
| 22 août: Cœur Immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie |
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Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.
Nous avons évoqué, à l'occasion de l'Immaculée Conception, ce que dut être, en ce premier instant de sa vie, le mouvement de son âme vers Dieu sous l'action de la grâce. Cet amour initial, incommensurable déjà, se développa tout au long de sa vie à un rythme accéléré qui dépasse toute conception. Dieu n'a pas cessé un instant d'attirer à lui sa fille de prédilection et celle-ci n'a jamais manqué de répondre à ces attirances divines. Amour total, amour infiniment pur aussi, sans mélange, immaculé. Dans la même pureté immaculée Notre-Dame a toujours aimé et Dieu et tout ce que Dieu lui offrait à aimer. C'est ainsi que son amour enveloppait tous les hommes, comme des enfants qui lui venaient dans le Christ, son fils. Dieu, elle l'aimait dans la louange incessante de son cœur, nous, dans le désir, qu'elle avait sans cesse vivant en elle, de notre bien essentiel. Aujourd'hui elle est dans la gloire de son Fils, rien n'a changé, sinon qu'elle voit face à face l'objet de son amour et qu'en Dieu elle voit chacun de nous distinctement. Sa louange s'est amplifiée à la mesure de sa gloire : son intercession aussi. C'est cet amour de Notre-Dame pour Dieu et pour nous qui est l'objet propre de cette fête. Approuvée au début du siècle dernier par Pie XII sous le titre de Cœur très pur de Marie, elle était célébrée dans beaucoup de diocèses le jour octave de l'Assomption. Pie IX fit composer une messe propre. Pie XII, le 8 décembre 1942, au milieu de la guerre, consacra le genre humain au Cœur Immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie, et, pour garder mémoire de cette consécration, il éleva la fête au rite de double de IIe classe et la fixa au 22 août. INTROÏT LE TEXTE Allons avec confiance au trône de la grâce, afin que nous obtenions miséricorde et que la grâce nous trouvions dans un secours opportun. Ps. - Il a chanté, mon cœur, un chant merveilleux. Je vais dire moi-même mon œuvre au Roi. Haeb. IV. 16. - Ps. XLIV. 1. Le trône de la grâce et de la miséricorde, son siège éternel c'est le Père. Il s'est éternellement penché sur notre néant, puis sur notre être pour nous rendre heureux : Páter misericodiárum. C'est aussi le Christ-Jésus, qui est venu nous dispenser la miséricorde du Père jusqu'en notre péché. Et c'est enfin Notre-Dame. Associée par son fils à son œuvre de miséricorde dans la Rédemption, elle lui demeure associée dans la gloire en tant que médiatrice. Máter divínae, Máter misericórdiæ. Aller au trône de la grâce miséricordieuse c'est aller à eux trois. A Marie d'abord ; elle nous conduit au Fils, et lui, nous conduit au Père qui ne saurait rien refuser à ces deux médiateurs tout puissants. Allons donc à eux avec confiance, et à Notre-Dame tout d'abord avec l'aisance et l'audace qui poussent, en toutes circonstances, l'enfant vers sa mère. LA MÉLODIE Elle est calquée d'assez près sur celle de l'Introït Déus in lóco súo du XIe Dimanche après la Pentecôte . Les coupures qui ont dû être faites en changent l'expression originale, mais l'adaptation aux paroles est excellente. Elle a l'élan, l'entrain qui convient à cette invitation que nous nous adressons les uns aux autres. Cet élan est même très marqué dans l'intonation par le la et le fa qui ont été ajoutés ; c'est un véritable appel. Mais le mouvement demeure mesuré et, la confiance étant la condition du succès, il prend le temps d'insister sur fidúcia. Après quoi, lancée à nouveau par les deux porrectus de thrónum, la mélodie monte, fait une cadence discrète et gracieuse sur grátiæ et, toujours en progression, devenue presque