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3 octobre: Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus PDF Print E-mail

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

Tout le monde connaît sa vie, sa petite voie et la pluie de roses qu'elle fait pleuvoir sur la terre. La messe de sa fête, et par les textes et par les mélodies, évoque ce que fut cette âme si simple, si haute, si attrayante, et les mystérieuses relations qu'elle eut avec le Seigneur son Dieu.

 

 

INTROÏT

LE TEXTE


Viens du Liban, mon épouse, viens du Liban, viens ; Tu as blessé mon cœur, ma sœur, mon épouse. Tu a blessé mon cœur.

Ps. - Louez, enfants, le Seigneur. Louez le nom du Seigneur.

Cant. IV. 8. 9. - Psm . CXII. 1.


    Dans ces deux versets du cantique des Cantiques, c'est le Christ qui appelle l'Eglise, son épouse, du cri de l'amour qui, comme un feu, le brûle. Ce cri est pour chacun de nous. Dans la mesure où nous avons su cultiver en nous le sens divin de la foi, nous l'entendons qui nous convie pour des entretiens courts ou prolongés.

    Que de fois ne l'entendit-elle pas la petite Sainte ! Le Jeudi Saint, 2 Mai 1896, lorsque, dans l'obscurité de sa cellule, elle eut son premier crachement de sang, elle le perçut plus vif, « comme un lointain murmure qui annonçait l'arrivée de l'époux ». (Histoire d'une âme. Chap XI.) Le murmure se précisa, à mesure que l'amour s'intensifiant creusait dans le cœur de l'Epoux une blessure plus cuisante. Elle n'en a plus parlé mais au moment de sa mort son dernier mouvement, lorsqu'elle ouvrit les yeux et les tint fixés vers le ciel, le temps d'un Credo, brillants de paix céleste et d'un bonheur indicible, n'était-il pas la réponse au suprême véni ?

    C'est cet appel du dernier instant, éternellement prolongé dans l'éternelle union, que le Christ chante par notre voix au matin de sa fête.

    Admirable aventure de ce drame d'amour auquel nous sommes conviés.

  

 

LA MÉLODIE


    Elle est calquée sur la mélodie de l'Introït Tíbi dixit cor méum du mardi de la seconde semaine de carême. Le calque est très réussi. Aussi bien, dans les deux Introïts, l'idée est la même, sauf qu'ici c'est le Christ qui appelle et que là, c'est l'âme.

    Appel d'amour d'une exquise délicatesse, ardent et discret à la fois sur Véni le mot de tout amour, et qui se prolonge sur les longues tenues de spónsa, de sorormea spónsa.

    Le mouvement mélodique est très réduit. Mais quelle mélodie traduirait bien ce chant mystérieux qui va de l'âme du Christ à l'âme qui s'est donnée à lui ?

    Les cadences descendent vers la tonique, il le faut bien, mais c'est encore le même désir, dans la même fervente tendresse.

    Le Psaume vient alors, comme la voix de l'Eglise ou, si l'on veut, comme celle de la Sainte, nous invitant à chanter le Roi d'amour.


    Faites les tristrophas très délicates, de même les répercutions, qu'elles soient légères comme une ondulation sonore qui s'abaisse sur les notes ictiques et se soulève sur les autres. Le mouvement ne sera pas rapide, mais vivant ; les grands intervalles de spónsa méa, dans les deux phrases, élargis avec grâce. Le tout très lié et très expressif ; ce qui ne veut pas dire sentimental. Il n'est pas inutile de le rappeler particulièrement au sujet de cet Introït. Faites délicat aussi le salicus de vulnerásti et retenez la cadence, qui demeurera toutefois bien vivante et assez sonore.

 

GRADUEL

LE TEXTE


Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché ces choses aux sages et aux prudents et de les avoir révélés aux petits.

Verset. - Seigneur, mon espoir, depuis ma jeunesse !

Math. XI. 25. - Ps. LXX. 5.


