
| XIe Dimanche après la Pentecôte |
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Commentaire des pièces de cette messe par Dom Baron. LEÇONS DES MATINES : Le Seigneur, après avoir fait Isaïe annoncer à Ezéchias qu'il allait mourir, lui prolonge la vie de quinze ans en réponse à sa prière et lui promet de le délivrer des Assyriens. (IV Rois, XX. 1-11)ÉPÎTRE: Sait Paul insiste sur l'Évangile qu'il prêche, à savoir : le Christ ressuscité et son action efficace. (I Cor. XV) ÉVANGILE : Notre-Seigneur guérit un sourd-muet avec sa salive (Marc VII. 31. 37) IDÉE CENTRALE : Comme le IXe Dimanche était sous le signe du châtiment, on peut bien dire que celui-ci est sous le signe du miracle. Dieu manifeste sa puissance sur la vie du corps en prolongeant les années d'Ezéchias, sur la vie des âmes en les ressuscitant, comme le dit Saint Paul dans l'Épître, sur la santé en rendant, par Notre-Seigneur Jésus-Christ, la parole et l'ouïe au sourd-muet. Il s'ensuit en nous une attitude d'admiration, de joie, de confiance; un optimisme qui nous fait tout demander au Seigneur; même ce dont nous n'osons pas formuler la demande, comme nous le fait dire la Collecte. INTROÏT
Dieu dans son saint lieu, Dieu qui fait habiter (les hommes) unis, dans une maison, lui-même donnera force et courage à son peuple. Ps. - Que le Seigneur se lève, et qu'ils soient dispersés ses ennemis, que ceux qui le haïssent, fuient devant sa face. Ps. LXVII, 6, 7, 36, 3.
Le sens des versets qui composent cet Introït est celui-ci : Dieu, qui est là dans son Palais ou dans son Temple, lui qui a donné une maison à son peule qui n'en avait pas, alors qu'il errait dans les solitudes du désert et qui l'y a fait habiter dans l'unité d'un même désir, d'une même confiance, d'un même amour, continuera à donner à la nation qu'il a choisie force et courage. Vient alors le verset, qui était le signal du départ de l'Arche dans la marche de quarante années. Il suffit de les appliquer à l'Église, pour faire entrer ces quatre versets dans la liturgie du jour. Dieu, de son Temple, le ciel, a uni les hommes dans la foi, l'espérance et la charité, et les a fait habiter dans une demeure spirituelle : l'Église, qui est comme la maison de famille, en attendant la demeure céleste où l'unanimité sera absolue. Et il n'a tant donné que parce qu'il veut continuer à donner encore, en fournissant à chacun la force et le courage de vivre dans cette unité de l'Esprit. Que ceux qui s'opposent en quoi que ce soit au développement de son peuple se tiennent sur leur garde car Dieu se lève et il va les disperser, comme l'Église l'en prie pour finir. Rien ne s'oppose à ce qu'on ne précise davantage le sens, pour les faire entrer dans l'idée centrale de la messe telle que nous l'avons dégagée. Cette unanimité des hommes dans l'Église tient du prodige. C'est peut-être la plus grande manifestation de la puissance divine : le miracle permanent de l'Église. Pour le continuer, Dieu ne ménagera à personne sa force ni le courage. Ainsi l'Église se chante à elle-même, et chante au monde, son optimisme.
Il y a dans la première incise une certaine grandeur qui va bien à l'idée du Dieu Tout-Pusissant dans son lieu sacré. Mais une joie profonde pénètre cette noblesse, la joie de la tranquillité, de la paix, du bonheur final assuré par cette protection du Dieu Très-Haut. L'idée reprend dans la seconde incise en une progression très marquée qui met en plein relief cette chose extraordinaire qu'est le rassemblement de millions d'individus unanimes dans l'Église. Le rythme ternaire des deux porrectus, la montée à la dominante, le motif de facit qui se meut vers le mi, si léger et si gracieux; tout cet ensemble arsique avive l'expression de bonheur déjà esquissée : la joie s'allège, s'extériorise, prend de l'éclat. Vient alors l'affirmation pleine de confiance : Ipse dabit virtutem. La bivirga épisématique sur la dernière syllabe de Ipse, le podatus allongé de dabit, la bivirga de virtutem et, dans le grave, la clivis allongée de fortitudinem, enfin la remontée de plebis avec la nuance de respect qui entoure le peuple d'élection, donnent à cette phrase une magnifique expression de certitude forte et fière. Suit alors le Psaume, vif, décidé, comme un ordre de marche.
