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Commentaire des pièces de cette messe par Dom Baron.
Les
rogations sont comme un retour des jours de pénitence au cours du temps pascal.
Elles n'existaient pas à Rome à l'époque de Saint Grégoire, mais dès alors, il
y avait le 25 Avril qu'on appelait les Litanies Majeures. C'était une
procession instituée pour prendre la place d'un cortège païen qui emmenait la
jeunesse Romaine sacrifier à la déesse Robigo pour lui demander de préserver
les blés de la rouille ou de la nielle. Cette procession avait un caractère
pénitentiel ; son but était d'apaiser la justice divine irritée par le
péché et de demander à Dieu de protéger les moissons. Elle se déroulait selon
le rite des processions stationnales. On se réunissait à Saint-Laurent in
Lucina. Au départ on chantait sans doute l'Exsurge et le long du parcours, des
répons ; ce n'est qu'à l'approche de Saint-Pierre qu'on commençait les
Litanies. Celles-ci achevées, la messe suivait.
Le
rite aujourd'hui est demeuré le même et pour la procession de la Saint-Marc, le
25 Avril, et pour celles des Rogations ; seuls les répons ont disparu. Les
Litanies commencent dès le départ et s'achèvent par les prières qui sont
chantées à l'arrivée à l'Eglise, juste avant la messe.
Il
semble bien que primitivement seule la procession avait un caractère de
pénitence et de supplication et que la messe était célébrée dans la joie du
temps pascal. Saint Grégoire lui-même le laisse entendre dans une lettre qu'il
écrivait au peuple de Rome pour le convoquer aux Litanies « que tout le
monde appelle Majeures ». « Nous irons à Saint-Pierre, suppliant le
Seigneur par des hymnes et des cantiques spirituels afin que dans la
célébration des Saints Mystères nous puissions rendre grâce à sa bonté, autant
qu'il est en notre pouvoir, pour ses bienfaits passés et futurs ». (P. L.
LXXVII. 13. 9.) Tous les textes de la messe en effet, on le verra, sont des
paroles de reconnaissance.
LA PROCESSION
Antienne Exsurge
LE TEXTE
Debout,
seigneur, aide-nous
Et
délivre-nous à cause de ton nom.
Ps. O Dieu, de nos oreilles nous avons entendu.
Nos pères nous ont dit (ce que tu as fait pour eux).
Ps. XLIII, 26, 1.
Ces
deux versets sont une prière ardente qui est en même temps très habile parce
qu'elle fait appel à l'honneur du nom divin et à la fidélité de Dieu à ses
promesse.
Ils
forment un très beau prélude à la procession qui va se dérouler dans la
supplication répétée des Litanies.
LA MÉLODIE
C'est
la demande très humble d'une âme accablée sous l'épreuve et qui n'ose pas lever
les yeux. Le sentiment de dépression est moins poussé que dans l'Introït
Exsurge du Dimanche de la Sexagésime qui finit sur le même texte, mais c'est
bien la même supplication effacée, réservée, retenue, sans élan.
Il
faut la chanter lentement. Bien poser l'accent de Dómine en lui donnant un peu
de longueur. Retenir légèrement la clivis de ádjuva nos. Ralentir à peine nómen
túum
LITANIES
Bien
leur garder leur caractère de supplication. C'est facile dans la première
partie par la retombée en demi-ton sur si et la remontée si-do. Dans les
autres, ce l'est moins. Veillez à ne pas donner à Peccatóres un air de
triomphe, on y serait assez porté.
LA MESSE
INTROÏT
LE TEXTE
Il
a écouté, de son Temple saint, ma voix.
Allelúia.
Et
mon cri en sa présence est entré dans ses oreilles.
Allelúia.
Allelúia.
Ps. - Je t'aimerai, Seigneur, ma force !
Le Seigneur est mon abri et mon refuge et mon libérateur.
Ps. XVII. 7, 2, 3.
Le
Psaume XVII est un cantique d'action de grâces dans lequel David, après un cri
d'amour ardent pour son Sauveur : Diligam te Dómine... expose le processus de
sa délivrance. Il était dans l'épreuve, il a prié, Dieu l'a écouté et l'a
sauvé ; alors, action de grâces.
