Onzième dimanche après la Pentecôte (XI)

10 août 2020 | Messes du Temporal

La répétition de l'introït Deus in loco sancto par la Schola Bellarmina

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

 

ÉPÎTRE: Sait Paul insiste sur l’Évangile qu’il prêche, à savoir : le Christ ressuscité et son action efficace. (I Cor. XV)

ÉVANGILE : Notre-Seigneur guérit un sourd-muet avec sa salive (Marc VII. 31. 37)

IDÉE CENTRALE : Comme le IXe Dimanche était sous le signe du châtiment, on peut bien dire que celui-ci est sous le signe du miracle. Dieu manifeste sa puissance sur la vie du corps en prolongeant les années d’Ezéchias, sur la vie des âmes en les ressuscitant, comme le dit Saint Paul dans l’Épître, sur la santé en rendant, par Notre-Seigneur Jésus-Christ, la parole et l’ouïe au sourd-muet. Il s’ensuit en nous une attitude d’admiration, de joie, de confiance; un optimisme qui nous fait tout demander au Seigneur; même ce dont nous n’osons pas formuler la demande, comme nous le fait dire la Collecte.

INTROÏT

LE TEXTE

Dieu dans son saint lieu, Dieu qui fait habiter (les hommes) unis, dans une maison, lui-même donnera force et courage à son peuple.

Ps. – Que le Seigneur se lève, et qu’ils soient dispersés ses ennemis, que ceux qui le haïssent, fuient devant sa face.

Ps. LXVII, 6, 7, 36, 3.

Le Psaume LXVII célèbre le Dieu d’Israël qui après avoir tiré son peuple d’Égypte et fait alliance avec lui le ramène du mont Sinaï dans la Terre Promise.

Le sens des versets qui composent cet Introït est celui-ci : Dieu, qui est là dans son  Palais ou dans son Temple, lui qui a donné une maison à son peule qui n’en avait pas, alors qu’il errait dans les solitudes du désert et qui l’y a fait habiter dans l’unité d’un même désir, d’une même confiance, d’un même amour, continuera à donner à la nation qu’il a choisie force et courage.

Vient alors le verset, qui était le signal du départ de l’Arche dans la marche de quarante années.

Il suffit de les appliquer à l’Église, pour faire entrer ces quatre versets dans la liturgie du jour. Dieu, de son Temple, le ciel, a uni les hommes dans la foi, l’espérance et la charité, et les a fait habiter dans une demeure spirituelle : l’Église, qui est comme la maison de famille, en attendant la demeure céleste où l’unanimité sera absolue. Et il n’a tant donné que parce qu’il veut continuer à donner encore, en fournissant à chacun la force et le courage de vivre dans cette unité de l’Esprit. Que ceux qui s’opposent en quoi que ce soit au développement de son peuple se tiennent sur leur garde car Dieu se lève et il va les disperser, comme l’Église l’en prie pour finir.

Rien ne s’oppose à ce qu’on ne précise davantage le sens, pour les faire entrer dans l’idée centrale de la messe telle que nous l’avons dégagée. Cette unanimité des hommes dans l’Église tient du prodige. C’est peut-être la plus grande manifestation de la puissance divine : le miracle permanent de l’Église. Pour le continuer, Dieu ne ménagera à personne sa force ni le courage.

Ainsi l’Église se chante à elle-même, et chante au monde, son optimisme.

LA MÉLODIE

Il y a dans la première incise une certaine grandeur qui va bien à l’idée du Dieu Tout-Pusissant dans son lieu sacré. Mais une joie profonde pénètre cette noblesse, la joie de la tranquillité, de la paix, du bonheur final assuré par cette protection du Dieu Très-Haut. L’idée reprend dans la seconde incise en une progression très marquée qui met en plein relief cette chose extraordinaire qu’est le rassemblement de millions d’individus unanimes dans l’Église. Le rythme ternaire des deux porrectus, la montée à la dominante, le motif de facit qui se meut vers le mi, si léger et si gracieux; tout cet ensemble arsique avive l’expression de bonheur déjà esquissée : la joie s’allège, s’extériorise, prend de l’éclat.

Vient alors l’affirmation pleine de confiance : Ipse dabit virtutem. La bivirga épisématique sur la dernière syllabe de Ipse, le podatus allongé de dabit, la bivirga de virtutem et, dans le grave, la clivis allongée de fortitudinem, enfin la remontée de plebis avec la nuance de respect qui entoure le peuple d’élection, donnent à cette phrase une magnifique expression de certitude forte et fière.

Suit alors le Psaume, vif, décidé, comme un ordre de marche.

GRADUEL

LE TEXTE

En Dieu il a espéré, mon cœur, et j’ai été aidé. Et elle a refleuri, ma chair. Et de tout mon cœur je le louerai.

Verset. – Vers toi Seigneur, j’ai crié. Mon Dieu ne te tais pas, ne t’éloigne pas de moi.

Ps. XXVII. 7, 1.

Le Psalmiste avait prié. Il a été exaucé et il a senti comme une jeunesse plus ardente pénétrer son cœur. Il rend grâce.

