Cinquième dimanche après la Pentecôte

1 juillet 2020 | Messes du Temporal

L'introït Exaudi Domine du 5e dimanche après la Pentecôte par la Schola Bellarmina

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

LEÇONS DES MATINES : David pleure Saül et Jonathas (II Rois. 1)

ÉPITRE : Conseils de Saint Pierre sur la charité. (I Pierre III. 8)

ÉVANGILE : Notre-Seigneur demande que la justice et la charité ne soient pas seulement extérieures (Math. V. 18)

IDÉE CENTRALE : Il semble qu’on peut faire de la pratique de la charité et spécialement de la charité fraternelle l’idée centrale de ce dimanche.

David nous en offre un émouvant exemple en pleurant Saül, qui le jalousait à mort, aussi bien que Jonathas qu’il aimait comme un frère. La collecte nous fait demander dans une admirable formule ce qui en est le principe : le sentiment de l’amour de Dieu « afin que nous l’aimions en tout être et plus que tout être, in omnibus et super omnia« .

Dans l’Épître, Saint Pierre nous en enseigne la pratique et Notre-Seigneur lui-même, dans l’Évangile, nous recommande avec instance d’avoir une justice imprégnée d’une charité qui soit douce et qui mette la réconciliation avant le sacrifice, car on ne saurait aimer Dieu sans aimer le prochain.

INTROÏT

LE TEXTE

Écoute, Seigneur, ma voix qui crie vers toi. Sois mon aide ; ne m’abandonne pas et ne me délaisse pas, Dieu, mon salut.

Ps.Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je ? Ps. XXVI. 7, 9, 1.

C’est encore le Psaume XXI, comme dimanche dernier, mais on a choisi, cette fois, pour l’antienne, les versets qui expriment la confiance suppliante, et réservé pour le psaume, ceux qui chantent la confiance enthousiaste.
Ainsi composé, cet Introït se présente comme la prière d’une âme qui a besoin de Dieu, qui ne sent pas assez sa présence aimante et qui a peur d’être délaissée. Ce n’est pas que la confiance  lui manque absolument mais elle ne monte pas.

L’objet de sa prière n’est pas précisé, mais rien ne s’oppose à ce que ce soit la charité précisément. L’âme peut demander que le Seigneur lui donne de sentir son amour dans l’intimité, comme le fera le prêtre dans la collecte. Elle peut demander le secours du Seigneur pour la pratique de l’amour du prochain qu’elle trouve parfois si difficile, qui est si délicate et où elle sent que, d’elle-même, elle ne peut rien.

Dans le Psaume, comme si elle était déjà exaucée, l’âme sent sa confiance renouvelée; elle lance, avec une ferme assurance cette fois, le cri enthousiaste de dimanche dernier : « Le Seigneur est ma lumière, qui craindrai-je ? »

LA MÉLODIE

La première phrase est d’une très grande simplicité. Aucun sentiment n’est poussé. L’âme n’est ni accablée, ni angoissée, humble certes, mais rien de plus. Il y a un accent plus marqué sur la première clivis de Domine mais on ne saurait dire si c’est de la supplication ou de l’amour, encore qu’une nuance de plainte monte sur le salicus de meam. Clamavi descend et remonte alourdi par les clivis allongées : la cadence sur fa par le salicus renouvelle la plainte toujours très délicate – si c’en est une – et c’est tout. Aussi bien cette première phrase n’est pas la prière proprement dite, elle est seulement comme une demande de prise en considération ; le cri suppliant qu’elle annonce ne s’élève qu’au début de la seconde.

Il n’est pas véhément ; il monte  graduellement du ré au do où il atteint, sur la bivirga épisématique de esto, son maximum d’intensité et d’expression. La mélodie revient ensuite au calme du début. L’âme continue à faire pression mais c’est tout à fait à l’intérieur, dans l’intimité paisible où elle s’entretient avec le Seigneur. On notera particulièrement les podatus de derelinquas, la retombée sur me, et toute l’incise de neque despicias me dont le quilismas, le porrectus et le mouvement très lié et très gracieux sont si caractéristiques de la douce pression que permettent les relations d’amitié. Deus meus est une exclamation. Le porrectus allongé, la cadence sur do, très douce et retenue par la virga pointée et la distropha, la remontée sur le salicus et enfin la cadence mystique du IVe mode l’enveloppent d’une tendresse qui relie admirablement la confiance suppliante du début à la confiance triomphante du Psaume, comme si cette pression aimante avait obtenu la grâce demandée.

