IIe Dimanche après l’Epiphanie

14 janvier 2020 | Messes du Temporal

La répétition de l’introït Omnis terra par Bernard Lorber

Les autres pièces de ce dimanche

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

INTROÏT

LE TEXTE

Que toute la terre t’adore, ô Dieu, et chante pour Toi.
Qu’un hymne elle dise à ton Nom, ô Très-Haut.

Ps. Acclamez Dieu, toute la terre,
Dites un hymne à son Nom ;
Donnez de l’éclat à sa louange. Ps. LXV, 1-2.

Le Psaume LXV porte en sous-titre dans la Vulgate : Canticum psalmi resurrectionis, ce qui fait croire qu’il fut composé en reconnaissance de quelque délivrance nationale. C’est un appel à toute la terre pour qu’elle loue le Seigneur.

L’Eglise, qui continue, dans les Dimanches après l’Epiphanie, de célébrer la manifestation du Christ au monde, s’en sert pour convier tous les hommes à l’adorer avec les Mages et à le louer pour le miracle de Cana, dans lequel il se manifeste avec un éclat nouveau et qui est  l’objet de l’Evangile du jour.

Il faut bien noter les deux formes que prend cet appel ; un souhait et un désir exprimés à Dieu dans l’antienne, et une invitation adressée aux peuples dans le psaume.

LA MÉLODIE

Elle se compose de deux phrases qui à quelques détails près sont identiques. Psalmum dicat dans la seconde répond à Omnis terra dans la première et de même Altissime à psallat tibi. Parallélisme musical qui suit le parallélisme littéraire.

Toutes les incises commencent par une tristropha ; d’où cette atmosphère de modération, de repos, de paix, qui enveloppe tout. D’autre part, après avoir concentré son ardeur sur ces trois notes, l’âme la laisse aller sur adoret et nomini tuo en de beaux élans qui portent haut le désir et qui pénètrent toute la phrase d’une ferveur nuancée de touches délicates, telles ces reprises de mouvement sur te Deus, psallat tibi, Altissime, d’un caractère si intime et si tendre.

C’est une mélodie très contemplative qui est en même temps l’expression d’un désir ardent.

Ce double caractère rend son exécution difficile. Il faut lui garder du début à la fin  une ardeur paisible. Veiller à ce ue les tristrophas ne sient pas des repos, mais un élan retenu. Les faré exactement de trois temps légers avec un renforcement de voix qui conduit le mouvement vers l’arsis qui suit. Eviter par contre que ces arsis ne soient trop poussées.

Un grand crescendo délicat et très lié jusqu’au pressus de adoret ; la thésis en dégradé, la distropha légère, le torculus sans ralenti et rattaché à te, qui sera très expressif. Pas de ralenti à Déus qui sera lui aussi lié à et psallat.

Même interprétation pour la seconde phrase. Bien balancer Nomini ; la distropha légère entre les deux groupes ternaires, le second légèrement élargi : ne pas trop retenir Altissime. Le Psaume alerte et joyeux.

GRADUEL

LE TEXTE

Il a envoyé, le Seigneur, sa Parole,
Et il les a guéris ;
Et il les a arrachés de leur mort.

Verset.Qu’ils louent le Seigneur pour sa miséricorde,
Et pour ses merveilles envers les enfants des hommes. Ps. CVI, 20-21.

Le Psaume CVI est un chant d’action de grâces. Le psalmiste énumère en quelques strophes les misères et les malheurs variés qui sont venus sur les hommes : guerre, famine, emprisonnement, travaux forcés, maladies… et la façon dont le Seigneur les a secourus. Après chaque strophe, il y a comme un refrain qui prend la forme d’un appel au peuple pour qu’il chante sa reconnaissance. Le verset 20, misit, est la fin de la strophe consacrée aux maladies, et le verset 21, confiteantur l’appel à la reconnaissance. La parole dont il est question, c’est le Verbe, seconde personne de la Sainte Trinité, qui opéra toutes les merveilles dont fut gratifié le peuple juif, mais aussi, dans un sens prophétique, le Christ, Verbe fait chair, que le Père enverrait un jour pour guérir les cœurs brisés et annoncer aux captifs leur délivrance.

