XIIème Dimanche après la Pentecôte

15 mai 2012 | Messes du Temporal

L’introït Deus in adjutorium interprété par la Schola Bellarmina

 

Les autres pièces de ce dimanche

 

 

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

LECONS DES MATINES : En Août : Prov. Eccles. Sag. Ecclésiastique.

En Septembre : (Job.)

EPITRE : Dieu nous a faits ministres de l’Esprit qui vivifie et non la lettre qui tue. (II Cor. 3)

ÉVANGILE : Précepte et pratique de la Charité envers le prochain. Parabole du Bon Samaritain. (Luc X.)

IDEE CENTRALE : Il n’y en a pas qui s’impose, mais la parabole de l’Évangile s’y prêterait fort bien. Elle est en effet une application judicieuse de la maxime si profonde de l’Esprit vivifie, la lettre tue. C’est bien parce qu’il avait jugé selon l’Esprit que le Samaritain regarda comme son prochain le voyageur qui gisait blessé au bord de la route, alors que, jugeant selon la lettre, les juifs de toutes classes avaient passé leur chemin sans s’en soucier parce qu’il n’était pas des leurs. Mais il faut aller plus loin et voir dans ce petit drame la figure du drame de l’humanité. C’est elle – et nous en elle – qui gît sur le chemin, ouverte de toutes les plaies qui se sont multipliées et envenimées depuis que l’ennemi l’a dépouillée et laissée impuissante à la porte du Jardin. Et les hommes ont passé; les sages, et les prêtres de toutes sortes, indifférents, jusqu’à ce que le Christ, envoyé par l’Esprit pour la sauver, se soit penché sur elle, l’ait prise sur ses épaules, conduite à l’hôtellerie et, après avoir payé pour elle, se soucie à tout instant de lui rendre la santé et toute la puissance de vie qu’elle avait avant le drame. C’est bien lui, sa miséricorde, son prochain le plus proche, qui s’offre à nous en exemple. Vade et fac similiter.

INTROÏT

LE TEXTE

Dieu, à mon aide viens. Seigneur, à mon aide hâte-toi. Qu’ils soient confondus et couverts de honte, mes ennemis, ceux qui cherchent mon âme.

Ps. – Qu’ils soient rejetés en arrière et qu’ils rougissent ceux qui me veulent du mal.

Ps. LXIX, 2-3-4.


Cette prière, dans son sens général, est toujours de mise sur les lèvres de l’Église car, ici ou là, ses ennemis ne cessent de se dresser. Elle devient émouvante dans l’idée de cette messe, telle que nous venons de la dégager. Elle peut être entendue en effet, comme la supplication de l’humanité gisant sur le chemin qui va de Jérusalem à Jéricho – de la cité d’en haut à celle d’en bas – et demandant au Père l’aide qui lui rendra la santé et tiendra en respect, dans la confusion de sa défaite, l’ennemi qui l’a mise en ce pitoyable état et qui attend la mort.


LA MELODIE

 

Elle est dans l’ensemble une prière très calme, encore que dans la première phrase, presque syllabique se décèle un mouvement assez vif vers adjutorum meum; mais la cadence, bien posée sur do, est très paisible.

Dans la seconde phrase, la supplication est plus poussée. On le sent dès le premier mot. Il y a dans la cadence sur mi de Domine une nuance de plainte délicate et la demande monte pressante, sur me et sur festina.

L’idée de la troisième phrase est différente, c’est une sorte de malédiction lancée sur des ennemis. La mélodie y est parfaitement adaptée. Notez la teneur sur do, avec la double note de confundantur qui est une bivirga épisématique, la reprise de ce motif sur revereantur et la cadence de mei dans le grave; il y a en tout cela une volonté forte, obstinée, dure même, qui appelle la vengeance. Le mouvement monte, dans la même expression sur qui quaerunt animam, avec juste une détente rapide sur meam pour finir. Le Psaume, reprend d’ailleurs l’idée, avec plus de force encore dans le rythme de la psalmodie.


GRADUEL


LE TEXTE

Je bénirai le Seigneur en tout temps. Toujours sa louange sera dans ma bouche.

Verset. – Dans le Seigneur, se glorifiera mon âme. Ils écouteront, les doux, et se réjouiront. Ps. XXXIII. 2, 3.


