empêche de prévaloir. \n\n\n\nLA MÉLODIE\n\n\n\nLa première incise est une prière toute simple sans insistance ni pression ; le ton est aimable\, familier\, avec une nuance de tendresse délicate sur la cadence en mi du IVe mode. La montée sur meos a un peu plus de mouvement\, et une touche de crainte se perçoit déjà sur le demi-ton de la cadence en la. C’est la peur qui monte. Elle éclate sur nequando. Il y a sur la double note qui attaque brusquement le do – c’est une bivirga épisématique – comme un frisson ; il passe ensuite dans toute l’incise particulièrement marqué dans la descente de nequando sur fa et sur le pressus de obdormiam. Mais c’est sur morte que l’anxiété est le plus marquée ; la triple note du sommet – une trivirga dont les deux premières sont épisématiques – amenée par la clivis allongée\, et la cadence sur mi font ce motif vraiment chargé d’angoisse.Peut-être la frayeur croît-elle encore dans la seconde phrase ; il y a comme une répulsion d’horreur sur le motif de dicat\, répété sur inimici\, la triple note là encore\, est une trivirga\, les deux premières épisématiques.Praevalui adversus eum est traité en style direct ; c’est l’ennemi lui-même qui parle. La mélodie qui descend\, de plus en plus lourde\, évoque la pression progressive de l’ennemi qui écrase son adversaire en disant lentement et avec un accent de joie mauvaise\, à mesure qu’il le sent perdre vie\, le mot de son triomphe  : Je l’ai eu … Cette descente est unique dans tout le répertoire. Quel réalisme ! La joie du vainqueur continue sur adversus eum\, plus légère\, mais bien marquée là aussi\, par le mouvement du début do-fa-re-mi et surtout par les deux tristrophas encadrant le motif sol-la-sol-re. Il n’est pas jusqu’à la cadence du IVe mode\, si mystique d’ordinaire\, qui ne sonne ici comme un ricanement moqueur. \n\n\n\nCOMMUNION\n\n\n\nLE TEXTE\n\n\n\nLe Seigneur est mon firmament\, et mon refuge\, et mon libérateur ; mon Dieu\, mon aide  ! Ps. XVII. 3. \n\n\n\nNous retrouvons pour finir cette messe la belle confiance du début. Dans la communion\, l’âme a pris conscience de la force du Christ en elle\, elle sent qu’il la protège\, et que par lui\, avec lui\, en lui\, elle surmontera les épreuves de chaque jour\, et qu’elles finiront\, ces épreuves\, en poids de gloire. De cette certitude lumineuse\, la joie jaillit en elle et pour l’exprimer\, elle ne trouve pas mieux que les paroles\, surchargées d’épithètes symboliques par lesquelles David remerciait Dieu de l’avoir protégé  : le Seigneur est le firmament qui la couvre\, l’atmosphère où elle respire\, le refuge où elle se cache; il est son libérateur ; celui qui lui permet\, comme jadis au petit David\, de vaincre le Goliath de toujours. \n\n\n\nLA MÉLODIE\n\n\n\nUne joie douce où passent les ardeurs d’une tendresse reconnaissante l’enveloppe toute.L’intonation sur le nom divin est gracieuse. Tout de suite après\, la ferveur se déploie en accents vifs et délicats sur les pressus de firmamentum\, les quilismas de refugium et de meum ; elle va jusqu’à l’enthousiasme sur liberator meus ; un enthousiasme qui monte\, retenu\, mesuré avec les torculus et s’épanouit à loisir sur les deux pressus.La seconde phrase est plus douce et plus tendre surtout le premier Deus meus. Admirable mot d’amour que l’âme adresse directement à Dieu et qui rappelle le Rex meus et Deus meus de la Communion Passer invenit du IIIe Dimanche de Carême. Adjutor meus\, sur le motif de firmamentum meum renforce encore la protestation d’amour et l’achève en une cadence paisible et heureuse. \n\n\n\n\nCantiques pour tous les temps\n\n\n\nPolyphonies pour tous les temps\n\n\n\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Cinquième dimanche après la Pentecôte
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nLEÇONS DES MATINES : David pleure Saül et Jonathas (II Rois. 1) \nÉPITRE : Conseils de Saint Pierre sur la charité. (I Pierre III. 8) \nÉVANGILE : Notre-Seigneur demande que la justice et la charité ne soient pas seulement extérieures (Math. V. 18) \nIDÉE CENTRALE : Il semble qu’on peut faire de la pratique de la charité et spécialement de la charité fraternelle l’idée centrale de ce dimanche. \nDavid nous en offre un émouvant exemple en pleurant Saül\, qui le jalousait à mort\, aussi bien que Jonathas qu’il aimait comme un frère. La collecte nous fait demander dans une admirable formule ce qui en est le principe : le sentiment de l’amour de Dieu « afin que nous l’aimions en tout être et plus que tout être\, in omnibus et super omnia« . \nDans l’Épître\, Saint Pierre nous en enseigne la pratique et Notre-Seigneur lui-même\, dans l’Évangile\, nous recommande avec instance d’avoir une justice imprégnée d’une charité qui soit douce et qui mette la réconciliation avant le sacrifice\, car on ne saurait aimer Dieu sans aimer le prochain. \nINTROÏT\nLE TEXTE\nÉcoute\, Seigneur\, ma voix qui crie vers toi. Sois mon aide ; ne m’abandonne pas et ne me délaisse pas\, Dieu\, mon salut.  \nPs. – Le Seigneur est ma lumière et mon salut\, qui craindrai-je ? Ps. XXVI. 7\, 9\, 1. \nC’est encore le Psaume XXI\, comme dimanche dernier\, mais on a choisi\, cette fois\, pour l’antienne\, les versets qui expriment la confiance suppliante\, et réservé pour le psaume\, ceux qui chantent la confiance enthousiaste.\nAinsi composé\, cet Introït se présente comme la prière d’une âme qui a besoin de Dieu\, qui ne sent pas assez sa présence aimante et qui a peur d’être délaissée. Ce n’est pas que la confiance  lui manque absolument mais elle ne monte pas. \nL’objet de sa prière n’est pas précisé\, mais rien ne s’oppose à ce que ce soit la charité précisément. L’âme peut demander que le Seigneur lui donne de sentir son amour dans l’intimité\, comme le fera le prêtre dans la collecte. Elle peut demander le secours du Seigneur pour la pratique de l’amour du prochain qu’elle trouve parfois si difficile\, qui est si délicate et où elle sent que\, d’elle-même\, elle ne peut rien. \nDans le Psaume\, comme si elle était déjà exaucée\, l’âme sent sa confiance renouvelée; elle lance\, avec une ferme assurance cette fois\, le cri enthousiaste de dimanche dernier : « Le Seigneur est ma lumière\, qui craindrai-je ? » \nLA MÉLODIE\nLa première phrase est d’une très grande simplicité. Aucun sentiment n’est poussé. L’âme n’est ni accablée\, ni angoissée\, humble certes\, mais rien de plus. Il y a un accent plus marqué sur la première clivis de Domine mais on ne saurait dire si c’est de la supplication ou de l’amour\, encore qu’une nuance de plainte monte sur le salicus de meam. Clamavi descend et remonte alourdi par les clivis allongées : la cadence sur fa par le salicus renouvelle la plainte toujours très délicate – si c’en est une – et c’est tout. Aussi bien cette première phrase n’est pas la prière proprement dite\, elle est seulement comme une demande de prise en considération ; le cri suppliant qu’elle annonce ne s’élève qu’au début de la seconde. \nIl n’est pas véhément ; il monte  graduellement du ré au do où il atteint\, sur la bivirga épisématique de esto\, son maximum d’intensité et d’expression. La mélodie revient ensuite au calme du début. L’âme continue à faire pression mais c’est tout à fait à l’intérieur\, dans l’intimité paisible où elle s’entretient avec le Seigneur. On notera particulièrement les podatus de derelinquas\, la retombée sur me\, et toute l’incise de neque despicias me dont le quilismas\, le porrectus et le mouvement très lié et très gracieux sont si caractéristiques de la douce pression que permettent les relations d’amitié. Deus meus est une exclamation. Le porrectus allongé\, la cadence sur do\, très douce et retenue par la virga pointée et la distropha\, la remontée sur le salicus et enfin la cadence mystique du IVe mode l’enveloppent d’une tendresse qui relie admirablement la confiance suppliante du début à la confiance triomphante du Psaume\, comme si cette pression aimante avait obtenu la grâce demandée. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nNotre Protecteur\, regarde\, ô Dieu\, et jette les yeux sur tes serviteurs. \nVerset. – Seigneur\, Dieu des vertus\, écoute les prières de tes serviteurs. Ps. LXXXIII 1\, 10 \nDans le Psaume on lit : respice faciem Christi tui : jette les yeux sur la face de ton consacré. Le consacré pour le Psalmiste c’est le Roi d’Israël\, chargé de représenter Dieu au milieu de son peuple et de figurer à l’avance le consacré par nature : le Christ. C’était une forme de prière à laquelle Dieu pouvait difficilement résister. \nIci\, faciem Christi a été remplacé par servos tuos : tes serviteurs. En un sens\, c’est la même chose\, car nous sommes tous des consacrés ayant participé\, par le Baptême et l’Eucharistie\, à l’onction qui fait le Christ prêtre et roi. En invoquant ce titre\, à nous non plus Dieu ne peut rien refuser. L’objet de la prière est le même que dans le psaume. L’Église demande que le Seigneur jette sur nous un regard de bienveillance\, présage de ses grâces de choix. Ces grâces sont imprécises\, mais\, tout naturellement\, nous sommes portés à demander ce que l’Épître nous invite à pratiquer : la parfaite justice « C’est à cela que vous avez été appelés afin de recevoir en héritage la bénédiction ». Laquelle n’est pas autre chose que le regard de Dieu fixé sur nous en infinie tendresse. \nLA MÉLODIE\nL’intonation se développe dans le grave. Il faut bien se garder de la faire triste ou sombre ; une nuance de vénération\, c’est tout. Notez que la cadence en do est bien majeure et quelle a même quelque chose d’aimable. Sur aspice\, la prière monte ; elle est ardente mais ne presse pas\, les porrectus et la clivis allongée y mettent je ne sais quoi de mesuré\, de retenu. Très réservée de même la reprise sur Deus qui\, elle aussi\, finit en une cadence toute empreinte de paix heureuse.\nRespice\, au début de la seconde phrase\, avec le sib\, le quilismas et la cadence en demi-ton\, a un caractère de supplication plus marqué qui se prolonge jusqu’à la fin de la formule finale mais sans atténuer l’atmosphère de sérénité et de paix. \nLa première phrase du verset ne comprend que Domine Deus virtutum. Est-elle une prière ? Peut-être seulement une contemplation éveillée dans l’âme par le mot Domine. Il est certain que les deux premières incises\, jusqu’au second quart de barre – un motif presque exclusivement réservé au Seigneur – n’ont rien de suppliant\, elles sont plutôt tout empreintes de joie paisible\, quant à la troisième\, cette superbe montée que nous avons déjà rencontrée si souvent\, elle peut être une ardente prière mais elle demeure enthousiaste. Il semble bien qu’ici\, comme en tant d’autres cas\, l’âme oublie un instant qu’elle demande pour contempler\, admirer\, louer le Dieu des vertus à qui elle s’adresse. \nPar contre\, la deuxième phrase\, en plein accord cette fois avec le texte\, est une vraie prière. Et très suppliante dès le début ; notez l’élan vers la virga au sommet de exaudi\, le pressus\, la distropha la répercussion\, et surtout la descente de preces par le sib qui ramène\, degré par degré\, l’humble vénération de la première partie. Il y a une reprise assez vive sur tuorum ; elle relance l’invocation qui trouve alors à se déployer à loisir sur la très belle formule finale\, à la fois si suppliante et si paisible. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nSeigneur\, dans ta force\, il se réjouira le roi\, et\, dans ton salut\, il aura une joie extrême. Ps. XX. 1. \nLe Roi est revenu vainqueur ; le peuple s’en réjouit et rend grâce à Dieu. Il s’agit de David. On peut même penser à sa consécration car\, dans le verset qui suit\, on loue le Seigneur d’avoir posé sur sa tête une couronne d’or. Mais\, par delà le Roi d’Israël\, il s’agit du Christ qui reviendra victorieux de la mort et qui se réjouira de la force de Dieu qui l’a sauvé. Et dans le Christ il s’agit aussi de l’Église qui le continue et de ses membres qui\, rois et prêtres eux aussi\, reviendront un jour vainqueurs\, comme lui. \nC’est dans ce sens qu’il faut entendre ce texte. L’Église qui tout à l’heure  implorait l’aide de Dieu pour pouvoir pratiquer la perfection de la justice et de la charité\, sent soudain qu’elle est exaucée et\, dans sa confiance ravivée\, elle chante et le Christ qui se réjouit en elle et elle-même qui exulte en lui. \nLA MÉLODIE\nLa joie quelle exprime est une joie paisible\, intérieure\, contemplative. Elle n’éclate pas\, elle se dilate plutôt. L’âme jouit de son intimité avec le Seigneur ; elle n’en sort pas. \nDomine donne le ton dès le début\, il est comme un salut aimable\, heureux\, souriant ; toutes les notes et tous les neumes sont liés en courbes gracieuses. La même grâce souple se déploie sur in virtute tua ; enveloppant le pressus et la tristropha dans la même ligne harmonieuse. Des nuances de tendresse et de reconnaissance y passent\, mais délicates et sans altérer\, si peu que ce soit\, la pureté de la ligne mélodique. Laetabitur\, le mot de la joie\, se développe dans le grave sur une formule de Graduels du Ier mode\, qui le sert admirablement par son expression de plénitude. La remontée se fait en une belle progression\, réservée toujours\, et qui s’achève en une cadence en demi-ton sur rex qui se trouve ainsi enveloppé d’une nuance délicate de tendresse. \nVient alors dans la seconde phrase le beau motif\, deux fois répété\, de la contemplation\, car cette mélodie qui monte lentement\, et se déploie à deux reprises sur des trivirgas allongées est bien contemplative. L’âme ne dit plus rien. Sur la conjonction et\, elle se repose de penser\, elle aime seulement et\, tout naturellement\, elle chante ; elle chante un air qui s’élève doucement au rythme de son amour\, plane comme en des points d’orgue prolongés et redescend\, pour remonter avec une grâce achevée où passe tout la paix heureuse dans laquelle elle contemple son roi. Quand les mots reviennent\, le charme s’atténue\, mais l’atmosphère demeure. Vehementer n’a rien de véhément\, c’est dans le grave que se développe la mélodie et\, quand elle remonte pour s’étaler une dernière fois plus élargie encore sur la tonique\, c’est toujours la même joie paisible et profonde qu’elle chante. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nJe bénirai le Seigneur qui m’a donné l’intelligence. Je gardais Dieu en ma présence toujours. Puisque à ma droite il est \, je ne chancellerai pas. Ps. XV. 6\, 8.\nLe Psalmiste dit à Dieu sa reconnaissance parce qu’il lui donne de comprendre les choses dans leur vrai sens – c’est ainsi qu’il faut entendre intellectum. Et il explique la raison de cette assistance bienfaisante du Seigneur : « Je gardais Dieu en ma présence\, toujours ». Il continuera de vivre ainsi sous l’influence divine ; d’où sa confiance : « je ne chancellerai pas ». \nCet offertoire est chanté une première fois le lundi de la seconde semaine de Carême\, après l’Évangile dans lequel Notre-Seigneur dit aux juifs : « je ne fais rien de moi-même\, je dis ce que le Père m’a enseigné ». Il en est une belle paraphrase\, soit qu’on l’entende de Notre Seigneur qui bénit son Père de lui avoir révélé toutes choses et de le conseiller en tout\, soit qu’on l’entende de l’Église qui reçoit tout de l’Esprit du Christ\, et de nous tous qui recevons la même assistance si nous voulons user des dons. Ici\, il ne saurait être entendu que de l’Église et de nous. Elle remercie le Seigneur et nous remercions avec elle\, de nous donner la lumière qui nous fait comprendre les conseils de justice et de charité qu’il vient de nous redire et tous ceux que\, par son Esprit\, il ne cesse de nous prodiguer. \nLA MÉLODIE\nC’est encore la joie qui caractérise ce chant d’action de grâces. L’intonation en fait foi\, c’est celle du Gaudeamus\, du Jubilate et de tant d’autres chants d’allégresse.\nLe bel élan de Benedicam\, mesuré et souple\, va s’épanouir sur dominum en une longue tenue toute pénétrée de gratitude et d’amour. C’est la même ferveur reconnaissante qui se développe ensuite dans toute la phrase. Mihi est bien en relief\, mais c’est intellectum qui\, à la fin\, retient tout l’intérêt. Le motif est assez apparenté à celui de Dominum ; une sorte de point d’orgue que les répercussions étendent et qui se prolonge encore en une cadence élargie. Admirable expression\, l’ardeur monte vive du fa au do où elle se renforce et s’étale\, comme si l’âme voulait prolonger l’évocation de ce bienfait précieux entre tous qu’est l’intelligence de la parole divine. \nAu début de la seconde phrase\, la montée syllabique de providebam a quelque chose de vif ; on sent l’âme comme pressée de révéler ce qui lui a valu de pénétrer le sens profond des conseils divins. Elle insiste ensuite sur conspectu meo. Pour la troisième fois la mélodie épanouit son ardeur sur une bivirga ; mais cette fois\, elle module en fa ce qui lui permet par une remontée au si b d’envelopper semper d’une belle nuance de plénitude heureuse : l’âme prend conscience de toute la joie qu’elle goûte dans cette présence continuelle du Seigneur et dans le colloque d’amour qui naît entre elle et lui. \nLa troisième phrase est assez différente des deux autres. C’est une sorte de réflexion. L’âme tire la conséquence de la présence divine : elle n’a pas à craindre de tomber. Toutefois à partir de dextris\, cette réflexion est plus faite d’amour que de raison. Après avoir mis le mot en un très fort relief\, la mélodie descend brusquement et mihi se trouve dans le grave. L’âme soudain toute confuse d’une telle faveur se perd en humble révérence et s’efface. Elle ne se relève plus et\, sur le dernier mot\, chante en de longs neumes très liés\, le bonheur de sa sécurité dans l’amour. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nUne seule chose j’ai demandée au Seigneur\, je la demanderai avec instance : que j’habite dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie. Ps. XXVI. 4 \nC’est encore le Psaume XXVI. Après avoir exprimé sa confiance en Dieu dans une ardeur de bravoure au cours des premiers versets\, le Psalmiste laisse monter son désir\, son unique désir; ce n’est pas le triomphe\, ni la gloire\, mais d’habiter au Temple\, d’être l’hôte du Seigneur\, de vivre près du lieu où il se manifeste et de ne pas le quitter.\nPour nous\, le Temple c’est le Ciel\, en dernier ressort c’est ce que l’âme demande ici. Au moment où elle a en elle le Christ\, après avoir\, tout au long de la messe\, sollicité le secours du Seigneur pour pratiquer la perfection de la charité\, se rendant compte de toutes les difficultés qu’en comporte la pratique et enivrée d’amour aussi au contact de l’Eucharistie\, elle reprend l’ardente supplication de la collecte et laisse jaillir son désir du Ciel où tout ne sera qu’amour partagé dans la Béatitude. \nLA MÉLODIE\nL’intonation est toute simple\, mais\, après une très gracieuse inclination\, pleine de respect\, sur le nom du Seigneur\, le désir monte. C’est comme un jaillissement d’amour ardent ; splendide élan qui franchit l’octave du fa au fa et s’épanouit en pleine ferveur sur le pressus. La détente se fait sur des formules communes mais avec un pression délicate sur les virgas des sommets.\nEt voici qu’au début de la deuxième phrase\, le cri reprend et se prolonge sur toute l’incise. La mélodie\, presque syllabique\, s’est allégée et le mouvement emporte les mots les uns après les autres sur la teneur extrême du mode en une ardeur qui est comme pénétrée à l’avance de la joie désirée. Puis la détente se fait de plus en plus paisible sur le même motif que dans la première phrase. Sur les neumes qui descendent\, très liés\, très simples\, vers la tonique\, l’âme berce la joie de son espoir en l’amour sans limite et sans fin qui sera sa vie à jamais dans la maison du Père. \n  \n\nCantiques pour tous les temps\nPolyphonies pour tous les temps\n\n  \nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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DESCRIPTION:L’introït Nunc scio interprété par la Schola Bellarmina \nhttps://www.musique-liturgique.com/wp-content/uploads/2020/06/Introitus_Nunc_Scio.mp3 \nLes autres pièces grégoriennes de cette messe.\n\nChants propres pour la Saints Pierre et Paul :\nEn grégorien : Hymne Decora lux (il s’agit de l’hymne propre des vêpres – elle est magnifique\, en mode 4); la partition se trouve dans le livre de chant Magnificat Dominum\, et voici un enregistrement audio : \nhttps://www.musique-liturgique.com/wp-content/uploads/2020/06/Decora_Lux.mp3 \nSuite dans le volume 12 de l’intégraleDeux cantiques : Eglise du Seigneur \nhttps://www.musique-liturgique.com/wp-content/uploads/2020/06/2_07_Eglise_du_Seigneur.mp3 \nVoici la partition et les voix séparées. Pour ceux qui ont le Magnificat Dominum\, elle s’y trouve à la page 407.Terre et ciel\, chantez la gloire des apôtres: partition et fichier audio ici. Dans Magnificat Dominum à la page 406. \n\nCommentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\n« Aujourd’hui\, naissance au ciel des Saints Apôtres Pierre et Paul ».Ainsi est annoncée la fête au Martyrologe. En fait\, le 29 juin n’est pas la date de leur martyre; on ignore quelle elle est. Primitivement ils furent fêtés dans les jours qui suivent Noël\, comme Saint Etienne et Saint Jean l’Evangéliste. Mais en 258\, au Cours d’une persécution\, les chrétiens jugèrent prudent d’enlever leurs corps de leurs tombeaux et de les cacher dans une propriété\, à la deuxième borne milliaire de la voie Appienne. Ce transfert eut lieu le 29 juin. On le fêta tous les ans et\, après que les corps eurent été ramenés dans leurs tombeaux\, cette date resta celle de leur solennité.Il y eut d’abord deux stations; l’une\, à l’aurore\, à Saint-Pierre; l’autre dans la matinée\, à Saint-Paul-hors-les-murs. Chacun des saints avait ainsi sa messe\, mais la collecte était commune. Au VIIIè siècle\, pour plus de commodité et aussi pour marquer que la prédication des deux Apôtres est l’unique principe de l’Eglise Romaine\, l’unique fondement de sa vie spirituelle et\, qu’ils ont été « deux yeux d’un même corps »\, il fut décidé que la messe de Saint Paul serait transférée au lendemain et que le 29\, les deux seraient fêtés dans un seul office.En fait\, ce que l’Eglise célèbre le 29 juin\, c’est la fête des Princes des Apôtres\, la fête du jour où l’Eglise est née à Rome du sang des deux inséparables\, et aussi la fête de la primauté pontificale\, la fête du Pape. Dans l’office\, Saint Pierre a la grosse part et les incidents de sa vie qui sont commémorés sont principalement celui du pouvoir des clefs\, et celui de sa délivrance de la prison de Jérusalem où Hérode l’avait enfermé. \nINTROÏT\nLE TEXTEMaintenant je sais qu’il a envoyé\, le Seigneur\, son ange\, et il m’a enlevé de la main d’Hérode\, et de toute l’attente du peuple Juif.Ps. Seigneur\, tu m’as éprouvé et tu m’as connu. Tu savais à l’avance mon réveil. Act. XII. 1l. – Ps. CXXXVlI\, 1\, 2.Saint Pierre prononça ces paroles au sortir de prison\, après que l’Ange qui venait de le délivrer eut disparu. Alors\, « revenu à lui-même »\, prenant conscience qu’il ne rêvait pas\, il dit: « Maintenant je sais … »C’est du ciel qu’il nous chante aujourd’hui ces paroles de libération. Elles n’ont rien perdu de leur actualité\, tant s’en faut. Maintenant qu’il voit en Dieu la raison d’être des évènements et de tous leurs détails\, il comprend\, comme jamais il ne le comprit durant sa vie\, l’action incessante du Christ gardant son Eglise\, lui laissant l’épreuve pour un temps\, puis la dégageant au moment où tout semble perdu.Voilà bien ce qui depuis n’a jamais cessé. Aussi\, avec son premier chef\, c’est l’Eglise tout entière qui dans cet Introït chante son histoire et son absolue confiance en celui qui ne permet pas aux puissances de l’enfer de prévaloir contre elle.Le Psaume\, qui s’élève comme une action de grâces\, est admirablement choisi\, c’est le psaume de la Résurrection du Christ. C’était bien quelque chose comme une résurrection que cette délivrance; Saint Pierre aurait été supplicié le lendemain.LA MÉLODIELa première phrase se déroule en une ligne parfaite sur toute l’ambitus du IIIè mode. C’est un très beau mouvement\, paisible\, sans éclat\, mais pénétré de joie\, une joie profonde\, toute intérieure et ardente en même temps. Elle va d’un bel élan s’épanouir sur quia misit me puis se revêt d’une tendresse délicate qui s’épanche tout au long de la thésis.La seconde est plus discrète\, comme si le Saint ne voulait parler de lui qu’à la dérobée\, juste assez pour signaler la main libératrice du Seigneur par le salicus de eripuit et celle d’Hérode par le pressus de la cadence.La troisième s’y rattache de très près: on y retrouve la joie du début. Elle a peut-être moins d’élan mais la montée en quarte sur la bivirga de expectatione lui donne quelque chose de grand\, de noble\, de fort qui va bien à ces mots qui disent le triomphe de la puissance de Dieu sur celle du monde. \nGRADUEL\nLE TEXTETu les établiras princes sur toute la terre\, perpétuant ton nom\, Seigneur. – Pour succéder à tes pères\, il t’est né des fils. C’est pourquoi les peuples te loueront. Ps. XLIV. 17.18.Ces paroles sont la dernière strophe du chant nuptial qu’est le Psaume XLIV. Le poète pour finir chante l’heureuse postérité de la nouvelle famille. En fait\, le psaume célébrant l’union du Christ et de l’Eglise\, il s’agit de la nouvelle génération\, de la race sacerdotale et royale du Christ\, qui va peu à peu couvrir la terre et établir sur le monde le règne de Dieu.Ici\, l’interprétation est plus précise encore. Les fils qui sont nés pour remplacer leurs pères ce sont les Apôtres. Le Roi les a établis princes sur la terre entière pour régir les peuples et les rois en son nom. Ils ont commencé. Après eux d’autres ont continué\, et aujourd’hui\, du fond de l’éternité\, ils peuvent voir le Royaume s’étendre sur le monde. Il reste encore des conquêtes à réaliser\, mais les fils continuent de naître pour poursuivre l’œuvre et un jour viendra où peuples et rois seront soumis dans l’amour. Alors\, assis avec le Christ\, les douze premiers apôtres jugeront les douze tribus d’Israël. La prophétie du chant nuptial sera réalisée en plénitude.LA MÉLODIEIl n’en est pas de plus parfaite et dans la forme et dans l’adaptation aux paroles.C’est l’Eglise qui chante\, l’Eglise consciente d’être l’Epouse du Christ\, consciente d’avoir en elle la force de Dieu qui la fait s’étendre toujours plus dans le monde\, qui lui donne de demeurer par-dessus les royaumes qui se renversent et les races qui passent: l’Eglise immortelle. Et elle chante ceux qui sont ses Princes: les premiers d’abord\, Pierre et Paul\, et aussi ceux qui\, comme des enfants succédant à leurs pères\, ont gouverné le monde après eux. De là\, la grandeur qui pénètre son chant.On la trouve dès les premières notes\, cette grandeur\, dans la bivirga si ferme de constitues et plus encore dans le balancement fier et noble de la cadence de eos. Elle demeure d’abord discrète; Principes n’a pas d’élan. Mais quelle majesté dans ces rythmes ternaires qui viennent se poser sur les virga allongées\, soulignant dans leur mouvement ample et souple les notes fondamentales la\, fa\, ré\, mi\, do\, puis remontant en fa dans le même mélange de ternaire et de binaire! Ce n’est que sur super terram qu’elle devient éclatante. L’enthousiasme\, qu’on sentait latent dès le début\, jaillit soudain dans l’attaque sur la dominante et va croissant jusqu’à la dernière syllabe de terram où il s’épanouit dans les beaux intervalles de quintes qui montent et descendent nobles et fiers: sib la sol ré    do ré do fa    sol la do sib la.La cadence sur fa n’épuise pas le mouvement\, il reprend dans la même ardeur éclatante sur mémores pour aller mettre en plein relief nominis tui\, Domine. Ce n’est que sur ce dernier mot qu’il se détend en une nuance de vénération aimante qui\, elle aussi\, devient tout de suite ardente sur l’admirable formule de la fin.LE VERSET. – (V) Pro patribus tuis nati sunt tibi filii; Proptérea populi confitebuntur tibi.La montée rapide à la dominante et l’attaque nette de patribus sur la bivirga marque la mélodie\, dès le début\, de la même ardeur enthousiaste. Celle-ci convient d’ailleurs parfaitement à ces mots qui exaltent la race du Christ et tout d’abord ceux qui en furent les premiers propagateurs. Presque aussitôt une nuance de joie plus contemplative passe à travers les neumes qui descendent serrés vers la tonique\, mais ce n’est qu’une nuance; peu à peu\, le mouvement reprend de l’éclat jusqu’à devenir sur tuis une splendide exaltation.Cette exaltation monte encore sur nati sunt; la retenue du quilisma permet de la lancer comme un cri où passe de l’admiration\, de la joie\, de la fierté. Filii par contre se perd dans le grave\, enveloppé de véneration et de mystère.La remontée sur propterea est moins brillante. Toute la seconde phrase d’ailleurs est contournée et peu expressive\, mais elle s’achève sur une cadence admirable\, sobre\, paisible et qui monte comme la vénération aimante des siècles et des peuples vers le Christ qui a fait les apôtres. \nALLELUIA\nLE TEXTETu es Pierre\, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Math. XVI. 18.C’est le mot par lequel Notre-Seigneur promit à Saint Pierre la primauté apostolique\, mais\, dans le jeu liturgique\, il est plutôt une louange de l’Eglise montant vers le Prince des Apôtres. Il n’en saurait être de plus glorieuse.LA MÉLODIECelle de l’Alleluia de la messe du jour de Noël. Elle a été choisie\, sans aucun doute\, parce que la Saint-Pierre était célébrée primitivement\, à Rome\, quelques jours après la Nativité de Notre-Seigneur.Joyeuse et enthousiaste\, elle aussi\, mais avec moins de grandeur que le Graduel\, elle sert bien la louange de l’Eglise qui monte avec elle\, fraîche et jeune. Tous les mots sont enveloppés dans cette joie. Une nuance splendide d’autorité ferme et douce passe sur aedificabo et se perd pour finir dans l’enthousiasme\, revenu en plénitude\, avec la reprise du chœur\, sur la belle formule large et sonore de meam. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTETu les établiras princes sur toute la terre\, perpétuant ton nom de génération en génération. Ps. XLIV\, 17. 18.C’est le même que celui de la première partie du Graduel\, avec en plus in omni progénie et generatione.LA MÉLODIEAmple et majestueuse comme celle du Graduel\, elle n’en a ni l’éclat ni l’enthousiasme vibrant. C’est moins une mélodie qui chante au Christ la louange reconnaissante de l’Eglise et la gloire de ceux qu’il a établis princes sur toute la terre qu’une sorte de chant intérieur qui s’exhale de la contemplation; d’où son caractère paisible.L’intonation monte bien en quelques notes de la tonique à la dominante\, mais les notes demeurent très liées les unes aux autres\, les arsis de eos et de principes par la forme même des neumes sont discrètes; celle de super omnem qui cependant part de la tonique\, parce que la clivis allongée fait palier et donne appui à la voix du sol au do\, est sans élan marqué. De ce sommet la mélodie se détend dans un legato plus serré encore pour arriver à une cadence en fa assez inattendue mais qui donne une extraordinaire impression de paix heureuse. L’Eglise chante son bonheur à Dieu dans l’intimité.La structure de la seconde phrase est différente; les intervalles sont plus distendus\, mais dans le même legato car étant tous le développement vocal d’une seule syllabe\, aucune articulation de consonne ne brise la ligne sonore. D’où la même expression calme\, reposée. L’Eglise se complaît dans l’idée\, élargissant seulement les mots à la mesure de sa joie paisible par des mouvements d’ailleurs très harmonieux. A travers cette paix\, un souffle plus intense passe sur nominis tui; à l’évocation du nom divin\, la ferveur de l’Eglise monte\, mais en même temps la ligne musicale se fixe sur la dominante\, le chant plane\, sur les notes prolongées\, multipliées\, répercutées comme si la pensée se fixait\, elle aussi\, au-dessus du mouvement\, en Dieu.On retrouve dans la troisième phrase la forme de la première avec une trivirga très expressive sur progénie qui\, elle aussi\, retient la pensée dans l’immensité du temps qui enveloppe les générations successives. La cadence finale très développée\, très retenue\, d’une paix toute contemplative ramène la mélodie à la tonique par un balancement qui se pose enfin sur mi\, très doux\, mystérieux … et la contemplation se poursuit dans le silence retrouvé. \nCOMMUNION\nLE TEXTETu es Pierre\, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Math. XVI. 18.Celui de l’Alleluia. Aucun rapport avec l’Eucharistie; c’est seulement un dernier hommage à Saint Pierre\, à la fin de l’office. Cette communion est d’ailleurs récente\, primitivement c’était celle de la vigile qui donne une expression si émouvante à l’incident des trois actes d’amour exigés du Saint Apôtre par Notre-Seigneur après sa résurrection: « Simon\, fils de Jean\, m’aimes tu ? .. »LA MÉLODIEUne antienne très simple\, inspirée quelque peu sans doute de la Communion de la messe de minuit. Aedificabo a en effet le même motif que ex utero.Elle est parfaitement adaptée au texte. Super hanc petram en récitatif sur le fa prend avec le salicus et le torculus allongé une autorité très ferme que renforce le salicus de aedificabo et plus encore celui de Ecclésiam\, lequel conduit la mélodie à la cadence finale très commune\, mais qui prend ici un bel accent de plénitude et de joie triomphale. Comment fonctionne cette page ?EpîtreEvangilePréfaceUnique ! Le coffret contenant tous les fichiers (épîtres\, évangiles et préface) sur 2 CD au format MP3.
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SUMMARY:Fête du Précieux Sang de Notre Seigneur
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nCe qui est célébré en cette fête c’est d’abord le sang de NotreSeigneur qu’il a versé pour nous racheter à la circoncision\, à l’agonie et tout le long de sa Passion\, jusqu’à sa mort … et après. Mais c’est plus que cela. Ce n’est pas le sang lui-même qui nous a sauvés\, c’est la personne qui s’est livrée à ceux qui l’ont répandu. Le sang ici est le symbole de la Rédemption et c’est en fait le Christ\, rédempteur du monde par son sang\, qui est l’objet de la fête. \nInstituée en 1849 par Pie IX en action de grâces pour la délivrance de Rome par les Français le 1er juillet\, elle fut d’abord célébrée le premier Dimanche de ce mois. Pie X la fixa à la date exacte de l’évènement qu’elle commémore. En 1934 Pie XI l’éleva au titre de double de première classe à l’occasion du dix-neuvième centenaire de la Rédemption. \nINTROÏT\nLE TEXTE\nTu nous as rachetés\, Seigneur\, par ton sang de toute tribu et langue et peuple et nation et tu nous as faits à notre Dieu\, un Royaume.\nPs. Les miséricordes du Seigneur\, éternellement je chanterai. De génération en génération je dirai ta fidélité par ma voix. Apoc. V. 9. 10. – Ps. LXXXVIII\, 2. \nCes paroles sont le début du « Cantique nouveau » qu’il fut donné à Saint Jean d’entendre dans sa vision de Pathmos. \n« Et je vis au milieu du trône\, et des quatre animaux\, et au milieu des vieillards\, un Agneau debout comme immolé …Et quand il prit le livre les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards tombèrent devant l’Agneau\, ayant chacun une cithare et des coupes d’or pleines de parfums\, qui sont les prières des saints. \nEt ils chantaient un cantique nouveau disant : «Digne tu es de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux parce que tu as été immolé. Et que tu en as racheté pour Dieu en ton sang de toute tribu\, et langue et race et peuple et nation et que tu les as faits pour notre Dieu royaume et prêtres et ils règneront sur la terre. » \nHommage de la terre et du ciel\, du temps et de l’éternité\, des peuples et des individus au Christ qui les a rachetés de son sang et fait avec lui et en lui son Royaume sacerdotal.\nIl ne pouvait être de choix plus heureux pour chanter le sang divin par qui furent faites cette rédemption et cette divinisation. \nLA MÉLODIE\nLa première phrase et une partie de la seconde sont empruntées à l’Introït Cognovi du Commun des Saintes femmes. Le reste sont des fragments des Introïts Conféssio de Saint Laurent\, Omnia quae fecisti et Dum Clamarem du XXe Dimanche et du Xe Dimanche après la Pentecôte. Le tout\, parfaitement fondu\, fait comme une triple acclamation. La première\, d’abord quelque peu retenue par les deux premiers temps ternaires de Redemisti monte de plus en plus ardente vers Domine et sanguine. Une détente brève\, et la seconde s’élève dans la même ardeur sur tribu et populo\, renforcée là par la répercussion de la distropha. La troisième\, elle\, s’étale tout de suite sur fecisti où elle revêt\, sur la virga pointée et la tristropha\, un caractère de contemplation\, comme si l’Eglise\, à l’évocation de ce royaume né du Précieux Sang\, demeurait suspendue dans l’admiration et la gratitude. La détente\, avec la très belle reprise sur nostro\, demeure dans le même sentiment. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nCelui-ci est Celui qui vient par l’eau et par le sang: Jésus-Christ. Non dans l’eau seulement. Mais dans l’eau et le sang. \nVerset. – Ils sont trois qui donnent témoignage dans le ciel: Le Père\, le Verbe et l’Esprit-Saint. Et ces trois sont un. Et ils sont trois qui donnent témoignage sur la terre: l’Esprit\, l’Eau\, et le Sang. Et ces trois sont un. I. Jean\, V. 6\, 7\, 8. \nSaint Jean a écrit ces paroles pour confondre les hérétiques de son temps qui soutenaient que l’homme-Jésus n’aurait été uni au Christ\, homme-céleste venu d’auprès du Père\, que depuis son baptême et jusqu’avant Sa passion. Tandis que le Christ\, spirituel et donc impassible\, s’éloignait de lui\, l’homme-Jésus aurait ainsi été seul à mourir et à ressusciter. \nContre cette erreur\, l’Apôtre affirme que le Christ est venu\, non seulement par l’eau\, c’est-à-dire le baptême\, mais par le sang\, qui s’entend ici de sa conception dans le sein de Notre-Dame et de sa mort sur la Croix. De celà\, trois témoignent dans le ciel : Le Père\, le Verbe et le Saint-Esprit; les trois sont d’accord. Et trois témoignent sur la terre: L’Esprit\, qu’il faut entendre ici au sens de l’Eglise\, à travers laquelle il agit; l’eau et le Sang qu’il a vus\, lui Jean\, couler du côté du Seigneur Jésus au moment où les phénomènes effrayants attestaient la mort du Fils de Dieu. Ces deux derniers témoins\, symbole de purification et de vie\, sont devenus la réalité du Baptême et de l’Eucharistie qui nous incorporent au Christ mort et ressuscité. \nC’est évidemment l’évocation du Précieux Sang qui a déterminé le choix de ces versets pour la fête. Il faut en laisser le côté apologétique et n’y voir que l’évocation du Christ souffrant accepté par le Père pour le paiement de notre rachat. Le Graduel alors\, paraphrasant l’Epître\, sera la louange de l’Eglise chantant sa reconnaissance au médiateur de la Nouvelle Alliance\, entré avec son propre sang dans le Saint des Saints éternel\, pour y poursuivre son œuvre de médiation et de propitiation. \nElle est la reproduction\, à peu près note pour note\, de celle du Graduel Speciosus forma du Dimanche dans l’octave de Noël. On voudra bien se reporter à l’analyse détaillée qui en a été donnée alors. \nEvidemment l’application ne vaut pas l’original. Il manque ici l’admirable lyrisme du Cantique de l’Epouse qui inspira les nuances si délicates de la mélodie. Il reste que certains mots y trouvent une très heureuse expression: Qui venit\, dans la première phrase\, vibrant de joie enthousiaste\, et sanguine\, grave et doux\, cœlo et terram qui riment dans les deux phrases du verset … \nALLELUIA\nLE TEXTE\nSi le témoignage des hommes nous acceptons\, le témoignage de Dieu est plus fort. I Jean V. 9. \nC’est la suite du texte du Graduel et la conclusion de l’argument apologétique de Saint Jean. De cette phrase sans lyrisme\, on a voulu faire une louange; elle s’y prête peu\, il faut bien le reconnaître\, du moins dans la première partie. La seconde\, séparée de l’autre\, peut le devenir. C’est sur elle qu’il faut centrer la pensée pour en faire un hommage de fidélité et de reconnaissance au Dieu qui nous a donné tant de lumière. \nLA MELODIE\nElle est calquée sur celle de l’Alleluia Domine Deus salutis meae du XIIe Dimanche après la Pentecôte. Le texte ici ne s’harmonise pas avec son caractère de prière paisible\, dans la première phrase surtout. Dans la seconde\, l’adaptation est plus heureuse. La montée à la dominante de testimonium met en relief\, fort à propos\, l’infinie valeur du témoignage de Dieu\, la thésis se courbe pleine de vénération sur Dei et la reprise arsique de majus est renforce l’idée de grandeur et de vénération. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nLe calice de bénédiction que nous bénissons\, n’est-ce pas la communion au sang du Christ ? Et le pain que nous rompons\, n’est-ce pas la participation au corps du Christ ? I. Cor. X. 16. \nCette parole\, que Saint Paul adressait aux Corinthiens pour les rappeler à la pratique loyale de la vie du Christ devient ici une sorte de paraphrase à la fois de l’Evangile et de l’offrande de la matière du sacrifice qui se fait au moment où on la chante. La phrase est interrogative mais elle ne comporte ni aucun doute\, ni même aucune nuance d’argumentation poussée. Elle est au contraire l’expression d’une conviction forte qui monte au plus profond de l’âme toute recueillie sur le mystère ineffable. \nLA MÉLODIE\nC’est une contemplation\, comme une parole intérieure dite dans l’intimité et qui ne s’extériorise qu’autant qu’il est nécessaire pour exprimer l’admiration\, la tendresse\, la reconnaissance dont elle est pénétrée. \nToute recueillie dès le début\, sur la tristropha de l’intonation\, l’âme se laisse aller simplement à chanter\, sur les paroles de bénédiction qui suivent\, la joie qu’elle a de pouvoir participer au calice du Christ. Elle ne cherche pas à se livrer\, elle chante pour elle-même. De là la paix heureuse des cadences de benedictionis et de benedicimus et le legato de tous les neumes entre eux. Si l’expression monte peu à peu à partir de benedicimus\, c’est que\, à l’évocation plus précise du Sang Rédempteur\, le sentiment devient plus vif. Il n’y a d’ailleurs dans cette montée à la dominante aucun intervalle hardi\, aucune ardeur poussée. La paix de la contemplation demeure. La seconde phrase n’a pas cet élan. Elle est plus grave. Le motif de nonne\, de la première phrase. revient bien sur nonne\, ici encore\, mais à la quinte inférieure\, et toute la fin est très contemplative. Il faut noter particulièrement les cadences des deux phrases en suspens sur sol et sur mi\, elles sont ainsi parfaitement adaptées à la forme interrogative du texte; mais comme cette finale inachevée sert bien aussi l’attitude de l’âme quittant comme inconsciemment la contemplation qui chante\, pour la contemplation silenciense! \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nLe Christ une fois s’est offert pour effacer les péchés d’un grand nombre. Une seconde fois\, sans le péché\, il apparaîtra pour ceux qui l’attendent comme le salut. Haeb. IX. 28. \nEvocation des deux venues du Christ est fort heureuse au moment où les fidèles reçoivent le Sang précieux qui les purifie et qui va être dans leur âme source de vie éternelle. \nLA MÉLODIE\nL’Eglise s’est inspirée de la mélodie de la Communion du Dimanche de la Passion. Mais les paroles ici n’ont rien de commun avec l’Hoc Corpus. Aussi l’expression est-elle tout autre. \nLa première phrase\, à elle seule\, est paisible et douce\, mais il y manque la bonté tendre et la mélancolie prenante qui font de la Communion de la Passion un chef-d’œuvre. La cadence sur sol les détruirait d’un coup si seulement elles commençaient de naître et\, plus encore\, les mots évocateurs du triomphe à venir dont est faite toute la seconde phrase. \nL’ensemble est bien ordonné – à condition qu’on ne pense pas au modèle – la montée sur apparebit très heureuse\, de même la tristropha qui concentre le désir de cette venue glorieuse\, avant de le laisser se détendre sur la finale assurée et pleine de bonheur. \nUnique ! Le coffret contenant tous les fichiers (épîtres\, évangiles et préface) sur 1 CD au format MP3 + tous les textes des épîtres et évangiles enrichis sur 1 CD.
