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Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.
Notre Seigneur
Jésus-Christ est Roi en ce sens très précis qu'il a autorité sur les nations,
les sociétés, les familles, les individus et qu'il les guide, en fait, vers le
bonheur, dans la mesure où ils le suivent.
Cette
autorité, il l'a par nature parce qu'il est à la fois Dieu et homme dans
l'unité d'une seule et même personne ; il l'a par hérédité, si l'on peut
dire, le Père lui ayant donné les nations en héritage ; il l'a par conquête,
ayant racheté le monde par son sang. C'est pourquoi il a pu dire à Pilate au
cours de son procès, avec une si noble fierté : « Oui, je suis
roi ». Il a fait plus que le dire, il a montré son souverain pouvoir dans
ses miracles, dans sa Résurrection, dans son Ascension, et il continue de le
montrer dans la pérennité de son Eglise à travers laquelle il dirige, légifère,
juge.
Cette
royauté, l'Eglise l'honore sans cesse dans sa liturgie. Elle la célèbre
notamment à l'occasion des fêtes qui la mettent en particulier relief :
l'Epiphanie, la Résurrection, l'Ascension. Mais elle a voulu qu'à notre époque,
où l'autorité du Christ est si contestée et où, de plus en plus, les
Etats se font indépendants et athés, une fête spéciale, très solennelle, remette
en force dans les esprits l'idée de la royauté effective du Christ. Prenant
donc occasion de la clôture de l'année jubilaire, Pie XI établissait, le 11
Décembre 1925, par l'encyclique Quas primas, la fête du Christ-Roi.
La
date en fut fixée au dernier Dimanche d'Octobre, juste avant la Toussaint.
Ainsi, à la fin de l'année, quand les Dimanches nous emmènent vers la fin des
temps, avant de célébrer l'Eglise triomphante, nous fêtons celui qui l'a menée
au triomphe ; le Roi qui a tout conduit, tout compris et qui offre à
chacun, dans le Royaume de son Père, devenu le sien, la Béatitude.
Digne est l'Agneau qui a été égorgé
De prendre la puissance, et la richesse,
Et la sagesse, et la force, et l'honneur.
A lui la gloire et le commandement
Pour les siècles des siècles.
Ps. - Dieu, ton pouvoir de juger, donne-le au
Roi ;
Et l'exercice de ta justice, au fils du Roi.
Apoc. V. 12. I. 6.-Psm. LXXI. 2.
Dans
l‘Apocalypse, ces deux versets, sont l'acclamation du monde à l'Agneau immolé,
au moment où il va briser les sceaux du livre scellé. Cette vision de Saint
Jean et d'une incomparable grandeur. Il faut en citer les principaux passages
pour comprendre l'atmosphère qui convient à cet Introït.
« ... Je fus en esprit ;
Et voici : un trône était posé dans le
ciel, et sur le trône,
(Quelqu'un d') assis...
Et autour du trône, je vis vingt-quatre trônes
Et sur les trônes je vis vingt-quatre
vieillards assis,
Revêtus de vêtements blancs
Et sur leur tête des couronnes d'or...
Et je vis, sur la droite de celui qui est
assis sur le trône,
Un livre écrit au dedans et sur le verso.
Et je vis un ange fort proclamant à grande
voix :
« Qui est digne d'ouvrir le livre et de
délier ses sceaux ? »
Et personne ne put
Dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la
terre,
Ouvrir le livre ni le regarder.
Et je pleurais beaucoup de ce que personne ne
fût
Trouvé digne d'ouvrir le livre ni de le
regarder.
Et l'un des vieillards me dit : «
Ne pleurez pas ;
Voici qu'a vaincu le lion, celui de la tribu
de Juda ;
La racine de David,
Pour ouvrir le livre et ses sept
sceaux. »
Et je vis au milieu du trône...
Un agneau debout comme immolé...
Et il vint
Et il prit le livre de la droite
De celui qui est assis sur le trône.
Et quand il prit le livre...
J'entendis une voix d'anges multiples en
cercle autour
du trône et leur nombre était myriades de
myriades et
milliers de milliers
Disant à grandes voix :
Digne est l'Agneau qui a été égorgé
De prendre la puissance, et richesse, et
sagesse, et force,
Et honneur, et gloire, et louange.
