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2 Novembre: Commémoraison de tous les fidèles défunts Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.


           La Toussaint, fête du Christ glorifié dans ses membres, englobe tout le créé : le futur aussi bien que le passé et le présent, de sorte qu'aucun des élus de tous les temps n'est exclu. Les âmes du Purgatoire y sont donc  incluses, comme nous le sommes nous-mêmes, en ce sens qu'elles aussi font monter leur louange vers l'Agneau immolé. Mais dans la souffrance, une souffrance qu'elles sont impuissantes à soulager elles-mêmes. L'Eglise, qui a le pouvoir, en leur appliquant les mérites de Notre Seigneur, et des Saints, de diminuer la rigueur et la durée de leur peine, a voulu que le lendemain de cette fête de famille fut consacrée à les soulager, et elle a institué la commémoraison des fidèles défunts, de tous. Chacun a les siens plus présents, il va de soi, mais c'est toute l'Eglise souffrante, collectivement, qui est l'objet de la prière.


             L'Eglise a toujours prié  pour les défunts. La coutume d'offrir l'Eucharistie pour eux se confond avec l'origine du Christianisme. Toutefois, ce n'est qu'à la fin du Xe siècle ; que le 2 Novembre leur fut consacré. Saint Odilon, abbé de Cluny, porta en 998 un édit pour les monastères de la congrégation, par lequel il ordonne que le 1er Novembre, après les Vêpres solennelles, les cloches sonnent le glas funèbre et que les moines célèbrent au chœur l'office des défunts. Le lendemain tous les prêtres doivent offrir le divin sacrifice « pour le repos de tous les fidèles ». Très tôt cet usage devint général et l'Eglise le sanctionna. En 1915, Benoît XV autorisa les prêtres à célébrer trois messes : la première pour les fidèles défunts, la  seconde à leurs intentions personnelles, la troisième, aux intentions du Souverain Pontife.


            C'est la prière qui domine dans tout l'office, mais cette prière monte dans une atmosphère de paix absolue. L'Eglise ne pleure pas. Elle sait que les âmes du Purgatoire sont plus vivantes que jamais, qu'elles sont dans la foi, l'espérance et la charité, fixées en Dieu, et donc dans un état de joie profonde : contemplatives à un très haut degré. Aucune ne voudrait revenir sur la terre. Elles souffrent aussi, et avec une sensibilité spirituelle que leur désir intense de Dieu avive à un point que nous ne saurions dire, mais elles acquiescent à cette purification nécessaire et leur joie est inaltérée. L'Eglise sait, d'autre part, que le Christ désire lui aussi, de tout son pouvoir, la délivrance de ses membres souffrants et qu'il la réalisera dès que la justice sera satisfaite. Delà cette simplicité, cette sérénité admirable de l'office des défunts, qu'on ne  sait plus comprendre ni goûter hélas! parce qu'on a perdu le vrai sens de la mort.


 

INTROÏT

LE TEXTE

 

Le repos éternel, donne-leur, Seigneur,

Et que la lumière éternelle brille sur eux.

 

Psm. - A toi convient un hymne, ô Dieu, dans Sion et à toi sera acquitté un vœu dans Jérusalem.


                                                                                        Esdras IV. - Ps. LXIV. 2.


 


            Ces paroles sont inspirées de deux versets du IVe livre apocryphe d'Esdras. Elles forment une prière qui est comme le leit-motiv de tout l'office. Aussi bien demandent-elles les deux choses essentielles qui manquent aux âmes du purgatoire : le repos et la lumière.


            Le repos, c'est Dieu. L'être n'a de repos que quand il a atteint sa fin ; tant qu'il n'a pas le bien qui le satisfait totalement, il le cherche. Ce bien, c'est Dieu. Le voir face à face, l'aimer et en être aimé, seul satisfait notre intelligence et notre volonté. Notre intelligence, pour qui il est la lumière éternelle en qui elle saisira tout ; notre volonté pour qui il est le bien total, le bien éternel en qui elle possèdera tout. Or, au purgatoire, les âmes ne voient pas vers lui ; et de tout le poids de la justice, elles sont retenues loin de lui. Voilà la souffrance au delà de laquelle il n'en n'est pas d'autre. Tout le monde devrait la sentir, au cours de sa vie, cette souffrance, mais tant de choses nous distraient de Dieu ! Elles n'ont rien qui les en détourne, elles; leur désir est toujours actuel, toujours ardent et toujours insatisfait.