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SUMMARY:Sixième Dimanche après la Pentecôte
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\n\n\n\nLEÇONS DES MATINES : Nathan reproche à David son péché (II Rois XII) \n\n\n\nÉpître : Nous sommes ensevelis dans le Baptême pour mourir\, afin que\, comme le Christ ressuscité\, nous marchions dans une vie nouvelle. (Rom. VI. 3\, 11) \n\n\n\nÉVANGILE : Multiplication des pains (Marc VIII. 1\, 9) \n\n\n\nIDÉE centrale : Il semble que ce soit l’idée de notre incorporation au Christ qui se dégage de l’ensemble des textes. \n\n\n\nLa collecte nous fait demander en premier lieu que Dieu insère en nous – notez le mot insérer – l’amour de son nom ; c’est-à-dire sa puissance d’aimer qui est l’Esprit du Christ. Caritas Dei diffusa est in cordibus vestris per Spiritum Sanctum ; puis qu’il augmente en nous la religion : la vertu qui nous unit à Dieu à travers le Christ ; alors\, en retour\, Dieu\, par sa grâce\, nourrira et conservera en nous ce qui est bon. En quelques mots\, c’est toute notre transformation dans le Christ que l’Église sollicite là pour nous. \n\n\n\nC’est cette transformation que St Paul nous présente dans l’Épître. Elle s’opère par le Baptême\, mais comme en deux stades. Le premier\, nous appliquant les mérites de la mort du Christ\, ensevelit avec lui dans sa mort le principe de notre vie de péché. Le second insère en nous sa vie de ressuscité : cette puissance qui lui fait connaître le Père\, l’aimer et trouver en lui sa Béatitude. \n\n\n\nCe deuxième stade est l’effet propre de l’Eucharistie dont la grâce nous est appliquée à l’avance lorsque nous recevons le Baptême. L’Évangile nous remet en mémoire la première annonce qui fut faite de ce sacrement de vie. Le Christ nous donne la pain qui nourrit précisément l’union établie entre lui et nous qui doit croître jusqu’à l’éternité où elle s’épanouira en plénitude et à jamais. \n\n\n\nINTROIT\n\n\n\nLE TEXTE\n\n\n\nLe Seigneur est la force de son peuple et le protecteur qui sauve son Christ. Sauve ton peuple\, Seigneur\, et bénis ton héritage. Et gouverne les tiens jusqu’au siècle sans fin. Ps. – Vers toi\, Seigneur\, je pousserai mon cri. Mon Dieu\, ne sois pas silencieux à mon égard. De peur\, que si tu ne me parles pas\, je sois assimilé à ceux qui descendent vers le lac. Ps. XXVII. 8\, 9\, 1. \n\n\n\nL’ordre de ces trois versets est ici interverti. Le Psaume XXVII en effet est d’abord une prière personnelle : « Je crierai vers toi Seigneur »… Ce n’est que dans la dernière strophe que le Psalmiste se met à prier pour le peuple et pour le Roi : Christus\, le consacré du Seigneur et son représentant. Dans cette prière pour tous – qui forme ici le corps de l’Introït – il y a deux idées. D’abord un acte de confiance en la puissance protectrice de Dieu : « Le Seigneur est la force de son peuple… »\, puis la supplication proprement dite ; « Sauve ton peuple\, bénis-le\, guide-le… » \n\n\n\nIl n’y a rien à ajouter à leur sens littéral pour faire entrer ces versets dans la liturgie de ce Dimanche ; il faut seulement les adapter au « jeu ». C’est l’Église qui prie. Elle fait d’abord confiance à Dieu qui est sa force et qui la protège\, car Christi sui doit être entendu du Christ et de tous ses membres. Après cette affirmation de sa foi\, elle demande d’être sauvée\, bénie\, guidée par Dieu qui est à la fois son Seigneur et son Père. \n\n\n\nL’objet de la prière est d’ordre général mais il reste loisible\, et c’est facile\, de le préciser en le faisant rejoindre l’idée centrale de la messe. C’est alors une plus parfaite incorporation au Christ que l’Église demande pour ses membres. Être sauvé dans le Christ\, béni dans le Christ\, guidé à travers le Christ\, vers le Père\, ce n’est pas autre chose\, en effet\, que d’être en lui et un avec lui. \n\n\n\nLe Psaume\, avec son caractère de prière personnelle\, rentre ici dans la prière collective avec le même objet. \n\n\n\nLA MÉLODIE\n\n\n\nLa première phrase est assurée\, ferme comme une proclamation. Bien posée dès le début sur le salicus de Dominus\, la mélodie monte sans exaltation\, mais animée d’une joie antérieure qui la fait s’épanouir en un très bel accent de sécurité forte et de fierté heureuse sur la double note de plebis tuae. Dans l’incise qui suit\, la joie s’y mêle\, une joie paisible qui domine peu à peu dans les neumes à grands intervalles jusqu’à ce que vienne Christi sui\, le nom béni du consacré ; alors\, une vénération aimante enveloppe les neumes qui\, par degrés conjoints\, et retenus par le quilismas et la cadence descendent vers le grave\, prostrant l’âme en adoration. \n\n\n\nLa deuxième phrase est toute prière. Du la grave\, où l’avait conduite l’humble respect pour le Christ\, la mélodie remonte dans un élan modéré mais fervent vers le pressus du fac\, puis redescend\, pour s’élever à nouveau\, plus pressante cette fois\, sur tu et sur Domine qu’elle établit sur la dominante en leur donnant un accent qui insiste\, mais dans une sérénité accrue. \n\n\n\nC’est cette paix heureuse que donne l’assurance d’être entendu favorablement\, qui caractérise la dernière phrase. Il n’y a presque plus de pression ; l’Église sait qu’elle a pour elle les promesses du Christ\, elle ne fait plus\, semble-t-il\, que les rappeler au Père. Notez benedic hereditati qui s’impose presque\, avec tout juste une nuance délicate qui sourit plus qu’elle ne demande\, et rege eos avec l’accent léger\, joyeux de rege et la tristropha qui enveloppe de douceur eos – les siens -\, et pour finir la belle cadence de usque in finem qui évoque\, en l’élargissant\, le genui te si aimable de l’Introït de la Messe de minuit. Aussi bien\, tous les mots qui désignent le Corps Mystique\, sont enveloppés de tendresse et de force : plebis suae christi sui\, populum tuum hereditati tuae\, eos. \n\n\n\nGRADUEL\n\n\n\nLE TEXTE\n\n\n\nRetourne-toi (vers nous) Seigneur. Jusques à quand? (seras-tu irrité ?) Et sois propice à tes serviteurs. Verset. – Seigneur\, un refuge tu t’es fait pour nous\, de génération en génération. Ps. LXXXIX. 13\, 1 \n\n\n\nLe Psalmiste dans le Psaume LXXXIX\, après avoir demandé au Seigneur de ne pas rester détourné de son peuple\, lui pose une question\, qui est en même temps une plainte et une prière délicate : « jusques à quand resteras-tu fâché ? » Puis il insiste à nouveau pour qu’il le protège\, comme il l’a fait\, de génération en génération. \n\n\n\nIl n’y a rien à ajouter ici à ce sens littéral. \n\n\n\nCe Graduel est chanté une première fois le samedi des Quatre-Temps de Carême après la troisième leçon. Il est vraiment à sa place au début de cette période de pénitence. Ici de même\, après l’Épître. Saint Paul nous dit que\, par le Baptême\, nous avons été plongés dans la mort du Christ. Nous y restons plongés et\, chacun le sait\, ce n’est que très lentement que cette mort tue en nous les concupiscences mauvaises\, parce que\, à chaque instant\, nous retournons\, sérieusement ou à la légère\, à la vie de péché. Sortir ainsi du Baptême\, c’est sortir du Christ\, ou s’en éloigner\, ou\, tout au moins\, se soustraire à son influence. Nous faisons ainsi Dieu se détourner plus ou moins de nous.. malgré lui. C’est le pardon de ces infidélités à notre Baptême que nous demandons au Seigneur. Qu’il se retourne une fois de plus et\, sa grâce aidant\, nous nous replongerons dans sa mort continuant de mourir en lui\, pour vivre avec lui\, à jamais. \n\n\n\nLA MÉLODIE\n\n\n\nDès l’intonation\, elle est très priante\, avec la double note – une bivirga épisématique – qui conduit la voix en progression vers la suivante\, retenue\, elle\, par le quilisma. Il y a là une insistance\, à la fois humble et pressante. La belle formule de Domine\, que nous avons déjà trouvée dans le graduel Propitius esto\, dimanche dernier\, vient s’y joindre et continuer délicatement la pression. La mélodie\, nettement établie en la\, s’élève alors\, ardente\, sur aliquantulum. C’est un très beau motif\, que la double note du début et la grande montée de la cadence font fort et suppliant. Il rend fort bien le ton direct de cette question qui est à la fois une prière et une plainte. \n\n\n\nLa mélodie se détend ensuite sur deprecare\, non sans un retour à la dominante\, très heureux d’ailleurs car il met sur le mot un bel accent de prière. Mais c’est peut-être sur la distropha et la répercussion de la cadence finale que la supplication est la plus émouvante. \n\n\n\nLa formule de Domine est celle de Pro patribus dans le Graduel Constitues eos. Nous l’avons déjà trouvée dans le Graduel Benedictus es du Dimanche de la Sainte Trinité. Elle formait là une très belle louange. L’auteur\, ici\, en supprimant la montée de fa à do et en attaquant directement sur la dominante\, en a fait une admirable prière. Le contact immédiat avec le si par le do et le la lui donne en effet une nuance de mineur qui\, pour être fugitive\, ne lui donne pas moins quelque chose de plaintif qui la fait délicatement suppliante\, jusqu’à ce qu’elle retrouve la fa et sa sérénité ; sérénité fugitive\, elle aussi\, car la supplication monte à nouveau et devient\, sur les doubles notes de refugium\, d’une ardeur qui touche à la véhémence\, ardeur qui se renouvelle d’ailleurs sur factus est et non moins forte. Un beau dégradé ramène alors la mélodie à la tonique où elle devient\, sur le récitatif de generatione et progenie\, apaisée et toute humble. Le chœur reprend pour finir la formule finale\, si expressive\, de la première partie. \n\n\n\nALLELUIA\n\n\n\nLE TEXTE\n\n\n\nEn toi\, Seigneur\, j’ai espéré\, je ne serai pas confondu à jamais. Dans ta justice\, libère-moi. Incline ton oreille\, hâte-toi de me délivrer. Ps. XXX. 2\, 3. \n\n\n\nCes deux versets très simples ont le même sens que ceux du Graduel et nous font demander en fait la même chose : que nous soyons délivrés de tout ce qui empêche la mort du Christ\, mise en nous par le baptême\, de produire son effet. \n\n\n\nLA MELODIE\n\n\n\nElle s’élève sur Domine en un mouvement très simple qui\, après s’être incliné une nuance de vénération aimante sur la dernière syllabe\, se redresse et va s’épanouir sur la tristropha de speravi. Il y met un accent qui affirme la confiance inébranlable de l’âme et qui demande déjà ce qu’elle ne dit pas encore\, puis il s’achève en une cadence admirable\, toute nuancée d’intime tendresse. De cette cadence\, la mélodie s’élève à nouveau\, assurée\, forte\, insistant sur non confundar ; notez la demi-cadence si ferme sur sol et tout le mot æternam qui va vers la cadence du IVe mode\, prolongeant la confiance en une sorte d’évocation de l’Éternelle Bonté de notre Dieu qui sera à jamais sur nous parce qu’il nous l’a promise. \n\n\n\nAvec la seconde phrase\, commence la prière proprement dite. La première demande est très courte. La mélodie s’élève progressivement sur in justitia dont elle renforce l’accent par une distropha\, mais la supplication est toute sur les quatre dernières notes de libera me ; une pour chaque syllabe. Il y a dans la nudité de cette cadence quelque chose d’émouvant. Elle est très humble\, et en même temps on y sent comme la fatigue de l’âme et le poids de tout ce qui l’alourdit et la retient à la terre de concupiscence. \n\n\n\nLa troisième phrase reprend la première. C’est une prière\, au lieu d’un acte de confiance\, mais il n’y a entre les deux qu’une nuance\, nous l’avons dit. Il faut seulement noter le mot accelera qui\, par sa cadence\, prend un beau caractère de pression délicate. La formule finale est très priante\, comme l’est l’Alleluia qu’elle reproduit. \n\n\n\nOFFERTOIRE\n\n\n\nC’est celui du Dimanche de la Sexagésime. \n\n\n\nNous disions alors qu’il entrait dans la liturgie de ce jour soit comme paraphrase de l’Évangile\, soit comme un chant d’oblation accompagnant la cérémonie de l’offrande. \n\n\n\nIci\, il est les deux à la fois\, car l’Évangile de la multiplication des pains est l’annonce de l’Eucharistie. Notre-Seigneur avait nourri par miséricorde les quatre mille Juifs qui le suivaient ; enthousiasmés ils continuèrent de le suivre jusqu’à ce qu’il leur expliquât quelques jours plus tard que ce miracle était l’annonce d’un autre pain qui serait son corps et qui donnerait la vie éternelle ; alors\, ne comprenant rien à la spiritualité de ce langage\, ils le quittèrent. \n\n\n\nIl n’y a pas que des douceurs dans l’Eucharistie. C’est un sacrement qui engage. Il faut se donner au Christ pour qu’il nous incorpore à lui\, et cela aussi est dur à la nature. Il faut l’aide du Seigneur pour y arriver. En donnant à cet offertoire le sens précis d’une prière pour que l’union réalisée avec le Christ ne se brise pas\, on le fait entrer\, sans forcer les mots\, dans l’idée de l’Évangile\, du sacrifice et de toute la messe. \n\n\n\nCOMMUNION\n\n\n\nLE TEXTE\n\n\n\nJ’entourerai (l’autel) et j’immolerai dans son tabernacle une hostie de joie. Je chanterai\, et un psaume je dirai au Seigneur. Ps. XXVI. 6 \n\n\n\nCes mots expriment l’ardente reconnaissance de l’âme. Elle a demandé au Seigneur depuis le début de la messe de l’aider à se débarrasser des obstacles qui s’opposent à son union ave lui ; à ce moment\, ils sont écartés\, l’union est réalisée par le sacrement. Elle est heureuse. Elle a l’Amour. Le lien est plus serré entre Dieu et elle\, elle est nourrie\, elle est gardée… Elle chante sa gratitude. \n\n\n\nLA MELODIE\n\n\n\nDès le premier mot\, les intervalles larges et pleins traduisent le bonheur de l’âme ; un bonheur profond\, mais si ardent qu’il a de la peine à demeurer dans l’intimité. La mélodie en effet se dégage\, s’allège tout de suite sur immolabo. Elle s’étend un instant sur tabernaculo ejus parce que la sainteté des mots la retient\, mais elle monte toujours\, poussée par un souffle de joie de plus en plus intense qui la fait se développer\, en une progression admirable d’enthousiasme\, vers hostiam ; le mot qui dit tout\, car la victime qu’elle immolera sans cesse dans la joie\, c’est elle. \n\n\n\nLa seconde phrase\, elle\, est plus grave. Il ne s’agit plus du sacrifice\, mais de la louange\, qui doit être intérieure aussi bien qu’extérieure et qui requiert toujours\, pour être parfaite\, l’amour dont elle n’est que l’expression. Toute cette partie\, notamment le mot dicam\, est pénétrée de cette discrétion\, de cette intimité en laquelle s’épanche sans cesse la gratitude extasiée\, de l’âme qui sait aimer.  \n\n\n\n\nCantiques pour tous les temps\n\n\n\nPolyphonies pour tous les temps\n\n\n\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Septième dimanche après la Pentecôte
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron. \n\n\n\nINTROÏT \n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\nToutes les nations\, battez des mains. Acclamez Dieu en un cri de jubilation. Ps. – Car Dieu\, très élevé\, est terrible; Grand Roi sur toute la terre. Ps. XLVI. 2\, 3. \n\n\n\nCes versets du Psaume XLVI\, qui chante le retour triomphal du roi\, surprennent en ce simple Dimanche après la Pentecôte. \n\n\n\nOn ne saurait dire comment cet Introït\, qui fut autrefois celui de la Vigile de l’Ascension\, est entré dans cette messe du VIIe Dimanche. Peut être y fut-il amené par la lecture du récit de l’avènement de Salomon qui faisait sans doute partie des leçons de Matines autrefois. Quoi qu’il en soit\, c’est l’Église qui incite les peuples à louer le Seigneur\, dans la joie de la moisson\, pour tous les bons fruits qu’il a fait produire à la terre : ceux des plantes et des arbres\, car c’est le temps où ils mûrissent et ceux du monde spirituel dont il nous sera parlé\, à savoir\, les âmes que le Seigneur cueille et fait monter dans son grenier\, près du Fils déjà arrivé\, premier de l’immense moisson. \n\n\n\nLA MÉLODIE \n\n\n\nElle nous ramène la joie des Dimanches après Pâques. Quelle belle invitation\, vibrante\, pénétrée de cette force communicative qui entraîne d’elle-même ! \n\n\n\nQu’y a-t-il dans les trois premières notes : de l’autorité ? ou seulement une insistance qui veut convaincre ? Ne serait-ce pas plutôt que l’Église condense sa joie sur cette trivirga avant de la laisser monter ? Dans toute cette première phrase en effet\, la mélodie demeure dans le grave et s’étale plutôt qu’elle ne monte. L’exaltation ne commence\, et combien discrètement\, que sur l’accent de plaudite qui\, lui\, vraiment\, sonne comme un claquement de mains. Mais comme elle monte enthousiaste\, exubérante sur Jubilate ! forte et légère à la fois. Deo se courbe plein de vénération et la joie\, redevenue grave\, se continue jusqu’à la fin à travers les intervalles pleins de sérénité du VIe mode. \n\n\n\nQuelle que soit l’interprétation que l’on donne aux notes longues de omnes elles doivent être bien posées; ce sont trois virgas épisématiques\, et c’est encore une virga qui se joint au podatus qui suit\, juste avant le porrectus. Par contre\, tout le reste de l’incise est léger. La double note plaudite est aussi une bivirga épisématique; l’articulation sera ferme. Toute la phrase d’ailleurs doit avoir une vie intense et le mouvement entraînant de tout invitation joyeuse. \n\n\n\nGRADUEL \n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\nVenez\, enfants\, écoutez moi. La crainte du Seigneur je vous enseignerai. Verset. – Allez à lui et vous serez rassasiés. Et nos visages ne seront pas couverts de honte. Ps. XXXIII. 12\, 6. \n\n\n\nDavid\, dans le Psaume XXXIII\, chante d’abord sa reconnaissance; il a prié\, il a été exaucé. Il veut ensuite faire profiter les autres de son expérience. Il les appelle et leur dit ce qu’ils doivent faire pour avoir le bonheur qu’il a eu : pratiquer la crainte du Seigneur. Pas la crainte qui fait fuir ou qui rend défiant\, timide\, mais celle qui n’est que le souci de ne pas déplaire ou\, mieux encore\, ce mélange mystérieux de respect et de tendresse familière qui va naturellement de l’enfant au Père : « Allez au Seigneur et vous sentirez votre âme en paix\, et votre visage brillera de joie ». \n\n\n\nIci\, ne n’est plus David qui parle. Dans la première partie\, c’est le Christ. Il nous invite à écouter la sagesse qui lui est venue du Père et qu’il nous disperse\, par l’Église et par son Esprit dans l’intime de notre âme\, lorsque nous allons à lui. Dans le verset\, c’est l’Église qui nous pousse à suivre l’invitation. « Allez à la parole divine\, elle dilatera votre cœur et votre visage. » \n\n\n\nLe Graduel conduit ainsi tout droit à l’Évangile où le Christ va nous faire entendre sa divine Sagesse. \n\n\n\nLA MÉLODIE \n\n\n\nIl y a dans l’intonation une douceur aimable et aimante qui est bien dans le ton du Christ-Jésus. Notez la double note de Venite avec sa délicate pression\, les neumes qui se succèdent par degrés conjoints dans la tierce majeure fa la et l’épisème horizontal de filii qui fait la cadence retomber avec une grâce si attirante. Audite me a le même caractère\, et prend bien\, autour de la dominante\, un peu plus de vie\, mais l’invitation n’est pas poussée\, elle demeure aimable et douce. \n\n\n\nLa deuxième phrase a moins le caractère d’un appel. C’est comme un chant de joie dans lequel le Christ laisse passer le bonheur qu’il aura à nous faire connaître et expérimenter cette révérence toute pénétrée d’amour qui fait la béatitude des élus devant la face de Dieu. La cadence sur vos qui achève cette si fluante thésis est très caractéristique de ce bonheur profond qui s’épanouit d’ailleurs à loisir sur la belle formule de la fin. \n\n\n\nLe Verset. \n\n\n\nL’invitation ici est d’abord très ardente. Les trois notes de accedite qui vont d’un trait à la dominante et appuient leur élan sur la bivirga qui fait pressus\, nous poussent vraiment\, mais ce n’est qu’une nuance\, très heureuse d’ailleurs. La longue vocalise qui suit revêt\, presque aussitôt qu’elle commence\, un caractère contemplatif. L’Église\, prise par ce qu’elle sait de cette sagesse du Christ dont elle a l’expérience de tous les instants chante le bonheur qu’elle y goûte; c’est sa joie et son amour qui montent vers eum et\, à nouveau\, plus extasiés encore\, sur illuminamini. A la fin de la phrase\, elle semble se ressaisir. Très simplement\, mais toujours dans le joie\, elle revient à ceux qu’elle invite et leur dit que le bonheur qu’ils goûteront près du Seigneur se reflétera jusque sur leur visage. \n\n\n\nALLELUIA \n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\nCe sont à nouveau les paroles de l’Introït. Chantées après le Graduel\, elles peuvent être entendues comme une invitation à nous réjouir d’avoir\, dans la personne de Notre-Seigneur et dans son Église\, la Sagesse de Dieu toujours à notre portée. \n\n\n\nLA MÉLODIE \n\n\n\nElle ne ressemble en rien à celle de l’Introït\, non seulement du point de vue de la forme\, il va de soi\, mais du point de vue de l’expression; du moins dans la première phrase. Le long développement de gentes fait l’invitation plus persuasive qu’entraînante\, encore que le salicus de omnes et la trivirga de gentes – car c’en est une – aient une force bien accentuée. La joie aussi est moins vive\, moins éclatante\, moins extérieure. L’Église semble s’y complaire au lieu d’avoir le souci de la communiquer. Elle est bien là tout de même\, dans la courbe gracieuse qui couronne le sommet de gentes\, dans le motif si simple\, si léger de plaudite\, deux fois répété et qui va s’épanouir en une grâce achevée sur les hauteurs\, enfin dans la retombée si mesurée et si souple de manibus. \n\n\n\nTout change brusquement\, au début de la seconde phrase. La montée vers le si fortement accusée par le pressus\, donne à jubilate un élan de vie qui\, cette fois\, cherche vraiment à se communiquer. L’invitation\, du coup\, devient pressante\, et de plus en plus\, à mesure que la mélodie se développe sur la montée de Deo et sur les pressus de voce. Sur exultationis la joie pure\, peu à peu\, domine à nouveau. L’entrain est toujours là\, mais sans avoir le souci d’entraîner\, si l’on peut dire; la joie se suffit\, elle entraîne par elle-même. \n\n\n\nOFFERTOIRE \n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\nComme un holocauste de béliers et de taureaux et comme (l’holocauste) de mille béliers gras\, qu’ainsi soit notre sacrifice en ta présence aujourd’hui\, afin qu’il te plaise\, car il n’y a pas de confusion pour ceux qui se confient en toi\, Seigneur. Daniel. III. 40 \n\n\n\nC’est l’invocation d’Azarias\, debout au milieu de la fournaise dont les flammes s’écartent autour de lui. Il prie au nom de ses deux compagnons avant qu’ils ne se joignent à lui dans le cantique Benedicite. « Il n’y a plus pour nous ni prince\, ni chef\, ni prophète\, ni holocauste\, ni sacrifice\, ni oblation\, ni encens\, ni endroit pour apporter devant toi les prémices\, afin que nous puissions obtenir miséricorde. Mais\, Seigneur\, reçois-nous le cœur contrit et l’esprit humilié… comme tu reçois un holocauste de béliers… que notre sacrifice soit devant toi… » Le prêtre récite cette admirable prière incliné\, après l’offrande du vin\, à la messe. \n\n\n\nCeci indique assez que cet offertoire a été fait plutôt pour accompagner l’offrande du sacrifice\, que pour paraphraser l’Évangile. Mais en fait il réalise les deux car cette offrande extérieure n’est que le symbole de l’offrande de nous-même qui se fait au fond de l’âme\, et celle-ci\, c’est le bon fruit dont Notre-Seigneur parle dans l’Évangile et que le Père accepte dans la joie. \n\n\n\nL’église\, dans ses difficultés de toutes sortes qui sont sa vie et la vie de ses membres\, le chante comme le chantaient les trois enfants dans la fournaise\, dans la même confiance\, englobant dans cette offrande tous les sacrifices de tous ses membres qui\, ici et là\, à chaque seconde\, viennent se mêler au sacrifice du Christ et s’ajouter aux sacrifices très imparfaits des taureaux\, à celui des trois enfants\, à ceux de tous les juifs et de tous les Chrétiens pour former devant le Père\, qui les voit tous de son regard divin\, le fruit du bon arbre de la terre qu’est la Croix sur laquelle meurt le Christ. \n\n\n\nLA MÉLODIE \n\n\n\nC’est un chant très simple\, une prière qui offre\, mais sans pression\, et qui s’achève dans un acte de confiance en la justice de Dieu. \n\n\n\nLe caractère de prière est accusé dès l’intonation par la montée de sicut\, retenue\, grave\, et à laquelle le sib donne un ton d’humble révérence très à sa place; c’est le premier thème. \n\n\n\nIl y a une progression assez nette sur et taurorum\, elle s’accentue sur le second sicut en proportion de la valeur des victimes; notez le thème de l’intonation repris à la quarte supérieure. La cadence de cette première phrase va devenir le second thème\, repris en progression sur fiat et sur sacrificium. \n\n\n\nC’est l’offrande proprement dite. La supplication est un peu plus poussée. Elle prend de l’éclat sur in conspectu\,  avec une note de joie qui l’éclaire\, et où l’on trouve déjà la confiance qui va chanter dans la dernière phrase. La cadence se fait sur le troisième thème. Il est assez apparenté au second mais s’achève sur  un motif du Ve mode paisible\, assuré\, et qui donne quelque chose d’aimable\, de familier à la prière. \n\n\n\nCe thème est repris sur quia non au début de la phrase suivante\, comme le second l’a été au début de la deuxième phrase\, après avoir été annoncé à la fin de la première. \n\n\n\nOn l’entend à nouveau sur confidentibus in te Domine. Il est prolongé là par un très beau motif\, deux fois répété\, qui achève l’offertoire dans une atmosphère de paix nuancée de tendresse. \n\n\n\nCOMMUNION \n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\nIncline ton oreille\, hâte-toi\, afin de nous délivrer. Ps. XXX. 2\, 3. \n\n\n\nC’est la fin de l’Offertoire du dimanche précédent. Prière très simple de l’âme qui sent tout ce qu’a de difficile la production du bon fruit\, tout ce qui s’oppose à sa croissance\, et qui\, prise par la béatitude que met en elle la grâce du sacrement\, demande au Christ-Jésus de la délivrer de tout ce qui retarde la moisson de mûrir… et d’être engrangée dans les greniers du Père. \n\n\n\nLA MÉLODIE \n\n\n\nLa première phrase est toute simple\, avec une cadence sur le la qui en fait une prière d’une extrême délicatesse. \n\n\n\nElle prend\, dans la seconde phrase\, le ton suppliant d’un enfant qui presse plus qu’il n’exige. La cadence de accelera prépare le mot de la prière\, qui se fait insistante par la triple répétition du petit motif sol la sol fa et\, plus encore\, par la dernière note qui arrive sur mi avec toute la force de la supplication. \n\n\n\n\nCantiques pour tous les temps\n\n\n\nPolyphonies pour tous les temps\n\n\n\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Assomption
DESCRIPTION:Notre-Dame est morte comme tout le monde meurt.\nMais la mort\, châtiment du péché\, ne pouvait lui être imposée\, à elle que le péché n’avait pas touchée; elle était immortelle en droit. C’est donc en quelque sorte librement qu’elle est morte\, acceptant d’être ainsi associée\, jusqu’en son acte suprême\, à l’œuvre rédemptrice de son fils. \nElle n’est morte ni d’usure\, ni de maladie\, mais d’amour. Un moment est arrivé où son corps n’a plus été capable de porter l’ardeur de son âme. Dieu alors a laissé l’amour déborder sur la sensibilité qui en un instant a été consumée.\nSon âme monta droit au ciel. Son corps fut mis au tombeau. Mais il ne devait pas retourner en poussière. De droit\, lui aussi était incorruptible. Après un laps de temps\, sans doute très court\, quelques jours\, quelques heures\, peut-être\, l’âme l’occupa à nouveau et il fut glorifié. \nAlors\, par la force même de la gloire qui fait les corps agiles et dociles à tous les désirs de l’âme et de l’Esprit-Saint\, Notre-Dame monta vers les Cieux\, s’éleva au-dessus des anges et des saints qui l’acclamaient et\, dans le midi éternel\, près de son fils\, commença à chanter\, sur le mode de l’éternité\, son Magnificat. \nTel est l’événement historique de l’Assomption. Il fut célébré de très bonne heure. Dès la fin du Ve siècle la fête était organisée en Orient. A la fin du VIIe elle fut introduite à Rome et devint rapidement très solennelle. \nL’Eglise la célèbre dans une atmosphère de joie tour à tour contemplative et exultante\, faisant entrer dans le jeu tout le ciel et toute la terre: le Père qui reçoit sa fille bien aimée\, le Fils qui retrouve sa mère\, le Saint-Esprit qui enveloppe son épouse dans l’amour béatifiant\, elle-même qui nous dit son bonheur\, et les anges et les élus et tous les chrétiens de la terre et du purgatoire qui l’acclament et félicitent le Christ glorieux d’avoir enfin près de lui\, corps et âme\, sa mère.\n(Texte d’introduction à la fête dans le commentaire de Dom Baron) \nLa messe actuelle de l’Assomption date de la proclamation du dogme par le pape Pie XII (1950). Elle n’a pas été commentée par Dom Baron qui a publié son ouvrage bien avant.\nNotons qu’il s’agit d’une messe créée pour cette occasion\, donc d’une composition récente\, particulièrement réussie\, bien qu’il y ait peu d’usage de mélodies-types. Seul l’Alleluia est une mélodie-type\, mais qui n’est pas particulièrement modale\, donc de facture plutôt récente. Cela n’enlève rien à son caractère joyeux\, léger et adapté à la fête liturgique. L’introït et le graduel sont du mode 7\, le mode angélique. Celui-ci a une tessiture très large\, ce qui permet des envolées particulièrement élancées; il était difficile de mieux correspondre à l’esprit de la fête. A chanter avec élan et légèreté. \nCette messe montre qu’il est possible de créer de nouvelles pièces qui soient belles\, priantes et qui correspondent au thème et à l’esprit de la fête liturgique. Même si le caractère modal est moins marqué que dans le répertoire primitif\, le but est néanmoins atteint\, à savoir l’élévation des âmes par la beauté du chant. \nBernard Lorber \n  \n\nMotets polyphoniques en l’honneur de Marie
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CATEGORIES:Chant des messes,Messes du Sanctoral
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SUMMARY:Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus
DESCRIPTION:Sainte Thérèse est fêtée chaque année le 3 octobre. Etant patronne secondaire de la France\, la solennité est fêtée en France le dimanche aux alentours de cette date. \nEn 2022 la fête est solennisé le dimanche 25 septembre. \nLa messe actuelle fut composée à l’occasion de sa canonisation en 1925. Si certaines parties de la messe reprennent des thèmes connus sur le procédé de centonisation – comme l’offertoire ou le jubilus de l’Alleluia – les autres parties furent composées de toutes pièces\, sur des mélodies pas toujours heureuses\, ce qui rend cette messe difficile dans son exécution. \nAfin de faciliter le travail d’apprentissage\, nous proposons le chant de ces pièces. \n \nNous vous proposons ici deux séries de conférences sur la spiritualité thérésienne qui\, en soi\, ne font pas partie de l’objet de ce site. Cependant\, en raison des circonstances et surtout de leur qualité\, Sacra Musica les diffuse. \n \nL’une est une synthèse globale en 15 conférences de l’abbé Sylvain Lamerand. Excellent et très complet. \nL’autre\, du Père Patrick Lemoine\, est – comme son titre l’indique – une synthèse introductive (en 6 conférences) dans une spiritualité qui marquera encore pour de longues décennies la spiritualité chrétienne. \n  \nNous vous proposons le cantique: Pourquoi je t’aime\, ô Marie \nIl s’agit d’une poésie de sainte Thérèse sur le Rosaire. Et comme la fête de notre bien-aimée patronne se situe en début d’octobre\, proche de la fête du Rosaire\, autant célébrer les deux à travers ce cantique.
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SUMMARY:Noël - Nativité du Seigneur
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de ces messes par Dom Baron.\nMESSE DE MINUIT\nINTROÏT\nLE TEXTE\nLe Seigneur m’a dit :Tu es mon Fils ;Moi\, aujourd’hui\, je t’ai engendré.Ps. – Pourquoi ont-elles frémi\, les nations ?Et les peuples\,Pourquoi se sont-ils appliqués à des choses vaines ? Ps. II\, 7\, 1.Le Psaume IIe est exclusivement messianique c’est-à-dire qu’il ne s’applique qu’au Messie. C’est donc bien lui qui parle. Il affirme sa génération divine par une référence directe à la parole du Père qui l’engendre. Le mot « aujourd’hui » doit s’entendre au sens de l’éternel présent dans lequel Dieu vit et produit le Verbe\, comme le mot substantiel en qui s’achève son unique Pensée.Dans le cadre de la liturgie\, cet Introït est comme le premier mot de l’Enfant-Dieu\, le mot par lequel il nous dit à travers la voix de l’Eglise ce qu’il est et d’où il vient. Mais à cette attestation de son éternelle naissance s’en ajoute une autre. Au moment où il vient au monde à Bethléem\, le Christ est en toute vérité\, engendré: il naît du Saint Esprit et de la Vierge Marie. L’Ego hodie s’entend donc ici également de son engendrement charnel\, œuvre de Dieu lui aussi\, et le mot hodie\, tout en gardant son sens d’éternité\, indique le jour précis où il se réalise. D’autre part\, le Christ n’a jamais été sans ses membres. En engendrant le Verbe dans sa pensée unique et éternelle\, le Père\, dans le même acte\, le prédestine à être le Chef et le Sauveur de l’humanité et lui donne tous les hommes de bonne volonté. Ainsi\, en lui\, de toute éternité\, nous avons tous été pensés\, engendrés spirituellement par le père. Quand il est venu sur terre\, il nous portait donc tous dans sa pensée et son amour\, de sorte que\, spirituellement encore\, mais réellement\, nous sommes venus au monde\, en lui\, dans la nuit de Noël ; nous aussi nés de Dieu\, fils de Dieu par prédestination.Enfin cette participation à la vie de Dieu\, cette nouvelle naissance\, devenue effective le jour de notre baptême\, continue tout le temps de notre vie et devient plus pleine avec chaque grâce que nous recevons. Le Christ\, en venant au monde\, nous a apporté précisément cette grâce de vie. La liturgie de Noël nous l’offre à nouveau. Si nous la recevons\, notre engendrement divin se poursuit. Nous devenons un peu plus fils du Père et le mot Hodie génui te prend\, pour nous\, en plus des deux autres\, un sens personnel et actuel. « Moi\, aujourd’hui\, je t’ai engendré ».Lorsque l’Eglise\, dans la nuit de Noël\, chante cette parole mystérieuse\, elle est donc d’abord la voix de l’Enfant-Dieu qui dit au monde sa génération éternelle et sa génération charnelle ; mais\, en même temps\, réalisant que le Christ qui se continue\, elle ne peut pas ne pas chanter sa propre génération dans l’éternelle miséricorde du Père\, dans le mystère de Noël et dans la grâce qui\, au moment même où elle chante\, vient en ses membres et les divinise un peu plus.L’idée du Psaume est tout autre. Le psalmiste dans une vision prophétique considère avec ironie le frémissement de peuples qui en vain s’agitent et complotent contre le Seigneur et son Christ. Cette prophétie était en pleine réalisation au moment où Notre Seigneur naissait. Tout un peuple était en mouvement pour satisfaire l’ambition d’Auguste et la haine d’Hérode était prête à éclater contre le nouveau Roi des Juifs. Elle n’a cessé et ne cessera pas de se réaliser ici ou là dans le monde\, de sorte que ce verset est toujours d’actualité.On notera le contraste qu’il forme avec l’antienne : la génération du Verbe et la nôtre dans le silence de l’éternité\, le silence de la nuit\, le silence des âmes\, et l’agitation vaine du monde haineux\, dans le bruit. La reprise de l’antienne rend le contraste plus frappant encore\, en même temps qu’elle évoque la continuité de la parole génératrice et l’immutabilité de Dieu en dépit de tout. \nLA MÉLODIE\nIl en est peu qui soient aussi simples. Aussi bien c’est un enfant qui parle et\, encore qu’il nous apporte une parole d’éternité\, c’est avec ses moyens humains qu’il nous la livre. L’Eglise\, elle\, qui lui prête sa voix avait à s‘adapter à la foi à son infinie grandeur et à son infinie simplicité. Sans négliger celle-là\, elle a fait celle-ci dominer\, demeurant ainsi dans l’esprit de tout le mystère\, qui est la révélation de l’humanité et de la grâce de notre Dieu Sauveur.Dominus dixit ad me… Quelques notes très simples. Elles ne s’étendent pas ; une quinte\, c’est tout. Elles se balancent légères\, immatérielles\, se mouvant à peine ; comme au-dessus du temps. Elles ne disent pas une joie éclatante\, mais la contemplation infinie du Christ fixée sur la parole du Père\, qu’il entendit dans le sein de Notre-Dame au moment de l’Incarnation et qu’il nous redit dans la paix indicible de son sourire d’enfant.Filius méus es tu… Rien que quelques notes encore\, mais elles prennent un peu plus de mouvement ; elles vont vers méus\, où s’épanouit la joie infinie du Père\, sa tendresse\, son bonheur d’avoir un Fils si pareil à lui-même.Ego hodie génui te… Le balancement de la première phrase revient. Ego a le même motif que Dominus ; aussi bien c’est encore le Seigneur et la même joie et la même tendresse. Hodie s’étend immobile comme l’éternel présent en génui te\, le mot générateur\, s’achève dans une cadence extrêmement gracieuse et tendre. On n’enlèverait rien à la paix heureuse de cette dernière phrase en y voyant une nuance de douce autorité : notez la tristropha sur laquelle se pose la dernière syllabe de Ego et la double note de génui te qui devrait être une bivirga bien appuyée. Cette nuance se retrouve très nette sur le même texte à l’Alleluia et à la Communion.Chanter à mi-voix avec beaucoup de souplesse et dans un bon mouvement plein de vie et de joie.Appuyer la voix sur les punctum qui précèdent les distrophas de dixit afin d’éviter de les faire dures. Le crescendo de Filius méus aura son maximum d’intensité sur l’accent tonique de méus qu’on évitera de heurter.En raison du peu d’étendue de la mélodie\, les ralentis\, à la fin des phrases\, seront très discrets. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nAvec toi (je serai)\, moi\, le Principe\, au jour (où tu auras à exercer) ta puissance ;(Car) de ces splendeurs des saintes relations divines\, (Il faut entendre par là la connaissance que Dieu a de lui-même et dans laquelle il engendre le verbe\, et l’amour du Père pour le Verbe et du Verbe pour le Père\, d’où procède le Saint-Esprit.)de mon sein\, avant a lumière\, je t’ai engendré.Verset. – Il a dit\, le Seigneur\, à mon Seigneur :Assieds-toi à ma droite\,Jusqu’à ce que je mette tes ennemisComme un escabeau sous tes pieds. (Cette interprétation de Principium par le Père\, Principe du Fils s’autorise de Saint Augustin(in Ps. CIX\, P. L. XXVII\, col. 1454) et de Cassiodore (P. L. LXX col. 795)) Ps. CIX\, 3\, 1.Le Psaume CIX est le Psaume du Christ ressuscité. Le Père dit au Fils revenu vers lui dans sa chair glorifiée : Assieds-toi à ma droite ; je suis avec toi au jour de ta puissance\, moi qui t’ai engendré…Dans le cadre liturgique de Noël\, l’interprétation en doit être légèrement modifiée\, d’autant que l’ordre des versets est interverti : le 3e étant ici le 1er et le 1er le 2e. Elle s’établirait bien ainsi. Le Père\, au moment où son Fils revêt les formes les plus humbles de la nature humaine\, lui dit : le jour où ta puissance\, si réduite maintenant en apparence\, aura à s’exercer\, moi\, le Principe de tout\, moi qui t’ai engendré\, je serai avec toi. In die virtutis tuae est donc entendu ici non seulement au sens du jour de la Résurrection et du Jugement dernier\, mais au sens de toutes les circonstances où le Christ aura à manifester sa puissance.Au Verset\, ce n’est plus le Père qui est en scène\, c’est David. Lui aussi est père de l’enfant ; il vient\, à son tour\, chanter\, sur le berceau si pauvre de son descendant\, la prophétie de la glorieuse résurrection\, qu’il a entendu le Seigneur dire à son Seigneur : Assieds-toi à ma droite…Il y a quelque chose d’infiniment grand dans ce chant des deux Pères planant au-dessus du Christ abaissé jusqu’à l’impuissance totale. Comme si\, au moment où il commence sa vie d’abnégation et de souffrance\, ils voulaient\, chacun à sa façon\, le réconforter par la vision de son origine divine et de son triomphe finale. Et quelle émouvante paraphrase de l’Epître ! Saint Paul vient de nous dire d’attendre la bienheureuse espérance et l’avènement de la gloire de Notre Sauveur Jésus-Christ. Le Père\, confirmant cette parole de son autorité\, affirme qu’il sera avec son Fils de toute sa puissance jusqu’à ce que le dernier de ses ennemis soit sous ses pieds.Le rôle des chanteurs peut être conçu de deux façons. Ils peuvent être la voix du Père et du prophète. Ils peuvent être aussi la voix de l’Eglise se redisant à elle-même les paroles prophétiques au moment où elle contemple le mystère de l’Enfant divin dans son abaissement. La première a quelque chose de plus dramatique et cadre mieux avec l’ampleur du mystère qui a pour mesure l’éternité et dont le Père est le premier acteur : Ego hodie… \nLA MÉLODIE\nC’est encore la mélodie type des Graduels du IIe mode. Toutefois\, l’auteur\, saisi sans doute par l’infinie grandeur des paroles\, a voulu donner à la première phrase une forme propre qui s’y adaptât autant que faire se peut. Cette forme originale va du début jusqu’aux derniers neumes de virtutis. Elle se soude là à la mélodie commune. Celle-ci emprunte alors\, pour la seconde phrase\, la formule extensible que nous avons déjà rencontrée dans le Graduel de la Vigile. L’adaptation ainsi réalisée est une des merveilles du répertoire grégorien.L’intonation est toute simple : un mouvement de quarte qui descend sur técum et remonte sur principium\, où il s’étale sur le la jusqu’à la fin du mot. Mais quelle douceur à la fois tendre et forte il donne à la voix du Père : se soulevant\, légère\, sur l’accent de técum\, elle vient se poser sur la dernière syllabe toute chargé de tendresse heureuse – on dirait bien souriante – puis remonte sur principium où elle se nuance d’autorité sur la teneur en la.Alors\, à l’évocation des jours tout proches\, où va se manifester la puissance de son Fils\, la joie du Père s’avive et chante sur les beaux neumes légers et souples de virtutis. La douce tendresse revient un instant dominer autour du si b\, et la phrase s’achève sur tuae dans un caractère de force de plus en plus marqué. C’est une transition à l’idée de la génération éternelle sur laquelle le Père appuie sa promesse et d’où le Christ tient sa puissance divine. « Moi qui\, dans les splendeurs de la sainte Trinité\, t’ai engendré… ».Ce n’est plus le triomphe futur du Christ que le Père chante\, ici\, c’est\, dans l’intimité des divines Personnes\, la génération du Verbe\, qui est sa Vie et sa Béatitude. Affirmation grandiose\, heureuse et fière. Posée avec éclat\, sur le rythme puissant de in splendoribus\, elle s’en va\, emportée par le souffle de l’enthousiasme\, de plus en plus forte\, de plus en plus ardente\, sans que rien la retienne ni l’atténue jusqu’à la cadence triomphale de utero ; et\, de là\, sans s’arrêter\, jusqu’à la fin où elle se nuance seulement d’admiration tendre.Le Verset. – C’est de tendresse encore que Domino méo  se trouve baigné. La tendresse du père selon la chair cette fois\, contemplant Celui vers qui ont monté depuis des siècles tous les désirs de sa race.Transmise par lui\, la voix du Père Eternel chante à nouveau. Aimable et douce sur séde a déxtris méis\, quand elle invite le Christ à siéger sur le trône royal\, elle prend le même accent d’autorité fort que nous lui avons trouvé plus haut sur in splendoribus pour chanter son triomphe final. C’est bien la même volonté puissante qui s’impose et le même accent de joie enthousiaste\, sur donec ponam inimicos tuos\, sur scabéllum\, et jusque sur les salicus de pédum tuorum où tout s’achève dans une grandeur et une noblesse incomparables.L’ictus placé sur la dernière syllabe de técum donnerait au mot son expression… La bivirga de in sera ferme\, de même celle de tuae.Donner de l’éclat à in splendoribus\, in un peu allongé\, la bivirga forte dans une bonne articulation du d. Cette phrase doit être pleine de vie\, de chaleur\, d’enthousiasme.Toujours même fermeté sur les deux notes de ante. Rattacher de très près cette troisième phrase à la précédente.Retenir\, dans le Verset\, les premières notes de méo. Eclat et force sur la bivirga de donec et sur celle de scabéllum. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nLe Seigneur m’a dit :Tu es mon Fils ;Moi\, aujourd’hui\, je t’ai engendré. Ps. II\, 7.C’est celui de l’Introït . Il n’y a rien à ajouter à ce qui a été dit plus haut\, sinon qu’il se présente ici comme une réponse du Christ naissant aux paroles que le Père et le Prophète viennent de lui adresse dans le Graduel. Ils ont dit : « Je serai avec toi\, moi qui t’engendre… Le Seigneur a dit à mon Seigneur : assieds-toi à ma droite…. » Il répond\, par la seule parole qu’il puisse dire le jour de sa Nativité : « Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils … » \nLA MÉLODIE\nC’est celle de l’Alleluia Osténde du Ier Dimanche de l’Avent. Mélodie type ; mais parfaitement adaptée.Elle met sur la première incise une joie simple\, paisible\, aimable\, souriante\, qui est vraiment celle qu’on se plaît à évoquer chez l’Enfant divin qui nous parle. Elle entoure de vénération tendre le nom du Père et va s’épanouir sur ad me en un accent de bonheur intime où passe quelque chose de la Béatitude du Fils bien-aimé.A partir de Filius méus\, c’est le Père qui chante sa joie. Elle nous arrive telle que l’évoque l’Enfant et donc dans la même atmosphère de simplicité\, avec des nuances toutefois qui en font une merveille. Telle cette arsis de Filius où s’exalte le bonheur du Père devant un Fils si semblable à lui-même\, et qui se détend\, baignée de tendresse\, sur la clivis allongée\, le pressus\, les neumes paisibles et souples de tu es. Tel encore\, le bel accent de grandeur\, de noblesse\, d’autorité qui s’élève sur ego ; et\, sur Hodie genui te\, cette béatitude de contemplation dans laquelle le Père chante infiniment son éternelle Paternité et le jour où il a enfin un Fils selon la chair… et tant d’autres en lui.Bien arrondir\, en le retenant légèrement\, le torculus de Dominus. Faire très expressif le pressus de ad me. Filius aura de l’élan ; le torculus sera également retenu quelque peu\, comme le sera aussi toute la thésis.Chanter dans un rythme très souple et très lié la vocalise de Hodie.Ne pas traîner la reprise du chœur. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nQue se réjouissent les cieux\,Et qu’elle exulte la terre\, Devant la face du Seigneur\,Car il vient. Ps. XCV\, 11.Dans le Psaume\, on lit : car il vient juger la terre. Il s’agit donc là de la joie de l’Eglise lors du second avènement.Ici c’est du premier qu’il s’agit ; la suppression des trois derniers mots l’indique clairement. Toutefois\, il semble préférable de garder le verbe au présent. La naissance de Notre Seigneur est en effet tout orientée vers sa venue dans la gloire. Elle en est le premier acte. Il continue de venir\, il ne finira que quand tout aura pris fin sur la terre ; Cette interprétation n’empêche nullement l’Offertoire d’être une très belle réplique du peuple à l’Evangile qui vient d’être lu\, puisqu’il chanter tout aussi bien la joie du première avènement que celle du second. \nLA MÉLODIE\nElle est joyeuse\, incontestablement. La joie est partout\, dans les élans de laeténtur\, dans le balancement souple de caeli\, dans la broderie si fine de exsultet\, dans la montée faciem et dans le motif de quoniam qui\, par sa gracieuse inflexion au grave\, le fait si expressive du bonheur profond de l’âme ; mais c’est une joie discrète\, intérieure\, une joie de contemplation. Elle n’a pas d’éclat. Même quand elle s’élance quelque peu sur térra ou sur faciem\, en même temps elle se retient\, comme si elle n’osait quitter son recueillemente et\, au lieu de s’établir sur la dominante\, pour un nouvel élan\, elle revient vers la tonique…L’âme admire\, elle adore plus qu’elle ne se livre à sa joie\, comme les bergers devant l’Enfant et sa Mère. Notez avec quelle grâce un peu timide mais si simple et si pure\, elle s’exprime sur faciem Domini. La contemplation s’achève sur vénit qui évoque très heureusement la continuité du Christ qui vient\, par la cadence du IVe mode inachevée et si évocatrice du mystère.On maintiendra tout au long un bon mouvement ; pas rapide mais vivant\, avec des crescendos discrets sur les arsis de caeli et de térra.Lier étroitement ces deux phrases musicales en raison du texte. Sur faciem la double note est une bivirga. Bien faire les intervalles de quarte de quoniam. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nDans les splendeurs des saintes relations divines\,De mon sein\, avant la lumière\, je t’ai engendré. Ps. CIX\, 3.C’est une partie du texte du Graduel\, comme on le voit. Le fait qu’il est chanté au moment de la communion permet d’en faire une application plus personnelle à chacun de nous. C’est en effet par l’Eucharistie\, qui met en nous la vie de Dieu\, que se fait notre incorporation au Christ\, que se fait de plus en plus notre engendrement divin : « Comme je vis sur mon Père\, celui qui mange ma chair vivra par moi ». Au moment où nous communions\, se réalise donc un peu plus le dessein de vie divine que Dieu a eu sur nous de toute éternité\, avant que ne fût la lumière – ce qui est notre prédestination ou\, si l’on veut\, notre génération éternelle dans le Christ.Les chanteurs seront ici\, comme dans le Graduel\, ou le Père qui parle\, ou l’Eglise qui se redit à elle-même\, dans une sorte de contemplation\, au moment où elle se réalise dans ses membres\, la parole génératrice. \nLA MÉLODIE\nA la différence de l’Introït si léger\, elle est ample et grandiose. Quelque chose de solennel passe dans le balancement de l’intonation qui rappelle le in splendoribus du Graduel. Les doubles notes sont des bivirgas dans les manuscrits et elles sont allongées ; il faudrait donc les écrire avec un épisème horizontal sur chacune d’elles\, ce qui comporterait un bon appui et une légère répercussion. Cette solennité passe sur utero et va se développer\, dans la joie\, sur luciferum. Beau mouvement qui chante à la fois et l’éternité et l’heure de la naissance du Christ et aussi l’obscurité de la foi dans laquelle nous avons à vivre avant de réaliser dans la lumière de gloire la plénitude de notre être divin. Le rebondissement sur génui te est empreint de la même autorité douce et forte.Cette antienne\, bien qu’elle soit courte\, demande une certaine ampleur. Les signes de ralentissement sont d’ailleurs partout.Retenir légèrement la cadence de luciferum et la première note du second podatus de génui te. \n \nMESSE DU JOUR\nINTROÏT\nLE TEXTE\nUn enfant nous est né et le Fils nous est donné ;Son sceptre et sur son épaule ;Et il sera appelé de son nom Ange du Grand Conseil.Ps. – Chantez au Seigneur un cantique nouveau\, Car il a fait des choses merveilleuses. Isaïe IX\, 16. Ps. XCVII\, 1.Dans ces quelques lignes\, trois états du Christ sont prophétisés : 1° sa naissance et sa forme humano-divine : Puer en effet c’est l’enfant mais Filius\, c’est le Fils de Dieu\, le Verbe ; 2° son règne de conquérant\, sous la forme symbolique du sceptre qu’il porte sur son épaule\, lequel selon toute la tradition est la Croix\, instrument de sa conquête ; 3° son triomphe suprême\, par le nom qui lui sera donné : Ange du grand Conseil. Le Grand Conseil s’entend ici au sens du plan éternel de Dieu sur le monde ; ce que Saint Paul appelle le mystère du Christ récapitulant tout en lui pour la gloire du Père. De ce dessein de la miséricorde divine\, le Christ est l’annonciateur : Angélus. Mais ici la prophétie est au futur\, car ce nom\, il ne le portera en plénitude que le jour où l’annonce qu’il a mission de faire aura été proclamée en tout lieu. Alors\, ayant conduit à bien l’œuvre de Dieu\, il en recueillera la gloire\, avec le titre qui le consacrera à jamais.Au sens liturgique\, ce n’est pas le prophète qui parle\, c’est l’Eglise qui chante sa joie sur les paroles de la prophétie. Après avoir été pour elle les mots de la confiance si souvent redits\, celles-ci viennent tout naturellement sur ses lèvres pour célébrer ce qu’elles prédisaient. D’autant que le prophète\, pour qui elles étaient au moment de sa vision une vivante réalité\, les a écrites au présent. Pas un mot n’est donc à modifier\, tout est exact ; l’Enfant est né\, le Fils est donné. Sur son épaule est son sceptre ; il n’a pas encore toute sa forme\, c’est vrai\, mais tout ce que le petit enfant qui est là\, dans la mangeoire de l’étable\, souffre dans sa chair\, c’est déjà la Croix par laquelle il conquiert le monde et commence de régner. Enfin ce jour où son Nom de victoire lui sera donné\, on le voit déjà poindre\, car aujourd’hui les anges ont chanté qu’un Sauveur nous est né\, en qui le Père trouve sa gloire\, et la terre\, la paix. (Tel est le caractère de toute la Messe du jour. Elle ne célèbre pas seulement la naissance du Christ mais son règne et son triomphe suprême.)Dans le Psaume\, l’Eglise invite le monde à chanter un cantique nouveau au Seigneur\, car vraiment il fait des merveilles. \nLA MÉLODIE\nLa première phrase chante l’Enfant qui vient de naître : elle n’est que joie. Une joie bien différente de celle qui nous remplissait l’âme durant la nuit. Celle-là c’était celle du Christ et de son Père : une joie d’éternité\, tout intérieure\, et qui même en nous\, prenait des résonances d’éternelle paix ; celle-ci\, c’est celle de l’Eglise\, c’est la nôtre et\, tout en demeurant dans les profondeurs de notre âme\, il faut qu’elle s’extériorise.Sur Puer natus est\, elle déborde\, elle éclate\, sans perdre d’ailleurs sa simplicité\, il y a en elle toute la spontanéité et tout l’empressement des heureuses nouvelles que l’on dit autour de soi. Elle se pénètre toutefois d’un peu de gravité dans la seconde incise : le mystère est là\, le mystère du Fils qui nous est donné. Il y a dans la courbe descendante de Filius une tendresse qui vénère et qui adore\, et l’on sait tout ce que l’on chante sur le pressus de datus est.La seconde phrase revêt\, sur impérium\, une ampleur majestueuse ; aussi bien\, il ne s’agit plus de l’Enfant mais du Roi. Sur humerum éjus\, à l’évocation de la Croix qui pèse déjà sur les épaules du Nouveau-né\, la mélodie s’alourdit et se nuance de tristesse ; notez la clivis allongée\, et la tristropha\, et la cadence finale nettement établie en la mineur.La joie revient\, sans ombre\, sur la troisième phrase\, avec un bel accent d’autorité sur vocabitur nomen éjus. Il y a bien sur ce dernier mot la même cadence en la\, mais\, n’étant ici qu’une cadence d’incise\, l’impression mineure est tout de suite détruite par les intervalles majeurs de magni consilii qui donnent à toute la finale\, par leur étendue\, le caractère de solennelle grandeur qui convient au Christ glorieux de la fin des temps.Il va de soi qu’il faut chanter cet Introït dans un mouvement allègre. Il ne s’agit pas de rapidité ; ce qu’il faut\, c’est que passe l’élan de vie et de joie.Bien lancer l’accent de natus est\, la voix se posant doucement sur la tristropha et s’en allant en un léger crescendo vers nobis.Un peu d’ampleur à impérium\, en marquant bien la première note de la seconde clivis. Ce n’est qu’à partir de l’épisème horizontal de humerum que l’idée de la croix aura son influence ; la tristropha\, douce. Le ralenti sur éjus sera léger ; assez marqué toutefois pour permettre un a tempo sur et vocabitur\, qui est une idée nouvelle ; les tristrophas légères et renforcées vers l’accent qui suit.Sur éjus\, dans la troisième phrase\, peu de ralenti ; le rattacher au contraire étroitement à magni consilii\, dont la première note sera légèrement élargie\, comme toute l’incise d’ailleurs.Le Psaume sera dans le mouvement ; bien articulé\, bien accentué\, avec l’ardeur entrainante qui convient à une telle invitation. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nIls ont vu\, tous les confins de la terre\, Le Salutaire de Notre Dieu.Dites donc votre joie à Dieu\, toute la terre.Verset. – Il a fait connaître\, le Seigneur\, son Salutaire.Devant la face des nations\, il a révélé sa justice. Ps. XCVII\, 3\, 2.Le Psaume XCVII a trait à la délivrance du peuple de Dieu de la servitude d’Egypte. En fait\, cette délivrance ayant été la figure de la Rédemption\, ce sont les merveilles de la Rédemption qu’il prophétise\, et\, comme ces merveilles n’auront leur plénitude que lors de l’avènement de Gloire\, il n’a toute sa signification que si on l’entend dans le sens de cet avènement suprême.Chantés au jour de Noël\, ces deux versets gardent évidemment tout leur sens prophétique. Au moment où le Christ naissait\, ce qu’ils annoncent n’était pas arrivé ; loin de là. Toutefois\, il faut bien le noter\, à mesure que l’œuvre de la Rédemption se fait\, ce qu’ils prophétisent devient de plus en plus une réalité. C’est bien vrai qu’aujourd’hui toute la terre a vu le salut et qu’en faisant connaître le Christ\, Dieu a révélé sa justice\, en ce sens qu’il a donné ce qu’il avait promis.Il faut donc que les chanteurs\, tout en remplissant le rôle du prophète\, aient à l’esprit ce sens de prophétie réalisée qui fait ce Graduel si actuel et qui le revêt d’un accent si particulier de joie éclatante et déjà triomphale. Ils seront ainsi la voix de l’Eglise chantant sur le berceau de l’Enfant les merveilles jadis prédites\, aujourd’hui réalisées en partie\, et qui le seront pleinement quand le temps leur aura permis de l’être.Chantés dans cet esprit il sera une très belle paraphrase de l’Epître. Dans ces quelques lignes aux Hébreux\, Saint Paul a ramassé\, dans une splendeur d’expression incomparable\, toute l’œuvre du Fils de Dieu\, jusqu’au jour où ayant roulé le ciel et la terre comme un manteau\, il les changera en éternité\, demeurant\, lui. Celui qui ne change pas. A cette parole\, l’Eglise réplique en chantant la joie de la terre qui a vu le Salutaire et qui le verra éternellement comme la pleine révélation de l’infinie puissance et de l’infinie justice de Dieu. \nLA MÉLODIE\n– Vidérunt omnes fines terrae salutare Déi nostri. Jubilate Déo omnis terra.Deux mots la caractérisent : joie enthousiaste. Cette joie est très nette dès le début\, dans le magnifique élan de l’intonation qui l’emporte du fa au mi et où passe en un souffle de gloire la fierté de l’Eglise chantant les nobles conquêtes de son Chef. Pas un instant elle ne s’atténue dans la suite. Elle enveloppe fines terrae de longs neumes qui symbolisent peut-être l’étendue du monde\, mais qui affirment surtout\, avec force\, l’étendue et la grandeur du triomphe. Après une nuance de vénération sur salutare\, elle revêt sur Déi nostri tout son éclat\, à l’évocation du mystère d’infinie miséricorde contenu dans ces trois mots.Dans la seconde phrase\, la mélodie suit l’idée et se fait impérative sur jubilate. Mais la joie ne tarde pas à dominer de nouveau. Pleine de tendre respect sur Déo\, elle reprend son bel enthousiasme sur omnis térra et le grade tout le long de la formule finale\, ponctuée par les salicus et le pressus\, qui lui donnent un si beau caractère de grandeur forte et noble.Le Verset. – Notum fécit Dominus salutare suum : ante conspéctum géntium revelavit justitiam suam.C’est la même joie triomphale. Elle part d’un bel élan sur notum fécit ; mais au lieu de le poursuivre\, elle s’arrête sur Dominus en une sorte de contemplation pleine de tendresse. L’âme a trouvé le nom du Seigneur\, à qui elle a tout à dire\, en pareil jour. Elle s’y complaît\, répétant sa louange et son amour sur des motifs aimables et doux jusqu’à ce que\, s’excitant peu à peu\, elle laisse enfin monter l’ardeur de sa joie dans une envolée brillante qui rappelle celle de Déi nostri.La seconde phrase n’a pas cette nuance de vénération. Aucun mot dans le texte ne la demande d’ailleurs. L’élan de l’intonation porte tout de suite au sommet le mot géntium. La formule est celle qui achève le mot Dominus dans la première phrase : enthousiaste\, avec la même note de fierté heureuse. La mélodie ensuite s’en va par une gracieuse descente empreinte de joie profonde vers la formule finale. Cette formule qui ne se retrouve qu’une autre fois\, au Graduel de l’Assomption de Notre-Dame\, semble bien avoir été faite pour ce Graduel de Noël\, qui est le plus ancien des deux. Elle a très peu d’élan. Ce n’est pas que la joie en soit absente\, mais celle-ci est discrète\, empreinte même d’une certaine gravité\, comme une joie de reconnaissance personnelle qui ne se dit que dans le secret de l’âme. Aussi bien est-ce dans l’intime du cœur qu’elle se révèle pour chacun\, cette justice de Dieu.Chanter dans un mouvement assez vif et avec éclat.Que l’intonation soit légère. La première note du podatus de omnes bien posée\, mais dans le mouvement. La tristropha légère et allant en crescendo vers le climacus qui ne sera pas du tout retenu. Les pressus de térrae bien appuyés ; pas de ralenti. Le porrectus de salutare un peu élargi.A tempo\, sur jubilate ; l’accent bien lancé. Enthousiasme sur omnis. Les salicus de térra appuyés\, la répercussion bien faite sur le do\, et la cadence peu ralenti.Le début du Verset bien balancé. Dans la dernière incise de Dominus\, mener le crescendo de fin\, le concentrer sur la bivirga et la note qui précède le quilisma\, et faire le sommet léger. Les quatre dernières notes retenues. Rattacher Salutare à Dominus.Bien que l’écriture de géntium soit différente de celle du dernier motif de Dominus\, l’interprétation est la même. Ralentir les dernières notes de conspéctum et de géntium.N’élargir que le dernier motif de la finale. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nUn jour saint a lui sur nous.Venez nations et adorez le Seigneur.Car\, aujourd’hui descend une grande lumière sur la terre.Ces paroles ne sont pas dans l’Ecriture. Tout au plus pourrait-on y voir une allusion au passage d’Isaïe chanté dans la première leçon des matines: «Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu un grande lumière ».Cette grande lumière que chante l’Eglise\, c’est d’abord la clarté qui environnait l’ange quand il apparut aux bergers ; mais par delà\, il va de soi\, c’est la parole de Dieu se révélant à nous à travers son Fils\, comme Saint Paul vient de nous le dire dans l’Epître ; c’est enfin le Christ\, lumière qui a lui dans les ténèbres\, comme va nous le dire Saint Jean dans l’Evangile. \nLA MÉLODIE\nC’est une mélodie type qu’on rencontre très souvent aux environs de Noël (Messe du jour\, Saint Etienne\, Saint Jean\, Saint Sylvestre\, Epiphanie. Dans le mois de Janvier : Chaire de Saint Pierre\, Conversion de Saint Paul\, Saints Fabien et Sébastien. – Nativité de Saint Jean-Baptiste qui s’apparente de si près à Noël\, Fête de Saint Pierre et Saint Paul qui primitivement se célébrait\, en dehors de Rome\, le 28 Décembre.) ; si bien qu’on l’appelait natalitia : un noël. Elle a de particulier que chacune des phrase a la forme d’un verset de psaume : une intonation\, une teneur avec une médiante\, une cadence finale.L’intonation et la cadence sont plus ou moins développées.A cause de la teneur qui n’est qu’un récitatif\, cette disposition ne semble pas\, de prime abord\, favoriser l’expression ; en fait non seulement elle ne lui nuit pas\, mais elle la sert fort bien\, car\, avec les intonations et les cadences\, coïncident les mots importants du texte\, de sorte qu’ils se trouvent revêtus de motifs ornés qui les mettent très en relief.C’est ainsi que\, dans la première phrase\, la montée pleine d’élan sur Dies est tout à fait dans le ton de joie empressée et en même temps pleine d’admiration qui est celui de Noël\, tandis que la cadence longuement développée de nobis donne à l’âme le loisir de dire au Seigneur\, en une contemplation paisible\, la reconnaissance de toute l’Eglise dont elle est la voix. Détail curieux ; les derniers neumes qui la font s’achever en do sont les mêmes qui dans le verset du Graduel faisaient finir l’incise revelavit en fa ; Revelavit… Illuxit : lumière. L’invitation de la seconde phrase se courbe comme une prostration ; elle adore. Elle se fait quelque peu pressante au cours de la teneur\, mais ne s’attarde plus ni sur adorate\, ni sur Dominum.La troisième phrase est une reprise de la première : hodie répond à dies ; même mot\, même motif\, même joie bien à sa place. Lux magna remplace illuxit nobis\, même idée\, même motif\, même expression.C’est à la reprise du chœur sur super térram que la joie atteint son plus grand éclat. Superbe conclusion : la mélodie qui s’est élevée jusqu’aux limites du mode\, s’élargit\, déploie toute sa puissance\, se revêt de grandeur pour célébrer le mystère de lumière qui va non seulement éclairer les âmes mais illuminer le monde.L’Alleluia\, par son élan hardi\, a tout à fait l’allure d’une acclamation. Il faut la lui garder tout au long du jubilus.Rattacher étroitement sanctificatus à Dies et illuxit à nobis.Ne pas faire de crescendo sur les pressus de venite. Il n’a aucune raison d’être. C’est sur la double note de fa – une bivirga – qu’il se fera ; il se détendra sur la tristropha qui suit ; celle-ci ira\, en progression vers l’accent tonique.La double note de super est une bivirga\, de même celle du sommet de térram. La descente finale\, très ralentie. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nA toi sont les cieux et à toi est la terre.Le Globe de la terre et ce qui le remplit\, c’est toi qui l’as fait.La justice et le jugement droit sont la base de ton trône. Ps. LXXXVIII\, 12\, 15.Dans le Psaume\, ces deux versets sont une louange directe à Dieu\, dans laquelle le peuple lui dit que tout est à lui\, parce que c’est lui qui a tout fait et qu’il est la Justice même. Le second évidemment doit s’entendre au sens figuré. Nous dirions aujourd’hui : la justice et la sagesse sont la politique de ton gouvernement.Au sens liturgique\, c’est une paraphrase très heureuse des deux lectures qui viennent d’être faites. Dans l’Epître\, saint Paul disait\, citant lui aussi les psaumes : « Tu as créé la terre dès le commencement\, et le Ciel est l’œuvre de tes mains… le sceptre de l’équité est le sceptre de ton empire ». Et saint Jean à son tour dans l’Evangile : « Tout a été fait par lui… Nous l’avons vu plein de vérité. » L’Eglise\, pleine de ces idées\, s’adresse au Verbe fait chair et proclame à la fois son absolu domaine sur toutes choses et sa sagesse infinie. Elle fait plus ; par les mots mêmes qu’elle chante\, elle donne au geste de l’offrande son sens de sacrifice : Prends… tout est à toi\, à toi qui es la sagesse et l’équité\, et qui rendras dans la mesure où l’on te donne\, et cent fois plus encore. (Une autre interprétation du texte est possible\, plus en accord peut-être avec l’Epître où c’est le Père qui dit au Fils : C’est toi qui as fait tout… ton sceptre est un sceptre d’équité. Ce serait alors le Père qui\, ici encore\, s’adresserait au Verbe fait chair\, ou l’Eglise qui se redirait les paroles du Père et en ferait comme le thème de sa contemplation et de sa joie intérieure…) \nLA MÉLODIE\nElle est en contraste avec toutes les autres pièces de la messe. Elle se tient dans le grave\, se développe très peu ; à part une note d’échappée\, à la fin de la seconde phrase\, sur tu fundasti\, elle ne dépasse pas la quinte ré-la ; enfin elle est écrit dans le IVe mode\, qui est le mode mystique.Ce n’est pas une louange qui éclate\, c’est une contemplation ; comme une parole intérieure dite dans l’intimité\, et qui ne s’extériorise qu’autant qu’il est nécessaire\, pour exprimer l’admiration et la tendresse dont elle est pénétrée.Dans la première phrase\, après avoir souligné caeli de quelques neumes discrets\, le mouvement va vers tua est térra\, où il s’épanouit dans la joie croissante des rythmes ternaires qui vont s’achever sur la cadence de mi en une nuance délicate de tendresse. Joie et tendresse de l’Eglise\, heureuse de chanter pour son propre compte à l’Enfant divin les paroles inspirées et\, à travers elles\, de lui offrir tout ce qu’il dépend d’elle de lui donner.La seconde phrase est l’affirmation de la puissance créatrice du Verbe\, du petit Enfant qui est là. A travers la paix de la contemplation\, quelques nuances ici et là l’évoquent : le salicus de orbem\, la tristropha de terrarum\, les notes doubles et répercutées de éjus\, et surtout l’élan de tu fundasti si plein de noblesse et de force et où passe par la voix de l’Eglise la joie et la reconnaissance de tout le monde créé.Il y a un peu plus de mouvement dans la troisième phrase. La mélodie établie pour un instant au moins sur la dominante\, prendre de l’ampleur. En même temps\, elle s’attarde davantage sur les mots\, sur tous les mots. L’âme a tant à dire de cette justice et de cette sagesse divines qui commencent à s’exercer aujourd’hui sur la terre\, dont elle fait son profit chaque jour et dont elle voit se profiler dans les siècles l’éternel triomphe.Il ne faut chanter cet Offertoire ni vite\, ni fort\, mais entretenir toujours le mouvement et mettre\, partout où elles sont indiquées\, les nuances d’intensité ; de sorte qu’on sente partout la vie et la ferveur.Elargir les trois premiers climacus de est térra : pas le dernier ; telle est la nuance des manuscrits.Faire bien douce la tristropha de terrarum et les distrophas de éjus\, qui préparent les délicates répercussions qui suivent. Ne pas brusquer le salicus de fundasti. Que toute cette incise soit très liée et le crescendo préparé à partir des dernières notes de éjus. Ralentir la thésis de judicium. Bien marquer le premier podatus de praeparatio. Moduler avec beaucoup de douceur la dernière incise toute adorante. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nIls ont vu\, tous les confins de la terre\,Le Salutaire de notre Dieu. Ps. XCVII\, 3.C’est la première phrase du Graduel. L’Eglise la chante ici dans la joie de la voir se réaliser sous ses yeux\, car c’est dans l’Eucharistie que le Salutaire de Dieu\, le Christ\, est vu\, saisi et porté par l’Eglise aux confins de la terre. \nLA MÉLODIE\nElle est plus contenue que celle du Graduel. La première incise est même très recueillie\, ce qui s’accorde parfaitement avec l’atmosphère de réflexion grave dans laquelle l’Eglise redit les paroles prophétiques\, mais\, tout de suite\, un très beau mouvement de joie monte et s’épanouit sur fines térrae\, chantant déjà le Christ partout répandu et évoquant le jour où il sera tout en tous.La seconde phrase est celle de la Communion de la Vigile\, elle ne revêt ici aucune expression particulière.Chanter d’un seul mouvement toute la pièce\, sans aucun ralenti à salutare. Partitions \n\nPolyphonies pour Noël\n\nEcoutes de pièces  \n\nNoëls anciens et populaires\nRistori – Vivaldi : Messe de la nativité\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Saint Etienne
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTEAinsi donc\, ils ont siégé\, les princes ;Et contre moi ils parlaient.Aide-moi\, Seigneur mon Dieu\,Car ton serviteur s’appliquait à tes lois.Ps. – Bienheureux les purs sur le chemin.Ceux qui marchent selon la loi du Seigneur. Ps. CXVIII\, 23\, 86\, 1.L’idée vient assez naturellement d’en faire l’application à Saint Etienne. Rien ne s‘y oppose. Toutefois cette interprétation ne satisfait pas pleinement parce que\, compris de la sorte\, le texte perd toute actualité. Encore que les Saints soient réellement présents aux offices célébrés en leur honneur\, on ne saurait leur attribuer à ce moment-là des actes incompatibles avec leur état de béatitude ; telle ici  cette prière : aide-moi\, Seigneur mon Dieu ; Saint Etienne n’a plus besoin d’être aidé.C’est pourquoi il est peut-être préférable de mettre cet Introït sur les lèvres du Christ. Par la voix de l’Eglise\, en qui il se continue\, il applique à Saint Etienne et à tous ceux qui ont comme lui souffert persécution\, ces paroles qu’il s’est sans doute appliquées à lui-même lorsqu’il les disait au cours de sa vie terrestre. Ce faisant\, c’est encore de lui qu’il les dit\, car c’est lui qui est persécuté en tous ceux qui sont persécutés. Entendu ainsi du Corps mystique tout entier\, le texte a tout son sens. Par une attention spéciale\, il se réfère à Saint Etienne\, au jour de sa fête\, mais\, s’appliquant au Christ total qui toujours\, ici ou là\, souffre de la persécution\, il est toujours actuel.LA MÉLODIEIl n’est pas aisé de caractériser la première phrase. Ce n’est pas une plainte. Elle n’est pas non plus l’expression d’une âme triste ou accablée car\, dans les manuscrits\, tous les neumes sont légers : notamment les porrectus de étenim sedérunt\, les distrophas de loquebantur\, la tristropha de persecuti. Ce qu’il faut y voir\, semble-t-il\, c’est\, après la constatation quelque peu sombre de étenim\, l’énergie éternellement jeune du Christ et de l’Eglise se déployant dans une paix inaltérable et forte. Il s’y mêle une nuance d’indignation discrète\, retenue\, qui n’éclate pas\, mais qui est partout. Assez fortement marquée sur étenim par la bivirga et l’inflexion au grave sur la clivis allongée\, elle souligne les mots de nuances plus ou moins poussées : me\, loquebantur\, où l’on peut voir évoquées les paroles de haine des sanhédrites et de leurs comparses de tous les temps ; persecuti surtout\, notez la tristropha\, la remontée bien scandée des groupes binaires vers le podatus allongé et la cadence si brusque.De cet état d’âme\, jaillit la prière de la deuxième phrase\, ardente et forte elle aussi. La mélodie quitte la tonique à laquelle elle revenait sans cesse\, s’établit un instant sur le fa\, monte à la dominante et\, dans un admirable mouvement de supplication\, s’élance jusqu’au do\, où elle s’épanouit en un pressus qui concentre sur Déus méus toute l’ardeur de la demande. Les deux autres incises ont moins d’élan : elles sont un plaidoyer où\, comme il convient\, l’humilité a sa part ; d’où\, peut-être\, cette discrétion dans le mouvement mélodique.Le Psaume est une louange pour ceux qui\, comme le saint martyr\, vont droit leur chemin et en même temps une contemplation de sa béatitude.Dans la première\, après avoir bien appuyé la double note qui est une bivirga\, faire les porrectus de étenim légers\, tout en veillant à ce qu’ils gardent leur valeur de trois temps ; relier cette première incise à la seconde par-dessus la demi-barre et arrondir le torculus de me ; ne pas forcer les distrophas de loquebantur ; bien articuler le dernier mot de la phrase\, me.Dans la seconde\, élargir légèrement le second torculus de Domine et y intensifier le crescendo qui le rattache à Déus méus\, lequel aura commencé dès le début de la phrase. Aucun ralentissement à la cadence de exercebatur. \nGRADUEL\nLE TEXTEIls ont siégé\, les princes\, et\, contre moi\, ils parlaient.Et les méchants m’ont persécuté :Verset. – Aide-moi\, Seigneur mon Dieu\,Sauve-moi en raison de ta miséricorde. Ps. CXVIII\, 86\, 23. VI\, 5.Il est à peu près le même que celui de l’Introït. Dans la première partie\, seul le mot étenim du début est en moins ; mais dans le Verset la fin a été modifiée : quia sérvus tuus a été remplacé par le verset 5 du Ps. VI ; un appel à la miséricorde au lieu du plaidoyer de l’Introït .Il est bien à sa place après l’Epître. Le récit du martyre qui vient d’être lu rend cette attitude du Christ et de l’Eglise encore plus naturelle.LA MÉLODIE(V) Sedérunt principes et advérsum me loquebantur et iniqui persecuti sunt me.L’expression aussi est la même que dans l’Introït\, mais beaucoup plus poussée.L’indignation n’est plus contenue. Elle a bien la même réserve sur sedérunt principes\, mais elle s’en dégage tout de suite et par un mouvement très vif. Les quatre syllabes détachées de et advérsum me portent la mélodie à la dominante en une arsis pleine d’une ardeur ui s’intensifie\, sur me d’abord\, puis sur loquebantur\, où l’on retrouve le motif de l’Introït\, mais considérablement renforcé sur que par une double note qui est une bivirga épisématique dans les manuscrits et qui de ce fait est fortement appuyée. Sur et iniqui\, l’indignation éclate vraiment ; admirable formule où e mêlent la véhémence de la passion et l’amertume de la souffrance ; celle-ci particulièrement dans l’intervalle de tierce mineure sur lequel s’achève le mot.Le Verset. – Adjuva me Domine Déus méus Salvum me fac propter misericoridum tuam.La formule de l’intonation\, qui ne se retrouve qu’une autre fois\, et sur le même texte\, dans le premier des Graduels du Samedi des Quatre-Temps de Carême\, est très caractéristique d’un appel pressant à l’aide divine. Par son élan qui va d’un trait à la dominante\, elle met quelque chose d’angoissé sur ce début de la prière. Mais tout de suite\, sur la vocalise de Domine\, l’angoisse s’atténue\, pour faire place à une pression délicate\, qui peu à peu se transforme\, au cours de la dernière incise\, en un cri d’ardente supplication\, lequel atteint son maximum d’intensité sur la première note de la clivis répercutée. On voudrait qu’elle se poursuive sur Déus méus\, mais la formule s’y prête mal et la coupure n’est pas heureuse.Le simple récitatif de la seconde phrase ne fait qu’adapter la mélodie à la longueur du texte\, mais il est d’un très bel effet. Il met sur misericordium un accent d’humble prière parfaitement adapté et qui se continue tout le long de la formule finale\, laquelle s’y prête fort bien d’ailleurs par son mouvement discret\, ses notes longues et tout particulièrement par la double répercussion de l’avant-dernier neume.Le mouvement doit être assez ample.L’intonation\, très retenue ; la double note est une bivirga épisématique. Bien faire les accents de advérsum me et de persecuti.Dans le Verset ne pas presser adjuva me\, bien que le mouvement soit un peu dégagé. Se complaire dans la vocalise de Domine\, qui sera légèrement élargie. Y rattacher de très près Déus méus pour pallier à la mauvaise coupure.Bien accentuer salvum ; et bien rythmer tout le passage syllabique. \nALLELUIA\nLE TEXTEJe vois les Cieux ouvertsEt Jésus debout à la droite du Dieu Puissant. Actes VII\, 56.Ce sont\, à quelques détails près\, les paroles que Saint Etienne prononça lors de son jugement\, au moment où ses accusateurs frémissant de rage grinçaient des dents contre lui : « Rempli du Saint esprit et levant les yeux au ciel il vit la gloire de Dieu et Jésus\, debout à la droite de Dieu\, et il dit : Je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu.» L’auteur pour accommoder le texte à la mélodie a remplacé Filium hominis par Jésum et fait précéder Déi de virtutis.Au sens liturgique c’est encore Saint Etienne qui les chante par la voix de l’Eglise et elles sont aussi actuelles qu’à l’heure de son martyr\, car c’est bien vrai qu’il voit le ciel et Jésus à la droite du Père : le mot de son extase est devenu le mot de son éternelle vision.LA MÉLODIEC’est celle de l’Alleluia de la Messe du jour de Noël. Ici encore c’est dans l’adaptation des mots aux intonations et aux cadences que réside l’expression.Dans la première phrase\, vidéo avec ses premières notes allongées et la progression du mouvement qui l’emporte au sommet du mode évoque admirablement le regard du Saint tendu vers le ciel en même temps que la surprise\, la joie\, l’admiration qui de plus en plus remplissent son âme. La deuxième incise\, plus thétique\, chante aussi très bien la béatitude où le fixe l’extase.La seconde phrase\, elle\, se fait pleine de révérence ; elle adore comme dut le faire le martyr quand\, à ses yeux ravis\, le Fils de l’homme apparut à la droite du Dieu puissant.La troisième prolonge cette joie béatifiante jusqu’à ce que l’enthousiasme\, qui ne s’était pas encore révélé\, vienne envelopper le mot Déi d’une exultation d’Hosanna.En plus de ce qui a été recommandé pour l’Alleluia de Noël\, on joindra ici très étroitement a déxtris à stantem. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTEIls choisirent\, les apôtres\, Etienne (pour) lévite.(Il était) rempli de foi et de l’Esprit-Saint.Lequel lapidèrent les Juifs\,Alors qu’il priait et disait :Seigneur Jésus\, reçois mon esprit.Alleluia !Ce résumé de l’histoire de Saint Etienne est d’abord une réplique de l’Eglise à l’Evangile. Elle a entendu le diacre chanter la parole de Notre-Seigneur : «Voici que je vais vous envoyer des prophètes\, des sages\, des docteurs ; et vous tuerez les uns et vous sacrifierez les autres et vous en flagellerez plusieurs dans vos synagogues ; Jérusalem\, qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui te sont envoyés… » Elle chante alors l’histoire du Saint comme pour se dire à elle-même que dans son martyr s’est réalisée une fois de plus la prophétie du Christ.Il est aussi un magnifique chant d’offrande. La prière accipe spiritum méum\, sur laquelle il prend fin est en effet la prière de tous les sacrifices de la vie\, de la mort et de l’éternité\, de sorte qu’au moment où chacun doit s’offrir avec le prêtre sur les mêmes mots suscipe Domine\, elle devient la plus vivante\, des réalités\, et pour le martyr qui là-haut continue son offrande\, et pour nous qui mêlons la nôtre à la sienne\, ici-bas.LA MÉLODIEElle ne ressemble pas aux autres mélodies d’Offertoire. Elle est originale non seulement en ce sens qu’elle n’est pas centonisée – aucun Offertoire ne l’est – mais parce qu’elle sort de l’ordinaire. Il n’est d’ailleurs pas aisé de dire avec précision ce qui la fait si particulière : son étendue dans les deux tétracordes du mode\, une certaine complaisance dans le grave avec un attrait vers les cadences pleines sur di\, ce qui pour un rien évoquerait le majeur moderne\, une très grande aisance dans le développement neumatique qui est riche et hardi ; par-dessus tout\, une vie intense et je ne sais quoi de dramatique qui d’ailleurs sert parfaitement le texte.Elle comprend deux parties nettement distinctes : le récit du drame et la prière du Martyr.La première phrase\, bien qu’elle se développe dans le grave et en dépit de sa richesse mélodique\, est très simple. Elle raconte l’élection\, c’est tout ; Elle le fait avec emphase en marquant les mots d’un fort relief – notez la double note de elegérunt\, qui est une bivirga épisématique\, et l’arsis de apostoli – mais elle n’enveloppe le récit d’aucun sentiment particulier\, si ce n’est d’une paix tranquille.La seconde est consacrée au saint Martyr. Son nom se trouvant dans le mouvement thétique de la première phrase ne pouvait être mis en évidence autant qu’on l’eût désiré\, mais voici les mots qui le caractérisent : plénum fide et Spiritu Sancto\, les mots qui disent sa sainteté\, qui ont déterminé le choix des apôtres et qui le mettent dans la catégorie des sages et des prophètes envoyés par le Christ et que tua Jérusalem. La mélodie va les mettre en éclatant relief. Toutefois ce n’est ni fide\, ni Spiritu Sancto qui ont le plus retenu l’attention de l’auteur\, mais plénum. Aussi bien tous les chrétiens ont la foi et le Saint-Esprit\, mais Saint Etienne en était rempli et c’est cette plénitude qui le caractérisait. Le mot est admirablement traité. La progression rythmique et mélodique conduit la voix doucement au sommet. Elle se pose\, légère\, sur la première double note et va se renforçant sur la seconde avant de s’arrondir au sommet et de retomber gracieusement sur fide. La première double note de fi est une bivirga épisématique ; simple nuance\, mais combien expressive de la foi inflexible du jeune Martyr. Le mot s’achève en une cadence du IVe mode pleine de génération.La mélodie ne s’y attarde pas\, elle se relève tout de suite sur Spiritu Sancto. Sans traiter ce mot comme le plus important\, l’auteur lui a tout de même donné un certain relief : les premières notes des clivis sont allongées ; et surtout la cadence en fa par le si naturel lui donne une expression de confiance\, d’abandon\, de paix absolue. C’est celle de toute la phrase d’ailleurs et elle est bien faite pour évoquer l’âme ardente certes mais si abandonnée du jeune lévite.La troisième phrase est en contraste absolu. L’indignation que provoque le drame se manifeste dès le premier mot par les répercussions et plus encore par la retombée brusque fa-do. Elle se fait de plus en plus violente sur les rythmes binaires ascendants de lapidavérunt jusqu’à devenir un cri de stupeur sur la distropha et la bivirga répercutée du sommet. Notez que c’est la même formule que sur plénum\, mais ici les trois podatus qui l’amènent et\, plus encore\, l’image de la lapidation et le sentiment qui s’en dégage détruisent le caractère paisible qu’elle avait dans la phrase précédente et en font\, au contraire\, quelque chose de dur où se mêlent de la souffrance et une colère qui se contient à peine et qui trouve d’ailleurs\, sur le pressus de judaei l’accent qui lui convient. Cette indignation douloureuse d’un moment se change en douceur\, admiration\, vénération sur orantem et dicéntem. C’est une autre image : celle du martyr en extase ; on ne voit plus la scène d’horreur\, on est tout à la paix qui se dégage du Saint en prière.Domine Jésu\, accipe spriritum méum… A l’encontre du récit où tant de sentiments se trouvent mêlés\, ici\, tout est simple. L’âme du jeune diacre est avec Dieu dans un abandon plein d’amour et c’est déjà la joie de la béatitude qui passe dans les mots qu’il dit ; L’invocation Domine Jésu est une merveille de calme\, de repos\, de paix souriante\, avec une nuance de plénitude que lui donnent les beaux intervalles larges et sonores. Le mouvement thétique se poursuit sur accipe avec un accent de prière délicat\, qui va devenir dans le splendide élan de spiritum le dernier cri d’amour du Martyr… et le nôtre.Tous s’achève dans la paix joyeuse de l’Alleluia\, le mot de la louange éternelle dans laquelle il est entré\, et où nous le suivons.Eviter dans l’exécution toute recherche d’effet. Le conseil est de mise ici plus que partout ailleurs\, en raison du caractère dramatique du texte et de la mélodie. Dans une analyse\, il faut dire les nuances avec des mots qui n’ont pas assez de nuances ; l’exécution doit y suppléer. Suivre scrupuleusement le rythme et demeurer dans l’esprit du texte ; et tout sera bien.Certains détails demandent un soin particulier.Dans la première phrase ; la bivirga de elegérunt qui sera fortement appuyée. Dans la seconde\, le mot plénum qu’il ne faut pas pousser mais envelopper de paix\, appuyer fortement la double note du sommet\, qui est une bivirga. Celle de fide doit être très expressive. Mais le mouvement ne doit pas être ralenti. Poser avec un peu d’ampleur les premières notes des podatus de lapidavérunt\, dont la bivirga du sommet sera traitée comme celle de plénum.Dans la dernière phrase\, Domine un peu élargi et très lié. Spiritum de même\, mais le sommet assez fort ; notez la bivirga. Un peu plus de mouvement à l’Alleluia\, mais la dernière incise très élargie. \nCOMMUNION\nLE TEXTEJe vois les cieux ouverts\,Et Jésus se tenant à la droite de la puissance de Dieu :Seigneur Jésus\, reçois mon esprit\,Et n’attribue pas à ceux-ci le péché\,Car ils ne savent pas ce qu’ils font. Act. VII\, 56\, 59\, 60. – Luc. XXIII\, 34.Ce sont les paroles mêmes de Saint Etienne. Elles forment ici un tout mais en fait elles ont été prononcées par le Saint en trois circonstances différentes ; la première à la fin de son plaidoyer\, la seconde pendant qu’on le lapidait\, la troisième juste au moment de mourir\, la dernière incise exceptée. Celle-ci ne fut prononcée que par Notre Seigneur sur la Croix\, mais elle est tout à fait à sa place ici.Dans le cadre liturgique\, c’est encore le saint Martyr qui par la voix de l’Eglise fait entendre les paroles qui continuent d’être dans l’éternité l’expression de son âme glorifiée. Mais chacun doit avoir soin de faire sien\, comme dans l’Offertoire\, accipe spiritum méum. C’est le mot par excellence de l’âme qui communie. L’union du Christ avec nous se fait dans le don réciproque de nos deux êtres. Il se donne\, nous nous donnons : Domine Jésu\, accipe spiritum méum. Le texte devient ainsi une vivante réalité.LA MÉLODIETrois phrases ayant chacune son objet précis : vision\, offrande\, prière.Dans la première\, Saint Etienne dit ce qu’il voit et il le dit à mesure qu’il le voit. Ce sont d’abord les cieux ouverts. Il n’y a pas de doute que ce fut pour lui une joie indicible\, mais à peine en eut-il conscience que la vision se précisa et qu’à la droite du Père\, apparut le Seigneur Jésus debout dans la gloire. Une vague de béatitude dut alors soulever son âme et en faire jaillir un cri d’admiration et d’amour. C’est cette progression de joie que la mélodie exprime. Elle débute sur vidéo caélos apértos dans une tonalité imprécise ; le mouvement non plus ne se dessine que discrètement du fa au si b ; c’est que la joie du saint Martyr ne fait que commencer\, ses yeux cherchent encore. Mais voici la vision nette du Christ Jésus ; par une modulation brusquée\, la mélodie s’élance d’un bond à la dominante et là\, sur les hauteurs\, prolonge et développe le cri de joie extatique qui remplit l’âme du Saint\, la déborde et va se perdre pour finir sur virtutis Déi dans l’adoration et la paix.Cette vision\, comme toutes les visions\, s’achève dans l’amour qui se donne\, Domine Jesus accipe spiritum méum. L’élan de joie s’accentue encore\, tout en étant de plus en plus pénétré de paix. La mélodie rebondit du sol au ré puis\, par une courbe extrêmement gracieuse\, vient se reposer sur la dominante pour redescendre par degrés paisiblement vers la tonique. Il y a dans toute cette phrase quelque chose de simple\, d’aimable\, on dirait bien : de souriant. C’est toute l’âme\, si pure\, du Saint qui\, en présence de son Sauveur enfin trouvé\, se remet à lui\, dans un geste qui est naturel\, parce qu’il est de toujours. Il ne demande pas au Christ de le recevoir : il se donne.La troisième phrase est très différente. C’est encore une prière\, mais une prière d’intercession cette fois. Ne statuas illis… Le mélodie module vers la cadence du IVe mode où elle prend le ton de douce pression que permet l’amitié\, puis elle devient grave et nuancée de honte sur peccatum comme si le jeune Martyr assumait quelque chose de la cruelle humanité\, et elle s’achève dans la paix\, sur le mot d’excuse qui rappelle au Christ sa propre miséricorde.Ne pas traîner. Un bon mouvement\, sans presser\, jusqu’à la fin de la première phrase\, avec une ferveur croissante. Bien accentuer le pressus de Déi.Domine Jésu\, léger\, très lié\, gracieux ; heureux plutôt que suppliant. La double note de Jésu est une bivirga ; l’appuyer doucement en renforçant la voix vers l’accent de decipe et l’on aura l’admirable expression d’amour tendre et fort qui convient. Toute la phrase un peu plus lente et aussi immatérielle que possible.Veiller à garder jusqu’au bout le mouvement. Relier de très près peccatum à illis. Prendre le temps d’articuler la dernière syllabe de nésciunt sur le punctum\, qui\, de ce fait\, sera allongé.  \n\nCantiques pour les Saints\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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DESCRIPTION:La répétition de l’introït In médio \n\nCommentaires des pièces de cette messe par Dom Baron. \nINTROÏT\nLE TEXTEAu milieu de l’Eglise\,Elle (la Sagesse) a ouvert la bouche de celui-ci.Et il l’a rempli\, le Seigneur\,De l’esprit de Sagesse et d’intelligence\,Et d’un vêtement de gloire\, il l’a revêtu.Ps. Il est bon de louer le Seigneur\,Et de chanter ton nom\, ô Très Haut. Eccli. XV\, 5. VI\, 32. Ps. XCII\, 1.Cet Introït a bien été composé pour Saint Jean ; ce n’est qu’au XIIe siècle\, lorsqu’a été formé le Commun des Saints\, qu’il y a été inscrit pour les messe des Docteurs.Dans l’Ecclésiastique\, ces paroles sont au futur. Il s’agit des qualités que la Sagesse procurera à celui qui sait la recevoir et la cultiver. Elle l’inspirera lorsqu’il aura à parler dans l’assemblée – c’est le sens qu’il faut donner à ecclésiae – elle lui donnera de savoir juger droit et le revêtira de gloire\, en lui donnant de jouir de l’estime des hommes.L’Eglise en fait ici une louange à Saint Jean. Il n’y a eu qu’à mettre les verbes au passé et l’application s’est trouvée parfaite ; Saint Jean est bien en effet celui à qui il a été donné de parler avec le plus de profondeur des mystères de Dieu et il n’a pu le faire que sous l’inspiration des dons de sagesse et d’intelligence dont le Seigneur l’avait rempli. Quant au vêtement de gloire dont il a été revêtu\, on ne saurait dire pleinement ce qu’il est\, mais le fait d’avoir été celui que le Sauveur aimait entre tous et à qui il confia sa Mère\, lui a certainement valu durant sa vie et lui vaut de génération en génération\, de la part des hommes\, une très particulière vénération. Il est d’autre part raisonnable de croire que le seigneur\, à qui il fut fidèle jusqu’à la Croix\, lui a donné de participer à sa gloire à un degré peu commun.Le Psaume est comme une exclamation de l’Eglise qui contemple la béatitude de Saint Jean louant Dieu dans les splendeurs de l’éternité. Autrefois\, lorsqu’il était chanté en entier\, les derniers versets sur le Juste qui se multiplie comme le palmier\, s’appliquait tout naturellement à la belle vieillesse de l’Apôtre.LA MÉLODIEElle est très sobre\, comme une parole que l’on se dit à soi-même lorsqu’on évoque le souvenir d’un être cher. C’est bien ce que fait l’Eglise ici : elle se recueille devant l’admirable figure de Saint Jean et se redit à elle-même très simplement la parole inspirée en quoi se concentre toute sa pensée. Quelques notes lui suffisent : une sorte de récitatif paisible et doux auquel les tristrophas répétées sur la dominante communiquent quelque chose de l’immobile contemplation.Elle s’anime quelque peu\, au début de la seconde phrase\, à l’idée de la grâce insigne que le Seigneur a faite à Saint Jean\, en le remplissant de la Sagesse et de l’intelligence qui font toute sa gloire et dont elle a tant profité. Et implévit éum … C’est le centre de la louange. Le mouvement arsique se développe sur l’accent de implévit et va s’épanouir sur éum en un pressus qui donne à ce pronom l’éclat particulier que mérite le nom du Saint dont il tient la place. Il rebondit ensuite délicatement sur sapiéntiae et intelléctus qu’il marque d’un salicus\, et s’achève en une cadence d’une mystérieuse profondeur.Il y a une nuance d’admiration sur gloria\, puis\, sur induit une affirmation pleine d’autorité ; les doubles notes sont des bivirgas.Les tristrophas de la première phrase seront légères et tout le mouvement très souple. Mette quelque ardeur dans l’arsis de implévit éum ; le pressus du sommet un peu élargi. La distropha de intelléctus en léger crescendo vers la première note de a clivis. Bien appuyer les bivirgas de induit. \nGRADUEL\nLE TEXTEIl courut\, le bruit\, parmi les frères\,Que ce disciple ne mourrait pas.Verset. – Mais : « Ainsi\, lui\, je veux qu’il demeure\, jusqu’à ce que je vienne. »Toi\, suis-moi. Jean XXI\, 23\, 22.Pour avoir le sens de ce texte\, il faut le lire en entier dans l’Evangile\, car il est ici fort mal coupé. C’est l’interrogatoire que Notre Seigneur fit subir à Saint Pierre après la Résurrection : Pierre\, m’aimes-tu ? … Il lui prédit\, à la fin\, le martyre de la croix et ajoute : suis-moi. Voyant Saint Jean près de Notre Seigneur\, Saint Pierre pose alors une question quelque peu indiscrète : « Et celui-là ? » à quoi Notre Seigneur répond par une parole mystérieuse : « Si je veux que\, lui\, il demeure jusqu’à ma venue (c’est-à-dire jusqu’à mon avènement glorieux)\, que t’importe ? Toi\, suis-moi. » Cette dernière parole avait fait impression chez les premiers chrétiens\, si bien que\, voyant l’Apôtre Bien-aimé survivre à tous les autres\, ils en étaient venus à croire qu’il ne mourrait pas. A l’encontre de cette rumeur\, Saint Jean\, à la fin de son Evangile\, rétablit ainsi la vérité : « Jésus cependant n’avait pas dit : il ne mourra pas\, mais : si je veux qu’il demeure etc… » C’est le début de cette dernière phrase qui manque dans le Verset.C’est évidemment comme une louange à Saint Jean que ce texte a été choisi pour être chanté ici. A vrai dire\, si l’on s’en tient à son sens littéral\, on ne voit pas bien en quoi le louent cette rumeur qu’il détruit lui-même et la parole de Notre Seigneur\, simple hypothèse qui\, en fait\, ne se réalisa pas. Il faut aller plus loin que les mots. Le P. Allo interprète ainsi cette réplique de Notre Seigneur : « Comme Pierre représente le dévouement actif pour prêcher\, convertir\, porter la croix de l’apostolat et du gouvernement de l’Eglise\, enfin mourir à la peine\, toutes choses auxquelles sont appelés les chrétiens choisis\, et particulièrement les prêtres\, mais qui suivent le cours le plus variable\, qui changent de forme avec les pays\, les époques\, les circonstances et sont remplacées par d’autres qui\, tout en leur ressemblant par des analogies\, ne sont pourtant jamais les mêmes ; ainsi Saint Jean d’un autre côté\, dans la fondation et la vie de l’Eglise\, paraît appelé à quelque chose qui ne meurt pas\, c’est-à-dire ne change jamais\, qui demeure inébranlable\, en dehors\, pour ainsi dire\, du cours du temps et du flux des choses. Or c’est la contemplation… Saint Jean est devenu le type des contemplatifs et son Evangile\, joint à sa première Epître\, est le livre cher entre tous aux saints contemplatifs. Il représente de la façon la plus pure ce qu’il y a d’immuable dans l’existence de l’Eglise. Il est bien\, au sens spirituel\, celui qui ne meurt jamais\, ce qui reste stable dans les vicissitudes de l’histoire et ne changera pas jusqu’à ce que le Christ revienne. » (L’Evangile spirituel de Saint Jean pp. 152\, 168) « Le Seigneur le fera hériter d’un nom éternel » dit le dernier mot de l’Epître. Voilà ce que chante le Graduel : la gloire du disciple bien-aimé demeurant pour toutes les générations l’héritier du Verbe\, le contemplatif éternel.LA MÉLODIE(V) Exiit sermo inter fratres quod discipulus ille non moriotur.C’est la mélodie du Christus factus est du Jeudi Saint.La gravité dont elle est empreinte s’accorde mal avec le sens littéral des paroles\, il faut bien le reconnaître ; mais si on les entend dans leur sens spirituel\, elle évoque fort bien le culte dont les premiers chrétiens entouraient le vieillard de Patmos et que l’Eglise lui garde. Sans compter que l’atmosphère du Jeudi Saint\, dont elle est toute baignée\, rappelle très heureusement la Cène et le Calvaire\, où le Saint vécut les heures les plus émouvantes de sa vie et où chacun le voit comme fixé dans l’attitude qui le caractérise.A noter\, d’ailleurs\, que discipulus est amené fort à point au sommet de l’arsis et que ille prend un accent de vénération qui lui donne tout à fait le ton qui convient.Le Verset. – Sed : Sic éum volo manére donec véniam : Tu me séquere.L’adaptation ici est parfaite. Toute la joie du Christ ressuscité qui voit\, dans l’avenir\, l’influence de Saint jean se perpétuer\, éveillant les âmes à l’amour et les guidant sur les voies de la parfaite charité\, passe dans l’exaltante formule de manére avec quelque chose du souffle de gloire qu’on y trouve le Jeudi Saint lorsqu’elle chante le Nom au-dessus de tout nom que le Christ a reçu du Père pour son obéissance… Héritier d’un nom éternel… Saint Jean aussi.On pourrait seulement regretter que l’on n’ait pas donné à la formule donec véniam son plein développement.Quelle évocation splendide c’eût été de l’Haec dies et de la joie triomphale du second avènement ! mais sans doute a-t-il voulu que manére fût seul en relief.La formule finale fait contraste. Elle est toute imprégnée de gravité et de tendresse. Il ne semble pas que ce fut sur ce ton que notre Seigneur parla à Saint Pierre en la circonstance\, mais si\, passant par delà la lettre\, on prend conscience de tout ce qui est demandé par le Christ à ceux qui le suivront sur la Croix\, il faut reconnaître qu’elle est bien dans le ton.Tout le mot fratres sera retenu. La double note avant le premier porrectus de discipulus est une bivirga : la bien appuyer\, de même que le pressus de ille.Non est marqué d’une très belle forte nuance d’autorité : on appuiera donc fortement et le salicus et les trois notes du sommet avec deux répercussions ; les manuscrits portent : t b : retenez bien. Par contre\, les distrophas de moritur seront légères.Dans le Verset\, allonger la première note ; c’est la seule façon de rendre le texte intelligible. La troisième note qui suit le premier quart de barre\, une virga précédent le climacus du sommet\, est allongée. Les climacus de la fin de la phrase légers ; de même la cadence de véniam. \nALLELUIA\nLE TEXTECelui-ci est le disciple mêmeQui témoigne de ces choses.Et nous saurons que véritable est son témoignage. Jean XXI\, 24.Ce verset est le dernier de l’Evangile selon Saint Jean. Il semble bien qu’il ne soit pas de Saint Jean lui-même mais de ceux qui le prièrent d’écrire son Evangile. Il n’importe d’ailleurs.L’Eglise ici se l’approprie et en fait un nouveau couplet à la louange du Saint.LA MÉLODIEC’est encore celle de l’Alleluia de la Messe du jour de Noël. On y trouve les trois phrases psalmiques\, avec leurs intonations\, leurs teneurs et leurs cadences. L’adaptation est bonne ; les mots importants étant bien en place. La première phrase est particulièrement heureuse\, on y met tout naturellement un bel accent de louange pour le disciple bien-aimé. La troisième s’accommode aussi parfaitement de la ferme assurance que comporte ce témoignage solennel ; notez le salicus de scimus et les distrophas\, puis le pressus de vérum. La finale amène fort à propos sur éjus\, qui représente le nom du Saint\, la formule qui dans la mélodie a le plus d’éclat.La formule de perhibet sur la seconde syllabe du mot place la dernière en grand danger de perdre une partie de sa valeur; l’allonger légèrement. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTELe juste comme un palmier fleurira\,Comme le Cèdre qui est sur le Liban il se multipliera. Ps. XCI\, 13.Il est à peine besoin de le commenter tant il est simple. Il faut bien note toutefois que c’est au palmier en fleur que le Juste est comparé\, – on compte\, paraît-il\, jusqu’à 200 000 fleurs par palmier – et au cèdre qui a atteint toute sa taille\, laquelle est considérable en particulier dans les montagnes du Liban. Le sens de la comparaison est donc que le Juste produira\, par ses œuvres\, beaucoup de fruits et que\, demeurant vivant par sa doctrine et son exemple en chacune d’elles\, il se développera en quelque sorte comme l’arbre par ses branches couvertes de feuilles\, de fleurs et de fruits.Dans le cadre de la fête de Saint Jean\, il faut considérer cet Offertoire comme une sorte de contemplation. L’Eglise\, après tout ce qu’elle a entendu de Saint Jean dans l’Evangile qui vient d’être lu\, interprétant en particulier le mot de Notre Seigneur « Je veux qu’il demeure\, jusqu’à ce que je vienne » dans le sens de son influence qui continue\, se chante à elle-même ce verset de psaume\, en qui elle trouve l’expression de son admiration et de sa louange. (Cet Offertoire aurait été composé pour la fête de Saint Jean Baptiste et appliqué à celle de Saint Jean l’Evangéliste. Il passa au Commun des Docteurs\, quand fut constitué le Commun des Saints.)LA MÉLODIEL’intonation a bien le caractère paisible\, recueilli\, d’une contemplation ; notez le mouvement retenu dès le début et la tristropha qui prolonge le mot ; l’âme est fixée immobile sur l’image du Juste. Quand la mélodie prend du mouvement et de l’étendue sur ut palma\, sur sicut cédrus\, sur in Libano\, rien ne change. C’est toujours le Saint que l’âme contemple et chante ; seulement\, à l’évocation du palmier en fleur et du cèdre immense\, auxquels le texte le compare\, elle s’exalte dans sa contemplation\, et le chant suit l’image.Ce serait donc une erreur de ne chercher dans cette mélodie qu’une évocation musicale des arbres et des montagnes. Qu’on se plaise à la voir s’élever avec la grâce du palmier\, la majesté du cèdre\, la puissance des monts\, d’accord ; mais qu’on entre un peu plus profondément dans le sens liturgique du texte et l’on y découvrira aussi sans peine l’ardeur de l’Eglise qui s’exalte avec les arsis et redescend toute recueillie et pleine d’admiration sur les thésis ; sur celle de palma\, si doucement posée sur le fa\, qui rebondit retenue par le si b\, et qui s’achève paisible et joyeuse sur les rythmes pleins de grâce de florébit\, avec une nuance délicate d’admiration sur la tristropha ; sur celle de cédrus se posant un instant sur la cadence du IVe mode\, toute admirative elle aussi\, après l’audacieux élan de l’arsis\, et rebondissant allègre et souple sur Libano pour s’étaler en la même cadence que florébit\, après avoir descendu en un rythme sûr et mesuré les pentes du Liban ; enfin sur le long développement de multiplicabitur qui prolonge l’idée principale en un bercement méditatif.Ainsi du commencement à la fin cette mélodie exprime la contemplation de l’Eglise qui admire et qui loue le Juste dans l’épanouissement de sa gloire.On veillera à garder tout au long de l’Offertoire le mouvement de l’intonation.Le torculus de ut recevra une certaine ampleur et portera la voix dans un crescendo progressif et très lié sur palma où elle s’épanouira sans éclat. Après une répercussion délicate sur la virga\, les trois notes qui relient le do au fa seront légèrement ralenties préparant la double répercussion qui précède le quilisma. Légèrement élargi aussi\, le mot florébit.Il y aura une reprise de mouvement sur sicut dont les podatus seront posés\, leur première note un peu allongée. Tout le mot cédrus très lié\, sans ralenti ; quae in Libano lui sera rattaché de très près\, on mettra un accent de ferveur sur la triple note du sommet ; les deux premières sont des virgas épisématiques. La descente sera retenue\, sans être élargie. De même multiplicabitur. \nCOMMUNION\nLE TEXTEIl courut le bruit parmi les frèresQue ce disciple-là ne mourrait pas.Mais\, il n’avait pas dit\, Jésus : il ne mourra pasMais : ainsi\, lui\, je veux qu’il demeureJusqu’à ce que je vienne. Jean XXI\, 23.Comme on le voit\, c’est encore le texte de l’Evangile qui a servi au Graduel\, mais il est ici au complet. Seule la dernière partie « Quant à toi\, suis-moi » a été omise et c’est bien ainsi\, car elle ne concernait pas Saint Jean.Le sens liturgique est le même : louange à l’apôtre bien-aimé ; il n’y a aucune allusion à la communion.LA MÉLODIEElle est beaucoup plus simple que celle du Graduel. C’est une antienne\, c’est vrai ; mais l’atmosphère même est différente ; pas de gravité\, ni d’emphase\, de la joie plutôt.Elle est composée de trois phrases. Mis à part Exiit sermo inter fratres qui est comme une courte introduction\, elles ont à peu près la même forme : une arsis légère\, la même sur quod discipulus\, et non dixit\, sed sic éum volo ; une thésis\, la même sur non moritur dans les deux premières phrases et qui demeure très apparentée sur donec véniam dans la troisième.L’intonation\, quelque peu mystérieuse\, garde son influence sur toute la première incise\, qui demeure bien dans le ton discret du IIe mode\, mais\, tout de suite après\, sur discipulus ille\, la joie emporte le mouvement et l’établit nettement dans le VIIIe mode par la belle cadence souple\, ferme\, heureuse de non moritur ; non sans avoir souligné ille d’un épisème horizontal qui y met l’affectueuse vénération de l’Eglise pour le saint Apôtre. Elle s’élève à nouveau et avec plus d’élan encore sur et non\, s’incline avec grâce sur dixit Jésus et\, après la même cadence sur les mêmes mots non moritur\, repart du même élan. Cette fois\, c’est la parole du Christ. Il entre lui aussi dans la joie ; la joie de laisser au monde comme un guide dans l’amour celui qu’il aimait plus que les autres\, et qui l’a aimé jusqu’à la Croix. Il se complaît sur manére ; la formule\, assez commune\, se nuance ici d’une douce gravité qui se continue d’ailleurs jusqu’à la fin\, enveloppant la dernière incise de discrétion et de mystère\, avec un bel accent de désir sur véniam.Chanter simplement dans un rythme léger. Bien balancer les cadences de non moritur sans les alourdir. Retenir avec grâce dixit Jésus\, c’est le Domine Jésus de la Communion de Saint Etienne ; il faut l’envelopper de la même tendresse.  \n\nCantiques en l’honneur des Saints\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Dimanche dans l'Octave de la Nativité
