
| XXIe Dimanche après la Pentecôte |
|
|
|
|
Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.
EPÎTRE : Il faut se revêtir de la force que Dieu nous donne pour être fort dans l'épreuve. (Ephes. VI. 10. 17.) EVANGILE : Parabole du débiteur insolvable. (Math. XVIII. 23, 35) IDÉE CENTRALE : C'est toujours vers la fin des temps que tout est orienté. Armez-vous de toute la force du Christ, nous dit Saint Paul dans l'Epître, afin de pouvoir tenir ferme « contre le diable, la chair, le sang, les princes de ce monde de ténèbres, les esprits mauvais répandus dans les régions de l'air... ». Notre Seigneur dans l'évangile nous avertit d'autre part qu'il faudra rendre compte et qu'il est prudent, pour se concilier la miséricorde du Père, d'être nous-mêmes miséricordieux. Au milieu de ces conseils en vue des ultimes épreuves, l'Eglise évoque dans ses chants, comme des modèles, les figures suppliantes des grands persécutés, Mardochée, Esther, Job.
INTROÏT LE TEXTE
Esther XIII. 9, 10, 11. Ps. CXVIII. 1.
Seigneur, Seigneur, Roi tout puissant, Dans ta volonté toutes les choses sont établies Et personne ne peut résister à ta volonté Si tu as décidé de sauver Israël. Tu as fait le ciel et la terre Et tout ce qui est contenu dans leurs limites. Tu es le maître de tout. Nul ne peut résister à ta majesté... Et maintenant, ne méprise pas ton peuple. Exauce notre prière et sois favorable A notre sort qui se joue. Change en joie notre deuil. Et, afin que, vivants, nous louions ton nom, Ne ferme pas la bouche de ceux qui chantent. (Esther. IV. 12. 17.)
Elle a toutefois été considérablement modifiée pour composer cet Introït. Non seulement on en a retranché ce qui était particulier au peuple Juif, notamment : « si tu as décidé de sauver ton peuple Israël » ; mais on a supprimé l'invocation de début : « Seigneur, Seigneur, Roi tout puissant » et on l'a coupée à l'endroit même où commence la demande précise : «Et maintenant, ne méprise pas ton peuple ». Il en résulte qu'elle n'a plus rien d'une prière de demande ; elle est un acte de confiance en la Providence, rien de plus. Ce que l'Eglise chante ici, c'est donc sa foi et son espérance en Dieu qui la garde et la sauve. Elle voit les évènements se dérouler, le cataclysme qui vient, le monde excité, nerveux, angoissé, sachant bien ce qu'il a fait et ce qu'il a mérité, mais ne sachant pas ce qui va lui arriver. Elle sait, elle, que tout est pour la gloire du Père et l'éternelle béatitude des élus. Alors, calme au milieu de l'agitation des esprits, dans une paix absolue, elle dit à Dieu sa confiance toute simple et tout abandonnée.
LA MÉLODIE
La première phrase tient en trois notes qui vont et viennent du ré au fa, avec seulement une échappée au do grave. Mais sous ce dépouillement mélodique extrême, on sent l'âme forte, sûre d'elle-même et de son Dieu. Une nuance de tendresse éclaire Dómine et révèle quelque peu l'amour dont est faite cette confiance absolue, tandis que univérsa sunt pósita s'établit sur une ligne, fixe comme le décret divin qui donne à chaque chose sa place dans l'ordre du monde. La mélodie monte un peu au début de la seconde phrase, elle prend du mouvement, de l'espace, s'allège aussi. Il y a là comme une nuance de joie profonde ; la joie de savoir à l'avance que tous les artifices des hommes et des « esprits de l'air » sont voués à un échec. En même temps, l'assurance devient plus ferme, sur les motifs de póssit et de resístere, qui viennent aboutir à la cadence si forte de voluntáti túæ. Dans la troisième phrase, à l'idée de la puissance créatrice de Dieu, la joie s'avive. Elle n'éclate pas, elle demeure dans le grave, très contenue, mais on la sent qui pénètre tout. Dans cette vision de la Toute Puissance se jouant avec les mondes et les menant depuis les siècles à la gloire dans laquelle, eux aussi, vont entrer, l'âme se repose et jouit. Elle s'exalte dans la montée de Tu énim. Sur ómnia, elle se délecte. Vient alors la description du ciel et de la terre. C'est d'abord un simple récitatif sur fa, mais rythmé, scandé comme les pas d'un cortège royal, puis une ondulation lente, solennelle, enveloppant caéli ámbitu d'une majesté qui se prolonge jusqu'à la cadence de continéntur. La dernière phrase est une proclamation de l'absolu domaine de Dieu sur le monde. La mélodie de ces quatre mots est d'une grandeur, d'une noblesse insurpassables. Un mouvement ascendant de trois temps composés binaires porte Dóminus du do au fa et le pose sur une tristropha qui lui donne une ampleur de solennelle vénération. Le même mouvement, reprenant élan sur ces trois notes, saisit alors chacune des syllabes de universórum et les entraine en une progression mélodique mesurée, cadencée, vers la clivis et le torculus du sommet. Là il s'élargit, retombe large et sonore sur deux notes longues qui rebondissent, et s'achève enfin en une cadence dont il double le climacus pour lui donner la majesté qui convient. Ainsi, excitée peu à peu par les images splendides du texte, l'âme a oubié qu'elle ne faisait que dire sa confiance tout simple : elle s'est mise à chanter, en une louange grandiose, le Dieu Tout-Puissant sur lequel elle s'appuie. Le psaume s'élève alors non pas tant comme un souhait que comme un chant d'allégresse sur lequel l'Eglise célèbre la pureté conservée ou recouvrée des siens, et pour finir, la gloire du Père, du Fils, et du Saint-Esprit.
