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Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.
INTROÏT
LE TEXTE
Versez votre rosée, cieux, d'en haut
Et que le nuages pleuvent le Juste.
Qu'elle s'ouvre, la terre,
Et qu'elle germe le Sauveur.
Ps.- Les cieux disent la gloire de Dieu
Et l'œuvre de ses mains, il la proclame, le firmament.
Isaïe, XLV, 8 - Ps. XVIII, 2.
Au
chapitre XLV, Isaïe rapporte ce qu'il a entendu le Seigneur dire à Cyrus, qu'il
va susciter pour être son christ, sauver le peuple et rebâtir la cité et le
temple. A la vision de ce sauveur d'un moment, par delà lequel il voit le
Messie et son œuvre éternelle, il est transporté et, interrompant sa prophétie,
lance vers le ciel son désir ardent pour que soit bâtie la venue des deux libérateurs.
Il le fait sous la forme poétique de la rosée qui fait germer la plante,
symbolisant ainsi l'action divine qui fera de Cyrus et du Christ des sauveurs
parfaits.
Au
sens liturgique, c'est l'Eglise qui appelle le Messie. Rien n'est à changer
dans l'image du prophète, mais il faut lui donner tout son sens divin. La rosée
sollicitée du ciel, c'est l'action fécondante du Saint-Esprit ; la terre,
c'est Notre-Dame, fleur de la race, qui s'ouvre au sommet de la tige de Jessé
et qui, fécondée sous l'ombre mystérieuse de l'Esprit du Très-Haut, va produire
son fruit divin ; le Verbe fait chair.
Cette
prière admirable et tout à fait à sa place le Mercredi des Quatre-Temps, tout
entier consacré à l'Annonciation. Il faut lui garder ici la même
interprétation ; d'autant que, par l'Offertoire et la Communion tout au
moins, le mystère continue d'être fêté. Et il faut la chanter comme la prière
suprême, entendue de Dieu par delà les siècles, et qui a contribué à faire
venir plus tôt l'heure du Messie et de Notre-Dame ; mais aussi, comme la
supplication qui va mériter aux âmes de recevoir le Verbe fait chair quand il
va revenir et de se livrer à l'influence de son Esprit comme la terre à la
rosée, lui donnant ainsi ce qu'il attend d'elles pour réaliser la plénitude de
son Incarnation.
Le
Psaume, lui, n'est pas une prière ; il est la constatation joyeuse des
merveilles de Dieu qui se réalisent dans le mystère.
LA MÉLODIE
Une
prière ardente de deux phrases qui s'opposent ici, encore, suivant le texte,
comme le ciel et la terre.
La
première est un admirable mouvement de l'âme portant on désir, comme dans le
graduel. Qui sédes, aussi haut que possible, jusqu'aux nuées fécondes d'où va
venir la céleste rosée, puis redescendant douce et paisible comme descendra le
Juste qu'elle chante. La supplication est ardente sur le pressus de caeli, les
quilismas de désuper, le pressus de pluant, mais il n'y a pas d'inquiétude, de
doute, d'angoisse ; au contraire, une grande sérénité et une joie discrète
se mêlent partout à la prière dans la tonalité claire du mode de fa ; la
joie de l'Eglise qui sait, car elle en jouit déjà, tout le bonheur qu'il y a
pour elle dans cette pluie fécondante qu'elle sollicite.
La
seconde a moins d'élan. C'est la terre que l'Eglise regarde et encore qu'il s'agisse
de Notre-Dame, ce chef-d'œuvre de grâce qui va produire la nature humaine du
Christ, n'est-elle pas tout en bas par comparaison avec l'infinie perfection du
verbe qui va y descendre ? Et puis, c'est le mystère dont la profondeur ne
saurait se chanter ; Aussi, après l'ardeur de la supplication sur
aperiatur, la mélodie revient-elle au mode de ré, et en des neumes qui s'effacent
de plus en plus, elle s'éteint, gracieusement d'ailleurs, sur Salvatorem, le
mot du désir.
La
deuxième note de ra dans Rorate doit être élargie. Le crescendo de la première
incise sera ardent mais ans éclat ; c'est une prière. Bien accentuer nubes
et aller sur le pressus de pluant en progression.