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTE\nPendant que le silence de minuit enveloppait tout\,Et que la nuit dans sa course était au milieu de son chemin\,Ta toute puissante parole\, Seigneur\,Du haut des Cieux\, du haut des demeures royales\,Est venue.Ps. – Le Seigneur règne\, de beauté il est revêtu\,Il est revêtu de force et il a mis son armure. Sap. XVIII\, 14\, 15. Ps. XCII\, 11.Dans le livre de la Sagesse\, ces paroles ont trait à la dixième plaie d’Egypte\, à l’Ange messager de la parole divine qui passa au milieu de la nuit et tua\, dans le silence\, le premier-né de toutes les familles égyptiennes\, permettant ainsi la délivrance du peuple. Ici elles sont appliquées au verbe fait chair\, Parole substantielle de Dieu. Lui aussi\, au milieu de la nuit\, dans le silence de toute chose\, vient sur terre. Son passage durera jusqu’à la fin du monde. Il s’achèvera par la délivrance de ceux qui\, ayant cru en lui\, auront été marqués de son sang par l’éternelle mort de ceux qui n’auront pas voulu l’entendre.Sur les lèvres de l’Eglise\, cet Introït revêt la forme d’une sorte de contemplation. Penchée sur le mystère de Noël\, sur le mystère du Christ qui commence\, elle voit\, dans le passé\, l’événement qui en fut la figure et\, remplie de la lumière de l’Ecriture\, elle fait monter vers Dieu la parole inspirée comme un hommage de sa foi et de sa reconnaissance. \nLA MÉLODIE\nIl y a une différence assez marquée entre les deux premières phrases et les deux dernières. Tout le début\, jusqu’à omnipotens est traité avec une grande simplicité. Ce sont les formules communes du VIIIe mode qui se suivent en une sorte de récitatif orné. Aussi bien l’Eglise dans ces deux lignes\, encore qu’elle s’adresse déjà à Dieu\, ne fait qu’évoquer le moment où sa Parole toute puissante vint sur terre. Un beau mouvement conduit l’idée jusqu’à la fin de la seconde phrase\, soulignant les mots qui ont un sens particulier : siléntium\, dont le si b ramène la mélodie en fa\, lui coupant son envol vers la dominante et lui donnant comme une discrétion de voix étouffée ; tenérent omnia qui reçoit l’ampleur coutumière quand il s’agit de l’universalité des choses ; cursu et iter qui indiquent le moment exact de l’événement.La seconde partie est tout autre. C’est le mystère qui est relaté. La mélodie descend et se revêt de gravité. Deux salicus soulignant omnipotens et tuus préparent le motif de Domine\, intime comme celui de siléntium qu’il reproduit et tout pénétré d’une humble révérence. Elle se relève au cours de la dernière phrase et prend de l’éclat\, voire une certaine solennité sur a regalibus sédibus qui évoque les royales splendeurs de l’éternité.La première phrase sera chantée souple et légère\, d’un seul mouvement qui s’épanouira sur la tristropha épisématique de omnia en un crescendo discret. La note qui précède le torculus de tenérent est une virga\, elle a l’ictus et forme un groupe de quatre notes avec le torculus.Même légèreté pour la seconde phrase. La double note de cursu et celle de iter sont des bivirgas.Les deux premières phrases pourront avoir un peu plus d’ampleur. Bien marquer la première note des podatus de caélis. Les deux doubles notes de sédibus bien appuyées.De l’ardeur et de la fierté dans le Psaume. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nTu es riche en beautéPlus que tous les enfants des hommes.Elle est répandue\, la grâce\, sur tes lèvres.Verset. – Il a chanté\, mon cœur\, un chant merveilleux.Je vais dire moi-même mon œuvre au Roi.Ma langue est comme le stylet du ScribeQui\, à toute allure\, écrit. Ps. XLIV\, 2\, 1.Le Psaume XLIV est un cantique nuptial dans lequel l’époux et l’épousent se louent tour à tour. Etant exclusivement messianique\, il ne s’entend que du Christ et de l’Eglise. Ces deux versets qui constituent le Graduel sont le début du chant de l’épouse.La liturgie n’y ajoute rien sinon qu’elle les fait plus actuels. Après la lecture de l’Epître où Saint Paul nous a rappelé que nous sommes fils d’adoption\, précisément parce que le Christ nous a faits un avec lui dans l’Incarnation\, nous a rachetés dans la Rédemption\, nous fait de plus en plus semblables à lui par son Esprit – ce qui est à proprement parler des épousailles spirituelles puisque c’est dans le don mutuel de nos deux êtres que cette union se réalise – l’Eglise sent son cœur bondir d’amour et sa langue impatiente de chanter tout le charme de Celui dont elle est aimée et qu’elle aime au delà de tout ce qui se peut dire.Pour saisir toute l’expression de ce Graduel et en rendre les nuances si délicates et si profondes\, il faut bien comprendre cette ardeur d’amour\, il faudrait pouvoir l’expérimenter. On n’y arrivera qu’en réalisant que nous sommes l’Eglise\, l’Epouse du Christ – car en toute vérité il nous a épousés dans le Baptême et l’Eucharistie\, en nous faisant un avec lui. Si nous avons ainsi conscience que le Christ se livre à nous à tout instant\, dans un amour qui met à notre disposition la toute-puissance de son être divin\, le charme de sa beauté et les infinies délicatesses de son cœur\, alors notre chant sera vraiment ce que l‘auteur l‘a voulu : la réponse d’amour de l’Epouse à l’Epoux. \nLA MÉLODIE\nOn la trouve deux autres fois au cours de l’année ; le Mardi de la IVe semaine de Carême (Graduel Exsurge) et le 1er Juillet pour la fête du Précieux Sang (Graduel Hic est). C’est donc une mélodie type du IIIe mode.Elle a de particulier que la première partie et le Verset ont la même forme. Une première phrase se développant dans la région supérieure du mode entre sol et mi et s’achevant en la par le même motif sur hominum et bonum. (Dans le Verset\, cette phrase est doublée). Une seconde phrase se développant dans le grave et s’achevant en mi\, elle aussi par le même motif\, sur tuis et scribéntis.Le Graduel se présente ainsi comme un poème de deux strophes à rimes communes.Il en résulte une parfaite unité et un grand charme musical. La puissance d’expression a pu s’en trouver réduite\, certains mots étant contraints de se servir d’une formule toute faite\, mais l’habileté du compositeur a su presque partout éviter cet écueil par d’heureuses variations de détail.C’est une mélodie à la fois ardente et grave. Tel est aussi l’amour divin.La première partie commence par un mouvement plein d’ardeur qui s’épanouit à loisir sur forma. C’est le mot de la phrase\, le mot qui dit la beauté extérieure de l’Epoux. L’Eglise s’y complaît d’abord en une sorte de contemplation où elle admire – notez les distrophas répétées ; puis\, peu à peu\, elle s’exalte en un mouvement qui monte et s’élargit à la mesure de ce qu’elle voit\, de ce qu’elle voudrait dire\, sans arriver à le dire. Elle se pose ainsi\, comme impuissante\, en une cadence de demi-ton et repart sur prae filiis se contentant d’une formule commune qui la conduit à la rime musicale où elle achève son complément par un motif qui\, faute d’avoir l’impossible plénitude\, a tout au moins la grâce et la délicatesse de l’amour.La seconde phrase\, elle\, se développe dans le grave. Ce n’est plus la beauté extérieure qu’elle chante\, c’est celle de l’âme s’épanouissant dans la grâce des paroles d’amour.C’est autrement intime et mystérieux. La mélodie se fait discrète ; elle ne dépasse guère la dominante. Elle est encore ardente – notez la distropha de diffusa – mais elle ne chante plus que pour l’Epoux ; nul autre ne saurait comprendre ce qu’elle a à dire. Ainsi faut-il interpréter toute la phrase. Depuis l’admirable formule descendante de diffusa est tout imprégnée de mystère\, jusqu’aux balancements si délicats des petits motifs binaires de tuis\, jusqu’aux pressus répétés de la dernière incise tout est baigné d’admiration et d’amour intime… et tout s’achève\, ou demeure inachevé\, dans la cadence finale en mi\, mystérieuse et grave comme l’amour.Le Verset. – L’idée est nouvelle ; l’Epouse annonce que\, de son cœur\, a jailli un chant et qu’elle va le chanter à son Roi.La mélodie\, comme le poème\, jaillit débordante d’ardeur joyeuse sur Eructavit. Elle prend juste le temps de poser le mot et\, sur le même motif repris à la tierce supérieure\, conduit la joie dans une admirable progression jusqu’à l’accent de méum où elle éclate. Elle se détend ensuite tout à loisir sur des rythmes tranquilles qui la prolongent en accents de délicate tendresse\, rebondit un instant sur vérbum et devient tout intime et gracieuse sur la rime musicale retrouvée.Même expression dans la deuxième phrase. Elle est moins poussée\, mais les nuances sont les mêmes.La conclusion\, c’est l’impatience de la langue qui s’agite ; La gravité de la phrase qui allait si bien à diffusa est dans la première partie a-t-elle ici sa raison d’être ? C’est peut-être autre chose que le texte demande. Il reste que nous sommes maintenus dans l’atmosphère profonde et mystérieuse de l’union divine\, où il  ne s’agit ni de parler ni d’écrire mais\, dans le silence\, de contempler et d’aimer.L’attaque de forma demande une grande délicatesse ; ces deux distrophas légères seront en mouvement vers la note pointée\, commençant le crescendo qui sera mené sans effort ni éclat jusqu’au quart de barre. A la demi-barre\, pas de ralenti. Toute la phrase très souple\, avec le souffle ardent et discret de l’amour agissant partout et qu’on doit sentir ; Bien lier la rime musicale de hominum. Ralentir très peu cette fin de phrase qui doit être toutefois très gracieuse.Toute la descente de diffusa retenue\, après qu’on aura renforcé doucement la voix sur la distropha. Il y a là une admirable expression de tendresse grave. Après le dernier quart de barre\, bien appuyer la bivirga en un bel accent de ferveur.Bien balancer le rythme de la formule finale qui demande beaucoup de soin à cause de la finesse des détails.Au Verset\, départ a tempo sur Eructavit. Ferveur intense. Le crescendo bien mené jusqu’à méum qui aura l’accent très lancé et fort. Y relier vérbum de très près.Ego dans la phrase suivante sera très marqué ; ce sont deux virgas épisématiques ;  l’Epouse se désigne nommément et il va de soi que toute l’ardeur de son amour y passe : « Je dirai moi-même »…La double note de scri dans scribéntis est une bivirga épisématique. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nLe Seigneur a régné ; de splendeur il s’est revêtu.Il a revêtu\, le Seigneur\, la force.Et il s’est entouré de puissance. Ps. XCII\, 1.Le Psaume XCII est une louange à Dieu qui a manifesté\, dans la création du monde\, sa sagesse et sa puissance\, comme le fait un roi dans son royaume.Dans la liturgie de Noël\, il est un hommage au Christ qui commence son règne. A ne considérer que l’extérieur du mystère\, on ne voit pas que le petit enfant qui vient de naître en de si pauvres conditions soit revêtu de puissance\, mais l’Eglise va plus loin que ce qui se voit des yeux ; c’est le Verbe fait chair à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre\, le Roi universel des siècles\, le Christ\, pour qui et par qui tout a été fait\, qu’elle chante. Elle sait bien qu’il est le plus beau des enfants des hommes\, speciosus forma\, et que c’est à lui qu’il sera dit un jour par des milliards et des milliards d’élus qu’il a été digne de recevoir la vertu\, la divinité\, la sagesse\, la force\, l’honneur\, la gloire\, la bénédiction.Au fond\, l’idée est la même que celle du Graduel. C’est une autre strophe du cantique de l’Epouse. \nLA MÉLODIE\nElle est construite sur quelques notes fondamentales arrangées en deux petits motifs habilement répétés tout au long des deux phrases avec de délicates variations de détail.On les trouve l’un près de l’autre dans l’Alleluia.Ils apparaissent à nouveau réunis au début du Verset sur Dominus. Trois notes plus loin\, on retrouve le second sur regnavit pour finir l’incise ; à nouveau sur decorem\, un ton plus haut\, cette fois ; enfin à la cadence de induit.Le premier motif apparaît dès le début de la seconde phrase et se prolonge sur Dominus. A la fin\, sur virtute\, le second est développé en cadence finale.Il en résulte pour l’ensemble une joie à la fois très simple et extrêmement riche. Il semble que l’âme ait tant à dire sur chaque mot qu’elle ne peut le quitter. Encore que ce soit à peu près la même chose qu’elle dise sur chacun\, elle les conduit tous\, dans une progression ardente\, vers ceux qui sont la source de sa joie parce qu’ils disent la beauté et la force de l’Epoux : decorem\, fortitudinem\, virtute.Bien qu’il s’apparente d’assez près au Graduel par l’idée et même par la forme – car c’est encore le motif de vérbum et de méa dans le Verset\, qu’on retrouve sur decorem – il a un caractère de joie plus légère. Il ne faut pas le chanter trop lentement.Le seul mot qui est élargi dans les manuscrits est Dominus au début de la seconde phrase. Fortitudinem au sommet est léger ; ce n’est pas la force du Seigneur qu’on chante mais la joie d’avoir\, en lui\, la force de Dieu à notre disposition.La double note de Alleluia et de induit\, dans la seconde phrase du verset\, sont des bivirgas. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nDieu a affermi le globe de la terre qui ne sera pas ébranlé.Elle a été préparée pour être ton trône\, ô Dieu\, dès alors.Toi\, depuis avant le siècle\, tu es. Ps. XCII\, 2\, 3.C’est une louange à Dieu qui a créé le monde. Au Verbe donc\, car c’est par le Verbe que s’est faite la création. Au Christ donc qui est le Verbe fait chair\, « Image du Dieu invisible par qui et en qui tout a été créé » (Coloss. I\, 16.). L’auteur énonce d’abord le fait de la création de la terre\, puis\, s’adressant au Christ\, il le félicite de s’être fait un trône de son œuvre. Ce qui est rigoureusement exact car si Dieu n’a de trône que lui-même dans son immensité de Christ\, en tant que Roi du Monde\, s’est fait de la terre comme un siège royal\, où il commence de régner dès sa naissance\, d’où il étend son règne jour après jour et où il régnera\, dans une absolue domination\, éternellement\, après lui avoir donné sa forme nouvelle.Chanté au temps de Noël\, cet Offertoire est un émouvant hommage du monde à l’acte créateur de l’Enfant-Dieu. \nLA MÉLODIE\nLes intervalles larges et pleins du VIIIe mode donnent  à toute la première phrase un caractère à la fois de bonheur et de majestueuse grandeur. C’est vraiment un hommage solennel qui vient du cœur. Par les distrophas et les répercussions\, sur orbem térrae\, l’immensité de la terre est évoquée ; sur non commovébitur\, c’est l’affirmation d’une volonté forte\, la volonté divine\, qui fixe le monde. Les cadences sur fa et sur sol solidement posées\, mettent d’ailleurs partout cette impression de puissance paisible et sûre d’elle-même.La seconde phrase\, qui s’adresse à Dieu directement\, a plus de vie. Elle commence par une attaque sans préparation sur la dominante qui est tout à fait dans le style direct. Le mot sédes\, tout étendu\, évoque le trône royal que sont la terre et les mondes. Deux épisèmes horizontaux soulignent les clivis de tua\, qui se rapporte à l’Enfant divin ; le mouvement thétique de cette incise se trouve ainsi revêtu de tendresse qui se prolonge sur Déus où elle prend\, au contact du fa et du si bécarre\, une nuance de simplicité délicate. Les deux torculus de ex tunc sont très ralentis ; ils contribuent à mettre en un relief encore plus marqué ces deux mots déjà en rejet\, qui ont dans le texte une importance considérable. Il y a deux façons de les interpréter. Littéralement il faut les traduire par : depuis lors ; ce qui fait entendre que\, dès la création\, la terre a été destinée à être le trône du Christ. On peut aussi traduire par : à partir de maintenant. C’est moins exact ; c’est peut-être plus près de la liturgie\, car la terre\, prédestinée depuis l’origine à être le Royaume du Christ\, ne le devient effectivement que le jour où il y descend (C’est l’interprétation de Saint Augustin P. L . XXXVII col. 1187). Rien n’empêche qu’on ne réunisse les deux idées ; le mot aura alors tout son sens et les torculus allongés toute leur valeur d’expression.Même majesté\, accentuée encore\, dans la troisième phrase. Le salicus de tu met sur ce pronom un accent de foi qui se développe et s’achève dans la certitude paisible et lumineuse de la cadence du VIIIe mode.Chanter dans un mouvement large mais sans lenteur.Dans la première phrase\, élargir le scandicus de orbem. Prolonger autant qu’il le faut sédes dans la seconde. Toute la dernière incise doit être élargie mais le torculus et la clivis du sommet n’en seront pas moins très légers. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nPrends l’Enfant et sa Mère et va dans la terre d’Israël.Ils sont morts en effetCeux qui voulaient la vie de l‘enfant. Math. II\, 20.Ce sont les paroles de l’Ange à Saint Joseph pour lui dire qu’il peut revenir d’Egypte. L’application liturgique se fait d’elle-même. A travers la voix de l’Eglise\, c’est encore l’Ange qui chante\, dans le mystère qui revit devant nous. \nLA MÉLODIE\nL’ange parle à Saint Joseph\, dans la première phrase\, sur un ton de douceur familière nuancée de joie discrète\, avec une touche délicate de respectueuse tendresse sur puerum et matrem\, et\, sur vade\, le mot du retour\, un accent de bonheur qui se prolonge jusqu’à la cadence toute reposée d’Israël.Dans la seconde phrase\, il donne la raison du retour : ils sont morts… La mélodie prend un mouvement de joie intense.  Une arsis pleine d’élan s’épanouit un instant en broderies légères sur les notes élevées de enim\, puis s’élance\, à nouveau\, sur quaerébant où l’on découvrirait aisément une fine pointe d’ironie. La retombée se fait sur animam pueri qui se trouve enveloppé de la même tendresse que puerum et matrem.Chanter avec une grande simplicité dans un bon mouvement.Rattacher matrem à puerum et le ralentir ; il est marqué d’une nuance spéciale dans certains manuscrits : téniter\, doucement\, délicatement.La première note du podatus de defuncti sunt\, bien posée. Quaerébant retenu légèrement. Faire l’accent de animam léger et poser la voix délicatement sur la clivis allongée. \nPartitions\n\nPolyphonies pour Noël\n\nEcoutes de pièces \n\nNoëls anciens et populaires\nRistori – Vivaldi : Messe de la nativité\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Les Saints Innocents
DESCRIPTION:La répétition de l’introït Ex ore infantium \nCommentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTEDe la bouche des enfants\, ô Dieu\,Et de ceux qui boivent le lait maternel\,Tu as fat sortir une louange parfaitePour la confusion de tes ennemis.Ps. – Seigneur\, notre Maître\,Qu’admirable est ton nom sur toute la terre. Ps. VIII\, 3\, 1.Dans le Psaume\, ces paroles s’entendent de la louange que les enfants\, comme toutes les créatures\, rendent à Dieu implicitement par la perfection même de leur être. Mais sous ce sens général\, un autre\, beaucoup plus précis et comme prophétique\, se trouvait caché. Ce fut Notre Seigneur lui-même qui le dégagea. Le lendemain de son entrée solennelle à Jérusalem\, les petits juifs\, répétant les acclamations de la veille\, criaient autour de lui sous les portiques du Temple : Hosanna au Fils de David. Les Princes des prêtres indignés le firent remarquer au Maître\, sans doute sur un ton de sarcasme : « Entendez-vous ce qu’ils disent ? » « Oui\, répondit-il\, n’avez-vous pas lu : De la bouche des enfants et de ceux qui boivent le lait maternel\, tu as fait sortir une louange parfaite ? ».C’est ce sens précis que l’Eglise applique aux Saints Innocents. Et c’est à bon droit car le martyre les ayant associés au sacrifice du Christ\, ils sont devenus par lui\, avec lui\, en lui\, louange parfaite du Père\, chantant dans l’éternité\, avec les cent quarante quatre mille dont nous parle l’Epître\, le mystérieux cantique nouveau pour la confusion des ennemis de Dieu qui les ont mis à mort.Du point de vue liturgique cet Introït peut être interprété de trois façons ; comme la voix du psalmiste disant dans le lointain des âges la prophétie qui se réalise à jamais dans l’éternité ; comme la voix de l’Eglise qui félicite à la fois Dieu et les Saints Innocents\, Dieu pour avoir fait\, de ces petits êtres à peine conscients\, de parfaits chanteurs de sa gloire\, eux\, pour avoir été choisis ; enfin comme la voix des Saints Innocents eux-mêmes\, louant Dieu par le texte du Psaume qui les prophétisa et lui rendant grâce pour les merveilles qu’il a réalisées en eux. Le mieux serait peut-être de réunir les trois interprétations en une seule ; Dieu entendant\, dans son éternel présent\, l’Eglise de tous les temps\, les anges\, le psalmiste\, le Christ et tous ses membres de la terre et du ciel\, y compris les petits martyrs\, chanter\, pour sa gloire et la leur\, les paroles qu’il inspira lui-même.LA MÉLODIEElle est toute pénétrée de joie ; une joie discrète qui\, après s‘être complue sur les deux mots de l’intonation\, monte souple\, aimable\, gracieuse sur les rythmes ternaires de infantium. Au passage elle souligne Déus d’une bel accent d’admiration et\, en progression toujours\, va s’épanouir sur laeténitum. A la dernière incise\, elle trouve avec bonheur la formule de Filius meus es tu de l’Introït de la Messe de minuit. Heureux rappel et qui mêle à la joie du Père générateur celle de l’Eglise si heureuse de voir ses premiers martyrs réaliser\, dans le sacrifice\, la louange parfaite apportée au monde par l’Enfant divin.Quelque chose de fier\, de glorieux passe dans le motif de propter inimicos qui rappelle de très près l’in splendoribus du Graduel de la Messe de Minuit.Bien balancer les rythmes de infantium. L’accent de Déus sera bien soulevé et élargi. Retenir avec complaisance perfecisti laudem ; on pourra élargir quelque peu la première note du podatus du sommet.Que la tristropha de propter soit douce et légère. Bien rythmer le dernier mot. \nGRADUEL\nLE TEXTENotre âme\, comme un passereau\,S’est échappée du filet des chasseurs.Verset. – Le filet a été brisé\,Et nous avons été délivrés ;Note secours est le nom du SeigneurQui a fait le ciel et la terre. Ps. CXXIII\, 7\, 8.Ce Graduel est inscrit dans la Messe Sapiéntiam au Commun de plusieurs Martyrs\, mais c’est pour les Saints Innocents qu’il fut composé.Le Psaume CXXIII est un cantique d’action de grâces à la bonté de Dieu qui a délivré Israël de ses ennemis. L’application des deux derniers versets aux Saints Innocents est des plus heureuses ; ce sont eux en effet les premiers du peuple d’Israël à être sauvés par le Christ venu sur terre. L’image de leur âme s’échappant du filet est ravissante de fraicheur et le fait que ce sont eux qui nous l’évoquent avec une joie si naïve ajoute encore au charme. Après l’Epître qui les montre dans la gloire\, ces deux versets sont comme l’expression humaine du cantique nouveau qu’ils chantent\, en suivant l’Agneau partout où il va.LA MÉLODIE(V) Anima nostras sicut passer erépta est de laqueo venantium.La formule d’intonation contraste avec le reste du Graduel. Elle se développe dans la partie inférieure du mode\, ce qui lui donnerait\, si l’on n’y prend garde\, une gravité peut-être excessive en la circonstance. La joie qui éclate aussitôt sur sicut passer n’est d’ailleurs que plus marquée. L’élan en est superbe. La mélodie franchit l’octave en un bond rapide de trois notes\, s’établit sur la dominante et de là\, s’élance à nouveau sur erépta est aussi que faire se peut\, jusqu’aux limites du mode\, empruntant la formule qui caractérise la joie de Noël dans le Graduel Vidérunt de la Messe du jour. Aussi bien\, c’est leur Noël à eux que cette échappée dans l’infinie béatitude de la vie divine. La joie toutefois n’est pas exactement la même. Celle-ci est une joie d’enfants\, libres enfin de s’ébattre ; disons une joie d’oiseaux\, libres de voler\, car il ne faut pas oublier l’image du texte. La mélodie d’ailleurs la suit fidèlement\, évoquant dans son mouvement le vol de l’oiseau échappé de sa cage ; il se pose un instant sur la dernière syllabe de passer comme pour s’orienter puis\, sur érepta est\, s’élance dans l’azur\, ivre d’espace.La même joie demeure dans la dernière incise\, elle devient seulement plus profonde et comme adorante dans la formule si gracieuse des derniers neumes.Le Verset. – Laqueus contritus est et nos liberati sumus. Adjutorium nostrum in nomine Domini qui fécit caélum et térram.C’est la même idée qui continue : les petits Martyrs nous content toujours les détails de leur évasion ; la même joie aussi\, mais avec des nuances : elle est plus calme\, c’est une joie de repos. Ils n’ont plus à s’évader ; ils sont maintenant établis dans l’immobile contemplation dans la jouissance infiniment paisible de la béatitude. Ce qu’ils nous disent s’en trouve imprégné\, il va de soi. C’est ainsi qu’il faut voir cette longue vocalise de laqueus ; tout en nous narrant leur histoire\, ils s’oublient dans la délectation\, et c’est cette délectation qu’ils chantent.  Notez le mouvement paisible\, le retour des mêmes intervalles\, des mêmes motifs se balançant de la tonique à la dominante\, et les épisèmes horizontaux qui disent l’ardeur de la jouissance mais qui retiennent aussi la mélodie fixée dans le même espace. Sur contritus est\, à l’évocation du filet qui se rompt\, elle aussi se libère pour aller s’épanouir en une formule où la joie s’étale plus pleine encore.Elle redevient descriptive sur liberati dans la seconde phrase. Cette fois\, c’est le vol de l’oiseau qui\, sans se soucier de voler\, jouit de l’espace ; un petit motif de cinq notes trois fois répété qui plane puis s’élève comme d’un coup d’aile.Il nous ramène en redescendant à la formule de triomphe qui chantait le donec ponam inimicos tuos dans le Graduel de la Messe de Minuit et qui célèbrera bientôt l’allégresse victorieuse de Pâques dans l’Haec Dies. Aussi bien c’est leur entrée triomphale dans l’absolue liberté de l’amour béatifiant que les petits Martyrs chantent ici.L’idée de la troisième phrase est différente. Les Saints Innocents ont fini leur histoire ; c’est maintenant l’hommage de leur reconnaissance à Dieu qui les a sauvés. Il ne s’agit plus seulement de se réjouir mais de reconnaître que\, sans son aide\, rien n’eût été fait. La mélodie prend la forme d’un récitatif. Quelques notes très simples sur la dominante mais qui ont le caractère d’une ferme assurance. Elles s’épanouissent sur Domini en une formule de joyeuse gratitude et mettent tout au long de la finale\, en éclatant relief\, la Toute Puissance divine à qui les bienheureux Enfants doivent tout.Chanter l’intonation avec une grande simplicité et déjà dans la joie\, pour éviter d’y mettre une note de gravité qui ne convient pas ici. Bien garder le mouvement sur sicut passer\, qui sera léger. La note de ta dans erépta est pourrait avoir sa valeur diminuée dans le mouvement ; y veiller.Le verset sera très léger. Bien lier les grands intervalles de laqueus\, se garder d’alourdir liberati qui doit être souple\, alerte\, vivant et débordant de joie. Toutefois\, le premier mot et est une bivirga\, bien l’appuyer.Poser de la même façon le salicus de adjutorium et la double note de qui au début de la dernière phrase ; c’est aussi une bivirga. La gratitude de la dernière phrase ; c’est aussi une bivirga. La gratitude des petits Bienheureux est ainsi proclamée avec une éclatante fermeté. \nALLELUIA\nLE TEXTELouez\, enfants\, le Seigneur\,Louez le nom du Seigneur. Ps. CXII\, 1.Une invitation à louer Dieu. On peut l’entendre ici\, ou des Saints Innocents invitant les enfants de Dieu à louer le Seigneur et à glorifier son saint nom en qui ils ont trouvé aide et salut\, comme ils viennent de le chanter dans le Graduel ou de l’Eglise\, disant aux saints Innocents\, après les avoir entendu faire le récit de leur évasion et avoir capté dans leur voix quelque chose de leur béatitude\, de continuer à louer le Seigneur. Ce ne serait pas alors\, à proprement parler\, une invitation à la louange mais comme une sorte de salut que l’Eglise leur adresserait et dans lequel se mêleraient la joie de les voir heureux et le désir d’être avec eux dans la louange béatifiante. (On retrouve cet Alleluia le Samedi de la semaine de Pâques\, où il est une invitation faite par l’Eglise aux nouveaux baptisés de louer le Seigneur qui les a sauvés.)LA MÉLODIELa première phrase est la même que elle de l’Alleluia Excita du IIIe Dimanche de l’Avent. Appliquée là à un texte qui est une prière\, elle y revête une expression d’intense supplication. Ce n’est pas le cas ici. Toutefois\, une invitation ou un souhait sont bien une sorte de prière et eux aussi peuvent être pressants. C’est ce qui fait l’adaptation au Laudate si parfaite. L’attaque sur la dominante\, sans préparation aucune\, a quelque chose de vivant comme un appel. Cet appel se fait de plus en plus ardent jusqu’au pressus de pueri qui est le point culminant de la mélodie et le mot de la phrase.La seconde phrase\, bien qu’elle demeure apparentée au même type d’Alleluia est originale. C’est surtout la joie qu’elle exprime. Le porrectus et les climacus de laudate la font gracieuse et même légère sans que soient atténuées la discrétion et la paix qui enveloppent tout.L’Alleluia sera chanté dans un mouvement retenu avec beaucoup  de grâce. Allonger le pressus de puéri. Ne pas ralentir ou si peu la fin de la première phrase. Bien rythmer les climacus de laudate qui seront légers. \nTRAIT\nLE TEXTEIls ont répandu le sang des Saints comme de l’eau\,Autour de Jérusalem ;Et il n’y avait personne pour ensevelirVenge\, Seigneur\, le sang de tes Saints\,Qui a été répandu sur la terre. Ps. LXXVIII\, 3\, 10.Le Psaume LXXVIII fut composé après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor. C’est sur le carnage qui s’ensuivit que le psalmiste se lamente.L’Eglise s’en sert ici pour dire son indignation et appeler la vengeance de Dieu sur ceux qui furent les auteurs responsables de cette première persécution chrétienne.LA MÉLODIELes mélodies des traits sont encore moins originales que les mélodies types ou les mélodies centons. Ce sont des psaumes ornés et\, comme les formules psalmodiques sont peu nombreuses et que leur assemblage est réglé par des lois strictes\, le compositeur n’a guère de liberté. La mélodie a donc par elle-même peu d’expression. C’est aux chanteurs d’y faire passer au moment où ils chantent celle qui se dégage naturellement du texte et du contexte et à profiter au mieux des quelques mots mis en relief par les intonations et les cadences.Dans le premier verset\, l’indignation n’est pas particulièrement marquée. La belle et longue formule de Jerusalem se prête par contre fort bien à une lamentation qui se prolonge. Elle se retrouve très heureusement sur sepeliret dans le verset suivant. L’appel à la vengeance n’a rien de dure dans le dernier verset ; c’est plutôt une prière. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTENotre âme\, comme un oiseau\,S’est échappée du filet des chasseurs ;Le filet a été brisé\, et nous sommes libres.C’est celui du Graduel. Il n’y a rien à ajouter sinon peut-être que\, chanté après l’Evangile qui rapporte le récit du massacre\, il faut l’entendre sur les lèvres des petits Martyrs comme leur interprétation de l’événement\, celle qu’ils dégagent pour nous de ce qu’ils voient dans la lumière béatifiante de l’éternité : tués par les bourreaux ? non\, délivrés du filet des chasseurs…LA MÉLODIEC’est encore la joie qu’elle exprime. A l’encontre du Graduel\, cette joie est ici très nette dès la première incise. On y retrouve\, modifié légèrement\, le motif de principes vestras dans l’Offertoire de la Vigile de la Nativité. Il devient sur anima nostras évocateur de la joie simple\, fraiche\, légère\, d’une vision qui ravit ; comme si les Saints Innocents\, en admiration devant leur âme\, voulaient nous dire la merveille qu’elle est devenue pour eux dans l’éclat de la Gloire divine.Ils ne s’en tiennent pas d’ailleurs à cette contemplation\, elle n’est que d’un instant ; leur joie progresse magnifique ver le mot de la délivrance erépta est. La mélodie\, ici encore\, sans perdre de l’allégresse qui la pénètre\, se fait descriptive. Quatre podatus\, comme quatre coups d’aile\, l’enlèvent vers les hauteurs\, évoquant l’envol de l’oiseau hors du filet et la montée des âmes vers l’infinie béatitude.Par deux fois\, sur les mots qui suivent\, après quelques fluctuations\, elle revient au si b par une formule qui\, à quelque chose près\, est toujours la même\, pleine d’une joie d’enfant comme un sourire tout ouvert.Les deux autres phrases – qui n’en font qu’une dans le texte – sont toute différentes : de longues tenues prolongées sur le fa\, coupées seulement par des répercussions et par quelques motifs de joie discrète ici et là. Les âmes échappées du monde sont fixées en Dieu. Tout ce qu’elles évoquent de leur passé\, tout ce qu’elles disent\, c’est dans cette immobile contemplation qu’elles le voient et le disent sans en être un instant distraites. De là la quasi immobilité de la mélodie sur laqueus et liberati sumus. Quand un mot plus frappant se présente\, contritu est\, liberati\, il y a comme une palpitation de joie\, puis le calme de l’extase revient.L’Offertoire tout entier est léger\, délicat ; ce sont des enfants qui chantent. Les distrophas seront donc très douces et très souples. Sur anima nostra\, faire le motif fa-la-sol-fa très joyeux. La première note du porrectus de sicut élargie ; de même la première des podatus de erépta est ; y rattacher de laqueo. Le mouvement de joie doit tout unir jusqu’à la fin de la phrase. Peu ou pas de ralenti.Même remarque pour la phrase suivante ; ne pas retenir contritus est ; passer tout de suite à et nos. Faire la virga pointée de et au lever et poser la voix doucement sur la distropha. Ce motif est très évocateur de paix. On le trouve deux fois dans l’Offertoire Precatus est Moyses du XIIe Dimanche après la Pentecôte pour chanter l’apaisement de Dieu après la prière de Moyse. Il dit ici\, d’une façon admirable\, la joie toute simple et quelque peu étonnée des petits Martyrs lorsqu’ils se trouvèrent soudain dans la Béatitude.Liberati très joyeux et paisible. Les trois notes qui précèdent le torculus final de sumus sont trois virgas épisématiques dans le codex 121 d’Einsiedeln on lit au-dessus : simul (en  même temps). Cette prolongation évoque sans aucun doute l’éternité où se continue le chant des bienheureux enfants. \nCOMMUNION\nLE TEXTEUne voix dans Rama a été entendue\,Des pleurs et des cris :Rachel pleurant ses fils ;Elle n’a pas voulu être consoléeCar ils ne sont plus. Jérémie\, XXXI\, 15. Math. II\, 18.Dans Jérémie\, ces paroles rappellent les lamentations qu’on entendit dans les montagnes lorsque le peuple d’Ephraïm fut emmené en exil. Ephraïm descendait de Rachel par Joseph ; aussi\, quand les cris de douleur de la tribu captive remplissaient le pays\, il sembla au prophète que c’était Rachel qui du fond de sa tombe pleurait ses enfants. Saint Mathieu\, lorsqu’il raconta le massacre des enfants de Bethléem\, là même où Rachel fut enterrée\, appliqua aux cris des mères la parole de Jérémie.Au sens liturgique\, c’est l’Eglise qui\, après s’être associée tout au long de l’office à la joie des petits Martyrs\, tourne sa pensée vers les mères et évoque leur inconsolable douleur sur les paroles même du Prophète et de l’Evangéliste.LA MÉLODIELe texte en lui-même n’est qu’un récit mais c’est le récit d’une douleur. C’est cette douleur que le compositeur a voulu exprimer.Elle n’est pas dans la première incise qui n’est qu’un récitatif sur la formule des psaumes du IVe mode. Elle ne commence que sur les mots qui la disent. Plaintive sur les demi-tons de ploratus et ululatus\, elle éclate soudain sur Rachel\, au début de la deuxième phrase\, comme un cri qui se prolonge et qui réunit en lui non seulement la douleur des mères mais celle de toute la race\, une fois de plus persécutée. Après quoi\, elle s’achève dans la dépression\, sur le demi-ton d’abord\, puis sur la cadence en sol qu’on pourrait prendre pour un repos si la douleur n’apparaissait à nouveau aigüe dès le début de la phrase suivante sur le salicus de noluit et ne se prolongeait intensifiée sur la cadence de consolari.C’est peut-être dans la dernière incise qu’elle est le plus marquée. Le pressus du début lui donne un accent d’acuité et de profondeur à la fois. Elle se développe ensuite en plainte – notez les cadences sur si – puis finit brusquement sur non sunt comme la chute d’une âme accablée.On pourra élargir légèrement les deux podatus de ululatus. Envelopper Rachel dans un discret crescendo. Le pressus de quia\, fort. Bien poser non sunt avec un accent assez fort sur non. Epître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:La Fête de la Circoncision (1er janvier)
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron. \n\n\n\nSeul l’Alleluia est propre. Tout le reste est emprunté à la Messe du jour de Noël. Il n’y a rien à ajouter au commentaire qui en a été fait. Toutefois\, la Circoncision ayant été la cérémonie au cours de laquelle le nom de Jésus qui veut dire Sauveur fut donné à Notre Seigneur\, tous les textes qui y ont trait prennent un accent d’actualité plus marqué : et vocabitur\, nomen éjus dans l’Introït\, Salutare Déi dans la Communion sont dans ce cas. Il sera facile de les rattacher à l’Evangile qui fait le récit historique de l’événement. \n\n\n\nALLELUIA\n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\nDe bien des manières\, autrefois\,Dieu a parlé par les prophètes.D’une façon toute nouvelle\, en ces jours\,Il nous a parlé\, à nous\, par son Fils. Héb. I\, 1. \n\n\n\nIl est bien évident qu’il ne faut pas faire de ce texte une application qui se limiterait à la Circoncision ; ce n’est pas au huitième jour de sa vie que Notre Seigneur a parlé. Il faut l’entendre de la Révélation du Christ dans toute son étendue\, de celle qu’il apporte à tous les hommes de tous les temps ; les mots istis diébus gardant un sens présent qui fait ces paroles de Saint Paul actuelles pour toutes les générations. Il reste que le jour où le Verbe fait chair reçoit officiellement le nom qui définit sa mission\, elles sont tout à fait à leur place sur les lèvres de l’Eglise qui\, après elles\, dit sa joie de voir venir la Parole de Dieu en la personne même de son Fils. \n\n\n\nLA MÉLODIE \n\n\n\nComme toutes les mélodies du VIIe mode\, elle est caractérisée par de grand intervalles\, par sa teneur élevée sur la dominante\, par la variété de ses rythmes\, la grâce de son mouvement\, l’élan qui l’emporte jusqu’aux limites du mode et au-delà\, et surtout par l’admirable composition de ses phrases qui s’allongent\, au gré de l’inspiration sans qu’on ait jamais l’impression de l’effort\, de l’excès ou du forcé. Elle est un chef-d’œuvre de mélodie libre dans le genre improvisation. Tout cela\, qui lui donne une vie intense\, contribue très heureusement à exprimer l’attitude de l’âme qui se laisse aller toute à la joie. Tous les mots en sont imprégnés. Quelques-uns\, caractéristiques\, le sont plus que d’autres : Déus\, prophétis\, diébus istis et nobis surtout. Filio suo n’est qu’une réplique de l’Alleluia\, mais\, placé soudain dans le grave\, il évoque admirablement la reconnaissance émue de l’âme devant l’amour du Père\, qui est allé jusqu’à nous donner son Fils. \n\n\n\nPrendre un mouvement dégagé et chanter légèrement toutes les magnifiques vocalises qui se déroulent dans les hauteurs. \n\n\n\nFaire une bonne pause après prophétis\, mais relier locutus est à diébus istis. La deuxième note du second podatus de locutus est a l’ictus rythmique. \n\n\n\nDans la dernière incise\, bien lier tout le mouvement à la virga pointée en y posant doucement la voix et en la renforçant ensuite vers la virga du sommet.  \n\n\n\nPartitions \n\n\n\n\nPolyphonies pour Noël\n\n\n\n\nEcoutes de pièces  \n\n\n\n\nNoëls anciens et populaires\n\n\n\nRistori – Vivaldi : Messe de la nativité\n\n\n\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:La Fête du Saint Nom de Jésus
DESCRIPTION:Cette fête est célébrée le dimanche se situant entre le 2 et le 5 janvier; s’il n’y en a pas\, elle est célébrée le 2 janvier. Avec Credo. \n\n\n\nCommentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\n\n\n\nINTROÏT\n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\nAu nom de Jésus\, que tout genou fléchisseAux cieux\, sur la terre\, et dans les enfers.Et que toute langue proclameQue le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire du Père \n\n\n\nPs. – Seigneur notre Maître\,Qu’admirable est votre nom sur toute la terre ! Phil. II\, 10. – Ps. VIII\, 2. \n\n\n\nCet Introït est celui du Mercredi Saint\, avec quelques légères modifications dans le texte et la mélodie. \n\n\n\nDans l’Epître aux Philippiens\, ce texte est la conclusion de l’enseignement de Saint Paul sur l’abaissement du Christ. « Lui qui était l’image de la substance du Père\, il s’est fait obéissant jusqu’à la mort. C’est pourquoi Dieu lui a donné un nom au-dessus de tout nom\, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse… » Séparé de son contexte\, il prend ici un sens un peu différent. C’est un ordre. L’Eglise proclame qu’au nom de Jésus toute créature dit se courber pour lui rendre hommage. \n\n\n\nLA MÉLODIE \n\n\n\nL’expression de la première phrase est bien celle d’un ordre donné. L’intonation qui établit tout de suite la mélodie sur la dominante\, les tristrophas de génu et de infernorum traduisent parfaitement le sentiment fort d’une volonté qui s’impose. \n\n\n\nDans la seconde phrase\, c’est l’hommage de l’âme qui est demandé : la louange de la voix. La mélodie\, pleine d’une allégresse qui chante\, monte d’un superbe élan jusqu’aux sommets puis\, à l’évocation du nom de Jésus\, elle se revêt de gravité et se courbe\, elle aussi\, si l’on peut dire. Toute recueillie et toute humble devant la gloire du Père\, elle n’a plus rien d’impératif\, elle n’est que vénération et tendresse. \n\n\n\nSe tenir en garde contre la lenteur. C’est le danger du IIIe mode\, pourtant vigoureux entre tous. \n\n\n\nBien arrondir l’accent de génu ; ne pas adoucir trop les cadences sur si et ne pas les ralentir\, à part celle de infernorum qui le sera légèrement. \n\n\n\nBeaucoup de légèreté\, de souplesse et de ferveur dans l’incise omnis lingua. A partir de quia Dominus\, on retiendra quelque peu le mouvement. \n\n\n\nLe Psaume sera pris a tempo\, comme une belle louange. La tristropha de la médiante bien prolongée. \n\n\n\nGRADUEL\n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\nSauve-nous\, Seigneur notre Dieu\,Et rassemble-nous de toutes les nations ;Afin que nous louions ton saint nomEt que nous soyons glorifiés dans ta gloire. \n\n\n\nVerset. – Toi Seigneur\, notre Père\,Et notre Rédempteur.Avant les siècles ton nom (est). Ps. CV\, 47\, Isaie LXIII\, 16. \n\n\n\nLe Psaume CV est un psaume de la captivité. Le psalmiste et les juifs qui le chantaient\, le long des fleuves de Babylone\, demandaient au Seigneur de les sauver\, c’est-à-dire\, de les tirer de l’exil et de les réunir dans la Cité sainte et dans le temple\, où ils loueraient Dieu et seraient enveloppés dans sa gloire. A ce premier sens\, s’ajoutait sans doute\, pour les esprits les plus profonds\, l’idée du saint éternel et de la réunion dans la gloire de l’éternité pour la parfaite louange. \n\n\n\nSeul\, ce dernier sens demeure pour nous. Après l’Epître qui s’achève sur le mot de Saint Pierre devant le Sanhédrin « Aucun autre nom au ciel n’a été donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés ». Cette admirable prière est comme la supplication de toute l’Eglise demandant au Christ de réunir tous ses membres autour de lui pour être\, par lui\, avec lui\, et en lui\, glorifiés dans la gloire dont le Père l’a glorifié lui-même avant que rien ne fût. \n\n\n\nLe Verset est plus une louange qu’une prière. Ce fut la louange du prophète au Messie qu’il voyait venir d’Edom\, la robe rouge de sang. Elle devient la louange de l’Eglise qui proclame sa foi dans l’œuvre rédemptrice et dans le nom éternel du Christ Sauveur. \n\n\n\nLA MÉLODIE \n\n\n\nSalvos fac nos Domine Déus noster et congrega nos de nationibus ut confiteamur nomini sancto duo et gloriémur in gloria tua. \n\n\n\nLa première phrase est la reproduction exacte de la première incise du Graduel du Dimanche de la Passion: Eripe me Domine ; seul le motif de Domine a été élargi pour y faire entrer Déus noster. Formule admirable de prière humble. La mélodie se meut à peine\, elle demeure dans le grave comme dans une longue prostration. Elle se soulève un peu sur Domine Déus noster dans un accent de supplication plus intense\, puis retombe\, réservée jusque dans la nuance de tendresse qu’elle met sur le Nom Divin. \n\n\n\nAu début de la troisième phrase elle s’établit tout de suit en VIIIe mode et sur la dominante. L’idée de l’heureuse réunion dans l’éternité la fait se relever. Elle est encore suppliante\, mais sa supplication s’éclaire. Il passe même une vraie nuance de joie dans la vocalise de nationibus. \n\n\n\nElle demeure dans cette atmosphère de béatitude entrevue et désirée tout au long de la troisième phrase\, mais elle ne supplie plus : l’âme semble plutôt se laisser aller à une sorte de contemplation et de vénération du Nom Divin. La formule finale la ramène au grave\, mais ce n’est que pour un instant. \n\n\n\nDès le début de la troisième phrase\, elle se relève à l’idée de la gloire et prend même un certain éclat qui atteint toute sa force sur tua en une conclusion grandiose qui s’étend comme la glorieuse éternité. \n\n\n\nLe Verset. – Tu Domine Pater noster et Redémptor noster : a saeculo nomen tuum. \n\n\n\nLa mélodie est empruntée au Graduel de la Passion. L’adaptation est excellente. Dans l’un et l’autre cas c’est un cri de confiance lancé vers Dieu. Là\, le Messie\, après avoir demandé d’être délivré de ses ennemis\, se voyant déjà exaucé\, dit au Père dans un cri de reconnaissance qu’il est son libérateur. Ici\, l’Eglise\, après avoir elle aussi demandé à être sauvée\, assurée qu’elle est d’être glorifiée par le nom du Christ\, clame sa foi et sa gratitude. \n\n\n\nLa formule du début a quelque chose de réservé\, comme si l’âme n’osait pas tout d’abord laisser aller le mouvement de sa confiance joyeuse. Il lui faut les deux mots qui fondent l’espérance : Pater et Redémptor. Dès qu’elle les a\, elle se livre toute à l’enthousiasme\, chantant éperdument sa reconnaissance d’enfant et de rachetée sur des motifs aux lignes fermes\, se développant dans les régions élevées et sans cesse ramenés à la dominante\, où ils s’attachent\, comme un espoir que rien n’ébranle. Pour finir\, la même formule que dans la première partie plane sur le même mot\, sur le nom du Seigneur en qui tout est unifié\, et l’enveloppe de gloire\, de vénération et de tendresse. \n\n\n\nComme pour l’Introït\, veiller à ne pas traîner\, à entretenir le mouvement\, à donner aux distrophas et tristrophas leur exacte valeur et rien de plus\, à bien faire les répercussions.Dans la troisième phrase de la première partie\, ne pas ralentir la cadence de tuo et y rattacher la phrase suivante. \n\n\n\nFaire de même dans le Verset pour noster qui doit être lié à redémptor. \n\n\n\nALLELUIA\n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\nLa louange du Seigneur\, elle la dira\, ma bouche\,Et qu’il soit béni par toute chair\, le nom du Seigneur. Ps. CXLIV\, 21. \n\n\n\nC’est celui du Verset du Graduel du IVe Dimanche de l’Avent. Un hommage de reconnaissance à Dieu sous la double forme d’une promesse : Ma bouche louera le Seigneur... et d’un souhait ou mieux d’une invitation : Que toute chair bénisse le nom du Seigneur. \n\n\n\nLA MÉLODIE \n\n\n\nElle est une adaptation de l’Alleluia Domine Déus du Dimanche dans l’Octave de la Fête du Saint-Sacrement. Le texte là est une prière\, ce qui explique sans doute le caractère discret de l’Alleluia. \n\n\n\nL’adaptation du Verset a été faite d’une façon très large et avec une grande liberté. L’auteur a disposé des phrases et des incises au mieux de son texte. Il en est résulté que le caractère de prière de l’original a disparu et que la mélodie s’est pliée au sens du texte nouveau. \n\n\n\nLa première phrase est une affirmation paisible qui enveloppe Domini de vénération et qui prend\, sur les pressus de loquétur\, la fermeté qui convient à une promesse. \n\n\n\nLa seconde\, elle\, est une louange explicite et une invitation en même temps. Après s’être établie sur la dominante\, la mélodie se développe sur benedicat en une arsis brillante et pleine d’entrain. Pour finir\, le chœur reprend le même motif sur nomen éjus\, mettant sur le mot du jour l’éclat qui lui convient. \n\n\n\nRalentir légèrement la descente de Domini.Bien poser les podatus de benedicat. Relier de très près nomen sanctum à omnis caro. \n\n\n\nOFFERTOIRE\n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\nJe te louerai\, Seigneur mon Dieu\, de tout mon cœurEt je glorifierai ton nom éternellement\,Parce que\, toi Seigneur\, tu es suave et douxEt de grande miséricorde pour ceux qui t’invoquent. Ps. LXXXV\, 12\, 5. \n\n\n\nDans cette louange\, que l’Eglise offre en hommage au Christ qui reçoit son nom officiel\, il y a trois idées : la résolution de s’employer à louer Dieu\, l’espoir et le désir d’entrer dans  la louange éternelle\, et la raison de cette vie et de cette éternité de louange\, à savoir : la douceur miséricordieuse du Seigneur Jésus. \n\n\n\nLA MÉLODIE \n\n\n\nLa première partie\, qui comprend les deux premières phrases est une adaptation de l’Offertoire Jubilate du IIe Dimanche après l’Epiphanie. Adaptation très libre\, comme pour l’Alleluia. L’auteur a pris ici et là des phrases\, ou seulement des formules\, qu’il a soudées d’une façon plus ou moins heureuse. La seconde partie est sans doute originale. Dans l’ensemble\, l’expression répond bien à ce que suggère le texte. \n\n\n\nLa mélodie du Jubilate donne à la première partie son caractère si marqué de louange éclatante et joyeuse. Il se trouve toutefois tempéré dans la première phrase par les paroles qui\, au lieu de s’adresser à la terre en un appel à la joie\, s’adressent au Seigneur lui-même. Il s’ensuit une nuance de vénération et c’est de la ferveur plutôt que de l’enthousiasme. L’auteur l’a compris et\, très judicieusement\, a coupé le grand élan du second jubilate. C’est une amputation qu’on peut regretter\, mais il faut reconnaître que la mélodie ainsi adaptée donne à cette première phrase une expression d’intimité qui sert bien le texte. Il s’agit en effet d’une louange d’amour. Elle trouve des accents ardents et délicats à la fois sur la tristropha de Déus\, la demi-cadence de méus et le très beau motif de corde méo. \n\n\n\nLa seconde phrase anticipe\, si l’on peut dire\, en expoir et en désir\, la gloire de l’éternité\, c’est  pourquoi l’éclat du venite de l’Offertoire primitif lui va si bien ; il lui donne l’éclat qui convient à la louange glorifiante des élus. \n\n\n\nL’idée de la deuxième partie est différente ; l’âme s’arrête à méditer la douceur et la miséricorde du seigneur qui lui donne à espérer l’éternelle béatitude. La mélodie prend un tour plus intime encore qu’au début et se nuance de la douceur que les mots suavis et mitis est suggèrent. \n\n\n\nFaire un départ très vivant sur tibi dont on balancera bien le rythme. Commencer sur Domine le crescendo qui s’épanouira sans heurt sur la tristropha de Déus. Bien relier toto à corde. Crescendo sur méo à partir du début.Attaquer nettement glorificabo. Toute cette phrase doit être chantée dans un enthousiasme ardent qui en unifiera tous les éléments. Crescendo sur l’arsis de aetérnum.Elargir les torculus de suavis et mitis\, mais bien prendre garde de ne pas pousser la nuance qui pourrait tourner au précieux… \n\n\n\nCOMMUNION\n\n\n\nLE TEXTE \n\n\n\nToutes les nations que tu as faites viendrontEt se prosterneront en adoration devant toi\, Seigneur\,Et elles glorifieront ton nom.Parce que tu es grandEt que tu as fait des choses merveilleuses.Tu es le Dieu unique. Alleluia. Ps. LXXXV\, 9\, 10. \n\n\n\nDeux idées. La première est comme une prophétie. Le psalmiste voit dans l’avenir tous les peuples prosternés devant Dieu dans l’adoration et la louange pour rendre hommage à son Nom. La seconde évoque la raison de cette soumission universelle : la grandeur de Dieu et les merveilles qu’il opère\, et la chante comme une louange au Nom divin. En conclusion\, le mot qui dit tout : Tu es le seul Dieu\, Alleluia. \n\n\n\nL’Eglise fait sienne les deux idées et s’en sert pour dire la joie de voir la prophétie se réaliser chaque jour plus pleinement dans le mystère de l’Eucharistie\, qui s’accomplit au moment où elle chante. \n\n\n\nLA MÉLODIE \n\n\n\nElle est la reproduction note pour note – on ne saurait dire phrase pour phrase car la coupe des phrases a été modifiée – de la Communion Domine memorabor du XVIe Dimanche après la Pentecôte. En dépit d’imperfections inévitables en toute adaptation\, l’expression juste a été réalisée. \n\n\n\nLa première partie\, qui comprend les deux premières phrases\, débute par un récitatif dont les cadences ont un certain intérêt car on les retrouve tout au long de la pièce et elles ne sont pas sans contribuer à en faire l’unité. \n\n\n\nLa première\, sur fecisti\,  est répétée sur véniet un peu plus ornée\, puis sur adorabunt à la quarte supérieure. \n\n\n\nA part ce détail de composition\, rien ne retient l’attention dans cette première incise. Il est clair que l’auteur a laissé de côté l’idée de la venue des peuples pour concentrer l’expression sur le but de leur rassemblement : la glorification du Seigneur et de son Nom qui est précisément l’objet de la fête. Il y a plié la mélodie très habilement. Elle s’épanouit sur coram te en un accent d’ardente ferveur\, rebondit avec éclat sur glorificabunt et s’achève dans la vénération sur nomen tuum\, le mot du jour. \n\n\n\nDans la deuxième partie c’est l’idée de grandeur. Elle est fort bien rendue par l’arsis mesurée et forte de magnus es tu qui est en même temps un bel hommage de foi. Faciens mirabilia est moins heureux en dépit des premières cadences du récitatif qu’on y retrouve deux fois. Mais la conclusion est bien ce que le texte demande : une affirmation\, simple\, nette\, catégorique\, qui s’achève sur la cadence du début retrouvée à nouveau\, à la quarte.Il faudra bien lier entre elles les incises de la première phrase afin d’éviter l’impression d’essouflement qui ne manquerait pas autrement de se produire. Relier adorabunt à coram te\, dont la tristropha sera douce. \n\n\n\nDe même\, la seconde phrase sera rattachée de très près à la première\, c’est la même idée. Même liaison étroite entre faciens et mirabilia\, et entre tu es et Déus solus\, dont les intervalles seront élargis. \n\n\n\nPartitions \n\n\n\nPolyphonies en l’honneur du saint Nom de Jésus: \n\n\n\n\nO bone Jesu \n\n\n\nO Domine Jesu Christe \n\n\n\nJesu Rex admirabilis\, etc.\n\n\n\n\nEcoutes de pièces  \n\n\n\n\nNoëls anciens et populaires\n\n\n\nRistori – Vivaldi : Messe de la nativité\n\n\n\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:La Fête de l'Epiphanie
