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16 août: Saint Joachim, Père de la Bienheureuse Vierge Marie PDF Print E-mail

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.


 Père de Notre-Dame, Grand-père de Notre Seigneur Jésus-Christ, au sens le plus strict du mot. Ce sont les mêmes titres que Sainte Anne à la gloire du ciel et à la vénération des fidèles sur la terre.

    On ne sait de Saint Joachim que ce que le Protévangile de Jacques (Apocryphe du milieu du IIe siècle) nous dit : c'était un sage; abandonné au bon plaisir divin dans l'épreuve qui pesait sur son foyer sans enfant, détaché de soi et de ses biens qu'il distribuait aux pauvres en de larges aumônes. Dieu lui rendit au centuple  son amour et sa générosité en lui donnant l'ineffable trésor qu'est l'Immaculée Conception. A travers elle, et avec Sainte Anne, personne n'est plus près du Christ que lui par le sang.

    Sa fête, instituée pour l'Eglise universelle par Jules II, fut élevée par Léon XIII au rite de double de IIe classe. Pie X la fixa au lendemain de l'Assomption de Notre-Dame.




INTROÏT

LE TEXTE

Il dispersa ses biens et les donna aux pauvres. Sa sainteté demeure dans les siècles des siècles. Sa richesse sera exaltée dans la gloire.

Ps. - Bienheureux l'homme qui révère le Seigneur, dans l'observance de ses lois va son désir.

Ps. CXI, 9, 1, 2.


    Composé pour la vigile de Saint Laurent, cet Introït s'applique en tout point à Saint Joachim. Tout ce que nous en savons tient en effet dans ce portrait du juste que nous trace le Psaume : bienheureux, exalté en mesure de son dépouillement; sa richesse, à savoir sa fille, est exaltée dans la gloire au-delà de toute exaltation.

LA MÉLODIE

    C'est dans une joie paisible et douce, une joie qui contemple, que l'Eglise fait monter sa louange. Elle ne se soucie pas de le faire avec éclat. Fixée sur l'image du saint, elle laisse sa pensée se dérouler avec les mots, les soulignant seulement de nuances appropriées.

    La première phrase est une sorte d'admiration qui plane très haut, sur de longues tenues, avant de descendre, réservée et douce, sur la cadence en mi qui va si bien à cette attitude de contemplation.

    La seconde se déroule toute simple.  La mélodie, très liée, monte à travers justítia, qu'elle souligne d'un salicus, vers éjus qu'elle met très en relief par l'intervalle de quarte aboutissant au pressus. Elle redescend alors vers une cadence du VIIIe mode en soulignant au passage, d'une tristropha sur la dominante, l'éternelle sainteté dans la gloire.

    De cette cadence en sol, la troisième phrase s'élève tout de suite à la dominante. Cette attaque tout en élan, qui se détend ensuite sur la tristropha légère et sur les beaux neumes gracieux et souples qui vont vers la tonique, met sur córnu éjus je ne sais quoi de plus vif, une louange qui a en elle un rien d'enthousiasme, ce qui traduit fort bien d'ailleurs l'exaltation de l'Eglise devant la gloire du saint. Exaltábitur monte dans un beau mouvement d'ardeur et la cadence s'efface, ramenant à nouveau la paisible admiration.


    En dépit de la montée assez rapide à la dominante et des intervalles très disjoints, il faut bien lier la première phrase et la faire paisible. La deuxième de même; des manuscrits marquent justítiae de leniter : doucement. Vous rattacherez étroitement mánet à éjus. Que la tristropha de saéculum soit très soulevée. L'attaque de córnu sera joyeuse, mais sans éclat; la thésis, souple et très liée : rattachez-y bien exaltábitur qui sera très lié. La cadence retenue et bien rythmée.

 

GRADUEL

LE TEXTE

Il dispersa ses biens et les donna aux pauvres. Sa sainteté demeurera dans les siècles.

Verset. - Puissante sur la terre sera sa postérité. La race des justes sera en bénédiction.