Veiller à ce que tur dans
aperiatur ait bien sa valeur et qu'on ait le temps d'articuler. Térra sera
légèrement retenu ainsi que les quatre dernières notes de gérminet.
Le
Psaume sera chanté dans un bon mouvement et pénétré déjà de la joie du « Gloria
in excelsis » qu'il prophétise.
GRADUEL
LE TEXTE
Il est proche, le Seigneur,
De tous ceux qui l'invoquent,
De tous ceux qui l'invoquent dans la vérité.
Verset. - La louange du Seigneur,
Elle la chantera, ma bouche,
Et que toute chair bénisse le Seigneur.
Ps. CXLIV, 18, 21.
Dans
la première partie, le psalmiste exprime une idée très simple ; à savoir
que le Seigneur est tout disposé à écouter ceux qui le prient. Toutefois, il a précisé
d'un mot : ceux qui le prient dans la vérité ; c'est-à-dire qui lui
demandent, en toute sincérité, des chose vraies ; entendons : ceux
qui sont conformes à sa volonté, car la vérité, c'est, en même temps, ce que
Dieu pense et ce que Dieu veut.
Le
Verset, lui, est un hommage de reconnaissance de l'âme qui promet à Dieu une
louange sans fin en retour de la bienveillance qu'il lui témoigne.
Au
sens liturgique, peut-être serait-on porté à s'appuyer sur les premiers mots
Prope est Dominus pour faire entrer ce texte dans le cadre de l'Avent. Ce ne
serait pas absolument exact car c'est en tout temps que le Seigneur exauce ceux
qui savent le prier. Il ne faut pas non plus le rattacher à l'Epître qui vient
d'être lue, mais à l'Epître du mercredi précédent pour laquelle il a été choisi.
Dans cette Epître, on nous ait entendre l'histoire d'Achaz qui, par manque de
confiance, refusa de demander un prodige au Seigneur et qui reçut, en réplique,
d'Isaïe la fameuse prophétie qui annonçait le prodige des prodiges :
« Le Seigneur vous donnera lui-même un signe : Voilà qu'une Vierge
concevra et enfantera un Fils et son nom sera Emmanuel ». A la fin de ce
récit, ces deux versets viennent sur es lèvres de l'Eglise comme une sorte de
réflexion. Repliée sur elle-même et gardant bien présent à l'esprit tout ce
qu'elle vient d'entendre, elle se dit : Achaz a eu tort...Le Seigneur est
tout près de ceux qui l'invoquent et bientôt il sera plus près d‘eux
encore ; car le prophète a dit que Celui qui doit venir aura nom Emmanuel,
ce qui veut dire : Dieu est avec nous.
Cette
annonce précise de l'Incarnation amène alors la grande louange du Verset.
Laudem Domini...
LA MÉLODIE
(V) Prope est Dominus omnibus invocantibus éum omnibus qui
invoquant éum in verita te.
Elle
est composée de trois formules : celle de Prope est Dominus et les deux de
éum. Ces formules sont reliées entre elles par les motifs presque syllabiques
de omnibus invocantibus et de omnibus qui invoquant. Un seul mot est original,
in veritate, encore s'achève-t-il en une formule finale commune.
Le
fait qu'elle est à ce point centonisée n'empêche pas qu'elle soit très
expressive. L'auteur s'est servi de formules toutes faites mais il les a
choisies pour le texte et les a disposées de telle sorte qu'elles puissent en
exprimer au mieux le contenu. Notez qu'elles sont placées sur les mots
importants : Dominus, le nom divin, et éum qui le représente ; et
que, par le contraste que font leurs neumes avec les motifs syllabiques qui les
entourent, elles les mettent en particulier relief. Aussi bien est-ce le mot de
l'Epître : Pete signum a Domino, dit Isaïe. Non tentabo Dominum, répond
Achaz. Propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum, réplique le prophète.
L'intonation
est grave. (Cette formule n'est employée que sur le mot Dominus ; de sorte
qu'elle est moins une formule centon qu'un motif réservé uniquement au nom du
Seigneur, comme plusieurs autres.) Mais ce serait une erreur d'y voir la
moindre tristesse. Au contraire, on y discerne déjà en une nuance discrète la
joie qui se dégage du texte et qui caractérise tout le Graduel. Toute pénétrée
de respect, elle se retient, s'efface, sur le nom divin, mais, sitôt après,
elle se laisse aller, se développe sur omnibus invocantibus et va s'épanouir
sur éum en un bel élan qui se détend dans la plénitude de la cadence en fa. Elle
passe dans la seconde phrase, s'élève avec grâce sur omnibus, puis redescend
dans le grave où elle se revêt à nouveau sur éum d'une certaine révérence qu'elle
garde jusqu'à la fin.