Après l’Épître où Saint Paul affirme avec une telle assurance que si nous gardons l’Évangile du Christ ressuscité nous serons nous-mêmes ressuscités, cette parole vient sur les lèvres de l’Église avec un sens plus plein encore. Et refloruit caro mea évoque la résurrection des corps en pleine jeunesse; dès lors, en même temps qu’une action de grâces, c’est comme un chant d’espoir où s’exalte sa confiance renouvelée qu’elle fait monter vers le Seigneur.

Toutefois, sachant tout ce qui l’entoure, elle lui demande de lui continuer son secours et la joie de sa présence.

LA MÉLODIE

La première phrase est une simple constatation mais où passent des accents de gratitude et de bonheur profond, notamment sur la double note de cor meum, sur le pressus de adjutus sum et sur le balancement si délicatement expressif de refloruit.

De cette atmosphère heureuse, la louange jaillit alors au début de la seconde en un magnifique élan qui va droit à la dominante, plein d’une ardeur qui promet, avec enthousiasme. La prose même est renforcée sur mea, avec une nuance de gravité d’où rebondit le confitebor. C’est un bel accent de ferveur, qui descend vite dans le grave pour devenir, sur les broderies très simples de illi une sorte de contemplation, comme si l’âme demeurait fixée sur la louange qu’éternellement elle chantera devant la face du Sauveur aimé.

Le Verset.

La formule de clamavi sert bien le mot. L’âme prend d’abord le temps d’évoquer les heures difficiles sur des balancements très calmes, puis le cri ardent monte. Il n’est pas angoissé; c’est la joie qui le pousse, une joie enthousiaste qui continue sur les beaux rythmes de la thésis.

C’est encore elle qu’on rencontre au début de la phrase suivante sur Deus meus, en dépit du texte qui devient plus déprécatif. La prière n’est vraiment supplication que sur ne sileas: tout à fait à propos d’ailleurs. Le motif est très beau. Il se soude admirablement à la formule finale qui, elle aussi, a une nuance de gravité fort bien adaptée.

ALLELUIA

LE TEXTE

Chantez avec transport Dieu notre aide. Acclamez le Dieu de Jacob. Entonnez un psaume joyeux avec la cithare.

Ps LXXX. 2, 3.

Cette invitation à la louange est tout à fait à sa place ici. L’Église après avoir dit dans le Graduel qu’elle va louer le Seigneur : et in voluntate mea confitebor illi, invite ses membres à commencer.

LA MELODIE

 

C’est une invitation discrète. Basée sur l’intonation de la formule psalmique du VIIe mode – elle est répétée trois fois – la mélodie ne dépasse la teneur du psaume que dans des détails d’ornement. Dans les deux première phrases, elle met seulement en relief, et par des motifs sans enthousiasme, adjutori et Deo Jacob.

Ce n’est que sur psalmum qu’elle s’exalte  un peu. Exaltation toute passagère d’ailleurs, car jucundum, sur le motif de adjutori, ramène tout de suite la discrétion.

Le jubilus de cithara est caractéristique de cette joie fervente mais contenue, intérieure, qui ne perce que rarement et sur des mots choisis.

OFFERTOIRE

C’est celui du Mercredi des Cendres.   Il est bien ici sur les lèvres du sourd-muet guéri… Clamavi ad te et sanasti me… et sur les nôtres, car Notre-Seigneur nous a bien acceptés dans le sacrifice qui est offert sur l’autel : quoniam suscepisti me. Il nous a guéris aussi. Le même mot qu’au sourd-muet, avec le même geste, n’a-t-il pas été dit sur nous le jour de notre Baptême : Epheta.  Et nous avons été délivrés de la surdité et du mutisme que le péché avait mis en nous. Bien des fois la merveille a été renouvelée; aussi, avec nos oreilles redevenues sensibles et nos langues déliées, pouvons-nous chanter le psaume de la reconnaissance : Exaltabo te Domine.

COMMUNION

 

LE TEXTE

Honore le Seigneur de ta substance, et des prémices de tes fruits, afin que soient remplies tes granges à satiété et que tes pressoirs débordent.

Prov. III, 9, 10.

En cette période de la moisson, l’Église invite les fidèles à donner au Seigneur les prémices de ce qu’ils récoltent, comme le prix de leur fermage, comme la part du propriétaire, afin que, satisfait de cet hommage, le Seigneur donne encore et au centuple. Mais par delà ce sens matériel, il faut entendre l’invitation qui nous est faite de nous offrir au Christ dans la Communion, afin de recevoir de lui une nourriture spirituelle de plus en plus abondante, jusqu’au jour où il nous rassasiera dans la Gloire de son Être à jamais contemplé.

LA MELODIE

La première phrase, comme celle du Graduel, est très simple; invitation discrète sans expression particulière. Substantia tua est en fort relief, comme il convient; il s’agit de notre être, de notre vie.

La seconde a plus d’élan mais demeure sans chaleur.

C’est la troisième qui est la plus expressive. La mélodie s’élève ardente sur impleantur, et, sur horrea tua, s’élargit à la mesure des granges et des moissons. Il passe en outre dans tout ce mouvement un souffle de joie qui chante l’abondance heureuse du présent et de l’avenir.

La dernière phrase est plutôt thétique mais chante fort bien aussi dans le grave, sur torcularia et sur redundabunt, les paroles riches de promesses pour l’année qui vient.

 

 

Epître, évangile et préface chantés de cette messe, voir ici

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