Dix-septième Dimanche après la Pentecôte (XVII)

Messes du Temporal

dimanche 2 octobre 2022

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

INTROÏT

LE TEXTE

Versez votre rosée, cieux, d'en haut, et que le nuages pleuvent le Juste.
 Qu'elle s'ouvre, la terre, 
Et qu'elle germe le Sauveur.

Ps.- Les cieux disent la gloire de Dieu
Et l'œuvre de ses mains, il la proclame, le firmament. Isaïe, XLV, 8 - Ps. XVIII, 2.

Au chapitre XLV, Isaïe rapporte ce qu'il a entendu le Seigneur dire à Cyrus, qu'il va susciter pour être son christ, sauver le peuple et rebâtir la cité et le temple. A la vision de ce sauveur d'un moment, par delà lequel il voit le Messie et son œuvre éternelle, il est transporté et, interrompant sa prophétie, lance vers le ciel son désir ardent pour que soit bâtie la venue des deux libérateurs. Il le fait sous la forme poétique de la rosée qui fait germer la plante, symbolisant ainsi l'action divine qui fera de Cyrus et du Christ des sauveurs parfaits.

Au sens liturgique, c'est l’Église qui appelle le Messie. Rien n'est à changer dans l'image du prophète, mais il faut lui donner tout son sens divin. La rosée sollicitée du ciel, c'est l'action fécondante du Saint-Esprit ; la terre, c'est Notre-Dame, fleur de la race, qui s'ouvre au sommet de la tige de Jessé et qui, fécondée sous l'ombre mystérieuse de l'Esprit du Très-Haut, va produire son fruit divin ; le Verbe fait chair.

Cette prière admirable et tout à fait à sa place le Mercredi des Quatre-Temps, tout entier consacré à l'Annonciation. Il faut lui garder ici la même interprétation ; d'autant que, par l'Offertoire et la Communion tout au moins, le mystère continue d'être fêté. Et il faut la chanter comme la prière suprême, entendue de Dieu par delà les siècles, et qui a contribué à faire venir plus tôt l'heure du Messie et de Notre-Dame ; mais aussi, comme la supplication qui va mériter aux âmes de recevoir le Verbe fait chair quand il va revenir et de se livrer à l'influence de son Esprit comme la terre à la rosée, lui donnant ainsi ce qu'il attend d'elles pour réaliser la plénitude de son Incarnation.

Le Psaume, lui, n'est pas une prière ; il est la constatation joyeuse des merveilles de Dieu qui se réalisent dans le mystère.

LA MÉLODIE

Une prière ardente de deux phrases qui s'opposent ici, encore, suivant le texte, comme le ciel et la terre.

La première est un admirable mouvement de l'âme portant on désir, comme dans le graduel. Qui sédes, aussi haut que possible, jusqu'aux nuées fécondes d'où va venir la céleste rosée, puis redescendant douce et paisible comme descendra le Juste qu'elle chante. La supplication est ardente sur le pressus de caeli, les quilismas de désuper, le pressus de pluant, mais il n'y a pas d'inquiétude, de doute, d'angoisse ; au contraire, une grande sérénité et une joie discrète se mêlent partout à la prière dans la tonalité claire du mode de fa ; la joie de l'Eglise qui sait, car elle en jouit déjà, tout le bonheur qu'il y a pour elle dans cette pluie fécondante qu'elle sollicite.

La seconde a moins d'élan. C'est la terre que l'Eglise regarde et encore qu'il s'agisse de Notre-Dame, ce chef-d'œuvre de grâce qui va produire la nature humaine du Christ, n'est-elle pas tout en bas par comparaison avec l'infinie perfection du verbe qui va y descendre ? Et puis, c'est le mystère dont la profondeur ne saurait se chanter ; Aussi, après l'ardeur de la supplication sur aperiatur, la mélodie revient-elle au mode de ré, et en des neumes qui s'effacent de plus en plus, elle s'éteint, gracieusement d'ailleurs, sur Salvatorem, le mot du désir.

La deuxième note de ra dans Rorate doit être élargie. Le crescendo de la première incise sera ardent mais sans éclat ; c'est une prière. Bien accentuer nubes et aller sur le pressus de pluant en progression.

Veiller à ce que tur dans aperiatur ait bien sa valeur et qu'on ait le temps d'articuler. Térra sera légèrement retenu ainsi que les quatre dernières notes de gérminet.

Le Psaume sera chanté dans un bon mouvement et pénétré déjà de la joie du « Gloria in excelsis » qu'il prophétise.

GRADUEL

LE TEXTE

Il est proche, le Seigneur,
De tous ceux qui l'invoquent,
De tous ceux qui l'invoquent dans la vérité.

Verset. - La louange du Seigneur,
Elle la chantera, ma bouche,
Et que toute chair bénisse le Seigneur. Ps. CXLIV, 18, 21.

Dans la première partie, le psalmiste exprime une idée très simple ; à savoir que le Seigneur est tout disposé à écouter ceux qui le prient. Toutefois, il a précisé d'un mot : ceux qui le prient dans la vérité ; c'est-à-dire qui lui demandent, en toute sincérité, des chose vraies ; entendons : ceux qui sont conformes à sa volonté, car la vérité, c'est, en même temps, ce que Dieu pense et ce que Dieu veut.

Le Verset, lui, est un hommage de reconnaissance de l'âme qui promet à Dieu une louange sans fin en retour de la bienveillance qu'il lui témoigne.