En reconnaissance de l’aide qu’il lui a apportée dans les heures difficiles, le Psalmiste proclame qu’il ne cessera de dire au Seigneur sa gratitude et qu’il ne cherchera qu’en lui sa louange. Il exprimera ensuite dans ces chants le bonheur qu’il y aura trouvé, et les doux, ceux qui cherchent le Seigneur dans la paix et l’humble service, prendront leur joie à l’entendre.

Ces deux versets forment une très belle paraphrase de l’Épître. L’Église dit au Père sa gratitude pour avoir trouvé en lui sa puissance et pour avoir reçu l’Esprit vivificateur qui la mène avec tous les siens à l’éternelle louange. In Domino laudabitur anima mea.

Quel beau chant de reconnaissance sur les lèvres du voyageur blessé, de l’humanité, ramenée par la Miséricordieuse Bonté du Christ dans la Cité et entourée là de toutes les délicatesses de l’amour.


LA MELODIE

 

De longues tenues répétées la gardent dans une réserve discrète tout le long de la première incise. Elle n’est pas sombre ni même grave, mais recueillie. Elle ne monte pas. C’est le fond de l’âme qu’elle exprime. Elle enveloppe ainsi Benedicam Dominum d’une révérence gracieuse, pénétrée de gratitude et de joie profonde. Passé le nom divin, l’enthousiasme, jusque là contenu, l’emporte sur les hauteurs où elle s’épanouit à loisir. C’est alors sur in omni tempore

la joie tout court. Une joie légère  qui se déroule en des formules souples s’élevant toujours plus et s’étirant, sans souci de finir dirait-on, comme pour symboliser la gratitude heureuse qui, elle non plus, ne voudrait pas cesser de s’exprimer. On notera la dernière incise sur laquelle le mouvement se détend et qui, alors qu’on croyait tout achevé sur la cadence en ré, conduit l’idée sur le si où l’on retrouve, en une nuance délicate, la joie profonde et tendre du début.

Dans la seconde phrase, la joie est moins expansive. La première incise s’achève d’ailleurs sur la même cadence en si que la première phrase, et l’on retrouve sur me la même demi-cadence, par la clivis do-sol, que sur ejus. Mais l’enthousiasme renaît, et plus ardent encore sur la vocalise qui suit, emportant la mélodie jusqu’au sol et la ramenant, par des intervalles harmonieux et dans un rythme admirable, à la trivirga où elle s’arrête longuement, comme pour y concentrer la joie avant de s’achever sur une cadence en la du IIe mode


Le verset

Il commence en sol. Cette modulation brusque vers le grave, tout à fait en contraste avec l’exultante cadence de meo, produit une impression de recueillement profond. Aussi bien, c’est le motif de Dominum qui chante à nouveau sur Domino. Laudabitur anima mea demeure dans cette atmosphère. C’est la formule de laudabimur tota die du Graduel Liberasti nos Domine du XXIIIe Dimanche après la Pentecôte , mais une quarte au-dessous, ce qui enlève à la joie dont elle est imprégnée son caractère éclatant.

La deuxième phrase, elle, chante les doux. Elle est d’une exquise suavité. Audiant, par le retard de la clivis et la remontée au sol est enveloppé d’une paix baignée de tendresse qui s’exalte peu à peu sur mansueti. La douceur est alors célébrée sur des rythmes d’une grâce achevée. Entre autres cette retombée do-ré-sol-la répétée puis prolongée, la seconde fois, par le torculus do-ré-la qui se trouve lui-même redit deux fois, aussitôt après, un ton au-dessus. C’est cette succession de quartes descendantes qui donne tant de grâce à ce motif qui va d’ailleurs, de fluctuations en fluctuations, en un splendide mouvement vers le sommet. Il s’y épanouit un instant sur quelques neumes délicats, puis se détend sur les longues tenues de la thésis qui se balancent, paisibles, sur le do et sur le la avant d’atteindre le fa.

A la reprise du chœur la joie exulte à nouveau. Trois temps composés binaires conduisent le mouvement vers un motif très fin où il s’épanouit un instant, qu’il reprend et d’où il part pour une dernière envolée sur le fa en plein enthousiasme. Il revient alors, paisible et heureux, à la tonique par la formule modale si expressive de plénitude.


ALLELUIA


LE TEXTE

Seigneur, Dieu de mon salut, pendant le jour j’ai crié et pendant la nuit, devant toi.

