IVe Dimanche de Carême

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

LEÇONS DES MATINES : Histoire de Moyse.(Exode II).

ÉPÎTRE : (Gal. IV, 22). Les deux fils d’Abraham, enfants de deux mères, l’une esclave, l’autre libre, symboles des deux alliances : celle de la Jérusalem terrestre, réalisée avec Moyse sur le Mont Sina ; celle de la Jérusalem céleste, scellée dans le sang du Christ sur le Calvaire.

ÉVANGILE : (Jean VI, 1). Multiplication des pains.

STATION : Sainte Croix de Jérusalem.

IDÉE CENTRALE : C’est le Dimanche de la Mi-Carême, Dominica mediána. De très bonne heure on prit l’habitude d’en faire, sur le chemin de Pâques, comme une étape où l’on se reposait un peu et où l’on prenait courage pour le reste de la route. Toutes les observances de pénitence et de deuil étaient suspendues et les offices célébrés dans une atmosphère festivale.

Toutefois, à côté de ce motif de joie toute extérieure, l’Eglise en proposa aux fidèles un autre plus profond : celui du développement de l’Eglise qui allait se faire par le mystère de la Rédemption, de nouveau réalisé à Pâques. Le choix de ce thème fut sans doute déterminé par le premier scrutin pour l’admission des candidats au baptême, qui avait eu lieu le mercredi précédent. Ils avaient été inscrits sur les registres, puis exorcisés par l’exsufflation, le signe de la croix, l’imposition des mains ; toutes cérémonies qui étaient et qui sont demeurées le prélude du baptême. C’était déjà, comme avait dit l’archidiacre au peuple en annonçant le scrutin, « le mystère céleste par lequel est vaincu le diable avec toute sa pompe, la porte du ciel ouverte ». Beau sujet d’allégresse que cette fécondité de l’Eglise, entrevue, et qui allait précisément se réaliser en ce jour de Pâques vers lequel tous les désirs étaient tendus.

La station  fut fixée à Sainte Croix de Jérusalem et là, devant les reliques de la Croix sur laquelle fut scellée l’alliance éternelle qui  donne la fécondité à l’Eglise, on chanta son accroissement présent et futur sur les textes de l’Écriture qui l’ont annoncé et chanté à l’avance. C’est encore ce que nous chantons.

A l’Office de nuit, c’est l’histoire de Moyse. Elle vient là, à son tour, après celle de Joseph, mais elle entre, sans qu’on ait à la forcer, dans la liturgie du jour. C’est en effet Moyse qui, après avoir délivré le peuple, conclut, en son nom, l’Alliance avec Dieu, obtint pour eux la manne céleste et le conduisit en vue de la Terre Promise où devait s’élever un jour la Jérusalem terrestre.

A la Messe, c’est de la Jérusalem céleste et de son merveilleux développement qu’il est question. L’Épître le précise nettement : « Réjouis-toi, stérile qui n’enfantes pas… » A Moyse, succède le Christ ; la réalité après la figure. Il nous a délivré de l’esclavage qui pesait sur nous depuis l’origine du monde. Il a noué entre nous et Dieu et scellé de son sang l’Alliance nouvelle, et il a fait de son peuple comme une cité spirituelle, la Jérusalem nouvelle, l’Eglise dans laquelle il donne à chacun de nous la béatitude ; ici-bas, en nous nourrissant de son corps et de son sang, et là-haut, en nous rassasiant de Dieu vu face à face.

INTROÏT

LE TEXTE

Réjouis-toi, Jérusalem, et rassemblez-vous, vous tous qui l’aimez.
Réjouissez-vous dans la joie, vous qui fûtes dans la tristesse ;
Afin que tous, vous exultiez et soyez rassasiés aux sources de votre consolation.

Ps.Je me réjouis de ce qui m’a été dit : Dans la maison du Seigneur, nous irons. Isaïe LXVI, 10, 11. Ps. CXXI, 1.

C’est une invitation à la joie. L’objet n’en est pas précisé, mais on le trouve clairement indiqué dans le contexte. On lit en effet en Isaïe, dans les versets qui suivent : « Réjouissez-vous avec Jérusalem…car voici que je ferai couler sur elle un fleuve de paix ; je répandrai sur elle la gloire des nations comme un torrent qui déborde. Les mauvais périront tous, mais j’enverrai ceux d’entre eux qui ont été sauvés vers les nations, et ils annonceront ma gloire aux Gentils, et ils amèneront tous vos frères de toutes les nations à ma montagne sainte Jérusalem. » (LXVI, 12, 19, 20).