Un peu plus d'énergie dans la seconde phrase. Faites les porrectus bien liés, et affirmez. Les deux podatus de voluntáti auront leur première note bien marquée et dans un rythme très ferme. Un crescendo discret mais bien net montera sur tu énim fecísti. Vous relierez coélum à ómnia et irez en crescendo sur coéli. Il faut qu'on sente l'enthousiasme pénétrer tout cet admirable mouvement. La dernière phrase sera plus ample, la progression des rythmes binaires très marquée sur universórum mais on veillera bien à ce qu'elle soit faite dans un legato absolu. Faites le ré de tu très souple entre les deux notes longues et élargissez les deux climacus. Le psaume sera pris dans un bon mouvement.
GRADUEL LE TEXTE
Verset. - Avant que les montagnes fûssent ou que fussent formés la terre et le monde, avant le siècle et jusqu'au siècle sans fin, tu es Dieu. Ps. LXXXIX. 1. 2.
Ils ont ici le même sens sur les lèvres de l'Eglise. A la fin de cette histoire du monde qu'elle vient de revivre et au cours de laquelle elle a pu apprécier l'incomparable bienfait de la protection divine, de cette armure dont Saint Paul vient de nous faire la description, elle chante sa gratitude pour le passé et sa confiance pour l'avenir.
LA MÉLODIE
Dès les premiers mots, on est dans une atmosphère d'intimité paisible, confiante, heureuse. La joie, d'abord discrète, se laisse quelque peu aller sur le bel élan de fáctus est, puis un accent de bonheur plus profond, amené par le si b, l'exalte sur nóbis et, par delà la cadence, elle s'en va croissant sur le récitatif de a generatióne pour atteindre sa plénitude sur la vocalise de la fin, en des courbes gracieuses qui se succèdent sans vouloir finir, comme si l'âme, insouciante du temps, ne pensait qu'au Seigneur et à la gratitude qu'elle lui dit.
Elle se fait grave sur saéculo pour chanter l'Eternité de Dieu et, très à propos, devient sur tu es Déus une louange enthousiaste.
Rattachez de près la seconde phrase à la première. La double note qui la commence est une bivirga épisématique. Faites la vocalise de progénie très légère et menez-la, en un crescendo discret mais toujours entretenu, jusqu'à la cadence finale. Retenez la descente de móntes au début du verset. Reprenez ensuite le mouvement. La double note de et órbis est une bivirga épisématique. Faites la vocalise de progénie très légère et menez-la, en un crescendo discret mais toujours entretenu, jusqu'à la cadence finale. Retenez la descente de móntes au début du verset. Reprenez ensuite le mouvement. La double note de et órbis est une bivirga épisématique. Elargissez la cadence finale et répercutez la note qui a un épisème sur do.
ALLELÚIA LE TEXTE
La maison de Jacob de chez le peuple barbare... Ps. CXIII. 1.
La maison de Jacob de chez le peuple barbare, Judas devint son sanctuaire Israël son empire.
LA MÉLODIE
La seconde phrase se développe dans la même atmosphère. Il y a sur Jacob le même accent de ferveur, et la même joie est partout répandue. Une nuance de mélancolie pénètre toutefois la vocalise de bárbaro. Ce n'est pas la tristesse d'avoir à quitter ce monde mais le désir de l'autre, qui perce à travers ces neumes délicats. Assez marqué sur les cadences ré mi ré fa, il s'intensifie sur la finale, prolongé comme un soupir ardent.