            Le Psaume aussi est une prière. L'objet en est moins précis ; mais elle est fort habile. L'Eglise rappelle à Dieu que ces âmes ont été faites pour sa louange. Qu'il exauce donc nos prières et il saura d'elles ce qu'il attend. Et ceci nous fait entrer dans cet autre objet de la fête qui est ici, comme en toutes les fêtes, la gloire de Dieu. Nous prions pour le soulagement des âmes qui souffrent, mais aussi, en un premier lieu, pour qu'elles entrent dans la louange éternelle et que « toute chair vienne à Lui ».


 


LA MÉLODIE


            Elle est toute de paix. C'est une prière très simple qui demande avec une exquise délicatesse, sans presser. L'Eglise sait que, si la miséricorde était seule en jeu, ce serait chose faite, et depuis longtemps, que la délivrance de ces âmes. Il y a la Justice ; elle le sait aussi, mais elle a confiance précisément que sa prière y satisfait et que Dieu, par le fait, ne peut pas ne pas l'exaucer. C'est cette confiance intime qui baigne toute la mélodie. Elle monte avec les salicus de aeternam et de dona, y met une belle nuance de supplication aimante et douce et va s'épanouir sur le très beau motif de éi avec une insistance aimable, délicate et si tendre qu'elle doit être irrésistible. Elle se renouvelle sur luceat éis et le psaume s'élève dans le même climat de paix profonde.


            Il n'y a pas la moindre nuance de tristesse dans toute la mélodie. Elle et toute en majeur. Elle ne quitte pas un instant le mode de fa qui est par excellence le mode de la sérénité.


            Les voix seront douces, bien fondues, souples. Le mouvement assez lent. L'attaque sera en crescendo sur la seconde note du salicus et le mouvement ira, régulier, calme, s'appuyant sur les salicus et le pressus, sans heurt, sans effort vers le podatus de éi qui sera élargi ainsi que les deux notes qui précèdent le quilisma. La cadence légèrement retenue. La reprise a tempo, mais sans exagération toujours dans la paix.


            Le Psaume dans le même mouvement.


 


KYRIE


            C'est la même prière paisible et confiante. Elle se greffe d'ailleurs sur l'Introït , dans le même mode, dans la même sérénité ; et ce serait donc une erreur que d'en pousser l'expression et d'en faire un cri éploré. Dans le dernier Kyrie la supplication est plus ardente, mais dans la paix toujours.

 
            Il suffira d'un crescendo discret sur la montée vers le si b, d'une déposition de voix délicate sur la clivis allongée et d'un léger ralenti à la cadence finale pour lui donner son expression juste. On élargira le dernier Kyrie, gardant bien l'égalité du punctum, dans le premier temps composé, et renforçant la voix sur le sommet qui sera arrondi. La dernière cadence plus large, douce et sonore.


 


GRADUEL


LE TEXTE

 

Le repos éternel donne-leur, Seigneur,
Et que la lumière éternelle luise sur eux.

 

Verset. - En mémoire éternelle sera le juste,
D'un jugement défavorable il n'aura pas à craindre.


                                                                Ps. CXI, 7.


            Il y a deux idées nettement distinctes dans ce graduel. La première partie est une prière, celle de l'Introït . Le verset est une sorte de réflexion que fait l'Eglise sur les âmes qui achèvent de se purifier. Elles sont justes. Quand elles auront fini d'acquitter leur dette, leur mémoire demeurera impérissable. Pas sur terre pour le moment, beaucoup sont et seront à jamais oubliés, mais, en Dieu, où tout se mesure à la lumière de la charité, elles ne passeront pas et n'entendront jamais sur le compte de jugement défavorable, rien que des paroles d'amour en attendant le doux Venite benedicti Patris méi du dernier jour.


 


LA MÉLODIE


            C'est le Graduel type du IIe mode. Après l'avoir si souvent chanté sur des textes différents et l'avoir trouvé, sur tous, fort bien dapté, on serait surpris qu'il ne le fût pas sur celui-ci. C'est en effet une très belle prière, pas triste, pas déprimée, mais confiante, comme l'Introït . La montée de dona, l'insistance sur Domine lui donnent de beaux accents de supplication plus ardente. La dernière phrase avec la vocalise de éis s'interprète très bien aussi dans le sens d'une demande qui insiste et finit dans la paix.


Le Verset. - Il est léger avec une nuance de joie dont il n'y a pas lieu d'être surpris, au fond, elle est dans le texte cette joie. Le mot æternam est bien servi par la vocalise de la finale si pleine d'une certitude qui s'affirme.


 


LE TRAIT


LE TEXTE

 

Absous, Seigneur, les âmes de tous les fidèles défunts
De tous leurs péchés.

 
Et que, ta grâce les secourant,
Ils puissent échapper au jugment de vengeance.