Le prophète voit Jérusalem agrandie à la mesure du monde et il appelle le peuple à s’en réjouir.

Cette vision se réalise toujours plus, à mesure que viennent au Christ, de toutes les nations, les âmes qu’il appelle. Pâques va lui amener les nouveaux baptisés, et le fleuve de paix et le torrent de gloire vont déborder un peu plus sur la Jérusalem nouvelle et, par elle, sur le monde.

Voilà de quoi l’Eglise nous invite à nous réjouir. Il n’y a donc pas un mot à ajouter à la prophétie ; elle a en elle-même son sens liturgique, et il est toujours d’actualité car, si désormais les baptisés sont rares le Samedi Saint, la grâce du sacrement est renouvelée chez tous ceux qui participent au mystère pascal. Il faut seulement donner au mots leur précision liturgique : le convéntum fácite doit s’entendre de l’assemblée des fidèles pour le sacrifice et le satiémini ab ubéribus consolatiónis véstræ, sans doute de la joie rassasiante que donnera l’Eucharistie à ceux qui sauront s’en délecter.

LA MÉLODIE

Quand l’Eglise lance son invitation à la joie, elle jouit déjà de la vision glorieuse à laquelle elle convie ses membres ; sa joie passe donc à travers son appel pour se communiquer. Une joie qui se colore d’ailleurs de toutes les nuances du texte : empreinte d’aimable douceur sur les deux premiers mots, qui s’adressent à la cité sainte elle-même ; ardente, enthousiaste, bondissante, impérative même sur et convéntum fácite ; enveloppée, sur dilígitis éam, d’une tendresse qui va, chargée de désirs, vers la Jérusalem céleste.

Dans la seconde phrase, elle se fait tout intime. Après la reprise alerte de gaudéte, elle s’atténue en effet peu à peu et disparaît presque sur in tristítia fuístis pour faire place à une nuance de tristesse compatissante au souvenir de ceux qui, dans l’exil, ont pleuré de ne plus jouir des joies de la patrie. Notez les cadences en demi-ton de tristítia et de fuístis et, surtout, le si naturel qui exprime si délicatement l’acuité de la douleur.

Elle retrouve d’ailleurs tout de suite sur ut exsultétis – et sans transition, comme l’exige le texte – son ardeur et ses rythmes bondissants ; et, après avoir souligné satiémini
d’un accent de chaude et profonde ferveur, redevient à nouveau intime, douce et tendre sur les mots qui évoquent les consolations inénarrables qui sont promises.

Chanter dans un bon mouvement alerte et très vivant.

L’ictus sera bien placé sur la seconde note de Jerúsalem ; certains manuscrits indiquent qu’elle doit être légèrement retenue. La double note de la dernière syllabe est une bivirga ; la bien poser, qu’elle ne soit pas dure mais sonore et quelque peu prolongée, sans ralentir le mouvement toutefois. Arrondir les torculus de convéntum. La tristropha de fácite, légère ; le torculus ralenti, mais dans le mouvement, lequel continue sur ómnes. Veiller à ne pas ralentir cette longue thésis. La double note de dilígitis est une bivirga, la faire très expressive; ralentir sur les deux notes qui suivent, mais pas les autres, le mouvement doit continuer jusqu’à la fin ; la cadence à peine retenue.

Un a tempo sur gaudéte. Ne pas forcer le contraste sur tristítia.

Reprise du mouvement sur ut exsultétis. La double note de ubéribus est une bivirga.

Le Psaume, qui est comme la réponse du peuple, doit être chanté dans un bon mouvement de joie, qu’il a d’ailleurs par lui-même, avec des accents légers et fervents.

GRADUEL

LE TEXTE

Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit :
Dans la maison du Seigneur nous irons.

Verset.Que la paix soit dans ta force et l’abondance dans tes fortifications. Ps. CXXI, 1, 7.