En Dieu il a espéré, mon cœur, et j'ai été aidé. Et elle a refleuri, ma chair. Et de tout mon cœur je le louerai. Verset. - Vers toi Seigneur, j'ai crié. Mon Dieu ne te tais pas, ne t'éloigne pas de moi. Ps. XXVII. 7, 1.
Après l'Épître où Saint Paul affirme avec une telle assurance que si nous gardons l'Évangile du Christ ressuscité nous serons nous-mêmes ressuscités, cette parole vient sur les lèvres de l'Église avec un sens plus plein encore. Et refloruit caro mea évoque la résurrection des corps en pleine jeunesse; dès lors, en même temps qu'une action de grâces, c'est comme un chant d'espoir où s'exalte sa confiance renouvelée qu'elle fait monter vers le Seigneur. Toutefois, sachant tout ce qui l'entoure, elle lui demande de lui continuer son secours et la joie de sa présence.
La première phrase est une simple constatation mais où passent des accents de gratitude et de bonheur profond, notamment sur la double note de cor meum, sur le pressus de adjutus sum et sur le balancement si délicatement expressif de refloruit. De cette atmosphère heureuse, la louange jaillit alors au début de la seconde en un magnifique élan qui va droit à la dominante, plein d'une ardeur qui promet, avec enthousiasme. La prose même est renforcée sur mea, avec une nuance de gravité d'où rebondit le confitebor. C'est un bel accent de ferveur, qui descend vite dans le grave pour devenir, sur les broderies très simples de illi une sorte de contemplation, comme si l'âme demeurait fixée sur la louange qu'éternellement elle chantera devant la face du Sauveur aimé.
La formule de clamavi sert bien le mot. L'âme prend d'abord le temps d'évoquer les heures difficiles sur des balancements très calmes, puis le cri ardent monte. Il n'est pas angoissé; c'est la joie qui le pousse, une joie enthousiaste qui continue sur les beaux rythmes de la thésis. C'est encore elle qu'on rencontre au début de la phrase suivante sur Deus meus, en dépit du texte qui devient plus déprécatif. La prière n'est vraiment supplication que sur ne sileas: tout à fait à propos d'ailleurs. Le motif est très beau. Il se soude admirablement à la formule finale qui, elle aussi, a une nuance de gravité fort bien adaptée.
Chantez avec transport Dieu notre aide. Acclamez le Dieu de Jacob. Entonnez un psaume joyeux avec la cithare. Ps LXXX. 2, 3.
C'est une invitation discrète. Basée sur l'intonation de la formule psalmique du VIIe mode - elle est répétée trois fois - la mélodie ne dépasse la teneur du psaume que dans des détails d'ornement. Dans les deux première phrases, elle met seulement en relief, et par des motifs sans enthousiasme, adjutori et Deo Jacob. Ce n'est que sur psalmum qu'elle s'exalte un peu. Exaltation toute passagère d'ailleurs, car jucundum, sur le motif de adjutori, ramène tout de suite la discrétion. Le jubilus de cithara est caractéristique de cette joie fervente mais contenue, intérieure, qui ne perce que rarement et sur des mots choisis.
LE TEXTE Honore le Seigneur de ta substance, et des prémices de tes fruits, afin que soient remplies tes granges à satiété et que tes pressoirs débordent. Prov. III, 9, 10.
La première phrase, comme celle du Graduel, est très simple; invitation discrète sans expression particulière. Substantia tua est en fort relief, comme il convient; il s'agit de notre être, de notre vie. La seconde a plus d'élan mais demeure sans chaleur. C'est la troisième qui est la plus expressive. La mélodie s'élève ardente sur impleantur, et, sur horrea tua, s'élargit à la mesure des granges et des moissons. Il passe en outre dans tout ce mouvement un souffle de joie qui chante l'abondance heureuse du présent et de l'avenir. La dernière phrase est plutôt thétique mais chante fort bien aussi dans le grave, sur torcularia et sur redundabunt, les paroles riches de promesses pour l'année qui vient.
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