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25 juillet: Saint Jacques Apôtre PDF Print E-mail

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

 Saint Jacques, dit « le Majeur », pour le distinguer de l'autre saint Jacques, cousin de Notre Seigneur, dit, lui, « le Mineur », était le frère de Saint Jean. Leur mère avait demandé pour eux à Notre Seigneur qu'ils fussent placés à sa droite et à sa gauche dans son Royaume. Notre Seigneur répondit en leur demandant s'ils étaient capables de boire le calice qu'il avait à boire lui-même. Ils affirmèrent que oui. Ils le burent en effet. Saint Jean fut plongé dans une chaudière d'huile bouillante près de la Porte Latine. Saint Jacques, après avoir évangélisé la Judée, la Samarie, l'Espagne, fut martyrisé à Jérusalem vers l'an 43, aux environs de Pâques, par Hérode Agrippa qui voulait, par là, plaire aux Juifs. Plus tard, ses reliques, par crainte des Arabes qui s'étaient emparés de la ville, furent transportées à Compostelle où elles devinrent l'objet d'un culte mondial.

 

 

INTROÏT

LE TEXTE

Pour moi vraiment, plus qu'on ne saurait le comprendre, ils sont honorés, tes amis, ô Dieu, Plus qu'on ne saurait le concevoir, leur empire est établi.

Ps. - Tu m'as éprouvé et tu m'as sondé, Tu savais, à l'avance, mon coucher et mon lever.

Ps. CXXXVIII 17, 1. 2.


    Le Psaume CXXXVIII est un hymne à la science et à la providence divines. Dieu sait tout, il pourvoit à tout, et avec une telle magnificence, pour ses amis, que c'est au-delà de toute imagination. Il en a été ainsi pour Saint Jacques. Sa mère savait bien ce qu'elle demandait pour ses fils, et eux aussi : le bonheur, la gloire. Mais elle ne savait pas, ni eux non plus, ce qu'étaient cette gloire et ce bonheur. C'était au-dessus d'eux. Notre Seigneur le leur dit bien : « Vous ne savez pas ce que vous demandez... ». Ils le savent maintenant, et Saint Jacques, du haut du ciel où il est à droite ou à gauche du Christ, nous le chante par la voix de l'Eglise. Il a fallu boire le calice, certes, mais après... Vraiment, Seigneur, c'est trop...Nímis honoráti sunt amíci túi...

    Il en sera de même pour nous. C'est notre propre béatitude que nous chantons à l'avance ; c'est, à travers le calice que chacun trouve devant lui sur la terre, l'autre, le calice de bénédiction qui dépassera toute mesure de joie : nímis...


LA MÉLODIE

    Elle est toute joie ; joie légère, aérienne. La joie du saint qui voit tout ce qu'il a, qui en jouit et qui ne peut retenir l'expansion de son bonheur, et qui le chante à son Dieu et à tout le monde, sans pouvoir trouver de quoi le chanter dignement...nímis... C'est un chant qui plane, se balançant sur des neumes souples qui se posent à peine. Une nuance de tendresse le courbe sur Déus, à la fin de la première phrase, et il repart, emporté par le souffle ardent de la joie, redisant toujours : nímis. Il s'achève sur la tristropha et le torculus de la cadence finale qui prolonge comme à l'infini la gratitude de l'âme.

    Comparez cet Introït, avec celui des Saints Innocents, celui de Sainte Vite, (16 Juin), celui des saints Jean et Paul (26 Juin), celui de la seconde messe des Vierges martyres (Me expectavérunt), écrit sans doute pour Sainte Agnès, vous y trouverez la même joie... C'est le cantique de ceux qui ont trempé leur robe dans le sang de l'Agneau...


    Chantez toute la première incise d'un seul élan en une progression de joie ardente allant vers l'accent de honoráti sunt. Que tout y soit léger et souple. Faites la cadence de túi Déus très expressive. C'est celle de méus es tu dans l'Introït de la messe de minuit.

    Soulevez et élargissez délicatement la première note de nímis au début de la seconde phrase afin de retomber doucement sur la tristropha et laissez-vous aller au même souffle de joie. Balancez bien principátus et étalez la cadence.

 

GRADUEL


Constitues eos - de la fête des Saints Pierre et Paul.