 
Et du bonheur de la lumière éternelle,
Jouir à jamais.


           


            L'objet dernier de cette prière est encore la lumière éternelle. Mais le second verset en exprime un autre : « Qu'ils échappent au jugement. » Comment entendre cette demande, car elles ont été déjà jugées, les âmes du purgatoire ? C'est une demande qui porte sur le passé ; c'est au moment de l'agonie que son effet s'est produit sur les âmes. Elle n'était pas dite, c'est entendu, mais elle allait être dite et Dieu, pour qui il n'y a que le présent avec tout le passé et tout l'avenir inclus en lui, l'a entendue au moment de l'agonie comme nous l'entendons, nous, au moment où nous la chantons, et il en a tenu compte pour aider le mourant à se tourner vers lui, si besoin en était, ou à faire son adhésion à lui dans une charité plus parfaite.



LA MÉLODIE


            Celle des Traits du VIIIe mode sans rien qui la caractérise particulièrement. Les mots sont bien servis, particulièrement Domine dans le dernier verset.


 


SÉQUENCE


LE TEXTE

 

Jour de colère ce jour-là :
Il réduira le siècle en cendres
Comme en témoignent David et la Sibylle.


Quelle terreur ce sera,
Quand le juge viendra
Tout strictement examiner.

 
La trompette jetant sa note effrayante
Dans la région des sépulcres
Poussera tout le monde devant le trône.


La mort demeurera stupéfaite et la nature (aussi)
Quand ressuscitera la créature,
Pour au juge répondre.

 
Le livre écrit sera présenté,
Dans lequel tout est contenu,
D'après lequel le monde sera jugé.

 
Le juge donc quand il siègera,
Tout ce qui est caché apparaîtra ;
Rien d'impuni ne restera.

 
Qu'est-ce que, malheureux, je dirai alors ?
Quel patronage implorerai-je ?
Quand le juste à peine sera en sûreté ?

 
Roi de redoutable majesté,
Qui sauve gratis ceux qui doivent être sauvés,
Sauve-moi, source de bonté.

 
Souviens-toi, doux Jésus,
Que c'est moi la cause de ton chemin (sur terre).
Ne me perds pas ce jour-là.

 
Me cherchant, tu t'es assis fatigué,
Tu m'as racheté, la croix portant,
Que tant de peine ne soit pas vain.

 
Juste juge, de la vengeance
Fais don de la rémission
Avant le jour du compte à rendre.

 
Je gémis comme un coupable ;
De la faute rougit mon visage,
A moi qui te supplie, pardonne, ô Dieu.


Toi, qui Marie as absoute
Et le larron exaucé,
A moi aussi donne espoir.


Mes prières ne sont pas dignes,
Mais toi, qui es bon, dans ta bonté, fais
Qu'à l'éternel feu je ne brûle pas.


Parmi les brebis donne-moi place,
Et des boucs, sépare-moi,
Me plaçant à droite.


Aprè avoir confondu les méchants,
Aux flammes vives voués,
Appelle-moi avec les bénis.


Je prie, suppliant et prosterné,
Le cœur broyé comme la cendre :
Prends soin de ma fin.


Jour de larmes celui-là,
Où il ressuscitera de la poussière,
Pour être jugé, l'homme coupable,


A lui donc pardonne, ô Dieu. 
Doux Jésus, donnez-leur le repos.

Amen.

 
            Cette séquence, œuvre du Frère Mineur Thomas de Celano, n'a pas été faite pour la messe des morts mais pour le premier dimanche de l'Avent comme prélude sans doute à l'Evangile qui est celui de la fin du monde. Plus tard, vers le XVe siècle, on y adjoignit les deux derniers vers et on la fit entrer dans l'office des défunts. On voit assez qu'elle est d'un autre esprit que l'ensemble de l'office. C'est le tragique qui domine ici, avec la peur qui fait trembler. Quel contraste avec la sérénité du Réquiem. Il reste que c'est une splendide prière. Il faut, quand on la chante, le faire au nom des défunts. Nous leur prêtons notre voix et, bien qu'il ne soit question que du Jugement dernier, c'est à l'agonie qu'elle a eu son effet, à l'avance comme le trait.


            Elle doit être chantée selon son rythme et dans le mouvement ordinaire des séquences, sans ajouter au dramatique par des effets de voix, bien entendu. Le Pie Jésu légèrement plus ample.


 


OFFERTOIRE


LE TEXTE

 

Seigneur Jésus-Christ, roi de gloire,
Délivre les âmes de tous les fidèles défunts
Des peines de l'enfer et du lac profond.
Délivre-les de la gueule du lion.
Que l'enfer ne les engloutisse pas.