GRADUEL

LE TEXTE

Notre Protecteur, regarde, ô Dieu, et jette les yeux sur tes serviteurs.

Verset.Seigneur, Dieu des vertus, écoute les prières de tes serviteurs. Ps. LXXXIII 1, 10

Dans le Psaume on lit : respice faciem Christi tui : jette les yeux sur la face de ton consacré. Le consacré pour le Psalmiste c’est le Roi d’Israël, chargé de représenter Dieu au milieu de son peuple et de figurer à l’avance le consacré par nature : le Christ. C’était une forme de prière à laquelle Dieu pouvait difficilement résister.

Ici, faciem Christi a été remplacé par servos tuos : tes serviteurs. En un sens, c’est la même chose, car nous sommes tous des consacrés ayant participé, par le Baptême et l’Eucharistie, à l’onction qui fait le Christ prêtre et roi. En invoquant ce titre, à nous non plus Dieu ne peut rien refuser. L’objet de la prière est le même que dans le psaume. L’Église demande que le Seigneur jette sur nous un regard de bienveillance, présage de ses grâces de choix. Ces grâces sont imprécises, mais, tout naturellement, nous sommes portés à demander ce que l’Épître nous invite à pratiquer : la parfaite justice « C’est à cela que vous avez été appelés afin de recevoir en héritage la bénédiction ». Laquelle n’est pas autre chose que le regard de Dieu fixé sur nous en infinie tendresse.

LA MÉLODIE

L’intonation se développe dans le grave. Il faut bien se garder de la faire triste ou sombre ; une nuance de vénération, c’est tout. Notez que la cadence en do est bien majeure et quelle a même quelque chose d’aimable. Sur aspice, la prière monte ; elle est ardente mais ne presse pas, les porrectus et la clivis allongée y mettent je ne sais quoi de mesuré, de retenu. Très réservée de même la reprise sur Deus qui, elle aussi, finit en une cadence toute empreinte de paix heureuse.
Respice, au début de la seconde phrase, avec le sib, le quilismas et la cadence en demi-ton, a un caractère de supplication plus marqué qui se prolonge jusqu’à la fin de la formule finale mais sans atténuer l’atmosphère de sérénité et de paix.

La première phrase du verset ne comprend que Domine Deus virtutum. Est-elle une prière ? Peut-être seulement une contemplation éveillée dans l’âme par le mot Domine. Il est certain que les deux premières incises, jusqu’au second quart de barre – un motif presque exclusivement réservé au Seigneur – n’ont rien de suppliant, elles sont plutôt tout empreintes de joie paisible, quant à la troisième, cette superbe montée que nous avons déjà rencontrée si souvent, elle peut être une ardente prière mais elle demeure enthousiaste. Il semble bien qu’ici, comme en tant d’autres cas, l’âme oublie un instant qu’elle demande pour contempler, admirer, louer le Dieu des vertus à qui elle s’adresse.

Par contre, la deuxième phrase, en plein accord cette fois avec le texte, est une vraie prière. Et très suppliante dès le début ; notez l’élan vers la virga au sommet de exaudi, le pressus, la distropha la répercussion, et surtout la descente de preces par le sib qui ramène, degré par degré, l’humble vénération de la première partie. Il y a une reprise assez vive sur tuorum ; elle relance l’invocation qui trouve alors à se déployer à loisir sur la très belle formule finale, à la fois si suppliante et si paisible.

ALLELUIA

LE TEXTE

Seigneur, dans ta force, il se réjouira le roi, et, dans ton salut, il aura une joie extrême. Ps. XX. 1.

