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Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.
INTROÏT
LE TEXTE
Ecoute, Seigneur, ma voix que j'élève vers toi.
Allelúia.
A toi, il dit, mon cœur : je cherche ton visage.
Ton visage, Seigneur, je le chercherai.
Ne détourne pas don visage de moi.
Allelúia, Allelúia.
Ps. Le Seigneur est ma lumière.
Et mon salut, que
craindrai-je ?
Ps. XXVI. 7, 8, 9, 1.
Toute la première partie du Psaume XXVI est un cri de confiance
enthousiaste ; quelque peu téméraire même : Le Seigneur est mon
salut...que craindrai-je ?... Mais au verset 7, soudain, le Psalmiste se
fait suppliant. Comme si une vague de brouillard l'enveloppait il n'a plus
conscience de la présence lumineuse du Seigneur, il ne sent plus la chaleur de
son amour, il se croit abandonné ; c'est la nuit... Alors sa belle assurance
disparaît et l'appel plaintif monte de ses lèvres : « Ecoute ma
voix...je cherche ton visage...ne détourne pas ton visage de moi. »
L'Eglise a tout naturellement choisi ces deux versets pour exprimer
ses sentiments après le départ de Notre Seigneur. Elle était habituée à sa
présence visible, si l'on peut dire : depuis Noël, elle le suivait
partout. Elle ne l'a plus. Elle le
cherche comme on cherche souvent dans le souvenir le visage aimé du
disparu. Elle n'en trouve que l'ombre... Notre Seigneur l'avait avertie : "Vous me chercherez...la tristesse vous remplira le cœur. " (Jean XIII. 33.
XVI. 6.) C'est bien ce qui est arrivé. Elle se tourne vers lui et, sur le ton
d'amour qui a été celui de leurs relations intimes, elle l'appelle : « Ecoute-moi ;
mon cœur te cherche...ton visage ne le détourne pas de moi ; dès maintenant,
garde-moi la joie de ta présence invisible dans la foi et, à jamais, la
béatitude de te voir face à face. »
Alors, réconfortée par cette effusion, elle reprend premier verset
du Psaume dans un cri d'espérance : le Seigneur est ma lumière...qui
craindrai-je ?
LA MÉLODIE
On ne saurait d'un mot caractériser l'atmosphère dans laquelle elle
se développe. Ce n'est pas de la joie, évidemment ; ce n'est pas de la
tristesse non plus, pas même de la mélancolie. C'est comme un mélange des deux.
L'âme sait que le Seigneur est là par sa personne divine, que le Consolateur
est annoncé ; elle ne se plaint pas...mais elle voudrait revoir le cher
visage. C'est une prière très douce, très aimante, avec une touche délicate de
nostalgie. Il ne semble pas qu'il faille aller plus loin.
On peut déceler cette nuance de nostalgie dès la cadence en demi-ton
de Dómine, elle n'est là que passagère, toute la première phrase est bien en
majeur : notamment le motif central qua clamávi ad te si simple et si
expressif de paix heureuse dont sont faites les conversations intimes entre
amis.
Cette atmosphère paisible se prolonge dans les deux premières
incises de la seconde phrase. Il y a une délicate expression de tendresse sur
cor méum et le motif de clamávi, revient sur quæsívi. L'ardeur du désir est
plus marquée sur vúltum túum mais c'est encore la
simplicité paisible : nous sommes toujours en majeur. C'est sur vúltum
túum Dómine requíram que le changement se produit. La mélodie va vers le la et,
par une cadence nettement modale, s'établit en Ier mode. Dans cette très belle descente syllabique, la
prière prend quelque chose de plus sombre : elle supplie davantage
aussi ; sans rien de violent, le ton d'intimité demeure mais la pression
augmente, notez l'accent de Dómine et la cadence un peu lourde de requíram.