Au sens liturgique, peut-être serait-on porté à s'appuyer sur les premiers mots Prope est Dominus pour faire entrer ce texte dans le cadre de l'Avent. Ce ne serait pas absolument exact car c'est en tout temps que le Seigneur exauce ceux qui savent le prier. Il ne faut pas non plus le rattacher à l'Epître qui vient d'être lue, mais à l'Epître du mercredi précédent pour laquelle il a été choisi. Dans cette Epître, on nous ait entendre l'histoire d'Achaz qui, par manque de confiance, refusa de demander un prodige au Seigneur et qui reçut, en réplique, d'Isaïe la fameuse prophétie qui annonçait le prodige des prodiges : « Le Seigneur vous donnera lui-même un signe : Voilà qu'une Vierge concevra et enfantera un Fils et son nom sera Emmanuel ». A la fin de ce récit, ces deux versets viennent sur es lèvres de l'Eglise comme une sorte de réflexion. Repliée sur elle-même et gardant bien présent à l'esprit tout ce qu'elle vient d'entendre, elle se dit : Achaz a eu tort...Le Seigneur est tout près de ceux qui l'invoquent et bientôt il sera plus près d‘eux encore ; car le prophète a dit que Celui qui doit venir aura nom Emmanuel, ce qui veut dire : Dieu est avec nous.

Cette annonce précise de l'Incarnation amène alors la grande louange du Verset. Laudem Domini...

LA MÉLODIE

(V) Prope est Dominus omnibus invocantibus éum omnibus qui invoquant éum in verita te.

Elle est composée de trois formules : celle de Prope est Dominus et les deux de éum. Ces formules sont reliées entre elles par les motifs presque syllabiques de omnibus invocantibus et de omnibus qui invoquant. Un seul mot est original, in veritate, encore s'achève-t-il en une formule finale commune.

Le fait qu'elle est à ce point centonisée n'empêche pas qu'elle soit très expressive. L'auteur s'est servi de formules toutes faites mais il les a choisies pour le texte et les a disposées de telle sorte qu'elles puissent en exprimer au mieux le contenu. Notez qu'elles sont placées sur les mots importants : Dominus, le nom divin, et éum qui le représente ; et que, par le contraste que font leurs neumes avec les motifs syllabiques qui les entourent, elles les mettent en particulier relief. Aussi bien est-ce le mot de l'Epître : Pete signum a Domino, dit Isaïe. Non tentabo Dominum, répond Achaz. Propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum, réplique le prophète.

L'intonation est grave. (Cette formule n'est employée que sur le mot Dominus ; de sorte qu'elle est moins une formule centon qu'un motif réservé uniquement au nom du Seigneur, comme plusieurs autres.) Mais ce serait une erreur d'y voir la moindre tristesse. Au contraire, on y discerne déjà en une nuance discrète la joie qui se dégage du texte et qui caractérise tout le Graduel. Toute pénétrée de respect, elle se retient, s'efface, sur le nom divin, mais, sitôt après, elle se laisse aller, se développe sur omnibus invocantibus et va s'épanouir sur éum en un bel élan qui se détend dans la plénitude de la cadence en fa. Elle passe dans la seconde phrase, s'élève avec grâce sur omnibus, puis redescend dans le grave où elle se revêt à nouveau sur éum d'une certaine révérence qu'elle garde jusqu'à la fin.

Le Verset. - Laudem Domini loquétur os méum Et benedicat omnis caro nomen sanctum éjus.

La joie est ici enthousiaste. Lancée avec une ferme assurance sur la distropha de Laudem, elle se développe en une sorte de contemplation sur Domini : légère, souple, heureuse. Une nuance de tendresse plus marquée passe avec le si b, puis l'exaltation, grandissant à nouveau, va vers loquétur os méum où elle atteint toute sa puissance d'expression sur les mots mêmes qui disent la joie de pouvoir chanter à jamais.

L'enthousiasme est le même dans la seconde phrase. Sitôt qu'elle a été ramenée à la dominante, la mélodie s'élance à l'extrême limite du mode, enveloppant de toute sa puissance l'ardent souhait de l'Eglise. Elle s'y arrête d'ailleurs ensuite en un gracieux mouvement descendant, puis, pour finir, se pénètre à nouveau de tendre respect sur nomen sanctum éjus.

Comme on le voit, ce verset a un caractère de joie éclatante qui ne s'est pas encore rencontré au cours de l'Avent. L'auteur a-t-il voulu donner là comme une première annonce de la joie de Noël et en pénétrer déjà l'âme des fidèles ? On a d'autant plus de raisons de le croire que les formules 53 et 54 sont particulières à la période de la Nativité. On les trouve ailleurs, mais elles sont si fréquemment répétées au temps de Noël qu'elles contribuent, sans aucun doute, pour leur part, à créer l'atmosphère musicale. El semble que ce soit comme le début d'un crescendo de joie qui, parant du Mercredi des Quatre-Temps, jour consacré à l'Annonciation, jour de l'Incarnation, atteint toute sa puissance aux jours de Noël et de l'Epiphanie.

Ne pas chanter l'intonation avec des effet de basse, mais avec la simplicité et la douceur qui conviennent à une contemplation paisible. Le crescendo est le premier éum sera discret et mené dès le début de l'incise ; C'est une formule assez délicate mais très expressive. Il y a sur le do une distropha, puis al première note de la clivis ou du climacus ; les distrophas seront posées doucement et la voix, renforcée, ira vers la note qui suit pour la répercuter, délicatement. Il s'en suivra une onction pénétrée de ferveur qui servira admirablement le pronom éjus qui tient la place de Dominus.

Retenir quelque peu veritate ; la tristropha, douce. Bien distinguer dans la vocalise qui suit, sur le la, les deux distrophas, du pressus ; lles reçoivent doucement le posé de la voix ; de même celle qui se trouve sur le do dans la dernière incise.