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTEVoici que vient le Souverain Seigneur ;Et le règne est dans sa main\,Et la puissance et le commandement.Ps. – O Dieu\, ton jugement\, au Roi donne-le.Et ta justice\, au Fils du Roi.Ce texte n’est pas dans l’Ecriture\, encore que l’idée qu’il exprime se trouve en maints endroits notamment en Malachie III\, 1. Il a toutefois été composé dans le sens et le style des prophéties royales. Dans la reproduction liturgique du mystère\, cet Introït est le chant de l’Eglise saluant l’entrée en scène du Christ Roi qui va exercer pour la première fois ses prérogatives royales en recevant les hommages des peuples de l’univers. Mais\, dépassant la scène historique et la splendeur des rites symboliques sous lesquels elle revit\, l’Eglise y chante en même temps la manifestation toujours plus étendue de la royauté du Christ et\, par delà les temps\, l’Epiphanie suprême\, quand au dernier jour il se montrera Maître et Seigneur\, ayant en main toute puissance et exerçant le pouvoir et l’empire\, non plus seulement en droit mais en fait\, sur les peuples et les rois prosternés.Le Psaume est une prière qui demande pour le Christ la Sagesse et la Justice. (Ps. LXXI\, 1). \nLA MÉLODIE\nElle a bien l’ampleur\, la puissance\, la solennelle gravité d’un cortège royal ; avec des nuances de modération et de douceur qui conviennent si bien à celui qui est Prêtre en même temps que Roi.Elle prend très peu de développement ; quelques notes revenant sans cesse au fa où elles se posent longues et fortes\, pour ponctuer\, les uns après les autres\, les attributs royaux. Rien de rigide toutefois dans cette sobre ordonnance. Le mouvement au contraire est d’une admirable souplesse. Un souffle d’enthousiasme\, contenu comme il convient à un cortège liturgique\, mais puissant\, nous soulève dès l’intonation et\, après nous avoir courbés sur advénit\, en une respectueuse révérence\, devant Celui qui vient\, nous emporte vers dominator et\, par delà les cadences de Dominus et de éjus\, toutes pénétrées elles aussi de respect\, vers régnum\, potéstas et impérium\, pour nous y faire proclamer la puissance du Roi en de splendides accents pleins de grandeur et de fierté. Ce sont ces accents toujours les mêmes – un mouvement ascendant de quarte ou de tierce venant s’étaler ferme et fort sur le fa – qui font la mélodie si parfaitement adaptée à l’imposante entrée du Souverain dans son royaume.Bien balancer le rythme dans la première incise. Attaquer sans heurt avec fermeté la double note de dominator\, qui est une bivirga épisématique ; renforcer ensuite la voix vers l’accent qui sera légèrement allongé et qui conduira le mouvement vers Dominus. Cette cadence doit demeurer forte\, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit dure. Elle ne sera que très peu ralentie.Un bon départ sur et régnum ; l’accent tonique bien soulevé et la voix se posant ferme sur la tristropha qui ne sera pas dure ni même forte\, mais sonore ; un léger crescendo la conduira vers le pressus de manu\, dans un rythme bien exact. La cadence de éjus sera élargie mais sans allonger plus qu’il ne faut la clivis finale\, car le mouvement ne doit pas être un instant interrompu mais aller progressant vers al double note de potestas – une bivirga épisématique – qui sera très ferme et ira elle-même vers le salicus et l’accent de impérium où commencera la cadence finale qu’on fera large.Le Psaume est une prière. La chanter avec ferveur. \nGRADUEL\nLE TEXTETous de Saba viendront\,De l’or et de l’encens portant\,Et la louange du Seigneur proclamant.Verset. – Lève-toi et resplendis de lumière\, Jérusalem.Car la gloire du SeigneurSur toi s’est levée. Isaïe LX\, 6\, 1.La première partie est-elle vraiment dans Isaïe l’annonce de l’Epiphanie ? Ce n’est pas sûr\, mais l’Eglise fait à cet événement l’application du texte\, c’est donc que\, d’une certaine manière\, il y était contenu et c’est assez pour nous. Toutefois ce serait une erreur que de restreindre à ce fait d’un jour la portée de l’annonce prophétique\, elle est beaucoup plus vaste. Ce que le prophète voit\, c’est la venue vers Jérusalem – qu’il faut entendre ici au sens de l’Eglise – des nations et des rois de la gentilité. Cette marche des peuples vers la lumière du Christ a commencé le jour de l’Epiphanie\, elle ne s’achèvera qu’au jour du second avènement\, lorsque réunis autour du Christ Glorieux dans la Jérusalem céleste\, ils chanteront\, baignés dans sa lumière\, l’éternelle louange.Le Verset\, bien que faisant partie de la prophétie\, n’est pas à proprement parler prophétique. Il est un appel du prophète à Jérusalem et à l’Eglise les invitant à prendre conscience de la gloire du Christ qui se lève de plus en plus éclatante et à s’en réjouir.Chantés au Graduel\, ces deux versets ne sont pas une prophétie. Ils l’étaient à l’Epître dont ils sont la conclusion. Ici\, c’est l’Eglise qui se les redit et qui se délecte dans la joie de les voir réalisés et dans la joie\, plus profonde encore\, de ce qu’ils promettent. \nLA MÉLODIE\nOmnes de Saba vénient\, aurum et thus déférentes\, et laudem Domino annuntiantesIl y a dans toute la première phrase la même ampleur majestueuse que dans l’Introït\, mais pénétrée d’une joie enthousiaste qui monte comme un chant de triomphe à travers les rythmes larges et les sonorités éclatantes ; la joie de l’Eglise qui voit le cortège des peuples\, conduit par les Mages dans la splendeur des pompes orientales se développer tout au long des siècles et se perdre dans l’avenir en une perspective infinie et un éclat qui la soulève d’admiration et de fierté.C’est la même joie dans la seconde phrase\, mais avec quelque chose de plus léger\, de plus vif\, comme si la vue des présents que chacun sellons sa nature et la richesse de son âme apporte au sacrifice de louange excitait en l’Eglise une nouvelle ardeur. Seuls les deux verbes déférentes et annuntiantes\, qui riment d’ailleurs en un motif plein d e charme retiennent l’Eglise qui se complaît un instant dans le geste et la louange des Mages … et des peuples.Le Verset. – Surge et illuminare Jerusalem\, quia gloria Domini super te orta est.C’est un appel à la joie. Il reçoit tout de suite du podatus de Surge\, lancé sans préparation sur la dominante\, le ton direct et pressant qui lui convient\, mais très tôt une nuance de douceur\, voire de tendresse\, le pénètre ; c’est à Jérusalem qu’il s’adresse… à l’Eglise. Il s’exalte cependant peu à peu à mesure qu’il monte sur illuminare\, et s’en va faire éclater son ardeur aussi haut qu’il peut dans la sonorité brillante de la syllabe accentuée. Puis l’exaltation s’atténue et la tendresse\, qui n’avait été qu’une nuance dans la formule du début\, s’épanche à loisir sur le nom béni. Elle passe à la phrase suivante\, jusqu’à ce que l’idée de la gloire du Christ ayant pris forme\, l’exaltation l’emporte à nouveau et domine enthousiaste et vibrante sur Domini\, la formule même qui chantait le triomphe futur du Nouveau-né\, dans le Graduel de la Messe du jour de Noël. Alors\, une fois encore l’ardeur s’efface devant la tendresse qui vient mettre sur super te un accent de ferveur infinie – notez les distrophas\, la répercussion\, le pressus – et enveloppe toute la fin de la phrase de sa douceur paisible et heureuse.Le mouvement de la première partie aura de l’ampleur et il faut lui donner de l’éclat.Garder une bonne sonorité jusqu’à la dernière syllabe de Omnes. Bien accentuer Saba et mener le crescendo en belle progression à travers la virga pointée et la tristropha qui aura bien sa valeur de trois notes. Bien lancer aurum. Crescendo délicat ans l’arsis de annuntiantes.Après l’accent léger de surgé\, ne pas presser la vocalise\, la montée de illuminare non plus\, mais que la vie y passe ardente\, exaltée\, et que les notes du sommet soient brillantes\, ce sont des virgas épisématiques. Ménager la transition à Jerusalem\, qui sera retenu avec amour ; le pressus allongé. De même les quatre dernières notes de Domini\, dont la double note est une bivirga.Ne pas faire la reprise du chœur sur orta est trop forte. Cette finale doit entrer dans l’idée générale de contemplation qui est celle de tout le Graduel. \nALLELUIA\nLE TEXTENous avons vu son étoile en Orient ;Et nous sommes venus avec des présentsAdorer le Seigneur. Math. II\, 2.C’est la parole des Mages aux habitants de Jérusalem\, quand ils leur demandèrent où se trouvait le Roi des Juifs.Historiquement ce sont les Mages qui parlent\, mas en la circonstance ils représentaient les Gentils\, de sorte que c’est toute l’Eglise qui est attitrée à dire cette parole ; et chacun de nous peut la dire en toute vérité car tous nous avons vu\, non pas son étoile\, mais\, ce qui est mieux\, la réalité dont elle était le symbole\, la lumière que le Christ est venu apporter au monde. Et c’est\, parce que nous l’avons vue et que nous avons cru en elle et que nous avons marché dans sa clarté\, que nous venons aujourd’hui rendre au Roi des Rois l’hommage de notre foi\, de notre confiance\, de notre amour\, qui se concentre dans le don de nous-mêmes en sacrifice comme en un présent non plus symbolique mais réel. \nLA MÉLODIE\nC’est encore l’Alleluia de la Messe du jour de Noël.Rien de spécial à dire sur sa structure mélodique ; les quatre phrases psalmiques sont bien là et aussi la joie simple et enthousiaste de Noël.Elle se nuance d’admiration contemplative sur vidimus puis\, s’élevant comme en un épanouissement\, enveloppe de tendresse le nom divin à travers éjus qui en tient la place.Vénimus répond à vidimus au commencement de la troisième phrase. C’est la même formule\, avec dans l’arsis quelque chose de plus vif\, qui évoque très heureusement l’empressement de l’âme à suivre la lumière.Adorare Dominum vers qui va le mouvement\, comme va vers le Seigneur toute contemplation et toute action\, a l’enthousiasme qui convient et évoque parfaitement dans sa courbe descendante l’adoration soumise et aimante.Il faut lier de très près in Oriente à éjus par-dessus la grande barre. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTELes rois de Tharse et des îles lui offriront des présents.Les rois d’Arabie et de Saba lui apporteront des dons.Et ils l’adoreront\, tous les rois de la terre ;Toutes les nations lui seront soumises. Ps. LXXI\, 10\, 11.Le premier verset prophétise l’Epiphanie ; l’autre\, la royauté universelle du Christ-Roi\, telle que nous la voyons de plus en plus se manifester depuis le jour des Mages\, telle qu’elle sera au jour du second avènement.L’Eglise les chante comme une contemplation du mystère annoncé par le prophète\, commencé par l’adoration des Mages\, réalisé de plus en plus par la soumission des peuples et par le don des âmes qui précisément se fait à ce moment avec l’offrande de la matière du sacrifice ; chacun se donnant sous le symbole du pain et du vin comme les Mages se donnèrent sous le symbole de leurs présents. \nLA MÉLODIE\nUn chant de contemplation baigné de joie.L’intonation est curieuse. L’auteur a-t-il voulu marquer\, par ces trois temps longs et répercutés sur la dernière syllabe de Tharsis\, l’éloignement fabuleux de Tharse – c’était\, dit-on\, une ville d’Espagne\, le bout du monde pour alors – comme nous le faisons dans la diction en traînant les syllabes : « … loin …très loin » ? C’est possible. En tous cas\, il a offert là une forme admirable d’expression à la pensée qui\, s’en allant tout au long des siècles\, et jusqu’à l’éternité\, voit la suite des rois et des peuples converger vers le Christ Souverain pour l’adorer dans l’absolue soumission de leur puissance. Tout le reste de la phrase\, remarquable d’ailleurs par l’élégance et le charme de la mélodie\, exprime la même contemplation heureuse. A noter particulièrement la répétition sur offerent du motif de munera à la tierce inférieure par le jeu du si b qui module si naturellement. Le balancement de ces deux motifs\, dans le dégradé de la thésis\, donne à toute cette fin de phrase un admirable caractère de paix et de joie profonde.Il passe à la phrase suivante sans que rien d’abord ne le modifie sensiblement\, mais peu à peu\, à travers les rythmes somptueux d’Arabum et de Saba\, le mouvement s’amplifie et s’anime en allant vers dona adducent\, les deux mots de l’offrande\, qu’il place au sommet de l’arsis\, revêtus d’une formule de joie éclatante cette fois.Dans le deux dernières phrases\, il n’y a pas de différence de style\, bien que la mélodie dans l’ensemble soit plus retenue.Aussi bien ne s’agit-il plus des Mages et de la joie de la fête\, mais de l’adoration universelle des rois et des peuples ; d’où le caractère de contemplation qui domine à nouveau. La dernière phrase\, qui est comme la thésis de toute la pièce\, est une merveille de composition. La formule de omnes est redite sur gentes\, et les deux premiers neumes de sérvient exquissent une troisième répétition qui se développe en une cadence finale large\, somptueuse et d’une élégance achevée.Cette dernière phrase était le refrain au temps où l’Offertoire comportait des versets ; reprise par le chœur\, elle devait produire un grand effet\, à la fois de puissance et de grâce.Ne chanter ni trop vite ni trop fort. Ce serait enlever à cette mélodie si délicate toute son expression.Les répercussions de Tharsis devront être très discrètes\, c’est comme une sorte d’ondulation qui doit envelopper le mot. Beaucoup de souplesse dans les rythmes de insulae\, de munera\, qui sera ralenti légèrement comme offerent\, et dans les motifs répétés de Saba. Crescendo discrètement conduit sur dona adducent et pris dès la première répercussion de dona.Faire là une pause un peu plus marquée. Les motifs de omnes gentes légers et bien semblables. La finale gracieusement retenue. \nCOMMUNION\nLE TEXTENous avons vu son étoile en OrientEt nous sommes venus adorer le Seigneur.C’est le même texte que celui de l’Alleluia . L’interprétation sera aussi la même avec une nuance toutefois qui tient au moment de la communion.A la joie d’offrir des présents\, s’ajoute la joie de les voir acceptés et d’en recevoir en retour. Les Mages eurent cette joie\, n’est-il pas vrai ? dans les sourires de l’Enfant-Dieu et plus encore dans la grâce qui envahit leurs âmes. Nous\, de même ; nous nous offrons au moment de la communion à l’influence transformante du Christ\, il nous accepte et vient. C’est donc dans un sentiment de joie reconnaissante qu’il faut chanter. \nLA MÉLODIE\nAprès l’intonation que met en relief le mot de la vision avec une nuance de contemplation\, ici encore la mélodie s’élève dans un mouvement de joie simple et fraiche ; la joie de la découverte. Le même mouvement et la même joie conduisent vénimus au sommet de l’arsis avec une touche d’empressement bien à sa place comme dans l’Alleluia. Mais\, aussitôt après\, la mélodie descend dans le grave\, comme envahie par la profondeur du mystère et c’est l’idée de l’adoration qui prévaut. Non pas que la joie ait disparu ; elle pénètre encore la dernière incise mais elle est plus tempérée. Elle rejoint celle de vidimus de l’intonation : la joie de l’âme qui se referme sur son Dieu pour être seule avec lui.Veiller à ne pas chanter trop rapidement les porrectus de l’intonation\, de même les quelques notes isolées de vénimus cum munéribus ; donner à l’accent de adorare une certaine ampleur tout en le faisant léger. Partitions \n\nCantiques pour l’Epiphanie \nPolyphonies pour l’Epiphanie\nL’hymne Crudelis Herodes (polyphonie)\n\n Epître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:La Fête de la Sainte Famille
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTE \nQu’il tressaille de joie\, le Père du Juste !Qu’ils se réjouissent\, ton Père et ta Mère !Qu’elle tressaille de joie\, celle qui t’a mis au monde ! \nPs. – Qu’ils sont aimés\, tes tabernacles\, Dieu des vertus !Elle soupire et languit\, mon âme\,Sur les paroles du Seigneur. Prov. XXIII\, 23. Ps. LXXXIII\, 2\, 3. \nDans le Livre des Proverbes\, ces mots sont un compliment à l’adresse des parents de l‘homme qui pratique la sagesse. \nAu sens liturgique\, ils ne disent rien de plus\, sinon que le Juste ici est le Sage par excellence\, Notre Seigneur Jésus-Christ. Peut-être même vinrent-ils bien des fois comme spontanément sur les lèvres de ceux qui eurent l’occasion d’admirer les qualités du fils du charpentier de Nazareth. Peut-être furent-ils dits à Notre-Dame et à Saint Joseph comme une citation des Livres saints qui trouvait en eux son application. Peut-être même quelques docteurs du Temple\, émerveillés\, les prononcèrent-ils quand ils virent Notre Seigneur s’en aller\, entre son Père et sa Mère qui venaient de le retrouver au milieu d’eux. En tout cas\, c’et ainsi que l’Eglise les chante\, comme un compliment à la Sainte Famille reconstituée dans la gloire. Ils prennent ainsi leur sens total et la destination dernière que le Saint-Esprit leur donna en inspirant l’Ecrivain sacré. \nLe Psaume exprime le désir de rejoindre la Sainte Famille au ciel. Tant que l’âme est sur la terre\, elle n’est que sur le parvis. C’est pourquoi elle soupire. \nLA MÉLODIE\nLa mélodie n’est pas originale\, il va de soi\, puisque la fête est d’institution récente. Elle a été faite de formules empruntées ici et là aux Introïts du VIIe mode. Exultet Gaudio Pater Justi est calqué sur Audivit Dominus et misértus du Vendredi après les Cendres – Gaudeat Pater tuus\, sur de laqueo pédes méos de l’Introït Oculi méi du IIIe dimanche du Carême. – Et mater tua\, sur Patris méi de l’Introït Venite benedicti du Mercredi de Pâques. – Et exultet quae genuit te\, sur et ne obtiviscaris voces quaeréntim te de l’Introït Réspice du XIIIe dimanche après la Pentecôte. \nL’élan de la première incise\, qui gravit en trois bonds l’octave entière pour s’épanouir sur Pater Justi\, est admirable de proportion et d’à propos par la joie vibrante qui l’enveloppe toute\, avec une nuance de vénération délicatement posée sur Justi. Cette joie a moins d’éclat dans la suite ; aussi bien c’est à Notre Seigneur que l’Eglise s’adresse désormais et un caractère de discrétion plus prononcée est tout à fait de mise. Notez le mot tuus\, la cadence de mater tua et l’incise finale quae génuit te\, avec leur accent de profonde admiration\, qui en font une louange si délicate et si pleine de tendresse et à Saint Joseph et à Notre-Dame. \nL’épisème horizontal de Pater pourra être renouvelé sur le podatus. Bien rattacher Mater tua à Pater tuus. \nLa cadence finale du Psaume est particulièrement expressive du désir ardent qui est dans le texte. \nGRADUEL\nLE TEXTE \nUne seule chose j’ai demandée au Seigneur\,Et je la demanderai encore\,Que j’habite dans la maison du SeigneurTous les jours de ma vie. \nVerset. – Heureux ceux qui habitent dans ta maison\, Seigneur.Dans les siècles des siècles\, ils te loueront. Ps. LXXXIII\, 5. \nLe sens littéral est très simple. Le psalmiste révèle l’objet constant de sa prière : qu’il puisse habiter dans le Temple\, près de l’Arche où Dieu manifeste sa présence toute sa vie. Même idée dans le Verset\, avec en plus l’évocation de l’éternité dont le Temple n’était que le parvis. \nCe fut sans aucun doute l’ardent désir de Notre-Dame et de Saint Joseph. Le Seigneur le combla au-delà de tout ce qu’ils espéraient\, en leur donnant de vivre avec le Christ dans l’intimité de la maison de Nazareth\, et il continue de le combler de plus en plus\, dans la gloire. \nC’est ce désir de la Sainte Famille qui nous arrive ainsi du passé. Mais\, en même temps que l’Eglise lui prête sa voix\, elle en fait le désir de tous ses membres. \nSaint Paul vient de nous dire\, dans l’Epître\, que nous sommes un avec le Christ. Par lui\, avec lui\, et en lui\, nous sommes donc de la famille divine ; frères du Christ\, fils du Père et de Notre-Dame et de Saint Joseph\, nous aussi. Ce que nous demandons\, c’est d’être avec eux dans la maison de famille. La maison\, c’est Dieu qui enveloppe tout de son être infini. Vivre en relation de pensée et d’amour avec eux tous\, en lui\, dans l’invisible présence\, en attendant de les rejoindre et de les voir\, dans l’éternelle et béatifiante vision\, voilà ce que l’Eglise nous fait chanter\, en union avec ce que Notre-Dame et Saint Joseph chantaient eux aussi dans leur cœur lorsqu’ils étaient\, comme nous\, sur la terre de désir. \nLA MÉLODIE\n(V) unam pétii a Domino\, hanc requiram :ut inhabitem in domo Domini omnibus diébus vitae méae. \nC’est le Graduel du Vendredi qui suit les Cendres. La mélodie a seulement été allongée par une formule de remplissage entre Domini et la finale. \nLe désir\, très discret dans l’intonation\, monte peu à peu sur Domine en un motif qui est presque exclusivement réservé au Nom divin ; formule très humble qui supplie d’en bas\, s’élevant à peine. Il se fait insistant et ferme sur hanc requiram ; brusquement la mélodie passe à la dominante et par l’intervalle de tierce quatre fois répété\, l’épisème horizontal\, le pressus\, elle marque la volonté forte de l’âme\, résolue à obtenir\, à force de prière\, ce qu’elle demande. C’est cette supplication qui se développe ardente sur ut inhabitem. Formule originale d’une belle inspiration ; il y a dans tout le mouvement une chaleur que l’on sent retenue mais qui anime tout et qui se nuance très heureusement d’intimité sur Domini. Malheureusement l’incise finit sur la tonique en une cadence presque conclusive alors que le texte continue. \nLe Verset. – Beati qui habitant in domo tua Domine :In saecula saeculorum laudabunt te. \nLa finale exceptée\, il est calqué sur le Verset Beatus du Graduel Ego dixi du Ier Dimanche après la Pentecôte. \nLe calque est heureux\, comme fut heureux le choix des formules pour exprimer cette exclamation à la fois enthousiaste et pleine de désir. Elles ont de l’ardeur\, de la joie\, et se complètent l’une l’autre\, Domine emportant la mélodie dans un magnifique élan qui dit au Seigneur l’ardeur de l’âme pour la béatitude qu’elle entrevoit\, qu’elle salue et vers laquelle elle crie. Le motif de saeculorum\, en broderies légère\, sur des notes élevées\, évoque\, lui\, la lointaine éternité que chantaient jadis les Saints Innocents. La finale est une formule commune qui donne au pronom te\, objet à la fois du désir et de la louange\, la vénération et la tendresse qui conviennent. \nIl ne faut pas craindre de donner de la force à l’incise hanc requiram. Il y a là une révolution ferme qui doit être mise en évidence. \nContinuer le mouvement avec la même force sur inhabitem avec un bel accent de ferveur. Lier de très près omnibus diébus à Domini afin de faire\, autant qu’il se peut\, l’unité de l’incise. \nRattacher aussi Domine à tua dans le Verset. \nALLELUIA\nLE TEXTE \nVraiment tu es un Roi caché\,Dieu d’Israël\, Sauveur. Isaïe XLV\, 15. \nDans Isaïe\, cette parole est une louange à Dieu qui\, sans être vu\, fait tout contribuer à la gloire et au salut d’Israël. \nC’est évidemment le mot absconditus qui en a déterminé le choix pour la liturgie de la Sainte Famille et c’est à Notre Seigneur et aux trente années qu’il a vécu caché à Nazareth\, qu’elle s’applique d’abord. Mais l’Eglise\, en faisant le mot de sa louange\, y mêle ici comme dans le Graduel\, le désir\, qui ne la quitte pas\, d’avoir tous ses membres cachés avec Lui dans l’invisible Trinité\, en attendant la béatifique vision. \nLA MÉLODIE\nElle n’a sans doute pas été faite pour les paroles mais l’application est excellente. Il y a dans le premier mot de l’intonation une admiration pénétrée d’amour qui se développe ensuite très heureusement tout le long de la phrase. Déus Israël\, qui dit la réalité cachée sous le mystère\, domine tout\, au début de la seconde phrase. Son motif plein d’élan et le pressus qui le couronne sont une très belle louange\, qui se continue sur Salvator dans la nuance d’admiration aimante du début. \nNe pas chanter trop vite. Bien lier les deux phrases. La longue descente de la dernière incise de Salvator sera légèrement retenue et la remontée du re au sol avec grâce. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE \nIls portèrent Jésus\, ses parents\, à Jérusalem\,Afin de l’offrir au Seigneur. Luc II\, 22. \nC’est le début du récit de la Présentation de Notre Seigneur au temple. On  a seulement ajouté paréntes éjus\, sans doute pour mettre plus en évidence le rôle de Notre-Dame et de Saint Joseph. \nCe fut le premier acte officiel de la Sainte Famille. L’évocation qui en est faite ici est donc bien adaptée à la fête ; et à l’Offertoire aussi\, car ce fut la première fois que l’offrande de Notre Seigneur à son Père\, toujours vivante en son âme\, fut extériorisée en un sacrifice rituel\, figure de celui qui allait venir\, qui est venu\, qui ne cesse plus. \nL’Eglise\, au moment où les fidèles offrent le Christ et s’offrent eux-mêmes avec lui au Père sous le symbole du pain et du vin\, se chante à elle-même le récit de cette première offrande du Christ\, comme pour rattacher la réalité à la figure et y prendre le modèle de son propre sacrifice. \nLA MÉLODIE\nC’est\, à quelques détails près\, celles de l’Offertoire de la Messe de minuit. Malheureusement le texte ici est très différent ; ce n’est qu’un simple récit. Il lui manque le lyrisme dont était enveloppé le Laeténtur caeli et qui concordait si parfaitement avec la joie délicate des rythmes et des cadences du IVe mode. Il reste que le caractère de contemplation heureuse qui s’en dégage\, aide à faire de ce récit une méditation du mystère\, dans la joie de Noël à nouveau évoquée. \nDans l’original\, la première phrase finissait à éjus\, elle a été ici prolongée jusqu’à Jérusalem\, mais  la cadence sur re demeure conclusive ; il faut donc rattacher de très près in Jerusalem à Domino et bien poser sur le la la cadence de Jerusalem pour pallier à ce défaut. \nCOMMUNION\nLE TEXTE \nIl descendit\, Jésus\, avec eux\, et vint à Nazareth ;Et il leur était soumis. Luc II\, 51. \nC’est la fin de l’Evangile du jour. \nAu moment où les fidèles viennent de communier\, l’Eglise se dit à elle-même ces mots qui révèlent\, dans le cadre de la Sainte Famille\, le mystère de la soumission du Dieu fait homme à ses créatures et à travers elles au Père. Elle dessine ainsi l’attitude de l’âme devant la grâce qui vient en elle et qui doit la faire une avec le Christ ; dans l’absolue soumission au Père et à ceux en qui il a déposé son autorité. \nLA MÉLODIE\nC’est celle de la Communion de la Messe du jour de Noël. \nL’intonation est très appropriée au mot et l’idée de soumission se trouve en pleine évidence dans le très beau mouvement de erat subditus\, plein de joie comme l’était l’obéissance du Christ\, comme doit être la nôtre. Cette joie\, qu’on pourrait appeler ici la joie de la Sainte Famille\, se dégage d’ailleurs de toute la pièce et lui donne son expression vraie. \nPartitions \n\nCantiques pour l’Epiphanie \nPolyphonies pour l’Epiphanie\nL’hymne Crudelis Herodes (polyphonie)\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici \n\n 
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SUMMARY:Deuxième dimanche après l'Épiphanie
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTE \nQue toute la terre t’adore\, ô Dieu\, et chante pour Toi.Qu’un hymne elle dise à ton Nom\, ô Très-Haut. \nPs. – Acclamez Dieu\, toute la terre\,Dites un hymne à son Nom ;Donnez de l’éclat à sa louange. Ps. LXV\, 1-2. \nLe Psaume LXV porte en sous-titre dans la Vulgate : Canticum psalmi resurrectionis\, ce qui fait croire qu’il fut composé en reconnaissance de quelque délivrance nationale. C’est un appel à toute la terre pour qu’elle loue le Seigneur.L’Eglise\, qui continue\, dans les Dimanches après l’Epiphanie\, de célébrer la manifestation du Christ au monde\, s’en sert pour convier tous les hommes à l’adorer avec les Mages et à le louer pour le miracle de Cana\, dans lequel il se manifeste avec un éclat nouveau et qui est  l’objet de l’Evangile du jour.Il faut bien noter les deux formes que prend cet appel ; un souhait et un désir exprimés à Dieu dans l’antienne\, et une invitation adressée aux peuples dans le psaume. \nLA MÉLODIE \nElle se compose de deux phrases qui à quelques détails près sont identiques. Psalmum dicat dans la seconde répond à Omnis terra dans la première et de même Altissime à psallat tibi. Parallélisme musical qui suit le parallélisme littéraire.Toutes les incises commencent par une tristropha ; d’où cette atmosphère de modération\, de repos\, de paix\, qui enveloppe tout. D’autre part\, après avoir concentré son ardeur sur ces trois notes\, l’âme la laisse aller sur adoret et nomini tuo en de beaux élans qui portent haut le désir et qui pénètrent toute la phrase d’une ferveur nuancée de touches délicates\, telles ces reprises de mouvement sur te Deus\, psallat tibi\, Altissime\, d’un caractère si intime et si tendre.C’est une mélodie très contemplative qui est en même temps l’expression d’un désir ardent.Ce double caractère rend son exécution difficile. Il faut lui garder du début à la fin  une ardeur paisible. Veiller à ce ue les tristrophas ne sient pas des repos\, mais un élan retenu. Les faré exactement de trois temps légers avec un renforcement de voix qui conduit le mouvement vers l’arsis qui suit. Eviter par contre que ces arsis ne soient trop poussées.Un grand crescendo délicat et très lié jusqu’au pressus de adoret ; la thésis en dégradé\, la distropha légère\, le torculus sans ralenti et rattaché à te\, qui sera très expressif. Pas de ralenti à Déus qui sera lui aussi lié à et psallat.Même interprétation pour la seconde phrase. Bien balancer Nomini ; la distropha légère entre les deux groupes ternaires\, le second légèrement élargi : ne pas trop retenir Altissime. Le Psaume alerte et joyeux. \nGRADUEL\nLE TEXTE \nIl a envoyé\, le Seigneur\, sa Parole\,Et il les a guéris ;Et il les a arrachés de leur mort. \nVerset. – Qu’ils louent le Seigneur pour sa miséricorde\, Et pour ses merveilles envers les enfants des hommes. Ps. CVI\, 20-21. \nLe Psaume CVI est un chant d’action de grâces. Le psalmiste énumère en quelques strophes les misères et les malheurs variés qui sont venus sur les hommes : guerre\, famine\, emprisonnement\, travaux forcés\, maladies… et la façon dont le Seigneur les a secourus. Après chaque strophe\, il y a comme un refrain qui prend la forme d’un appel au peuple pour qu’il chante sa reconnaissance. Le verset 20\, misit\, est la fin de la strophe consacrée aux maladies\, et le verset 21\, confiteantur l’appel à la reconnaissance. La parole dont il est question\, c’est le Verbe\, seconde personne de la Sainte Trinité\, qui opéra toutes les merveilles dont fut gratifié le peuple juif\, mais aussi\, dans un sens prophétique\, le Christ\, Verbe fait chair\, que le Père enverrait un jour pour guérir les cœurs brisés et annoncer aux captifs leur délivrance.Au sens liturgique\, c’est l’Eglise qui\, sur les mots mêmes qui prophétisaient le Christ miséricordieux\, chante la prophétie au moment où elle se réalise. Elle vient d’entendre Saint Paul énumérer dans l’Epître les dons divins qui viennent en nous par la grâce\, elle a déjà à l’esprit l’épisode des noces de Cana qui va être lu à l’Evangile et\, par delà le geste si délicat du Christ qui change l’eau en vin pour secourir la détresse passagère de deux époux\, elle voit l’Eucharistie qui soulage tant de misères morales et qui arrache à l’étreinte de la mort tous ceux qui s’en nourrissent. Devant cette manifestation de plus en plus éclatante de celui qui fut prophétisé\, elle reprend la parole du Psalmiste et la fait monter comme un hommage de sa foi et de sa reconnaissance vers le Père qui l’envoya. Se tournant alors vers les siens\, elle les appelle à chanter la miséricorde du Seigneur et toutes les merveilles qu’il a faites et qu’il continue de faire. \nLA MÉLODIE \nMisit Dominus Verbum suum et sanavit éos. Et eripuit éos de intéritu eorum.La première phrase est empreinte de gravité. C’est bien l’atmosphère dans laquelle l’âme se trouve baignée chaque fois qu’elle se met en présence du drame de la miséricorde divine sauvant le monde. (L’auteur a choisi deux formules centons qu’on ne trouve guère que sur des textes qui ont trait à la Rédemption et qui sont fréquentes dans les graduels du temps de la Passion ; Mardi de la semaine de la Passion\, Mercredi-Saint\, Jeudi-Saint.) Toute recueillie\, elle enveloppe de respect Dominus puis\, s’élevant peu à peu\, elle laisse son ardeur se répandre pleine de noblesse\, de vénération et d’amour sur vérbum\, avec un accent particulier sur suum\, qui évoque le Fils unique et la valeur infinie de ce don d’amour fait au monde.La seconde est une magnifique expression de joie. L’Eglise demeure d’abord sur et sanavit dans la même atmosphère mais peu à peu\, à l’idée des bienfaits que le Verbe fait chair a répandu autour de lui\, elle laisse sa reconnaissance se dilater dans la joie et la proclame très haut. Les deux motifs de éos sont très beaux. Le premier chantait la lumière dans le Graduel de l’Epiphanie\, le second la délivrance des Saints Innocents\, le jour de leur fête. Sur ces montées progressives et chaudes\, l’âme\, s’englobant elle-même dans le nombre des guéris et des ressuscités\, exalte à loisir Celui qui l’a sauvée.Entre les deux phrases il n’y a pas de contraste la transition étant admirablement ménagée par la formule de et sanavit. Dans la mélodie comme dans le texte\, une seule chose est dite et chantée\, la manifestation de la miséricorde et de la puissance divine du Verbe fait chair\, envoyé de Dieu. \nLe Verset. – Confiteantur Domino misericordiae éjus et mirabilia éjus filiis hominum. \nIdée nouvelle. L’Eglise sort de la contemplation du mystère pour exhorter tous ceux qui en  ont profité à dire leur reconnaissance dans un hymne de louange.Sur un motif très simple de deux ou trois notes\, qui évoque l’appel des élus à la louange éternelle dans le Graduel du IIe Dimanche de l’Avent\, elle se fait pressante sur Confiteantur ; elle insiste\, revenant par trois fois. Sur Domino elle s’incline\, pleine de vénération joyeuse ; puis\, comme si elle oubliait l’appel qu’elle lance\, elle se laisse prendre par le mot misericordiae et y demeure\, contemplant à nouveau\, sur la courbe de la mélodie qui monte et descend lentement\, le mystère de la bonté du Christ\, son mystère à lui…et son mystère à elle… Ce n’est pas tant de la joie qu’une paix heureuse. La paix que lui a value la divine miséricorde. Elle s’y délecte\, bercée dans un rythme binaire qui s’étend\, calme\, régulier\, léger aussi\, comme planant au-dessus du temps et de l’espace\, spirituel.  A l’évocation du nom divin elle s’exalte quelque peu sur les deux pronoms éjus en un hommage plus ardent de reconnaissance ; puis reprend sur filiis hominum le thème de l’exhortation. Englobé dans le très beau mouvement de la formule finale\, il permet au chœur\, qui représente précisément les fils des hommes\, de se joindre aux chantres dans le même élan de ferveur reconnaissante.Retenir le mot Dominus dans l’intonation. Après qui\, un bon mouvement plein d’élan jusqu’au sommet de éos\, qui sera éclatant. Le même enthousiasme passe à la phrase suivante et dure jusqu’à la fin.Confiteantur Domino doit être à la fois léger et pressant ; les pressus seront bien appuyés mais la note qui les sépare\, très souple ; la tristropha posée doucement. Le ré qui débute la troisième reprise un peu allongé ; toute la finale de Domino élargie\, mais le climacus de la fin à peine retenu et très rythmé.La vocalise de misericordiae très régulière\, mais très souple. Le crescendo sera très peu poussé\, toutes les notes pointées bien reliées à la suivante par un discret renforcement de la voix.Bien rattacher mirabilia à éjus. Le second éjus\, léger et joyeux. Bien faire les répercussions de la formule finale. La dernière incise très élargie. \nALLELUIA\nLE TEXTE \nLouez Dieu\, tous ses Anges.Louez-le\, toutes ses Puissances. Ps. CXLVIII\, 2. \nIl est à prendre dans le même sens que le Graduel. L’Eglise invite les Puissances célestes à louer Dieu avec nous pour nous avoir donné le Christ\, qui se manifeste si puissant et si miséricordieux. \nLA MÉLODIE \nC’est celle des Alleluia du IIIe Dimanche de l’Avent et des Saints Innocents\, à part la première incise qui est ici simplifiée.Dans toute la première phrase\, l’invitation est directe et vivante mais\, dans la seconde\, l’Eglise\, prise par l’idée de Dieu\, s’oublie sur éum à le contempler et se complaît dans sa contemplation jusqu’à la fin. La mélodie est admirable de paix et de tendresse délicate ; on décèle ici et là\, particulièrement dans la dernière incise\, comme une pression plus poussée\, le désir d’être avec les Anges pour l’éternelle et parfaite louange.Veiller à ne pas précipiter les deux notes isolées entre les clivis de omnes et le podatus de tu dans virtutes. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE \nAcclamez Dieu\, toute la terre !Acclamez Dieu\, toute la terre !Chantez un hymne à son nom.Venez\, écoutez\,Et je raconterai\, à vous tous qui craignez Dieu\,Tout ce que le Seigneur a fait pour mon âme. Ps. LXV\, 1-2\, 16. \nDans le Psaume\, ces trois versets sont une invitation à louer Dieu pour ses bienfaits.Ici\, l’objet de la reconnaissance est le miracle de Cana\, dans lequel le Christ révèle pour la première fois sa puissance divine et\, plus encore\, l’Eucharistie qui y était figurée.Sans doute est-ce ce dernier objet qui déterminera le choix du verset : Venez écoutez et je vous raconterai ce que Dieu a fait pour mon âme. L’Offertoire en effet accompagne l’offrande du pain et du vin qui seront changés au corps et au sang de Notre Seigneur et donnés ensuite en communion comme le don de Dieu qui\, en nous apportant la vie du Christ\, nous transforme en lui spirituellement ; pour l’âme qui en bénéficie\, il y a de quoi louer le Seigneur et de quoi confier aux amis. C’est cette miséricordieuse bonté du Christ\, toujours en action\, que l’Eglise nous invite à acclamer et qu’elle brûle de confier en détail à qui veut l’écouter. \nLA MÉLODIE \nElle ne ressemble en rien au Jubilate du dimanche précédent. C’est encore une acclamation\, du moins dans la première partie mais\, au lieu de la joie légère\, c’est la grandeur et l’enthousiasme qui dominent.Trois idées : acclamez Dieu\, chantez un hymne à son nom\, venez et écoutez ce qu’il a fait pour moi. Jubilate\, psalmum dicite\, venite et audite.Jubilate… L’intonation\, par son mouvement hardi vers la dominante et son appui sur le salicus\, a bien le caractère direct et entrainant d’une invitation joyeuse. Déo est à peine souligné ; tout le mouvment va vers universa terra\, qui reçoit de la tristropha et des intervalles de quarte et de quinte qui l’encadrent une ampleur magnifique\, à travers laquelle passe\, ardent et large\, l’appel à la joie.Dans la seconde phrase qui\, ici encore\, reprend la première en thème varié\, cette idée de joie\, qui avait été un peu laissée dans l’ombre\, se développe en une acclamation splendide\, ordonnée\, mesurée et\, en même temps\, pénétrée d’une ardeur qui monte\, s’enfle\, éclate\, enthousiaste comme le cri d’une foule qui chante son héros. C’est toute l’Eglise\, toute la terre\, qui s’excite elle-même à clamer son admiration\, sa reconnaissance\, son amour au Dieu si bon qui nous a donné son Fils et qui nous incorpore à lui pour être des fils nous-mêmes. Déo est reproduit sans changement. Universa terra non plus n’est pas changé ; mais\, à la fin de la première formule\, le si naturel amène un très beau développement qui amplifie le mot et en renforce considérablement l’expression.Psalmum dicite… Une invitation encore ; non plus à acclamer\, cette fois\, mais à chanter un psaume : c’est une invitation à la louange liturgique. Il y a une nuance et elle est bien dans la mélodie. Celle-ci garde son ardeur\, certes – notez la tristropha de dicite entre les clivis épisématiques qui l’amènent si délicatement\, l’admirable montée de nomini où elle s’épanouit\, ravivée encore par la répercussion de la clivis\, et le rebondissement sur éjus ; progression splendide qui la fait de note en note plus pressante et plus chaude – mais cette ardeur est modérée\, retenue\, comme enveloppée de religieux respect et de vénération.Venite et audite… Pour la troisième fois l’invitation est redite. Jamais elle ne fut plus ardente et plus joyeuse. C’est une invitation à partager un secret de bonheur. La mélodie qui s’était étable en la  la fin de la phrase précédente passe sans transition au do\, dominante du VIIIe mode et de là s’élance à la tierce supérieure sur un motif de quelques notes très simple mais qui rend admirablement l’appel plein d’entrain que l’on adresse spontanément aux amis sur le chemin de la joie commune. Ce motif est répété 3 fois.Mais sur narrabo quelque chose s’ajoute à l’appel. Il semble que l’âme\, à la pensée de ce qu’elle a à dire\, retienne son élan et s’arrête sur la tristropha\, comme pour prendre dans un seul regard toutes les grâces qu’elle a reçues\, la voix commence à revêtir le ton des communications intimes. La joie extérieure s’est atténuée\, il n’y a plus que la joie profonde… La mélodie qui est descendue graduellement\, se relève bien quelque peu sur omnes qui timétis\, mais c’est en empruntant le motif plein de révérence de nomini éjus.Après un dernier accent sur quanta fécit\, pour souligner la grandeur des merveilles divines et l’ardeur d’amour qui réveille leur souvenir\, elle devient toute thétique ; elle souligne Dominus au passage et s’achève\, sur animae méae\, en des neumes gracieux et paisibles. L’âme\, devenue toute contemplative admire la transformation qui s’est faite en elle et qui laisse bien loin le changement de l’eau en vin qui en était la figure. L’Alleluia redit une dernière fois le mot de la louange\, mais en une formule toute reposée qui ne fait que prolonger la quiétude de la contemplation.Chanter dans un bon mouvement plein de vie et avec une grande souplesse.Commencer le crescendo de univérsa\, dans la première phrase\, dès le torculus du début de l’incise\, le concentrer sur la virga pointée et le faire s’épanouir\, sans heurt et tout en élan\, sur la tristropha\, qui doit être légère. Donner un peu de longueur à la première note du podatus de sa dans universa et entretenir l’élan jusqu’à la fin de terra.Reprise a tempo discrète sur le second jubilate. Dans la vocalise\, bien distinguer les distrophas et tristrophas\, qui sont légères\, des pressus qui eux ont un peu plus de poids et de mordant ; mais que tout soit englobé dans le mouvement\, sans heurt ni passion. Il s’épanouira sur les notes du sommet qui seront légères et arrondies. Bien accentuer Déo et y relier univérsa terra\, dont le crescendo ira jusqu’à la fin\, avivé par le si naturel.Une bonne pause\, avant Psalmum ; plus de modération\, la tristropha de dicite légère et douce. Crescendo bien conduit sur Domino\, repris sur éjus et beaucoup plus poussé\, jusqu’à la note répercutée.Une nouvelle pause\, puis attaquer Venite\, très en élan\, très léger et conduire toute la phrase de même. Que le sentiment de paix demeure à partir de narrabo.Rattacher quanta à Déum. Beaucoup d’onction dans toute la dernière phrase. Bien accentuer meae à la fin. L’Alleluia dans le mouvement\, sans reprise a tempo. \nCOMMUNION\nLE TEXTE \nIl dit\, le Seigneur : Remplissez les vases d’eau et portez au maître d’hôtel.Quand il eut goûté\, le maître d’hôtel\,L’eau devenue du vin\, il dit à l ‘époux :Tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant.Ce miracle que fit Jésus fut le premier devant ses disciples. Jean II\, 7. \nC’est le résumé de l’épisode des noces de Cana. En ces quelques lignes\, faites des mots essentiels de l’Evangile\, tient tout le drame.Ce rappel du miracle dans l’antienne de la Communion le met en plein relief comme figure de l’Eucharistie. Au moment où elle goûte la suavité du pain et du vin devenus le corps et le sang du Christ\, l’Eglise se chante à elle-même les paroles qui en furent l’annonce prochaine et\, dans la joie de sa vie renouvelée\, les fait monter vers le Christ Jésus comme l’hommage de son amour reconnaissant…Servasti vinum bonum usque adhuc. \nLA MÉLODIE \nElle se plie avec une admirable souplesse au caractère et à l’action des personnages. Il y en a trois : le récitant\, Notre Seigneur et le maître d’hôtel.C’est le récitant qui commence. Il annonce les paroles divines. Deux mots très simples et sur un ton empreint de gravité\, comme il convient. Notez de quelle dévotion il enveloppe Dominus.Le chant de Notre seigneur est très discret\, comme fut son geste. Il n’y a pour ainsi dire pas de mélodie ; juste assez pour revêtir les mots de sa bonté douce et si simple\, avec une légère insistance sur aqua\, la matière du miracle\, et une délicate nuance de joie sur ferté architriclino.Le récitant décrit alors le maître d’hôtel goûtant le vin nouveau. La description est très réaliste. Le motif de gystasset\, avec le si bécarre et le si bémol à une note d’intervalle\, a quelque chose d’incertain qui rend parfaitement l’étonnement du brave homme. Cet étonnement devient plus marqué sur aquam vinum factam\, à la faveur peut-être de la sonorité de la voyelle a quatre fois répétée\, puis fait place soudain\, sur dicit sponso\, à la joie qui va éclater.Elle éclate en effet sur les lèvres du chef\, sonore et quelque peu exubérante ; mais il est si heureux d’être enfin tiré d’angoisse ! Il souligne même d’un accent de délectation le mot bonum et va jusqu’à mettre une pointe de finesse sur usque adhuc ; par quoi il apprécie à sa juste valeur le bon tour que l’époux joue à ses hôtes en gardant\, contrairement à la coutume\, le bon vin pour la fin.Si réaliste qu’elle soit\, cette interprétation est exacte. Tout cela se trouve dans la mélodie et rien ne s’oppose\, ni dans le texte ni dans le contexte du récit évangélique au caractère qu’elle donne aux personnages. Mais l’expression n’est pas toute là. Cette antienne en effet n’a pas pour seul objet\, ni même pour objet principal\, de nous chanter le miracle de Cana. A travers le drame historique qu’elle fait revivre\, un autre drame se joue : le drame liturgique de l’Eucharistie figurée\, annoncée\, réalisée : et c’est pour chanter ce drame-là qu’elle a été faite. Les personnages en sont réels et vivants : c’est l’Eglise qui\, par la voix du récitant\, nous présente la scène et nous annonce les acteurs ; c’est le Christ qui change le pain et le vin en son corps et son sang et\, dans la communion\, nous en lui ; ce sont toutes les âmes enfin\, nous tous\, qui à travers ce chant du maître d’hôtel disons au Christ\, l’Epoux de nos âmes\, notre joie reconnaissante pour la nourriture et le breuvage aux suavités inexprimables qu’il nous dispense à la table de ses noces. Si donc nous nous contentons de chanter le drame historique sous le drame liturgique nous ne comprenons pas la pièce et nous lui enlevons\, faute de l’avoir découverte\, son expression vraie.Il nous faut donc entrer\, en la chantant\, dans les personnages du drame actuel et les vivre. Il passera alors dans la mélodie quelque chose de plus profond\, de plus spirituel qui atténuera ce qu’il peut y avoir de trop humain ici ou là ; et elle aura toute son expression.Chanter dans une rigoureuse technique en veillant à ne pas forcer les caractères.Donner une rondeur quelque peu élargie aux accents de impléte hydrias\, dont la tristropha sera légère. Par contre\, la double note de aqua sera bien appuyée\, comme si elle était surmontée de deux épisèmes horizontaux\, c’est une bivirga épisématique. Un crescendo discret en montant sur architriclino.Une bonne pause\, puis départ a tempo sur cum gustasset. Toute la phrase légère jusqu’à aquam qui sera quelque peu élargi. La distropha de dicit bien accentuée et se balançant avec le salicus qui suit.Beaucoup d’entrain joyeux dans le chant du maître d’hôtel ; prendre garde toutefois à la précipitation\, bien arrondir les torculus et donner toute leur valeur aux notes isolées ; mais conduire le mouvement jusqu’à usque. La dernière phrase très souple ; poser avec un peu d’ampleur la première note des podatus de Jesus et de primum. Balancer le rythme de discipulis suis sans trop l’élargir.  \nPartitions \n\nCantiques pour l’Epiphanie \nPolyphonies pour l’Epiphanie\nL’hymne Crudelis Herodes (polyphonie)\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Troisième au sixième dimanche après l'Épiphanie