Le Verset. - Laudem Domini loquétur os méum Et benedicat
omnis caro nomen sanctum éjus.
La
joie est ici enthousiaste. Lancée avec une ferme assurance sur la distropha de
Laudem, elle se développe en une sorte de contemplation sur Domini :
légère, souple, heureuse. Une nuance de tendresse plus marquée passe avec le si
b, puis l'exaltation, grandissant à nouveau, va vers loquétur os méum où elle
atteint toute sa puissance d'expression sur les mots mêmes qui disent la joie
de pouvoir chanter à jamais.
L'enthousiasme
est le même dans la seconde phrase. Sitôt qu'elle a été ramenée à la dominante,
la mélodie s'élance à l'extrême limite du mode, enveloppant de toute sa
puissance l'ardent souhait de l'Eglise. Elle s'y arrête d'ailleurs ensuite en
un gracieux mouvement descendant, puis, pour finir, se pénètre à nouveau de
tendre respect sur nomen sanctum éjus.
Comme
on le voit, ce verset a un caractère de joie éclatante qui ne s'est pas encore
rencontré au cours de l'Avent. L'auteur a-t-il voulu donner là comme une
première annonce de la joie de Noël et en pénétrer déjà l'âme des
fidèles ? On a d'autant plus de raisons de le croire que les formules 53
et 54 sont particulières à la période de la Nativité. On les trouve ailleurs,
mais elles sont si fréquemment répétées au temps de Noël qu'elles contribuent,
sans aucun doute, pour leur part, à créer l'atmosphère musicale. El semble que
ce soit comme le début d'un crescendo de joie qui, parant du Mercredi des
Quatre-Temps, jour consacré à l'Annonciation, jour de l'Incarnation, atteint
toute sa puissance aux jours de Noël et de l'Epiphanie.
Ne
pas chanter l'intonation avec des effet de basse, mais avec la simplicité et la
douceur qui conviennent à une contemplation paisible. Le crescendo est le
premier éum sera discret et mené dès le début de l'incise ; C'est une
formule assez délicate mais très expressive. Il y a sur le do une distropha,
puis al première note de la clivis ou du climacus ; les distrophas seront
posées doucement et la voix, renforcée, ira vers la note qui suit pour la répercuter,
délicatement. Il s'en suivra une onction pénétrée de ferveur qui servira
admirablement le pronom éjus qui tient la place de Dominus.
Retenir
quelque peu veritate ; la tristropha, douce. Bien distinguer dans la
vocalise qui suit, sur le la, les deux distrophas, du pressus ; lles
reçoivent doucement le posé de la voix ; de même celle qui se trouve sur
le do dans la dernière incise.
C'est
une bivirga qu'il y a sur Laudem au début du Verset ; qu'elle soit
appuyée, forte et bien lancée. Sur Domini, deux distrophas et répercussion sur
la première note de la clivis ; même interprétation que plus haut. Une
bivirga avant les deux climacus qui finissent la première phrase ; bien
accuser la première note du second.
La
tristropha de os, légère. Bien pendre grade à donner toute leur valeur aux trois
notes qui précèdent les notes doubles de méum ; les retenir légèrement
évitera le danger d'en faire un triolet. Poser nettement l'épisème vertical de
omnis, allonger même un peu la note. (Dans plusieurs cas, la 2ème
note est un quilisma.) Un gracieux ralenti sur sanctum, qui se poursuivra sur
éjus jusqu'à la fin.
ALLELUIA
LE TEXTE
Viens, Seigneur et ne tarde pas.
Pardonne les péchés de ton peuple.
Cette
phrase ne se trouve pas dans l'Ecriture. L'idée en est très simple et
s'applique sans difficulté à l'un ou à l'autre des sens de l'Avent. C'est une
prière dont l'objet est nettement déterminé : la prière de tout le peuple
de Dieu, de toute l'Eglise, suppliant le Christ de venir sauver le monde.