C'est une bivirga qu'il y a sur Laudem au début du Verset ; qu'elle soit appuyée, forte et bien lancée. Sur Domini, deux distrophas et répercussion sur la première note de la clivis ; même interprétation que plus haut. Une bivirga avant les deux climacus qui finissent la première phrase ; bien accuser la première note du second.

La tristropha de os, légère. Bien pendre grade à donner toute leur valeur aux trois notes qui précèdent les notes doubles de méum ; les retenir légèrement évitera le danger d'en faire un triolet. Poser nettement l'épisème vertical de omnis, allonger même un peu la note. (Dans plusieurs cas, la 2ème note est un quilisma.) Un gracieux ralenti sur sanctum, qui se poursuivra sur éjus jusqu'à la fin.

ALLELUIA

LE TEXTE

Viens, Seigneur et ne tarde pas.
Pardonne les péchés de ton peuple.

Cette phrase ne se trouve pas dans l'Ecriture. L'idée en est très simple et s'applique sans difficulté à l'un ou à l'autre des sens de l'Avent. C'est une prière dont l'objet est nettement déterminé : la prière de tout le peuple de Dieu, de toute l'Eglise, suppliant le Christ de venir sauver le monde.

LA MÉLODIE

On la rencontre deux autres fois au cours de l'année : le XXe Dimanche après la Pentecôte (Alleluia Paratum cor méum) et à la messe Loquebar d'une Vierge Martyre (Alleluia Adducentur).

Elle commence dans le grave et se meut lentement dans toute la première phrase, comme la prière très humble du pécheur qui n'ose pas lever les yeux, accablé qu'il est sous ses fautes. Ce n'est que dans la seconde incise qu'elle prend un peu d'ardeur, il y a sur et noli tardare un très bel accent de pressante supplication.

Dans la seconde phrase, la prière est plus aisée sur relaxa. La longue vocalise de facinora est, en elle-même, assez indifférente, mais elle prend, avec les mots, un caractère de prière fort bien adapté. Il y a, dans la répétition du motif initial, une progression qui fait la supplication de plus en plus forte. La première fois, elle monte par trois degrés au si b ; la seconde fois, par un seul mouvement de quarte, elle atteint le do qu'elle marque d'un pressus ; la troisième, elle s'y pose sans préparation et y demeure trois temps. Il y a là une vigueur accrue du plus heureux effet. La mélodie redescend ensuite dans le grave et finit sur une formule propre à certains graduels du Ier mode, elle aussi très priante et très humble, avec une touche assez marquée de crainte révérentielle.

L'Alleluia, lui, est du IIIe mode, mais l'unité demeure parfaite et l'expression y trouve son bien. L'Alleluia ayant en lui-même un caractère de louange que le contraste rend plus marqué encore.

Prendre garde de faire trop longue la double note initiale de l'Alleluia, lequel doit avoir un certain mouvement. Bien balancer le rythme de l'arsis ; la vocalise légère.

Veni Domine tranquille et discret. Crescendo sur noli ; tardare sans éclat. Noter que, dans les thésis de la seconde phrase, toutes les notes doubles sont des distrophas, légères donc ; de même les deux qui précèdent la clivis sur le do, à la dernière reprise du motif. Par contre plé dans plébis est une bivirga. Lier avec soin les grands intervalles de l'avant-dernière incise.

OFFERTOIRE

LE TEXTE

Salut, Marie, de grâce remplie,
Le Seigneur (est) avec toi.
Bénie (es-)tu entre les femmes,
Et béni le fruit de ton sein.

C'est la salutation de l'Ange Gabriel à Notre-Dame et celle d'Elisabeth combinées en un seul texte, lequel forme la première partie de la Salutation angélique. Il n'y manque que le dernier mot, Jésus, qui d'ailleurs ne fut pas dit par Elisabeth.

Au sens liturgique toutefois, ce n'est ni l'Archange ni Elisabeth qui saluent Notre-Dame ; la combinaison des deux salutations en un seul texte s'y oppose. C'est toute l'Eglise qui, au moment où est commémorée la Conception de Notre Seigneur, fait monter sa louange vers celle que Dieu a choisie pour sa mère. Elle a entendu, au cours de la semaine écoulée, le mercredi, le récit de l'Annonciation, le vendredi, celui de la Visitation ; elle recueille, sur les lèvres de l'Archange et d'Elisabeth, les paroles inspirées pour les redire à Notre-Dame, comme l'hommage le plus parfait qu'elle puisse rendre à sa sainteté incomparable et à sa maternité divine.

Bien noter que c'est une salutation. Ceci implique que les chanteurs soient en communication directe avec Notre-Dame : qu'ils chantent pour elle et qu'ils aient conscience que du haut du ciel, elle les écoute et reçoit leur hommage dans la joie de son cœur maternel.

LA MÉLODIE

Quatre phrases (Ave Maria gratia plena ne forme qu'une seule phrase. La grande barre qui suit Maria doit être considérée comme une demi-barre). Les trois premières, en progression l'une sur l'autre, conduisent l'idée jusqu'à Benedicta tu, point culminant de la louange. La quatrième redescend vers le grave où elle s'achève dans la contemplation du mystère.

Il n'y a pas d'éclat dans l'Ave de l'intonation ; c'est un salut gracieux enveloppé de vénération profonde et tendre. Tout le long de la première phrase, l'âme se complaît dans cette attitude d'humble hommage ; elle s'anime seulement, d'un accent de ferveur, sur le nom béni. Un bel élan, habilement préparé, porte la syllabe accentuée de Maria à la dominante où les notes doubles et répercutées mettent un peu plus d'ardeur, d'admiration et d'amour. Mais ce n'est qu'en passant. Elle revient au grave sur gratia pléna et s'y enveloppe plus encore de contemplation ; aussi bien y a-t-l ici quelque chose de plus que la salutation. C'est déjà le mystère, le mystère indicible de l'Immaculée. La phrase s'achève sur pléna par un pressus qui met bien en valeur ce mot de plénitude, qui ne peut se dire que du Christ et de sa Mère.