Ps. CXI. 9. 2.


    C'est encore le Psaume CXI, et la louange du juste qui s'applique si bien à Saint Joachim. Sa postérité : Notre-Dame, le Christ, est puissante entre toutes au ciel et sur la terre et en bénédiction dans tous les cœurs. Belle paraphrase de l'Epître qui nous trace du juste un si admirable portrait.


LA MÉLODIE

    Nous retrouvons le graduel type du IIe mode. Il n'y a pas à y rechercher d'expression particulière. Certains mots brillent avec éclat, notamment paupéribus et surtout mánet in saéculum saéculi, qui est une exaltation splendide devant la perspective de la glorieuse éternité.

    Le verset ne contient pas de périodes aussi exaltantes; c'est une joie plus égale, mais très haute tout de même, qui s'épanche en vocalises légères comme un chant de contemplation aimable et doux, jaillissant sans effort, de l'âme toute reposée en son objet.

 

ALLELÚIA

LE TEXTE

O Saint Joachim, époux d'Anne, père de l'auguste Vierge, ici bas, à tes familiers, accorde le secours nécessaire du salut.


    Quelques mots très simples qui supplient le Saint, par tous ses titres glorieux, de nous obtenir l'essentiel : ce qu'il faut pour être sauvé.


LA MÉLODIE

    La supplication, très expressive sur la première syllabe, où elle se concentre, monte de plus en plus vive à mesure que se succèdent, en progression aussi, les titres d'intercession du Bienheureux. La seconde phrase est plus effacée, mais s'épanouit à la fin sur deux pressus qui donnent à la prière un bel accent de ferveur.


    Il faut chanter la première incise avec beaucoup d'expression, sans forcer, montant en crescendo délicat sur sáncte. Faites les notes pointées courtes et en mouvement, faute de quoi, la ligne mélodique sera à chaque instant coupée.

    Veillez aussi à rattacher par une legato serré, páter à Annæ, cette dernière incise de la phrase s'en ressent. La seconde phrase, plus retenue; les neumes très liées. Pas d'éclat à la vocalise.

 

OFFERTOIRE

LE TEXTE

D'honneur et de gloire tu l'as couronné

Et tu l'as constitué sur les œuvres de tes mains.

Ps. VIII. 6. 7.


    C'est de l'homme qu'il s'agit dans le psaume. Dieu lui a fait dans la création une place d'honneur - un peu au-dessous des anges seulement - et lui a donné, par son intelligence, pouvoir sur tout le monde qui lui est inférieur.

    Evidemment c'est dans un sens éminent que l'Eglise applique ces paroles à Saint Joachim. On ne saurait dire son rang dans la gloire éternelle, mais il est tellement de la famille du Christ qu'il ne peut pas ne pas être haut. On est d'autant plus porté à le croire que Dieu, en le faisant père de Notre-Dame, l'a établi sur le plus grand chef-d'œuvre de ses mains après le Christ, et qu'il demeure en charge par la protection que vaut à ses petits-fils dans le Christ sa puissance d'intercession.


LA MÉLODIE

    La première phrase est comme une exclamation de l'âme qui admire la gloire et l'honneur du Bienheureux. Les trivirgas de honóre et les deux pressus de coronásti éum sont l'expression musicale de cet émerveillement. Leur élévation à la dominante et leur détente comme en soupirs exclamatifs vers le sol et vers le fa semblent caractéristiques.

    Au début de la seconde phrase un bel élan, où passe la gratitude de l'âme pour le puissant intercesseur que Dieu lui a donné, monte soudain sur constituísti, et, en un balancement de pressus, va s'épanouir sur la trivirga avant de se détendre, en une nuance de vénération, sur la cadence retenue de éum. Il y a sur cette modulation en Ier mode quelque chose de plus réservé, en même temps que s'en dégage une nuance d'autorité qui monte de plus en plus forte sur la trivirga de mánuum et qui rebondit encore sur le pressus de tuárum, mêlée déjà toutefois d'une touche de tendresse qui raccorde à Dómine toute la phrase. Il faut admirer sans réserve ce dernier mot; cette merveille de paix aimante qui descend lentement, se prolonge, se ranime, comme si l'âme ne pouvait cesser de dire son amour et son bonheur, et qui s'achève enfin, comme impuissante et à regret, sur cette cadence unique, admirable et qui, à elle seule, suffit à déterminer le caractère hautement contemplatif de tout l'offertoire.


