
| 29 Septembre: La dédicace de Saint Michel Archange |
|
|
|
|
Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.
Le culte du Saint Archange date des tous premiers siècles. A Rome, une Basilique lui fut dédiée dont la dédicace selon le cardinal Schuster était déjà fêtée, le 29 ou le 30 septembre au temps de Saint Léon Le Grand (Liber Sacramentorum. VII. 185). C'est cette dédicace que nous célébrons encore à cette même date. La messe qui fut composée à cette occasion est devenue celle du XVIIIe Dimanche après la Pentecôte. Celle qui l'a remplacée, et que nous chantons aujourd'hui, ne contient aucune allusion ni à une dédicace, ce qui peut s'expliquer, ni à Saint Michel, ce qui est d'autant plus curieux que les textes qui pouvaient servir à louer le Saint Archange ne manquent pas dans l'Ecriture, nous l'avons vu ; on les trouve d'ailleurs au cours de l'office. Seul l'Allelúia, qui est récent, y fait une allusion directe. Tous les autres chants célèbrent les Saints Anges.
INTROÏT LE TEXTE
Ps. - Bénis, mon âme, le Seigneur. Et que tout ce qui est en moi loue son saint nom. Ps. CII. 20. 1.
Cette forme très simple ne nuit d'ailleurs en rien à l'expression car intonations et cadences sont parfaitement adaptées aux mots. Un bel élan joyeux, très invitant, monte sur Benedícite va s'en va jusqu'à Angeli où il s'épanouit en admiration et en vénération sur la distropha, la répercussion et la cadence de éjus si délicate Virtúte et vérbum bien en évidence sur la dominante sont revêtus d'autorité forte. Après le bel élan de ad audiéndam, la seconde phrase est plutôt thétique, comme une sorte de contemplation sur la soumission toute d'amour des Anges aux ordres de Dieu.
Départ a tempo sur ad audiéndam, le torculus élargi, les deux distrophas douces et soulevées. Que vócem ne forme qu'un seul mouvement avec sermónum éjus. La cadence finale, délicatement retenue et bien rythmée. Un a tempo plein d'ardeur sur le Psaume.
GRADUEL
LE TEXTE
L'intonation est si réservée, si intérieure qu'elle semble comme un souffle qui s'élève du silence de la contemplation dans laquelle les paroles mystérieuses de l'Epitre ont plongé l'âme. Elle s'étale, paisible et douce sur les tristrophas et les clivis allongées de Benedícite, se mouvant à peine vers Dóminum où elle trouve enfin, dans cet admirable motif, exclusivement réservé au Seigneur, la nuance de tendresse qui, sans la sortir de son recueillement, l'anime et l'éclaire comme d'un sourire discret et profond. La joie la prend là et la soulève de son souffle léger sur Angeli. C'est alors, sur éjus, l'épanouissement d'une louange admirable, louange qui plane d'abord, puis s'envole, d'un mouvement large et rythmé, où passe tout le bonheur de l'amour heureux. Il y a peut-être moins d'exaltation dans la seconde phrase. C'est putôt une impression d'autorité, de force qui se dégage de l'ensemble ; notez les notes longues de virtúte qui sont des virgas épisématiques, le pressus, la virga allongée et le salicus de fácitis et un salicus encore, sur éjus. Ce n'est que sur la vocalise finale que revient la joie pure, tempérée cette fois, d'une nuance de vénération et de tendresse.
Bénedic est grave comme Benedícite, mais la joie s'en dégage vite. Elle monte sur ánima méa et, reprenant tout de suite, la formule épanouie de ángeli éjus, dans la première partie, s'envole vers les hauteurs. Elle ne les quitte plus. Comme dans les jubilus des Allelúia, l'âme ne fait plus que chanter et elle chante éperdument. Un motif de quelques notes qu'elle répète sur interióra, un autre sur nómen et c'est toute sa joie qui passe à travers ces quelques notes et les fait vivantes de sa vie. Pour finir, éjus comme dans la première partie est baigné de vénération tendre.
Commencez doucement, ondulez légèrement sur les tristrophas et les virgas allongées de Benedícite, et enchaînez Dóminum dans la même douceur. Le crescendo vers le sommet sera très discret. Omnes ne sera pas attaqué brusquement ; l'intensité se fera progressive vers les distrophas de éjus et, par delà, vers les sommets de la vocalise. Le mouvement aussi aura pris de la vie, mais il demeurera très léger. Ne retenez pas trop la cadence et repartez sans retard sur poténtes. Le crescendo sera très ferme sur virtúte, les deux notes avant la clivis allongée sont des bivirgas épisématiques. Pas de ralenti, ou si peu, sur la cadence de virtúte qui se reliera à qui. Balancez le pressus et la clivis de fácitis et allez, d'un seul mouvement, vers le salicus, puis vers celui de éjus. Ondulez les longues tenues de la cadence finale qui sera très retenue. Le verset, très léger, retenu sur Bénedic. Les vocalises sur les notes élevées, très souples. La double note de ómnia est une bivirga épisématique. Faites les épisèmes horizontaux de interióra très soulevés - ils ne sont pas ictiques - et détaillez bien le rythme si délicat des broderies. Faites très joyeux, enthousiaste même, le grand élan au mi de nómen. La cadence, très retenue.