syllabique, va s'épanouir sur misericórdiam consequámur ardente, enthousiaste même. La cadence en la la retient à peine ; c'est dans une confiance assurée, joyeuse, qu'elle attaque le salicus de grátiam et va vers inveniámur. Elle s'y épanouit dans la même certitude heureuse et, revenue au Ve mode par une habile modulation, finit, paisible, en détaillant les mots qui sont l'objet même de la prière : in auxílio opportúno. Le mouvement doit être léger, assez vif, mais sans excès. Le rythme de la première incise bien balancé, afin de réaliser cette expression de joie paisible qui se dégage de ce beau motif en fa. On reliera de près ad thrónum à fidúcia et, sur les porrectus on fera, avec avantage, un crescendo-accelerando qui s‘épanouira en douceur sur la tristropha. Retenez un peu la cadence de grátiæ et enchaînez la seconde phrase en rythmant bien les podatus de misericórdiam dans l'arsis. Juste le temps de respirer à la cadence, qui, elle aussi, ne sera que peu élargie, et vous irez vers le salicus en veillant bien à ne pas le heurter. A partir de là une nuance de réserve délicate commence à pénétrer la mélodie. La double note de inveniámur - une bivirga épisématique - sera posée doucement et en crescendo vers l'accent tonique ; c'est lui qui commande toute la thésis qui suit ; qu'il soit bien soulevé. On descendra alors vers la tonique en un beau dégradé qui s'animera quelque peu pour mettre en relief opportúno. GRADUEL LE TEXTE Il exultera, mon cœur, dans le Sauveur que tu enverras. Je chanterai au Seigneur qui m'a accordé des biens. Je chanterai des psaumes au nom du Seigneur Très-Haut. Verset. - Ils se souviendront de ton nom dans toutes les générations. C'est pourquoi le peuple te louera à jamais. Ps. XII, 6. - XLIV, 18. Notre-Dame, empruntant les paroles de la Sagesse, nous a dit à l'Epître, en des termes d'une grâce exquise, toutes les richesses de son cœur : Elle est la mère du bel amour, en elle est la grâce nécessaire pour marcher jusqu'au bout sur le chemin. Et elle nous les offre, ces richesses, nous appelant à puiser en elle, vigne féconde, et nous affirmant que ceux qui s'appliqueront à vivre avec elle auront la vie sans fin de l'éternité. A cette proposition, qu'elle écoute avec bonheur et qu'elle accepte, l'Eglise répond par ce chant débordant de joie qui est l'expression de sa gratitude. Il y a une autre interprétation tout aussi satisfaisante et toute aussi belle. Ce serait la Sagesse elle-même, le Verbe, qui parlerait dans l'Epître, disant toutes les qualités qui de lui sont venues en Notre-Dame, comme pour présenter au monde les infinies richesses dont il a voulu doter sa mère. La première partie du Graduel serait alors le chant de gratitude qui s'exhalerait du Cœur Immaculé de Marie, et le verset, la louange de l'Eglise au Verbe et à sa mère. LA MÉLODIE Le graduel type du IIe mode. Il a ici le caractère de joie mystique délicatement exaltée qui lui convient si bien. A noter l'adaptation à cantábo de la formule du temps de Noël, avec son élan décidé sur la double note et l'épanouissement glorieux de míhi. La finale montant en exaltation sur Altissimi et très belle. Le verset est une louange délicate. Les mots sont bien servis, en particulier túi dans la première phrase et tíbi dans la seconde qui répond fort à propos à míhi dans la première partie. ALLELÚIA LE TEXTE Elle loue mon âme, le seigneur, Et il exulte, mon esprit, en Dieu, mon salut. Luc I, 47. Magnificat. Ce chant d'humble gratitude par lequel Notre-Dame répondit à la première louange, reçue de sa cousine Élisabeth, vient, ici encore, comme une réponse au compliment que l'Eglise lui a adressé dans le Graduel. C'est tout le mouvement de son Cœur Immaculé vers Dieu. Le nôtre s'y joint, pour