
| 2 juillet : Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie |
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Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron. Dès le Ve siècle, il existait en Orient, le 2 Juillet une fête en l'honneur de Notre-Dame. Lorsqu'elle fut introduite chez les Latins, ceux-ci pensèrent que, comme elle survenait au lendemain de l'Octave de la Nativité de Saint Jean-Baptiste, il serait bien de la consacrer à fêter la visite que fit Notre-Dame à sa cousine Elisabeth. Et ce fut la fête de la Visitation. Comme l'Annonciation, la Visitation n'a pour objet que quelques instants de la vie de Notre-Dame ; mais combien précieux ! Ceux où elle rencontra sa cousine et où les deux mères se saluèrent dans a joie de leur maternité. Ceux où le Christ qui se formait en Notre-Dame sanctifia son Précurseur, le faisant exulter de bonheur dans le sein de sa mère. Ceux du Benedictus fructus ventris tui et du Magnificat. Toute cette richesse est exploitée par la liturgie d'une façon splendide à Matines, à Laudes et aux Heures du jour. A la messe, c'est exclusivement Notre-Dame qui est fêtée, et en tant que Mère du Christ qui naîtra bientôt. Dans le jeu liturgique, c'est surtout le rôle d'Elisabeth que nous remplissons, nous qui chantons. Et c'est bien ainsi car, de nous, comme d'elle jadis, doit monter aujourd'hui la louange pour la grâce du Christ que, par sa mère, nous recevons comme elle l'a reçut.
INTROÏT
LE TEXTE Salut, Sainte Mère, Mère qui a enfanté Celui qui le ciel et la terre dirige Dans les siècles des siècles. Ps. - Il a chanté, mon cœur, un chant merveilleux. Je sais dire, moi-même, mon œuvre au Roi. Sedulius. Ps. XLIV. Ces deux vers sont comme le salut d'Elisabeth à Notre-Dame, repris et amplifié par l'Eglise. Celle-ci met toute sa tendresse et toute sa joie à le chanter à celle qui porta pour la première fois le Christ au monde en ce mystère et qui le lui apporte encore aujourd'hui mystérieusement en la visitant, elle aussi, à travers la liturgie.
LA MÉLODIE C'est celle de l'Introït de l'Epiphanie . L'application est en est des plus heureuses. Elle donne en effet à l'hommage solennel que l'Eglise fait monter vers la Reine du monde l'ampleur grave et forte qui convient. L'enthousiasme aussi, car un souffle puissant y passe. Il nous soulève dès le début sur les beaux rythmes binaires de Salve, nous retient un instant sur sancta Parens, enixa puérpera regem, les mots qui disent la maternité divine, pour nous y faire mettre l'accent de notre admiration et de notre vénération filiale : puis, nous emportant à nouveau en un mouvement qui s'amplifie, il plane sur toute la troisième phrase, comme pour nous faire évoquer, avec cet accent particulier que prend la voix quand elle veut décrire les beautés mystérieuses qui passent les mots, la puissance infinie du Roi immortel et invisible des siècles.
Le rythme sera très égal, très lié, très souple. Balancez bien l'admirable petit motif de sancta Parens. Faites délicatement le salicus de eníxa en le soulevant avec l'accent, puis allez vers Regem qui sera légèrement retenu et bien expressif. Soulevez aussi l'accent de cælum de façon à retomber avec souplesse sur la tristropha. Toute la phrase d'ailleurs sera une ondulation légère. Rattachez de près saécula à qui regit. La cadence finale sera bien semblable à celle de la première phrase avec laquelle elle rime.
