Quasimodo

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

INTROÏT

LE TEXTE
Comme des enfants nouveau-nés, Alleluia
Devenus raisonnables (spirituels)
Un lait sans mélange désirez
Alleluia, Alleluia, Alleluia.

Ps. – Acclamez Dieu, notre secours,
Acclamez le Dieu de Jacob. I Petr. II. 2. – Ps. 80. 2.

Ces paroles de Saint Pierre contiennent sous les dehors d’une aimable comparaison, toute la doctrine de la Vie Eternelle. Lorsque nous recevons le Baptême, nous recevons, par la vertu même du sacrement, quelque chose de la vigueur surnaturelle qui tenait son intelligence et sa volonté fixées sur le Père et le Saint Esprit dans la contemplation et l’amour. Cette vigueur nous pousse, nous aussi, à demeurer avec les divines Personnes et à vivre leur vie qui est de s’aimer : c’est la grâce sanctifiante agissant par la Foi, l’Espérance et la Charité ; force vitale nouvelle qui s’ajoute à celle que nous avons reçue par nature et qui fait que vraiment, au sortir du Baptême, nous sommes « comme des nouveau-nés ». Quasi modo géniti infantes.

Cette puissance de vie n’est au débit que très faible. Pour se développer, elle a besoin d’être nourrie d’une nourriture substantielle et adaptée. Ce lait spirituel, l’Eglise le présente sous deux formes : la Parole divine et l’Eucharistie. C’est à chacun de le prendre et de l’assimiler. « Etant devenus spirituels, nés à la vie de l’Esprit du Christ, désirez la vraie et solide nourriture » : sine dolo lac concupiscite.

Il n’y a pas de doute que ce texte ne s’adressât autrefois aux nouveaux baptisés. La veille ils avaient quitté la robe blanche de leur baptême et, à cette occasion, il leur avait été lu à l’Epître de la messe. En ce dimanche où, pour la première fois, ils prenaient place dans la vie de la communauté chrétienne, l’Eglise tenait à le répéter comme un conseil maternel à leur adolescence qui commençait.

Il  va de soi que ce conseil garde pour nous tout son sens et demeure toujours opportun. Par le renouvellement ou l’augmentation de vie qui nous est donné chaque année à Pâques, nous sommes, nous aussi, d’une certaine façon, des nouveau-nés, et, étant toujours en croissance dans le Christ jusqu’à ce que la mort fixe notre taille, nous devons avoir de plus en plus vif le désir de la nourriture qui nous fait grandir.

LA MÉLODIE

Couvrant juste les mots et les soulignant ici et là de quelques neumes, elle a l’allure d’un simple récitatif sur quelques notes, mais tout est disposé de telle sorte, dans cette extrême simplicité, que les mots nous viennent enveloppés de bienveillance, de douceur, de maternelle et souriante bonté ; le sourire de l’Eglise qui, dans la joie de sa nouvelle maternité, dispense, avec toute sa tendresse, à ses nouveaux-nés et à ses adolescents, les avis de sa divine sagesse.
Cette joie accueillante, qui laisse entrevoir ce qu’elle a de profond plutôt qu’elle ne se répand, est particulièrement marquée ans la première phrase ; surtout si on lui donne le sens d’un vocatif, ce qui semble la meilleure façon de la traduire ; on trouvera alors dans la cadence de infantes l’accent de tendre fierté qui est celui des mères heureuses.
Les Alleluia entrent dans la sobre ordonnance de cette joie discrète comme l’expression du bonheur profond de la mère remontant en louange de reconnaissance vers le Père d’où vient toute génération.

Chantez avec douceur, simplicité, légèreté dans un bon mouvement, allant, plein de vie, de fraicheur et de jeunesse.
Que la première phrase soit dans un seul mouvement géniti bien en relief, la distropha, douce ; l’accent de infantes bien soulevé.
Dans la deuxième phrase, mettez en évidence sine dolo, la clivis de do légèrement élargie.
Appuyez bien la double note du premier et du troisième Alleluia ; c’est une bivirga épisématique.
Le Psaume, alerte comme une invitation à la louange les rythmes binaires de l’intonation seront bien balancés.

ALLELUIA I

LE TEXTE
Le jour de ma résurrection, dit le Seigneur,
Je vous précéderai en Galilée. Math. XXVI, 32.