Dès le début de la seconde phrase, la mélodie, établie sans préparation sur la dominante, prend tout de suite une allure de louange éclatante. C'est une qualité nouvelle que l'Eglise salue en Notre-Dame : son union avec Dieu. La plénitude de la grâce, c'est déjà le Seigneur avec l'âme ; mais, sur les lèvres de l'Archange, le Dominus técum indiquait une modalité spéciale de l'union divine. Le Seigneur est avec Notre-Dame comme il n'est avec personne. C'est de cette union merveilleuse que l'Eglise félicite Marie. La mélodie la sert admirablement. Le s'épanouit sur Dominus en un beau motif plein d'élan, deux fois répété, qui dit l'admiration enthousiaste que provoque l'infinie grandeur de Dieu, tandis que, sur técum, elle se retient comme recueillie, étonnée, confondue d'admiration, devant l'ineffable sainteté de Notre-Dame.

Elle se reprend sur Benedicat tu pour s'élancer cette fois à la limite de son étendue. C'est le troisième mot de a louange. Il est la conséquence des deux autres. C'est parce qu'elle est pleine de grâce et que le Seigneur est avec elle que Marie est bénie entre toutes les femmes ; nouvelle Eve, celle que toutes les nations diront Bienheureuse. La mélodie le met au-dessus de tout ; elle dépasse la dominante, monte et plane, à loisir, dans les hauteurs, s'appuyant sur des notes doubles et des pressus qui lui permettent de déployer toute sa puissance et de colorer d'accents de ferveur ce mot de bénédiction. Il s'achève sur le pronom tu en une belle cadence pleine et large qui va tout droit à Notre-Dame avec une nuance délicate de tendresse. La seconde incise ramène à la dominante le mot muliéribus. L'admiration s'y prolonge, toujours fervente ; notez le pressus et le torculus avec son mouvement hardi de quarte retombant sur la bivirga de la syllabe accentuée. D'une façon assez inattendue, la phrase s'achève par une cadence en demi-ton sur si qui laisse la mélodie en suspens, comme si l'Eglise, évoquant en une sorte de contemplation toutes les femmes de la race, les voyait se perdre en une perspective infinie, tendues en un geste de bénédiction vers Notre-Dame  qui, de très haut, enveloppée dans la gloire du Verbe Incarné, les domine toutes de l'éclat de sa maternité.

La quatrième phrase est, de toutes, la plus profonde. Ici, c'est le mystère ; le mystère du Verbe fait chair dans le sein de Notre-Dame. La mélodie abandonne les hauteurs, descend par degrés, sur benedictus qu'elle souligne seulement d'un pressus, descend encore sur fructus, puis demeure dans le grave, presque sans se mouvoir. Un motif deux fois répété de quelques notes qui montent et descendent par degrés conjoints sur véntris, un dernier pressus sur tui comme pour faire rejaillir la gloire du Fils sur la Mère - car c'est pour le Fils qu'est toute la louange dans cette dernière phrase - et c'est tout. L'ineffable ne saurait s'exprimer.

Il faut chanter avec beaucoup de souplesse. On y veillera particulièrement dans l'intonation. Le climacus qui s'achève sur la première note pointée sera légèrement retenu pour donner à cette demi-cadence sur mi toute sa valeur d'admiration gracieuse et tendre.

Chanter Maria avec beaucoup de ferveur. Les deux premières notes de ri bien appuyées, assez fortes, avec l'élan de l'accentuation : ce sont deux virgas ; les deux autres sont des distrophas ; la répercussion en sera délicate et il y aura un crescendo jusqu'à la répercussion, très délicate aussi, de la virga. La cadence sur sol très peu ralentie, de façon à rattacher Maria à gratia pléna. Une pause.

Discret a tempo au départ de Dominus dont les thésis seront légères, comme le sera la tristropha de técum, qu'on renforcera toutefois pour la lier au climacus. Sur ne dans Benedicta, une bivirga, bien l'appuyer et mener le crescendo e un bel enthousiasme vers le pressus. Conduire avec mesure l'admirable descente de benedictus fructus, sans que la voix perde brusquement de sa sonorité. Véntris tui très lien avec le salicus bien doux.

COMMUNION

LE TEXTE

Voici qu'une Vierge concevra
Et enfantera un Fils,
Et il sera appelé de son nom Emmanuel. Isaïe, VII, 14.

Cette parole fut dite comme une prophétie par Isaïe à Achaz. « Le Seigneur vous donnera lui-même un signe : voici qu'une vierge enfantera... » Le signe promis arrivera le jour de l'Annonciation. C'est le mot même du prophète en effet que l'Archange dit à Notre-Dame : « Voici que vous concevrez et enfanterez un Fils et vous lui donnerez le nom de Jésus ».

Ce texte est tout à fait à sa place le jour où est commémorée l'Annonciation. Toutefois il ne semble pas qu'il doive être chanté ici comme une prophétie ; c'est l'Eglise qui après avoir entendu la parole du Prophète à l'Epître, et celle de l'Ange à l'Evangile, y revient, au moment de la communion. Contemplant dans la lumière de la grâce sacramentelle, l'Incarnation qui se prolonge par l'Eucharistie dans tout le Corps Mystique, elle chante la joie de l'Emmanuel, du Dieu avec nous, en même temps que le mystère de Noël dans lequel à nouveau va s'accomplir mystiquement la parole divine.