LE TEXTE Bénie et digne de vénération tu es, Vierge Marie, qui, sans perdre ta virginité, es devenue mère du Sauveur. Verset. - Vierge, mère de Dieu, Celui que l'univers entier ne peut contenir s'est enfermé dans ton sein, s'étant fait homme. Ces quelques mots très simples d'un auteur inconnu font une admirable réplique à l'Epître qui vient d'être lue. Celle-ci est un des dialogues de Cantique des cantiques, ce chant nuptial du Christ et de l'Eglise. L'épouse voit venir l'époux bondissant de joie sur les collines, elle entends sa voix l'appeler, chanter le printemps et réclamer la douceur de son visage. Ainsi le Christ vint-il, porté par sa mère, vers Elisabeth et son fils. Ainsi vient-il vers nous en cette visitation. Elisabeth salua Marie du Benedicta tu inter Mulíeres. Nous la saluons nous aussi du même mot dans la splendeur de sa maternité virginale : Benedícta et venerábilis es Virgo María...
Elle est calquée sur le Graduel Dómine praevenísti eum du commun des Abbés chanté pour la fête de Saint Joseph. L'application dans l'ensemble est très réussie. Aussi bien, l'Eglise, qui s'adresse là à Dieu, s'adresse ici à sa mère ; le ton n'a guère à changer. La même vénération aimante, la même grâce discrète, recueillie, qui enveloppait là Dómine enveloppe ici Benedícta, s'épanche sur et venerábilis et monte ardente sur Virgo María. C'est aussi la même suavité paisible dans les neumes qui se déroulent, souples et vivants, tout au long de la seconde phrase, avec ce bel accent qui s'élève délicat et tendre sur pudóris et sur mater et qui se détend, après avoir été esquissé une troisième fois, dans le mystère de la cadence finale.
La même simplicité revient au début de la seconde phrase avec la même vénération se courbant sur viscera. Alors, pour conclure, sur factus homo, la splendide formule, grave, solennelle, baignée d'humble respect, d'adoration et d'amour, qui chante si souvent dans l'année le mystère de l'éternité, courbe l'âme devant la miséricordieuse bonté de son Dieu fait homme pour la sauver.
Dans le verset la première note de Virgo sera avantageusement allongée, mais le mouvement sera plus léger, plus vif aussi. Il sera surtout très souple. Pour suivre le sens des mots il est préférable de faire une cadence sur Génitrix et de lier de près in tua viscera à orbis. Dans la formule finale, faites un crescendo délicat, mais qui sonne bien dans la descente, avant le dernier quart de barre, pour faire la liaison avec l'incise qui suit en arsis.
LE TEXTE Heureuse es-tu, Sainte Vierge Marie, et de tout louange très digne ; car de toi est né le soleil de Justice, le Christ, notre Dieu.
Le bonheur de la Maternité divine, voilà ce que chantent ces quelques mots. Nul n'en saura jamais la profondeur. Qui donc pourrait dire ce que valut à Notre-Dame, de joie béatifiante, le contact - et jusque dans la chair et le sang - avec le Verbe Incarné ; et ce que lui valent éternellement dans la gloire les relations intimes, les relations de famille, qu'elle a avec la Sainte Trinité ? Cela passe toute parole et toute musique de la terre. Nous le lui chantons tout de même, comme nous le sentons, laissant se mêler à notre louange le secret désir de jouir un jour avec elle de cet ineffable bonheur. Désir légitime, sainte espérance ; le soleil de justice, le Christ notre Dieu, n'est-il pas aussi en nous, prolongeant son Incarnation ?
LA MÉLODIE Une des plus belles du répertoire. Tout y est admirable de mesure, de proportion, d'élégance simple, d'expression juste. Trois phrases. En chacune, quelques notes encadrent un motif central qui s'épanouit avec une grâce exquise ; long cri d'amour où passe la joie heureuse de l'enfant qui chante sa mère dans l'enthousiasme de son âme émerveillée. Les deux premières ne sont vraiment que cela. Quelle ferveur délicate et profonde que ce Felix es ; musique intérieure qui se chante les yeux clos. Elle monte, s'amplifie, se déploie, sur Sacra Virgo Maria, ardent, certes, mais toujours si pénétrée de vénération aimante. Même grâce et même ferveur dans le motif de laude, avec les intervalles de quarte et de quinte si admirablement soudés par la demi-cadence toujours la même. Une gravité mystérieuse couvre toute la troisième phrase ; celle du mystère: Ex te enim ortus est Sol Justitiæ sont en effet les mots qui chantent la Maternité divine. Le motif en est retenu, discret, profond. Il nous recueille dans l'atmosphère des merveilles ineffables que nous chantons.