L'insistance s'accentue sur toute la dernière phrase qui ne quitte
plus le la. Le motif de clamávi est repris sur me avértas mais au lieu d'aller
vers le fa il revient au ré par une cadence que les neumes binaires allongés
rendent plus pesante encore. Les Alléluia
demeurent dans la même atmosphère de nostalgie.
Le Psaume en fa avec son bel élan, vient alors comme un cri dans lequel
l'âme, qui a repris conscience du Seigneur toujours présent, lui dit sa
confiance retrouvée.
Chantez dans un mouvement modéré et veillez à ce que les voix soient
douces et comme étouffées.
Vous donnerez un peu d'ampleur aux accents toniques de exáudi et de
clamávi dans la première phrase et vous élargirez de même légèrement le
climacus qui précède le quilisma de méum dans la seconde. Retenez aussi quelque
peu quæsívi vúltum et le passage syllabique vúltum túum...Dómine requíram,
surtout dans la thésis.
Dans la troisième phrase, ne sera très élargi et la première note de
tous les podatus légèrement allongée, mais que le rythme demeure bien balancé.
ALLELÚIA I
LE TEXTE
Il règne le Seigneur, sur toutes les nations.
Dieu siège sur son trône saint.
Ps. XLVI. 9.
Nous retrouvons le Psaume du Roi ramené en triomphe à son palais.
Après l'avoir exalté dans le cortège, le Psalmiste le montre ici siégeant en
dominateur des nations conquises.
L'Eglise
fait de même. Après avoir fêté l'Ascension du Christ, elle l'exalte dans la
splendeur de son règne. Peut-être cette idée de triomphe, si différente de
celle de l'Introït, est-elle amenée par les derniers mots de l'Epître :
Afin qu'en toutes choses Dieu soit glorifié. Il l'est dès maintenant par le
Christ qui règne en droit sur toutes les nations, il le sera un jour en fait
lorsque son Fils aura réalisé la plénitude de son royaume siégeant au milieu des
Douzes il jugera le monde et conduira toute la création sanctifiée en hommage à
son Père.
LA MÉLODIE
Elle est joyeuse et paisible à la fois dans la première phrase sur
le balancement des rythmes binaires de Regnávit Dóminus. Le pressus bien posé
sur la dominante par un mouvement de quinte donne à súper ómnes géntes un très
bel accent d'autorité.
Au début de la seconde phrase, l'âme s'exalte sur Déus qui monte en
un élan enthousiaste d'ardeur joyeuse. Elan très court d'ailleurs ; la
mélodie revient tout de suite au grave avec une très belle cadence, pleine de
bonheur sur sédem. Le dernier mot, par ses rythmes, 1.2.3-1.2, 3 fois répétés,
ramène la joie calme du début.
Marquez bien, sans forcer toutefois, le rythme binaire de Regnávit,
et faites le pressus de súper très expressif.
Il faudra attaquer avec une certaine ardeur Déus et faire l'élan
léger, on reviendra ensuite dans un mouvement très régulier à la tonique. Bien
marquer les neumes de súam qui font comme un rythme quinaire. Le mouvement doit
être assez modéré.
ALLELÚIA II
LE TEXTE
Je ne vous laisserai pas orphelins ;
Je m'en vais, mais je reviendrai vers vous,
Et il se réjouira votre cœur.
Jean XIV, 18, 28.
C'est évidemment Notre Seigneur qui parle ici du haut du Ciel. En
même temps qu'il est le Roi qui siège en Majesté et domine les peuples, il
demeure le Maître plein de tendresse qui, quelques heures avant de mourir,
appelait ses disciples : mes petits enfants. C'est à nous, qui les
continuons, qu'il s'adresse. Il a entendu la plainte si délicate que l'Eglise a
fait monter vers lui dans l'Introït : « Je cherche ton
visage »...Il répond : "Je ne vous laisserai pas orphelins... "
LA MÉLODIE
Ces mots divins, adressés par le Christ à l'Eglise qui cherche son
visage, nous arrivent enveloppés d'une sympathie délicate et forte avec ce je
ne sais quoi d'indiciblement bon qui fait les paroles consolatrices d'un père,
précieuses au-dessus de tout.
