
| 24 juin : Nativité de Saint Jean-Baptiste |
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Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron Notre Seigneur et Notre-Dame mis à part, Saint Jean-Baptiste est le seul dont la naissance soit fêtée. C'est bien qu'elle le soit. Ce fut en effet l'événement le plus proche de la plénitude des temps ; si étroitement ordonné même à cette plénitude qu'il en est vraiment le prélude. C'est déjà le Nouveau Testament. Et de quels merveilleux prodiges ne fut-elle pas entourée cette naissance ? L'Ange Gabriel l'annonce, il impose au père le nom que Dieu a choisi pour l'enfant « et tu l'appelleras Jean », il détermine sa sainteté : « il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère », il prophétise sa mission : « Il marchera devant le Seigneur avec la puissance d'Elie pour lui préparer un peuple parfait ». Le jour de la Visitation, à l'approche du Christ l'enfant exulte de joie dans le sein de sa mère. Le jou où on le circoncit, l'Esprit-Saint, à travers son père, lui chante le plus beau chant de bienvenue qui soit : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant la face du Seigneur pour lui préparer ses voies ». Il faut relire les détails de cette histoire merveilleuse dans le premier chapitre de Saint Luc ; c'est la meilleure manière d'entrer dans l'atmosphère de joie profonde, délicate, et si riche d'espoir qui est celle de la fête.
INTROÏT
LE TEXTE Dès le sein de ma mère, Il m'a appelé, le Seigneur, par mon nom ; Il a fait ma voix comme un glaive aigu. De l'ombre de sa main Il m'a protégé. Il m'a fait comme une flèche choisie. Ps. - Il fait bon louer le Seigneur, et chanter à ton nom, ô Très-Haut. Isaïe XLIX. 1 ,2. - Ps. XCI. 2.
Mais elles se disent de Saint Jean-Baptiste comme de personne d'autre. Il a, en effet, reçu son nom de Dieu par une intervention extérieure et avant même qu'il ne fut conçu : « Et tu l'appelleras, de son nom, Jean ». Et quelle puissance de glaive sa parole n'avait-elle pas pour trancher, séparer, combattre ? Enfin, il a été le dernier des prophètes et, en cela, la flèche choisie, la dernière gardée au fond du carquois divin, avant l'entrée en scène du Christ vainqueur. C'est lui qui chante ici. Dans la contemplation de la divine Sagesse où il est à jamais fixé, il voit ce à quoi il a été éternellement appelé, ce qu'il a réalisé, et il fait monter vers Dieu le chant de sa reconnaissance pour avoir été choisi et mêlé de si près à l'œuvre du salut et de gloire du Christ. « Dès le sein de ma mère, il m'a appelé, le Seigneur... ».
Chant tout intérieur qui sort de la contemplation silencieuse comme un éveil et y retourne, léger, immatériel, se développant dans une atmosphère de douceur et de tendresse humble ; sans éclat - notez qu'il ne dépasse pas la quinte do sol à part la montée de mátris meæ - sans aucune recherche d'effet, soulignant seulement de nuances discrètes les mots plus évocateurs. Le premier de ces mots est mátris meæ. Toute la tendresse filiale du Précurseur pour sa mère s'épanouit en hommage dans le gracieux ritardando du quilisma et de la cadence sur la, si délicate. Simple incident de passage toutefois ; c'est sur le Seigneur qu'est fixé le regard du Saint et c'est à lui seul qu'il chante sa reconnaissance tout le long de la thésis qui lentement ramène la mélodie à la tonique. Chaque mot le retient par toutes les grâces et les souvenirs qu'il évoque, mais aucun comme Dóminus. Il y a là, dans la retombée délicate de l'accent tonique sur la tristropha et dans la cadence sur mi, un épanchement d'intimité tendre qui passe toute expression. Au début de la seconde phrase et pósuit reçoit, fort à propos d'ailleurs, une nuance très marquée de grandeur de fermeté, puis la contemplation pure reprend sur les balancements de gládium acútum, rendue plus passive encore par la modulation de la cadence en do qui rappelle le fílius meus es tu de l'Introït de la Messe de Minuit. A partir de la troisième phrase la mélodie s'efface de plus en plus. Mais sans rien perdre de sa grâce. Un motif d'un rythme exquis, rappelant la cadence génui te de l'Introït de minuit, berce l'évocation de la protection divine. Repris au début de la phrase suivante, avec, sur pósuit, la nuance de fermeté qu'y met la distropha, il mène la mélodie par une courbe profonde qui la fait toucher le si b vers son dernier balancement sur sagíttam et sa cadence finale toute de paix heureuse. Alors, sortant de cette contemplation de sa destinée, le saint s'éveille à la louange et chante avec l'Eglise... « Il est bon de te louer, Seigneur... ». Les voix seront très souples, quelque peu effacées et la ligne musicale se déroulera d'un bout à l'autre des phrases sans éclat, sans heurt, d'un seul jet, mais animée d'une vie intense qui passera dans toutes les nuances du rythme. Allongez délicatement la note qui précède le pressus de ventre pour ne pas le frapper ; qu'il soit plutôt doux. Faites l'accent tonique de matris bien soulevé et dans l'élan qui va vers le la de la cadence. Retenez tous les neumes de meæ. Soulevez le troculus de vocávit et prenez bien le temps de prononcer me. Que Dóminus soit souple et expressif. La première note de nómine sera allongée et ictique. Balancez et pósuit, le salicus bien net, la retombée sur la tristropha légère. Toutes les notes bien égales dans le rythme qui sera exact, souple et vivant, sur gládium acútum. Les doubles notes de teguménto et de manus sont des bivirgas épisématiques. Balancez bien le mouvement sans réduire le temps composé ternaire de sub tégu, ni les punctum de to et de nus. Il y a là trois temps composés binaires ; un rien de précipitation rigoureuse des porrectus de protéxit et de pósuit. La double note de sagíttam est une bivirga épisématique. Faites les deux clivis de eléctam bien légères . Le Psaume a tempo dans un bon mouvement.