Au sens liturgique, c’est l’Eglise qui, sur les mots mêmes qui prophétisaient le Christ miséricordieux, chante la prophétie au moment où elle se réalise. Elle vient d’entendre Saint Paul énumérer dans l’Epître les dons divins qui viennent en nous par la grâce, elle a déjà à l’esprit l’épisode des noces de Cana qui va être lu à l’Evangile et, par delà le geste si délicat du Christ qui change l’eau en vin pour secourir la détresse passagère de deux époux, elle voit l’Eucharistie qui soulage tant de misères morales et qui arrache à l’étreinte de la mort tous ceux qui s’en nourrissent. Devant cette manifestation de plus en plus éclatante de celui qui fut prophétisé, elle reprend la parole du Psalmiste et la fait monter comme un hommage de sa foi et de sa reconnaissance vers le Père qui l’envoya. Se tournant alors vers les siens, elle les appelle à chanter la miséricorde du Seigneur et toutes les merveilles qu’il a faites et qu’il continue de faire.

LA MÉLODIE

Misit Dominus Verbum suum et sanavit éos. Et eripuit éos de intéritu eorum.

La première phrase est empreinte de gravité. C’est bien l’atmosphère dans laquelle l’âme se trouve baignée chaque fois qu’elle se met en présence du drame de la miséricorde divine sauvant le monde. (L’auteur a choisi deux formules centons qu’on ne trouve guère que sur des textes qui ont trait à la Rédemption et qui sont fréquentes dans les graduels du temps de la Passion ; Mardi de la semaine de la Passion, Mercredi-Saint, Jeudi-Saint.) Toute recueillie, elle enveloppe de respect Dominus puis, s’élevant peu à peu, elle laisse son ardeur se répandre pleine de noblesse, de vénération et d’amour sur vérbum, avec un accent particulier sur suum, qui évoque le Fils unique et la valeur infinie de ce don d’amour fait au monde.

La seconde est une magnifique expression de joie. L’Eglise demeure d’abord sur et sanavit dans la même atmosphère mais peu à peu, à l’idée des bienfaits que le Verbe fait chair a répandu autour de lui, elle laisse sa reconnaissance se dilater dans la joie et la proclame très haut. Les deux motifs de éos sont très beaux. Le premier chantait la lumière dans le Graduel de l’Epiphanie, le second la délivrance des Saints Innocents, le jour de leur fête. Sur ces montées progressives et chaudes, l’âme, s’englobant elle-même dans le nombre des guéris et des ressuscités, exalte à loisir Celui qui l’a sauvée.

Entre les deux phrases il n’y a pas de contraste la transition étant admirablement ménagée par la formule de et sanavit. Dans la mélodie comme dans le texte, une seule chose est dite et chantée, la manifestation de la miséricorde et de la puissance divine du Verbe fait chair, envoyé de Dieu.

Le Verset.Confiteantur Domino misericordiae éjus et mirabilia éjus filiis hominum.

Idée nouvelle. L’Eglise sort de la contemplation du mystère pour exhorter tous ceux qui en  ont profité à dire leur reconnaissance dans un hymne de louange.

Sur un motif très simple de deux ou trois notes, qui évoque l’appel des élus à la louange éternelle dans le Graduel du IIe Dimanche de l’Avent, elle se fait pressante sur Confiteantur ; elle insiste, revenant par trois fois. Sur Domino elle s’incline, pleine de vénération joyeuse ; puis, comme si elle oubliait l’appel qu’elle lance, elle se laisse prendre par le mot misericordiae et y demeure, contemplant à nouveau, sur la courbe de la mélodie qui monte et descend lentement, le mystère de la bonté du Christ, son mystère à lui…et son mystère à elle… Ce n’est pas tant de la joie qu’une paix heureuse. La paix que lui a value la divine miséricorde. Elle s’y délecte, bercée dans un rythme binaire qui s’étend, calme, régulier, léger aussi, comme planant au-dessus du temps et de l’espace, spirituel.  A l’évocation du nom divin elle s’exalte quelque peu sur les deux pronoms éjus en un hommage plus ardent de reconnaissance ; puis reprend sur filiis hominum le thème de l’exhortation. Englobé dans le très beau mouvement de la formule finale, il permet au chœur, qui représente précisément les fils des hommes, de se joindre aux chantres dans le même élan de ferveur reconnaissante.

Retenir le mot Dominus dans l’intonation. Après qui, un bon mouvement plein d’élan jusqu’au sommet de éos, qui sera éclatant. Le même enthousiasme passe à la phrase suivante et dure jusqu’à la fin.

Confiteantur Domino doit être à la fois léger et pressant ; les pressus seront bien appuyés mais la note qui les sépare, très souple ; la tristropha posée doucement. Le ré qui débute la troisième reprise un peu allongé ; toute la finale de Domino élargie, mais le climacus de la fin à peine retenu et très rythmé.