Ce sentiment est très net dès les premiers mots. La voix fermement
posée sur la note qui précède le quilisma, monte sur non douce et ferme à la
fois puis redescend vers la tonique par un pressus qui met sur vos une touche
de tendresse extrêmement délicate : non, n'ayez pas peur, je ne vous laisserai
pas, vous, je vous aime trop. C'est le thème du réconfort. Non vos.
La mélodie se faite ensuite de plus en plus insistante sur relínquam
et par les deux quilismas et par le mouvement de l'arsis, comme si le Christ
sentait le besoin d'appuyer fortement sa promesse à cette heure où l'âme se
trouve quelque peu déprimée par son départ. Il fait plus. Pour montrer à ses
membres qu'il souffre de les voir souffrir, il laisse passer sur le mot
órphanos quelque chose de sa propre souffrance. C'est le thème de la tendresse
compatissante.
Il est doux et délicat comme un mot de consolation, avec un accent
de tristesse, si naturel et si simple sur la cadence en demi-ton, qu'il est
émouvant, sur ce mot, par lui-même si triste.
Au début de la seconde phrase, il est repris et développé, fort à
propos là encore, sur vádo, le mot du départ. Mais voici le mot du retour
promis : vénio. La tristesse s'efface ; une assurance, ferme comme
une promesse divine, soulève l'accent tonique allongé par l'épisème horizontal
et, dans la détente de l'élan, la mélodie glisse paisible, heureuse vers la
tonique. Elle se complaît un instant sur les neumes très liés de la dernière
syllabe et, sans s'arrêter, remonte à la dominante avec une grâce aimable qui
s'épanouit comme un sourire sur ad vos. Alors, sur gaudébit, le mot qui
promet l'éternelle allégresse, la joie se laisse aller, montant et descendant
sur les clivis allongées et les climacus, se posant sur les pressus avec une
touche de ferveur ; toute en mouvement mais sans éclat, sans bruit, sans
exaltation. C'est une joie de contemplation. Le Christ voit le bonheur des siens
quand ils seront près de lui et il leur chante son propre bonheur pour le
mettre déjà comme un espoir en eux. Car ce n'est qu'un espoir, elle est assurée
certes cette réunion, mais d'ici qu'elle soit réalisée, il y a la
séparation ; aussi, à la fin de gaudébit, les climacus de vádo
reviennent-il amenant avec eux, une foi encore, la cadence du thème de la
tendresse compatissante.
A la reprise du chœur,
les deux thèmes se joignent, mais celui de la compassion sans la cadence si b -
la ce qui en atténue considérablement l'expression.
Le mélange de ces deux sentiments, si délicatement exprimés, fait de
cet Allelúia un des plus purs chefs-d'œuvre du répertoire.
La voix sera douce, et, le mouvement retenu ; c'est une mélodie
délicate et c'est le Christ qui chante.
Lancez avec souplesse la première note de non, accusez le pressus et
montez doucement au crescendo sur relínquam dont vous retiendrez le salicus
descendant vers le quilisma ; vous rythmerez alors avec beaucoup
d'expression órphanos.
Tout le motif de vádo sera très lié avec un délicat renforcement de
la voix sur la première note pointée de la clivis finale. Un accent de ferveur
joyeuse animera vénio ; ad vos sera ralenti et gracieux. Veillez à la
régularité du rythme de gaudébit ; allongez quelque peu la première note
de de et que tout soit très lié, les notes à épisèmes horizontaux à peine
élargies, les climacus bien exacts, la cadence balancée, sans précipitation mais
dans un mouvement toujours entretenu.
OFFERTOIRE
C'est le même que celui de l'Ascension avec la même interprétation.
COMMUNION
LE TEXTE
Père, lorsque j'étais avec eux,
Moi-même je gardais ceux que tu m'as donnés.
Allelúia.