Ps. LXXXVII, 2.


Ces deux versets, dans le Psaume, sont le prélude d’une longue plainte. Il n’y a nulle raison ici de leur donner ce caractère de supplication angoissée. Détachés de leur contexte, ils prennent un sens ordinaire; on pourrait même traduire clamavi simplement par : j’ai prié.

L’Église en effet ne fait pas autre chose par ces quelques mots que de dire au Seigneur qu’il en sera de sa prière comme de la louange; elle n’a pas cessé, elle ne cessera pas.


LA MELODIE

 

Elle a bien ce caractère de tranquillité, de paix, d’abandon qui est l’attitude de la prière simple et confiante.

Il n’y a rien d’angoissé sur la montée de Domine Deus; c’est un salut gracieux, plein de révérence, avec une nuance délicate de joie et de tendresse sur la cadence de salutis meae.

In die est en relief par l’arsis qui monte en quarte sur la distropha, mais Clamavi est une belle thésis toute en repos. Nocte aussi est souligné par le salicus et par la montée vers la dominante, mais la vocalise du jubilus est un chant de paix, et non un cri d’angoisse; les rythmes qui se succèdent si réguliers, ternaires vers les pressus dans la première incise, binaires vers les notes doubles dans la seconde et la troisième le disent assez.


OFFERTOIRE


LE TEXTE

Il pria Moyse, en présence du Seigneur son Dieu et dit : « Pourquoi, Seigneur, es-tu irrité contre ton peuple ? Apaise la colère de ton âme. Rappelle-toi Abraham, Isaac et Jacob, à qui tu as juré de donner la terre où coulent le lait et le miel. »  Et apaisé il devint, le Seigneur, quant au mal qu’il avait dit qu’il ferait à son peuple.

Exode XXXII, 11, 13, 14.


C’est un texte qui relate un événement historique, il faut donc le mettre dans son cadre. Pendant que Moyse était sur le Sinaï, le peuple se prosterna devant le veau d’or. Dieu dit à Moyse : « Le peuple a la tête dure. Laisse-moi; que ma colère s’échauffe et que je le détruise et que je fasse de toi la tête d’une grande nation ». Moyse se mit alors à  prier et c’est le résumé de sa prière que nous avons ici : pourquoi te fâcher ? calme-toi, souviens-toi de tes promesses à nos pères. Dieu alors s’apaisa et revint sur son projet de châtiment.

C’est sans doute l’Épître, où il est fait mention de Moyse et l’Évangile, où il est question de la loi, qui ont déterminé le choix de ce texte, mais il vient bien aussi, après l’épisode du bon Samaritain.

L’Église nous montre le Seigneur, dans ce geste de miséricorde comme notre modèle: « soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux ». Elle fait plus encore. A travers la figure de Moyse et à travers sa prière, elle fait elle-même le bon Samaritain; elle prie le Seigneur d’épargner à l’humanité les vengeances qui à tant de titres pèsent sur elles… car le veau d’or est toujours debout, hélas!


LA MÉLODIE

 

Il en est peu d’aussi dramatique.

La première phrase, deux fois répétée, est comme l’ouverture du drame. Mélodie grave, un peu triste. Faut-il y voir la honte de l’humanité idolâtre que Moyse portait sur lui et que l’Église porte après lui en souvenir de cet incident ? La nuance en serait assez marquée sur Domini et plus encore sur dixit, la seconde fois surtout quand le mot, dépouillé de tout ornement est réduit à la simple cadence sur sol.

La prière s’élève alors sur la double note de quare par un mouvement de quarte ascendante qui la fait paraître quelque peu osée. Il est possible que Moyse ait eu, en cette circonstance où le salut du peuple était en jeu, plus d’audace avec Dieu qu’à aucune autre heure de sa vie, mais on aurait tort d’interpréter ce quare comme une mise en demeure présentée au Seigneur d’avoir à s’expliquer sur sa colère. Ce serait aller à l’encontre de l’attitude constante des Juifs qui, devant le Très Haut, était de crainte, voire de terreur. Moyse plaide; sa plaidoirie va être très forte tout à l’heure, ici elle est humble. On pourrait même dire, timide. Notez que Dominus est léger, que les double notes de trasceris sont une distropha et une tristropha, l’une et l’autre légères aussi, que les pressus sont thétiques. Je veux bien que dans les manuscrits le second podatus de quare soit un pes quassus et que la première note en soit allongée et appuyée, mais rien n’indique qu’elle doive être frappée et dure.