LA MÉLODIE
On
la rencontre deux autres fois au cours de l'année : le XXe Dimanche après
la Pentecôte (Alleluia Paratum cor méum) et à la messe Loquebar d'une Vierge
Martyre (Alleluia Adducentur).
Elle
commence dans le grave et se meut lentement dans toute la première phrase,
comme la prière très humble du pécheur qui n'ose pas lever les yeux, accablé
qu'il est sous ses fautes. Ce n'est que dans la seconde incise qu'elle prend un
peu d'ardeur, il y a sur et noli tardare un très bel accent de pressante
supplication.
Dans
la seconde phrase, la prière est plus aisée sur relaxa. La longue vocalise de
facinora est, en elle-même, assez indifférente, mais elle prend, avec les mots,
un caractère de prière fort bien adapté. Il y a, dans la répétition du motif
initial, une progression qui fait la supplication de plus en plus forte. La
première fois, elle monte par trois degrés au si b ; la seconde fois, par
un seul mouvement de quarte, elle atteint le do qu'elle marque d'un
pressus ; la troisième, elle s'y pose sans préparation et y demeure trois
temps. Il y a là une vigueur accrue du plus heureux effet. La mélodie redescend
ensuite dans le grave et finit sur une formule propre à certains graduels du
Ier mode, elle aussi très priante et très humble, avec une touche assez marquée
de crainte révérentielle.
L'Alleluia,
lui, est du IIIe mode, mais l'unité demeure parfaite et l'expression y trouve
son bien. L'Alleluia ayant en lui-même un caractère de louange que le contraste
rend plus marqué encore.
Prendre
garde de faire trop longue la double note initiale de l'Alleluia, lequel doit
avoir un certain mouvement. Bien balancer le rythme de l'arsis ; la
vocalise légère.
Veni
Domine tranquille et discret. Crescendo sur noli ; tardare sans éclat.
Noter que, dans les thésis de la seconde phrase, toutes les notes doubles sont
des distrophas, légères donc ; de même les deux qui précèdent la clivis
sur le do, à la dernière reprise du motif. Par contre plé dans plébis est une
bivirga. Lier avec soin les grands intervalles de l'avant-dernière incise.
OFFERTOIRE
LE TEXTE
Salut, Marie, de grâce remplie,
Le Seigneur (est) avec toi.
Bénie (es-)tu entre les femmes,
Et béni le fruit de ton sein.
C'est
la salutation de l'Ange Gabriel à Notre-Dame et celle d'Elisabeth combinées en
un seul texte, lequel forme la première partie de la Salutation angélique. Il
n'y manque que le dernier mot, Jésus, qui d'ailleurs ne fut pas dit par
Elisabeth.
Au
sens liturgique toutefois, ce n'est ni l'Archange ni Elisabeth qui saluent
Notre-Dame ; la combinaison des deux salutations en un seul texte s'y
oppose. C'est toute l'Eglise qui, au moment où est commémorée la Conception de
Notre Seigneur, fait monter sa louange vers celle que Dieu a choisie pour sa
mère. Elle a entendu, au cours de la semaine écoulée, le mercredi, le récit de
l'Annonciation, le vendredi, celui de la Visitation ; elle recueille, sur
les lèvres de l'Archange et d'Elisabeth, les paroles inspirées pour les redire
à Notre-Dame, comme l'hommage le plus parfait qu'elle puisse rendre à sa
sainteté incomparable et à sa maternité divine.
Bien
noter que c'est une salutation. Ceci implique que les chanteurs soient en
communication directe avec Notre-Dame : qu'ils chantent pour elle et
qu'ils aient conscience que du haut du ciel, elle les écoute et reçoit leur
hommage dans la joie de son cœur maternel.
LA MÉLODIE
Quatre
phrases (Ave Maria gratia plena ne forme qu'une seule phrase. La grande barre
qui suit Maria doit être considérée comme une demi-barre). Les trois premières,
en progression l'une sur l'autre, conduisent l'idée jusqu'à Benedicta tu, point
culminant de la louange. La quatrième redescend vers le grave où elle s'achève
dans la contemplation du mystère.