remercier le Seigneur de nous avoir faits les fils d'une telle mère. LA MÉLODIE Celle de l'Allelúja Dómine in virtúte túa du Ve Dimanche après la Pentecôte a été choisie, et avec un rare bonheur pour ces mots sublimes. La joie qu'elle exprime est paisible, intérieure ; elle n'éclate pas, elle se dilate plutôt. Magnificat est une louange discrète, aimable, heureuse, simple aussi. Elle se développe sur anima méa avec la même grâce, mais dans les courbes gracieuses qui lient les notes et les neumes passent des nuances ardentes de tendresse et de reconnaissance qui se fondent en vénération sur Dóminum avant de remonter, en un bel accent de ferveur, que la cadence en demi-ton du IVe mode revêt d'une exquise délicatesse. Vient alors l'admirable motif, deux fois répété, de exsultávit. Sur ce mot d'exultation Notre-Dame ne dit plus rien : elle est avec Dieu, dans l'intimité de Dieu ; elle aime, elle jouit de son bonheur et elle le chante ; elle le chante, sur un air qui s'élève doucement au rythme paisible de son amour, plane comme en des points d'orgue prolongés, et redescend, pour remonter avec une grâce achevée où passe toute la paix heureuse dans laquelle elle contemple son Dieu et son fils. A la reprise du chœur elle s'exalte une dernière fois comme en un cri de reconnaissance qui, de son Cœur Immaculé, monte ardent vers Celui qui, dans sa miséricorde, l'a sauvée et faite si pure. Le mouvement sera ample, très lié, mais vivant. Attaquez doucement la double note - une bivirga épisématique - de Magnificat de façon à bien faire l'accent tonique. Mais que tout ce début soit soulevé et que tout le mot chante dans un seul mouvement. Vous vous appuyerez sur le salicus de anima sans dureté ; le pressus et la tristropha seront très légers, expressifs tout de même. Reliez Dóminum à méa et chantez-le dans une grande souplesse, retenant les neumes qui vont vers le si b. Laissez-vous aller, sur la vocalise de exsultávit ; les triples notes, sur do sont toutes des trivirgas ; que tout soit aisé, gracieux dans cette phrase incomparable. La longue tenue de méo, à la fin, est une tristropha ; Elle sera légère, un peu élargie en raison de la cadence finale. OFFERTOIRE LE TEXTE Il a exulté, mon esprit, en Dieu min sauveur, parce qu'il a fait pour moi de grandes choses, Celui qui est puissant. Et son nom est saint. Luc I. 8. Il ne paraît pas au premier abord que ces paroles soient adaptées à l'offrande du sacrifice ; et pourtant cette offrande, ce don de soi, ce don du cœur à Dieu ne devrait-il pas être fait dans la joie profonde ? Ainsi s'offrit Notre-Dame, le jour de l'Annonciation : Ecce ancilla...Et elle savait bien tout ce que comportait d'offrande douloureuse ce service qu'elle vouait au Seigneur ; elle entrait dans le sacrifice du Christ, elle devenait sa corédemptrice. Ainsi s'offrit-elle au calvaire et, au fond de son âme, c'était encore l'exultation ; la joie de recevoir là tant de fils, en celui qui lui était enlevé pour un temps. Corédemptrice, mère de tous les hommes, ce sont là les grandes choses que le Seigneur a faites en elle à cause de son sacrifice et dont son esprit exulte. Avec elle, qui chante maintenant son exultation dans l'éternelle béatitude, chantons la nôtre. En nous aussi le Seigneur a fait de grandes choses. Les mêmes ; l'Incarnation ne se continue-t-elle pas par l'Eucharistie qui nous incorpore au Christ, qui nous fait entrer dans son sacrifice, qui nous fera entrer dans sa gloire ? Et n'avons-nous pas reçu de ses lèvres mourantes le don de sa mère pour nous aider dans notre passion, jusqu'au bout ? LA MÉLODIE Elle n'a pas l'exultation du graduel ni de l'Allelúja ; elle est plus calme et l'expression en est discrète. Joie intérieure qui ne se livre que dans des