La vocalise de misericordiae très régulière, mais très souple. Le crescendo sera très peu poussé, toutes les notes pointées bien reliées à la suivante par un discret renforcement de la voix.

Bien rattacher mirabilia à éjus. Le second éjus, léger et joyeux. Bien faire les répercussions de la formule finale. La dernière incise très élargie.

ALLELUIA

LE TEXTE

Louez Dieu, tous ses Anges.
Louez-le, toutes ses Puissances. Ps. CXLVIII, 2.

Il est à prendre dans le même sens que le Graduel. L’Eglise invite les Puissances célestes à louer Dieu avec nous pour nous avoir donné le Christ, qui se manifeste si puissant et si miséricordieux.

LA MÉLODIE

C’est celle des Alleluia du IIIe Dimanche de l’Avent et des Saints Innocents, à part la première incise qui est ici simplifiée.

Dans toute la première phrase, l’invitation est directe et vivante mais, dans la seconde, l’Eglise, prise par l’idée de Dieu, s’oublie sur éum à le contempler et se complaît dans sa contemplation jusqu’à la fin. La mélodie est admirable de paix et de tendresse délicate ; on décèle ici et là, particulièrement dans la dernière incise, comme une pression plus poussée, le désir d’être avec les Anges pour l’éternelle et parfaite louange.

Veiller à ne pas précipiter les deux notes isolées entre les clivis de omnes et le podatus de tu dans virtutes.

OFFERTOIRE

LE TEXTE

Acclamez Dieu, toute la terre !
Acclamez Dieu, toute la terre !
Chantez un hymne à son nom.
Venez, écoutez,
Et je raconterai, à vous tous qui craignez Dieu,
Tout ce que le Seigneur a fait pour mon âme. Ps. LXV, 1-2, 16.

Dans le Psaume, ces trois versets sont une invitation à louer Dieu pour ses bienfaits.

Ici, l’objet de la reconnaissance est le miracle de Cana, dans lequel le Christ révèle pour la première fois sa puissance divine et, plus encore, l’Eucharistie qui y était figurée.

Sans doute est-ce ce dernier objet qui déterminera le choix du verset : Venez écoutez et je vous raconterai ce que Dieu a fait pour mon âme. L’Offertoire en effet accompagne l’offrande du pain et du vin qui seront changés au corps et au sang de Notre Seigneur et donnés ensuite en communion comme le don de Dieu qui, en nous apportant la vie du Christ, nous transforme en lui spirituellement ; pour l’âme qui en bénéficie, il y a de quoi louer le Seigneur et de quoi confier aux amis. C’est cette miséricordieuse bonté du Christ, toujours en action, que l’Eglise nous invite à acclamer et qu’elle brûle de confier en détail à qui veut l’écouter.

LA MÉLODIE

Elle ne ressemble en rien au Jubilate du dimanche précédent. C’est encore une acclamation, du moins dans la première partie mais, au lieu de la joie légère, c’est la grandeur et l’enthousiasme qui dominent.

Trois idées : acclamez Dieu, chantez un hymne à son nom, venez et écoutez ce qu’il a fait pour moi. Jubilate, psalmum dicite, venite et audite.
Jubilate… L’intonation, par son mouvement hardi vers la dominante et son appui sur le salicus, a bien le caractère direct et entrainant d’une invitation joyeuse. Déo est à peine souligné ; tout le mouvment va vers universa terra, qui reçoit de la tristropha et des intervalles de quarte et de quinte qui l’encadrent une ampleur magnifique, à travers laquelle passe, ardent et large, l’appel à la joie.

Dans la seconde phrase qui, ici encore, reprend la première en thème varié, cette idée de joie, qui avait été un peu laissée dans l’ombre, se développe en une acclamation splendide, ordonnée, mesurée et, en même temps, pénétrée d’une ardeur qui monte, s’enfle, éclate, enthousiaste comme le cri d’une foule qui chante son héros. C’est toute l’Eglise, toute la terre, qui s’excite elle-même à clamer son admiration, sa reconnaissance, son amour au Dieu si bon qui nous a donné son Fils et qui nous incorpore à lui pour être des fils nous-mêmes. Déo est reproduit sans changement. Universa terra non plus n’est pas changé ; mais, à la fin de la première formule, le si naturel amène un très beau développement qui amplifie le mot et en renforce considérablement l’expression.