Et toute créature qui est dans le ciel
Et sur la terre, et sous la terre et sur la
mer
Et tous les êtres qui s'y trouvent
Je les entendis qui disaient :
« A celui qui est assis sur le trône
et à l'Agneau
la louange, l'honneur, et la gloire, et la
force
pour les siècles des siècles. »
(Traduction de H.M. Féret, o.p. L'Apocalypse
de Saint Jean, vision chrétienne de l'histoire)
A cette
manifestation éclatante de la royauté du Christ, qui ne cesse pas là-haut, en
son royaume de Béatitude, l'Eglise s'unit par les paroles mêmes que Saint Jean
entendit. Et c'est vraiment dans le même enthousiasme, sinon dans la même
vision de gloire, les voix de « toutes les créatures dans le ciel et sur
la terre » fondues dans l'unique liturgie .
LA MÉLODIE
L'enthousiasme
la caractérise dès le splendide élan de l'intonation. Il n'est pas poussé. Il
n'éclate pas. C'est un souffle de joie ardente qui monte, puisant, mais
paisible, léger même vers óccisus est et divinitátem puis se détend,
plus retenu à mesure que se succèdent les titres de gloire de cette mystérieuse
royauté. Comme si l'Eglise se recueillait en une joie plus profonde, indicible.
Au
début de la seconde phrase l'allure du texte change ; l'acclamation
devient directe : « A toi la gloire... ». La mélodie jaillit, elle
aussi, comme un cri ; notez la montée brusque sur Glória, les broderies
sur ré avec ce que le mouvement de quarte leur donne de hardi, de vif, de fort.
Elle s'étale encore sur impérium et sur in saécula saeculórum comme une volonté
qui affirme, proclame, impose ; gardant jusque dans les thésis l'ampleur
et la force des grandes clameurs qui s'achèvent.
Ne
forcez pas la voix dans l'intonation ; elle doit être légère. Un crescendo
ira de est jusqu'à óccisus est et, après une détente sur virtútem, montera à
nouveau sur divinitátem. Mais ces deux cadences demeureront légères, et se
relieront à accípere et à sapiéntiam. Faites les distrophas légères et détendez
la voix sur fortitúdinem. Même le crescendo qui va sur fa et honórem demeurera
discret.
Le
mouvement de la seconde phrase sera ample et ardent. Faites les accents
vibrants et que la sonorité soit chaude, tout en gardant la souplesse qui
permette de faire les thésis douces et fermes à la fois.
GRADUEL
LE
TEXTE
Il
dominera de la mer à la mer,
Et
du fleuve à l'extrêmité de la terre.
Verset. - Et ils l'adoreront, les rois de la
terre.
Et toutes les nations le serviront.
Ps. LXX. 8.
Le
Psaume est une prière de Salomon pour attirer les bénédictions de Dieu sur son
règne. Assuré qu'elles ne lui feront pas défaut, il se voit dominant toutes les
terres et régnant sur tous les rois. Mais, consciemment ou non, à travers ces
brillantes images irréalisables, c'est le règne d'un autre roi qu'il chante, le
règne du Messie, du Christ, qui, en toute réalité, s'étendra sur toutes les
terres, toutes les nations et tous les rois.
C'est
bien cette royauté qui nous est montrée dans le langage si fort de l'Epître. L'Eglise,
pour paraphraser cet hymne splendide de Saint Paul et rendre grâce, avec lui, à
Dieu le Père, chante les versets prophétiques dans la joie et l'enthousiasme de
leur accomplissement déjà réalisé, et dans l'assurance fière qu'un jour viendra
où vraiment il n'y aura rien à ajouter à la royauté effective du Christ ;
où il aura le monde entier soumis dans l'amour, et que du ciel, de la terre, de
la mer et des profondeurs du sol, montera la clameur immense du Dígnus est Agnus...
LA
MÉLODIE
Elle
est calquée sur celle du Graduel de l'Epiphanie; c'est une heureuse idée
de faire la même mélodie célébrer, là, le commencement du règne et, ici, sa
plénitude. L'ampleur majestueuse, pénétrée d'ardeur enthousiaste, qui chantait
le cortège des Mages et celui de tous les rois et de tous les peuples marchant
après eux dans l'avenir, chante très bien, ici, dans la même admiration et la même
fierté, le cortège arrivé devant le Trône et l'Agneau immolé !