Dans
l'Introït de la Septuagésime qui y prend aussi son texte, les différentes
phases du drame sont toutes évoquées : circumdedérunt me dolóres mórtis,
et invocávi, et exaudívit, diligam te. Ici les deux dernières seulement ont été
retenues. Aussi bien ne s'agit-il pour l'Eglise que de rendre grâces. Les
épreuves ont été exposées au cours du chemin et la prière aussi. Dieu les a entendues.
Son aide n'est pas encore visible dans les prés et les champs qui ne sont qu'en
herbe et en fleurs, mais elle est accordée ; il ne faut plus que l'action
du temps, et la moisson passera la promesse des fleurs.
C'est
dans cette certitude d'espoir qu'il faut chanter cet Introït.
LA MÉLODIE
Le
texte est des plus simples ; il ne fait que constater que la prière a été
entendue. La mélodie, elle aussi, n'est qu'un récitatif sans emphase. L'Eglise
n'exulte pas ; elle se parle à elle-même, ou, si elle se confie, elle
raconte la grâce dont elle est bénéficiaire comme une chose normale dans le
cours des relations humano-divines. Seulement on sent partout, aussi bien dans
la ligne générale que dans les détails, l'émouvante gratitude qui est en elle
et qu'elle semble ne pouvoir livrer faute de moyens pour en exprimer l'étendue
et la profondeur.
Dès
le premier mot, la voix, en se posant ferme sur la double note de exaudívit,
met dans la sonorité claire de cette syllabe, la joie de l'âme enfin
satisfaite. Cette joie ne fait ensuite que se laisser aller très simplement à
travers le balancement de témplo sáncto, la remontée de vócem, la tristropha et
l'élan si délicat de l'Allelúia, vers les cadences en mi de súo, méam,
Allelúia, si évocatrices de la tendresse émue dont sont baignés, au fond de
l'âme, ces simples mots.
Il
y a plus de mouvement dans la deuxième phrase, voire une discrète exultation.
Le texte ne dit rien de plus, mais il y a un certain lyrisme dans la forme, qui
marque la progression de la prière, arrivée en présence de Dieu, reçue par lui,
admise jusqu'en ses oreilles. La mélodie quitte le IVe mode sur in conspéctu
et, par une modulation hardie mais très fine, s'établit dans le VIIIe mode.
Elle se pose un instant sur sol en une cadence lumineuse et ferme puis remonte
sur intrávit. L'élan ici est moins marqué. La mélodie se retient, elle insiste,
comme elle insistera encore sur aúres ; on sent que le recueillement
domine à nouveau sur ces deux mots, comme si, à l'idée que Dieu a accepté sa
demande, l'âme se refermait sur lui pour lui dire son amour et sa gratitude.
C'est
la même tendresse, baignée de joie heureuse, qui anime les deux Allelúia si
gracieux.
Le
Psaume alors jaillit comme un beau chant d'amour dans la claire sonorité du la
et du si naturel.
Il
est bien clair que chanter cette mélodie « en esprit de pénitence »
c'est aller à l'encontre des paroles et de la musique, et la défigurer
totalement.
Il
faut qu'elle soit paisible, recueillie et joyeuse à la fois.
Veiller
à ne pas s'attarder plus qu'il ne faut sur les cadences en mi de la première
phrase, afin de leur garder leur expression de paix heureuse. Qu'un seul
mouvement enveloppe tout, y compris l'Allelúia qui ne sera en rien forcé.
La
première incise de la seconde phrase aura le même tempo avec une légère
accélération à la fin, pour la relier à in conspéctu et accuser la venue de la
joie qui va dominer un instant. Que le porrectus de conspéctu soit bien léger
entre les deux clivis allongées. Arrondissez le torculus si gracieux de introivit.
La cadence de éjus très expressive. Une reprise de joie délicate sur le premier
Allelúia, mais sans contraste.
ALLELÚIA
LE TEXTE
Louez
le Seigneur parce qu'Il est bon.
Parce
que éternelle est sa miséricorde.
Ps. CXVII. 1.
L'action
de grâces continue. Elle prend cette fois la forme d'un appel à la louange.
