La Fête du Saint Nom de Jésus

 

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

INTROÏT

LE TEXTE

Au nom de Jésus, que tout genou fléchisse
Aux cieux, sur la terre, et dans les enfers.
Et que toute langue proclame
Que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire du Père

Ps.Seigneur notre Maître,
Qu’admirable est votre nom sur toute la terre ! Phil. II, 10. – Ps. VIII, 2.

Cet Introït est celui du Mercredi Saint, avec quelques légères modifications dans le texte et la mélodie.

Dans l’Epître aux Philippiens, ce texte est la conclusion de l’enseignement de Saint Paul sur l’abaissement du Christ. « Lui qui était l’image de la substance du Père, il s’est fait obéissant jusqu’à la mort. C’est pourquoi Dieu lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse… » Séparé de son contexte, il prend ici un sens un peu différent. C’est un ordre. L’Eglise proclame qu’au nom de Jésus toute créature dit se courber pour lui rendre hommage.

LA MÉLODIE

L’expression de la première phrase est bien celle d’un ordre donné. L’intonation qui établit tout de suite la mélodie sur la dominante, les tristrophas de génu et de infernorum traduisent parfaitement le sentiment fort d’une volonté qui s’impose.

Dans la seconde phrase, c’est l’hommage de l’âme qui est demandé : la louange de la voix. La mélodie, pleine d’une allégresse qui chante, monte d’un superbe élan jusqu’aux sommets puis, à l’évocation du nom de Jésus, elle se revêt de gravité et se courbe, elle aussi, si l’on peut dire. Toute recueillie et toute humble devant la gloire du Père, elle n’a plus rien d’impératif, elle n’est que vénération et tendresse.

Se tenir en garde contre la lenteur. C’est le danger du IIIe mode, pourtant vigoureux entre tous.

Bien arrondir l’accent de génu ; ne pas adoucir trop les cadences sur si et ne pas les ralentir, à part celle de infernorum qui le sera légèrement.

Beaucoup de légèreté, de souplesse et de ferveur dans l’incise omnis lingua. A partir de quia Dominus, on retiendra quelque peu le mouvement.

Le Psaume sera pris a tempo, comme une belle louange. La tristropha de la médiante bien prolongée.

GRADUEL

LE TEXTE

Sauve-nous, Seigneur notre Dieu,
Et rassemble-nous de toutes les nations ;
Afin que nous louions ton saint nom
Et que nous soyons glorifiés dans ta gloire.

Verset.Toi Seigneur, notre Père,
Et notre Rédempteur.
Avant les siècles ton nom (est). Ps. CV, 47, Isaie LXIII, 16.

Le Psaume CV est un psaume de la captivité. Le psalmiste et les juifs qui le chantaient, le long des fleuves de Babylone, demandaient au Seigneur de les sauver, c’est-à-dire, de les tirer de l’exil et de les réunir dans la Cité sainte et dans le temple, où ils loueraient Dieu et seraient enveloppés dans sa gloire. A ce premier sens, s’ajoutait sans doute, pour les esprits les plus profonds, l’idée du saint éternel et de la réunion dans la gloire de l’éternité pour la parfaite louange.

Seul, ce dernier sens demeure pour nous. Après l’Epître qui s’achève sur le mot de Saint Pierre devant le Sanhédrin « Aucun autre nom au ciel n’a été donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés ». Cette admirable prière est comme la supplication de toute l’Eglise demandant au Christ de réunir tous ses membres autour de lui pour être, par lui, avec lui, et en lui, glorifiés dans la gloire dont le Père l’a glorifié lui-même avant que rien ne fût.

Le Verset est plus une louange qu’une prière. Ce fut la louange du prophète au Messie qu’il voyait venir d’Edom, la robe rouge de sang. Elle devient la louange de l’Eglise qui proclame sa foi dans l’œuvre rédemptrice et dans le nom éternel du Christ Sauveur.

LA MÉLODIE

Salvos fac nos Domine Déus noster et congrega nos de nationibus ut confiteamur nomini sancto duo et gloriémur in gloria tua.

La première phrase est la reproduction exacte de la première incise du Graduel du Dimanche de la Passion: Eripe me Domine ; seul le motif de Domine a été élargi pour y faire entrer Déus noster. Formule admirable de prière humble. La mélodie se meut à peine, elle demeure dans le grave comme dans une longue prostration. Elle se soulève un peu sur Domine Déus noster dans un accent de supplication plus intense, puis retombe, réservée jusque dans la nuance de tendresse qu’elle met sur le Nom Divin.

Au début de la troisième phrase elle s’établit tout de suit en VIIIe mode et sur la dominante. L’idée de l’heureuse réunion dans l’éternité la fait se relever. Elle est encore suppliante, mais sa supplication s’éclaire. Il passe même une vraie nuance de joie dans la vocalise de nationibus.