Psalmum dicite… Une invitation encore ; non plus à acclamer, cette fois, mais à chanter un psaume : c’est une invitation à la louange liturgique. Il y a une nuance et elle est bien dans la mélodie. Celle-ci garde son ardeur, certes – notez la tristropha de dicite entre les clivis épisématiques qui l’amènent si délicatement, l’admirable montée de nomini où elle s’épanouit, ravivée encore par la répercussion de la clivis, et le rebondissement sur éjus ; progression splendide qui la fait de note en note plus pressante et plus chaude – mais cette ardeur est modérée, retenue, comme enveloppée de religieux respect et de vénération.

Venite et audite… Pour la troisième fois l’invitation est redite. Jamais elle ne fut plus ardente et plus joyeuse. C’est une invitation à partager un secret de bonheur. La mélodie qui s’était étable en la  la fin de la phrase précédente passe sans transition au do, dominante du VIIIe mode et de là s’élance à la tierce supérieure sur un motif de quelques notes très simple mais qui rend admirablement l’appel plein d’entrain que l’on adresse spontanément aux amis sur le chemin de la joie commune. Ce motif est répété 3 fois.

Mais sur narrabo quelque chose s’ajoute à l’appel. Il semble que l’âme, à la pensée de ce qu’elle a à dire, retienne son élan et s’arrête sur la tristropha, comme pour prendre dans un seul regard toutes les grâces qu’elle a reçues, la voix commence à revêtir le ton des communications intimes. La joie extérieure s’est atténuée, il n’y a plus que la joie profonde… La mélodie qui est descendue graduellement, se relève bien quelque peu sur omnes qui timétis, mais c’est en empruntant le motif plein de révérence de nomini éjus.

Après un dernier accent sur quanta fécit, pour souligner la grandeur des merveilles divines et l’ardeur d’amour qui réveille leur souvenir, elle devient toute thétique ; elle souligne Dominus au passage et s’achève, sur animae méae, en des neumes gracieux et paisibles. L’âme, devenue toute contemplative admire la transformation qui s’est faite en elle et qui laisse bien loin le changement de l’eau en vin qui en était la figure. L’Alleluia redit une dernière fois le mot de la louange, mais en une formule toute reposée qui ne fait que prolonger la quiétude de la contemplation.

Chanter dans un bon mouvement plein de vie et avec une grande souplesse.

Commencer le crescendo de univérsa, dans la première phrase, dès le torculus du début de l’incise, le concentrer sur la virga pointée et le faire s’épanouir, sans heurt et tout en élan, sur la tristropha, qui doit être légère. Donner un peu de longueur à la première note du podatus de sa dans universa et entretenir l’élan jusqu’à la fin de terra.

Reprise a tempo discrète sur le second jubilate. Dans la vocalise, bien distinguer les distrophas et tristrophas, qui sont légères, des pressus qui eux ont un peu plus de poids et de mordant ; mais que tout soit englobé dans le mouvement, sans heurt ni passion. Il s’épanouira sur les notes du sommet qui seront légères et arrondies. Bien accentuer Déo et y relier univérsa terra, dont le crescendo ira jusqu’à la fin, avivé par le si naturel.

Une bonne pause, avant Psalmum ; plus de modération, la tristropha de dicite légère et douce. Crescendo bien conduit sur Domino, repris sur éjus et beaucoup plus poussé, jusqu’à la note répercutée.

Une nouvelle pause, puis attaquer Venite, très en élan, très léger et conduire toute la phrase de même. Que le sentiment de paix demeure à partir de narrabo.

Rattacher quanta à Déum. Beaucoup d’onction dans toute la dernière phrase. Bien accentuer meae à la fin. L’Alleluia dans le mouvement, sans reprise a tempo.

COMMUNION

LE TEXTE

Il dit, le Seigneur : Remplissez les vases d’eau et portez au maître d’hôtel.
Quand il eut goûté, le maître d’hôtel,
L’eau devenue du vin, il dit à l ‘époux :
Tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant.
Ce miracle que fit Jésus fut le premier devant ses disciples. Jean II, 7.

C’est le résumé de l’épisode des noces de Cana. En ces quelques lignes, faites des mots essentiels de l’Evangile, tient tout le drame.