    Le texte d'Isaïe, lu à l'Epître, apportait jadis aux captifs de Babylone la voix du Seigneur, pleine de promesses réconfortantes : « Je ferai couler sur elle (Sion) un fleuve de paix, je répandrai sur elle la gloire des nations comme un torrent qui déborde, je vous porterai sur mon sein, je vous bercerai sur mes genoux. Comme une mère caresse son petit, ainsi je vous consolerai, et vous trouverez votre paix en Jérusalem. » Par-delà les juifs pleurant sur les fleuves de l'exil, c'est à tous les prédestinés que vont ces mots. Ils évoquent les joies qui les attendent dans la Jérusalem nouvelle, quand aura pris fin leur exil sur la terre. Mais combien émouvante l'application qui en est faite à Sainte Thérèse, au jour anniversaire de son entrée dans les joies indicibles !

    Comme pour paraphraser cette adaptation liturgique de la prophétie, Sainte Thérèse elle-même vient rendre grâce au Père d'en avoir révélé le sens profond aux petits. Elle en était. Sans doute se voit-elle écrivant un jour : « Je voudrais trouver un ascenseur pour m'élever jusqu'à Jésus... J'ai demandé aux livres saints ... et j'ai lu ces mots sortis de la sagesse éternelle « Si quelqu'un est tout petit qu'il vienne à moi ». Je me suis donc approchée de Dieu et, voulant savoir encore ce qu'il ferait au tout petit, j'ai continué mes recherches et voici ce que j'ai trouvé : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein, je vous bercerai sur mes genoux. » Ah ! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses ne sont venues réjouir mon âme. O mon Dieu, vous avez dépassé mon attente, je veux chanter vos miséricordes ! Vous m'avez instruite dès ma jeunesse. » (Histoire d'une âme. Ch. IX. et XI.) C'est ce qu'elle chante dans le Graduel par notre voix.

 

LA MÉLODIE


    Confitébor tíbi, Páter Dómine caéli et térræ, quía abscondisti hæc a sapiéntibus et prudéntibus et revelásti éa párvulis.


    La première phrase est toute recueillie dans une joie profonde. Dès le début de la seconde un mouvement d'exaltation assez inattendu se dessine et va s'épanouir sur une formule, originale celle-là - on ne la trouve qu'une fois ; sur aliquántulum, dans le Graduel Convértere du VIe dimanche après la Pentecôte. Elle chante avec beaucoup de bonheur l'allégresse de la sainte, évoquant ces paroles divines, qui furent pour elle « si tendres et mélodieuses. » Une autre formule, originale elle aussi : celle de fínem dans le Graduel du XIIe Dimanche après la Pentecôte, fait cadence finale sur pàrvulis. La joie qui y passe, large, sonore, ardente, sert bien ce mot qui pour Sainte Thérèse dit tant de choses : petite dans les bras du Père toute sa vie, petite dans le secret de sa face toute l'éternité.


Le Verset.
- Dómine Spes méa a juventúte méa


    Sur les belles formules des grandes allégresses, la joie de la petite Sainte exulte ici du commencement à la fin. D'abord délicate, discrète, retenue, elle s'exalte peu à peu et monte ardente, éclatante comme un cri de bonheur, sur les notes prolongées et répercutées de Dómine. Cri d'amour splendide, s'échappant en torrent, de l'âme que rien ne limite plus. L'ardeur ne s'éteint pas sur cette exaltation débordante, elle passe dans l'incise qui suit et se trouve servie admirablement par la cadence des joies triomphales. Ce n'est qu'avec la formule finale qu'elle s'atténue peu à peu. La tendresse alors s'y mêle, domine, et, avec elle, la douceur et paix profonde de la béatitude...


    Il ne faut pas chanter la première phrase fort, mais lui donner, dans la douceur, une sonorité chaude qui en traduise déjà l'ardeur. Le début de la seconde ne sera pas non plus attaqué fort, brusquement ; c'est seulement, peu à peu, que se dessinera le crescendo vers la finale de hæc. Il continuera sur sapiéntibus et se détendra avec la ligne mélodique descendante. La cadence sur sol étant plutôt suspensive, le mouvement et l'intensité passent à la phrase suivante. Un decrescendo discret montera sur éa puis se détendra lentement jusqu'à ce que, sur párvulis, il se ranime peu à peu et monte à nouveau, large et puissante. Le sommet sera très arrondi et la thésis largement retenue. Faites le verset plus léger, gracieux, la descente qui suit le quart de barre de Dómine, retenue ; la progression bien menée ensuite vers la double note du sommet - une bivirga épisématique - laquelle sera ardente et sonore... Gardez et le mouvement et l'intensité sur spes méa. La formule finale, plus intérieure...