Elle demeure dans cette atmosphère de béatitude entrevue et désirée tout au long de la troisième phrase, mais elle ne supplie plus : l’âme semble plutôt se laisser aller à une sorte de contemplation et de vénération du Nom Divin. La formule finale la ramène au grave, mais ce n’est que pour un instant.

Dès le début de la troisième phrase, elle se relève à l’idée de la gloire et prend même un certain éclat qui atteint toute sa force sur tua en une conclusion grandiose qui s’étend comme la glorieuse éternité.

Le Verset.Tu Domine Pater noster et Redémptor noster : a saeculo nomen tuum.

La mélodie est empruntée au Graduel de la Passion. L’adaptation est excellente. Dans l’un et l’autre cas c’est un cri de confiance lancé vers Dieu. Là, le Messie, après avoir demandé d’être délivré de ses ennemis, se voyant déjà exaucé, dit au Père dans un cri de reconnaissance qu’il est son libérateur. Ici, l’Eglise, après avoir elle aussi demandé à être sauvée, assurée qu’elle est d’être glorifiée par le nom du Christ, clame sa foi et sa gratitude.

La formule du début a quelque chose de réservé, comme si l’âme n’osait pas tout d’abord laisser aller le mouvement de sa confiance joyeuse. Il lui faut les deux mots qui fondent l’espérance : Pater et Redémptor. Dès qu’elle les a, elle se livre toute à l’enthousiasme, chantant éperdument sa reconnaissance d’enfant et de rachetée sur des motifs aux lignes fermes, se développant dans les régions élevées et sans cesse ramenés à la dominante, où ils s’attachent, comme un espoir que rien n’ébranle. Pour finir, la même formule que dans la première partie plane sur le même mot, sur le nom du Seigneur en qui tout est unifié, et l’enveloppe de gloire, de vénération et de tendresse.

Comme pour l’Introït, veiller à ne pas traîner, à entretenir le mouvement, à donner aux distrophas et tristrophas leur exacte valeur et rien de plus, à bien faire les répercussions.
Dans la troisième phrase de la première partie, ne pas ralentir la cadence de tuo et y rattacher la phrase suivante.

Faire de même dans le Verset pour noster qui doit être lié à redémptor.

ALLELUIA

LE TEXTE

La louange du Seigneur, elle la dira, ma bouche,
Et qu’il soit béni par toute chair, le nom du Seigneur. Ps. CXLIV, 21.

C’est celui du Verset du Graduel du IVe Dimanche de l’Avent. Un hommage de reconnaissance à Dieu sous la double forme d’une promesse : Ma bouche louera le Seigneur... et d’un souhait ou mieux d’une invitation : Que toute chair bénisse le nom du Seigneur.

LA MÉLODIE

Elle est une adaptation de l’Alleluia Domine Déus du Dimanche dans l’Octave de la Fête du Saint-Sacrement. Le texte là est une prière, ce qui explique sans doute le caractère discret de l’Alleluia.

L’adaptation du Verset a été faite d’une façon très large et avec une grande liberté. L’auteur a disposé des phrases et des incises au mieux de son texte. Il en est résulté que le caractère de prière de l’original a disparu et que la mélodie s’est pliée au sens du texte nouveau.

La première phrase est une affirmation paisible qui enveloppe Domini de vénération et qui prend, sur les pressus de loquétur, la fermeté qui convient à une promesse.

La seconde, elle, est une louange explicite et une invitation en même temps. Après s’être établie sur la dominante, la mélodie se développe sur benedicat en une arsis brillante et pleine d’entrain. Pour finir, le chœur reprend le même motif sur nomen éjus, mettant sur le mot du jour l’éclat qui lui convient.

Ralentir légèrement la descente de Domini.
Bien poser les podatus de benedicat. Relier de très près nomen sanctum à omnis caro.

OFFERTOIRE

LE TEXTE

Je te louerai, Seigneur mon Dieu, de tout mon cœur
Et je glorifierai ton nom éternellement,
Parce que, toi Seigneur, tu es suave et doux
Et de grande miséricorde pour ceux qui t’invoquent. Ps. LXXXV, 12, 5.

Dans cette louange, que l’Eglise offre en hommage au Christ qui reçoit son nom officiel, il y a trois idées : la résolution de s’employer à louer Dieu, l’espoir et le désir d’entrer dans  la louange éternelle, et la raison de cette vie et de cette éternité de louange, à savoir : la douceur miséricordieuse du Seigneur Jésus.

LA MÉLODIE

La première partie, qui comprend les deux premières phrases est une adaptation de l’Offertoire Jubilate du IIe Dimanche après l’Epiphanie. Adaptation très libre, comme pour l’Alleluia. L’auteur a pris ici et là des phrases, ou seulement des formules, qu’il a soudées d’une façon plus ou moins heureuse. La seconde partie est sans doute originale. Dans l’ensemble, l’expression répond bien à ce que suggère le texte.