nuances. Elle est là tout de même, et partout dans les gracieuses évolutions du mode de sol entre tonique et dominante. Les arsis de exsultávit, de spiritus meus, de Déo l'amènent un instant à la surface, au sommet des larges ondulations comme le secret profond de l'âme. Sur quia fécit elle se tient très haut et y demeure, planant sur les mots de la miséricorde comme en un hommage à la bonté du Seigneur. Elle se courbe ensuite en une protestation de gratitude infinie sur les clivis allongées avant de se relever forte pour accuser sur la cadence en la la puissance de celui qui peut faire tout de rien. Les ondulations reprennent gracieuses, sur sánctum nómen éjus avec ette fois une nuance de vénération partout répandue. Il faut chanter avec ardeur, il va de soi, mais une ardeur qui n'éclate pas...celle de Notre-Dame, si paisible et si vivante à la fois. Le mouvement ne sera pas trop lent. Menez bien en élan le scandicus de spiritus mais en en faisant les notes égales, la distropha, la répercussion sur la clivis, la distropha seront en crescendo. Par contre, le pressus de méus sera un épanouissement léger. Pas de ralenti à la cadène afin d'y rattacher in Déo. Le tout, très lié. Evitez à tout prix que les remontées à la tonique si fréquentes, ne se fassent en coup de soufflet. Faites les longues tenues de la seconde phrase très soulevées. La retombée sur míhi bien dans le mouvement, les épisèmes horizontaux à peine élargis mais expressifs. Une remontée ferme sur la cadence en la. Beaucoup de lié dans la troisième phrase. COMMUNION LE TEXTE Il dit, Jésus, à sa mère : Femme, voici ton fils, Ensuite il dit au disciple : Voici ta mère. Et à partir de ce jour, il la prit, le disciple, dans sa maison. Jean XIX. 26. 27. C'est le cœur de notre mère qui est honoré ici. Elle a commencé à nous porter dans son amour dès l'instant où elle a commencé à porter dans sa chair son fils Jésus ; on ne conçoit pas la tête sans les membres. La lumière qu'elle reçut fut sans doute assez éclairante pour qu'elle comprît que sa maternité s'étendait à tous les hommes. Mais c'est au pied de la crois que Notre Seigneur les lui donna, lui-même, officiellement, en charge. En cette fête qui honore cet amour maternel si diligent, si effectif, l'Eglise se chante à elle-même ce testament divin comme une expression de sa gratitude pour le Christ-Jésus, et pour sa mère, que nous devons recevoir chez nous, mette à demeure dans notre vie, comme la plus tendre et la plus aimée des mères. LA MÉLODIE A ces paroles toutes simples, il fallait une mélodie toute simple qui gardât l'ineffable paix, dont elles sont imprégnées. On l'a trouvée. Quelques notes qui brodent autour de la tonique forment le récitatif du début, puis la première parole de Notre Seigneur monte alors à la dominante si, baignée de tendresse délicate et de paix réconfortante puis, par le motif si expressif de ecce, revient à la tonique. Le récitatif conduit alors la mélodie à la tonique du mode de ré par une cadence qui s'étale sur discipulo en une nuance de douceur, et l'Ecce máter túa n'est qu'une remontée toute simple au sol mais que le pressus et le podatus allongé et la cadence si paisible du VIIIe mode font très expressive. Et le récitatif reprend, toujours très simple, mais montant en progression par delà ílla hóra, qu'il souligne fortement, vers éam qui prend sur la dominante un très bel accent de tendresse : la tendresse du fils d'adoption, la nôtre. Ne pas chanter vite, ni fort. Faire une bonne ponctuation avant et après les paroles de Notre Seigneur. Accentuez bien múlier et balancez la clivis qui précède le quilisma de ecce. Balancez de même le second Ecce. Epanouissez éam en l'élargissant. |
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