Le Roi est revenu vainqueur ; le peuple s’en réjouit et rend grâce à Dieu. Il s’agit de David. On peut même penser à sa consécration car, dans le verset qui suit, on loue le Seigneur d’avoir posé sur sa tête une couronne d’or. Mais, par delà le Roi d’Israël, il s’agit du Christ qui reviendra victorieux de la mort et qui se réjouira de la force de Dieu qui l’a sauvé. Et dans le Christ il s’agit aussi de l’Église qui le continue et de ses membres qui, rois et prêtres eux aussi, reviendront un jour vainqueurs, comme lui.

C’est dans ce sens qu’il faut entendre ce texte. L’Église qui tout à l’heure  implorait l’aide de Dieu pour pouvoir pratiquer la perfection de la justice et de la charité, sent soudain qu’elle est exaucée et, dans sa confiance ravivée, elle chante et le Christ qui se réjouit en elle et elle-même qui exulte en lui.

LA MÉLODIE

La joie quelle exprime est une joie paisible, intérieure, contemplative. Elle n’éclate pas, elle se dilate plutôt. L’âme jouit de son intimité avec le Seigneur ; elle n’en sort pas.

Domine donne le ton dès le début, il est comme un salut aimable, heureux, souriant ; toutes les notes et tous les neumes sont liés en courbes gracieuses. La même grâce souple se déploie sur in virtute tua ; enveloppant le pressus et la tristropha dans la même ligne harmonieuse. Des nuances de tendresse et de reconnaissance y passent, mais délicates et sans altérer, si peu que ce soit, la pureté de la ligne mélodique. Laetabitur, le mot de la joie, se développe dans le grave sur une formule de Graduels du Ier mode, qui le sert admirablement par son expression de plénitude. La remontée se fait en une belle progression, réservée toujours, et qui s’achève en une cadence en demi-ton sur rex qui se trouve ainsi enveloppé d’une nuance délicate de tendresse.

Vient alors dans la seconde phrase le beau motif, deux fois répété, de la contemplation, car cette mélodie qui monte lentement, et se déploie à deux reprises sur des trivirgas allongées est bien contemplative. L’âme ne dit plus rien. Sur la conjonction et, elle se repose de penser, elle aime seulement et, tout naturellement, elle chante ; elle chante un air qui s’élève doucement au rythme de son amour, plane comme en des points d’orgue prolongés et redescend, pour remonter avec une grâce achevée où passe tout la paix heureuse dans laquelle elle contemple son roi. Quand les mots reviennent, le charme s’atténue, mais l’atmosphère demeure. Vehementer n’a rien de véhément, c’est dans le grave que se développe la mélodie et, quand elle remonte pour s’étaler une dernière fois plus élargie encore sur la tonique, c’est toujours la même joie paisible et profonde qu’elle chante.

OFFERTOIRE

LE TEXTE

Je bénirai le Seigneur qui m’a donné l’intelligence. Je gardais Dieu en ma présence toujours. Puisque à ma droite il est , je ne chancellerai pas. Ps. XV. 6, 8.
Le Psalmiste dit à Dieu sa reconnaissance parce qu’il lui donne de comprendre les choses dans leur vrai sens – c’est ainsi qu’il faut entendre intellectum. Et il explique la raison de cette assistance bienfaisante du Seigneur : « Je gardais Dieu en ma présence, toujours ». Il continuera de vivre ainsi sous l’influence divine ; d’où sa confiance : « je ne chancellerai pas ».

Cet offertoire est chanté une première fois le lundi de la seconde semaine de Carême, après l’Évangile dans lequel Notre-Seigneur dit aux juifs : « je ne fais rien de moi-même, je dis ce que le Père m’a enseigné ». Il en est une belle paraphrase, soit qu’on l’entende de Notre Seigneur qui bénit son Père de lui avoir révélé toutes choses et de le conseiller en tout, soit qu’on l’entende de l’Église qui reçoit tout de l’Esprit du Christ, et de nous tous qui recevons la même assistance si nous voulons user des dons. Ici, il ne saurait être entendu que de l’Église et de nous. Elle remercie le Seigneur et nous remercions avec elle, de nous donner la lumière qui nous fait comprendre les conseils de justice et de charité qu’il vient de nous redire et tous ceux que, par son Esprit, il ne cesse de nous prodiguer.