 

ALLELÚIA

LE TEXTE


    Comme le rosier planté sur le bord des eaux portez des fruits.

Comme le Liban ayez le parfum de suavité.

Fleurissez des fleurs, comme le lis, et donnez du parfum et multipliez-vous en grâce.

Et chantez un cantique et bénissez le Seigneur dans ses œuvres.

Eccli XXXIX, 17. 18.


    C'est la Sagesse qui parle ainsi à ceux qui savent l'écouter. Elle leur demande de s'épanouir en fruits et en louange, de mettre en œuvre toute leur activité pour produire la fleur, le fruit dont Dieu se délectera. Cette fleur, ce fruit, c'est l'amour, l'amour qui devient louange dans l'ardeur du cœur qui s'épanche.

    Comme elle sut l'entendre, cette parole, la petite Thérèse, et la vivre ! « Dans le cœur de l'Eglise, ma mère, je serai l'amour. » (Histoire d'une âme Ch. XI.) Et quelle efflorescence ! « Le petit enfant jettera des fleurs, il embaumera de ses parfums le trône divin, il chantera de sa voix argentine le cantique d'amour. » (Histoire d'une âme Ch. XI.)

    L'Eglise, fixée sur elle, sur la « petite fleur » (Histoire d'une âme Ch. IX.), maintenant toute épanouie sur les rives du Fleuve de Vie et qui ne cesse de laisser tomber ses pétales sur le monde, lui chante les mots inspirés. Fructiaficáte, Florété, Collaudáte, Benedícite..., comme pour l'exciter, si l'on peut dire, à s'épanouir plus encore et à remplir le ciel et la terre de l'amour au parfum de suavité.

 

LA MÉLODIE


    Le texte est très beau, il s'applique admirablement à Sainte Thérèse mais il est très long pour un verset d'Allelúia. Il n'en n'est pas un seul dans le Graduel qui soit aussi étendu. Aussi, quel problème se dut être que de lui trouver une mélodie, qui, tout en évoquant tant de nuances exquises, en garderait l'unité. On a choisi celle de l'Allelúia du Xe Dimanche après la Pentecôte. On en a répété la première phrase et on appliqué à floréte flóres, qui s'imposait comme mot central, l'admirable vocalise de la fin. Cela fait, il restait la moitié du texte. Fort heureusement ce même Allelúia se trouve avoir un second verset, tout autre, tant pour le texte que pour la mélodie. Il est en usage pour la fête de Saint Alexis le 17 Juillet, au supplément pour certains lieux. On a eu l'idée, après une incise de transition sur quási lilium de le joindre au premier et, par de très habiles sutures, on a fait l'unité. Autant que faire se pouvait ; car on sent tout de même les deux mélodies, d'autant que la vocalise finale ne reproduisant pas le jubilus de l'Allelúia, un lien puissant fait ainsi défaut dans l'ensemble.

    L'expression est heureuse. Les deux Allelúia types chantent en effet le ciel, le premier, sous la forme de l'hymne d'action de grâces qui sera chantée dans la Jérusalem céleste ; Te décet hýmnus, Déus, in Síon, le second, sous l'image du repos dans la maison du Père; Introïbo in dómum túam, hæc réquies méa in saéculum saéculi. L'idée est donc très apparentée.

    Toute la première incise ne fait que conduire le mouvement vers rívos aquárum où passe, en une nuance délicate, le désir des rivages céleste. La prière monte alors sur fructificáte, et sur odórem suavitátis habéte, dans la phrase suivante ; prière qui est d'abord une louange, car elle est toute en fleur, la chère Sainte, mais qui demande aussi, car nous savons que de son épanouissement tombent sur nous des roses.