Ce rappel du miracle dans l’antienne de la Communion le met en plein relief comme figure de l’Eucharistie. Au moment où elle goûte la suavité du pain et du vin devenus le corps et le sang du Christ, l’Eglise se chante à elle-même les paroles qui en furent l’annonce prochaine et, dans la joie de sa vie renouvelée, les fait monter vers le Christ Jésus comme l’hommage de son amour reconnaissant…Servasti vinum bonum usque adhuc.

LA MÉLODIE

Elle se plie avec une admirable souplesse au caractère et à l’action des personnages. Il y en a trois : le récitant, Notre Seigneur et le maître d’hôtel.

C’est le récitant qui commence. Il annonce les paroles divines. Deux mots très simples et sur un ton empreint de gravité, comme il convient. Notez de quelle dévotion il enveloppe Dominus.

Le chant de Notre seigneur est très discret, comme fut son geste. Il n’y a pour ainsi dire pas de mélodie ; juste assez pour revêtir les mots de sa bonté douce et si simple, avec une légère insistance sur aqua, la matière du miracle, et une délicate nuance de joie sur ferté architriclino.

Le récitant décrit alors le maître d’hôtel goûtant le vin nouveau. La description est très réaliste. Le motif de gystasset, avec le si bécarre et le si bémol à une note d’intervalle, a quelque chose d’incertain qui rend parfaitement l’étonnement du brave homme. Cet étonnement devient plus marqué sur aquam vinum factam, à la faveur peut-être de la sonorité de la voyelle a quatre fois répétée, puis fait place soudain, sur dicit sponso, à la joie qui va éclater.

Elle éclate en effet sur les lèvres du chef, sonore et quelque peu exubérante ; mais il est si heureux d’être enfin tiré d’angoisse ! Il souligne même d’un accent de délectation le mot bonum et va jusqu’à mettre une pointe de finesse sur usque adhuc ; par quoi il apprécie à sa juste valeur le bon tour que l’époux joue à ses hôtes en gardant, contrairement à la coutume, le bon vin pour la fin.

Si réaliste qu’elle soit, cette interprétation est exacte. Tout cela se trouve dans la mélodie et rien ne s’oppose, ni dans le texte ni dans le contexte du récit évangélique au caractère qu’elle donne aux personnages. Mais l’expression n’est pas toute là. Cette antienne en effet n’a pas pour seul objet, ni même pour objet principal, de nous chanter le miracle de Cana. A travers le drame historique qu’elle fait revivre, un autre drame se joue : le drame liturgique de l’Eucharistie figurée, annoncée, réalisée : et c’est pour chanter ce drame-là qu’elle a été faite. Les personnages en sont réels et vivants : c’est l’Eglise qui, par la voix du récitant, nous présente la scène et nous annonce les acteurs ; c’est le Christ qui change le pain et le vin en son corps et son sang et, dans la communion, nous en lui ; ce sont toutes les âmes enfin, nous tous, qui à travers ce chant du maître d’hôtel disons au Christ, l’Epoux de nos âmes, notre joie reconnaissante pour la nourriture et le breuvage aux suavités inexprimables qu’il nous dispense à la table de ses noces. Si donc nous nous contentons de chanter le drame historique sous le drame liturgique nous ne comprenons pas la pièce et nous lui enlevons, faute de l’avoir découverte, son expression vraie.

Il nous faut donc entrer, en la chantant, dans les personnages du drame actuel et les vivre. Il passera alors dans la mélodie quelque chose de plus profond, de plus spirituel qui atténuera ce qu’il peut y avoir de trop humain ici ou là ; et elle aura toute son expression.

Chanter dans une rigoureuse technique en veillant à ne pas forcer les caractères.

Donner une rondeur quelque peu élargie aux accents de impléte hydrias, dont la tristropha sera légère. Par contre, la double note de aqua sera bien appuyée, comme si elle était surmontée de deux épisèmes horizontaux, c’est une bivirga épisématique. Un crescendo discret en montant sur architriclino.

Une bonne pause, puis départ a tempo sur cum gustasset. Toute la phrase légère jusqu’à aquam qui sera quelque peu élargi. La distropha de dicit bien accentuée et se balançant avec le salicus qui suit.

Beaucoup d’entrain joyeux dans le chant du maître d’hôtel ; prendre garde toutefois à la précipitation, bien arrondir les torculus et donner toute leur valeur aux notes isolées ; mais conduire le mouvement jusqu’à usque. La dernière phrase très souple ; poser avec un peu d’ampleur la première note des podatus de Jesus et de primum. Balancer le rythme de discipulis suis sans trop l’élargir.

 Partitions

Epître, évangile et préface chantés de cette messe, voir ici

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