Le Psaume CXXI est un de ceux que les Juifs chantaient au cours de leurs pèlerinages à Jérusalem. Tout en avançant sur le chemin, ils évoquaient ainsi la joie qui avait envahi leur âme au départ. Cette joie se faisait de plus en plus vive à mesure qu’ils approchaient et, lorsque la Cité sainte et le Temple s’offraient à leurs regards émerveillés, les souhaits de bénédiction et de prospérité jaillissaient de leurs cœurs…Paix sur tes remparts, abondance dans tes tours !…Pour la plupart, l’objet de la joie s’arrêtait là. En fait, le Psaume va plus loin, il va à la réalité dont Jérusalem et le Temple étaient la figure. La joie d’aller dans la maison de Dieu, c’est la joie d’aller là où il se manifeste, là où il demeure, là où il donne, à ceux qui sont avec lui, de jouir de sa présence, dans l’intimité des relations familiales. Cette maison, c’est la Jérusalem Céleste, le Ciel, et en attendant que nous y soyons, l’Eglise.

C’est dans ce sens qu’il faut chanter ici le Lætátus sum. Après la lecture de l’Épître où Saint Paul met en relief, avec tant de force, la qualité de fils que nous vaut la Rédemption, il est l’expression des catéchumènes qui de tous les fidèles qui chantent le bonheur qu’ils vont avoir à Pâques, d’entrer plus profondément dans le Christ et, cachés avec lui en Dieu, de vivre une vie d’intimité avec les divines Personnes…la vie de la Maison pour laquelle nous sommes faits.

Le Verset est légèrement différent. La joie y prend la forme d’un souhait de paix et de prospérité à l’adresse de la Jérusalem céleste encore en formation. Dans l’Évangile, Notre Seigneur va réaliser en quelque sorte ce souhait d’abondance par la multiplication des pains, symbole de l’Eucharistie qui donnera à Pâques, à tous les habitants de la Cité Sainte, la paix dans la force.

LA MÉLODIE

Elle a pour objet de dire la joie. Elle la dit, mais d’une façon discrète, si discrète qu’on a quelque peine à la découvrir dans l’intonation ; elle ne paraît vraiment que dans la seconde incise sur in his quæ dicta sunt míhi. Elle y est d’ailleurs très nette, légère, souple, tout en élan, sans avoit toutefois la sonorité grandiose qu’elle avait dans l’Introït, sur convéntumfácite, et sur et exultétis ; ce n’est plus une joie qui cherche à se communiquer ; elle est plus personnelle, plus intime. Elle ne manque pas pour autant d’être ardente ; on notera en particulier le motif si fin qui prolonge míhi avec la clivis allongée du sommet qui y met un si bel accent de ferveur.

La seconde phrase, elle, est toute grave, comme si l’âme se fixait en une sorte de contemplation sur son objet divin. Contemplation heureuse, dont le bonheur profond est partout ; dans la descente de dómum Dómini, dans le mouvement souple et retenu de íbimus, dans la cadence finale enfin, sonore, pleine, assurée, sur laquelle l’âme s’attarde comme sur le mot de l’espérance.

Le Verset. – Bien que l’idée soit différente, l’expression demeure la même, à ce point que les deux phrases sont l’une et l’autre construites sur le même plan que la première partie. Un première incise, sur fíat pax et abundántia, correspond à in his quæ dicta sunt míhi et se termine par le même motif : souhait ardent, pénétré de joie légère, extérieure, heureuse. Une seconde incise s’achevant dans le grave sur in virtúte, répond à dómum Dómini avec la même expression de bonheur profond. Il y a des nuances, il va de soi : le très bel élan de in virtúte par exemple, avec l’insistance pleine de ferveur des deux tristrophas et la descente gracieuse, mesurée et forte de túa ; de même, le développement de abundántia, évocateur peut-être de l’Eucharistie ; enfin la cadence finale qui, pour être commune, n’en est pas moins parfaitement adaptée à la joie discrète du début qu’elle ramène pour finir.

Le mouvement sera léger et assez vif. La double note de lætátus est une bivirga épisématique ;  lui donner de l’ampleur et y mettre la joie. Départ très lancé sur in his. Passer par-dessus le quart de barre de míhi.

Les premières notes des podatus de in dómum allongées quelque peu.

Départ a tempo sur fíat pax et très en élan. Arrondir le sommet de virtúte.

Apporter grand soin au legato de abundántia, qui sera quelque peu élargi en raison des grands intervalles.