La mélodie du Jubilate donne à la première partie son caractère si marqué de louange éclatante et joyeuse. Il se trouve toutefois tempéré dans la première phrase par les paroles qui, au lieu de s’adresser à la terre en un appel à la joie, s’adressent au Seigneur lui-même. Il s’ensuit une nuance de vénération et c’est de la ferveur plutôt que de l’enthousiasme. L’auteur l’a compris et, très judicieusement, a coupé le grand élan du second jubilate. C’est une amputation qu’on peut regretter, mais il faut reconnaître que la mélodie ainsi adaptée donne à cette première phrase une expression d’intimité qui sert bien le texte. Il s’agit en effet d’une louange d’amour. Elle trouve des accents ardents et délicats à la fois sur la tristropha de Déus, la demi-cadence de méus et le très beau motif de corde méo.

La seconde phrase anticipe, si l’on peut dire, en expoir et en désir, la gloire de l’éternité, c’est  pourquoi l’éclat du venite de l’Offertoire primitif lui va si bien ; il lui donne l’éclat qui convient à la louange glorifiante des élus.

L’idée de la deuxième partie est différente ; l’âme s’arrête à méditer la douceur et la miséricorde du seigneur qui lui donne à espérer l’éternelle béatitude. La mélodie prend un tour plus intime encore qu’au début et se nuance de la douceur que les mots suavis et mitis est suggèrent.

Faire un départ très vivant sur tibi dont on balancera bien le rythme. Commencer sur Domine le crescendo qui s’épanouira sans heurt sur la tristropha de Déus. Bien relier toto à corde. Crescendo sur méo à partir du début.
Attaquer nettement glorificabo. Toute cette phrase doit être chantée dans un enthousiasme ardent qui en unifiera tous les éléments. Crescendo sur l’arsis de aetérnum.
Elargir les torculus de suavis et mitis, mais bien prendre garde de ne pas pousser la nuance qui pourrait tourner au précieux…

COMMUNION

LE TEXTE

Toutes les nations que tu as faites viendront
Et se prosterneront en adoration devant toi, Seigneur,
Et elles glorifieront ton nom.
Parce que tu es grand
Et que tu as fait des choses merveilleuses.
Tu es le Dieu unique. Alleluia. Ps. LXXXV, 9, 10.

Deux idées. La première est comme une prophétie. Le psalmiste voit dans l’avenir tous les peuples prosternés devant Dieu dans l’adoration et la louange pour rendre hommage à son Nom. La seconde évoque la raison de cette soumission universelle : la grandeur de Dieu et les merveilles qu’il opère, et la chante comme une louange au Nom divin. En conclusion, le mot qui dit tout : Tu es le seul Dieu, Alleluia.

L’Eglise fait sienne les deux idées et s’en sert pour dire la joie de voir la prophétie se réaliser chaque jour plus pleinement dans le mystère de l’Eucharistie, qui s’accomplit au moment où elle chante.

LA MÉLODIE

Elle est la reproduction note pour note – on ne saurait dire phrase pour phrase car la coupe des phrases a été modifiée – de la Communion Domine memorabor du XVIe Dimanche après la Pentecôte. En dépit d’imperfections inévitables en toute adaptation, l’expression juste a été réalisée.

La première partie, qui comprend les deux premières phrases, débute par un récitatif dont les cadences ont un certain intérêt car on les retrouve tout au long de la pièce et elles ne sont pas sans contribuer à en faire l’unité.

La première, sur fecisti,  est répétée sur véniet un peu plus ornée, puis sur adorabunt à la quarte supérieure.

A part ce détail de composition, rien ne retient l’attention dans cette première incise. Il est clair que l’auteur a laissé de côté l’idée de la venue des peuples pour concentrer l’expression sur le but de leur rassemblement : la glorification du Seigneur et de son Nom qui est précisément l’objet de la fête. Il y a plié la mélodie très habilement. Elle s’épanouit sur coram te en un accent d’ardente ferveur, rebondit avec éclat sur glorificabunt et s’achève dans la vénération sur nomen tuum, le mot du jour.

Dans la deuxième partie c’est l’idée de grandeur. Elle est fort bien rendue par l’arsis mesurée et forte de magnus es tu qui est en même temps un bel hommage de foi. Faciens mirabilia est moins heureux en dépit des premières cadences du récitatif qu’on y retrouve deux fois. Mais la conclusion est bien ce que le texte demande : une affirmation, simple, nette, catégorique, qui s’achève sur la cadence du début retrouvée à nouveau, à la quarte.
Il faudra bien lier entre elles les incises de la première phrase afin d’éviter l’impression d’essouflement qui ne manquerait pas autrement de se produire. Relier adorabunt à coram te, dont la tristropha sera douce.

De même, la seconde phrase sera rattachée de très près à la première, c’est la même idée. Même liaison étroite entre faciens et mirabilia, et entre tu es et Déus solus, dont les intervalles seront élargis.