OFFERTOIRE LE TEXTE
Simple et droit et craignant Dieu Lequel Satan demanda à tenter. Et il fut donné à celui-ci pouvoir par le Seigneur Sur son bien et sur sa chair. Il détruisit toute la richesse de cet homme et ses fils. Sa chair aussi, d'un horrible ulcère il affligea. Job. I.
LA MÉLODIE
Les deux premières phrases présentent le personnage. C'est un portrait très simple tout enveloppé de la mélancolie discrète des formules du IIe mode. Térra a quelque chose de lourd comme l'épreuve. Sur Job, en rejet tout à fait à la fin de la phrase, passe une vénération profonde qui s'est développée depuis le début de l'incise sur les longs neumes de nómine. Cette vénération s'éclaire d'une nuance d'aimable sympathie par les beaux motifs de simplex et de réctus, au début de la seconde phrase, pour décrire la simplicité et la droiture du saint homme. On notera la progression du développement neumatique sur les trois mots en proportion de leur valeur : le salicus et la clivis allongée sur réctus et les neumes se multipliant sur tímens Déum. La présentation du personnage achevée, le drame commence par la requête de Satan. La mélodie prend tout de suite une tournure nouvelle. Une certaine vigueur, peut-être pénétrée de haine, passe dans le salicus et le pressus et la fait monter sur le ré, ferme, forte, un peu dure même. Elle se détend ensuite sur ut tentáret dans une nuance de compassion.
Dans les deux dernières phrases, où les malheurs de Job sont énumérés les uns après les autres, il n'y a plus autre chose que cette compassion émue. L'âme, comme atterrée, retient d'abord son sentiment dans le grave. Sur substántiam elle le laisse monter et il s'avive devant l'ampleur du désastre mais redevient tout de suite lourd de tristesse sur la cadence de fílios. Elle est très commune, cette cadence, mais elle est précédée sur et d'un motif qui porte un accent de douleur poignante. Alors, avec le dernier fléau, la commisération atteint sa plénitude. La mélodie marque les mots de notes expressives : pressus, épisèmes horizontaux, quilisma, qui les frappent d'un accent om passent à la fois de l'indignation et de la pitié. Il en résulte une plainte lourde, véhémente et douloureuse tout ensemble : la plainte de l'Eglise qui laisse passer la souffrance indignée que provoque en elle l'œuvre de Satan sur l'humanité. Par son caractère sombre, cet offertoire tranche sur la confiance paisible de l'Introït, du Graduel et de l'Allelúia. Il n'en était pas ainsi lorsqu'on en chantait les versets. Le dernier, qui était un cri ardent de Job vers la béatitude, éclairait d'une ferveur de désir ce spectacle de misère et lui donnait son vrai sens.
Les deux premières phrases demandent une grande simplicité. Retenez délicatement Job à la fin de la première et rattachez-y de près la seconde. Faites un arrêt assez marqué avant quem Satan et prenez de la vie dans l'arsis de pétiit ; marquez bien le pressus de ut. Un arrêt encore, et la troisième phrase plus légère. Retenez légèrement Dóminoéjus.
et la cadence de
Faites un crescendo bien marqué vers substántiam en scandant la clivis et le podatus qui précèdent le mot. Les pressus de la dernière phrase seront très expressifs et la cadence de vulnerávit très retenue. La virga du sommet est épisématique.
COMMUNION LE TEXTE
Et en ta parole, j'ai espéré. Quand feras-tu de mes persécuteurs le jugement ? Les méchants m'ont persécutés Aide-moi, Seigneur, mon Dieu. Ps. CXVIII. 81, 84, 86.
LA MÉLODIE
n'eut pas été supprimé sans doute la mélodie eut-elle été plus ardente. Elle est simple, paisible, intime on sent l'âme toute reposée dans le Seigneur. Toutefois on discerne déjà sur
Elle est très nette dans toute la seconde phrase. La mélodie s'est allégée et le mouvement sur la dominante a quelque chose de vif. A peine y a-t-il une petite détente sur judícium et l'angoisse monte à nouveau plus forte ; un souffle d'anxiété passe qui pousse le mouvement sur iníqui persecúti sunt me. Adjúva me est un véritable appel de détresse. Il s'apaise d'ailleurs très vite ou plutôt devient sur Dómine Déus méus une admirable supplication, douce, tendre, confiante. Ces sentiments qui se succèdent avec la rapidité de la vie donnent à cette antienne un caractère dramatique qui en fait un chef-d'œuvre.
Mettez de la vie dans la seconde phrase. La cadence du judícium sera très peu retenue. Départ a tempo sur iníqui élargissez la première note du podatus. Ne commencez à retenir le mouvement que sur me.
|
| < Précédent | Suivant > |
|---|