TRAIT

LE TEXTE

1.     – Ceux qui se confient dans le Seigneur (sont) comme le Mont Sion.
          Il ne sera ébranlé jamais, celui qui habite en Jérusalem.
2.     – Des montagnes (sont) autour d’elle, et le Seigneur autour de son peuple,
          maintenant et à jamais. Ps. CXXIV, 1-2.

Jérusalem, bâtie sur un plateau entouré de vallées profondes et dominées sur trois côtés par un demi-cercle de montagnes plus élevées que le centre de la ville, donnait l’impression d’une citadelle que personne ne pouvait prendre ; celui qui y vivait était en sécurité. D’où la comparaison du psalmiste : « Ainsi seront ceux qui habitent dans le Seigneur » ; c’est à dire ceux qui se donnent à lui au point de fondre dans la sienne leur personnalité ; il est autour d’eux, comme les montagnes autour de Jérusalem.

Le Trait est ainsi comme une réplique au souhait du Graduel. En même temps, il prélude à l’Évangile qui va mettre sous nos yeux un des exemples les plus frappants de la sollicitude du Seigneur… « Le seigneur est autour de son peuple ».

LA MÉLODIE

Dans le premier verset un seul motif sort des formules ordinaires – toutes d’ailleurs fort bien adaptées aux mots – c’est le début de commovébitur. Il y a dans la montée du scandicus et dans le pressus qui suit une certaine fermeté qui rend bien l’idée de force inébranlable.

Dans le second, le début de móntes est tout à ait original. Peut-être l’auteur a-t-il voulu, par ces montées et descentes hardies et brusques, évoquer les monts et les vallées qui entourent Jérusalem. Le mot Dóminus qui commence la deuxième phrase est en éclatant relief. L’auteur l’a revêtu d’une formule brillante, très expressive de force, dans les tenues sur la dominante, puis d’admiration et de louange, dans l’élan qui l’emporte jusqu’aux limites du mode avant de la laisser revenir à la tonique en un mouvement thétique tout imprégné de tendre confiance.

Faire une pause pour séparer les deux idées après Síon et relier Qui hábitat à in ætérnum.

OFFERTOIRE

LE TEXTE

Loue le Seigneur parce qu’il est bon.
Chantez à son nom parce qu’il est doux.
Tout ce qu’il a voulu, il l’a fait, dans le ciel et sur la terre. Ps. CXXXIV, 3-6.

Deux idées : une invitation à louer Dieu et une affirmation de sa toute puissance. Elles sont d’ordre général, mais la liturgie précise la raison de l’invitation et le motif de la louange.

L’Évangile en effet vient de nous faire entendre le récit de la multiplication des pains, symbole de l’Eucharistie. Dieu qui a nourri son peuple de lamane autrefois, le nourrit à nouveau du pain qu’il multiplie. Il continue à le nourrir de la chair et du sang de son Fils. A ce moment même de l’Offertoire, le miracle se prépare entre les mains du prêtre, par l’offrande du pain et du vin qui vont, dans le sacrifice, devenir la nourriture et le breuvage spirituels de toute l’assemblée.

Voilà en quoi le Seigneur est bon, doux et puissant.
Voilà de quoi l’Eglise nous invite à le louer.

LA MÉLODIE

L’invitation est pressante mais discrète ; il semble que l’Eglise, repliée sur elle-même dans la méditation du miracle dont on vient de faire le récit et du ystère qu’il annonce, ne veuille pas sortir de son recueillement. C’est un appel tout pénétré de contemplation qu’elle fait entendre.

Un IIe mode sans éclat qui se balance en des formules communes sur quelques notes entre le do et le fa. Mais quelle admirable expression de douceur confiante, paisible, abandonnée ! Ici et là, appelés par les mots, des accents de fervente tendresse : Laudáte, benígnus est et sa cadence de paix heureuse, psállite qui renouvelle l’appel et insiste par ses douces tristrophas, suávis est si paisible, et suave comme le mot.

La troisième phrase a plus de mouvement. Il y a sur ómnia une certaine grandeur et, dans les notes doubles et les répercussions qui se multiplient sur le fa, une volonté qui impose sa force ? Après un tel bel élan sur caélo, la formule finale ramène la contemplation très douce du début.

Ne pas chanter trop lentement ; que le mouvement soit  souple et vivant sur benígnus et sur nómine, lier à la tristropha la note qui la précède en la retenant quelque peu.