    Il va de soi qu'il ne faut pas exagérer dans la première phrase l'expression suggérée plus haut. Il serait du plus mauvais goût d'exagérer les decrescendos des notes qui descendent des trivirgas et des pressus pour essayer d'en faire des... soupirs. On posera bien la voix sur la première note de la première valeur longue et après une répercussion, nette s'il le faut, on ira vers la suivante en une ondulation qui doit demeurer ferme et virile.

    Le mouvement sera assez ample. Liez bien, dans les grands intervalles montants, les notes basses aux notes élevées, et sans port de voix; c'est le cas dans coronásti, deux fois, dans constituísti, deux fois également.

    Il y aura quelque chose de plus vivant dans la seconde phrase. Préparez la trivirga en appuyant bien sur le pressus qui précède; reliez súper à éum et mánuum à opéra. A partir de la trivirga, retenez légèrement la thésis, mais faites le pressus attirant. La dernière incise, très paisible, très liée. La double note qui précède le torculus final est une bivirga épisématique; il faut la prolonger en crescendo vers le torculus qui sera très arrondi. Toutes les bivirgas ou trivirgas signalées sont épisématiques.

 

COMMUNION

LE TEXTE

Fidèle serviteur et prudent, qu'il a constitué, le Seigneur, sur sa famille, pour qu'il leur donne, en temps voulu, la mesure de blé.

Luc. XII. 42.

   

C'est une adaptation de la réponse de Notre Seigneur à Saint Pierre qui lui demandait si la parabole des serviteurs que leur maître trouve éveillés à toute heure de la nuit, était aussi pour les apôtres : « Qui crois-tu qu'est ce fidèle serviteur et prudent ? ».

    Ici, l'interrogation a été supprimée et, de la question que posait Notre seigneur, on a fait une réponse. En la circonstance, ce serviteur fidèle et prudent c'est Saint Joachim. Certes Dieu l'a constitué sur sa famille; sur celle qui serait sa mère pour lui donner le pain de chaque jour; et sur tous les fils de sa mère...

    Aussi est-ce comme une louange que l'Eglise fait monter ces quelques mots; vers le Christ Jésus d'abord, car c'est lui qui a été constitué vraiement serviteur de toute la famille divine, lui dont nous recevons le pain qui est son corps au moment même où nous chantons; mais aussi, à travers lui, vers celui que nous fêtons et qui contribue à nous valoir tant de grâces de sa fille et de son petit-fils.


LA MÉLODIE

    Elle monte légère et joyeuse sur constítuit qu'elle orne de broderies, effleure d'une nuance de vénération Dóminusfamíliam súam qu'elle souligne d'un salicus. Elle repart sur ut det illis dans le même mouvement souple et plein de vie et se dilate sur trítici en une splendide formule, ornée, élargie, qui monte jusqu'au fa emportant l'ardent amour de l'âme pour le pain céleste qui la fait vivante et forte. C'est beaucoup plus l'Eucharistie qui est chantée là, que Saint Joachim, lequel d'ailleurs trouve toute sa gloire dans la glorification de son petit-fils.

et vient s'épanouir, en une thésis très retenue, sur


    Le mouvement sera léger et vif, il ira d'un seul jet au bout des phrases, retenu seulement par les motifs expressifs : famíliam, dans la première - on veillera à en lier les neumes avec soin; trítici, dans la seconde, lequel sera élargi; la troisième avant-dernière note sur trí, le do qui porte un épisème vertical est un salicus. La clivis et le podatus qui suivent seront bien balancés, leur première note légèrement allongée.

 

 

 

 
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