Le
début du verset a été légèrement modifié, et c'est bien ainsi. Dans le Graduel de
l‘Epiphanie, c'est un appel pressant : surgé... il est admirablement rendu par
l'attaque vive et sans préparation sur la dominante. Ici, la prophétie de la
première partie du Graduel continue dans le même style ; la mélodie se
devait de le faire aussi. On retrouve, d'ailleurs, tout de suite sur éum la
très belle formule, pleine de douceur et de tendresse qui chantait Jérusalem.
Elle chante, ici, le roi d'amour, devenu le roi de gloire ; aussi s'exalte-t-elle
jusqu'à devenir à la fin un cri éclatant d'enthousiasme. L'application est
moins bonne dans la première incise de la seconde phrase, mais le grand élan de
géntes est très beau, de même sérvient éi qui se plie bien à l'idée d'autorité
forte. La formule finale, plus retenue, va droit au Roi, qu'elle vénère et
adore.
Le
mouvement sera ample et il aura de l'éclat, il va de soi. Arrondissez le sommet
de mári. Faites un départ net et bien arsique sur et. Etalez a formule finale
de terrárum.
Le
verset sera plus léger mais ne pressez pas la première partie de la vocalise sur
éum ; elle est thétique ; c'est à partir seulement du second quart de
barre que se fera le crescendo-accelerando. Que les notes du sommet soient
brillantes ; il y a là deux virgas épisématiques. N'exagérez pas le
dégradé de réges térræ. Beaucoup d'éclat sur géntes. Gardez une bonne sonorité à
sérvient ; les distrophas ne seront pas dures.
ALLELÚIA
LE
TEXTE
Sa puissance est puissance éternelle,
Elle ne disparaîtra pas.
Et son règne ne se corrompra pas.
Daniel VII. 14.
La
première année du règne de Balthazar, roi de Babylone, Daniel eut une vision :
« Quatre vents du ciel se combattaient sur
une grande mer...
Et quatre grandes bêtes montaient hors de la
mer....
Des trônes furent apportés et l'Ancien des
jours s'assit.
Son vêtement était blanc comme la neige.
Son trône était de flammes ardentes et les
roues de ce trône étaient un eu brûlant.
Un million d'anges le servaient
Et mille millions l'assistaient...
Le jugement se tint et les livres furent
ouverts.
Je vis que la puissance des bêtes leur avaient
été ôtée...
Et je vis comme le fils de l'homme qui venait
et s'avançait jusqu'à l'Ancien des jours.
Ils le lui présentèrent et il lui donna la
puissance, l'honneur, le royaume.
Et tous les peuples de toutes les tribus, de
toutes les langues le serviront.
Sa puissance est une puissance éternelle, elle
ne disparaîtra pas.
Et son règne ne se corrompra pas ».
Vision
qui ressemble à celle que rapporte Saint Jean aux Chapitres XIII et XIV de l'Apocalypse,
et qui se termine sur l'apothéose de l'Agneau et le cantiques des 144 000
vierges : c'est la proclamation de la royauté éternelle du Fils de l'homme.
C'est
dans ce sens que l'Eglise chante ces deux versets, les faisant monter vers le
Christ comme l'hommage du monde entier concentré en elle.
LA MÉLODIE
Elle
est empruntée à l'Allelúia
Chrístus resúrgens du IVe Dimanche après Pâques , qui, lui aussi, chante le
Christ immortel. C'est un chant de contemplation et non d'enthousiasme. Le beau
mouvement de joie retenue qui monte, là, sur jam non móritur chante, ici, la
puissance éternelle. Il monte ardent sur potéstas et sur æternam, mais dans un style
très lié qui contient l'ardeur. La détente sur non auferétur garde une force qui
va bien à cette affirmation d'autorité.