On fera un a tempo assez marqué au début de la seconde phrase. Ne pas ralentir la cadence de éjus et y rattacher quóniam. La double note de suávis est une bivirga ; lui donner un peu d’ampleur et conduire la voix vers l’accent en la renforçant légèrement.

Faire une bonne pause avant la troisième phrase à cause de l’idée nouvelle. Bien appuyer les notes doubles sans leur enlever de leur douceur.

COMMUNION

LE TEXTE

Jérusalem, qui est bâtie comme une cité compacte et bien ordonnée !
C’est là que montèrent les tribus du Seigneur, pour louer ton nom, Seigneur. Ps. CXXI, 3, 6.

Il faut noter tout d’abord que la première partie est une exclamation. C’est le cri des pèlerins qui, arrivant en vue de la cité, laissent jaillir leur admiration. La seconde, qui suit naturellement, est une évocation du passé, si riche d’émotions : « C’est là que montèrent les tribus… ».

Telle est aussi l’attitude de l’Eglise quand elle chante cette antienne. Au moment où les fidèles reçoivent le sacrement qui fait son unité parce qu’il porte en lui la grâce de l’incorporation au Christ, elle contemple cette union de toutes les âmes et, fixée dans cette vision de force et de paix, elle redit, dans son sens spirituel cette fois, l’exclamation du psalmiste : Jérusalem nouvelle, bâtie sur le Christ, Cité des âmes scellées à la Pierre fondamentale et jointes entre elles par la charité, Coté compacte et ordonnée par la sagesse et la volonté de celui qui en est le Roi ! Jérusalem vers qui sont venues toutes les tribus de toutes les nations et de toutes les races ; vers qui elles viennent pour la Pâque qui s’annonce ; vers qui elles ne cesseront de venir jusqu’au jour de son éternelle et parfaite splendeur, pour la louange de ton nom, Seigneur, dans le sacrifice glorieux de ton Fils.

LA MÉLODIE

Dans toute la première partie, elle est vraiment contemplative. L’Eglise voit la cité et elle admire, c’est tout. Notez la nuance de tendre respect et de bonheur sur Jerúsalem, et, sur la candence de cívitas, je ne sais quoi de mystérieux, d’infini, d’inachevé, qui prolonge la vision heureuse. Peu à peu cette vision se précise : l’Eglise pend conscience de l’admirable unité des êmes dans le Christ et cette merveille l’exalte. Le mouvement s’anime sur cujus participátio et la phrase se déploie, mesurée dans sa montée et sa descente, mais, en même temps, pleine d’une joie qui s’enthousiasme.

Cette joie d’admiration, un instant contenue dans le si beau motif de éjus in idípsum, rebondit et atteint sa plénitude avec l’image des tribus montant vers le Christ. La mélodie s’établit sur les hauteurs ; elle y demeure un instant, chantant la joie de l’Eglise, sa fécondité et son plein développement ; puis, par une descente admirablement ordonnée et dont le motif exprime si fidèlement la vision extasiée et dont le motif exprime si fidèlement la vision extasiée des innombrables tribus, elle revient à la tonique, en mettant sur Dómini une nuance de tendre vénération pour le Seigneur. Dans la dernière incise, c’est encore la vision, mais l’Eglise s’adresse à Dieu et c’est lui qu’elle voit au premier plan. La mélodie se fait toute de paix simple et heureuse, s’attardant seulement sur túo, en un motif gracieux dont la ferveur se prolonge, intime et délicate, sur les quelques notes très simples de Dómine.

Faire un départ net ; la voix, bien posée sur le salicus du début, s’en ira légère vers le pressus de la dernière syllabe, qui ira quelque peu ralenti, donnant au mot la nuance de tendresse qui convient. Ne pas précipiter le mouvement, mais qu’il soit vivant. Veiller en particulier à ne pas traîner la cadence de cívitas. Bien mener le crescendo sur cujus participátio avec une très légère nuance d’accélération vers le sommet. Très peu ralenti sur éjus in idípsum.

Illuc énim bien alerte, et que rien ne retienne le souffle d’enthousiasme de cette admirable phrase ; la cadence de ascendérunt notamment sera bien vivante et on y rattachera de près tribus dont la tristropha légère commencera le mouvement thétique. La première note du podatus de nómini sera élargie. La double note de túo est une bivirga épisématique ; y appuyer la nuance de tendresse, qui s’épanouira ensuite légère sur la note allongée.