Ces paroles furent dites par Notre Seigneur comme une prophétie, le soir du Jeudi Saint, entre le Cénacle et le jardin de l’Agonie.
Il est bien évident qu’ici ce n’est pas lui qui parle ; l’atmosphère dans laquelle il prononça ces mots était tout à l’opposé de celle de Pâques. C’est l’Eglise qui se redit à elle-même la prophétie du temps de la Passion. Elle rend ainsi hommage à la puissance prophétique du Christ tout en donnant une expression à sa joie débordante.

LA MÉLODIE
Après l’intonation, joyeuse et pleine de fraîcheur, la première phrase se déroule dans un grand calme, comme une contemplation paisible.
Soudain, au début de la seconde, le mot de la prophétie est porté à la quinte supérieure en un mouvement hardi qui permet à la joie d’exulter à loisir. Le motif est allègre et léger ; deux fois répété sur les notes les plus élevées du mode, il s’épanouit sur un pressus qui commande une thésis gracieuse sur le ré ; c’est alors, à la quinte inférieure, la reprise de l’Alleluia et le retour à la paisible contemplation.

Il faut que tout soit très lié et très gracieux, surtout les grands intervalles de Alleluia et de in die. Pas de contraste forcé entre les deux phrases : le tempo de proecédam ne doit pas être beaucoup plus rapide : mais le mouvement très calme et très « chanté ».

ALLELUIA II

LE TEXTE
Après huit jours, les portes étant closes,
Il se tint, Jésus, au milieu de ses disciples et dit : Paix à vous. Jean XX, 26.

Simple récit que l’Eglise, ici encore, se chant à elle-même dans la joie du mystère pascal, mais aussi, cette fois, comme le prélude de l’incident dramatique dont le récit va être fait à l’Evangile.

LA MÉLODIE
Elle est comme celle du premier Alleluia très joyeuse, de la même joie fraîche, simple sans exaltation, ni recherche d’effet ; comme un air sortant spontanément de l’âme qui livre son bonheur sans s’en douter. Il n’y a pas de mots particulièrement en relief si ce n’est Pax vobis à la reprise du chœur, si admirablement rythmé, par la clivis allongée et le salicus, en un salut large, joyeux et doux.
On notera la belle composition de l’ensemble ; la première phrase répétée, la troisième reprenant le thème de l’Alleluia, lui-même composé d’un motif trois fois redit.

Chantez dans un legato absolu.
Dans le jubilus de l’Alleluia, allez vers l’épisème horizontal de la clivis du sommet en un discret crescendo-accelerando et laissez vote voix descendre sans effort la thésis ; le pressus de la fin à peine marqué.

OFFERTOIRE

C’est celui du lundi de Pâques, avec la même interprétation et du texte et de la mélodie.

COMMUNION

LE TEXTE
Mets ta main
Et prends connaissance de la place des clous.
Et ne sois pas incrédule, mais fidèle.
Alleluia, Alleluia. Jean XX, 27.

Ce verset de Saint Jean, n’a aucun rapport direct à la communion. On peut toutefois en faire une application à l’augmentation de foi que produit la grâce du sacrement et il est ainsi pour nous tout autant que pour Saint Thomas. C’est en effet le Christ ressuscité que nous recevons dans l’Eucharistie. En venant en nous, il nous donne une lumière qui nous fait mieux voir qu’il est bien vivant et qu’il porte pour nous, à tout instant, devant le Père, les plaies glorifiées de sa Passion… Mets ta main, prends conscience de ce que je suis, de ce que j’ai fait pour toi, de ma puissance divine qui te ressuscitera… et sois un homme de foi, d’espoir et d’amour.

LA MÉLODIE
C’est Notre Seigneur qui parle. Le ton est simple, sans rien de grave, sans la moindre nuance de reproche. Tout est enveloppé dans une atmosphère de bonté souriante qui comprend et encourage ; Peut-être verrait-on bien une pointe d’esprit dans la double note de l’intonation et dans le climacus de et…
Il y a comme une pression plus marquée dans la deuxième phrase. Le sed fidélis est admirable de miséricordieuse bonté…
Il n’y a pas dans les Alleluia la moindre nuance d’exaltation ; c’est la même voix discrète et douce.

Ne pas chanter vite : mais dans une grande paix ; les accents bien légers et arrondis. Appuyez légèrement la double note de l’intonation ; la première des deux est une virga épisématique. Tombez avec un peu de poids sur de fidélis. Les deux Alleluia un peu élargis.