    La troisième phrase est complexe. Elle débute par la très belle vocalise de floréte flóres. L'âme, fixée sur l'incomparable beauté de la petite fleur épanouie dans l'été de Dieu, admire et chante. Elle a laissé les mots ; ils ne limitent plus  sa pensée. Elle s'est faite libre de dire sa joie, son amour...et tant d'autres choses qui sont en elle, dont elle n'a pas conscience mais qui composent toutes ensemble son bonheur du moment. C'est cela qu'elle exprime sur ces motifs de quelques notes épanouis sur la tristropha qui se répètent, se développent jusqu'à ce que la cadence vienne pour finir, s'étaler sur les sept degrés de la gamme. Pour finir ? ... Non. L'ardeur de l'amour et de l'admiration du désir passe sur quási lilium pour s'épanouir une fois encore. A partir de et frondéte c'est autre chose, la mélodie descend au grave. On aurait bien aimé qu'elle pût se développer en guirlande sonore sur cette image des frondaisons célestes. Elle prépare au moins dans sa sobriété le Benedícite Dóminum qui s'entend très bien aussi d'une contemplation perdue dans le silence de Dieu. Cette contemplation se continue jusqu'à la fin avec, sur súis, un bel élan vif et gracieux à la fois. La flamme pour un instant redevient ardente.


    Ne chantez pas l'Allelúia fort, ni vite non plus. Balancez les virgas allongées et, à travers elles, allez en crescendo vers la double note du début de la vocalise. Que tout le jubilus soit souple. De même le début du Verset. Montez en crescendo délicat sur fructificáte et suavitátis. Le punctum qui précède le torculus de su sera allongé et aura l'ictus. Détaillez bien la finesse de la vocalise. Ne vous pressez pas, complaisez-vous au contraire. Etalez un long crescendo jusqu'au ré ; mais qu'il soit très discret. De même sur lilium. Beaucoup de paix dans la troisième phrase. Crescendo sur súis. La vocalise en dégradé.

 

OFFERTOIRE

LE TEXTE


Loue, mon âme, le Seigneur. Et qu'il exulte, mon esprit, dans mon Dieu, mon Sauveur. Parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante, et fait en moi de grandes choses, lui qui est puissant.

Luv I 48, 47, 48.


    Le Magníficat avec son humble exaltation convenait après l'Evangile où l'on a entendu pour finir : « Quiconque s'abaissera comme cet enfant, celui-là est grand dans le Royaume des cieux. » Elle y est dans le Royaume, notre Sainte. Et grande. Et elle y exulte, chantant à jamais son Magníficat. Ne l'a-t-elle pas déjà esquissé sur la terre ? Elle ne s'est jamais regardée comme toute petite. Et elle a eu cette simplicité merveilleuse, cette humilité suprême de dire, parce que l'Esprit l'y poussait, que le Seigneur faisait en elle de grandes choses. « Le Seigneur fera par moi des merveilles qui surpasseront infiniment mes immenses désirs... Personne ne m'invoquera sans recevoir de réponse... Je ferai tomber, après ma mort, une pluie de roses... »

    Avec elle, chantons-le, nous aussi, le Magníficat, pour remercier Dieu de nous avoir donné sa servante pour nous servir, et, par elle, de faire en nous les grandes choses qu'il veut.


LA MÉLODIE


    C'est celle de l'offertoire Jubiláte du IIe Dimanche après l'Epiphanie qui a été choisie. Evidemment si habile qu'il soit, le calque ne vaut pas l'original. Ceci mis à part, il est très satisfaisant. On aurait pu croire que l'enthousiasme grandiose du Jubiláte se fut mal accordé avec de telles paroles sur des lèvres si délicates. Mais la seconde phrase a été laissée de côté. On peut le regretter ; en fait, elle eut été de trop. La joie de la première, avec sa belle progression sur ánima méa et sur salutári méo, suffit à la louange de la contemplative en extase éternelle devant son Dieu et son Sauveur. Et son humilité est splendidement glorifiée sur les motifs exaltants de veníte et de audíte, dans l'original. Mais c'est la dernière phrase, la plus réussie. La discrétion, l'intimité qui caractérisent le quánta fécit ánimæ méæ dans le Jubiláte viennent ici sur fécit míhi mágna ; l'idée est la même et la mélodie devenue intérieure, enveloppe de mystère cette opération du Seigneur dans l'âme de sa chère petite Sainte.