Sans doute est-il amené par l'épisode de la vie du Prophète Elie rapporté à
l'Epître : il pria, et la pluie ne tomba pas pendant trois ans et six
mois... il pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie. Ainsi le Seigneur exauce-t-il notre prière ;
louez-le car il est bon... L'Eglise remercie déjà pour toutes les fécondes rosées
qui feront la terre donner son fruit.
LA MÉLODIE
Elle
est très apparentée au Confitémini du Samedi Saint ; à ce point que, en
plusieurs endroits, ce sont les mêmes notes sur les mêmes mots mais il y a
aussi entre les deux de notables différences. Le Samedi Saint, l'Allelúia est
discret, gradué, tout à fait adapté à l'éveil progressif de la joie pascale.
Ici il n'y a pas à ménager de transition, la joie est là depuis le début de la
messe ; recueillie, discrète dans l'Introït, elle prend tout de suite avec
l'Allelúia une ardeur plus vive et même un certain éclat. L'arsis fa-sol-do,
dans un beau mouvement, va s'épanouir sur la tristropha et se détend ensuite en
une thésis très courte mais fort gracieuse qui se relie au jubilus, très
joyeux ; d'une joie assurée, paisible et sans ombre.
Le
verset, par contre est moins éclatant que celui du Samedi Saint, ce n'est plus
la joie toute fraiche et si longtemps attendue de Pâques. Le début est le même,
mais la cadence de Dómino a été supprimée ou, plus exactement, on y a fait
entrer quóniam qui a perdu de ce fait le bel élan qui se prolongeait en exaltation
sur bónus. Ces deux mots ont été revêtus d'un motif plus réservé, plus intime,
plus dans le ton de l'Introït.
Le
deuxième quóniam demeure dans le style du premier. Sur miséricórdia éjus le
motif du Samedi Saint revient et le thème de l'Allelúia s'y greffe très
habilement avant la dernière syllabe de éjus.
Ne
pas précipiter les trois premières notes de l'Allelúia ; elles sont quelque
peu allongées dans les manuscrits. Elargir aussi le jubilus : c'est une
joie qui s'épanouit plutôt qu'une joie qui exulte.
Commencez
le verset dans un élan plein d'ardeur ; qu'il soit alerte. Allongez un peu
la première note de am dans quóniam, et le climacus de bónus ; de même,
dans la seconde phrase, la première note de saéculum.
OFFERTOIRE
LE TEXTE
Je
lourai le Seigneur on ne peut plus, par ma voix.
Et
au milieu de la multitude, je le glorifierai,
Lui
qui s'est tenu à la droite du pauvre (que j'étais) pour sauver des persécuteurs
mon âme.
Allelúia.
Ps. CVIII. 30, 31.
Ces
deux versets sont les derniers du Psaume CVIII. Le Psalmiste, qui a demandé l'aide de Dieu contre ses
ennemis, se voyant déjà exaucé, remercie en promettant une louange ardente et
partout répétée.
Ils
sont parfaitement adaptés à cette messe d'action de grâces pour des bienfaits
qui ne sont pas encore arrivés. L'Eglise les a demandés, ces bienfaits, tout le
long du chemin au rythme des Litanies, et avec insistance, suivant les conseils
mêmes de Notre Seigneur dans l'Evangile qui vient d'être chanté :
« Demandez, cherchez, frappez ». Sûre d'être exaucée, parce que « qui
demande recevra, qui cherche trouvera, qui frappe verra devant lui s'ouvrir la
porte », elle chante sa reconnaissance.
LA MÉLODIE
Elle
se déroule dans une atmosphère de joie douce, délicate, pleine de
tendresse ; on y sent l'âme heureuse qui se berce dans son bonheur, avec
ça et là des accents plus vifs de gratitude.
La
louange promise ne sera pas quelconque elle prendra toute la vie, l'assurance
en est donnée avec ardeur sur le pressus de nímis. Et ce sera une louange
personnelle qui aura la valeur d'un témoignage direct ; in óre méo, de ma
bouche ; l'insistance est très marquée par le développement mélodique et
les deux pressus. Au début de la seconde incise, la mélodie s'allège et prend
du mouvement ; elle souligne multórum - car ce sera aussi une louange
publique et éclatante - mais seulement en passant comme si l'Eglise était
pressée d'arriver à l'objet même de la louange : laudábo éum. Elle monte à
la dominante sur éum, très en relief par la tristropha ; une ardeur très
vive commence alors à passer dans les derniers neumes, se renouvelle sur
ástitit avec je ne sais quoi de pressant, comme un hâte de dévoiler la grande
bonté du Seigneur, et va vers paúperis où elle s'étale à loisir ; notez la
montée retenue vers les épisèmes.