LA MÉLODIE

Une joie émerveillée ; on en caractériserait bien ainsi, en deux mots l'expression. Elle est très discrète dans sa première incise, avec quelque chose de recueilli, de contemplatif, répandu sur toute la thésis de concipiet. Dans une sorte de jouissance profonde, l'âme admire le mystère de la Vierge Mère.

Et voilà qu'elle s'anime et que son admiration prend de l'ampleur. Un souffle puissant passe, qui emporte les mots dans l'enthousiasme, Filium après pariet, comme si l'âme, de plus en plus éclairée, réalisait ce qu'est le mystère de la maternité divine.

Mais, à peine a-t-elle saisi cette seconde merveille, qu'une troisième s'offre à elle : le mystère de Dieu avec nous cette fois, et vocabitur Emmanuel... Elle n'a pas le temps de s'arrêter si peu que ce soit ; de la première phrase, le souffle d'allégresse passe dans la seconde, l'entraînant dans la progression jusqu'à la distropha de vocabitur. Là quelque chose change. Le mystère s'étend. Il s'étend jusqu'à l'âme. Elle sent qu'elle y entre, en ce moment de la communion. Elle se recueille, se refermant sur les merveilles qui s'opèrent en elle. La mélodie la suit dans sa contemplation. Elle n'a plus le souci des notes éclatantes, ni des mouvements à grand espace ; elle se retient. Notez les clivis allongées de vocabitur, elle descend peu à peu vers le grave, jusqu'à ce qu'elle arrive à Emmanuel, le mot du mystère. Elle s'y complaît, en une formule qui, comme celle du véntris tui de l'Offertoire, se contente de quelques notes conjointes qui descendent et montent mais où passe toute la tendresse de l'âme pour l'Hôte divin qui est avec elle.

L'intonation paisible ; de même concipiet dont les podatus seront bien posés. Ceux de pariet aussi, tout le sommet en sera élargi. Le lier étroitement à Filium qui sera à peine retenu afin que l'enthousiasme aille croissant sur et vocabitur. C'est une bivirga qu'il y a sur vo. Retenir quelque peu tur. Beaucoup de grâce et de ferveur sur Emmanuel, qui sera très ralenti.

 

Epître, évangile et préface chantés de cette messe, voir ici

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

LEÇONS DES MATINES : En Septembre : Tobie, Judith ou Esther. En Octobre : Les Macchabées.

EPÎTRE : Les chrétiens, membres d’un seul corps, doivent garde l’unité de l’Esprit qui les anime tous et se supporter mutuellement dans la charité. (Eph. IV. I-6)

EVANGILE : Le premier commandement est d’aimer Dieu. Le second, semblable au premier, d’aimer le prochain. (Math. XXII. 34-46)

IDÉE CENTRALE : Elle se dégage bien de l’Epître. Tous les chrétiens, membres du Christ , auquel ils ont été incorporés par le Baptême et l’Eucharistie, forment avec lui comme un seul Corps. Ils doivent s’aider mutuellement à réaliser leur sanctification dans l’unité de l’Esprit et le lien de la paix. Ce conseil de Saint Paul revient indirectement sur les lèvres de Notre Seigneur à l’Evangile, lorsqu’il fait de la charité envers le prochain une seule chose avce la charité envers Dieu. C’est pour ce « peuple saint » que l’Eglise prie dans la collecte, et c’est cette « nation bienheureuse » qu’elle chante dans le Graduel, comme c’est aussi le peuple sur lequel Daniel, à l’offertoire, invoque le nom divin.

INTROÏT

LE TEXTE

Tu es juste, Seigneur, et droit est ton jugement ; agis avec ton serviteur selon ta miséricorde.

Ps. – Heureux les sans tâche dans la voie, Ceux qui marchent dans la loi du Seigneur.

Ps. CXVIII. 137, 124.

Ces deux versets ne se suivent pas dans le Psaume. C’est donc intentionnellement qu’ils ont été mis ici l’un après l’autre. Sans doute l’auteur a-t-il voulu rapprocher l’idée de justice et l’idée de miséricorde. N’a-t-il pas voulu aller plus loin : insinuer qu’en Dieu la miséricorde est un complément de la justice et que, pour être juste, le Seigneur doit être miséricordieux ? La disposition qu’il a adoptée, en plaçant le verset 137 avant le verset 124, semblerait l’indiquer. Conception d’ailleurs absolument exacte. N’est-ce pas la miséricorde qui, de toute éternité, règle l’attitude de Dieu à l’égard de l’homme ? C’est elle qui l’a fait nous donner l’être et la vie, nous prédestiner à être « du Christ », nous justifier en lui. C’est elle encore qui, par delà la stricte justice, le fait sans cesse nous pardonner. Comment les deux s’harmonisent-elles dans l’infini de son être ? Mystère ; mais elles s’harmonisent. Nous savons même, et par ce que le Seigneur nous en a dot, et par l’heureuse expérience que nous en avons, que sa miséricorde toujours couronne sa justice. Nous avons donc le droit de l’exiger, ne serait-ce qu’en vertu de tant de promesses qui nous ont été faites.

Le sens de ces deux versets se trouve ainsi précisé. L’âme proclame la justice de Dieu et, s’y appuyant, demande la miséricorde. C’est rigoureux, nous venons de le voir, c’est habile aussi. Elle ne s’en tient pas d’ailleurs à cet aspect purement juridique. Elle sait que c’est pour la lier au Christ, comme un membre à la tête dans l’unité du Corps mystique, que la miséricorde de Dieu est venue sur elle, et que c’est en considération de cette même unité de vie avec le Fils – à qui tout est dû en justice stricte qu’elle viendra toujours, comme un épanouissement de la justice du Père à l’égard du Fils.