Même legato dans la troisième phrase ; les ictus de ortus sont à peine touchés. Christus repris a tempo. La cadence finale bien établie.
LE TEXTE Bienheureuse es-tu, Vierge Marie, qui a porté le créateur de toutes choses ! Et éternellement tu demeures vierge.
Elle est empruntée au second verset des offertoires Angelus Dómini du Lundi de Pâques et Posuísti du commun d'un martyr non Pontife chanté à la fête de Saint Mathieu. Sitôt après l'Intonation, qui est celle des deux offertoires cités, on retrouve le motif de Dóminus tecum de l'offertoire Ave Maria du IVe Dimanche de l'Avent. L'application en est des plus heureuses. Cet élan plein d'ardeur qui, par deux fois, s'épanouit sur la clivis allongée dit admirablement ici, comme il le disait là, la louange enthousiaste de l'Eglise. Il se détend et s'achève sur Maria en une cadence soudaine du 1er mode, celle-ci amène une nuance de vénération ggrave qui passe sur toute la fin de la phrase mettant, même sur les gracieux motifs de portásti et de creatórem, quelque chose de discret. La phrase suivante - et c'est assez curieux - est faites du début de la troisième phrase de l'Allelúia et du motif central de la seconde. Le rappel est heureux car les deux mots qui expriment la même idée : Quia ex te ortus est et genuisti se trouvent ainsi revêtus de la même grâce pleine de vénération et de louange. Dans la troisième phrase, étroitement liée à la seconde, le mouvement va, toujours avec beaucoup de grâce, vers pérmanes qui est le motif des deux offertoires types. Celui-ci donne une conclusion grandiose à cette très belle louange.
Cette mélodie, solennelle, grave, et brillante à la fois, exige une grande souplesse de voix et de rythme. Le mouvement sera assez large mais plein de vie et de chaleur. Le sommet de Beáta sera arrondi à partir de la note pointée. Après le léger ritardando de l'intonation on fera sur virgo un départ bien en mouvement, les neumes de la thésis, par contre, seront paisibles et très liés. On renforcera discrètement la voix sur la tristropha et on élargira les intervalles ré sol do qui font d'ailleurs partie de la cadence. Rythmez bien le passage syllabique et enveloppez la fin de la phrase dans un legato soigné en joignant étroitement creatórem à portásti. Dans la seconde phrase, un crescendo délicatement mené, ira vers la clivis allongée de fecit et à nouveau vers le pressus qui suit. Faites le motif de pérmanes enthousiaste et gracieux à la fois.
LE TEXTE Bienheureux le sein de la Vierge Marie, qui a porté du Père éternel le Fils.
Louange de contemplation : tout est discret, réservé, intérieur. Le mouvement d'un bel élan retenu monte vers Mariæ Vírginis, se détend sur portavérunt puis se ranime et va, comme en un épanouissement d'extase, sur ætérni, où il se balance un instant, et s'épuise sur Patris filium ; lentement, comme si l'âme le retenait sur ces mots divins pour s'y complaire un peu plus.
Il faut bien rythmer Mariæ Vírginis, que l'accent de Mariæ soit à la fois ferme et soulevé et que le crescendo monte d'un seul jet et fervent à travers le climacus et le torculus vers le podatus du sommet. Retenez les notes qui précèdent le quilisma de portavérunt mais liez le mot à ætérni Patrís et faites le sommet bien arrondi pour retomber délicatement sur le pressus. Balancez bien Patris Filium.
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