La supplication s’avive dans la seconde phrase. On sent que Moyse perd peu à peu sa timidité. Il s’enhardit; notamment dans la montée vers la tristropha de parce et sur la double note de animae – une virga et un pes quassus encore – sans excès toutefois; sa réserve respectueuse demeure dans toute la vocalise de tuae.

Mais voici l’argument décisif : le rappel des grand noms et de la promesse qui leur fut faite. Il s’agit de justice cette fois. Moyse n’a plus peur, il parle fort. Sur l’accent tonique de memento la mélodie monte du sol au ré et s’y fixe, elle se fait impérieuse et prend de l’ampleur. Il semble que tout le passé se dresse et crie dans la voix de Moyse. Admirable évocation et si expressive sur chaque nom; notez le quilisma et la montée vers la virga allongée du sommet sur Abraham, le pressus de Isaac, et  sur et les quatre répercussions qui insistent et préparent la montée vers le fa, grandiose, solennelle et qui se détend sur Jacob en une cadence enveloppant de vénération gracieuse le nom du Patriarche.

A cette nomenclature glorieuse et sainte se joint tout de suite le mot de la promesse, plus que cela, du pacte d’alliance : quibus jurasti. Mais ce n’est pas ce mot, pourtant si fort, que Moyse met en évidence, c’est terram; la Terre Promise; la terre mystérieuse vers laquelle tant de regards, tant de désirs se sont portés aux jours de l’oppression, la terre, lointaine encore, vers laquelle tout le peuple marche depuis le Nil et la Mer Rouge, la terre d’où sortira le Messie. Les mots ici font plus qu’évoquer, ils décrivent. Sur la distropha répercutée, qui prolonge la dernière syllabe de terram, Moyse cherche dans l’espace le pays merveilleux de sa race et, l’âme remplie de tout ce qu’il en sait, il module sa joie sur lac et mel en des neumes souples, fluides, doux et délectables comme le lait et le miel aux rayons dorés. Il y a là comme au point d’orgue. La prière a pris fin et le Seigneur s’est apaisé.

Le récitant reprend alors le fil de l’histoire pour chanter cet apaisement divin : Et placatus factus est Dominus… La mélodie passe en fa et, sur les trois notes de l’accord parfait, monte vers le mi, baignée de paix et de joie. Elle enveloppe Dominus de vénération aimante et de gratitude. Sur malignitate, par un motif doux et gracieux répété deux fois, elle insiste pour marquer le malheur qui a été évité et l’importance de la grâce obtenue. Et l’allégresse continue jusqu’à ce que, sur populo suo, toute la reconnaissance, la tendresse et la joie se perdent dans la contemplation du peuple élu.


COMMUNION


LE TEXTE

Du fruit de tes œuvres, Seigneur, la terre se rassasiera, afin que tu fasses sortir le pain de la terre, et que le vin réjouisse le cœur de l’homme, et que le visage brille sous l’huile, et que le pain fortifie le cœur de l’homme. Ps. CIII. 13, 14, 15.


Ces trois versets ont été choisis, cette fois encore, en raison du temps de la moisson. Ils sont comme une action de grâces que l’Église fait monter vers Dieu. Mais parmi tous les fruits de la terre, le pain et le vin ont été choisis, il va de soi, à cause de la Communion, et c’est l’Eucharistie qui nourrit les hommes, les fortifie et les rassasie de joie qu’elle chante, en fait; et avec quelle actualité vivante, au moment même où se réalise le sacrement de vie.


LA MELODIE

 

La première phrase est très simple, presque syllabique. Mais quel beau rythme plein de joie sur ces trois notes qui vont et viennent du fa au la et du la au fa!

La même simplicité continue dans la seconde jusqu’à ce que la joie du vin soit mise en relief par une arsis plus exultante.

Dans la troisième, il y a plus de vie encore sur exhilarant qui s’épanouit comme un sourire heureux. Le mouvement se détend ensuite en une très belle thésis sur in oléo. Après une belle arsis qui chante l’Eucharistie sur et panis cor hominis la phrase s’achève, très douce et très simple sur les quatre notes de confirmet.

 

 

 

Epître, évangile et préface chantés de cette messe, voir ici

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