Il ne faut donc pas voir dans ce texte, deux idées juxtaposées, deux phrases, mais une seule : Tu es juste, Seigneur, droit est ton jugement, alors, agis avec ton serviteur selon ta miséricorde.

LA MÉLODIE

Nous allons voir qu’elle corrobore cette interprétation du texte.-

L’intonation est celle de l’Introït Inclina du Dimanche précédent. Elle est paisible, avec une touche de joie délicate qui est bien à sa place ici, car cette première incise n’est pas une prière, mais une attestation heureuse de la justice divine. Le chœur chante Dómine dans le même sentiment de pax puis, il enveloppe réctum judícium túum d’une certaine gravité, d’une certaine ferveur aussi qui marque l’adhésion joyeuse de l’âme aux jugements divins. Cette ferveur, très marquée sur toute l’arsis, s’épanouit sur la double note de judícium et sur la cadence de túum.

Mais elle ne s’éteint pas sur cette cadence. Elle passe, plus vive encore, sur fac cum sérvo túo, où elle devient la joie de l’âme tout heureuse de pouvoir, une fois de plus, réclamer la miséricorde comme couronne de la justice. Une joie qui monte sur túo simple, pleine de fraîcheur, exultante aussi, soulignant le mot d’un admirable accent de confiance et de tendresse filiale qui va droit au Père. Elle se détend ensuite tout à l’aise sur misericórdiam, après avoir insisté délicatement sur secúndum.

Il n’y a pas à douter de cette interprétation. Tout, depuis le début, va en un élan ininterrompu vers túo, et par des intervalles pleins où il n’y a pas trace de supplication anxieuse.

Il faut chanter dans un mouvement très calme et assez lent, mais avec joie.

Soulevez bien l’accent de Dómine afin de retomber doucement et avec souplesse sur mi puis sur ne. Allongez légèrement la première note du punctum de réctum et commencez-y un crescendo qui va s’épanouir, sans la heurter sur la double note de judícium – une bivirga épisématique – et après la détente d’un instant sur ci reprendre sur um. N’adoucissez que très peu túum qui sera tout de même retenu et passez à la seconde phrase en faisant de la grande barre une demi-barre.

Le crescendo s’intensifiera sur fac cum sérvo túo. Le podatus de túo sera allongé et lié à secúndum par un mouvement très arrondi qui fera du podatus et du punctum qui le suit un seul temps composé ternaire. Insistez sur secúndum qui commande en fait toute la suite en faisant bien la répercussion sur la clivis allongée.

Le psaume, qui chante la pureté conservée ou retrouvée grâce à la miséricorde, sera léger et joyeux, lui aussi.

 

GRADUEL

LE TEXTE

Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu, le peuple qu’il a choisi, le Seigneur, en héritage pour lui.
Verset. – Par la parole du Seigneur les cieux ont été affermis, et, par le souffle de sa bouche, toute leur puissance.

Ps. XXXII. 12, 6.

La nation bienheureuse, le peuple choisi qui est chanté ici, c’est Israël évidemment. Mais Israël n’était que la figure de l’Eglise ; c’est elle la bienheureuse et c’est nous le peuple choisi, celui que le Christ a eu en héritage, qu’il a conquis de son sang et qu’il a fait sien en le faisant un avec lui dans la même vie.

Le verset chante la parole créatrice organisant le monde – il semble bien en effet que ce soit le sens qu’il faille donner à caéli. Mais cette parole de Dieu c’est le Verbe ordonnant tout l’univers à l’homme et, à travers les générations, au Christ et à l’Eglise qui lui donne sa plénitude, « première pensée incluse dans le Verbe qui sera un jour son Chef, premier amour en l’Esprit , qui sera un jour son âme ». Ainsi, dans le verset comme dans la première partie, c’est le Corps mystique qui est chanté. Belle paraphrase de l’Epître où Saint Paul célèbre « le Père qui pénètre tout, qui réside en nous tous » et qui fait la Beáta gens en réalisant ente les hommes « l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix ».

LA MÉLODIE

(I) Beáta gens cújus est Dóminus Déus éorum

Pópulus quem elégit Dóminus in hereditátem síbi.

L’intonation est tout empreinte d’une noblesse et d’une fierté qui se développent et prennent une ampleur magnifique tout le long de la montée vers Déus. Une nuance de bonheur et de paix s’y mêle pour finir, sur la cadence en fa de eórum.

La seconde phrase continue l’idée. L’expression aussi est la même. Il y passe toutefois quelque chose de plus intime, comme un sentiment de gratitude qui fait la mélodie très ardente ; notez le pressus, la triple note de pópulus – une trivirga épisématique – et elégit Dóminus avec la nuance de tendresse qui se fait de plus en plus délicate et de plus en plus adorante à mesure que la mélodie s’efface dans le grave.

Cette gratitude s’illumine d’espoir et de désir sur la montée pleine d’élan de hereditátem puis devient toute contemplative sur les rythmes paisibles et si fins de síbi.

Le verset.Vérbo Dómini caéli firmáti sunt et spíritu óris éjus ómnis virtus eórum.

L’expression ici est quelque peu différente. L’Eglise, sur ces mots si riches de sens, s’arrête à contempler l’œuvre merveilleuse du Verbe et de l’Esprit dans le monde. Sur Dómini, dans la première phrase, et sur Spíritus, dans la seconde, elle se laisse aller à une tendresse qui s’attarde, tandis que, sur caéli firmáti sunt et sur ómnis virtus eórum, elle s’exalte en de beaux élans d’admiration.

La double note de Beáta est une bivirga épisématique : appuyez-la bien ; elle forme avec le pressus un très beau rythme qui se prolonge avec beaucoup de grâce ; liez bien la clivis allongée sol-ré. La double note de est est aussi une bivirga épisématique. C’est là que commence le crescendo qui va se développer avec ampleur sur Dóminus Déus. Etalez bien la cadence de eórum.