    Evidemment, comme il n'y a pas ici l'enthousiasme du Jubiláte il ne faudra pas pousser autant l'expression. Le mouvement sera plus retenu, et la voix aussi. Vous veillerez à ce que tout soit très lié; les crescendo sur anima méa et salutári méo, pris de loin et discrets, ce qui n'empêchera pas qu'ils soient ardents. Le second ira bien jusqu'à la fin de la phrase. La seconde phrase demande que quía ne soit pas trop retenu, que fécit lui soit rattaché et que le mouvement soit bien unifié. Beaucoup d'onction, dans la dernière phrase.

 

COMMUNION

LE TEXTE


    Il l'a conduite et il l'a instruite, et il l'a gardée comme la prunelle de son œil. Comme un aigle il a étendu ses ailes, et il l'a prise et il l'a porté sur ses épaules. Le Seigneur seul fut son guide.

Deut. XXXII. 10.


    C'est Moïse qui chantait ainsi, au peuple réuni, ce que Dieu avait fait pour lui au cours de son histoire. Chant suprême d'action de grâce après lequel il mourut. L'Eglise n'a eu qu'à mettre les pronoms au féminin pour l'appliquer à Sainte Thérèse et lui faire évoquer ce qu'elle a écrit de plus profond et de plus ardent : « Sans se montrer, sans faire entendre sa voix, il m'instruit dans le secret... Je suis destinée à devenir la proie de l‘Aigle divin... O Verbe, ô mon Sauveur, c'est toi l'Aigle que j'aime et qui m'attire. O mon Aigle adoré, aussi longtemps que tu le voudras, je demeurerai les yeux fixés sur toi, je veux être fascinée par ton regard divin, je veux devenir la proie de ton amour. Un jour, j'en ai l'espoir, tu fondras sur moi et, m'emportant au foyer de l'amour, tu me plongeras enfin dans ce brillant abîme, pour m'en faire devenir à jamais l'heureuse victime. » (Histoire d'une âme Ch. XI.) Elle n'eut pas d'autre guide que son Aigle divin. « Jésus fut aussi mon directeur...le Directeur des directeurs... » (Histoire d'une âme Ch. VII.) Dóminus sólus dux éjus fúit.

    Et si l'on pense que c'est dans l'Eucharistie et par l'Eucharistie que se sont faits lcette éducation, cette direction, cet envol ; si nous nous remettons en mémoir le récit qu'elle nous a fait de sa première communion :  « Ah ! qu'il fut doux le premier baiser de Jésus à mon âme ! Oui, ce fut un baiser d'amour ! Ce jour-là notre rencontre ne pouvait plus s'appeler un simple regard, mais une fusion... » et que nous songions à ce que toutes ses autres communions ont ajouté à cette fusion, à cette fusion qui s'achève maintenant « dans l'éternelle communion de la patrie » ; alors, quelle évocation splendide que le chant sur lequel s'achève la messe de sa fête !

 

LA MÉLODIE


    L'original est la communion Pópulus acquisitiónis du jeudi de la semaine de Pâques. Le calque n'est pas serré et, pour adapter la mélodie à la longueur du texte, on a dû ajouter la dernière phrase de la communion Vox in Ráma des Saints Innocents.

    La joie légère et très en élan du VIIe mode enveloppe tout. Elle va dès le début à travers dócuit, s'épanouir sur le beau motif plein de fraicheur de custodívit. Repris sur assúmpsit éam celui-ci évoque avec beaucoup de bonheur, dans son élan retenu et sa longue thésis sur les hauteurs, le vol mystérieux de l'Aigle divin. La thésis qui suit n'est pas moins remarquable, avec la nuance de délicate tendresse, d'admiration extatique  pour le geste délicat du Bon Pasteur portant surs ses épaules la brebis très chère. La cadence finale sur éjus, où s'étale la contemplation de l'Eglise, a perdu tout le caractère de douleur qu'elle avait dans l'original, elle n'est plus que vénération tendre.


    Il faut des voix souples, aux sonorités douces et chaudes pour rendre toute la joie, légère et profonde à la fois, de ces envolées retenues - car elles le sont. Ne pas chanter trop vite donc. Vous élargirez en particulier le motif de custodívit en lui donnant cette nuance d'admiration extasiée.


 

 
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