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nINTROÏT\nLE TEXTE\nAdorez Dieu\, tous ses Anges. Elle a entendu et elle s’est réjouie\, Sion ; Et elles ont bondi de joie\, les filles de Judée. \nPs. — Le Seigneur règne\, qu’elle exulte\, la terre\, Et qu’elles soient dans la joie\, toutes les îles. Ps. XCVI\, 7-8\, 1. \nLe Psaume XCVI dans la Vulgate porte en tête : De David\, quand son pays lui fut rendu. C’est un chant d’action de grâces\, dans lequel le Prophète royal se sert des images les plus éclatantes pour décrire la façon merveilleuse dont Dieu est venu à son aide. La nuée l’enveloppe… Le feu marche devant lui… Ses foudres illuminent le monde… Les monts coulent comme la cire à son aspect… Soudain au milieu de cette scène terrifiante ; une voix donne un ordre : Vous tous ses anges\, adorez-le. C’est alors la joie du peuple : Elle a entendu\, Sion\, et se réjouit… Il faut évidemment aller plus loin que l’événement historique qu’il célèbre si l’on veut avoir tout le sens de ce Psaume. Par delà la terre d’Israël rendu au peuple de Dieu\, c’est la terre entière — entendue au sens de tout le monde créé — rendue totalement et définitivement à Dieu au dernier jour. Dans le cadre grandiose des éléments bouleversés qui préparent sa venue\, le Christ donne aux Anges l’ordre de se courber devant Dieu\, montrant par là qu’il est le maître des esprits les plus hauts\, que tout lui est soumis\, qu’il a tout en main pour remettre tout au Père ; ce dont les élus se réjouissent. Telle est l’interprétation stricte du texte de la Vulgate. — Il y en a une autre qui est plus dans l’idée générale du Psaume. Le mot que la Vulgate après les Septante a traduit par Angeli est dans le texte hébreu Elohim. Il signale tous les êtres surnaturels\, anges ou démons ; selon le contexte\, il s’entend bien ici des idoles\, ou mieux encore des démons dont elles étaient en fait les représentations. Ce sont eux qui se prosternent et\, c’est de voir leur foi justifiée dans cette adoration du Christ par toutes les puissances qui lui furent opposées\, que les élus se réjouissent. Dans le cadre des derniers dimanches après l’Epiphanie — car cet Introit est celui de tous ceux qui peuvent suivre — le sens de ces deux versets n’a pas à subir la moindre adaptation. Ils entrent d’eux-mêmes dans l’idée qui continue d’occuper l’Eglise depuis la fête : la manifestation de la Royauté du Christ. Le premier Dimanche\, les Anges l’adorent dans l’éternité : « Sur un trône élevé\, j’ai vu siéger un homme que la multitude des anges adorent ». Le second\, c’est la terre qui est appelée à lui rendre hommage : « que toute la terre t’adore ». Ici\, ce sont toutes les puissances supra-terrestres\, au jour de l’Epiphanie suprême. On notera l’à-propos et la grandeur que revêt\, dans ce développement progressif\, l’interprétation du mot Angeli dans le sens de l’hébreu : le Christ courbant les puissances rebelles à ses pieds\, achevant ainsi par ce geste qui les écrase à jamais la lutte qu’elles n’ont cessé de mener contre lui depuis le commencement. « Alors viendra la fin\, lorsqu’il aura remis le royaume à son Père\, après avoir anéanti toute principauté\, toute domination\, toute puissance ». (I Cor. XV\, 24.)Quelle que soit l’interprétation que l’on choisisse\, il faut faire grande attention à la forme très dramatique que prennent ces deux versets isolés de leur contexte. Les chanteurs auront donc à être d’abord le Christ glorieux qui commande\, puis le prophète qui rapporte la scène ou\, mieux encore\, l’Eglise qui évoque sur les paroles du Psaume ce que sera le triomphe de son Chef\, et qui en jouit déjà\, car depuis la résurrection du Christ cette parole ne cesse d’être entendue des anges\, bons et mauvais\, dans la joie… ou dans la rage. \nLA MÉLODIE\nElle est incontestablement revêtue d’autorité dans la première phrase ; la douceur n’en est pas exclue mais c’et bien une volonté qui s’impose. Cette volonté\, très nette dès l’intonation sur l’impératif de adorate — la double note est en effet une bivirga épisématique\, la voix s’y appuie donc et va se renforçant vers l’accent tonique\, lui-même quelque peu élargi — s’accentue et se renforce sur l’accent de Déum et sur le salicus de omnes\, et atteint toute sa puissance sur la bivirga de Angeli\, elle aussi épisématique. On notera enfin que la cadence a quelque chose de brusque\, les trois notes de éjus n’ayant aucun signe d’allongement. Ce n’est pas à dire que le ton doive être rude. Si on fait le Christ s’adressant aux Anges il faut même que toute la phrase soit pénétrée de sa douceur\, mais qu’elle soit ferme aussi\, puisque c’est précisément son autorité de Roi universel qu’il manifeste. Si on le fait parler aux démons\, elle aura\, il va de soi\, plus de mordant en même temps qu’un accent de triomphe. Dans les deux autres phrases\, c’est la joie. Elle est très marquée dans les rythmes binaires de laetata est\, dans la broderie légère et si gracieuse de et exultavérunt et jusque dans la quinte descendante de filiae\, si expressive d’un bonheur profond. Joie de l’Eglise qui voit le Christ et tous ses membres\, un dans l’adoration éternelle du Père\, accomplissant enfin le geste en vue duquel tout a été fait. Un autre sentiment se fait jour dans la dernière incise ; la tendresse qui s’éveille dans l’âme à l’idée des « filles de Juda ». Le mot est à prendre dans un sens poétique. Il s’agit des villes de Judée\, filles de Jérusalem\, mais pour nous\, c’est toute la Jérusalem céleste\, toute la terre de Dieu et son peuple d’élus\, qui est évoquée là et enveloppée de respect et d’admiration. La montée sur la dernière syllabe de Judae et surtout la répercussion sur la clivis avec le rebondissement léger sur le pressus\, avant la retombée finale\, en rendent fort bien les nuances délicates. Selon l’interprétation que l’on donnera au texte\, la première phrase sera plus douce ou plus forte\, pour ne pas dire plus dure. La technique sera la même\, il va de soi\, mais les nuances\, la force des accents\, la puissance du crescendo sur omnes angeli et la cadence finale différeront nécessairement. Mettre un bon intervalle entre la première et la seconde phrase. Audivit sera pris a tempo. Bien poser les premières notes des podatus de laetata. Pas de ralenti à Sion : y relier d’assez près exsultavérunt dont la descente sera retenue avec grâce\, ainsi que toute la cadence finale. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nElles craindront\, les nations\, ton nom\, Seigneur\,Et tous les rois de la terre\, ta gloire.Verset. — Parce qu’il a édifié\, le Seigneur\, Sion. Et il sera vu en majesté. Ps. CI\, 16-17. \nLe Psaume CI est la plainte du peuple juif en captivité. Il s’achève en un acte de confiance en Dieu qui reconstruira Jérusalem et lui rendra sa gloire : Tu te lèveras\, Seigneur\, et tu auras pitié de Sion ; Alors elles craindront\, les nations\, ton nom\, Seigneur. Mais\, par delà la cité matérielle relevée de ses ruines\, l’autre aussi est évoquée\, la Jérusalem Céleste où le Verbe fait chair\, Nom substantiel de Dieu\, dominera tous les rois et sera vu dans la majesté de son infinie splendeur. Les miracles et les enseignements pleins de sagesse de Notre Seigneur\, que la liturgie fait revivre en ces Dimanches après l’Epiphanie\, furent les premiers actes par lesquels il faisait reconnaître la puissance de son nom divin\, comme aussi les premiers fondements de la Jérusalem nouvelle. La prophétie du Psaume commençait donc à s’accomplir. L’Eglise la redit ici dans la joie de la voir réalisée en ces événements merveilleux ; de la voir s’accomplir de plus en plus au cours du temps ; puis\, se tournant vers l’avenir et lui gardant son sens prophétique\, elle la chante comme la vision future de l’éternité évoquée dans l’Introït\, quand le Christ\, après avoir achevé la Jérusalem nouvelle\, y règnera dans la splendeur d’une gloire incontestée et reconnue de tous les peuples soumis dans l’amour. \nLA MÉLODIE\n(V) Timebunt gentes nomen tuum Domine\,Et omnes règes terrae gloria tuam.La première phrase est la même que celle du Graduel Misit Dominus du Dimanche précédent. Elle s’accorde bien avec le caractère de crainte révérentielle qui est partout dans le texte en raison de la vision d’éternité qu’il évoque\, mais elle est surtout pénétrée de certitude. La belle et noble formule de verbum suum\, dans le Graduel Misit\, se retrouve ici sur nomen tuum tout à fait adaptée\, car le Verbe\, qui est e Mot par lequel le Père se dit à lui-même ce qu’il est\, est aussi son Nom. Elle l’enveloppe du même amour et de la même confiance\, avec une nuance de grandeur\, de puissance\, d’autorité\, peut-être plus marquée encore en raison du contexte. C’est la même expression d’espérance forte dans la première incise de la seconde phrase\, mais\, à travers l’insistance très marquée de règes terrae\, tout le mouvement va vers gloria tuam et en fait une magnifique louange qui s’élève lentement sur un motif qui évoque le grand Jubilate du Dimanche précédent. Elle s’achève en une très belle cadence finale\, toute de paix : la paix de l’Eglise en contemplation devant la glorieuse éternité. \nLe Verset. — Quoniam aedificavit Dominus Sion et videbitur in majestate sua. Il n’y a ici que de la joie. L’Eglise voit l’œuvre du Seigneur\, la cité bâtie peu à peu\, resplendissant\, dans la vision lointaine de l’éternité\, de la clarté de Dieu et de la majesté du Christ. Après avoir revêtu le nom divin d’une formule de tendresse à lui seul réservée\, elle laisse aller sur Sion sa joie débordante d’enthousiasme\, de fierté\, de reconnaissance\, d’amour\, de désir. L’élan est splendide\, c’est comme un cri modéré\, retenu\, prolongé\, qui s’achève sur la cadence en la en une nuance délicate d’espoir — car ce n’est qu’une vision d’avenir… L’enthousiasme passe dans la phrase suivante où il se détend peu à peu sur vidébitur\, le mot de la vision béatifique. La formule finale est très commune mais parfaitement adaptée à la contemplation de la majesté divine qu’elle chante. La double note de timébunt bien appuyée de même celle de nomen\, ce sont des bivirgas épisématiques. Avec le pressus de tuum\, elles contribuent à donner un caractère de puissance et d’autorité à toute cette première phrase. Beaucoup de vie dans la seconde ; relier gloria à térrae. Un fort crescendo sur l’arsis de tuam ; toute la thésis très retenue. Le Verset\, très alerte et joyeux. Bien rythmer quoniam aedificavit. Se complaire sur Dominus\, bien appuyer la double note de la fin qui est une bivirga et porter l’élan jusqu’à la première du climacus au sommet\, répercuter sur la première du second climacus\, ne pas ralentir\, ou très peu\, et bien lancer Sion\, large et ardent. A la fin sur le fa ce sont trois virgas. Peu de ralenti à la cadence. Et videbitur\, léger. La formule finale\, paisible. \nALLELUIA\nLE TEXTE\nLe Seigneur règne\, qu’elle se réjouisse\, la terre ! Qu’elles soient dans la joie\, toutes les îles ! Ps. XCI\, 1. C’est le Psaume de l’Introït. Le sens est le même : l’Eglise dit sa joie de voir le Christ régner. \nLA MÉLODIE\nMélodie type déjà entendue le Ier Dimanche de l’Avent\, et à la Messe de Minuit ; on l’entendra à nouveau le Samedi de Pâques et pour l’Ascension. Les textes qu’elle revêt sont différents\, mais ils se rapportent tous à Notre Seigneur Jésus-Christ. Elle est en quelque sorte le leit-motiv qui chante les diverses étapes du voyage divin : l’attente du Sauveur\, sa naissance\, son règne qui commence avec sa vie publique\, sa Résurrection\, son Ascension. L’expression varie avec les mots\, mais la joie est toujours là. Même le Premier Dimanche de l’Avent\, alors que le texte est une supplication\, à l’évocation du Sauveur\, la prière\, nous l’avons vu\, fait place sur salutare tuum à une contemplation heureuse. Ici il n’y a pas autre chose ; de la première à la dernière note\, l’allégresse est partout ; Elle revêt au début une certaine ardeur sur regnavit\, puis se fait légère et paisible tout le long des neumes qui se déroulent : avec\, ici et là\, des accents qui révèlent de quel amour profond elle jaillit. Bien que ce soit une invitation à la joie\, il ne faut pas presser le mouvement ; qu’il soit retenu\, mais sans lenteur et bien vivant. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nLa droite du Seigneur a fait éclater sa puissance. La droite du Seigneur m’a exalté. Je ne mourrai pas\, mais je vivrai\,Et je raconterai les œuvres du Seigneur. Ps. CXVII\, 16-17. Le Psaume CXVII fut sans doute composé pour la dédicace du second Temple après le retour de la captivité. C’est un chant d’action de grâces\, qui s’achève en un cri de confiance et une promesse d’éternelle louange. Dans ces deux versets\, il s’agit du peuple juif et c’est lui qui parle. La main du Seigneur lui a rendu sa gloire. Il ne périra pas et proclamera les œuvres merveilleuses de son libérateur. Tel est le sens historique. Il y en a un autre. Le retour de la captivité et la dédicace du nouveau temple étaient la figure d’une autre délivrance et d’une autre dédicace : la délivrance de l’humanité retenue sous l’emprise de Satan et son retour à Dieu\, toute groupée dans le Christ pour être offerte par lui au Père\, comme le temple vivant dont tous les autres ne sont que la figure. C’est le sens de cet Offertoire. Le Christ — et avec lui tout le Corps mystique — chante les merveilles que Dieu a faites pour lui ; le miracle qui vient d’être relaté dans l’Evangile et\, par delà cet incident\, entre tant d’autres semblables\, l’Incarnation\, la Rédemption\, l’Eglise… Déxtera Domini fecit virtutem. Puis\, tourné vers l’avenir\, vers la glorieuse éternité\, il chante l’exaltation de cette absolue royauté qui se déploiera pour lui et ses membres en cette Epiphanie suprême\, qui sera l’éternelle vie dans l’éternelle louange… Dextera Domini exaltavit me… vivam et narrabo opéra Domini. Un sens plus actuel et plus personnel encore\, si l’on peut dire\, s’ajoute\, du fait que ce texte est chanté au moment où se fait l’offrande de la matière du sacrifice. C’est en effet par l’Eucharistie que Dieu continue à déployer sa puissance en nous et qu’il nous exalte et qu’il nous donne la vie qui ne meurt pas et qui est\, dès maintenant\, éternelle louange. \nLA MÉLODIE\nL’Eglise commence par se complaire sur Dextera Domini en une sorte d’admiration reconnaissante et de vénération qui se courbe aussi bas que possible sur le nom divin. La louange y est déjà\, mais comme retenue par la contemplation. Ce n’est qu’à partir de fecit virtutem qu’elle s’exalte. Alors\, comme si elle prenait peu à peu conscience de tout ce que Dieu a fait dans le Christ et en elle\, l’âme se laisse gagner par l’enthousiasme. Il monte\, grandit\, éclate sur le pressus du sommet ; passe dans la phrase suivante et y prend sur dextera Domini\, nettement établi sur le do cette fois\, une ardeur de plus en plus intense qui pénètre tous les mots d’un courant de joie éclatante et les lance comme une proclamation glorieuse. Notez la fermeté de la ligne sur do\, et les neumes qui insistent sur chaque syllabe\, la distropha de déxtera — qui devrait être une bivirga allongée et répercutée —\, la clivis épisématique de te\, la répercussion sur celle de ra après la distropha\, le pressus de Domini et le beau motif de exaltavit me avec son magnifique élan\, ses deux répercussions\, son pressus et la cadence pleine en VIIIe mode. Quelle affirmation fière et noble ! Cette ardeur se pénètre au début de la troisième phrase d’une inébranlable certitude\, affirmée par l’arsis de non moriar et la tristropha de sed. Celle-ci toutefois a moins d’éclat ;il commence à insinuer une certaine douceur qui va se répandre sur les rythmes ternaires de vivam et pénétrer peu à peu la dernière incise qui chante\, elle\, la louange paisible de l’éternité. Elle s’achève sur l’admirable formule de Domini qui\, entre le quilisma et les deux pressus\, berce pour finir l’ardeur de notre désir. Le mouvement sera plutôt large. Le crescendo partira de la première note de fécit et sera conduit avec soin jusqu’au podatus allongé. Pas de ralenti ou si peu à virtutem. Le second déxtera très affirmé — la double note est une bivirga épisématique — sera rattaché de près à la première phrase dans le même mouvement de grande arsis qui va jusqu’au sommet de exaltavit me\, lequel sera arrondi et ralenti. Beaucoup d’énergie dans non moriar. La première note de sed bien posée et liée à la tristropha. Bien rythmer narrabo. Faire les pressus de Domini bien expressifs. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nIls étaient dans l’admiration\, tous\,Des choses qui sortaient de la bouche de Dieu. C’est le résumé du verset 22 du chapitre IVe de Saint Luc. Il nous livre l’impression des habitants de Nazareth\, lorsqu’ils entendirent Notre Seigneur parler\, pour la première fois\, dans leur synagogue. Ces mots sont bien à leur place car ce fut sans doute la même admiration après chacun de ses miracles. Mais il ne faut pas se contenter de les entendre dans ce sens historique. L’Eglise les chante en effet comme l’expression de notre admiration pour ce que nous entendons du Christ\, dans l’Evangile\, dans l’enseignement de l’Eglise\, dans l’Eucharistie ; et non seulement du Christ\, mais des Trois Divines Personnes qui habitent en notre âme et qui parlent à qui sait les entendre. Notez que le texte porte ici ex ore Déi et non ex ore ipsius comme dans l’Evangile. \nLA MÉLODIE\nElle commence par évoquer d’une façon très heureuse sur mirabantur l’admiration qu’elle décrit. Elle signale ensuite les paroles divines par une gracieuse arsis sur de his et s’achève par un motif de tendre vénération sur de ore Déi. Beaucoup de délicatesse dans mirabantur. Bien lier de his à quae. Arrondir la note qui précède le pressus de ore. \nPartitions \n\nCantiques pour l’Epiphanie \nPolyphonies pour l’Epiphanie\nL’hymne Crudelis Herodes (polyphonie)\n\nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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DESCRIPTION:À noter : il n’y a pas de Gloria à partir de ce dimanche aux messes du temps. L’alléluia est remplacé par le Trait. Durant la Septuagésime\, l’usage de l’orgue est autorisé. \nCommentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nLEÇONS DES MATINES : Histoire de la Création et de la Chute (Genèse I-IV) \nEPÎTRE : Comparaison du chrétien avec les coureurs du stade (I Cor. IX\, 24 — X\, 5) \nÉVANGILE : Les ouvriers de la Vigne (Math. XX\, I – 16) \nSTATION : Saint-Laurent hors les murs. \nIDÉE CENTRALE : Nous sommes tous touchés par le péché\, par celui d’Adam et par les nôtres propres. Dieu nous sauve dans sa miséricorde\, mais nous ne participons au salut qu’apporte le Rédempteur par sa Passion et sa Résurrection que si nous prions et que si nous travaillons par la mortification à maintenir notre âme en parfait état\, à l’instar de ce que font les coureurs pour leur corps. C’est à cette œuvre que chacun est appelé par Dieu. Il travaille ainsi à la Vigne du Père de famille\, c’est-à-dire à l’édification du Corps mystique du Christ\, pour la Gloire du Père et pour sa propre béatitude. \nINTROÏT\nLE TEXTE\nIls m’ont entouré\, les gémissements de mort. Des douleurs d’enfer m’ont entouré. Et dans ma tribulation\, j’ai invoqué le Seigneur\,Et il a écouté\, de son saint Temple\, ma voix. \nPs. — Je t’aimerai\, Seigneur\, ma force ! Le Seigneur est mon abri et mon refuge et mon libérateur. Ps. XVII\, 5-7\, 2-3. \nLe Psaume XVII est un cantique d’action de grâces dans lequel David chante sa reconnaissance au Seigneur pour l’avoir délivré de ses ennemis. Il y décrit tour à tour ses épreuves\, sa prière et la façon merveilleuse dont Dieu l’a sauvé. Mais c’est plus que sa propre histoire qu’il chante ; c’est l’histoire du monde\, ou mieux l’histoire du Christ\, du Christ total\, du Corps mystique\, telle qu’elle s’est déroulée pour le Corps entier au cours des siècles\, pour le Christ\, tout au long de sa vie ; telle qu’elle se déroule pour chacun de ses membres\, selon le même rythme toujours : épreuve\, prière\, secours divin\, reconnaissance. Les versets choisis pour cet Introït en sont le prélude. On y trouve les quatre idées du Psaume : les épreuves ; circumdedérunt\, la prière\, et invocávi\, l’aide divine\, et exaudívit me et\, dans le Verset\, l’action de grâce\, Diligam te… Au début de cette période\, où elle va avoir à porter les rudes épreuves de la pénitence\, l’Eglise le chante pour y entendre la voix pleine d’expérience de ceux qui les ont déjà traversées : Adam\, David\, le Christ\, les élus\, tous ceux du Purgatoire\, tous ceux de la terre aussi qui ont su en profiter et qui vont en profiter à nouveau. Ce sont bien eux qui chantent. Ils disent à ceux qui ont encore à subir les dures purifications nécessaires — aux catéchumènes entre autres — qu’ils n’ont qu’à prier avec confiance ; le Seigneur les entendra et\, avec la grâce du Baptême renouvelée à Pâques\, leur apportera la délivrance. \nLA MÉLODIE \nA cause de l’idée de mort évoquée dans la première ligne du texte\, on est assez porté à lui donner un caractère de sombre gravité. L’a-t-elle vraiment ? Ne se développe-t-elle pas plutôt dans une atmosphère de confiance et de paix profonde\, en un grand mouvement qui va tout droit vers l’idée principale : et invocávi Dóminum et exaudívit me ? Ce n’est qu’un simple récit\, il ne faut pas l’oublier\, et il est fait par ceux qui ont passé l’épreuve ou qui n’en ont plus peur parce qu’ils ont trouvé le moyen de la traverser sains et saufs et d’en tirer profit. Ils sont établis dans la paix. La mort et la souffrance\, ils les apprécient désormais comme une bénédiction : pourquoi dès lors en parleraient-ils à ceux qu’ils veulent encourager sur un ton déprimant ? D’autant plus que l’épreuve n’est pas l’idée principale\, mais seulement la circonstance qui a motivé l’appel à Dieu. La première phrase a bien quelque chose de lourd ; Circumdedérunt tombe comme un poids sur me et la remontée de gémitus mórtis est sans élan ; le si naturel donne même à dolóres mórtis un caractère de souffrance aigüe. L’âme évoque sa détresse et sa misère d’autrefois ; elle ne saurait le faire sans que sa sensibilité en soit affectée. Mais ce n’est là qu’un appel du passé\, un incident qui laisse intacte l’idée générale ; aussi bien la cadence finale est-elle toute paisible. En fait\, ce qui est chanté là\, c’est l’emprise de l’épreuve sur l’âme — notez que les deux mots en relief sont les deux circumdedérunt\, le second\, par son enroulement compliqué\, est même très évocateur — mais la mélodie\, encore qu’elle soit traitée avec emphase est marquée en un point d’une touche de souffrance aigüe\, n’est pas une plainte ; c’est un simple récit. Ce caractère de narration paisible est encore plus marqué au début de la seconde phrase où l’on retrouve sur in tribulatióne méa le motif de l’intonation quelque peu développé mais revêtu de neumes légers. Peu à peu\, l’intérêt grandit sur invocávi Dóminum. Nous sommes arrivés à ce qui a obtenu le salut\, à la prière\, que l’on recommande indirectement comme le moyen efficace entre tous. Les rythmes s’élargissent ; un salicus vient souligner le mot invocávi qui se prolonge en de grands intervalles où se sent encore l’ardeur de la supplication de jadis\, puis se joint à Dóminum en une cadence pleine d’une tendre révérence pour le Seigneur et tout imprégnée de la paix retrouvée grâce à lui. Cette cadence n’est que transitoire. Elle conduit à et exaudívit\, à l’idée centrale : l’accueil miséricordieux que le Seigneur a réservé à l’appel lancé vers lui. Un souffle de joie reconnaissante\, et plein de réconfort pour ceux qui écoutent\, passe dans toute cette dernière phrase. Il prend sur la double note de exáudi\, attaquée en plein élan sur la dominante\, ce bel accent de certitude entrainante qu’apporte le témoignage de l’expérience puis se détend peu à peu sur sáncto súo et sur la cadence finale où l’âme\, en une sorte d’évocation de la bonté divine\, laisse sa gratitude heureuse se complaire. Alors\, sur la formule claire et pleine de vie du Psaume\, monte la confiance aimante de toute l’Eglise ; de celle qui réconforte et de celle qui est réconfortée…Je t’aimerai\, Seigneur\, ma force. Chanter simplement ; ce qui n’empêchera pas de souligner les mots qui le sont dans le texte et de donner à chaque phrase son expression ; mais se garder de rechercher l’effet. La dernière syllabe du premier circumdedérunt sera bien retenue. Donner du poids et de la sonorité à me. La première note du podatus de gémitus allongée ; la note double bien appuyée\, c’est une bivirga. Veiller à ne pas précipiter le second circumdedérunt et ralentir toute la cadence de me.Retenir invocávi Dóminum. Y relier de très près et exaudívit ; la double note est une bivirga épisématique ; qu’elle soit très appuyée\, sonore\, vibrante même. Faire très expressive la montée vers le pressus de vócem. Le Psaume\, très alerte et bien accentué. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nIl y a une aide dans la tribulation. Qu’ils aient confiance en toi\, ceux qui te connaissent ! Car tu n’abandonnes pas ceux qui te cherchent\, Seigneur. \nVerset. — Car ce n’est pas toujours que l’oubli sera sur les malheureux. L’attente des malheureux ne sera pas trompée à jamais. Debout\, Seigneur\, qu’il ne triomphe pas\, l’homme ! Ps. IX\, 9-10\, 18-19. \nLe Psaume IX est un chant d’action de grâces dans lequel David dit à Dieu sa reconnaissance pour l’aide qu’il en a reçue dans ses épreuves. Il est d’abord pure louange puis\, à partir du verset 9\, le psalmiste s’efforce d’inspirer à ceux qui sont dans l’épreuve\, comme il le fut\, une inébranlable confiance en Dieu. C’est tout le sens du Graduel. Après l’Epître\, où Saint Paul a décrit la rude épreuve qu’est la vie chrétienne et dit combien elle impose de sacrifices\, l’Eglise le chante comme un réconfort pour ceux qui se seraient laissés quelque peu effrayer par les paroles de l’Apôtre : « C’est vrai que c’est dur…mais le Seigneur aide… » \nLA MÉLODIE \nElle a bien le ton d’une parole ardente qui s’efforce de remonter des âmes déprimées. Elle affirme avec force et elle est pénétrée d’une vie intense\, avec en plus l’accent direct\, persuasif\, enthousiaste même en un certain sens\, de quelqu’un qui a passé par l’expérience à la fois de l’épreuve et de la consolation\, et qui veut faire profiter ceux qui souffrent de ce qu’il a appris dans la souffrance. Cet accent est très net dès le premier mot. L’élan porte la mélodie d’un bond à la dominante et le mouvement est intense. Opportunitátibus et tribulatióne sont fortement soulignés\, comme il convient\, mais sans la moindre nuance de tristesse ; au contraire\, une certaine joie les pénètre\, la joie profonde qui se trouve dans toute espérance forte et qui veut se communiquer comme un secours.Une autre interprétation de la première phrase est possible. Parce qu’elle n’a pas de verbe\, on pourrait aussi l’entendre comme s’adressant à Dieu : Tu es un Aide…Il va de soi que dans ce cas la mélodie serait une prière et devrait être chantée comme telle : une prière forte\, pressante… Peut-être alors le spérent in te qui suit perdrait-il de son caractère.Après cette affirmation ardente\, brusquement la mélodie change. Elle devient suppliante. L’Eglise se tourne vers Dieu et\, dans une exclamation qui est à la fois un souhait et une prière\, elle émet le vœu que ceux qui sont dans l’épreuve mettent en lui leur confiance. C’est un très beau mouvement. La double note de spérent fermement attaquée sur la dominante et un peu prolongée fait la supplication spontanée et ardente. Elle se prolonge\, délicate et douce sur la tristropha\, descend sur te\, qu’elle enveloppe de vénération\, et rebondit sur novérunt pour retrouver à nouveau le même pronom te et\, à ravers lui\, monte vers Dieu en un nouvel accent de ferveur.Dans la troisième phrase\, dès le début\, elle devient pénétrée de confiance ; plus que cela\, de certitude. C’est d’abord une affirmation très forte : notez l’insistance de non\, avec le pressus et les distrophas sans cesse ramenés à la dominante. Peu à peu\, une sorte de joie paisible s’y mêle. On la perçoit déjà dans la cadence sur mi ; elle monte avec l’arsis\, s’épanouit sur la distropha de te et enveloppe Dómine d’une longue vocalise toute baignée d’une tendresse intime qui supplie encore mais qui contemple surtout.Le Verset. – L’Eglise s’adresse-t-elle à Dieu\, à elle-même ou aux déprimés ? Il est difficile de le préciser ; sans doute aux trois à la fois. Elle crie sa confiance à Dieu pour se rassurer elle-même et réconforter les malheureux qui l’entendent. C’est la même affirmation que dans le quóniam non de la première partie. L’intonation est identique mais le développement qui suit revêt ici une ardeur persuasive plus accentuée encore : le salicus\, les petits motifs revenant sans cesse à la dominante si\, le grand élan qui monte au fa avec sa note de joie\, l’insistance à nouveau sur la tonique… Quelle admirable certitude ! Fínem est mis en relief par une sorte de rejet qui lui donne une force considérable. Un accent de supplication sur la cadence de páuperis\, et l’ardeur de la foi confiante reprend plus vive dans la montée de patiéntia. Elle s’épanouit à nouveau dans la joie du bonheur futur sur páuperum et y demeure fixée jusqu’à la fin de la phrase. Elle s’achève sur ætérnum en une très belle cadence du VIIIe mode\, ferme\, paisible\, heureuse.Pour finir\, un appel direct à Dieu : « Lève-toi\, Seigneur ; que la nature effrayée\, ne l’emporte pas sur al confiance en ta bonté ». Il n’est pas angoisé\, il jaillit d’une telle confiance ! Mais\, les intervalles de quarte\, trois fois répétés\, et les trois doubles notes sur lesquelles s’appuie le mouvement lui donnent quelque chose de très fort. Ils e fait insistant sur non prævaléat et plus encore sur hómo qui se revêt à la fin d’un admirable accent de prière confiante\, aimante\, intime ; comme l’était le Dómine de la première partie.Ces sentiments si différents qui se succèdent\, souvent sans transition\, d’une phrase à l’autre\, rendent l’exécution difficile. Le mouvement ne saurait être le même d’un bout à l’autre\, il va de soi. Assez vif pour la première phrase\, il se tempérera dans la secondre\, pour reprendre dans la troisième\, au moins au début\, quelque chose de son allure première. Mais que tout cela se fasse sans contrastes forcés.L’élan de opportunitátibus ira jusqu’à l’accent. Attaquer te avec ferveur. Articuler les deux t dans novérunt te. La montée de Dómine retenue.Ardeur contenue au début du Verset. Ne pas précipiter le grand élan de non ; la deuxième note de la clivis après le quart de barre sera allongée ; retenir la cadence en ré. Bien rythmer patiéntia. La double note de Dó dans Dómine est une bivirga épisématique. Retenir légèrement la thésis de hómo et ralentir la dernière formule. \nTRAIT\nLE TEXTE\n1.     Des profondeurs\, j’ai crié vers toi\, Seigneur : Seigneur\, écoute ma voix. \n2.     Qu’elles se fassent\, tes oreilles\, attentives à la prière de ton serviteur. \n3.     Nos iniquités\, si tu les considères\, Seigneur\, Seigneur\, qui subsistera ? \n4.     Mais en toi est la miséricorde\, et à cause de ta parole\, j’ai espéré en toi\, Seigneur. Ps. CXXIX\, 1-4. \nLe Psaume CXXIX fut sans doute composé aux jours les plus sombres de la captivité. Il fut\, sur les lèvres des Juifs\, une supplication très humble mais toute pénétrée de confiance dans la miséricorde de Dieu. C’est dans ce sens qu’il faut l’entendre ici.Il est bien à sa place après le Graduel. L’Eglise vient de chanter : « Qu’ils espèrent en toi\, qui ne saurais oublier les souffrance des malheureux » ; le peuple\, conscient de son péché\, mais\, confiant aussi en la miséricorde du Seigneur\, jette en lui son espoir. \nLA MÉLODIE \nBeaucoup des formules sont très bien adaptées aux mots. À noter entre autres : l’accent de supplication de Dómine et de exáudi dans le premier verset ; de túæ et de oratiónem dans le second ; l’interrogation nuancée de crainte sur quis sustinébit dans le troisième et\, dans le quatrième la paix de propitiátio et de sustínui te\, Dómine.En général\, l’allure des traits du VIIIe mode est alerte. Ce sont des psaumes ornés. Ralentir les cadences et repartir a tempo. La triple note sur do dans la dernière incise est une trivirga épisématique. Il faut l’attaquer avec fermeté et l’appuyer. Bien balancer la cadence finale. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nIl fait bon louer le Seigneur\,Et chanter ton nom\, ô Très-Haut. Ps. XCI\, 1.Ce verset\, dit très simplement\, la béatitude qu’il y a à louer Dieu. Mais\, chanté après l’Évangile\, où Notre-Seigneur nous est montré sous la figure du Père de famille appelant tous les hommes à sa vigne et les payant\, à la fin de leur vie\, quelle qu’en ait été la longueur\, du même salaire d’infinie béatitude\, il devient\, sur les lèvres de l’Eglise\, une louange de reconnaissance pour la miséricordieuse bonté du Seigneur. Il est en même temps l’expression de la joie qui nous est donnée de pouvoir le louer dans le sacrifice de louange qui commence sur l’autel et de trouver\, dans cette louange\, le gage comme l’avant-goût de la béatitude\, dans laquelle éternellement nous chanterons. \nLA MÉLODIE \nIl y a dans l’intonation une expression simple\, naturelle\, de joie profonde\, disons de béatitude. Cette expression demeure tout au long de la mélodie et lui donne son caractère\, qui n’est pas de louer à proprement parler ni d’inviter à la louange\, mais de dire le bonheur qu’il y a à louer Dieu en chantant.C’est ce bonheur qui passe dans Bónum est. La double note est une bivirga épisématique ; bien posé sur cette base de départ et rebondissant en des intervalles sonores et pleins\, ce motif dit la pleine satisfaction de l’âme qui se complaît dans sa joie.Aussitôt après\, sur confitéri\, c’est l’enthousiasme qui monte et va s’épanouir au sommet sur la triple note – une trivirga épisématique et donc répercutée. Magnifique ampleur de grande louange qui s’achève dignement sur la large cadence de Dómino.L’enthousiasme demeure dans la troisième phrase ; il s’intensifie même\, mais en même temps\, dès le début\, il se pénètre de douceur. Toutes les doubles et triples notes sont ici des distrophas et des tristrophas. On voit la nuance de vénération joyeuse et douce qu’elles donnent à toute l’incise ; il ne s’agit plus de la louange commune\, extérieure\, éclatante\, mais de la louange chantée\, de la louange des cantiques qui jaillissent du cœur de l’Epouse. Dans l’Offertoire Jubiláte du IIe Dimanche après l’Epiphanie\, la nuance était la même sur Psálmum dícite nómini éjus. On pourrait dire que cette onction caractérise toute la phrase car c’est bien en une douce contemplation qu’elle s’achève sur les pressus et la double note de Altíssime\, qui semble prolonger jusqu’à l’éternité la joie de chanter.Le mouvement aura une certaine ampleur mais sera plein de vie ; Peu de ralenti à la fin de la première phrase. Renforcer la tristropha vers le podatus sur psállere. La double note de Altíssime est une bivirga épisématique. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nFais luire ton visage sur ton serviteur\,Et sauve-moi\, dans ta miséricorde.Seigneur\, que je ne sois pas confondu\,Puisque je t’ai invoqué. Ps. XXX\, 17-18.Une prière pour demander que Dieu prenne sa joie à regarder son serviteur – il semble bien que ce soit le sens de illumina fáciem túam – une joie qui serait le signe de la miséricorde et du salut. David l’écrivit au cours d’une de ses grandes épreuves. Elle a été bien souvent sur les lèvres d’Adam et de ses fils aux heures de leur repentir ; elle est bien à sa place sur les lèvres des fidèles au débit de cette période de pénitence qui leur  apportera le salut ; elle vient comme leur réponse au conseil que l’Eglise leur a donné à l’Introït et au Graduel. Toutefois\, chantée au moment de la communion\, c’est peut-être moins le pardon des péchés qu’elle demande que la lumière et la joie profonde de la présence divine qui aide à porter l’épreuve comme il faut. \nLA MÉLODIE \nC’est une prière très discrète\, très humble\, mais ardente tout de même. Peut-être\, intimité serait-il le mot qui la caractériserait le mieux. Elle est comme une pression aimante et délicate de l’âme sur le Christ qui est en elle. Elle s’anime un peu à l’idée du salut et devient sur túa misericórdia un appel pressant ; puis elle reprend sur Dómine son caractère de douceur intime\, persuasive\, avec un accent qui met en relief quóniam pour bien marquer que\, la condition du salut étant remplie\, le Seigneur a\, lui aussi\, à tenir sa promesse.La première note des podatus de sálvum sera un peu allongée ; y lier in túa\, qui sera d’ailleurs englobé dans l’arsis qui part du début de la phrase. Bien accentuer Dómine au début de la dernière phrase.Le graduel grégorien (Adjutor) est très beau\, mais difficile à chanter; il suppose une bonne connaissance du grégorien et une schola bien rodée.Le Trait est un classique en mode 8. Voici néanmoins une adaptation polyphonique. \nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici.
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SUMMARY:Dimanche de Sexagésime
DESCRIPTION:À noter : il n’y a pas de Gloria. L’Alléluia est remplacé par le Trait. Durant le temps de la Septuagésime\, l’usage de l’orgue est autorisé. \nCommentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nLEÇONS DES MATINES : Histoire du déluge (Gen. VI sq.) \nÉPÎTRE : Lettre de Saint Paul contre les judaïsants de Corinthe. Fondements de son ministère auprès des Gentils (II Cor. XI\, 19 — XII\, 1). \nÉVANGILE : Parabole de la semence (Luc VIII\, 4 sq.). \nSTATION : Saint-Paul hors les murs. \nIDÉE CENTRALE : Les hommes se sont dressés contre Dieu ; Dieu les brise dans le déluge. Dans sa miséricorde\, à cause de Noé\, il sauve la race. Il renouvelle son alliance avec lui dans le sacrifice et lui confie la mission de repeupler la terre. Noé était la figure\, le Christ est la réalité. Par lui Dieu sauve les hommes\, établit la Nouvelle Alliance dans le sacrifice de la Cène et du Calvaire et lui confie la mission de repeupler la terre d’une race nouvelle en faisant les hommes vivre de sa vie\, par la foi à sa parole et la communion à son sacrifice. Cette mission\, le Christ\, après sa mort\, la confie à ses apôtres et\, d’une façon particulière pour les gentils\, à Saint Paul dont la personnalité domine toute la messe en raison de la station. Cette grâce de renaissance dans le Christ\, reçue au baptême\, nous est à nouveau offerte à Pâques. Elle n’aura toutefois son effet que si chacun s’y dispose par l’audition\, l’acceptation\, l’assimilation de la parole divine et le détachement de tout ce qui s’oppose au développement de cette semence de vie. \nINTROÏT\nLE TEXTE\nLève-toi\, pourquoi dors-tu\, Seigneur ? Lève-toi et ne me repousse pas jusqu’à la fin. Pourquoi détournes-tu ton visage ? Oublies-tu notre tribulation ? Il est courbé jusqu’à terre\, notre corps. Lève-toi\, Seigneur\, aide-nous et délivre-nous. \nPs. —O Dieu\, de nos oreilles nous avons entendu ;Nos pères nous ont raconté ce que tu as fait pour eux. Ps. XLIII\, 23-26\, 2. \nCes deux versets sont une prière très simple dans laquelle le peuple Juif\, écrasé sous l’épreuve et se croyant abandonné de Dieu sans raison\, lui demande de revenir et de le sauver. Elle est l’expression naturelle de ceux qui sont à ce point accablés sous l’épreuve\, qu’ils sont devenus impuissants à prendre conscience du secours que leur procure le Seigneur\, ou même de l’intérêt qu’il prend à leurs souffrances. Ils ne voient plus. Leur prière est courte : « Seigneur\, revenez »\, et tout naturellement la plainte s’y mêle : « Pourquoi…Pourquoi m’avez-vous abandonné ? ». Noé fut de ceux-là au temps du déluge\, et le Christ Jésus dans son agonie et dans sa mort\, et Saint Paul au milieu des épreuves variées qu’il nous conte dans l’Épître. Avec eux\, les continuant\, tous ceux qui souffrent au purgatoire et tous ceux qui sur la terre portent\, dans l’esprit du Christ\, les épreuves que Dieu laisse venir sur eux pour que leur âme\, purifiée et fortifiée dans la foi\, la confiance et l’amour\, devienne capable d’une union plus étroite avec lui. C’est leur voix qui chante dans l’Introït. La voix de l’Eglise qui prenant conscience de toutes ses souffrances physiques et morales\, se tourne vers Dieu\, comme brisée de fatigue\, pour lui demander de lui rendre\, avec la joie de son visage\, la lumière qui l’aidera\, elle et chacun de ses membres\, à porter\, comme il faut et aussi longtemps qu’il le faut\, la croix rédemptrice. \nLA MÉLODIE\nElle donne bien\, dès le début\, cette impression d’accablement\, de dépression lourde. Le premier exsúrge est une prière à peine soupirée qui ne bouge pas et\, avant même que le nom du Seigneur ait été prononcé\, la plainte monte lente et triste : quáre… Sans amertume toutefois ; elle a même une touche délicate de tendresse qui s’épanouit sur Dómine et amène le second exsúrge\, beaucoup plus osé\, fort\, pressant comme un appel d’ami. Mais ce n’est qu’un éclair. La mélodie redevient basse et pesante et la plainte monte à nouveau sur quáre. Elle est toujours lourde\, mais pas aussi triste. C’est peut-être moins une plainte qu’un plaidoyer\, l’exposé de la misère… Le Seigneur aurait-il oubliéNotez l’insistance sur tribulatióne — quatre fois le podatus sol-la ; et le salicus\, en plus\, pour renforcer l’idée\, — et la descente si réaliste de adhaésit qui est comme l’enfoncement de l’âme dans l’épreuve qui la cloue à terre\, impuissante à se libérer. Puis\, brusquement\, un sursaut : c’est toujours le même mot suppliant\, exsúrge\, mais il jaillit cette fois plus ardent\, plus vif qu’il n’a jamais été : « Debout\, Seigneur\, aide-nous. » La mélodie\, presque syllabique — à part le dernier mot qu’elle souligne d’un salicus — ne s’arrête nulle part ; elle a quelque chose de dramatique\, comme un appel de détresse. Le Psaume arrive alors comme le plaidoyer qui continue\, très habilement d’ailleurs\, en évoquant ce que le Seigneur a fait dans le passé pour son peuple. Mener avec discrétion le crescendo de la première phrase\, qui s’épanouira sur les deux pressus du second exsúrge avec beaucoup de ferveur. Bien accentuer repéllas et fínem. Retenir la montée de quáre dans la seconde phrase\, élargir légèrement le torculus de oblivísceris. La première note de vénter bien posée. Un a tempo au début de la troisième phrase\, mais discret. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nQu’elles sachent\, les nations\, que ton nom est Dieu ;Tu es seul le Très-Haut sur toute la terre. \nVerset. — Mon Dieu mets-les comme une roue et comme une paille devant la face du vent. Ps. LXXXII\, 19\, 14. \nDans le Psaume LXXXII\, le psalmiste énumère devant Dieu les complots que ses ennemis ont tramés\, puis il lui demande de les dissiper « Mets-les comme une roue et une paille devant le vent »\, et de leur faire savoir qu’il est le seul Dieu\, « et qu’ils sachent que ton nom est Dieu ». Dans le Graduel\, comme on le voit\, l’ordre est interverti. Il en très souvent ainsi parce que la première partie du Graduel était comme l’antienne\, et les versets\, le psaume. De plus\, le mot géntes est ajouté\, ce qui adapte très heureusement le texte à l’Épître. Saint Paul\, en une sorte de plaidoyer pro dómo\, s’oppose avec force à ceux qui contrarient son œuvre. Ce plaidoyer qui\, en raison de la station est tout à fait à sa place\, prend dans le cadre liturgique un sens beaucoup plus étendu : il va contre tous ceux qui s’opposent au règne du Christ et demeure ainsi actuel pour tous les temps. C’est dans ce sens universel\, que l’Église entend aussi le Graduel. Elle en fait une prière et en même temps une sorte de sentence\, qu’elle porte\, avec l’assurance d’une autorité forte\, contre ceux qui font obstacle à l’œuvre du Christ qu’elle a pour mission de réaliser. \nLA MÉLODIE\n(I) Scíant gentes quóniam nómen tíbi Déus    Tu sólus Altíssimus super ómnem térram. La première phrase est une prière qui demande avec force. L’Église veut que le Seigneur en finisse avec tant d’opposition\, et elle le lui dit avec insistance. Il y a même dans le ton qu’elle emploie une sorte d’indignation à peine contenue qui\, par-delà le Très-Haut\, va vers ses adversaires dont elle veut se faire entendre. Cette attitude ferme\, quelque peu dure même\, se décèle déjà dans les notes longues de scíant géntes sans cesse ramenées sur le fa\, mais c’est dans le mouvement qui suit qu’elle se manifeste vraiment. Dans les rythmes ternaires qui montent légers mais de plus en plus pressants\, on sent passer le zèle ardent de l’âme\, impatiente des lenteurs de Dieu. Notez en particulier l’insistance sur le la des derniers neumes de Déus. La seconde phrase n’est plus une prière à proprement parler ; c’est une protestation de foi\, une proclamation de la divinité. Encore que cette proclamation soit faite à la face des nations\, elle n’est pas pour elles ; elle est l’expression du peuple disant à Dieu sa croyance. C’est pourquoi il n’y a plus rien de dur ; la mélodie s’est établie en fa\, et de beaux mouvements\, pleins de noblesse et de grandeur\, enveloppent les deux phrases\, qui montent avec éclat vers les notes longues du sommet et redescendent en de longues thésis\, toujours fermes\, mais pleines de respect et de vénération. \nLe Verset. — Déus méus\, póne íllos ut rótam et sícut stípulam ánte fáciem vénti. C’est une prière que l’Église adresse à Dieu\, sans aucune intention cette fois de toucher ses ennemis\, sur qui elle demande que tombe enfin le juste châtiment. D’abord toute simple\, avec quelque chose de paisible\, d’aimable\, de familier\, sur Déusméus\, elle se fait très pressante sur póne íllos. Plus encore\, sur rótam ; c’est un motif qui évoque\, par son rythme et sa légèreté\, la ronde qui tourne toujours\, mais il est\, en même temps\, une très belle expression de prière ardente. Celui de stípulam\, qui évoque la paille dans le vent\, l’est moins\, encore que la distropha en ait bien l’accent. L’objet de la prière n’est pas bien profond ; le châtiment des ennemis de Dieu s’accomode sans peine de ces fantaisies. La finale est une cadence que l’on rencontre assez souvent ; elle prend ici un caractère de gravité qui finit bien le Graduel. Il faut bien entretenir le mouvement dans la première phrase. Il doit aller\, sans rien qui l’arrête\, jusqu’à la fin. Une légère accélération des porrectus de quóniam nómen ; ceux de Déus au contraire\, un peu retenus. Beaucoup de vigueur dans la seconde phrase. Rótam et stípulam très liés. \nTRAIT\nLE TEXTE\nTu as ébranlé la terre et tu l’as déchirée ;Guéris ses meurtrissures car elle est troublée ;Afin qu’ils fuient devant l’arc\,Afin qu’ils soient sauvés\, ceux que tu as choisis. Ps. LIX\, 4\, 6. David écrivit le Psaume LIX à un moment où son royaume était attaqué de tous les côtés à la fois. Il est une prière pour que le Seigneur rétablisse la situation et permette à son peuple choisi de se sauver de la défaite. Dans la liturgique de la Sexagésime\, il est une prière pour le salut du monde : la prière de Noé et de ses fils à l’heure du Déluge\, la prière de David\, la prière du Christ\, enfin la prière de tous les fidèles qui attendent\, de la Rédemption et de Pâques qui la prolonge\, le rétablissement de l’ordre et le salut des prédestinés. Tout en gardant ce sens général\, on appliquera le second verset à la conversion des gentils et de tous les peuples dispersés après le Déluge et la tour de Babel. Beaucoup de Pères de l’Église interprètent le Psaume dans ce sens\, ce qui contribua peut-être à en fixer le choix comme paraphrase de l’Épître\, le jour où Saint Paul était fêté dans sa basilique. \nLA MÉLODIE\nL’intonation est à signaler comme particulièrement expressive. Certains manuscrits ont les doubles notes écrites en bivirgas ; ce qui indiquerait un appui très suppliant. Toute la phrase d’ailleurs a le caractère d’une prière ardente. Sána est moins déprécatif ; se garder de la chanter trop fort. Sur ut fúgiant au contraire\, le même thème sonne très juste car ce sont des mots qui demandent la défaite des ennemis. La double note de fúgiant est une bivirga ; qu’elle soit appuyée et forte. Liberéntur\, très priant ; de même toute la formule finale. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nAffermis mes pas dans tes sentiers\,Afin qu’ils ne soient pas chancelants\, mes pieds. Incline ton oreille et exauce mes paroles. Rends éclatantes tes miséricordes Et sauve ceux qui espèrent en toi. Ps. XVI\, 5\, 6\, 7. \nIl y a deux façons de faire entre ces trois versets dans la liturgie de la Sexagésime. On peut les considérer comme faisant suite aux derniers mots de l’Évangile : « Le grain qui tombe dans la bonne terre\, ce sont ceux qui\, ayant écouté la Parole avec un cœur bon et excellent\, la retiennent\, et portent du fruit dans la patience ». Ils sont alors une prière pour obtenir la grâce de mener à bien le long et dur labeur de l’assimilation de la parole divine. Pérfice gréssus méos… Rends fermes ma pensée et ma volonté dans les voies que m’ont tracées tes paroles. Ce qui est bien suivre le Christ : « Je suis la Voie\, je suis la Lumière ; celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres… ». On peut ainsi les rattacher au sacrifice\, qui commence avec l’offrande du pain et du vin. Ce serait alors une prière pour demander la persévérance dans la voie du sacrifice ; dans l’offrande de soi et l’immolation qui s’opère peu à peu par l’acceptation et le support des épreuves dans l’esprit du Christ : ce qui est bien aussi mettre ses pas dans la trace de ses pas. « Celui qui veut venir après moi\, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. »Aucune des deux applications ne s’impose\, il va de soi. La seconde toutefois cadre mieux avec l’ensemble de la messe ; elle est comme l’acceptation par l’âme\, enfin pacifiée\, des épreuves si lourdes dont elle se plaignait dans l’Introït\, et qu’elle voit mieux\, à la lumière de l’Évangile\, comme la croix nécessaire que la miséricorde divine a posée sur elle et qui portera en son temps son fruit d’éternelle vie. \nLA MÉLODIE\nElle a du commencement à la fin un caractère d’intimité paisible. L’âme parle à Dieu et ne se soucie que de lui et d’elle-même. Elle souligne très fortement gréssus méos d’un motif simple\, doux\, mais très ferme — notez les deux répercussions\, le salicus\, la clivis allongée et la cadence sur fa par l’oriscus — puis elle laisse sa tendresse heureuse s’épanouir sur sémitis túis en un admirable motif\, gracieux\, souple\, et qui sachève en une nuance d’exquise délicatesse sur la cadence du IVe mode. La même nuance de douce fermeté revient sur non moveántur et aussi la même délicate tendresse sur vestígia méa\, encore que la joie y soit moins marquée. Dans la seconde phrase\, le ton de la supplication est\, au début du moins\, quelque peu plus vif\, mais c’est la même atmosphère de simplicité\, de confiance abandonnée\, de paix. La mélodie ne bouge pas… L’âme est fixée en Dieu et si sûre d’être exaucée\, qu’elle ne sent nul besoin de presser sa demande. La troisième\, plus encore que les autres\, chante le bonheur profond de l’intimité divine dans lequel est fondue la prière. Le premier mot est mirífica est particulièrement expressif de cette plénitude de joie. C’est le motif de mirabilis dans l’Introït de Pâques. Le mouvement\, un peu plus marqué\, souligne de nuances délicates túas\, sálvos fácis et surtout sperántes in te\, qui est le mot de la confiance enfin réalisée. Mouvement tranquille. Gréssus méos quelque peu retenu. Le motif de sémitis très lié\, le sommet bien arrondi. Pas de ralenti à túis\, y lier tout de suite ut non. Bien faire les accents toniques de la seconde phrase — túa\, exáudi\, vérba — légers et soulevés. Les premières notes du podatus de misericórdias un peu allongées. Soulever l’accent de fácis et poser la voix délicatement sur la distropha ; allonger le podatus répercuté. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nJe m’approcherai de l’autel du Seigneur\,Du Dieu qui réjouit ma jeunesse. Ps. XLII\, 4. Dans le Psaume\, ce verset dépend étroitement de celui qui précède : « Envoie ta lumière et ta vérité. Elles me conduiront sur ta montagne sainte et dans tes tabernacles. Et je m’approcherai de l’autel… »Remis ainsi dans son contexte il entre pleinement dans la liturgie du jour. La lumière\, fruit de la parole divine\, conduit l’âme au sacrifice où elle trouve\, dans le pain qui a toutes les délectations\, la joie de la jeunesse\, indispensable pour porter\, dans l’esprit du Christ\, et jusqu’au bout\, les épreuves de la vie. C’est dans cet esprit que l’âme le chante ; comme le chantèrent ceux qui lui sont proposés en modèle aujourd’hui : Noé\, élevant son autel dans la lumière des paroles réconciliatrices\, Saint Paul\, ravi jusqu’à la vision du sacrifice éternel. Avec toute l’Église\, qui\, en ce moment même\, entre dans la joie du sacrifice eucharistique\, elle le chante au futur parce que\, plus elle participe au sacrifice du Christ\, plus elle sent ardent en elle le désir d’y participer davantage. \nLA MÉLODIE\nUn seul sentiment : la joie ; la joie d’un bonheur vers lequel on va. Elle exulte dès le début dans le bel élan de Introíbo\, avec quelque chose de vif qui est le propre de toutes les joies de départ\, puis va croissant jusqu’à altáre Déi où elle s’épanouit en une nuance de vénération aimante sur le nom divin. Il y a moins d’éclat dans la deuxième phrase. C’est une joie plus intérieure\, une joie d’intimité\, avec un accent de juvénile ardeur sur juventútem. Ainsi s’achève dans la joie exultante du sacrifice désiré l’admirable processus de cette messe. L’âme\, écrasée sous l’épreuve\, commence par se plaindre\, dans l’Introït\, de la lourdeur de la croix. Éclairée par la parole divine\, et après avoir prié avec ferveur dans le Graduel et dans le Trait\, elle est pacifiée et demande\, dans l’Offertoire\, que le Seigneur la garde dans son sacrifice. À la Communion\, réconfortée par le sacrement\, elle va à ce sacrifice de toute la force et de toute la joie de son désir. Chanter dans un bon mouvement\, sans ralentir à la cadence de Déi. Par contre\, la clivis de lætíficat sera bien retenue ; de même le podatus de juventútem. \nTrait polyphonique \nÉpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Purification de la Bienheureuse Vierge Marie
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nL’une des fêtes les plus anciennes en l’honneur de Notre Dame. Célébrée à Jérusalem dès la moitié du IVe siècle\, elle est déjà répandue partout en Orient vers le milieu du VIe et\, un siècle plus tard\, introduite à Rome. La messe est précédée de la bénédiction des cierges et de la procession ; il s’agit de trois cérémonies distinctes.\nA Jérusalem\, dès le IVe siècle\, on fêtait\, quarante jours après la Nativité de Notre Seigneur\, sa présentation au temple\, avec la rencontre de la sainte Famille et du vieillard Siméon. Le mot par lequel le saint vieillard salua l’Enfant-Dieu devait donner à cette fête son caractère propre : Lumen ad revelatiónem gentium. Elle devint la fête de la lumière. \nA Rome\, bien avant que la fête n’existât en Orient\, il y avait\, la nuit du 1er au 2 février\, une procession pénitentielle qui avait pris la place d’un cortège païen. On y portait des cierges\, lesquels remplaçaient probablement les torches profanes. Lorsqu’au VIIe siècle la fête de la Présentation fut introduite\, elle se trouva coïncider avec cette procession. Celle-ci demeura avec son caractère propre de pénitence ; on y chantait l’Exsurge Dómine et l’on se dirigeait vers Sainte-Marie-Majeure en chantant les litanies comme au 25  avril et aux Rogations . Mais\, à l’approche de la basilique\, on remplaçait les invocations des litanies par des antiennes spéciales qui célébraient la marche de Notre Dame vers le temple : Adorna thalamum tuum entre autres. A partir de ce moment\, la procession pénitentielle cessait et la célébration du mystère de la Présentation commençait.\nLe rite de la bénédiction des cierges fut ajouté au XIe siècle. En même temps\, les litanies disparurent de sorte que la procession perdit presque tout son caractère de pénitence. Il n’en est resté que l’Exsurge Dómine et les ornements violets. \nAntienne Adorna\n« Orne ta chambre nuptiale\, Sion\, et reçois le Christ Roi\, accueille Marie qui est la céleste porte\, elle-même en effet porte le Roi de Gloire. Nuée de lumière\, elle s’arrête\, la Vierge\, tenant dans ses mains le Fils engendré avant la lumière et que Siméon\, après l’avoir pris dans ses bras\, présentait aux peuples comme le Maître de la vie et de la mort\, et comme le Sauveur du monde. » \nCette antienne est grecque d’origine. Le début est une invitation adressée à l’Eglise - Sion - d’avoir à revêtir ses parures de joie pour recevoir le Roi de gloire. Suit la description de Notre Dame qui s’avance portant son Fils\, et s’arrêtant devant le saint vieillard qui prend l’enfant et le présente au monde comme son sauveur. \nRépons Obtulerunt\n« Ils offrirent pour lui au Seigneur une paire de tourterelles ou deux colombes\, comme il est écrit dans la loi du Seigneur. Après que furent accomplis les jours de la purification de Marie selon la loi de Moïse\, ils portèrent Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur. » \nLa mélodie est calquée sur le répons Emendémus de la distribution des cendres\, mais les passages plus sombres ont\, en grande partie\, été laissées de côté de sorte que le caractère pénitentiel se laisse moins ressentir. La mélodie et l’esprit de la pièce sont également apparentés au Ingrediente du dimanche des Rameaux. \nINTROÏT et GRADUEL\n« Nous avons reçu\, ô Dieu\, ta miséricorde au milieu de ton temple\, comme ton nom\, ainsi ta louange s’étend jusqu’aux confins de la terre. De justice est pleine ta main. » Pas. 47\, 10 \nPeu de textes pouvaient être mieux choisis. Chant de pèlerinage\, il était en effet tout désigné pour accompagner la première venue en son Temple de l’Ange du Testament que Malachie annonça et qu’il va nous présenter à l’Epître. Ce sont les témoins de la scène qui chantent : Notre Dame\, saint Joseph\, le vieillard Siméon\, la prophétesse Anne… et nous avec eux\, qui venons de recevoir par notre participation au mystère liturgique\, les grâces que nous réservait dès lors la miséricorde du Seigneur. \nALLELUIA\n« C’est le vieillard qui portait l’enfant ; mais c’est l’enfant qui conduisait le vieillard. » \nCette phrase évoque tout l’invisible du mystère : l’impulsion mystérieuse de cet Enfant qui pousse son vieux serviteur à le saisir\, qui va lui faire chanter son admirable Nunc dimittis et l’annoncer au monde comme la lumière des nations et le Sauveur attendu. On retrouve la mélodie dans la fête de saint André ainsi qu’au vendredi et samedi de la semaine de la Pentecôte. \nOFFERTOIRE\n« Elle est répandue la grâce sur vos lèvres. C’est pourquoi Dieu vous a béni\, éternellement. » Pas 44\, 3 \nCe psaume est un cantique nuptial dans lequel l’épouse chante l’époux. Etant messianique au sens strict\, il ne s’entend que de l’Eglise et du Christ.\nCe verset\, qui se trouve au début du chant de l’épouse\, s’adresse ici à l’Enfant divin souriant dans les bras de sa mère ou entre les mains du vieillard Siméon : ce sont eux qui chantent et\, avec eux\, l’Eglise qui les rejoint. Ravie\, elle s’extasie sur la beauté de l’Enfant Dieu qui lui est présenté. \nCOMMUNION\n« Réponse il reçut\, Siméon\, de l’Esprit-Saint qu’il ne verrait pas la mort sans avoir vu le Christ du Seigneur. » Luc 2\,26 \nLa mélodie se chante légèrement\, tout en élargissant certains passages comme la cadence sur Simeon et ceci jusqu’à la fin de l’incise. On redonne de l’élan sur non visurum pour élargir sur mortem\, relié à nisi\, chantant la fin de façon retenue. \nPropositions polyphoniques\n\n Ecce Virgo concipiet de Handl\nO gloriosa Virginum de Palestrina\nPraeclara custos virginum\nDifférents motets à la Vierge\n\nComment fonctionne cette page ? \nUnique ! Le coffret contenant tous les fichiers (épîtres\, évangiles et préfaces) sur 2 CD au format MP3.
