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Une interview avec M. l'abbé Bernard Lorber Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
L'année liturgique en chant grégorien. Choix artistiques. Style d'interprétation. Projets…

Monsieur l'abbé, votre Schola a édité à ce jour 19 disques comprenant l'année liturgique. Pourriez-vous nous dire tout d'abord qui est la Schola Bellarmina ?

B.L.: La Schola Bellarmina a sa petite histoire. Nous avons débuté en 1998 à Bruxelles avec cinq chantres qui étaient rompus au grégorien depuis de longues années. Avec eux, nous avons réalisé tous les enregistrements du Temporal, donc les dimanches et fêtes du cycle liturgique ; en tout, ce furent 14 disques que nous avons produits en trois ans.
Quand j'ai quitté Bruxelles, je me suis retrouvé en France, travaillant dans le cadre d'une de nos écoles, en l'occurrence, celle où le travail musical était le plus développé grâce à l'énergie et au savoir-faire d'un confrère. Cela m'a donné l'occasion de continuer l'œuvre en enregistrant l'ensemble des kyriale et Credo.
Enfin, nommé Maître de chapelle à St-Nicolas-du-Chardonnet à Paris et ayant l'occasion de côtoyer quelques excellents grégorianistes, nous avons mis en route le cycle du Sanctoral.

abl2.png C'est donc une œuvre de longue haleine que vous avez entamé...
B.L.: Effectivement, nous avons commencé il y a neuf ans ; mais par la force des choses, nous avons travaillé en pointillé. Entre-temps, nos disques ont connu du succès et cette demande m'a encouragé à continuer l'œuvre.

Qu'est-ce qui vous a poussé à une telle entreprise ?

B.L.: A l'origine, notre idée était de proposer une aide à tous les choristes qui pratiquent le grégorien. Le constat a été fait et il est universel : la plupart de ceux qui chantent éprouvent des difficultés pour répéter, d'où des carences dans la qualité d'interprétation.
Le second but était de proposer une intégrale du répertoire grégorien, ce qui, pour l'instant, n'avait pas encore été réalisé. Tous ceux qui aiment les beautés du chant et de la liturgie de l'Eglise pourront ainsi écouter à tout moment la partie du répertoire qui les intéresse.



Une série aussi volumineuse ne risque-t-elle pas d'effrayer les éventuels intéressés ?


B.L.: Celui qui est effrayé par le grégorien le sera par un CD comme par vingt. Certes, l'investissement n'est pas le même. Afin d'en faciliter l'accès, nous avons réalisé un disque de présentation, lequel regroupe vingt pièces extraites de l'ensemble de l'œuvre. Donc, avant de se lancer dans le plat de résistance, on peut goûter l'entrée afin de juger de la qualité de la cuisine...



Il y a peu, le chant grégorien était en vogue ; c'était une mode. Plusieurs monastères ont édité des disques. Qu'est-ce qui distingue votre collection ?


B.L.: L'offre en disques de grégorien est effectivement très importante aujourd'hui. Cependant, il s'agit, dans la plupart des cas, de morceaux choisis, ou de messes des principales fêtes de l'année liturgique. Vous pouvez trouver facilement une dizaine d'interprétations différentes de la messe de Pâques, mais aucune version du 17ème dimanche après la Pentecôte ou bien de la Saints Pierre et Paul (29 juin). Notre œuvre monumentale comble donc un grand vide et c'est là sa force, l'exhaustivité. Par ailleurs, elle possède l'avantage d'une unité d'interprétation et donc d'une cohérence d'ensemble.



A ce sujet, quel style d'interprétation avez-vous adopté ? Suivez-vous une école particulière ?

B.L.: Aucune. Les «écoles» font mode ; elles surgissent, puis elles passent. Le chant grégorien restera. Il est en quelque sorte aussi éternel que l'Eglise, parce qu'il est universel comme Elle. Certes, nous avons pris comme base la rythmique et la neumatique des livres de Solesmes, puisqu'ils forment aujourd'hui la base commune de la notation et de l'interprétation du chant grégorien. Il est vrai que nous apprécions l'interprétation de Dom Gajard. Mais nous ne sommes pas un chœur de moines ; l'ambiance et l'esprit de notre œuvre sont différents. Ayant un but plutôt pédagogique, nous avons misé sur un très petit chœur de quatre chantres, ce qui nous donne une précision indéniable. Un chœur de moines a un charme particulier ; notre charme à nous, c'est la précision. Et si un chœur de moines avance avec la majesté mais aussi le manque de maniabilité d'un paquebot, nous avançons comme une frégate, certes discrète, mais redoutablement efficace.


N'aurait-il pas été utile de faire œuvre de recherche sur les manuscrits et de retrouver ainsi un style d'interprétation propre aux siècles où le grégorien a vu sa naissance ? Assurant ainsi une fidélité d'interprétation en dehors de tout reproche ?

B.L.: Nous laissons ce travail aux universitaires qui sont actuellement très actifs dans ce domaine. Il est évident qu'aujourd'hui nous ne chantons pas comme les chantres sous saint Grégoire le Grand, ni comme ceux du haut Moyen-Age. A chaque époque, son style; et même à chaque époque, différents styles suivant les différentes cultures. Le génie propre du chant grégorien vient de son universalité. Ecoutez trois chantres différents : l'un issu du bassin de culture germanique, l'autre d'un pays anglo-saxon et le troisième d'un pays latin, vous aurez vite compris qu'il n'y pas de style unique, ni de méthode modèle. Pourtant, chacun chante du grégorien ! Les mélodies sont figées sur papier, mais les hommes peuvent être de culture très diverses. Loin des querelles des spécialistes sur les manuscrits de Laon ou St-Gall, nous avons préféré donner une unité à notre œuvre en adoptant un style liturgique, favorable à la prière, et nous croyons ainsi être proche au moins de l'esprit du chant grégorien.



Ne courez-vous pas le danger d'un certain pragmatisme ?

B.L.: Je ne pense pas que le chant grégorien ait été fait par des spécialistes autour d'une table. Dans l'Eglise, on a commencé à chanter - en reprenant en partie des mélodies de la synagogue, puisque les premiers chrétiens étaient pour une bonne part des juifs convertis - ensuite, on a noté sur papier. La démarche a donc été très pragmatique puisqu'il s'agissait avant tout de prier et non pas de chatouiller les oreilles. Il n'y a que les esthètes de l'heure actuelle pour se battre sur l'interprétation d'un salicus.

Quels sont vos projets ?
B.L. : Il s'agit d'abord d'achever le Sanctoral, ce qui sera fait à l'automne 2008. Nous avons publié l'année dernière un premier volume du Sanctoral avec 8 messes (de l'Immaculée Conception à la fête du Précieux Sang). En parallèle, nous allons publier un disque comportant toutes les parties que doit pouvoir chanter le prêtre dans le cadre de la liturgie traditionnelle. Ce disque va de pair avec le DVD réalisé il y a peu sur la manière de célébrer la messe traditionnelle.
Par ailleurs, un disque de chants polyphoniques de Noël est en cours de préparation; nous travaillons à une nouvelle édition du livre de chant Magnificat qui devrait paraître en 2009.
Enfin, alimenter ce site dédié à la musique liturgique remplit les fins de mois, à défaut de les arrondir…
 
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