Mais maintenant près de toi je suis venu.
Je ne demande pas que tu enlèves ceux-ci du monde,
Mais que tu les gardes du mal.
Allelúia, Allelúia.
Jean XVII. 12, 13, 15.
Ces paroles sont extraites de la prière que Notre Seigneur adresse à
son Père après la Cène. Il lui demande de veiller sur les siens qu'il va
quitter. Tant qu'il était avec eux, il les gardait de l'erreur, de l'esprit du
monde, du mal de toute sorte. Là où il va, il ne peut les emmener ; c'est
trop tôt, il faut qu'ils demeurent sur terre. Il les confie donc au Père. Pas
seulement les onze qui sont là, mais toute l'Eglise qui se trouve en eux comme
dans son germe, afin que tout au long des siècles elle vive et grandisse au
milieu du monde pour le
sanctifier, au milieu du mal, sans être souillée.
Au sens liturgique, c'est Notre Seigneur qui prie, mais au Ciel,
cette fois. On se l'imagine arrivant avec son Humanité Glorieuse près du Père
et lui indiquant ses apôtres et ses disciples qu'il voit en bas, les yeux fixés
sur lui... « Je les ai gardés ; gardez-les maintenant. »
Aujourd'hui sa prière ne change pas. Nous venons de lui demande dans l'Introït
de se montrer à nous ; il nous a répondu dans l'Allelúia II qu'il ne nous
laisserait pas orphelins ; maintenant il s'adresse au Père : « Gardez-les
eux qui sont un avec moi dans l'Eucharistie, ne les prenez pas, ils ont leur rôle
à remplir...mais gardez-les du mal. »
LA MÉLODIE
L'intonation est simple, intime, avec une touche de joie aimable qui
vraiment va bien du Fils au Père. Un bel élan monte aussitôt sur éssem et
établit la mélodie sur la dominante autour de laquelle elle borde dans une
grande simplicité. Essem est souligné par le salicus, égo par le torculus sur
la dernière syllabe, ce qui lui donne un relief très prononcé, et la phrase
descend paisible et heureuse vers le do. Sur l'Allelúia elle module vers la
cadence du IVe mode qui vient mettre une touche mystique sur ce chant
d'éternité.
Nunc aútem, au début de la deuxième phrase, reprend l'intonation en
la développant, puis vient le mot du revoir : ad te vénio. Il est court
mais quel admirable mouvement de joie vive, ardente, enthousiaste dans cette
montée de la mélodie qui va planer un instant tout épanouie sur le porrectus de
la syllabe accentuée et qui se pose sur le sol dans la plénitude du VIIIe
mode ; la joie indicible du Christ qui retrouve son Père.
Ce n'est qu'une parenthèse très courte. Le Christ tout de suite
revient aux siens qui luttent et peinent sur terre et le même sentiment de
compassion passe dans sa voix. La mélodie de nouveau en Ier mode est toute thétique ;
notez, dans la première incise, le torculus de rógo, les podatus allongés de
tóllas et de éos, la cadence de múndo, et, dans la seconde, le torculus de éos
très allongé, et la cadence bien mineure de málo.
Les Allelúia de la fin demeurent ans cette atmosphère.
Ici encore, on chantera à mi-voix avec beaucoup d'onction. Ce qui n'empêchera
pas que le chant soit très vivant.
Après avoir bien mis en relief l'intonation on donnera à cum éssem
un bon élan et une allure dégagée que l'on gardera tout le long de la phrase,
élargissant, d'une nuance seulement, la première note de éis et le torculus de
égo. Cette première phrase doit être simple.
On soulignera nunc aútem et, sans brusquerie mais avec ardeur, on
montera avec la mélodie vers l'accent tonique qui sera bien lancé et expressif.
Arrondissez le torculus de rógo et appuyez les podatus de tóllas, de
éos et de sérves ; c'est là qu'est la prière. Ne retenez pas trop l'Allelúia
de la fin.
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