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SUMMARY:Quatrième Dimanche de Carême
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nLEÇONS DES MATINES : Histoire de Moyse.(Exode II). \nÉPÎTRE : (Gal. IV\, 22). Les deux fils d’Abraham\, enfants de deux mères\, l’une esclave\, l’autre libre\, symboles des deux alliances : celle de la Jérusalem terrestre\, réalisée avec Moyse sur le Mont Sina ; celle de la Jérusalem céleste\, scellée dans le sang du Christ sur le Calvaire. \nÉVANGILE : (Jean VI\, 1). Multiplication des pains. \nSTATION : Sainte Croix de Jérusalem. \nIDÉE CENTRALE : C’est le Dimanche de la Mi-Carême\, Dominica mediána. De très bonne heure on prit l’habitude d’en faire\, sur le chemin de Pâques\, comme une étape où l’on se reposait un peu et où l’on prenait courage pour le reste de la route. Toutes les observances de pénitence et de deuil étaient suspendues et les offices célébrés dans une atmosphère festivale.Toutefois\, à côté de ce motif de joie toute extérieure\, l’Eglise en proposa aux fidèles un autre plus profond : celui du développement de l’Eglise qui allait se faire par le mystère de la Rédemption\, de nouveau réalisé à Pâques. Le choix de ce thème fut sans doute déterminé par le premier scrutin pour l’admission des candidats au baptême\, qui avait eu lieu le mercredi précédent. Ils avaient été inscrits sur les registres\, puis exorcisés par l’exsufflation\, le signe de la croix\, l’imposition des mains ; toutes cérémonies qui étaient et qui sont demeurées le prélude du baptême. C’était déjà\, comme avait dit l’archidiacre au peuple en annonçant le scrutin\, « le mystère céleste par lequel est vaincu le diable avec toute sa pompe\, la porte du ciel ouverte ». Beau sujet d’allégresse que cette fécondité de l’Eglise\, entrevue\, et qui allait précisément se réaliser en ce jour de Pâques vers lequel tous les désirs étaient tendus.La station  fut fixée à Sainte Croix de Jérusalem et là\, devant les reliques de la Croix sur laquelle fut scellée l’alliance éternelle qui  donne la fécondité à l’Eglise\, on chanta son accroissement présent et futur sur les textes de l’Écriture qui l’ont annoncé et chanté à l’avance. C’est encore ce que nous chantons.A l’Office de nuit\, c’est l’histoire de Moyse. Elle vient là\, à son tour\, après celle de Joseph\, mais elle entre\, sans qu’on ait à la forcer\, dans la liturgie du jour. C’est en effet Moyse qui\, après avoir délivré le peuple\, conclut\, en son nom\, l’Alliance avec Dieu\, obtint pour eux la manne céleste et le conduisit en vue de la Terre Promise où devait s’élever un jour la Jérusalem terrestre.A la Messe\, c’est de la Jérusalem céleste et de son merveilleux développement qu’il est question. L’Épître le précise nettement : « Réjouis-toi\, stérile qui n’enfantes pas… » A Moyse\, succède le Christ ; la réalité après la figure. Il nous a délivré de l’esclavage qui pesait sur nous depuis l’origine du monde. Il a noué entre nous et Dieu et scellé de son sang l’Alliance nouvelle\, et il a fait de son peuple comme une cité spirituelle\, la Jérusalem nouvelle\, l’Eglise dans laquelle il donne à chacun de nous la béatitude ; ici-bas\, en nous nourrissant de son corps et de son sang\, et là-haut\, en nous rassasiant de Dieu vu face à face. \nINTROÏT\nLE TEXTERéjouis-toi\, Jérusalem\, et rassemblez-vous\, vous tous qui l’aimez.Réjouissez-vous dans la joie\, vous qui fûtes dans la tristesse ;Afin que tous\, vous exultiez et soyez rassasiés aux sources de votre consolation. \nPs. – Je me réjouis de ce qui m’a été dit : Dans la maison du Seigneur\, nous irons. Isaïe LXVI\, 10\, 11. Ps. CXXI\, 1.C’est une invitation à la joie. L’objet n’en est pas précisé\, mais on le trouve clairement indiqué dans le contexte. On lit en effet en Isaïe\, dans les versets qui suivent : « Réjouissez-vous avec Jérusalem…car voici que je ferai couler sur elle un fleuve de paix ; je répandrai sur elle la gloire des nations comme un torrent qui déborde. Les mauvais périront tous\, mais j’enverrai ceux d’entre eux qui ont été sauvés vers les nations\, et ils annonceront ma gloire aux Gentils\, et ils amèneront tous vos frères de toutes les nations à ma montagne sainte Jérusalem. » (LXVI\, 12\, 19\, 20).Le prophète voit Jérusalem agrandie à la mesure du monde et il appelle le peuple à s’en réjouir.Cette vision se réalise toujours plus\, à mesure que viennent au Christ\, de toutes les nations\, les âmes qu’il appelle. Pâques va lui amener les nouveaux baptisés\, et le fleuve de paix et le torrent de gloire vont déborder un peu plus sur la Jérusalem nouvelle et\, par elle\, sur le monde.Voilà de quoi l’Eglise nous invite à nous réjouir. Il n’y a donc pas un mot à ajouter à la prophétie ; elle a en elle-même son sens liturgique\, et il est toujours d’actualité car\, si désormais les baptisés sont rares le Samedi Saint\, la grâce du sacrement est renouvelée chez tous ceux qui participent au mystère pascal. Il faut seulement donner au mots leur précision liturgique : le convéntum fácite doit s’entendre de l’assemblée des fidèles pour le sacrifice et le satiémini ab ubéribus consolatiónis véstræ\, sans doute de la joie rassasiante que donnera l’Eucharistie à ceux qui sauront s’en délecter. \nLA MÉLODIEQuand l’Eglise lance son invitation à la joie\, elle jouit déjà de la vision glorieuse à laquelle elle convie ses membres ; sa joie passe donc à travers son appel pour se communiquer. Une joie qui se colore d’ailleurs de toutes les nuances du texte : empreinte d’aimable douceur sur les deux premiers mots\, qui s’adressent à la cité sainte elle-même ; ardente\, enthousiaste\, bondissante\, impérative même sur et convéntum fácite ; enveloppée\, sur dilígitis éam\, d’une tendresse qui va\, chargée de désirs\, vers la Jérusalem céleste.Dans la seconde phrase\, elle se fait tout intime. Après la reprise alerte de gaudéte\, elle s’atténue en effet peu à peu et disparaît presque sur in tristítia fuístis pour faire place à une nuance de tristesse compatissante au souvenir de ceux qui\, dans l’exil\, ont pleuré de ne plus jouir des joies de la patrie. Notez les cadences en demi-ton de tristítia et de fuístis et\, surtout\, le si naturel qui exprime si délicatement l’acuité de la douleur.Elle retrouve d’ailleurs tout de suite sur ut exsultétis – et sans transition\, comme l’exige le texte – son ardeur et ses rythmes bondissants ; et\, après avoir souligné satiéminid’un accent de chaude et profonde ferveur\, redevient à nouveau intime\, douce et tendre sur les mots qui évoquent les consolations inénarrables qui sont promises.Chanter dans un bon mouvement alerte et très vivant.L’ictus sera bien placé sur la seconde note de Jerúsalem ; certains manuscrits indiquent qu’elle doit être légèrement retenue. La double note de la dernière syllabe est une bivirga ; la bien poser\, qu’elle ne soit pas dure mais sonore et quelque peu prolongée\, sans ralentir le mouvement toutefois. Arrondir les torculus de convéntum. La tristropha de fácite\, légère ; le torculus ralenti\, mais dans le mouvement\, lequel continue sur ómnes. Veiller à ne pas ralentir cette longue thésis. La double note de dilígitis est une bivirga\, la faire très expressive; ralentir sur les deux notes qui suivent\, mais pas les autres\, le mouvement doit continuer jusqu’à la fin ; la cadence à peine retenue.Un a tempo sur gaudéte. Ne pas forcer le contraste sur tristítia.Reprise du mouvement sur ut exsultétis. La double note de ubéribus est une bivirga.Le Psaume\, qui est comme la réponse du peuple\, doit être chanté dans un bon mouvement de joie\, qu’il a d’ailleurs par lui-même\, avec des accents légers et fervents. \nGRADUEL\nLE TEXTEJe me suis réjoui de ce qui m’a été dit :Dans la maison du Seigneur nous irons. \nVerset. – Que la paix soit dans ta force et l’abondance dans tes fortifications. Ps. CXXI\, 1\, 7.Le Psaume CXXI est un de ceux que les Juifs chantaient au cours de leurs pèlerinages à Jérusalem. Tout en avançant sur le chemin\, ils évoquaient ainsi la joie qui avait envahi leur âme au départ. Cette joie se faisait de plus en plus vive à mesure qu’ils approchaient et\, lorsque la Cité sainte et le Temple s’offraient à leurs regards émerveillés\, les souhaits de bénédiction et de prospérité jaillissaient de leurs cœurs…Paix sur tes remparts\, abondance dans tes tours !…Pour la plupart\, l’objet de la joie s’arrêtait là. En fait\, le Psaume va plus loin\, il va à la réalité dont Jérusalem et le Temple étaient la figure. La joie d’aller dans la maison de Dieu\, c’est la joie d’aller là où il se manifeste\, là où il demeure\, là où il donne\, à ceux qui sont avec lui\, de jouir de sa présence\, dans l’intimité des relations familiales. Cette maison\, c’est la Jérusalem Céleste\, le Ciel\, et en attendant que nous y soyons\, l’Eglise.C’est dans ce sens qu’il faut chanter ici le Lætátus sum. Après la lecture de l’Épître où Saint Paul met en relief\, avec tant de force\, la qualité de fils que nous vaut la Rédemption\, il est l’expression des catéchumènes qui de tous les fidèles qui chantent le bonheur qu’ils vont avoir à Pâques\, d’entrer plus profondément dans le Christ et\, cachés avec lui en Dieu\, de vivre une vie d’intimité avec les divines Personnes…la vie de la Maison pour laquelle nous sommes faits.Le Verset est légèrement différent. La joie y prend la forme d’un souhait de paix et de prospérité à l’adresse de la Jérusalem céleste encore en formation. Dans l’Évangile\, Notre Seigneur va réaliser en quelque sorte ce souhait d’abondance par la multiplication des pains\, symbole de l’Eucharistie qui donnera à Pâques\, à tous les habitants de la Cité Sainte\, la paix dans la force. \nLA MÉLODIEElle a pour objet de dire la joie. Elle la dit\, mais d’une façon discrète\, si discrète qu’on a quelque peine à la découvrir dans l’intonation ; elle ne paraît vraiment que dans la seconde incise sur in his quæ dicta sunt míhi. Elle y est d’ailleurs très nette\, légère\, souple\, tout en élan\, sans avoit toutefois la sonorité grandiose qu’elle avait dans l’Introït\, sur convéntumfácite\, et sur et exultétis ; ce n’est plus une joie qui cherche à se communiquer ; elle est plus personnelle\, plus intime. Elle ne manque pas pour autant d’être ardente ; on notera en particulier le motif si fin qui prolonge míhi avec la clivis allongée du sommet qui y met un si bel accent de ferveur.La seconde phrase\, elle\, est toute grave\, comme si l’âme se fixait en une sorte de contemplation sur son objet divin. Contemplation heureuse\, dont le bonheur profond est partout ; dans la descente de dómum Dómini\, dans le mouvement souple et retenu de íbimus\, dans la cadence finale enfin\, sonore\, pleine\, assurée\, sur laquelle l’âme s’attarde comme sur le mot de l’espérance. \nLe Verset. – Bien que l’idée soit différente\, l’expression demeure la même\, à ce point que les deux phrases sont l’une et l’autre construites sur le même plan que la première partie. Un première incise\, sur fíat pax et abundántia\, correspond à in his quæ dicta sunt míhi et se termine par le même motif : souhait ardent\, pénétré de joie légère\, extérieure\, heureuse. Une seconde incise s’achevant dans le grave sur in virtúte\, répond à dómum Dómini avec la même expression de bonheur profond. Il y a des nuances\, il va de soi : le très bel élan de in virtúte par exemple\, avec l’insistance pleine de ferveur des deux tristrophas et la descente gracieuse\, mesurée et forte de túa ; de même\, le développement de abundántia\, évocateur peut-être de l’Eucharistie ; enfin la cadence finale qui\, pour être commune\, n’en est pas moins parfaitement adaptée à la joie discrète du début qu’elle ramène pour finir.Le mouvement sera léger et assez vif. La double note de lætátus est une bivirga épisématique ;  lui donner de l’ampleur et y mettre la joie. Départ très lancé sur in his. Passer par-dessus le quart de barre de míhi.Les premières notes des podatus de in dómum allongées quelque peu.Départ a tempo sur fíat pax et très en élan. Arrondir le sommet de virtúte. Apporter grand soin au legato de abundántia\, qui sera quelque peu élargi en raison des grands intervalles. \nTRAIT\nLE TEXTE1 .     – Ceux qui se confient dans le Seigneur (sont) comme le Mont Sion.          Il ne sera ébranlé jamais\, celui qui habite en Jérusalem. \n2.     – Des montagnes (sont) autour d’elle\, et le Seigneur autour de son peuple\,          maintenant et à jamais. Ps. CXXIV\, 1-2. \nJérusalem\, bâtie sur un plateau entouré de vallées profondes et dominées sur trois côtés par un demi-cercle de montagnes plus élevées que le centre de la ville\, donnait l’impression d’une citadelle que personne ne pouvait prendre ; celui qui y vivait était en sécurité. D’où la comparaison du psalmiste : « Ainsi seront ceux qui habitent dans le Seigneur » ; c’est à dire ceux qui se donnent à lui au point de fondre dans la sienne leur personnalité ; il est autour d’eux\, comme les montagnes autour de Jérusalem.Le Trait est ainsi comme une réplique au souhait du Graduel. En même temps\, il prélude à l’Évangile qui va mettre sous nos yeux un des exemples les plus frappants de la sollicitude du Seigneur… « Le seigneur est autour de son peuple ». \nLA MÉLODIE \nDans le premier verset un seul motif sort des formules ordinaires – toutes d’ailleurs fort bien adaptées aux mots – c’est le début de commovébitur. Il y a dans la montée du scandicus et dans le pressus qui suit une certaine fermeté qui rend bien l’idée de force inébranlable.Dans le second\, le début de móntes est tout à ait original. Peut-être l’auteur a-t-il voulu\, par ces montées et descentes hardies et brusques\, évoquer les monts et les vallées qui entourent Jérusalem. Le mot Dóminus qui commence la deuxième phrase est en éclatant relief. L’auteur l’a revêtu d’une formule brillante\, très expressive de force\, dans les tenues sur la dominante\, puis d’admiration et de louange\, dans l’élan qui l’emporte jusqu’aux limites du mode avant de la laisser revenir à la tonique en un mouvement thétique tout imprégné de tendre confiance.Faire une pause pour séparer les deux idées après Síon et relier Qui hábitat à in ætérnum. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE \nLoue le Seigneur parce qu’il est bon.Chantez à son nom parce qu’il est doux.Tout ce qu’il a voulu\, il l’a fait\, dans le ciel et sur la terre. Ps. CXXXIV\, 3-6.Deux idées : une invitation à louer Dieu et une affirmation de sa toute puissance. Elles sont d’ordre général\, mais la liturgie précise la raison de l’invitation et le motif de la louange.L’Évangile en effet vient de nous faire entendre le récit de la multiplication des pains\, symbole de l’Eucharistie. Dieu qui a nourri son peuple de lamane autrefois\, le nourrit à nouveau du pain qu’il multiplie. Il continue à le nourrir de la chair et du sang de son Fils. A ce moment même de l’Offertoire\, le miracle se prépare entre les mains du prêtre\, par l’offrande du pain et du vin qui vont\, dans le sacrifice\, devenir la nourriture et le breuvage spirituels de toute l’assemblée.Voilà en quoi le Seigneur est bon\, doux et puissant.Voilà de quoi l’Eglise nous invite à le louer. \nLA MÉLODIEL’invitation est pressante mais discrète ; il semble que l’Eglise\, repliée sur elle-même dans la méditation du miracle dont on vient de faire le récit et du ystère qu’il annonce\, ne veuille pas sortir de son recueillement. C’est un appel tout pénétré de contemplation qu’elle fait entendre.Un IIe mode sans éclat qui se balance en des formules communes sur quelques notes entre le do et le fa. Mais quelle admirable expression de douceur confiante\, paisible\, abandonnée ! Ici et là\, appelés par les mots\, des accents de fervente tendresse : Laudáte\, benígnus est et sa cadence de paix heureuse\, psállite qui renouvelle l’appel et insiste par ses douces tristrophas\, suávis est si paisible\, et suave comme le mot.La troisième phrase a plus de mouvement. Il y a sur ómnia une certaine grandeur et\, dans les notes doubles et les répercussions qui se multiplient sur le fa\, une volonté qui impose sa force ? Après un tel bel élan sur caélo\, la formule finale ramène la contemplation très douce du début.Ne pas chanter trop lentement ; que le mouvement soit  souple et vivant sur benígnus et sur nómine\, lier à la tristropha la note qui la précède en la retenant quelque peu.On fera un a tempo assez marqué au début de la seconde phrase. Ne pas ralentir la cadence de éjus et y rattacher quóniam. La double note de suávis est une bivirga ; lui donner un peu d’ampleur et conduire la voix vers l’accent en la renforçant légèrement.Faire une bonne pause avant la troisième phrase à cause de l’idée nouvelle. Bien appuyer les notes doubles sans leur enlever de leur douceur. \nCOMMUNION\nLE TEXTE \nJérusalem\, qui est bâtie comme une cité compacte et bien ordonnée ! C’est là que montèrent les tribus du Seigneur\, pour louer ton nom\, Seigneur. Ps. CXXI\, 3\, 6. \nIl faut noter tout d’abord que la première partie est une exclamation. C’est le cri des pèlerins qui\, arrivant en vue de la cité\, laissent jaillir leur admiration. La seconde\, qui suit naturellement\, est une évocation du passé\, si riche d’émotions : « C’est là que montèrent les tribus… ». \nTelle est aussi l’attitude de l’Eglise quand elle chante cette antienne. Au moment où les fidèles reçoivent le sacrement qui fait son unité parce qu’il porte en lui la grâce de l’incorporation au Christ\, elle contemple cette union de toutes les âmes et\, fixée dans cette vision de force et de paix\, elle redit\, dans son sens spirituel cette fois\, l’exclamation du psalmiste : Jérusalem nouvelle\, bâtie sur le Christ\, Cité des âmes scellées à la Pierre fondamentale et jointes entre elles par la charité\, Coté compacte et ordonnée par la sagesse et la volonté de celui qui en est le Roi ! Jérusalem vers qui sont venues toutes les tribus de toutes les nations et de toutes les races ; vers qui elles viennent pour la Pâque qui s’annonce ; vers qui elles ne cesseront de venir jusqu’au jour de son éternelle et parfaite splendeur\, pour la louange de ton nom\, Seigneur\, dans le sacrifice glorieux de ton Fils. \nLA MÉLODIE \nDans toute la première partie\, elle est vraiment contemplative. L’Eglise voit la cité et elle admire\, c’est tout. Notez la nuance de tendre respect et de bonheur sur Jerúsalem\, et\, sur la candence de cívitas\, je ne sais quoi de mystérieux\, d’infini\, d’inachevé\, qui prolonge la vision heureuse. Peu à peu cette vision se précise : l’Eglise pend conscience de l’admirable unité des êmes dans le Christ et cette merveille l’exalte. Le mouvement s’anime sur cujus participátio et la phrase se déploie\, mesurée dans sa montée et sa descente\, mais\, en même temps\, pleine d’une joie qui s’enthousiasme.Cette joie d’admiration\, un instant contenue dans le si beau motif de éjus in idípsum\, rebondit et atteint sa plénitude avec l’image des tribus montant vers le Christ. La mélodie s’établit sur les hauteurs ; elle y demeure un instant\, chantant la joie de l’Eglise\, sa fécondité et son plein développement ; puis\, par une descente admirablement ordonnée et dont le motif exprime si fidèlement la vision extasiée et dont le motif exprime si fidèlement la vision extasiée des innombrables tribus\, elle revient à la tonique\, en mettant sur Dómini une nuance de tendre vénération pour le Seigneur. Dans la dernière incise\, c’est encore la vision\, mais l’Eglise s’adresse à Dieu et c’est lui qu’elle voit au premier plan. La mélodie se fait toute de paix simple et heureuse\, s’attardant seulement sur túo\, en un motif gracieux dont la ferveur se prolonge\, intime et délicate\, sur les quelques notes très simples de Dómine.Faire un départ net ; la voix\, bien posée sur le salicus du début\, s’en ira légère vers le pressus de la dernière syllabe\, qui ira quelque peu ralenti\, donnant au mot la nuance de tendresse qui convient. Ne pas précipiter le mouvement\, mais qu’il soit vivant. Veiller en particulier à ne pas traîner la cadence de cívitas. Bien mener le crescendo sur cujus participátio avec une très légère nuance d’accélération vers le sommet. Très peu ralenti sur éjus in idípsum.Illuc énim bien alerte\, et que rien ne retienne le souffle d’enthousiasme de cette admirable phrase ; la cadence de ascendérunt notamment sera bien vivante et on y rattachera de près tribus dont la tristropha légère commencera le mouvement thétique. La première note du podatus de nómini sera élargie. La double note de túo est une bivirga épisématique ; y appuyer la nuance de tendresse\, qui s’épanouira ensuite légère sur la note allongée. \nPolyphonies pour le carême \nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici.
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SUMMARY:Dimanche de la Quinquagésime
DESCRIPTION:Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nLEÇONS DES MATINES : Histoire d’Abraham (Gen. XII). \nÉPÎTRE : Hymne à la Charité (I Cor. XIII) \nÉVANGILE : Annonce de la Passion ; Guérison de l’aveugle de Jéricho (Luc XVIII\, 31-43). \nSTATION : Saint-Pierre. \nIDÉE CENTRALE : La grande figure d’Abraham domine et unifie tout. Dieu le choisit pour se faire un peuple. Il lui donne une foi inébranlable\, une confiance absolue et une charité qui a toutes les qualités que nous décrit Saint Paul dans l’Épître. Dans cette soumission totale de son intelligence et de sa volonté\, il est mené par Dieu\, qui le fait réaliser ses desseins au milieu d’épreuves terribles. Il renouvelle l’alliance avec lui et le fait père d’une innombrable postérité\, qui n’est pas seulement le peuple juif\, mais tout le peuple chrétien qui en est l’achèvement. Abraham était la figure du Christ qui devait\, lui\, donner au peuple de Dieu sa forme parfaite et le conduire\, par la sagesse de sa vision et l’infinie miséricorde de sa charité\, dans la terre promise de l’éternelle béatitude. Il demeure\, par toutes ses qualités\, le modèle du chrétien qui doit\, s’il veut recevoir comme lui en récompense la vision du Christ dans la joie\, tendre de toutes ses forces vers la même foi\, la même confiance\, la même charité\, et en vivre ; toutes choses qui sont le fruit du sacrifice que Pâques va ramener et renouveler devant nous pour que nous y entrions de plus en plus profondément. \nINTROÏT\nLE TEXTE\nSois pour moi un Dieu protecteur et un lieu de refuge afin que tu me sauves. Car tu es mon firmament et mon refuge. Et à cause de ton nom tu seras mon guide et tu me nourriras. \nPs. —En toi\, Seigneur\, j’ai espéré\, que je ne sois pas confondu. Dans ta justice\, délivre-moi. Ps. XXX\, 3-4\, 1. \nUne expression est à préciser dans la traduction : própter nómen túum. Elle peut revêtir des sens légèrement différents : à cause de ta bonté\, pour la gloire de ton nom\, pour l’honneur de ton nom\, en raison de ce que tu as promis en engageant ta parole. C’est le dernier qui est sans doute le plus dans le contexte\, Dieu ayant fait à Abraham et à sa postérité de multiples promesses qui l’engageaient effectivement. Écrit par David au cours de ses persécutions\, le Psaume XXXe est devenu le Psaume de l’abandon absolu dans la paix\, depuis que Notre Seigneur s’est servi du verset 6e pour exprimer au Père\, au moment où il allait mourir\, la remise de son âme pacifiée : In mánus túas comméndo Spíritum méum… Entre tes mains je remets mon esprit. C’est dans ce sens qu’il faut entendre les trois versets qui forment l’Introït. Ils sont la voix d’Abraham\, du Christ\, de tous ceux de leur race\, de tous les membres de l’Église\, demandant à Dieu de les recevoir\, de les prendre en lui\, de les couvrir de sa protection comme nous couvre le firmament ; de les nourrir\, en leur donnant sans cesse le Pain de vie qui est son Verbe : Parole divine et Eucharistie. Tout cela\, en attendant que\, la mort nous ayant permis de mettre en acte toute notre puissance de vie\, nous jouissions à jamais de la vision des Trois établis en paix dans la Terre promise et nourrie éternellement\, dans cette vision même\, du pain des anges qui fait la béatitude. \nLA MÉLODIE\nElle se déroule dans une atmosphère de douceur\, de tendresse joyeuse\, de paix abandonnée. Il n’y a pas d’angoisse\, pas de supplication ardente ; on sent que l’âme est sûre d’être exaucée ; mieux encore\, qu’elle l’est déjà. Elle a ce qu’elle demande : Dieu. Elle ne le cherche pas ; elle le possède\, elle se repose en lui\, réfugiée\, à l’abri\, couverte de sa tendresse dont elle expérimente la protection\, forte comme un rocher à l’entrée d’une grotte\, douce\, lumineuse\, immense et profonde comme le firmament. C’est moins une prière proprement dite qu’une sorte de parole d’amour\, dans laquelle l’âme demande\, uniquement pour recevoir une réponse où sera toute la tendresse de l’aimé. D’om le caractère d’intimité heureuse qui est partout. Le développement mélodique est très restreint dans les deux premières phrases : quelques notes bien posées sur la tonique\, une douce pression\, qui commence sur les deux syllabes de Déum\, monte en un rythme gracieux sur protectórem et se renouvelle\, avec une nuance bien marquée de supplication\, sur refúgii. Après un accent un peu plus prononcé sur ut sálvam me qui met en relief le désir ardent qu’a l’âme d’être sauvée\, cette douce ardeur se détend en un retour paisible et heureux à la tonique. Même atmosphère de bonheur dans la seconde phrase\, mais nuancé d’une joie de plus en plus vive à mesure que se présentent à l’esprit les raisons d’avoir confiance. La mélodie a monté d’une tierce sur firmaméntum. Elle le fait à nouveau sur refúgium mais\, dans l’une et l’autre incise\, c’est vers méum que va tout le mouvement. Il y a là une tendresse que chacun comprend : « Tu es mon firmament à moi… » Gracieuse sur le premier méum\, elle devient sur le second beaucoup plus ardente avec une nuance délicate de bonheur intime qui va trouver son plein développement dans la douceur profonde de la finale es tu. La troisième phrase chante le guide bien aimé qui conduira l’âme dans les sentiers de la béatitude promise. Après avoir souligné d’un accent de ferme confiance própter nómen túum\, le mot de la promesse\, la mélodie dans un très bel élan s’élève d’une octave et va s’épanouir sur míhi dans un accent de joie enthousiaste cette fois ; la joie d’être conduit sur le chemin de la lumière et de l’amour par celui qui est la Lumière et l’Amour mêmes. La dernière incise est\, elle aussi\, pleine de bonheur\, mais d’un bonheur plus intime encore. La mélodie est revenue à la tonique ; elle souligne et d’un pressus sur lequel se mettra l’ardeur du désir\, et\, par une cadence bien posée sur la double note et le torculus allongé\, elle s’achève dans la paix heureuse qui depuis le début ne l’a pas quittée. Le Psaume reprend l’idée sur son rythme plein de joie et dans la même atmosphère. Toutes les doubles notes ; celles de Déum\, les deux — de méum\, de própter\, de enútries sont des bivirgas épisématiques. La première note du climacus de refúgii\, dans certains manuscrits\, est doublée d’une virga et les deux sont marquées d’un épisème. Bien les appuyer toutes\, avec une pression délicate où passe le cœur. C’est de ces nuances d’intelligence et d’amour\, disons : de vie\, qu’est faite toute l’expression de cette pièce merveilleuse. Retenir avec grâce le motif de Déum. Les porrectus de protectórem\, légers. Bien accentuer sálvum. Dans la deuxième phrase\, veiller au phrasé de firmaméntum. Le crescendo de la troisième s’épanouira sur míhi avec une grande douceur. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nTu es le Dieu qui fait des merveilles à toi tout seul : Tu as fait connaître aux nations ta puissance. \nVerset. — Tu as délivré par ton bras ton peuple\, les fils d’Israël et de Joseph. Ps. LXXVI\, 15-16. \nDans leur sens littéral\, ces deux versets ont trait à tout ce que Dieu a fait pour le peuple juif. Ils s’appliquent ici d’une façon particulière à Abraham\, au Christ\, à l’Église. Par eux Dieu a manifesté sa puissance. Il a fait à Abraham et à sa race une place parmi les nations. Il a fait le Christ et l’Église conquérir les peuples eux-mêmes. Plus encore\, il a\, par son bras\, sauvé tous les hommes\, en les faisant un avec lui dans la charité et en les fixant dans l’éternelle béatitude de la Terre promise. C’est son admiration et sa reconnaissance pour cette merveille d’amour\, décrites en termes si précis par Saint Paul dans l’Épître\, que l’Église chante dans le Graduel\, comme un hommage à la miséricordieuse bonté qui l’a voulue et qui l’a faite. \nLA MÉLODIE\n(III) Tu es Déus qui fácis mirabília sólusNótam fecísti in géntibus virtútem túam. L’intonation est admirable de révérence humble et douce. Montant du grave vers la cadence si fine de mi\, elle amène le motif de Déus — presque exclusivement réservé au nom divin — qui se développe dans le même sentiment avec peut-être une nuance de tendresse plus marquée. Après cette première incise\, qui nous établit en relation d’intimité avec le Seigneur\, la mélodie s’emploie à chanter sa louange. Elle s’élève sur qui fácis mirabília dans un magnifique élan d’ardeur enthousiaste qui ne la quittera plus. Par delà la cadence de sólus\, où se retrouve la révérence du début\, cette ardeur passe à la seconde phrase où elle s’intensifie en un mouvement hardi qui dit fort bien la joie et la fierté de ceux qui ont été l’objet et l’instrument de cette puissance divine ; Notez le pressus qui insiste sur le si de fecísti et ceux de géntibus qui mettent le mot en un relief si fort. Même cadence de vénération pour finir la phrase\, et le mouvement repart sur virtútem. Ce n’est pas un élan hardi qui le caractérise cette fois\, mais une série de notes longues. Bien posées et répercutées sur le mot même qui dit la puissance de Dieu\, elles donnent très nettement l’impression d’une autorité qui s’impose et de la force qui l’impose. \nLe Verset. — Liberásti in bráchio túo pópulum túum\, fílios Israël et Joseph. L’expression est la même que dans la première partie. Aussi bien le sens aussi est le même ; c’est seulement un exemple particulier de la puissance divine se manifestant au monde. Une nuance de reconnaissance émue s’y mêle toutefois dans la première phrase\, amenée par bráchio túo\, si évocateur des bras du Christ étendus sur la Croix. Il s’agit de nous ; chacun de nous ayant été touché par les bras sauveurs\, qui\, à travers les sacrements\, s’offrent à tous ceux qui veulent les saisir et profiter de leur force libératrice. La mélodie a moins d’éclat cependant dans son ensemble. La première phrase s’achève bien sur la cadence du VIIIe mode\, mais toute l’incise de bráchio túo demeure en la mineur\, sans compter que\, selon toute probabilité\, l’intonation était sol-si et non sol-do. Cette nuance\, où passe comme une touche délicate de compassion et de repentir\, se prolonge sur pópulum túum tout le long de la seconde phrase. C’est une longue insistance. Les trois cadences en demi-ton sur si ou sur mi\, y mettent comme une nuance de tendresse qui n’ose pas se laisser aller\, retenue qu’elle est par le souvenir du passé. Dans la troisième phrase\, un bel accent de joie jeune\, fraiche\, ardente\, soulève l’admirable vocalise qui\, sur fílios Israël\, chante la radieuse beauté de l’Église rachetée par le Christ et sans cesse embellie du vif éclat de son Sang précieux. On remarquera notamment le motif répété de la deuxième incise si léger\, la grâce du retour de sol à do et la cadence qui\, de la tristropha où s’est épanouie l’idée\, descend vers le grave\, mais s’arrête dans la plénitude du Ier mode cette fois. Le dernier mot repart en sol. C’est comme un nouveau mouvement qui se développe en une thésis\, pleine de modération et de grâce\, elle aussi\, et qui s’achève sur la cadence du mode en une nuance toute de contemplation. Il faut chanter avec vie\, faute de quoi\, au lieu d’une louange\, ce serait une plainte. Elargir légèrement le torculus de fácis ; de même le motif de nótam. Rattacher d’aussi près que possible virtútem à géntibus. Faire les répercussions de la troisième phrase assez fortes. Dans le Verset\, passer sans respirer par-dessus le quart de barre de túo\, retenir légèrement le début de pópulum\, y compris la montée qui suit le quart de barre. Faire attention de ne pas précipiter fílios Israël après la cadence de túum ; lier et arrondir les sommets de la vocalise\, ralentir la descente sur re. Bien rythmer la cadence de Joseph. \nTRAIT\nLE TEXTE\nAcclamez le Seigneur\, toute la terre\,Servez le Seigneur dans la joie ;Entrez en sa présence avec joie. Sachez que c’est le Seigneur qui\, lui-même\, est Dieu. Lui nous a fait et non pas nous ;Nous\, nous sommes son peuple et les brebis de son pâturage. Ps. XCIX\, 1-2.Une invitation à louer Dieu et à le servir dans la joie. Elle vient ici fort à propos. Dans le Graduel\, l’Église a glorifié le Seigneur pour tout ce qu’il a fait ; elle invite maintenant toute la terre et chacun de ses habitants à se joindre à elle en une louange universelle. \nLA MÉLODIE\nCe sont les formules ordinaires des Traits du VIIIe mode. L’application aux paroles n’a rien de particulier. Un mouvement alerte contribuera à donner à cette invitation son caractère d’appel joyeux. La première phrase du dernier verset est originale. Elle attire l’attention sur et non ípsi nos\, avec une pointe d’esprit peut-être ; mais elle est bien à sa place. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nBéni es-tu Seigneur\, enseigne-moi tes justes lois. De mes lèvres\, je dirai tous les préceptes de ta bouche. Ps. CXVIII\, 12-13. Ces deux versets sont une belle paraphrase de l’Évangile. « L’aveugle guéri le suivait en glorifiant Dieu et tout le peuple ayant vu cela rendit gloire à Dieu… » Nous sommes à la fois l’aveugle guéri et le peuple qui loue. Nous glorifions Dieu : Benedictus… ; et nous lui demandons ce que l’aveugle a demandé : de connaître de mieux en mieux sa volonté et de voir en toute circonstance ce qu’il convient de dire et ce qu’il convient de faire. \nLA MÉLODIE\nElle est toute en demi-teinte ; il n’y a pas de supplication poussée dans la prière ni d’éclat dans la louange. Elle se développe dans une douce atmosphère de paix et de joie délicate. Elle n’a pas absolument le ton d’intimité de l’Introït\, mais s’en approche de très près. Les deux punctums allongés de l’intonation\, la grâce ravissante des rythmes binaires de ce premier mot\, les clivis do-si répétées et allongées\, elles aussi\, donnent à toute la première partie quelque chose de très tendre et de très humble à la fois. L’âme\, toute avec le Seigneur\, ne sent pas le besoin de pousser sa prière\, mais se trouve en même temps comme timide dans l’expression de sa louange. Elle s’enhardit quelque peu sur le premier justificatiónes túas ; mais c’est seulement à la fin de la deuxième phrase\, après qu’elle a redit\, sur les mêmes notes\, sa louange délicate\, qu’elle lance sa joie sur túas en un très beau motif qui proclame en même temps son ardente admiration pour la sagesse et l’amour de celui qui est la lumière et qui la donne avec tant de bonté. Il y a dans la troisième phrase plus de mouvement et aussi une nuance de fermeté — notamment sur lábiis méis et sur pronuntiávi — qui sert bien les mots de la promesse. Après une nouvelle cadence en fa qui rime avec celle de túas\, cette même ferme assurance se retrouve dans la troisième phrase qui s’achève en une très belle formule. L’âme toute en contemplation de la divine Sagesse\, y berce son bonheur sur les rythmes admirables dont elle s’est déjà servie pour chanter les charmes de l’Epoux dans le Graduel Diffúsa est. Ce chant demande beaucoup de délicatesse. Bien élargir les clivis de dóce me. Elargir également quelque peu la montée sur in lábiis ; y relier pronuntiávi. Relier aussi la dernière phrase à la précédente de très près. Oris demande beaucoup de soin. Pour lier comme il faut les intervalles de quarte sol-do\, on élargira légèrement le sol. Bien balancer les rythmes binaires de túi. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nIls mangèrent et furent rassasiés à l’excès ;Et leur désir\, il le leur accorda\, le Seigneur ;Ils ne furent pas déçus dans leur désir… Ps. LXXVII\, 29-30. Ces deux versets ont trait à la manne qui fut\, dans le désert\, la nourriture du peuple en marche vers la Terre promise. Dans un sens très large et en dehors du contexte\, on peut l’entendre aussi des bienfaits matériels de toute sorte dont Dieu combla Abraham et sa postérité ; mais son vrai sens spirituel a trait à l’Eucharistie dont la manne était la figure. Chant de communion parfaitement adapté. Au moment où elle se nourrit de la chair et du sang du Christ\, l’Église se redit à elle-même ces mots par lesquels les Juifs chantaient la satisfaction de leur désir\, comme le témoignage de la joie que lui apporte la communion et comme le gage de la béatitude dont\, apr elle\, elle jouira un jour dans la Terre promise de l’éternité. \nLA MÉLODIE\nLe texte n’est qu’un récit et l’auteur l’a traité comme tel\, très sobrement\, mais dans une atmosphère de joie profonde. Joie sans éclat ici encore\, mais qui est partout ; dans le mouvement discret de l’intonation qui va s’épanouir sur le pressus dans un rythme et une tonalité si franche\, dans la souplesse admirable de saturáti sunt\, dans les cadences profondes de nímis et de eórum si expressives d’une satisfaction totale\, dans le beau mouvement de éis si plein de fervente gratitude pour la miséricorde du Seigneur qui se pencha sur les pèlerins de la Terre promise et qui continue de se pencher sur ceux de la Jérusalem céleste\, dont nous sommes… Dans la dernière phrase\, il faut noter le bel accent de fraudáti. Cette constatation heureuse de la promesse tenue et dépassée se développe jusqu’à la fin. Sur l’admirable motif de a desidério vient s’y ajouter l’assurance que le désir\, sans cesse renaissant\, de posséder toujours plus le Seigneur dans l’Eucharistie sera\, lui aussi\, sans cesse comblé… et au-delà. Chanter avec beaucoup de souplesse. Donner un peu de poids à la syllabe accentuée de manducavérunt\, de même à la première note des podatus de et saturáti. Pas de ralenti à eórum. La double note de fraudáti est une bivirga épisématique. Qu’elle soit bien appuyée et que toute la confiance que donne à l’âme l’action miséricordieuse du Seigneur\, y passe et se continue\, mêlée au désir\, sur a desidério\, qui sera très expressif. \n Polyphonies pour le Carême \nÉpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici.
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DESCRIPTION:A noter: il n’y pas de Gloria. \nCommentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nAutrefois\, le mercredi avant le premier Dimanche de Carême les pécheurs\, qui\, en raison de leurs fautes graves étaient soumis à la pénitence publique se réunissaient à l’Église. Le pontife bénissait les cilices qu’ils auraient à porter et leur imposait les cendres\, symbole du repentir et de la mort qui tue la concupiscence ; puis\, au chant des Psaumes de la pénitence\, ils recevaient l’ordre de se retirer dans un monastère jusqu’au Jeudi Saint.La cérémonie actuelle garde l’esprit de cette ancienne coutume ; les chants sont tous des appels à la miséricorde\, pénétrés à la fois d’humble contrition et de l’énergie qui caractérise la résolution d’être meilleur. \nI – La Bénédiction des Cendres –\nAntienne Exáudi nos\nLE TEXTE\nExauce-nous\, Seigneur\, puisque compatissante est ta bonté. Selon l’abondance de ta miséricorde\, regarde-nous\, Seigneur.Ps. – Sauve-moi\, ô Dieu : car elles sont entrées\, les eaux\, jusque dans mon âme. Ps. LXVIII\, 17\, 2.Le Psaume LXVIII n’est pas un des Psaumes de la pénitence\, mais c’est un émouvant appel à la pitié divine. David fait plus que d’y exposer ses malheurs et de crier vers Dieu ; c’est l’histoire du Christ dans la Passion\, l’histoire du Christ souffrant pour la rémission des péchés et appelant la miséricorde du Père sur ses membres repentants qu’il chante. Aussi bien\, l’Eglise\, qui continue le Christ\, n’a-t-elle eu qu’à choisir quelques versets pour y trouver l’expression de sa misère criant vers la miséricordieuse bonté de celui qui détient le pardon. \nLA MÉLODIE\nIl y a un motif qui revient quatre fois ; sur quóniam benígna est (deux fois)\, sur misericórdia et sur secúndummultitúdinem ; un intervalle de tierce mineure ré-fa – qui se prolonge sur une tristropha. Il caractérise toute la première partie de l’antienne. Il en fait une sorte d’appel\, comme un cri de détresse où se mêle de l’effroi ; le cri des âmes perdues dans l’abîme du péché qui supplient le Seigneur de les en retirer. Peu à peu\, à l’idée de la miséricorde\, la plainte diminue et se change en supplication. Dans la première incise\, elle a complètement disparu ; il y a même un accent d’intimité sur réspice nos Dómine. L’amour a chassé la crainte.Les tristrophas doivent être douces\, comme toute la mélodie d’ailleurs. \nII – La distribution des Cendres –\nAntienne Immutémur\nLE TEXTE\nChangeons notre vêtement en cendre et en cilice :Jeûnons et pleurons devant le Seigneur :Car il est très miséricordieux et prêt à nous remettre nos péchés\, notre Dieu.Ces paroles ne sont pas dans l’Ecriture\, mais les idées y sont familières\, particulièrement en Joël II\, 13.Elles sont ici comme un réponse à la dernière oraison de la Bénédiction. L’Eglise y demandait pour les fidèles la grâce de faire pénitence sous la cendre et le cilice. Disposés à recevoir cette grâce\, ceux-ci chantent la résolution qu’ils ont prise…Changeons notre vêtement… \nLA MÉLODIE\nOn y trouve tous les sentiments qui se mêlent dans le repentir : Sur Immutémur hábitu\, si ferme et si décidé\, la résolution de changer de vie ; sur cínere\, la contrition humble qui se voile et s’efface ; sur et cilício\, le cri de douleur ; le repentir qui se lamente\, dans le grave\, sur plorémus et\, brusquement\, à l’aigu\, sur ánte Dóminum. La troisième phrase chante plutôt la miséricorde\, c’est une sorte de réflexion dans laquelle l’âme nourrit sa raison d’espérer ; les demi-cadences du IVe mode la pénètrent de confiance et déjà d’une nuance de paix.Retenir légèrement la descente de quía dans la troisième phrase ; de même celle de nóstra. \nAntienne Júxta vestibulum\nLE TEXTE\nEntre le vestibule et l’autel\, se lamenteront les prêtres et les lévites du Seigneur\, et ils diront :Epargne\, Seigneur\, épargne ton Peuple :Et ne ferme pas les bouches de ceux qui crient vers toi. Joël II\, 17.C’est l’ordre donné par Joël pour la pénitence qui réconciliera Dieu avec son peuple. L’Eglise s’en sert ici pour le même objet. \nLA MÉLODIE\nDans la première partie\, la mélodie se développe comme une plainte sombre\, fort bien servie par les formules du IVe mode\, notamment la tristropha de et et les cadences de altáre et de sacerdótes. Dans la seconde\, elle est une nouvelle supplication sur óra clamántium et s’achève sur Dómine\, qui reçoit\, comme il convient\, un large développement\, dans une atmosphère d’humble contrition.Bien appuyer le salicus de Párce Dómine\, si expressif. \nAntienne Emendémus\nLE TEXTE\nRéparons par une vie meilleure les péchés que\, dans notre ignorance\, nous avons commis :De peur que soudain préoccupés le jour de la mort\, nous cherchions le temps de la pénitence sans pouvoir le trouver.Prête-nous attention\, Seigneur\, et aie pitié :Parce que nous avons péché contre toi.Verset. – Aide-nous\, Dieu notre salut : et pour l’honneur de ton nom\, Seigneur\, délivre-nous.La première partie et le refrain s’inspirent de nombreux passages d’Esther et de Joël. Le verset est tiré du Psaume LXXVIII\, VV. 7\, 8\, 9. \nLA MÉLODIE\nToute la première partie est empreinte d’énergie. L’Eglise exhorte avec force ses membres à réaliser ce qu’ils ont décidé de faire. Notez l’élan du début\, avec le salicus fortement posé sur emendémus et je ne sais quoi de vif sur in mélius\, comme l’élan d’un départ. Une nuance de tristesse s’étend sur peccávimus\, la tristesse lourde du péché. Dans la deuxième phrase\, l’idée de la mort amène comme une touche de frayeur. La prière jaillit alors dans un bel accent de ferveur confiante sur Atténde Dómine ; puis\, après s’être faite très humble et comme chargée de honte sur miserére\, elle s’achève elle aussi\, à l’évocation du péché\, sur la même formule lourde de tristesse qui vient rimer\, pour la troisième fois\, avec peccávimus et possímus.Dans le Verset\, la supplication est plus osée\, plus confiante\, plus intime. C’est très remarquable dans l’élan du début et dans le mouvement plus dégagé qui se continue jusqu’à la fin. On notera l’insistance habile sur salutáris nóster\, «toi qui es chargé de notre salut »\, et\, après le própter nómen túum\, traité en teneur de psaume\, le très suppliant Dómine líbera nos préparant la reprise ardente de Atténde.Faire l’accent de Atténde fort ainsi que celui de Dómine. Ne pas ralentir miserére. \nIII – La Messe –\nINTROÏT\nLE TEXTE\nTu as pitié de nous\, Seigneur\, et tu ne hais rien de ce que tu as fait\,Dissimulant les péchés des hommes à cause de la pénitence et leur pardonnant !Parce que tu es le Seigneur notre Dieu.Ps. – Aie pitié de moi\, ô Dieu\, aie pitié de moi car\, en toi\, elle se confie\, mon âme. Sagesse XI\, 24\, 27. Ps. LVI\, 2.Ces deux versets sont un hommage à la miséricorde divine qui ne cesse pas d’agir en dépit des ingratitudes des hommes. C’est dans ce sens général\, que l’Eglise les entend ici. Toutefois\, après la  réception des Cendres qui a valu tant de grâces de pardon à ses membres\, elle y mêle tout naturellement sa reconnaissance ; sa confiance et sa supplication aussi\, car elle sait bien qu’il y a encore à pardonner ; de sorte que cette affirmation très simple est en même temps hommage de foi\, action de grâces\, et prière. \nLA MÉLODIE\nL’âme parle au Seigneur dans l’intimité. Elle le fait avec une grande simplicité tout au long de la première phrase\, enveloppant Dómine de tendresse et soulignant\, par son insistance sur ómnium et sur níhil eórum\, l’universalité de la miséricorde divine.Dans la seconde\, elle s’anime un peu. L’idée\, si actuelle\, du péché et de la pénitence semble faire la supplication dominer. C’est elle qui\, sur la formule entendue trois fois déjà dans le Répons Emendémus\, mais reprise ici à la quinte supérieure\, monte ardente\, mettant en plein relief devant le Seigneur própter pæniténtiam\, le mot auquel la miséricorde ne résiste pas.Après ce cri qui met en relief son mérite\, l’âme revient à l’intimité paisible du début\, s’attardant toutefois sur párcens íllis comme en une pression délicate ?  Puis\, évoquant sur quía tu es Dóminus Déus nóster le choix que Dieu a fait de l’Eglise et les promesses qu’il lui a données\, elle y met une fois de plus son amour reconnaissant\, sa confiance et sa supplication. Celle-ci devient directe et ardente dans le Psaume… «Aie pitié de moi\, Seigneur\, aie pitié de moi… »Le mouvement sera modéré\, sans lenteur\, et entretenu.Prolonger la double note de eórum ; dans certains manuscrits c’est une bivirga épisématique.La seconde phrase\, a tempo. La première note des podatus de própter un peu allongée. Peu ou pas de ralenti à la fin de pæniténtiam. Retenir párcens íllis. Elargir le torculus de tu es.Le Psaume\, très humble et très priant. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nAie pitié de moi\, ô Dieu\, aie pitié de moi :Car\, en toi\, mon âme se confie.Verset. – Il a envoyé du ciel\, et m’a délivré :Il a livré à l’opprobre eux qui m’ont foulé aux pieds. Ps. LVI 2\, 4.Dans le premier verset\, le psalmiste lance un appel à la miséricorde du Seigneur. Dans le second\, il voit dans l’avenir son appel exaucé.Le sens demeure le même dans le cadre liturgique de ce début de Carême. Le sous-diacre vient de lire à l’Epître le texte de Joël : « Le Seigneur a été touché  de zèle pour son pays et il a épargné son peuple et il a dit : Voici\, je vous enverrai du blé\, du vin\, de l’huile… » L’âme\, remise en confiance\, en dépit de son péché\, par ce qu’elle a entendu\, se tourne vers Dieu. Elle lui demande d’avoir pitié d’elle\, lui redit sa confiance et\, dans un cri tout vibrant d’espoir\, voit déjà le secours qui vient du ciel. Non pas du blé\, du vin\, de l’huile cette fois\, mais le Christ\, l’Envoyé\, Celui qui changera le blé et le vin en son Corps et en son Sang et donnera à l’huile un pouvoir de salut\, mettant ainsi sur nous la puissance libératrice de sa passion\, de sa mort et de sa résurrection. \nLA MÉLODIE\nMiserére méi Déus miserére méi : quóniam in te confídit ánima méa.La première phrase\, qui se déroule toute entière dans le grave\, est sombre. Elle ne manque pas d’ardeur\, notamment sur méi\, mais l’âme\, couverte de confusion\, n’ose pas lever les yeux sur celui qu’elle implore.Dans la seconde\, peu à peu elle domine sa honte et c’est une prière intense que\, de toutes ses forces\, elle lance vers Dieu. La mélodie monte de plus en plus insistante sur les rythmes ternaires de miserére\, met un accent d’ardente supplication sur méi et va s’épanouir\, toujours suppliante\, sur le pressus qui commence la dernière incise\, avant de redescendre doucement vers la tonique\, humble encore\, mais apaisée.Les deux autres phrases ne sont plus un appel direct à la miséricorde. L’âme dit à Dieu sa confiance et s’en sert pour plaider sa cause. La mélodie est tout autre ; il n’y a plus de honte ni de supplication ardente\, c’est la paix et presque la joie ; notez le motif de quóniam qui revient sur ánima et les rythmes qui s’allègent peu à peu. Le tout s’achève sur méa en une longue vocalise toute heureuse\, qui se revêt à la fin\, sur les trois punctums – qui sont trois virgas épisématiques – d’un dernier accent de confiance assurée et forte.Verset. – Mísit de caélo et liberávit me\, dédit in oppróbrirum conculcántes me.La mélodie\, établie dès le début sur la dominante dans l’attitude de confiance où elle s’est mise ; elle la voit venir si précise et si nette dans la personne du Christ\, dans son Esprit\, dans sa grâce qui va lui appliquer de nouveau à Pâques le fruit de la Rédemption\, que c’est déjà la joie de sa délivrance qu’elle chante. Notez le long développement de caélo en une sorte de contemplation heureuse\, et la progression des pressus sur liberávit me avec l’ardeur qu’ils font s’épanouir sur la double note du sommet.Le mouvement de la seconde phrase qui est léger au début\, avec peut-être une nuance de revanche quelque peu hautaine\, se fait plus retenu dans la suite\, comme si l’âme s’indignait à la pensée de tout ce qu’elle a eu à supporter. Cet assombrissement passager disparaît dans la finale\, qui est un bel élan de joie s’achevant dans la paix\, avec le même accent de confiance sur les dernières notes.Le mouvement ne doit pas être rapide\, mais il ne faut pas traîner.La double note de méi est une bivirga épisématique\, la bien appuyer de tout le poids de la supplication ; Déus\, ensuite\, léger. Bien mener le mouvement du deuxième miserére en progression  jusqu’à la double note sur do. Très peu  de ralenti au torculus de la fin de la phrase.Relier la troisième phrase à la seconde. Les podatus de in te un peu  retenus sur leur première note. Rattacher ánima à confídit. Prolonger et même répercuter délicatement la triple note de la fin qui est une trivirga épisématique\, en l’appuyant bien ; l’expression en sera considérablement accrue.Le verset\, plus léger\, joyeux même.Le scandicus qui monte au do\, sur caélo\, retenu ; le reste du mot souple. La double note qui suit les pressus est bivirga épisématique\, la pression exercée sur les pressus se continuera sur chacune des bivirgas. Même interprétation sur liberávit me.Que le mouvement thétique de oppróbrium soit très lié\, les ictus à peine touchés\, intellectuels. Mener le mouvement en progression sur conculcántes. Exécuter\, de la même façon que dans la première partie\, la trivirga de la fin. \nTRAIT\nLE TEXTE\nSeigneur\, ne nous traite ni selon les péchés que nous avons commis\, ni selon nos iniquités.Seigneur\, ne garde pas souvenir de nos iniquités passées.Qu’elles se hâtent vers nous\, tes miséricordes\, car malheureux nous sommes devenus à l’excès.Aide-nous\, Dieu notre salut\, et pour la gloire de ton nom\, délivre-nous ;Et sois bien disposé à l’égard de nos péchés à cause de ton nom. Ps. CII\, 10\, LXXVIII\, 8-9.Ces versets forment à eux trois une supplication qui contient tous les éléments de la prière pénitente : appel à la clémence\, à l’oubli\, à l’aide. \nLA MÉLODIE\nLe premier verset se déroule dans le grave autrour de re. L’intonation\, très priante dans la progression de plus en plus ardente des pressus\, ne s’élève que peu à peu\, mais demeure\, comme tout le verset d’ailleurs\, timide\, humble\, pénétrée de contrition. Ici encore\, l’âme n’ose pas regarder celui qu’elle implore ; son chant ne s’élève que sur les mots où elle s’accuse : peccáta nóstra quæ fécimus nos\, iniquitátes nóstras. La dernière syllabe de nóbis qui reprend le très beau motif du début de l’intonation est caractéristique de cette prière en plaintes étouffées.Le second verset s’établit dès le début sur le fa. Le mot Dómine n’a plus rien de sombre. Il semble que la honte ait disparu ; la supplication prend tout. Elle éclate\, ardente\, sur memíneris et aux cadences de antiquárum et de túæ.C’est au début du troisième verset\, établi cette fois sur le la\, qu’elle atteint son maximum. Dès les premières notes\, elle  touche sur adjuva nos les limites extrêmes du mode. Cet appel au secours\, qui monte pressant comme un cri de détresse\, a quelque chose d’émouvant d’autant qu’à ce moment tout le monde se met à genoux. Les mêmes motifs de prière ardente se retrouvent aux cadences\, sur salutáris nóster\, sur líbera nos et\, avec quelque chose de plus fort encore\, sur peccátis nóstris. L’âme peu à peu s’apaise sur la longue finale\, et c’est dans une atmosphère de douce confiance que la prière prend fin.Dans l’intonation\, mener le mouvement en progression jusqu’au pressus de Dómine. Ne pas mettre d’emphase dans les teneurs\, que tout soit simple et humble. Bien conduire le mouvement vers les pressus de nos et de nóstra\, et bien accentuer nóbis. Que le pressus de la fin soit doux.A tempo sur Dómine\, au début du second verset. La distropha et la tristropha de antiquárum\, douces.On peut chanter le dernier verset un peu plus lentement ; surtout le faire pressant. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nJe t’exalterai\, Seigneur\, parce que tu m’as accepté et que tu n’as pas fait se réjouir mes ennemis sur moi.Seigneur\, j’ai crié vers toi et tu m’as guéri. Ps. XXIX\, 2-3.Ces deux versets n’ont rien de pénitentiel. Ils demeurent ce qu’ils furent sur les lèvres du peuple Juif\, une louange de reconnaissance.L’Eglise qui s’offre avec la matière du sacrifice\, súscipe sáncte Páter…\, prend conscience que Dieu l’accepte et que cette acceptation l’enlève à la domination du démon et la guérit un peu plus des maux qu’il lui a causés. D’où sa joie et l’action de grâces qu’elle fait monter en louange vers le Seigneur et sa miséricorde. \nLA MÉLODIE\nElle est toute pénétrée de joie comme il convient à un chant de reconnaissance.Cette joie\, nette et franche dans les intervalles pleins et sonores de l’intonation\, se nuance de tendre vénération sur Dómine et va s’épanouir sur suscepísti me en une cadence du Ve mode\, paisible et heureuse\, non sans avoir souligné fortement sur quóniam l’intérêt capital de ce mot sauveur.La même insistance se retrouve sur nec delectásti\, second objet de la reconnaissance\, et la mélodie s’élève dans un très beau mouvement de joie fière et forte qui enveloppe toute la fin de la phrase après s’être épanoui avec éclat sur súper me.Les deux première phrases ont chanté le motif de la  reconnaissance ; la troisième\, elle\, est reconnaissance pure : « J’ai crié vers toi\, tu m’as guéri. » Le ton est différent\, il devient tout intime ; l’âme s’est repliée sur le Seigneur. La mélodie descend sur Dómine gracieuse et pleine de tendre vénération\, remonte en un accent de ferveur sur ad te\, puis s’étend sur sanásti me en de longs neumes contemplatifs qui ne voudraient pas finir de dire merci.Faire l’intonation légère et vivante\, qu’elle aille vraiment vers le Seigneur. Dómine\, doux et très expressif ; les dernières notes retenues. La double note de quóniam est une bivirga allongée : la bien appuyer et y faire passer l’ardeur de la reconnaissance ; la tristropha\, légère ; les quatre premières notes qui suivent\, un peu retenues. Suscepísti me\, bien souple.Un peu de mordant sur le salicus de nec ; lier les punctums aux tristrophas sur delectásti : la double note de méos est une bivirga allongée. Donner de l’éclat à súper me.La dernière phrase\, légère ; les trois dernières notes de Dómine\, élargies ; de même la montée de clamávi ad te dont la double note est une bivirga épisématique.Ralentir sanásti me jusqu’au premier torculus. La triple note du milieu est une trivirga dont les deux premières notes sont épisématiques. La dernière tristropha\, légère. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nQui méditera la loi du Seigneur\, jour et nuit\, donnera son fruit en son temps. Ps. I\, 2-3.Le sens littéraire est très clair. Le sens liturgique l’est moins. On ne voit pas de prime abord comment cette sentence s’applique au Carême et surtout au moment de la Communion. Cela tient à ce que les communions des féries du Carême\, à quelques exceptions près\, ont été choisies dans les 26 premiers psaumes à la suite les uns des autres\, sans qu’il ait été tenu compte d’autre considération. On peut toutefois l’interpréter dans le sens de cette période de pénitence qui est un temps où la méditation et le lever matinal font partie de l’ascèse ; et même dans le sens de l’Eucharistie en donnant à qui meditábitur in lége Dómini le sens de : qui gardera son esprit sur le Seigneur. La présence divine réalisée de plus en plus est en effet le fruit principal de la Communion : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi… et celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit. » \nLA MÉLODIE\nBien que le texte ne se prête pas à l’expression de sentiments forts\, elle est un beau mouvement de joie. Simple et alerte dans la première phrase ce mouvement eut été parfait si le si bémol n’avait pas malencontreusement pris la place du si naturel sur ac nócte.Dans la deuxième phrase\, la joie est plus intérieure. L’âme\, prise par le mot frúctum s’y arrête et contemple\, dans l’avenir tout proche\, le fruit merveilleux qu’elle va produire au cours de cette période en prêtant concours à la grâce\, et qui n’est rien moins que la vie même du Christ intensifiée en elle. L’adaptation de la mélodie est admirable. Après le bel élan de frúctum\, elle descend sur la tonique et s’y enroule\, sans autre mouvement que d’y revenir sans cesse\, comme l’âme à son idée\, et d’y prendre fin en une cadence qui porte\, en ce qu’elle a d’inachevé\, l’accent si particulier de la joie du désir.Le mouvement doit être vif dans la première phrase. La note qui précède le torculus de Dómini est une virga épisématique\, elle a l’ictus ; díe sera lié à Dómine sans aucune pause au quart de barre.Dans la seconde phrase\, à part la première partie du mot frúctum\, le mouvement est le même mais légèrement tempéré. Les podatus de témpore auront leur première note bien posée. La finale\, très peu ralentie.Polyphonies pour le carêmeEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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DESCRIPTION:A noter: il n’y pas de Gloria. L’Alleluia est remplacé par le Trait. \nCommentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nLEÇONS DES MATINES : (II Cor. VI). Voici le temps du salut\, profiter de la grâce de l’épreuve.ÉPÎTRE : id.ÉVANGILE : Episode de la tentation de Notre Seigneur (Math. IV\, 1-11).STATION : Saint Jean de Latran.IDÉE CENTRALE : Le Carême est un temps d’épreuve. Dans les épreuves\, une grâce est mise par Dieu. Pour en profiter\, il faut vaincre l’épreuve ou la porter comme le Christ\, et sans avoir peur\, car Dieu nous grade et nous aide par ses anges. Après quoi viendra le salut\, dans la joie de Pâques\, gage de l’éternelle joie. \nINTROÏT\nLE TEXTE\nIl m’invoquera\, et moi\, je l’exaucerai.Je l’arracherai (de l’épreuve) et je le glorifierai.D’une longue suite de jours\, je le comblerai.Ps. – Celui qui est à demeure sous l’assistance du Très-Haut\,        Sous la protection du Dieu du Ciel reposera. Ps. XC\, 15-16\, 1.Ces deux versets sont comme l’ouverture du drame de la tentation de Notre Seigneur\, qui est aujourd’hui l’objet de tous les chants. Le Père entre en scène et annonce ce qui va se passer. C’est donc au Christ qu’ils s’appliquent en tout premier lieu. Mais\, comme le drame continue et qu’il s’étend à tous les membres du Christ\, c’est le processus de l’aide divine dans la lutte qui se livre\, à un moment ou à un autre en chacun de nous\, que le Père décrit et qu’il enveloppe de sa parole forte et pleine de réconfort.Ranimée par cette promesse du secours divin qui la fera sans faiblir traverser l’épreuve et atteindre le bienheureux repos\, l’Eglise chante alors dans le Psaume sa confiance inébranlable. \nLA MÉLODIE\nC’est le Père qui parle. Sa voix dès le premier mot est empreinte de paix\, de douceur\, d’aimable bienveillance. Elle se nuance d’autorité et de ferme assurance sur et égo exáudiam et sur érípiam ; s’exalte sur glorificábo en un mouvement plein d’éclat qui évoque la splendeur de la gloire promise ; s’étale sur longitúdine comme pour symboliser la durée des jours heureux qui seront l’issue de la lutte et s’achève sur adimplébo dans la même docueur paisible et forte.On ne ralentira que très peu les fins de phrase et on les fera bien semblables\, car elles riment\, et dans le texte et dans la mélodie\, mettant d’ailleurs ainsi en un très frappant relief le Christ et ses membres\, que le pronom éum représente.Pas de dureté sur la tristropha de exáudiam ni sur erípiam\, qui sera toutefois bien appuyé. Les deux derniers neumes de glorificábo légèrement retenus. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nA ses Anges\, il t’a recommandé\, afin qu’ils te gardent sur tous les chemins.Verset. – Dans leurs mains ils te porteront\, pour que jamais tu ne blesses à la pierre ton pied. Ps. XC\, 10-11.Si l’on se borne à ne voir dans l’office que la représentation liturgique du drame de la tentation du Christ\, ces deux versets sont comme la voix du prophète qui vient se faire entendre en manière d’encouragement avant que commence l’action. Mais il faut aller plus loin. Le drame est élargi ici à la mesure du Corps mystique. Après l’incident du désert\, Satan ne s’est éloigné que pour un temps. Il est revenu très vite autour de l’Eglise et de  chacun de ses membres\, pour qui il demeure un danger toujours actuel. Dès lors\, ce n’est plus à Notre Seigneur seul que s’appliquent les versets du psaume mais à tous ses membres ; et ce n’est plus seulement la voix du prophète qui chante mais la voix de l’Eglise\, chargée de fortifier\, d’encourager\, de réconforter ceux qui ont à porter le  fardeau de la résistance ; la voix de toute l’Eglise\, celle du Christ et des élus et des âmes du Purgatoire qui parlent d’expérience\, et celle de tous ceux qui\, sur la terre\, ont mission de nous aider\, en nous communiquant quelque chose de leur foi et de leur confiance.Ainsi entendu\, le Graduel est tout à fait à sa place après l’Epître où Saint Paul nous présente le dur labeur de l’ascèse chrétienne comme l’arme défensive et offensive du combat. \nLA MÉLODIE\nC’est la mélodie type des graduels du IIe mode. On ne saurait\, il va de soi\, y chercher une expression particulière ; il reste que dans l’ensemble elle a bien le ton de sympathie\, de bienveillance\, de tendresse délicate qui communique aux mots la puissance merveilleuse du réconfort. Beaucoup d’ailleurs se trouvent fort bien servis : mandávit\, à qui le salicus donne une touche de ferme autorité ; ut custódiant\, avec la bivirga qui fait la recommandation si pressante ; les deux pronoms te qui reçoivent une marque particulière de sollicitude\, ainsi que túis à la fin de la première partie ; in mánibus portábunt te\, léger comme un vol d’ange ; ne únquam\, avec une nuance d’expresse recommandation…Compte tenu de ce qui vient d’être dit\, on ne saurait ajouter quoi que ce soit aux conseils d’exécution donnés à la fin des graduels de la Vigile de Noël et de la Messe de Minuit . \nTRAIT\nPs. XC.Le Psaume XC est un dialogue entre une âme qui se confie à Dieu et une autre âme qui lui réplique en lui détaillant tout ce qu’elle recevra du divin Protecteur. Le Seigneur intervient à la fin pour tout confirmer.Au sens liturgique\, la première sera l’âme qui va se livrer à la pratique de l’ascèse durant le Carême\, la seconde\, l’Eglise\, comme dans le Graduel. C’est Dieu le Père qui interviendra à la fin.Comme le texte est composé du Psaume XC presque tout entier et que la mélodie n’a pas d’originalité propre\, étant faite des formules psalmiques du IIe mode\, il a paru préférable de ne pas les traiter à part l’un de l’autre mais d’indiquer seulement\, après la traduction de chaque verset\, les expressions particulièrement marquées. \nI – Chant de l’âme qui se confie à la garde du Très-Haut –\n– Celui qui est à demeure sans assistance du Très-Haut\, sous la protection du Dieu du Ciel reposera.Le mot hábitat est bien en évidence. Il ne s’agit pas en effet de celui qui  demande\, en passant\, la protection divine mais de celui qui demeure sous l’assistance du Très-Haut. Les deux premières notes doivent être très légèrement élargies et unies en un seul temps. Altíssime arrive très heureusement à la cadence de la médiante. Déi caéli est le mot le plus expressif ; par le punctum allongé\, la quinte descendante et la distropha suivie de la tristropha répercutée\, il est enveloppé de tendresse\, en même temps qu’est mis en évidence tout ce qu’a de précieux une si haute protection. Il y a sur non commorábitur une belle touche de ferme assurance.– Il dira au Seigneur : Tu es celui qui m’a pris et mon refuge\, mon Dieu. Je mettrai mon espoir en toi.Un léger ralentissement sur le premier climacus de Dómino lui donne une belle nuance de vénération. Méus es et Déus méus sont bien en relief aux cadences\, enveloppés de confiance et d’amour\, de même éum à la fin.– Parce que lui-même m’a délivré du filet des chasseurs et de la parole dure.Long développement\, confiant et tendre\, sur Ipse. Líberavit a un motif joyeux de libération. \nII – Réplique de l’Eglise –\n– Comme un oiseau\, de ses ailes\, il te couvrira et sous ses plumes\, tu auras confiance.Cadences heureuses sur obumbrábit tíbi et sur pénnis éjus.– D’un bouclier t’entourera sa fidélité. Tu ne craindras pas les frayeurs de la nuit.Scúto est très caractéristique à cause des notes prolongées et répercutées qui évoquent le bouclier étendu en protection.– Ni la flèche qui vole durant le jour\, ni les complots qui se trament dans la nuit\, ni la ruine\, ni le démon de midi.Les trois mots\, ságitta volánte\, ruína et dæmónio meridiáno ont des motifs originaux ; le même pour les deux derniers. Les triples notes sur negótio et ruína sont des trivirgas épisématiques.– Ils tomberont\, à ta gauche\, mille\, et dix mille à ta droite\, mais\, de toi\, rien n’approchera.Toute la première partie\, par le développement sur les notes élevées\, a quelque chose de joyeux qui cadre bien avec l’idée de salut assuré par la protection divine.– Parce que à ses Anges il t’a recommandé\, afin qu’ils te gardent sur tous tes chemins.Heureuses applications à te et custódiant te.– Dans leurs mains ils te porteront pour que jamais tu ne blesses\, à la pierre\, ton pied – Tu marcheras sur l’aspic et sur le basilic et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.Ambulábis\, leónem et dracónem ont un développement qui les souligne fortement. \nIII – Intervention du Seigneur –\n– Parce qu’en moi il a mis sa confiance\, je le délivrerai ; je le protégerai\, parce qu’il a fait appel à mon nom.Sperávit\, mot entre tous important\, est en plein relief; de même les deux éum.– Il m’invoquera\, et moi je l’exaucerai\, je suis avec lui dans la tribulation.Ego sur la formule ordinaire est particulièrement expressif : le ralentir légèrement.– Je le retirerai de l’épreuve et je le glorifierai. D’une longue suite de jours je le comblerai et je lui ferai voir le salut.Tous les pronoms éum sont en relief. Longitúdinem diérum a la même formule que dans l’Introït\, une longue tenue répercutée\, très évocatrice. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nSous ses ailes\, il te couvrira d’ombre\, le Seigneur ;Et sous ses plumes\, tu pourras espérer ;D’un bouclier\, t’entourera sa fidélité. Ps. XC\, 4-5.Après avoir entendu le récit de la tentation du Christ et l’avoir vu dans le triomphe de sa victoire\, servi par les Anges de Dieu\, l’Eglise chante ces deux versets aux fidèles pour leur dire tout ce qu’ils trouveront de confiance\, de force\, de tendresse maternelle\, dans le Seigneur s’ils veulent s’abandonner à sa protection et se réfugier en lui\, comme les poussins sous les ailes de leur mère. \nLA MÉLODIE\nElle est aimable\, douce et tendre comme la voix d’un ami annonçant à un ami des félicités dont il a déjà fait lui-même l’expérience.L’intonation\, toute paisible\, est déjà pénétrée de joie ; une joie qui s’exalte un peu sur obumbrábit et qui devient toute tendresse dans l’admirable retombée de tíbi Dóminus.Il y a plus de mouvement dans la seconde phrase ; l’exaltation grandit. La mélodie souligne éjus d’une fervente vénération qui est comme un tendre hommage à la maternelle douceur du Père et qui en évoque les joies profondes\,  puis elle va s’évanouir sur sperábis\, chantant avec éclat l’espérance qui garde le courage intact.Ce mouvement plein d’élan continue dans la dernière phrase. Scúto a la même formule que dans le Trait\, étendue comme une force protectrice. Sur circúmdabit te une nuance de tendresse très marquée domine\, mais pour un instant seulement. C’est dans une sorte de grandeur majestueuse que tout s’achève sur véritas éjus\, comme un hommage à la  fidélité infinie de Dieu\, sur quoi tout repose.Bien mener le crescendo jusqu’à tíbi dans la première phrase et qu’il soit discret.Ralentir légèrement la descente de éjus\, y rattacher sperábis dans un seul mouvement. La double note est une bivirga épisématique\, y mettre le ferme appui de l’espoir vivant. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nSous ses ailes\, il te couvrira d’ombre\, le Seigneur ;Et sous ses plumes\, tu pourras espérer ;D’un bouclier\, t’entourera sa fidélité. Ps. XC\, 4-5.C’est le même que pour l’Offertoire. L’interprétation aussi est la même\, rendue seulement plus actuelle et plus vivante du fait de la communion ; le bonheur d’être caché en Dieu\, maintenant et à jamais\, et de jouir de lui\, dans la confiance et la paix\, étant le fruit de l’Eucharistie. \nLA MÉLODIE\nL’expression d’ensemble ne diffère guère de celle de l’Offertoire que par des nuances. C’est bien la même tendresse révélant le même bonheur. On la trouve dès l’intonation avec toutefois\, sur súis\, un accent qui a quelque chose de plus profond\, de plus intime : l’évocation des joies de la présence divine. Dans la seconde phrase\, c’est pénnis qui est en relief et non éjus\, mais c’est bien le même amour ardent et délicat. Scúto légèrement élargi prend cette fois avec circúmdabit te la forme d’une enveloppante sollicitude.La double note de súis est une bivirga épisématique ; la faire très expressive. Bien allonger pénnis\, comme une aile qui s’étend ; donner tout le poids du rythme à la dernière note. Elargir circúmdabit.Polyphonies pour le carêmeLe Trait de la messe de ce 1er dimanche de Carême étant particulièrement long (3 pages et demie)\, nous vous proposons une version en faux-bourdon\, à savoir une alternance de psalmodie grégorienne et de polyphonie; cette dernière est sur le thème du De profundis parisien. Le résultat est très beau et la mise en œuvre aisée.Epître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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SUMMARY:Deuxième Dimanche de Carême
DESCRIPTION:A noter: il n’y pas de Gloria. \nCommentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nLEÇONS DES MATINES : Histoire de Jacob (Gen XVII). \nÉPÎTRE : I Thess. IV\, 1-7. S’abstenir de pécher afin de réaliser la sanctification à laquelle Dieu nous a appelés en Jésus-Christ. \nÉVANGILE : Transfiguration de Notre Seigneur. \nSTATION : Sainte Marie in Dominica. \nIDÉE CENTRALE : Le Samedi des Quatre-Temps était jour d’ordination. La cérémonie commencée tard dans la soirée durait toute la nuit et s’achevait aux premières heures du dimanche par la messe qui est aujourd’hui celle du Samedi. Il n’y avait donc pas de messe le Dimanche. Ce n’est que plus tard\, quand la liturgie romaine fut célébrée hors de Rome\, que celle que nous chantons aujourd’hui fut composée. Les chants furent empruntés au mercredi précédent\, l’Évangile au samedi ; l’Épître est propre. Voulue ou non\, une idée se dégage assez nette de l’ensemble. Jacob\, le béni de son père\, doit souffrir de longues années avant de conquérir l’épouse avec laquelle il fondera sa race. Avant d’entre dans l’épreuve\, il jouit à Béthel\, de la vision de la gloire céleste et reçoit la bénédiction du Très-Haut pour lui et sa postérité. Ainsi le Christ\, Fils bien-aimé du Père\, doit-il passer par la souffrance et la mort pour conquérir son épouse\, l’Eglise. Avant d’entrer dans l’épreuve\, il laisse la splendeur de sa gloire paraître et le transfigurer aux yeux des apôtres\, puis\, lui aussi\, reçoit la bénédiction du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé… » Ainsi de nous ; avant d’atteindre le jour où nous serons unis à l’Epoux\, dans la gloire des noces de l’Agneau\, nous avons à passer par les épreuves ; la souffrance\, la mort : toutes choses mises sur notre chemin pour nus purifier et nous rendre dignes de l’union divine qui nous attend. Le Carême et la Passion en sont\, plus que toutes les autres périodes\, le temps. Au moment où nous commençons à en entir le poids\, la vision du Christ transfiguré nous est offerte\, comme pour révéler la béatitude qui sera le fruit de notre épreuve\, quand nous serons avec lui enveloppés dans la même lumière de gloire. Mais cet état ne se réalisera que par la miséricorde de Dieu : tous les chants de la messe la demandent donc.Dimanche de la miséricorde\, demandée\, manifestée\, expérimentée. \nINTROÏT\nLE TEXTE\nSouviens-toi de tes bontés\, Seigneur\, Et de ta miséricorde\, qui avant le temps sont. \nQue jamais ne dominent sur nous nos ennemis : libère-nous\, Dieu d’Israël\, de toutes nos angoisses. \nPs. – Vers toi Seigneur\, j’ai levé mon âme. \nMon Dieu\, en toi j’ai confiance\, je n’aurai pas à rougir. Ps. XXIV\, 7\, 22\, 1\, 2. \nIl faut distinguer dans ce texte deux idées différents : un appel à la miséricorde du Seigneur et une prière pour qu’il nous délivre de nos ennemis. Ce serait une erreur de traduire ne par afin que\, reliant ainsi ne únquam à reminíscere. « Souviens-toi...» forme une phrase ; « Que nos ennemis ne nous dominent pas…» en forme une autre. La mélodie appuie fortement cette interprétation. Il reste que le tout ne fait qu’une seule prière\, mais avec deux objets.Le premier\, c’est le pardon des péchés. Il n’est pas explicitement mentionné car la miséricorde a un objet plus étendu\, mais tout le contexte du Psaume l’indique\, de même le contexte liturgique. Le fait d’ailleurs qu’il demeure inexprimé donne au texte quelque chose de plus intime\, comme une plainte dont on garde au fond de l’âme l’objet précis\, sachant bien qu’il est connu de celui à qui l’on s’adresse.Le second\, c’est d’être libéré. De quels ennemis ? Pour le psalmiste\, il s’agissait tout d’abord de ses ennemis personnels ou de ceux du peuple juif. Pour l’Eglise\, il s’agit aussi de ses ennemis extérieurs\, toujours agissant ici et là de quelque manière\, mais\, plus encore\, des ennemis de l’âme : le démon\, le monde\, la concupiscence\, plus actifs peut-être en un temps de pénitence qu’en tout autre période. Entendue ainsi\, dans un sens spirituel\, cette seconde idée rejoint la première et forme avec elle un ensemble qui se tient comme se tiennent les dernières demande du Páter : Pardonnez-nous nos offenses… et ne nous laissez pas succomber à la tentation\, mais délivrez-nous du mal.Prière de l’Eglise pénitente. \nLA MÉLODIE\nElle aussi se compose de deux parties.La première est faite de deux phrases à peu près semblables. Elles sont composées l’une et l’autre de deux incises qui commencent par une tristropha. Nous avons déjà rencontré cette forme musicale dans l’Introït Omnis térra\, le IIe Dimanche après l’Epiphanie. Elle s’alliait là à un développement mélodique assez considérable ; il n’en n’est pas de même ici\, la mélodie descend du fa au re\, remonte du re au fa avec quelques broderies au sol et au la et c’est tout. Il s’ensuit une sorte de monotonie sans couleur\, un ton de grisaille\, mais qui est de la plus haute expression. Prière de contrition. Elle n’est pas seulement humble\, elle est lourde de souffrance\, de cette souffrance particulière qu’est le poids du péché revenant toujours le même. Il n’y a pas d’appel angoissé\, pas de cri de détresse\, pas de passion ; une plainte murmurée délicatement\, sans souci de plaider\, ni de presser\, répétée sur le même motif quatre fois\, alourdie par la longueur de la tristropha du début et s’achevant sur une cadence\, triste elle aussi\, de la tristesse du péché. Mais au fond de cette monotonie\, l’enveloppant\, la vivifiant de l’intérieur\, une tendresse toute fixée sur Dieu\, confiante\, assurée déjà\, par l’expérience\, du pardon qui\, une fois de plus\, va venir.Dans la seconde partie\, c’est la même sobriété\, la même réserve\, avec toutefois quelque chose de plus extérieur. Un sentiment plus vif perce un peu partout. La supplication se fait plus osée. Elle insiste. Aussi bien ne s’agit-il plus seulement de l’âme elle-même et de son péché mais de ses ennemis qui sont aussi les ennemis de Dieu. Il y a sur le pressus et sur la double note de ne únquam – qui est une bivirga épisématique – une allure de décision ferme\, avec une touche d’indignation qui devient de plus en plus ardente sur inimíci nóstri.Elle passe à la phrase suivante où elle mêle à la supplication revenue une nuance de force ; au début du moins\, car peu à peu la mélodie redevient paisible\, abandonnée\, intérieure\, traversée seulement à la fin\, sur angústiis\, par une sorte d’angoisse qui la fait plus émouvante encore.Tout doit être très lié. Les tristrophas seront légères\, les torculus de miseratiónum et de misericórdiæ bien arrondis.Le crescendo de la deuxième phrase sera discret mais englobera toute la phrase. Ne pas trop élargir la dernière cadence ;  un léger crescendo\, appuyé dès le début de angústiissur la clivis élargie\, le quilisma\, l’oriscus\, le salicus ; c’est un mot qui a ici un sens considérable. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nLes tribulations de mon cœur se sont multipliées :de mes angoisses\, délivre-moi\, Seigneur. \nVerset. – Vois mon abaissement et ma peine : et pardonne-moi tous mes péchés. Ps. XXIV\, 17-18.Encore deux versets du Psaume XXIV. Le sens en est clair. Le psalmiste dit à Dieu que sa souffrance d’avoir péché – disons sa contrition\, car c’est bien ce qu’il faut entendre par les tribulations de son cœur – se fait de plus en plus vive. Il le supplie de regarder son âme abaissée dans l’humble repentir\, et la peine qu’il prend pour se libérer de son péché ; et de lui pardonner enfin.Prière de l’âme repentante\, comme l’Introït. Encore qu’elle ait dû se trouver bien des fois sur les lèvres de Jacob\, et sur celles du Christ quand il avait sur lui le poids de nos péchés\, il n’y a rien qui la rattache à quelque épisode de leurs vies. Elle est une prière de pénitence qui demande miséricorde\, c’est tout ; et c’est assez\, hélas ! pour qu’elle soit toujours d’actualité sur nos lèvres. Elle est toutefois bien à sa place après l’Epître\, qui nous énumère les instruments variés de la mortification et avant l’Évangile\, qui nous révèlera la gloire du Christ miséricordieux en qui nous recevons la misériorde du Père. \nLA MÉLODIE\nIl est rare de trouver une mélodie du Ve mode tout entière en fa comme celle-ci\, sur un texte qui est un appel à la miséricorde. Ses tons pleins\, son atmosphère paisible\, heureuse\, parfois joyeuse et exultante s’allie mal avec le poids du péché\, la tristesse du remord et les appels douloureux vers la pitié divine. Aussi\, si l’on ne chante pas la première phrase avec un peu de lenteur et de poids et dans un sentiment de contrition\, elle sonnera faux parce qu’elle aura sur les mots mêmes de la souffrance\, Tribulatiónes córdis méi et dilatátæ sunt quelque chose de satisfait qui reflète le bonheur. Mais\, si on lui donne le mouvement qui convient et qui semble indiqué dans les manuscrits où les doubles notes de tribulatiónes et de méi sont des bivirgas épisématiques\, elle sera\, avant la prière elle-même\,  un très bel exposé des motifs\, humble et déjà suppliant.La seconde phrase\, par contre\, est admirablement adaptée. Dès le début\, elle module vers le la et s’y établit sur méis en une cadence mineure qui la met en  plein accord avec les mots. Elle s’élève alors sur éripe me en un très bel accent de prière\, spontané\, vif\, ardent\, chargé d’angoisse\, et qui peu à peu se pénètre de confiance et de paix sur le motif final de Dómine. \nLe Verset. – (V) Víde humilitátem méam et labórem méum et dimítte ómnia peccáta méa.Le défaut de la première partie reparait quelque peu au début sur víde mais\, tout de suite\, la même modulation en la intervient sur humilitátem et donne au mot son expression parfaite de prière intense et triste. Il n’en va pas ainsi du reste\, malheureusement. Il faudra donc\, ici encore\, remédier au défaut d’adaptation et s’efforcer d’atténuer le caractère de joie qui se dégage de presque toutes les formules.Faire lourdes et bien allongées les bivirgas de la première phrase dont presque tous les mots sont ralentis.Mener le crescendo de la seconde\, du début\, discrètement d’abord et progressivement\, jusqu’à me qui sera bien accentué. Retenir le mot Dómine\, surtout dans les arsis ; et bien arrondir le sommet.Le verset\, lent aussi. Sur víde\, les deux doubles notes sont des virgas épisématiques\, y faire peser la supplication. De même sur labórem.Faire la formule finale aussi priante que possible. \nTRAIT\nLE TEXTE\n1. – Louez le Seigneur parce qu’il est bon\,parce que tout au long des siècles est sa miséricorde.2. – Qui dira la puissance du Seigneur ?Qui fera entendre toutes les louanges qu’il mérite ?3. – Bienheureux ceux qui suivent son jugement\,et qu’ils accomplissent sa justice en tout temps.4. – Souviens-toi de nous\, Seigneur\, pour le bien de ton peuple :visite-nous\, dans celui qui vient de toi\, pour nous sauver. Ps. CVLe Psaume CV\, qui est un Psaume d’allégresse\, vient comme une surprise\, en Carême. En fait\, il est tout à fait à sa place si on le rattache au dernier mot de l’Épître : « Dieu vous a appelés à la sanctification en Notre Seigneur Jésus-Christ. » Cet appel de Dieu est l’acte éternel de sa miséricorde. L’Eglise vient de l’entendre dire. Elle a d’abord montré sa misère à Dieu dans le Graduel\, comme pour le presser d’agir ; maintenant\, sûre d’être sauvée\, elle chante la miséricordieuse bonté et\, pour finir\, demande à Dieu\, dans une prière qui précise l’idée de l’Introït\, de la visiter en Celui qui\, s’étant fait chair par miséricorde\, apportera à chacun le pardon\, dans son sacrifice. \nLA MÉLODIE\nLe VIIIe mode eût peut-être mieux convenu au texte. Il est réservé au Samedi-Saint avec l’éclat qui convient aux premières joies pascales. Le IIe mode est bien dans l’atmosphère violette du Carême.Les formules psalmiques sont absolument régulières. Quelques mots d’importance tombent bien aux cadences ; mais ce n’est pas là qu’il faut chercher l’expression cette fois\, c’est dans l’ensemble.De la première à la dernière note il y a\, par delà les fluctuations des incises\, des phrases et des versets\, une montée ininterrompue qui fait de tout le Trait une louange de plus en plus ample\, de plus en plus éclatante\, jusqu’à ce qu’elle s’achève\, transformée en ardente supplication\, dans les régions extrêmes du mode.Le premier verset débute en ré\, et ne dépasse le fa que par quelques broderies. Le second part du ré mais s’établit sur le fa et le mouvement s’anime\, avec le texte d’ailleurs. Notez le très beau motif de quis loquétur si bien adapté au mot\, à l’idée et à l’interrogation. Le troisième s’établit dès le début sur fa et\, en trois notes\, il est sur le la ; mouvement rapide qui rend parfaitement le sentiment spontané d’admiration et de désir de Béati\, lequel se développe très heureusement sur les formules de custódiunt judícium. Le quatrième est\, dans toute sa première partie\, nettement basé sur le la. Il se développe sur mémento en  une supplication qui\, dans les régions élevées\, prend une valeur peu commune. L’ardeur ne s’en manifeste pas par des élans impétueux mais par la redite paisible des mêmes motifs sur les mêmes notes. Il en résulte une insistance très poussée et\, en même temps\, très délicate et très intime. Une gracieuse ondulation sur nóstri amène le mot Dómine enveloppé de tendresse. Túi est bien à sa place\, très en relief à la fin de la phrase ; et l’incise finale porte jusqu’au si bémol qui est le sommet de la mélodie\, le mot visita nos qui est aussi le mot de la miséricorde et le sommet de la prière.Il ne doit y avoir aucun retard sur quis loquétur ; au contraire\, le mouvement devra être entretenu en raison des pressus qui s’attirent les uns les autres.Elargir légèrement Béati et custódiunt ; de même Dómine dans le dernier verset. Bien arrondir le sommet de visita nos. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nJe méditerai tes préceptes que j’aime tant ;Et je lèverai mes mains vers tes lois\, que j’aime. Ps. CXVIII\, 47-48.Le Psaume CXVIII est le Psaume de la fidélité à la Loi divine. Ces deux versets disent\, d’une façon très simple\, l’amour de l’âme pour la volonté du Seigneur qui lui est manifestée soit par la loi écrite\, soit par les inspirations du Saint-Esprit. L’expression Je lèverai mes mains doit être entendue comme le désir qu’a l’âme de demeurer tendue vers tout ce qui la lui fera connaître pkus précise et plus détaillée\, de sorte que le second verset\, tout en disant la même chose\, est en progression sur le premier.Ils forment ici tous les deux une belle paraphrase de l’Évangile. Notre Seigneur nous y est montré transfiguré\, entouré de Moyse\, le législateur\, et d’Elie\, le prophète\, et il est présenté par le Père comme son Fils bien-aimé qu’il faut écouter : la Loi\, les Prophètes et l’Évangile ; tout l’enseignement divin. L’Eglise chante sa joie de l’avoir ainsi concentré dans le gloire du Christ\, et le désir qu’elle sent grandir en elle de le méditer et d’en vivre. \nLA MÉLODIE\nElle est composée de deux phrases d’ossature semblable\, la seconde développant la première comme dans les offertoires Jubilate\, à la manière d’une variation.Une première idée sur in mandátis est reprise\, développée et trois fois répétées dans la seconde phrase : et levábo mánus méas ad mandáta. C’est le motif de la méditation.Une seconde idée sur quæ diléxi est\, elle aussi reprise\, et développée sur les mêmes mots\, dans la seconde phrase. C’est le motif de l’amour.Sur cette construction si parfaitement ordonnée\, un chant exquis de contemplation\, de conversation intime et tendre. L’âme chante pour Dieu seul\, sans souci de se faire entendre de quiconque d’autre. Elle ne lui demande rien ; elle lui parle. Elle lui dit\, dans un sentiment d’admiration extasiée et d’amour ardent\, ce que le récit évangélique a éveillé en elle. C’est tout.Toute la paix heureuse dont elle est remplie se trouve dans l’intonation où est esquissé déjà le motif de la méditation. Il prend toute sa forme sur in mandátis\, une ligne toute simple qui ondule en broderies légères et qui s’infléchit vers la tonique pour finir ; admiration mêlée de tendresse\, d’une tendresse toutefois qui ne se livre pas encore. Mais voici le mot de l’amour : quæ diléxi. L’amour est actif ; il soulève l’âme qui cette fois se laisse aller à la joie sur un rythme ravissant de grâce légère\, avant de mettre sa ferveur sur le dernier mot\, válde\, si expressif de tout ce qui ne peut pas se dire.Mêmes sentiments dans la seconde phrase ; ils sont seulement plus accentués. Rien ne s’oppose à ce qu’on voit dans les longues tenues répétées de levábo mánus méas comme une description des mains levées ; mais elles sont surtout l’expression du désir sans cesse renouvelé et toujours le même. Le quæ diléxi\, si pénétré de joie dans la première incise\, s’achève en  un balancement nuancé d’une teinte de mélancolie qui dit bien le désir insatisfait de l’amour qui ne possède pas encore son objet mais qui y tend de toutes ses forces.La première phrase sera légère et dans un bon mouvement\, quæ sera quelque peu élargi et les torculus de diléxi bien arrondis.La fin de mánus túas légèrement retenue ; de même quæ\, comme dans la première phrase.La dernière syllabe de diléxi\, bien élargie dans un rythme très balancé. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nComprends le cri de mon âme.Prête attention à la voix de ma prière\, mon Roi et mon Dieu\,Car\, vers toi\, je ferai monter ma supplication\, Seigneur. Ps. V\, 2\, 4.Le sens de ce verset est très simple. Il faut seulement noter que clamórem selon l’hébreu n’est pas le cri extérieur mais « la voix intérieure de la pensée ». Traduit par « le cri de mon âme »\, le texte est ainsi plus adapté au moment de la communion. L’âme\, qui reçoit le Seigneur\, le prie de ne pas distraire d’elle sa pensée car\, elle aussi\, va se refermer sur lui en une oraison de plus en plus intime\, de plus en plus ininterrompue\, jusqu’à ce que soit réalisée l’unité de vie dans l’amour. \nLA MÉLODIE\nElle est moins contemplative que celle de l’Offertoire\, mais elle se développe dans les mêmes sentiments. Elle est une prière de demande\, c’est vrai\, mais qui demande à un être très cher\, et dans un moment d’intime union\, ce qui la fait toute pénétrée de joie.Il y a quelque chose de pressant dans l’intonation ; puis presque aussitôt la supplication se fait douce avec une nuance de tendresse sur toute la phrase\,  y compris le salicus de méæ\, qui la renforce encore et la conduit à l’exclamation\, ardente comme un cri d’amour\, de Rex méus et à la tendresse profonde de Déus méus.La seconde phrase\, elle\, débute dans le grave. C’est comme un secret\, une confidence qui peu à peu monte sur orábo avec déjà l’intensité de la prière future\, et s’achève\, sur le nom divin\, en un murmure d’amour.Bien accentuer clamórem. Retenir quelque peu la thésis de oratiónis méæ\, y relier de très près Rex méus\, en gardant bien sa valeur au punctum de Rex. Retenir le début de Dómine. \nPolyphonies pour le carême \nEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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DESCRIPTION:A noter: il n’y pas de Gloria. L’Alleluia est remplacé par le Trait. \nCommentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.\nLEÇONS DES MATINES : Gen. XXXVII). Histoire de Joseph.ÉPÎTRE : (Ephes. V 1-19). Il faut s’écarter de toute chose déshonnête\, marcher dans la lumière\, afin d’être enfant de lumière.ÉVANGILE : (Luc XI 14-28). Notre Seigneur chasse un démon. Accusé de le chasser par Beelzébuth\, il met en garde contre l’action de Satan.STATION : Saint Laurent hors les murs.IDÉE CENTRALE : Il semble bien que l’idée dominante de la catéchèse soit le démon\, son action et ce que nous avons à faire pour nous en garder. Parce que Joseph était l’héritier de la promesse\, Satan mit tout en œuvre pour le perdre. Il poussa ses frères au meurtre et la femme de Putiphar à l’adultère. Dieu sauva le fils bien aimé de Jacob et\, par lui\, sauva son peuple.Quand le Christ\, Fils bien-aimé du Père et Fils de la promesse\, lui aussi\, vint accomplir ce que Joseph n’avait fait que figurer\, le démon ne cessa de le poursuivre à son tour. Il inspira la jalousie d’Hérode et le massacre des Saints Innocents. Il vint lui-même le tenter au désert. Vaincu\, il dressa contre lui les Scribes et les Pharisiens pour perdre sa réputation et le faire mourir. Il crut avoir réussi\, le soir du Vendredi Saint\, mais Dieu sauva son Christ dans sa résurrection et\, par lui\, sauva le monde.Le Christ continuant dans l’Eglise qui est son Corps mystique\, et en chacun de nous qui sommes ses membres\, le démon déploie autour de nous la même sollicitude mauvaise. Il est l’inspirateur de tous les vices contre lesquels Saint Paul nous met en garde dans l’Épître. Notre Seigneur nous garde – Il nous le montre dans l’Évangile – à condition toutefois que nous nous confions à lui et que nous mettions en pratique les avis qu’il nous donne. \nINTROÏT\nLE TEXTE\nMes yeux sont sans cesse sur le Seigneur\,Car lui-même dégagera mes pieds du filet.Regarde-moi et aie pitié de moi\,Car seul et pauvre je suis.Ps. – Vers toi\, Seigneur\, j’ai levé mon âme :Mon Dieu\, en toi je me confie\, je n’aurai pas à rougir. Ps. XXIV\, 15\, 16.Le psalmiste emploie l’image du filet qui est très commune dans l’Ecriture et se représente les pieds déjà engagés dans les lacs ou susceptibles de l’être d’un moment à l’autre. Dans cette situation\, deux sentiments se succèdent en lui. D’abord une confiance totale en la puissance de Dieu – c’est le sens qu’il faut donner aux yeux fixés sur le Seigneur. Puis l’appel à la pitié : Aie pitié de moi\, car je suis seul et impuissant.Telles ont été la confiance et la prière de Joseph\, de tout le peuple Juif\, du Christ\, de Saint Laurent sur le gril : telles sont encore celles de l’Eglise dans la lutte qu’elle continue à soutenir. Cette lutte\, plus marquée peut-être pour nous en cette période de pénitence\, nous incite à les faire monter vers Dieu une fois de plus pour obtenir l’aide de son bras\, sans laquelle nous ne saurions vaincre. \nLA MÉLODIE\nDans un bel élan simple\, pénétré de confiance\, de paix\, l’âme chante sur Oculi méi la courbe de sa pensée montant sans cesse vers le Seigneur. C’est son attitude habituelle\, elle souligne donc abondamment sémper. Elle s’incline ensuite\, pleine de vénération\, sur Dóminum et se laisse aller\, sur quía ípse evéllet\, à la joie que mettent en elle ces mots de délivrance. Une joie d’espoir seulement. Elle n’exulte pas. Peut-être même pourrait-on y déceler une certaine lourdeur\, annonciatrice de la misère et de l’impuissance dont il sera fait état tout à l’heure. Mais le bel élan de confiance demeure.Il passe à la phrase suivante. C’est dans la même simplicité que l’âme demande au Seigneur de jeter les yeux sur elle ; réspice in me est bien  dans le ton de óculi méi. Mais\, en même temps qu’elle appelle le regard divin\, elle commence à se montrer\, elle expose sa misère. C’est alors l’humble supplication. La mélodie\, descendue dans le grave\, remonte péniblement sur miserére avec tout le poids du péché et de la honte ; et les appels à la miséricorde se succèdent\, retenus\, doux\, timides et pressants\, sur les distrophas et les tristrophas de méi\, de únicus et de páuper. Il n’y a qu’un mot qui ait de l’assurance\, c’est quóniam. Sur ce pressus\, l’âme dit son impuissance et s’y appuie de toute son ardeur\, comme sur l’argument irrésistible qui lui vaudra le salut : cor contrítum et humiliátum Déus non despícies….un cœur contrit et humilié\, ô Dieu\, tu ne le rejetteras pas. (Ps. L\, 19).Le Psaume ramène l’abandon tout simple du début. La mélodie sert parfaitement le texte. La cadence sur non erubéscam\, avec sa nuance de ferme certitude\, est particulièrement heureuse.Beaucoup de légèreté dans l’intonation. Que toute la première phrase soit simple comme un chant d’enfant. Bien lancer evéllet et veiller à l’accentuation de pédes.Réspice\, au début de la seconde phrase\, sera quelque peu retenu. Ne pas accentuer fortement méi ; la double note est une distropha\, qu’elle soit douce ; la voix ira en un discret crescendo vers la clivis qui suit et on aura la nuance à la fois humble et suppliante qui convient.Le pressus de quóniam bien posé avec un accent de ferveur. La tristropha de únicus légère et douce ; de même la distropha de pauper.Le Psaume sera pris a tempo mais à une allure qui ne doit pas faire avec l’antienne un contraste poussé. \nGRADUEL\nLE TEXTE\nLève-toi Seigneur\, qu’il n’ait pas le dessus\, l’homme ;Qu’elles soient jugées\, les nations\, en ta présence.Verset. – Quand tu tourneras mon ennemi en arrière\, ils seront défaits et périront devant ta face. Ps. IX\, 20\, 3.Deux versets pris aux deux extrémités du Psaume. Le premier est une prière qui demande à Dieu d’intervenir afin que l’homme\, c’est à dire la nature mauvaise\, n’ait pas le dessus sur la grâce. Le second\, bien qu’il soit adressé à Dieu comme le premier\, n’est pas une prière proprement dite. ; le psalmiste dit ce qu’il voit dans l’avenir : l’ennemi s’enfuyant\, battu\, défait\, anéanti devant la face de Dieu.Ils forment ici comme un lien entre l’Épître et l’Évangile. Saint Paul nous dit : n’ayez rien de commun avec les fils de l’incrédulité\, marchez comme des enfants de lumière…C’est bien ce que l’Eglise demande dans la première partie ; que l’homme n’ait pas le dessus. L’Évangile nous montre l’ennemi fuyant sous le geste souverain du Christ ; c’est ce qu’elle chante dans la seconde. \nLA MÉLODIE\n(III) Exsúrge Dómine non præváleat hómoJudicéntur géntes in conspéctu túo.Bien que l’intonation soit douce et lente\, il y passe une ardente supplication\, qui\, délicatement posée sur la virga du début\, va s’intensifiant jusqu’à la dernière tristropha\, où elle se prolonge comme en une plainte. Cette teneur dans le grave\, coupée de notes répercutées\, lui donne toutefois quelque chose de sombre et de pesant. On a l’impression que l’âme est accablée sous le poids de l’épreuve.Sur Dómine – formule presque exclusivement réservée au Seigneur (à une exception près\, on ne la trouve que sur les mots Dòminus ou Déus) – la mélodie s’éclaire d’une nuance de tendresse intime puis\, s’animant soudain\, se fait de plus en plus pressante sur non præváleat. L’âme\, sortie de sa torpeur au contact du nom divin\, est maintenant pleine d’audace. Elle dit le danger sans réticence et dénonce l’ennemi avec force ; on sent même un peu d’angoisse et comme un frisson de peur sur la montée des torculus de præváleat\, et plus encore sur la magnifique formule de hómo. A deux reprises le motif de præváleat revient ; sur judicéntur et sur in conspéctu. Il y a là une insistance qui prend\, sur le pressus de géntes et plus encore sur les répercussions de conspéctu túo – notez qu’il n’y en a pas moins de huit – une extraordinaire intensité.Mais\, est-ce encore la prière qui domine ? Il semble bien plutôt que ce soit l’idée du Jugement dernier – car en fait c’est bien de quoi il s’agit – qui est évoquée fans cette finale. Elle a en effet tous les caractères d’une autorité forte qui s’impose\, implacable et terrible. On y sent la terreur du Juge dont le seul aspect fera les damnés sécher de frayeur.Le Verset. – In converténdo inimícum méum retrórsum infirmabúntur et períbunt a fácie túa.L’idée est toute différente de celle de la première partie. L’expression aussi diffère\, il va de soi. C’est dans une joie débordante que l’Eglise chante la vision prophétique de son ennemi en déroute.Cette joie commence dès le début sur In converténdo par un balancement léger sur la clivis la-sol\, la note qui précède le quilisma\, et la clivis do-si. Le branle ainsi donné\, quelques notes conduisent le mouvement vers retrórsum. Il s’élargit d’abord quelque peu sur les notes qui précèdent le quilisma pour souligner ce mot de déroute puis\, s’allégeant\, il emporte la mélodie d’un magnifique élan jusqu’au mi où elle s’épanouit en un motif plein de vie et d’esprit. Ce n’est plus seulement de la joie\, c’est de l’exultation\, une exultation délirante ; on peut bien dire le mot car elle sonne vraiment par endroit comme l’éclat de rire du vainqueur sur le vaincu en fuite.La même idée est reprise dans la phrase suivante et traitée de la même manière ; des notes légères vont vers peribunt et\, sur ce mot de victoire totale\, se renouvelle l’explosion de joie.Au début de la troisième phrase\, sur a fácie\, passe comme une nuance de gravité ; nous sommes revenus au Seigneur\, au Juge. Il y a ensuite un bel élan qui touche le mi mais c’est une exaltation tempérée\, paisible. La joie de l’Eglise s’est imprégnée de la joie de Dieu\, et c’est de sa justice qui triomphe\, plus que de la déroute de l’ennemi\, qu’elle se réjouit maintenant. L’idée du jugement et de sa terreur revient d’ailleurs peu à peu avec le mouvement thétique sur re et se développe\, pour finir\, sur la même formule et sur le même mot que  dans la première partie.L’intonation sera lente\, toutes les répercussions bien faites et assez poussées. Renforcer délicatement la voix sur Dómine ; c’est une formule très expressive. Pas de contraste forcé à non preváleat ; la montée de hómo retenue.A tempo sur judicéntur. Les répercussions de in conspéctu túo\, bien marquées. Garder le mouvement jusqu’à la fin.Le Verset\, léger. Un crescendo et un peu d’accélération à partir de l’accent de converténdo\, mais bien dans le rythme. Retenir légèrement les quatre notes qui précèdent le quilisma de retrórsum.Faire un peu longues les distrophas de fácie\, et retenir la thésis sur re. \nTRAIT\nLE TEXTE\n1.     – Vers toi j’ai levé mes yeux\, (vers toi) qui habites dans les cieux.2.     – Voici\, comme les yeux des serviteurs sur les mains de leurs maîtres.3.     – Et comme les yeux des servantes sur les mains de leur maîtresse ;4.     – Ainsi (sont) nos yeux sur le Seigneur notre Dieu\, jusqu’à ce qu’il ait pitié de nous.5.     – Aie pitié de nous\, Seigneur\, aie pitié de nous. Ps. CXXII\, 1\, 2\, 3.C’est la même idée que dans l’Introït. La confiance toutefois n’est pas aussi fortement marquée. L’Eglise ici la chante dans le même sentiment que la première partie du Graduel. \nLA MÉLODIE\nDans le premier verset\, la formule d’intonation a reçu un développement qui en fait une très belle supplication\, à la fois humble et forte. Le mot caéli\, planant sur la dominante\, évoque très heureusement et le Dieu Très-Haut et l’admiration q’uil provoque chez ceux qui savent le contempler dans ses célestes demeures.Les versets 2 et 3\, parallèles comme le texte\, n’ont de remarquable que l’accent de ferveur de sícut.Deux mots sont particulièrement expressifs dans le 4e : Ita\, au début\, qui met très en relief le second terme de la comparaison ; et la cadence finale\, très commune\, mais qui devient sur nóstri une très ardente supplication.Tout le 5e est une splendide prière humble et suppliante. \nOFFERTOIRE\nLE TEXTE\nLes volontés du Seigneur sont droites\, réjouissant les cœurs ;Et ce sont choses plus douces que le miel et le « favum » (le rayon de miel)Aussi ton serviteur les gardera. Ps. XVIII\, 9\, 10\, 11\, 12.Il n’y a pas de doute que ces versets n’aient été choisis à cause de l’épisode qui termine l’Évangile. « Une femme cria\, de la foule : Bienheureux le sein qui t’a porté et les mamelles qui t’ont allaité. Et il dit : Bienheureux encore plus\, ceux qui écoutent la parole de Dieu et la gardent. »L’Eglise demeure dans la contemplation de cet incident qui la ravit et\, pour chanter sa joie\, emprunte les paroles du Psaume.Elles sont l’expression naturelle de tous ceux qui savent jouir du Verbe de Dieu\, dans l’Ecriture\, dans l’Eglise\, dans les profondeurs de leur âme où il habite ; mais il s’y ajoute ici quelque chose de plus\, comme un désir ardent de remplir avec un amour accru la condition de la béatitude promise. \nLA MÉLODIE\nC’est un chant tout intime\, doux\, paisible\, heureux. L’âme fixée dans la contemplation des paroles du Christ\, les confirme en quelque sorte de son expérience\, se disant à elle-même\, en des mots qui en sont tout pénétrés\, le bonheur que lui procure l’abandon aimant à tout ce que lui demande le Seigneur.Elle le fait par un petit motif très simple de quelques notes qui montent du fa au la et y reviennent après une broderie légère très courte.C’est un rien\, mais si expressif de paix et de bonheur intime. On le trouve sur justítiæ\, sur réctæ\, sur lætificántes córda\, avec cette fois une nuance de joie plus profonde qu’il prend dans le grave et qui va si bien avec le mot.Dans la seconde phrase\, dulcióra en est un développement et súper méi et fávum ne fait que reproduire\, avec quelques nuances de détail\, le mouvement grave de læticántes… En cela nulle monotonie\, mais une sorte de balancement qui berce la continuité de l’idée et la garde enveloppée dans une atmosphère de béatitude.Le mouvement est peut-être un peu plus prononcé dans la troisième phrase\, du moins au début. L’âme s’adresse à Dieu\, et son ardeur naturellement s’anime quelque peu quand elle lui renouvelle sa fidélité\, mais elle demeure toujours dans la paix et la joie. Notez le rythme de nam avec ce bel élan de quarte qui se détend en repos sur la tristropha ; quelle délectation ! Sur custódiet\, le ton redevient contemplatif avec une nuance de fermeté qui convient à la promesse ; ce sont de longues tenues répercutées qui s’achèvent sur la cadence délicate du IVe mode\, toute pénétrée d’une tendresse qui ne trouve pas de quoi s’exprimer.Le mouvement ne doit pas être lent\, mais paisible. On l’entretiendra par les délicates nuances d’intensité qu’exige le leit-motiv.Ralentir légèrement la cadence finale de la première phrase en retenant quelque peu la première note du climacus.Un crescendo délicat\, au début de la troisième phrase. Bien rythmer les deux climacus de la fin en les allongeant légèrement. \nCOMMUNION\nLE TEXTE\nLe passereau trouve pour lui une maison et la tourterelle un nid où reposer ses petits…Tes autels\, Seigneur\, Dieu des vertus\, mon Roi et mon Dieu !Bienheureux ceux qui habitent dans ta maison.Dans les siècles des siècles ils te loueront. Ps. LXXXIII\, 4-5.Le Psaume LXXXIII est le psaume du juif exilé qui entrevoit le retour prochain dans la patrie et dans le temple\, où il retrouvera la présence du Seigneur\, son Roi et son Dieu. Au verset 4\, la comparaison gracieuse des oiseaux et de leur nid fait le désir du psalmiste jaillir ardent : « Tes autels Seigneur… ! » et se perdre ensuite dans le rêve de la béatitude qu’il attend. Trois idées donc : la comparaison\, le cri d’amour\, la béatitude désirée.Ces deux versets se trouvent tout naturellement adaptés au moment de la communion. Altária en effet ne désigne pas seulement l’autel matériel mais le sacrifice dont il est la table. Ce que l’âme chante\, c’est son désir d’être unie dans l’Eucharistie au Christ\, et de jouir de la protection aimante qu’elle trouvera en lui et\, à travers lui\, dans l’amour des divines Personnes. C’est bien là\, pour ce qui est de la terre\, la béatitude d’habiter dans la maison du Seigneur. « Si quelqu’un m’aime\, nous viendrons en lui et ferons notre demeure en lui… ». \nLA MÉLODIE\nLa première phrase est un récitatif\, mais traité avec un soin délicat et pénétré déjà de l’ardent désir qui va jaillir tout à l’heure.Les rythmes binaires qui se succèdent sur dómum\, túrtur\, nídum\, sont délicieux de fraîcheur\, avec leur nuance d’harmonie imitative qui évoque le roucoulement de la tourterelle. L’âme les chante\, simplement\, dans l’atmosphère heureuse où elle vit\, jouissant de tout ce que lui dit cette gracieuse comparaison. Sur repónat\, elle s’arrête. C’est le mot de la tendresse ; celle de l’oiseau qui a fait pour ses petits le nid chaud et moelleux où il les pose et demeure avec eux ; celle du Seigneur aussi\, qui a préparé le Christ et son sacrifice eucharistique\, comme le lieu où l’âme se reposera dans la joie de sa présence. Elle y pose un long accent qui se détend\, lent et doux\, sur les deux mots de la fin en une admirable cadence. Puis\, soudain\, jaillit le cri d’amour.Il éclate comme l’élan d’un désir spontané. L’âme n’a pas le temps de faire une phrase. Dans la succession des accents et des rythmes de plus en plus marqués\, le mouvement l’emporte jusqu’au sommet\, où son ardeur s’épanouit enfin sur Dómine\, le nom divin. Elle la laisse ensuite se détendre en une tendresse douce et confiante sur la tristropha de virtútum qui rime si heureusement avec le repónat de la première phrase. Puis ce sont les mots d’amour : Rex méus et Déus méus ! qu’elle retient à loisir dans la paix de sa contemplation.De cette paix s’exhale alors l’exclamation de béatitude : Beáti qui hábitant…Très calme d’abord\, sur les beaux rythmes binaires de hábitant\, l’âme s’exalte peu à peu. L’ardeur de son désir s’avive à nouveau sur dómo túa : le Temple\, le Christ\, l’Eucharistie\, le Ciel ; c’est tout cela en effet qu’elle chante en chantant la maison du bonheur. Elle revient pour finir à la contemplation du début et\, sur le dernier mot\, orné plus que tous les autres\, elle célèbre la louange\, fruit de la vision\, de l’amour et de la béatitude.Que la dernière phrase soit simple. Bien balancer les rythmes binaires qui se succèdent sur dómum et túrtur ; la première note des podatus de dómum bien posée\, un peu élargie.La virga de repónat bien attaquée\, la répercussion délicate sur la tristropha qui sera douce. A la fin de la phrase\, une pause.Le mouvement de altária túa Dómine virtútum\, vif et ardent ; mais que la progression soit bien rythmée jusqu’à l’accent de Dómine qui sera fort\, mais bien lancé. La détente se fera sur virtútum.Bien accentuer Déus méus avec une nuance de tendresse. A la fin de la phrase une pause encore.Le torculus de beáti très arrondi. La dernière syllabe de hábitant retenue légèrement. La montée de laudábunt quelque peu élargie. \n\nPolyphonies pour le carêmeEpître\, évangile et préface chantés de cette messe\, voir ici
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