 

ALLELÚIA

LE TEXTE

Moi-même, je vous ai retiré du monde, afin que vous alliez et que vous portiez fruit, et que votre fruit demeure.

Jean XV, 16.


    C'est après la Cène que Notre Seigneur dit cette parole aux Apôtres. Jacques, et Jean qui la rapporte, l'entendirent. Peut-être leur remit-elle en mémoire la demande jadis faite par leur mère. « Qu'ils soient à votre droite et à votre gauche ». Ce n'était pas à elle de choisir, mais à Notre Seigneur. Il le fit et posa la condition : boire son calice. Ils viennent de le boire. C'est un calice de sang, le sang versé pour le salut du monde. Et voici qu'il leur dit : «  Je vous ai choisis  pour que vous alliez et que vous portiez fruit ». Le fruit de leur sang, mêlé au sang du Christ. Et ils sont allés et leur sang a rempli le calice et leur fruit a mûri...

    Nous aussi, nous l'avons entendue, cette parole. Chacun à la mesure de sa vocation est choisi pour boire le calice, pour le remplir de son sang en participant, par le don de soi et l'inévitable souffrance, au sacrifice du Christ. Interprétant la voix du Sauveur nous la chantons ici cette parole, à la fois comme une louange à Saint Jacques qui l'a si pleinement réalisée, et comme une invitation à nous-mêmes et au monde à la réaliser chacun à sa mesure.


LA MÉLODIE

    Il semble bien que l'original soit l'Allelúia Jústi epuléntur de la messe Sapiéntiam du commun des Martyrs, chef-d'œuvre qui traduit admirablement la joie de l'Eglise fixée sur la vision des saints jouissant de Dieu dans l'éternelle béatitude

    L ‘adaptation est excellente. Il n'en pouvait être autrement car c'est bien dans l'indicible joie que lui donnait la vue de ses apôtres et de son Eglise partout répandue, que Notre Seigneur prononça ces paroles.

    Quel bel accent de tendresse dès le premier mot, avec les deux pressus qui s'attirent, et la retombée si douce sur la tonique. Un élan discret à la dominante entraine un instant les neumes qui enveloppent elégi de joie délicate, mais le retour à la tonique se fait très vite et c'est dans une atmosphère de profonde gravité qu'est évoqué le monde d'où le Christ a retiré les siens et où il les envoie pour en rapporter le fruit qu'il attend d'eux ; autour de múndo et de frúctum

en effet la mélodie ne se meut que par degrés conjoints, retenue à chaque note pour ainsi dire, et dans ses montées et dans ses descentes, comme si le Seigneur voulait faire sentir tout ce qu'a de crucifiant cette conquête du fruit.

    Et fructus véster máneat... A cette évocation du fruit rapporté de la terre que le sang rédempteur a fécondée, la joie s'épanouit. La mélodie n'avait touché qu'à peine la dominante jusqu'ici, elle y monte cette fois d'un élan qui la fait passer au-delà, et, sur un motif deux fois entendu, gracieux, toujours paisible, mais très expressif, elle chante sur frúctum même, le fruit de la Rédemption et la béatitude des rachetés. Avec le retour à la tonique, sur véster, c'est à nouveau la tendresse pénétrante du début, mais éclairée de joie tout au long du jubilus de máneat ; notez la délicate remontée du ré au la, la thésis qui module au VIe mode en do et l'accent d'inexprimable bonté que donnent à la cadence la tritropha, le podatus allongé et le pressus.


    Il faut, il va de soi, chanter d'une voix effacée et très souple.

    Faites les deux pressus de Ego en progression et montez en élan discret vers la première virga pointée de elégi, continuez le mouvement jusqu'à la seconde virga, revenez alors à la tonique dans une détente un peu élargie mais souple et gracieuse. Reliez de très près de múndo à elégi ; vous en soulèverez bien la tristropha. L'arsis de ut eátiscrescendo discret, la cadence peu retenue. Celle de afferátis de même.

sera menée en

    Il y aura une reprise a tempo sur et frúctum, mais discrète ; il faut garder le caractère de l'inaltérable paix, au milieu de la joie qui s'épanouit. Arrondissez la note du sommet dans le motif de la vocalise en vous appuyant sur le punctum qui précède en l'élargissant : retenez juste un peu la cadence avant le quart de barre. Rythmez bien les trois temps composés binaires qui précèdent le second quart de barre, en retenant le dernier et en y renforçant la voix pour le lier au pressus qui suit : vous mènerez ainsi un crescendo qui, par delà les deux pressus, enveloppera le sommet élargi et se détendra sur le troisième pressus, la note pointée de la cadence en la et sur véster où vous retrouverez le ton du début. Menez le premier mtif de la vocalise en progression vers le second qui le redit en le développant ; vous retiendrez dans celui-ci les trois notes qui précèdent la virga pointée et vous les y conduirez en un gracieux crescendo.