Elle
ne s'arrête pas là, elle progresse au contraire vers ce qui est l'objet de la
gratitude : ut sálvam fáceret. La mélodie monte plus joyeuse vers la
tristropha de sálvam, rebondit sur celle de fáceret. Alors là, sans qu'on s'y
attende, brusquement, est amené sur persequéntibus le motif suppliant qui par
quatre fois, le mercredi des Cendres appelait la miséricorde du Seigneur. Il
évoque ici la période terrible des persécutions ; évocation rapide mais
émouvante. La mélodie revient à la tonique par le motif très gracieux de ánimam
méam ; on y retrouve la paix heureuse du début ; elle se prolonge sur
l'Allelúia éclairée encore par les contacts du si naturel et du fa.
Ne
pas presser le mouvement, mais l'entretenir toujours.
Elargissez
le punctum de nímis et celui qui précède le pressus de méo ; rattachez
laudábo à multórum et commencez-y le crescendo puis accélérez légèrement
jusqu'à la première clivis de déxteram. Ne faites pas l'arrêt trop long après
paúperis.
Retenez
la note qui précède la tristropha de sálvam, de même, la première note du podatus
de fáceret et élargissez le torculus de ánimam à cause du grand intervalle.
L'Allelúia, bien dans le mouvement.
COMMUNION
LE TEXTE
Demandez
et vous recevrez.
Cherchez
et vous trouverez.
Frappez
et l'on vous ouvrira.
Quiconque
en effet demande reçoit
Et
qui cherche trouve
Et
à qui frappe il sera ouvert, Allelúia.
Luc. XI. 9. 10.
Ce
sont les paroles de Notre Seigneur qui ont été lues à l'Evangile.
C'est
lui-même qui les chante ici. D'abord pour dégager la leçon de cette cérémonie
des Rogations ; mais aussi pour encourager l'âme, qui la reçoit en ce moment
dans son intimité, à lui faire part, dans une absolue confiance, de tous ses
besoins et de tous ses désirs.
LA MÉLODIE
Elle
est composée, comme le texte d'ailleurs, de deux phrases - la grande barre qui
se trouve après invénit doit être considérée pratiquement comme une demi-barre.
Ce serait peut-être trop s'avancer que de vois la seconde comme une variation
de la première et pourtant il y a entre les incises de l'une et de l'autre de
telles ressemblances qu'on ne peut pas ne pas être frappé de ce parallélisme
musical : ómnis qui pétit diffère de pétite et accipiétis que par la
cadence ; qui quaérit invénit a la même forme que quærite et inveniéntis,
quelques notes allant vers une cadence très ornée ; pulsáte et pulsánti
ont aussi bien des affinités. D'autre part il y a dans les deux phrases la même
proportion entre les incises et la même progression d'une incise à
l'autre ; la première est simple, la seconde a sa cadence très développée
et la troisième est très amplifiée sur pulsáte et pulsánti...
Il
se dégage de l'ensemble une expression d'amabilité, d'encouragement. On sent la
joie qu'éprouve le Christ à
solliciter des demandes qu'il aura tant de bonheur à exaucer. Tous les mots en sont
baignés mais, plus que les autres, inveniétis, pulsáte dans la première phrase
et, dans la seconde, aperiétis avec la remontée ré-fa et l'Allelúia qui
prolonge en des neumes, souples et retenus, ce bonheur intime.
Le
mouvement ne sera pas rapide mais très souple.
Retenez
la première note du podatus de Pétite et de celui de accipiétis, de même les
deux notes qui précèdent le quilisma de pulsáte ; le pressus de aperiétus,
très expressif.
Une
reprise a tempo au début de la seconde phrase, qui sera légère. La première
note de podatus de áccipit sera retenue légèrement ; aperiétur sera très
rythmé. La double note de tur est une bivirga épisématique, la presser après l'avoir
posée doucement. Bien balancer l'Allelúia dans un mouvement paisible et
heureux.
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