Evidemment
on préférerait que la vocalise, qui dans l'original, chante avec tant de force,
de fierté, de défi même, la victoire du Christ sur la mort , se développât,
ici, sur un autre mot que et, encore que ce soit l'éternité du Règne du Christ
qui y est déjà chantée. Avec la reprise du chœur non corrumpétur monte en un
crescendo d'allégresse, qui se détend pour finir dans le paisible recueillement
du début.
Le
crescendo-accelerando va du début de potéstas jusqu'à la fin de ætérnum. Il sera
discret et très lié. Très lié aussi le motif de et, la répercussion sur le si
b, nette : c'est elle qui commande toute la suite jusqu'au quart de barre,
les climacus bien rythmés.
OFFERTOIRE
LE TEXTE
Demande-moi, et je te donnerai
Les nations pour héritage,
Et pour la propriété, les limites de la terre.
Psm. II. 8.
Le
Psaume II est messianique au sens strict. Ces paroles ne s'entendent donc que
du Père donnant au Christ autorité souveraine sur le monde.
Chantés
après l'Evangile où l'on vient d'entendre la question de Pilate : « Es-tu
donc roi ? » et la réponse de Notre Seigneur : « Tu l'as
dit, je le suis », ces deux versets sont comme la voix du Père, venant du
fond de l'éternité, attester la parole de son Fils.
LA MÉLODIE
Póstula a me et dábo tíbi
géntes est la première phrase de l'Offertoire de la messe du jour de Noël . Le
reste, est emprunté à l'Offertoire de la messe de Minuit . En dépit de cette
double source, l'unité est parfaite.
C'est
un chant d'intimité. Il nous met dans l'atmosphère de paix de Noël, à travers
laquelle nous entendons avec tant de bonheur, comme les échos lointains des
paroles divines, au sein de la Trinité. Quel contraste émouvant que cette vois
du Père, douce, paisible, pleine de bonté, avec l'interrogation brutale de
Pilate que nous venons d'entendre ! Elle se meut à peine sur des notes qui
se suivent serrées dans un intervalle de quarte. Un mouvement de joie plus
ardente d'autorité forte aussi monte sur tíbi et va s'épanouir sur géntes mais
dans le même legato ; l'ineffable paix demeure. Et il en est ainsi jusqu'à
la cadence finale. Une arsis s'élève lentement sur hereditátem túam ; une
autre sur possessiónem túam, et c'est tout. Douceur, bonté, paix et force, dans
un absolu recueillement ; il n'y a pas autre chose dans tout cet
Offertoire.
Il
faut évidemment le chanter à mi-voix avec une certaine ampleur qui sera
entretenue vibrante par les fluctuations de l'intensité. Mettez une affirmation
bien nette sur tíbi géntes, sans rien de dur, il va de soi. De même sur hereditátem
et sur possessiónem. Faites bien expressifs les pressus de túam.
COMMUNION
LE
TEXTE
Il
siègera, le Seigneur Roi, à jamais.
Le
Seigneur bénira son peuple, dans la paix.
Ps.
XXVIII. 11.
Le
Psaume est une description de l'orage, voix de Dieu ; à la fin, tout
croule ; lui demeure et bénit son peule dans la paix revenue.
L'application
au règne glorieux du Christ se fait d'elle-même. Après les orages qui se
succèderont au cours de l'histoire, il y aura un dernier ouragan dans lequel
tout disparaîtra. Puis il y aura de nouveaux cieux, une nouvelle terre. Et le
Seigneur bénira son peuple à jamais, dans la paix de son Royaume. Rex Pacificus,
Régnum justitiæ, amóris, et pácis.
LA
MÉLODIE
Elle
s'inspire largement de celle de la Communion Ecce Dóminus véniet du Vendredi
des Quatre-Temps de l'Avent. Courte, simple, gracieuse, elle met en relief
trois mots : in ætérnum qu'elle élargit en majesté, benedicet qu'elle
enveloppe de joie et in páce sur lequel elle se complaît en une cadence toute
de paix heureuse.
Le
mouvement sera assez vif. Il ira droit sur in ætérnum en un crescendo délicat.
Un second crescendo, à partir de la demi-barre s'épanouira sur benedicet populo
súo qui sera élargi et joyeux. In páce sera balancé avec souplesse, le torculus
bien posé et la dernière syllabe sonore.
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