Il
n'y a pas d'éclat dans l'Ave de l'intonation ; c'est un salut gracieux
enveloppé de vénération profonde et tendre. Tout le long de la première phrase,
l'âme se complaît dans cette attitude d'humble hommage ; elle s'anime
seulement, d'un accent de ferveur, sur le nom béni. Un bel élan, habilement
préparé, porte la syllabe accentuée de Maria à la dominante où les notes
doubles et répercutées mettent un peu plus d'ardeur, d'admiration et d'amour.
Mais ce n'est qu'en passant. Elle revient au grave sur gratia pléna et s'y
enveloppe plus encore de contemplation ; aussi bien y a-t-l ici quelque
chose de plus que la salutation. C'est déjà le mystère, le mystère indicible de
l'Immaculée. La phrase s'achève sur pléna par un pressus qui met bien en valeur
ce mot de plénitude, qui ne peut se dire que du Christ et de sa Mère.
Dès
le début de la seconde phrase, la mélodie, établie sans préparation sur la dominante,
prend tout de suite une allure de louange éclatante. C'est une qualité nouvelle
que l'Eglise salue en Notre-Dame : son union avec Dieu. La plénitude de la
grâce, c'est déjà le Seigneur avec l'âme ; mais, sur les lèvres de
l'Archange, le Dominus técum indiquait une modalité spéciale de l'union divine.
Le Seigneur est avec Notre-Dame comme il n'est avec personne. C'est de cette
union merveilleuse que l'Eglise félicite Marie. La mélodie la sert
admirablement. Le s'épanouit sur Dominus en un beau motif plein d'élan, deux
fois répété, qui dit l'admiration enthousiaste que provoque l'infinie grandeur
de Dieu, tandis que, sur técum, elle se retient comme recueillie, étonnée,
confondue d'admiration, devant l'ineffable sainteté de Notre-Dame.
Elle
se reprend sur Benedicat tu pour s'élancer cette fois à la limite de son
étendue. C'est le troisième mot de a louange. Il est la conséquence des deux
autres. C'est parce qu'elle est pleine de grâce et que le Seigneur est avec
elle que Marie est bénie entre toutes les femmes ; nouvelle Eve, celle que
toutes les nations diront Bienheureuse. La mélodie le met au-dessus de
tout ; elle dépasse la dominante, monte et plane, à loisir, dans les
hauteurs, s'appuyant sur des notes doubles et des pressus qui lui permettent de
déployer toute sa puissance et de colorer d'accents de ferveur ce mot de
bénédiction. Il s'achève sur le pronom tu en une belle cadence pleine et large
qui va tout droit à Notre-Dame avec une nuance délicate de tendresse. La
seconde incise ramène à la dominante le mot muliéribus. L'admiration s'y
prolonge, toujours fervente ; notez le pressus et le torculus avec son
mouvement hardi de quarte retombant sur la bivirga de la syllabe accentuée.
D'une façon assez inattendue, la phrase s'achève par une cadence en demi-ton
sur si qui laisse la mélodie en suspens, comme si l'Eglise, évoquant en une
sorte de contemplation toutes les femmes de la race, les voyait se perdre en
une perspective infinie, tendues en un geste de bénédiction vers Notre-Dame qui, de très haut, enveloppée dans la
gloire du Verbe Incarné, les domine toutes de l'éclat de sa maternité.
La
quatrième phrase est, de toutes, la plus profonde. Ici, c'est le mystère ;
le mystère du Verbe fait chair dans le sein de Notre-Dame. La mélodie abandonne
les hauteurs, descend par degrés, sur benedictus qu'elle souligne seulement
d'un pressus, descend encore sur fructus, puis demeure dans le grave, presque
sans se mouvoir. Un motif deux fois répété de quelques notes qui montent et
descendent par degrés conjoints sur véntris, un dernier pressus sur tui comme
pour faire rejaillir la gloire du Fils sur la Mère - car c'est pour le Fils
qu'est toute la louange dans cette dernière phrase - et c'est tout. L'ineffable
ne saurait s'exprimer.
Il
faut chanter avec beaucoup de souplesse. On y veillera particulièrement dans
l'intonation. Le climacus qui s'achève sur la première note pointée sera
légèrement retenu pour donner à cette demi-cadence sur mi toute sa valeur
d'admiration gracieuse et tendre.