LA MÉLODIE

C’est encore la joie qui caractérise ce chant d’action de grâces. L’intonation en fait foi, c’est celle du Gaudeamus, du Jubilate et de tant d’autres chants d’allégresse.
Le bel élan de Benedicam, mesuré et souple, va s’épanouir sur dominum en une longue tenue toute pénétrée de gratitude et d’amour. C’est la même ferveur reconnaissante qui se développe ensuite dans toute la phrase. Mihi est bien en relief, mais c’est intellectum qui, à la fin, retient tout l’intérêt. Le motif est assez apparenté à celui de Dominum ; une sorte de point d’orgue que les répercussions étendent et qui se prolonge encore en une cadence élargie. Admirable expression, l’ardeur monte vive du fa au do où elle se renforce et s’étale, comme si l’âme voulait prolonger l’évocation de ce bienfait précieux entre tous qu’est l’intelligence de la parole divine.

Au début de la seconde phrase, la montée syllabique de providebam a quelque chose de vif ; on sent l’âme comme pressée de révéler ce qui lui a valu de pénétrer le sens profond des conseils divins. Elle insiste ensuite sur conspectu meo. Pour la troisième fois la mélodie épanouit son ardeur sur une bivirga ; mais cette fois, elle module en fa ce qui lui permet par une remontée au si b d’envelopper semper d’une belle nuance de plénitude heureuse : l’âme prend conscience de toute la joie qu’elle goûte dans cette présence continuelle du Seigneur et dans le colloque d’amour qui naît entre elle et lui.

La troisième phrase est assez différente des deux autres. C’est une sorte de réflexion. L’âme tire la conséquence de la présence divine : elle n’a pas à craindre de tomber. Toutefois à partir de dextris, cette réflexion est plus faite d’amour que de raison. Après avoir mis le mot en un très fort relief, la mélodie descend brusquement et mihi se trouve dans le grave. L’âme soudain toute confuse d’une telle faveur se perd en humble révérence et s’efface. Elle ne se relève plus et, sur le dernier mot, chante en de longs neumes très liés, le bonheur de sa sécurité dans l’amour.

COMMUNION

LE TEXTE

Une seule chose j’ai demandée au Seigneur, je la demanderai avec instance : que j’habite dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie. Ps. XXVI. 4

C’est encore le Psaume XXVI. Après avoir exprimé sa confiance en Dieu dans une ardeur de bravoure au cours des premiers versets, le Psalmiste laisse monter son désir, son unique désir; ce n’est pas le triomphe, ni la gloire, mais d’habiter au Temple, d’être l’hôte du Seigneur, de vivre près du lieu où il se manifeste et de ne pas le quitter.
Pour nous, le Temple c’est le Ciel, en dernier ressort c’est ce que l’âme demande ici. Au moment où elle a en elle le Christ, après avoir, tout au long de la messe, sollicité le secours du Seigneur pour pratiquer la perfection de la charité, se rendant compte de toutes les difficultés qu’en comporte la pratique et enivrée d’amour aussi au contact de l’Eucharistie, elle reprend l’ardente supplication de la collecte et laisse jaillir son désir du Ciel où tout ne sera qu’amour partagé dans la Béatitude.

LA MÉLODIE

L’intonation est toute simple, mais, après une très gracieuse inclination, pleine de respect, sur le nom du Seigneur, le désir monte. C’est comme un jaillissement d’amour ardent ; splendide élan qui franchit l’octave du fa au fa et s’épanouit en pleine ferveur sur le pressus. La détente se fait sur des formules communes mais avec un pression délicate sur les virgas des sommets.
Et voici qu’au début de la deuxième phrase, le cri reprend et se prolonge sur toute l’incise. La mélodie, presque syllabique, s’est allégée et le mouvement emporte les mots les uns après les autres sur la teneur extrême du mode en une ardeur qui est comme pénétrée à l’avance de la joie désirée. Puis la détente se fait de plus en plus paisible sur le même motif que dans la première phrase. Sur les neumes qui descendent, très liés, très simples, vers la tonique, l’âme berce la joie de son espoir en l’amour sans limite et sans fin qui sera sa vie à jamais dans la maison du Père.

 

 

Epître, évangile et préface chantés de cette messe, voir ici

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