    Soulevez bien la tristropha et le podatus de la cadence finale en les élargissant.

 

OFFERTOIRE

LE TEXTE

Par toute la terre s'est répandue leur voix. Et jusqu'à l'extrémité du monde, leurs paroles.

Ps. XVIII. 5.


    Il s'agit, dans le psaume, de la gloire de Dieu proclamée par les merveilles de la création : caéli enárrant Glóriam Déi.

    L'application à la prédication delà parole divine en est faite par Saint Paul lui-même. « La foi vient de ce qu'on a entendu ; et on a entendu parce que la parole de Jésus-Christ a été prêchée... Les hommes ne l'ont-ils pas entendue ? Certes, car, par toute la terre, se sont répandues leurs voix, et leurs paroles jusqu'à l'extrémité du monde »(Rom. X. 17.).

    L'Eglise, ici, chante ce texte comme une louange aux Apôtres qu'elle fête. Louange éclatante, aujourd'hui où vraiment il n'est pas un endroit sur terre où leur voix n'ait été entendue. C'est comme la réponse dernière du Christ glorieux à la demande de leur mère que  nous avons entendue de nouveau à l'Evangile.


LA MÉLODIE

    Elle est calquée sur celle de l'offertoire Déxtera Dómini du IIIe Dimanche après l'Epiphanie. L'auteur l'a seulement adaptée à la longueur du texte, si habilement d'ailleurs qu'on la croirait faite sur mesure. Et pourtant, les deux textes sont bien différents, mais c'est le même souffle de noble fierté, de confiance, d'admiration exalte qui les anime l'un et l'autre ; le Christ, ici et là, chantant le triomphe de sa force divine.

    On notera après l'intonation, où passe déjà de l'exaltation, l'enthousiasme qui éclate sur la bivirga et la clivis allongée de exívit si bien posées sur la dominante et qui se prolonge jusqu'à la fin sur cette teneur élevée comme une proclamation solennelle et glorieuse ; remarquez la fermeté de la ligne sur do et les neumes qui insistent sur chaque syllabe, quelle affirmation noble et fière ! Elle s'achève par le mouvement hardi de verba et les deux pressus de eórum

si expressifs de juvénile ardeur.


    Chantez dans un mouvement plutôt large : mais très vivant. Faites l'attaque de exívit en plein élan et menez un crescendo discret mais nourri sur eórum. Elargissez tout le sommet de vérba et étalez la cadence qui sera très expressive.

 

COMMUNION

LE TEXTE

Vous qui m'avez suivi, Vous serez assis sur des trônes, Jugeant les douze tribus d'Israël.

Math., XIX. 28.


    Réponse de Notre Seigneur à Saint Pierre qui demandait ce qu'ils auraient, eux, qui avaient tout quitté. Elle dut ravir d'aise, sans qu'il la comprît bien sans doute, l'humble pêcheur du lac, pas encore détaché absolument. Elle est fort heureusement choisie pour saint Jacques, et pour sa mère plus encore. Si elle lui fut rapportée, à celle-ci, elle dut, cette fois, être satisfaite.

    Sur nos lèvres à nous, elle est la louange de l'Eglise à l'Apôtre et à travers lui à tous ceux qui ont su tout quitter pour le Christ.


LA MÉLODIE

    Elle est très simple. Elle se développe dans cette atmosphère de joie paisible qui convient si bien au Christ-Jésus quand il converse avec les siens. Il y a une fine insistance sur vos qui monte à la dominante, puis la mélodie redescend vers la tonique en mettant très en relief les termes de la récompense promise. Sedébitis a de l'autorité, avec une nuance de grandeur qui monte avec sédes et qu'on retrouve pour finir sur tribus Israël.


    Prenez un mouvement assez large et chantez doucement. Vous soulèverez bien la tristropha de sedébitis de même celle de tribus.

 

 
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