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Le rythme grégorien Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Pourquoi faudrait-il définir un rythme pour une musique comme le grégorien, dite au "rythme libre"?
Et pourtant, le rythme est la partie sensible de toute musique. Par conséquent, sans rythme, pas de grégorien.
Cet article donne des explications de base sur le rythme avant de passer à des exercices pratiques.

a. Définition
Le rythme réunit plusieurs notes en une phrase mélodique. Grâce au rythme, les notes ne sont plus des individualités sans autre liaison que leur juxtaposition, mais bien au contraire des parties d’un tout, dépendantes les unes des autres et qui forment un ensemble organisé, la phrase mélodique.

Le rythme se définit comme un élan ordonné à sa retombée, en chant grégorien : l’arsis – élan – est ordonnée à la thesis – retombée – (l’élan n’est pas seulement suivi de la retombée, il est ordonné à la retombée).
Dans la marche souple du jeune homme, on perçoit bien le rythme, à savoir : l’élan (le pied levé) qui tend vers sa retombée (le pied posé) ; tandis qu’on ne perçoit pas, ou difficilement, le rythme dans la marche traînante, indécise du vieillard, car on y distingue mal le levé et le posé du pied.

La note en thesis ou retombée est indiquée par l’ictus ou épisème vertical : l’ictus est essentiellement le point où l’élan précédent retombe, se pose, il n’est pas d’abord point de départ.

Conséquences :
Elan et retombée sont inséparables, l’un exige l’autre : « en effet, le levé, la perte d’équilibre appelle nécessairement un posé, une reprise d’équilibre; quand, en marchant, vous voulez vous arrêter un peu, j’imagine que vous ne restez pas le pied en l’air ! D’autre part, le posé n’est possible qu’à la condition d’un lever préalable. Si vous avez les deux pieds à terre, vous ne pouvez poser l’un d’eux quelques centimètres plus loin qu’à la condition de le lever d’abord. Et c’est cette connexion du levé et du posé qui fait le pas. » (Dom Gajard, Notions sur la rythmique grégorienne, p. 24)

Si on a bien compris la notion du rythme, on a donc saisi qu’il est « la relation qui s’établit entre deux éléments, l’un en élan, l’autre en retombée pour les fondre dans l’unité d’un même mouvement. Ou, plus exactement, le rythme est l’unité du mouvement obtenue par les relations qui s’établissent entre deux éléments, l’un en élan, l’autre en retombée. »

La définition du rythme élan –> retombée indique qu’il est affaire de mouvement et uniquement de mouvement. Il n’appartient donc ni à l’ordre mélodique, ni à l’ordre intensif, ni à l’ordre quantitatif. C’est là chose capitale.

  • Il n’appartient pas à l’ordre mélodique, fait de notes aiguës et graves. L’arsis et la thesis peuvent s’accommoder également de notes aiguës suivies de notes graves ou de notes à l’unisson.
  • Il n’appartient pas à l’ordre intensif, fait de sons forts et faibles. Certes, l’intensité est plus naturelle à l’élan qui dit vigueur, la douceur à la retombée qui dit repos, mais le rythme reste indépendant en soi de l’intensité.
  • Il n’appartient pas à l’ordre quantitatif, fait de sons brefs et longs. L’allongement de la thesis n’est pas nécessaire pour qu’on ait perception de rythme, d’élan et de retombée. La thesis peut être aussi brève que l’arsis.

Le rythme est et n’est essentiellement qu’élan et retombée et voilà pourquoi, distinct des qualités physiques que sont la mélodie, l’intensité, la durée, il s’adresse d’abord à l’intelligence et est perçu par elle.

« Je vais plus loin et prétends que la perception rythmique étant, non pas d’ordre purement physique et matériel, mais d’ordre intellectuel, ce n’est pas absolument nécessaire qu’il y ait, dans chaque cas, une différenciation d’ordre sonore, c’est-à-dire intensive, quantitative ou mélodique, pourvu que quelque chose d’autre la détermine : par exemple, le geste du maître de chœur peut parfaitement suffire à la perception rythmique. » (Dom Gajard, op. cit. p. 19)


b. Synthèse rythmique
  • Le rythme élémentaire.
Dans la marche, c’est le pas ; en grégorien, c’est une synthèse de 2 ou 3 temps. Ce qui fait dire que le rythme grégorien est un rythme libre de deux ou trois temps : un temps simple en élan –> un temps (simple ou doublé) en retombée.


  • L’enchaînement des rythmes élémentaires sur l’ictus.
Les rythmes élémentaires s’enchaînent, s’emboîtent, comme les pas du marcheur ou les rebonds de la balle.

L’enchaînement se fait sur et grâce à l’ictus rythmique. Le rôle de l’ictus est double : l’ictus, d’abord arrivée, fin de l’élan précédent, est aussi départ, recommencement, principe de l’élan suivant. C’est pourquoi, tandis que dans le rythme élémentaire envisagé seul, l’ictus n’est que point d’arrivée, car seulement aboutissement du rythme précédent, dans l’enchaînement des rythmes élémentaires, il est de plus point de départ, principe de l’élan suivant. On dit que l’ictus est d’abord thétique (de thesis) et ensuite arsique (d’arsis).

C’est sur lui que se rejoignent et s’emboîtent les rythmes successifs. C’est pourquoi, loin d’être un élément de séparation et de division, il est au contraire le point d’articulation de tous les rythmes et la cheville ouvrière de la synthèse rythmique.

De ces considérations sur le rythme, il ressort qu’il serait vain de vouloir bien chanter si l’on n’est pas à même de compter le rythme, c’est-à-dire de poser les ictus aux bons endroits. Mais où les poser ?



c. Place des ictus

C'est l'aspect déterminant de la rythmique: savoir placer l'ictus. Savoir-faire indispensable pour tout chantre qui se respecte. Venons-en au fait:

Une note simple (avec ou sans épisème ou quilisma) ne vaut toujours qu’un temps.

L’ictus se pose tous les deux ou trois temps simples. Il affecte :
  • Règle 1 : la note marquée par l’épisème vertical.
  • Règle 2 : le premier temps simple d’une note longue (pointée, pressus, distropha, tristropha, la note qui précède le quilisma)
  • Règle 3 : la première note d’un neume et la virga culminante d’un groupe (à moins que les règles précédentes ne le défendent).
Ci-dessous, un exemple de comptage du rythme grégorien :
comptage_rythmique.png





L’ictus affecte encore le punctum isolé précédant, sur un degré inférieur, un groupe d’au moins trois notes lorsque ce punctum coïncide avec l’attaque d’une syllabe, ce qu’on appelle un neume désagrégé.

Le rythme composé
On envisage toujours l’enchaînement des rythmes élémentaires sur les ictus, mais en plus et surtout, on envisage les ictus dans l’ensemble du mouvement, dans leurs relations avec les ictus précédents ou suivants. Dans cette comparaison, les ictus apparaissent soit comme des ictus d’élan, soit comme des ictus de retombée, et c’est ce rôle principal qui va les spécifier arsiques ou thétiques et les faire classer comme tels dans le mouvement de la phrase. En d’autres termes, le rythme composé est la considération des ictus par rapport au mouvement général du membre de phrase qui est classé arsis (élan vigoureux) ou thesis (élan mou, retombée), suivant que son ictus est surtout arsique ou thétique.

Avant de continuer plus en avant les explications rythmiques, adonnons-nous à quelques exemples pratiques.

 
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