Qu'elles ne tombent pas dans la nuit,
Mais que le porte-étendard, saint Michel,
Les conduise à la lumière sainte
Qu'autefois tu promis à Abraham
Et à sa race.


Verset. - Des hosties et des prières de louange
A toi, Seigneur, nous offrons.
Toi, reçois-les, pour ces âmes
Dont aujourd'hui nous faisons mémoire.
Fais que celles-ci, de la mort,
Passeront à la vie.


Qu'autrefois tu promis à Abraham
Et à sa race.


 


            Cette prière très simple n'a pas besoin d'être commentée. Elle, aussi, a eu son effet dans le passé ; il ne saurait être question en effet de faire sortir les âmes de l'enfer une fois qu'elles y sont entrées. On notera Saint Michel dans son rôle d'introducteur des élus dans la lumière éternelle et on admirera la très belle formule d'offrande du verset, qui coïncide si bien avec la cérémonie de l'offertoire.


 


LA MÉLODIE


            Il faut en noter d'abord la forme. Elle a un verset et à la fin du verset les dernières lignes de la première partie sont reprises en refrain. Il en était ainsi primitivement de tous les offertoires.


            La mélodie, en elle-même, ne ressemble à aucune autre. Elle est presque syllabique avec seulement quelques motifs ornés sur les mots plus marquants. Elle est cependant très ancienne, on la trouve dans les plus anciens  manuscrits. Elle est très belle, sobre, grave avec quelque chose de simple, d'intime qui en fait vraiment la prière confiante de l'âme à l'aise avec son Dieu. Le IIe mode lui donne d'autre part une touche de discrète mélancolie. Ce n'est pas de la tristesse, mais comme une sorte de sympathie profonde pour ceux qui souffrent. De très beaux accents de supplication se développent sur Rex Gloriae, sur leonis, sur obscurum ; sur sed signifer, c'est l'espoir qui brille un instant. La très belle formule de sémini éjus s'étale en une insistance délicate.


            Le verset est plus suppliant que la première partie ; notez les pressus de hostias et de préces, la montée de tu suscipe qui se poursuit sur quarum hodie, la belle descente dans le grave, si priante elle aussi, à sa façon et, pour finir, le pressus de tranire ad vitam si expressif sur ces mots qui disent tout l'objet de la prière.
 


            La façon de chanter cet offertoire est indiquée par sa forme même. Le chœur chantera la première partie et la reprise de la fin, et les chantres le verset.


            Voix douces, rythme souple, legato serré, notamment dans les passages neumes : Rex Gloriae, fidélium, leonis et surtout la grande vocalise de sémini. S'il est besoin là de respirer, le faire plutôt sur la note pointée qui suit le pressus et passer par dessus le quart de barre. Retenez la thésis de leonis et represéntet éas.


 


SANCTUS

 
            Il est tout ce qu'il y a de plus simple. Le rythme n'en est pas moins délicat. Veillez à bien faire les accents toniques et à déposer délicatement la voix sur les dernières syllabes des mots. Le mouvement, pas trop lent. Un léger crescendo vers l'accent mélodique qui commence la cadence des phrases. Rien de triste ; quelque chose de léger, de lumineux. Ce n'est pas une prière pour les morts, c'est une louange au Dieu vivant.


 


AGNUS DÉI


            Même interprétation que pour le Sanctus . La progression, ici, ira vers l'accent de éis. Il n'y a pas à élargir sempitérnam plus que ne le demande une cadence finale. Ici, encore, pas de tristesse ; une prière simple et qui monte en un accent de confiance paisible et lumineuse vers l'Agneau immolé.


 


COMMUNION


LE TEXTE

 

Que la lumière éternelle luise pour eux, Seigneur,
Avec les saints à jamais.
Car tu es bon.


Verset.
- Le repos éternel donne-leur, Seigneur,
Et que la lumière éternelle luise pour eux,
Avec tes saints à jamais.

Car tu es bon.


            Lux æternam
, le leit-motiv de toute la messe, revient une fois encore. L'idée de la réunion avec les saints, des âmes qui souffrent, s'y ajoute, amenant très heureusement pour finir l'office l'image de l'Eglise triomphante à jamais établie dans la lumière, par la Miséricordieuse Bonté. Quia pius es.


 


LA MÉLODIE


            Elle est simple à l'extrême. Il faut la chanter simplement aussi, sans lenteur, dans un rythme très égal sans recherche d'effet. Le ralenti discret et tendre de quia pius es suffit à lui donner une très belle expression.


 

 

 
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