Attaquez pópulus avec une ardeur qui ira croissante sur la trivirga du sommet ; elle est épisématique, posez-là bien, appuyez-la et faites-la très expressive. Faites très expressive aussi la bivirga épisématique de elégit, avec la descente vers le quilisma retenu et Dóminus de plus en plus thétique.

Faites une reprise a tempo sur in hereditátem, avec un léger crescendo-accelerando. síbi ; détaillez avec finesse les temps composés binaires et chantez-les en mouvement vers les épisèmes horizontaux des podatus.

Balancez avec grâce

Le verset ne devra pas être chanté trop vite. Faites expressives les notes doubles et triples de Dómini. Donnez de la force, de l’élan et de l’ampleur à caéli. Complaisez-vous sur spíritu óris éjus. Elargissez tout le motif de ómnis. Le chœur fera un a tempo discret sur eórum, mais retiendra bien la cadence finale.

 

ALLELÚIA

LE TEXTE

Seigneur, exauce ma prière. Et que mon cri jusqu’à toi vienne.

Ps. CI. 2.

C’est une prière qui supplie avec véhémence.

Le Psaume CI fut un chant de a captivité de Babylone ; il est sombre, en sa première partie du moins, et crie haut vers le Seigneur.

Comment cette supplication vient-elle se joindre au Graduel si heureux, si plein d’admiration paisible et douce ? Sans doute comme la demande pressante de l’Eglise pour qu’en elle se réalise l’unité de l’Esprit, si difficile, et sans laquelle pourtant ni la gloire de Dieu, ni la paix et la béatitude de ses membres ne sauraient être.

LA MÉLODIE

Dans la première incise la supplication est ardente et quelque peu angoissée. On retrouvera ce très beau motif sur le même mot dans l’Allelúia du XXIIIe Dimanche, rendu là plus émouvant encore dans l’atmosphère de terreur des derniers jours du monde. Ici, ce n’est qu’en passant qu’il met un peu d’anxiété dans la prière ; elle se fait, tout de suite après, plus paisible sur oratiónem, tout en insistant sur la trivirga.

L’ardeur reprend sur méus, dans la seconde phrase, mais plus tempérée. A la fin, sur le jubilus de véniat, il n’y a plus d’angoisse : l’âme est apaisée.

Il faut dès le début de Dómine commencer le crescendo et le poursuivre très expressif sur le salicus, puis le podatus allongé de exáudi. Arrondissez-en le sommet pour retomber doucement sur di et continuez-y la pression. La triple note de oratiónem est une trivirga épisématique. Retenez quelque peu la thésis tout au long de laquelle l’ardeur se détendra.

Celle-ci reprend sur méus ; on pourra allonger la première note du podatus.

Liez avec grand soin la belle vocalise de véniat qui va du sol au sol avec une grâce si paisible.

 

OFFERTOIRE

LE TEXTE

J’ai prié mon Dieu, moi, Daniel, disant : Exauce, Seigneur, les prières de ton serviteur. Fais briller la lumière de ton visage sur ton sanctuaire. Et sois propice à ce peuple sur lequel est invoqué ton nom, ô Dieu.

Daniel IX. 17, 18, 19.

Un jour, en lisant Jérémie (XXV. 11.XX.X.10.), Daniel comprit que la désolation de Jérusalem devait durer soixante-dix ans. Revêtant alors ses vêtements de pénitence, il leva les yeux vers le Seigneur et pria ainsi :

Je t’en supplie, Seigneur, Dieu grand et terrible, garde l’alliance et ta miséricorde à ceux que tu as aimés. Nous avons péché…La justice est à toi, à nous la honte. Mais la miséricorde aussi est à toi…

Admirable prière, humble et forte. Elle se poursuit par la confession des crimes du peuple ; après quoi, elle se fait plus pressant au verset 17.

Exauce donc maintenant, notre Dieu, la prière de ton serviteur et ses supplications. Montre ta face sur ton sanctuaire qui est désert. Et cela pour ton propre avantage.

C’est le texte de notre offertoire. Du moins, à quelques détails près, car l’auteur y a fait des changements qu’il faut noter. Après son sanctuaire, il a supprimé qui est désert enlevant ainsi l’illusion aux malheurs de Jérusalem. Il a remplacé montre ta face par éclaire de joie ton visage ; c’est une nuance qui compte. Enfin, à la place de la dernière phrase : et cela pour ton propre avantage, il a pris dans les versets qui suivent, une invocation qui adapte le texte de plus près au sacrifice :

Et sois propice à ce peuple sur lequel est invoqué ton nom.

On peut se demander comment cette prière est entrée dans la messe du XVIIe Dimanche. L’explication se trouve dans le second verset de l’Offertoire, aujourd’hui hors d’usage. Il se lit ainsi :

J’entendis une voix qui me disait : « Daniel, comprends les paroles que je t’adresse parce que je suis envoyé cers toi. » Et voici que Michel est arrivé à mon secours.

Ces paroles empruntées à la fin du chapitre suivant, ont certainement été choisies, et tout le reste de l’Offertoire avec elles, en raison de la proximité de la fête de Saint Michel qui groupait alors autour d’elle, comme autour d’un centre liturgique, les Dimanches qui l’entouraient.

En dehors de ces considérations historiques, cette prière, toujours actuelle, s’harmonise bien avec le sacrifice. L’Eglise demande avec le prophète que le Seigneur jette un regard de bienveillance sur le sanctuaire où son peuple est réuni et qu’il bénisse l’offrande qu’elle lui présente au nom de son Fils, avec qui elle ne fait qu’un.