ALLELÚIA
LE TEXTE
La première incise n'est que vénération aimable. C'est une courbe extrêmement gracieuse, mais la prière n'y est pas encore. On ne la sent monter que sur praélio, avec peut-être une touche d'angoisse qui passerait sur ut non, dans la phrase suivante, et deviendrait supplication ardente sur le motif si expressif de pereámus. On la retrouve dans le jubilus qui ne fait d'ailleurs que reprendre et développer la vocalise de praélio.
OFFERTOIRE LE TEXTE Il se tint un ange, près de l'autel du temple, ayant un encensoir d'or à la main. Et il lui fut donné beaucoup d'encens. Et elle monta, la fumée des parfums, devant la face de Dieu, Allelúia. Apoc. VIII, 3.
Advint silence dans le ciel comme d'une demi-heure. Et je vis les sept anges, Ceux qui se tenaient devant Dieu Et leur furent données sept trompettes, Et un autre ange vint Et il se tint sur l'autel ayant un encensoir d'or Et lui furent donnés des parfums nombreux Pour qu'il offrit Par les prières de tous les saints Sur l'autel d'or qui est devant le trône. Et s'éleva la fumée des parfums Par les prières des saints De la main de l'ange devant Dieu. (traduction H. M. Feret. O.P. L'Apocalypse de Saint Jean, vision chrétienne de l'histoire)
L'Offertoire Stétit Angelus ne fait pas autre chose que décrire cette liturgie du ciel, en quoi se prolonge et s'achève la liturgie de la terre. Il est comme une sorte de chœur céleste qui vient faire le lien entre les deux en chantant, par-delà ce qui se voit, ce qui ne se voit pas. Cette évocation de l'unique et totale liturgie, au moment même où elle se réalise ici et là-haut, revêt une incomparable grandeur.
L'expression de la seconde phrase est autre. La noble grandeur, esquissée dans la première, domine ici. Elle est très nette dans la montée de hábens. Le salicus et la clivis allongée lui donnent un rythme large et solennel qui devient celui de toute la phrase ; notez les deux podatus qui scandent la montée de thuríbulum - leur première note devrait être allongée - et les deux salicus de aúreum, enfin la cadence, grave, mystérieuse de in mánu súa. Le même mystère enveloppe toute la phrase suivante, qui a d'ailleurs la même structure que la fin de la précédente ; éi est la réduction de aúreum, et incénsa múlta reproduit in mánu súa. Alors, symbolisant les volutes parfumées qui montent, et, plus encore, la joie des fidèles qui s'offrent et du Seigneur qui les reçoit en odeur de suavité, commence cette merveille de l'ascéndit fúmus arómatum. Il n'y a pas là de sentiment nouveau ; ce n'est que la joie, jusque là contenue, qui s'exalte. Mais quelle splendeur, dans ces élans vers le sommet, répétés quatre fois et reliés entre eux par des broderies fluides ! Tout cela s'envole, comme la fumée à peine posée sur l'air plus lourd. Cette vocalise splendide se détend, sur fúmus arómatum, par le motif de aúreum repris deux fois et la phras s'achève, par la formule mystérieuse des deux précédentes. L'Allelúia conclut admirablement. Il est puissant ; c'est comme la clameur des deux liturgies, celle d'en bas et celle d'en haut, qui monte vers le Seigneur dans l'amour, la reconnaissance, l'admiration, l'enthousiasme...et la paix.
Le rythme sera aussi très marqué encore dans la seconde phrase - à noter que la première note du podatus de et est allongée. Posez bien la première note des podatus de thuríbulum. Il y a dans toute cette phrase un caractère de grandeur, de noblesse qui doit être en relief. La cinquième note de aúreum doit être allongée comme la seconde, mais sans être heurtée, ce qui enlèverait la sérénité de cette cadence qui reproduit si heureusement, en la développant, celle de témpli. Articulez bien l'accentuation de súa. Ne donnez pas à et ascéndit un mouvement tellement rapide qui briserait l'unité de la mélodie. Il y a un a tempo bien marqué, rien de plus. Montez au la en liant bien l'intervalle de quinte, appuyez-y votre crescendo qui s'épanouira souple et chaud, sur le pressus, remontera, en s'appuyant cette fois sur le salicus, se détendra à nouveau par-dessus le quart de barre sur le fa pointé après avoir enveloppé d'une légère reprise d'intensité la montée au do, repartira enfin vers le sommet pour revenir au fa et s'éteindre avec le mouvement sur la belle cadence de fúmus arómatum. L'Allelúia sera scandé, sonore, large aussi ; un crescendo partant du second podatus do ré ira, passant le quart de barre, jusqu'au la et se détendra, retenu, mais toujours sonore, jusqu'au dernier neume. L'accent tonique et la dernière syllabe seront nettement articulés.
COMMUNION LE TEXTE
Dites un hymne et superexaltez-le dans les siècles. Dan. III. 5. 8.
Il vient bien au moment de la communion. Remplie de Dieu, établie dans la paix, dans l'abandon au Christ qui la prend et la transforme, l'âme impuissante à remercier, appelle ceux d'en haut, qui ont toute leur puissance de louange, à suppléer à ce qui lui manque.
|
| < Prev | Next > |
|---|