Chanter
Maria avec beaucoup de ferveur. Les deux premières notes de ri bien appuyées,
assez fortes, avec l'élan de l'accentuation : ce sont deux virgas ;
les deux autres sont des distrophas ; la répercussion en sera délicate et
il y aura un crescendo jusqu'à la répercussion, très délicate aussi, de la
virga. La cadence sur sol très peu ralentie, de façon à rattacher Maria à
gratia pléna. Une pause.
Discret
a tempo au départ de Dominus dont les thésis seront légères, comme le sera la
tristropha de técum, qu'on renforcera toutefois pour la lier au climacus. Sur
ne dans Benedicta, une bivirga, bien l'appuyer et mener le crescendo e un bel
enthousiasme vers le pressus. Conduire avec mesure l'admirable descente de
benedictus fructus, sans que la voix perde brusquement de sa sonorité. Véntris
tui très lien avec le salicus bien doux.
COMMUNION
LE TEXTE
Voici qu'une Vierge concevra
Et enfantera un Fils,
Et il sera appelé de son nom Emmanuel.
Isaïe, VII, 14.
Cette
parole fut dite comme une prophétie par Isaïe à Achaz. « Le Seigneur vous
donnera lui-même un signe : voici qu'une vierge enfantera... » Le signe
promis arrivera le jour de l'Annonciation. C'est le mot même du prophète en
effet que l'Archange dit à Notre-Dame : « Voici que vous concevrez et
enfanterez un Fils et vous lui donnerez le nom de Jésus ».
Ce
texte est tout à fait à sa place le jour où est commémorée l'Annonciation.
Toutefois il ne semble pas qu'il doive être chanté ici comme une
prophétie ; c'est l'Eglise qui après avoir entendu la parole du Prophète à
l'Epître, et celle de l'Ange à l'Evangile, y revient, au moment de la
communion. Contemplant dans la lumière de la grâce sacramentelle, l'Incarnation
qui se prolonge par l'Eucharistie dans tout le Corps Mystique, elle chante la
joie de l'Emmanuel, du Dieu avec nous, en même temps que le mystère de Noël
dans lequel à nouveau va s'accomplir mystiquement la parole divine.
LA MÉLODIE
Une
joie émerveillée ; on en caractériserait bien ainsi, en deux mots
l'expression. Elle est très discrète dans sa première incise, avec quelque
chose de recueilli, de contemplatif, répandu sur toute la thésis de concipiet.
Dans une sorte de jouissance profonde, l'âme admire le mystère de la Vierge
Mère.
Et
voilà qu'elle s'anime et que son admiration prend de l'ampleur. Un souffle
puissant passe, qui emporte les mots dans l'enthousiasme, Filium après pariet,
comme si l'âme, de plus en plus éclairée, réalisait ce qu'est le mystère de la
maternité divine.
Mais,
à peine a-t-elle saisi cette seconde merveille, qu'une troisième s'offre à
elle : le mystère de Dieu avec nous cette fois, et vocabitur Emmanuel...
Elle n'a pas le temps de s'arrêter si peu que ce soit ; de la première
phrase, le souffle d'allégresse passe dans la seconde, l'entraînant dans la
progression jusqu'à la distropha de vocabitur. Là quelque chose change. Le
mystère s'étend. Il s'étend jusqu'à l'âme. Elle sent qu'elle y entre, en ce
moment de la communion. Elle se recueille, se refermant sur les merveilles qui
s'opèrent en elle. La mélodie la suit dans sa contemplation. Elle n'a plus le
souci des notes éclatantes, ni des mouvements à grand espace ; elle se
retient. Notez les clivis allongées de vocabitur, elle descend peu à peu vers
le grave, jusqu'à ce qu'elle arrive à Emmanuel, le mot du mystère. Elle s'y
complaît, en une formule qui, comme celle du véntris tui de l'Offertoire, se
contente de quelques notes conjointes qui descendent et montent mais où passe
toute la tendresse de l'âme pour l'Hôte divin qui est avec elle.
L'intonation
paisible ; de même concipiet dont les podatus seront bien posés. Ceux de
pariet aussi, tout le sommet en sera élargi. Le lier étroitement à Filium qui
sera à peine retenu afin que l'enthousiasme aille croissant sur et vocabitur.
C'est une bivirga qu'il y a sur vo. Retenir quelque peu tur. Beaucoup de grâce
et de ferveur sur Emmanuel, qui sera très ralenti.
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