 

LA MÉLODIE

Elle commence, comme le Precátus est Moyses du XIIe Dimanche, par un prélude à la prière. C’est Daniel qui le chante. Il n’y passe ni tristesse, ni anxiété, mais une grande simplicité et une confiance abandonnée. Tout est beau dans cette phrase, jusqu’aux moindres détails. Le rythme est admirable de souplesse et de grâce sur tous les mots. Orávit méum est baigné de vénération tendre. Ego Dániel, simple et effacé.

La prière, intense dès le début sur le salicus de exáudi, se fait tout de suite humble sur la thésis de Dómine qui se courbe comme une prostration. Elle le demeure jusqu’à la fin de la phrase, avec une nuance très heureuse de plainte délicate sur la cadence de túi.

Soudain, tout s’éclaire sur illumina. La mélodie, passée sans transition au IIIe mode, s’élève dans un magnifique élan, mesuré, mais plein de vie, enveloppe túam de vénération et va s’épanouir sur la tenue de súper où elle se tient un instant comme recueillie, à la pensée du Temple, de l’Eglise, de l’autel, du sacrifice. Elle se détend alors sur les rythmes paisibles de sanctuárium et se pose ferme et pleine sur une cadence du VIIIe mode. C’est la joie qui domine dans toute cette troisième phrase. C’est bien ainsi, car le Seigneur ne peut pas ne pas voir avec complaisance son peuple se donnant à lui dans l’offrande même de son Fils qui se renouvelle, et l’Eglise, qui le sait et qui le sent, ne peut pas ne pas s’en réjouir elle-même.

Une nuance de supplication humble atténue la joie dès le début de la quatrième phrase sur la cadence de inténde, si particulière avec le si b et le mi ; volontiers, on entendrait le si bécarre, peut-être authentique. Cette nuance se prolonge quelque peu et tout redevient paisible. Il y a une insistance marquée sur ístum et sur invocátum est, mais sans que la mélodie sorte de sa tranquille modération. Déus est enveloppé de tendresse en une longue vocalise où la mélodie se fait à nouveau gracieuse et délicatement suppliante, notamment sur les deux cadences en mi où l’on retrouve la paix baignée de confiance du début.

Orávit devra être très lié, très souple et quelque peu retenu. Le crescendo sur Déum sera discret ; il se détendra sur méum en un legato très soigné.

Mettez un peu de mordant sur exáudi. Le sens exige que préces soit rattaché de très près à Dómine qui sera, lui, légèrement retenu. Ne retenez pas trop la cadence de túi et surtout évitez d’en faire une plainte languissante.

Le mouvement sera un peu plus vif au début de la troisième phrase, mais on évitera toute précipitation, voire tout contraste poussé. Qu’un souffle de joie unisse tout dans cette phrase. Faites la distropha et la tristropha légères sur súper et donnez un peu d’ampleur à la première note des deux podatus qui suivent.

Même mouvement sur propitius au début de la phrase suivante. Retenez quelque peu le porrectus de inténde qui sera lié étroitement à pópulum. La vocalise de Déum, très liée et très paisible ; la cinquième note avant la fin est un salicus.

 

COMMUNION

LE TEXTE

Promettez et rendez au Seigneur, votre Dieu. Vous tous qui habitez autour de lui apportez des présents (à ce Dieu) redoutable à lui qui abat le courage des princes ; redoutable à tous les rois de la terre.

Ps. LXXV. 12.

Dans le psaume, qui est une ode triomphale à Dieu après la victoire, ces deux versets sont une invitation adressée aux peuples voisins pour qu’ils viennent rendre hommage à celui qui dispose de la puissance des chefs et des rois.

L’Eglise en fait une application à ses membres, les appelant à s’offrir dans la communion et à s’acquitter ensuite de ce qu’ils ont promis – vovéte et réddite – pour qu’elle soit de plus en plus un corps docile à l’influence de l’Esprit du Christ qui l’anime et qu’elle se développe sans crainte sous la protection de Celui qui enlève, quand il lui plaît, la force aux peuples et aux rois qui se lèvent contre lui.

 

LA MÉLODIE

L’invitation est pressante, pour ne pas dire impérieuse, sur les trois salicus de vovéte, de etréddite. Elle se continue sur Dómino Déo véstro – notez les deux tristrophas qui insistent – avec toutefois une nuance de vénération pour le Seigneur. Dans la seconde incise la mélodie est plus dégagée, il n’y a de pression que sur affértis et c’est la joie qui domine.

Cette joie de l’Eglise, sûre de la protection de son Dieu, s’avive dans la seconde phrase, et dès le premier mot, tout en élan sur le sommet. Elle se balance ensuite sur les beaux rythmes de qui aufert et revêt un certain éclat de triomphe sur spíritum príncipum.

Dans la dernière phrase c’est l’autorité redoutable du Seigneur que l’auteur a voulu évoquer. La mélodie descend dans le grave et remonte avec un caractère de force qui s’impose. La nuance est très fortement marquée sur la double note de réges qui est une bivirga épisématique.

La progression, et du mouvement et de la force, est toute indiquée sur les trois salicus de vovéte et réddite. Elle devra se continuer jusqu’à la fin de l’incise. Il faut après véstro, faire une pause légère car ómnes ne se rapporte pas à vovéte, il est le sujet de affértis múnera. Un second mouvement commence donc là, qui doit tout mener vers la cadence de múnera. Donnez de la force à l’accent de affértis et élargissez-en légèrement le torculus.

La seconde phrase sera légère. Par contre la troisième sera quelque peu retenue à mesure qu’elle descend dans le grave, sur ápud notamment. Allongez un peu la première note du podatus de ómnes et posez avec autorité la bivirga de réges.

 

Epître, évangile et préface chantés de cette messe, voir ici

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