GRADUEL
LE TEXTE Avant de t'avoir formé je te connaissais, Et avant ta naissance je t'ai sanctifié. Verset. - Il étendit la main, le Seigneur, et toucha ma bouche et dit : Jérémie I, 5, 9.
A cette parole divine de bienvenue l'enfant répond dans le verset en confirmant de sa propre expérience ce que le Seigneur vient de proclamer. « Il étendit la main, toucha ma bouche et dit : Avant de t'avoir formé... ». On notera que le verset est inachevé ; une parole est annoncée qui ne vient pas. Primitivement la première partie du Graduel était reprise après le verset ; le sens devenait ainsi complet. Il est fortement recommandé de reprendre, en ce cas particulier, l'ancienne façon de faire.
(V) Priúsquam te formárem in útero novi te Et ántequam exíres de ventre sanctificávi te.
Un joli retour d'enthousiasme jeune introduit la cadence finale, recueillie et profonde, qui prépare si bien le retour de la voix divine douce et grave : Priúsquam te formárem...
Le verset sera plus léger mais sans contraste. Retenez les trois notes qui précèdent le quilisma de Dóminus et liez bien manum. Elargissez la cadence de suam mais sans en forcer l'éclat ; elle doit garder le caractère de joie légère et simple ; c'est un enfant qui chante. Retenez avec onction os meum. Un élan retenu préparera la reprise du chœur sur mihi. Cette reprise ne sera pas brusquée ; on arrondira l'accent tonique.
ALLELUIA
LE TEXTE Toi, enfant, Prophète du Très-Haut tu seras appelé. Tu marcheras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies. Luc I, 16.
Quelle heureuse inspiration d'avoir choisi celle de l'Allelúia de Noël, si caractéristique des joies de la Nativité ! Elle s'applique d'ailleurs parfaitement au texte. Il y a dans la montée lente, mais pleine d'ardeur, de tu puer une admiration heureuse qui se détend à loisir sur prophéta et que la formule de Altíssimi imprègne fort à propos de gravité. La seconde phrase est semblable à la première. L'expression aussi est la même sur praeibis et Dóminum. Un élan très brillant monte en louange sur ejus pour saluer celui dont la venue est toute proche. Ne pas faire de crescendo sur les pressus de venite. Nous entendons dire de ne pas faire un crescendo sur chaque pressus, mais il faut en faire un qui englobe toute l'incise pour préparer l'élan qui suit. De même ici sur Altíssimi. Balancez avec grâce les trois premières notes de tu et montez en progression sans précipiter le mouvement, vous évanouirez alors le rythme par un léger élargissement de la note qui précède le pressus de puer. Que tout soit très lié. Reprise a tempo au début de la phrase. Elan enthousiaste à partir de paráre. La double note de pa est une bivirga, de même celle de jus dans ejus.
OFFERTOIRE
Il forme une très belle paraphrase de l'Evangile. Après avoir entendu le récit des faits merveilleux qui se déroulèrent lors de la circoncision de l'enfant, et vu les voisins s'en aller en se répétant : « Que pensez-vous que sera un jour ce petit ? En vérité la main de Dieu était sur lui », l'Eglise se recueille et chante, sur l'image splendide que lui offre le verset du Psaume XCI, la gloire que revêtira peu à peu ce nouveau né. Nourri de la grâce de Dieu, il va grandir dans le désert comme un beau palmier, se développer comme un cèdre puissant et les foules viendront à son ombre goûter le fruit de vie qu'il leur présentera ; jusqu'à ce que, tombant sous la hache, il s'élève dans la gloire, plus haut que le plus grand des enfants des hommes.
COMMUNION
LE TEXTE Le même que pour l'Allelúia. Il n'a pas de relation directe à l'Eucharistie. Il reste que c'est en disant devant Jean et André : Ecce Agnus Dei, cette parole que prononce le prêtre en nous présentant l'hostie, que le précurseur prépara à ses deux disciples la voie vers le Christ Jésus. (Jean, I, 29).
C'est un chant admirable, tout pénétré d'une joie fraiche et jeune avec quelque chose de simple, de direct, de communicatif. Il va droit de l'Eglise heureuse au nouveau-né qu'il fête. La première phrase est toute construite sur le motif de Tu puer : ré fa sol la sol la fa fa...Repris sur Altíssimi et au début de la dernière incise, sur vocáberis il contribue pour une grande part à créer cette atmosphère de joie si pure qui enveloppe la pièce entière. Une nuance de mystère passe dans la seconde phrase. L'Eglise est comme en admiration devant cette mission unique qui va être confiée à l'enfant et qui la dépasse. La montée au si b et le balancement sur fáciem Dómini avec les cadences tombantes sur ré exprime bien ce regard de l'Eglise fixé sur l'avenir mystérieux. Peu à peu la joie se fait profonde, admirablement servie par le motif de l'Allelúia de Noël qui virent là comme l'évocation de celui qui va s'avancer sur les chemins aplanis.
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