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Vendredi Saint Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Résumé du commentaire de cette messe par Dom Schuster, dans son oeuvre L'année liturgique.

Il n'est pas difficile de reconnaître que la messe actuelle des Présanctifiés, telle que nous l'ont transmise les Ordines Romani du XVIe siècle, et telle que nous la célébrons encore, se compose de trois parties distinctes, qui se superposent comme trois stratifications successives: ce qu'on appelle la messe des Catéchumènes, l'adoration de la sainte Croix et la sainte Communion.

L'action liturgique du vendredi saint n'a pas d'introït, conformément à l'usage antique, c'est-à-dire avant que le pape Célestin instituât les chants antiphoniques de la messe. C'est pourquoi, après une prière privée que les ministres sacrés font, chacun pour son propre compte, prosternés à terre devant l'autel, le lecteur monte à l'ambon et commence immédiatement le chant d'un passage d'Osée (VI, 1-6).


Après cela vient le répons, tiré du cantique d'Habacuc : « J'ai entendu, Seigneur, ce que vous m'avez fait comprendre, et j'en suis demeuré effrayé ; j'ai médité sur vos œuvres, et elles m'ont rempli de terreur. V. Vous vous révélerez entre deux animaux, un jour vous serez reconnu, et quand le moment sera arrivé vous vous manifesterez. V. Quand mon esprit sera troublé, alors même dans votre indignation vous n'oublierez pas la miséricorde. V. Le Seigneur arrivera du Liban, et le Saint viendra de la montagne ombragée et couvert d'arbustes. V. Sa gloire couvre tout le ciel, et la terre retentit de sa louange. »


La prière sacerdotale met fin à la psalmodie responsoriale. Le diacre, comme à l'ordinaire, la fait précéder de l'invitation : « Plions les genoux ». Et après une brève oraison privée, le sous-diacre ajoute : « Levez-vous. »


La lecture du livre de l'Exode vient ensuite (XII, 1-11). Après la lecture, on chante le psaume 139 (tractus) dans lequel sont décrits les sentiments de Jésus sur la croix. La troisième lecture est la Passion du Seigneur selon l'évangile de saint Jean (XVIII, 1-40 ; XIX, 1-42) qui, de préférence aux autres évangélistes, met en relief l'enseignement de Jésus dans ses colloques avec le gouverneur romain. Selon l'oracle du psalmiste, et vincas cum iudicaris, la divinité de Jésus ressort éclatante des réponses mêmes qu'Il donne à Pilate.


L'action liturgique du vendredi saint nous a conservé intacte l'antique prière litanique dont parle déjà saint Justin martyr, et qui, primitivement, suivait tous les jours la lecture de l'évangile. Comme dans les messes ordinaires des premiers siècles, venaient tout de suite après la litanie le baiser de paix et la présentation des offrandes sur l'autel, ainsi, d'une façon analogue, dans la cérémonie de ce jour, la prière devrait être suivie de la présentation des saintes espèces (= Présanctifiés) et de la communion. Ainsi en était-il effectivement à l'origine. Cependant, l'ordre primitif de la cérémonie fut altéré quand, vers le XIe siècle, l'on commença à reporter à ce moment l'adoration de la sainte Croix, qui, au début, était un rite tout à fait étranger à l'action eucharistique. On ne pourrait nier toutefois que cette glorification suprême de la sainte Croix, au milieu de la fonction de ce jour, ne soit fort à propos.


L'adoration du bois de la sainte Croix vient de la liturgie de Jérusalem où elle était déjà en usage vers la fin du IVe siècle. Bien plus, pendant longtemps, et en Occident également, cette adoration constitua pour ainsi dire la cérémonie la plus importante et la plus caractéristique, le point central vers lequel convergeait toute la liturgie de la sainte Parascève. « Ecce lignum Crucis, voici le bois de la croix ».

Tandis que le prêtre montre par trois fois au peuple la sainte Croix, l'on chante :

Le Prêtre : « Voici le bois de la Croix, auquel fut suspendu le salut du monde. »

Le Chœur : « Venez, adorons-le. »

Durant l'adoration on exécute le chant fort ancien du trisagion alterné avec les versets des Improperia. On appelle ainsi une série de reproches que Dieu adresse au peuple juif, pour l'ingratitude avec laquelle il a reçu les bienfaits du Seigneur. Le concept est certainement d'inspiration scripturaire, mais le texte semble emprunté à l'apocryphe d'Esdras (I, 13-24).

V. « Mon peuple, réponds-moi ; que t'ai-je fait ? En quoi t'ai-je contristé ? V. Parce que je t'ai tiré hors de l'Egypte, tu as préparé une croix à ton libérateur. »

Ier chœur : « Dieu saint. »

IIe chœur : « Dieu puissant. »

Tout le chœur : « Dieu immortel, ayez pitié de nous. »


Vient ensuite l'hymne magnifique composée par Venance Fortunat en l'honneur de la sainte Croix, quand la reine Radegonde en reçut, de Constantinople, une parcelle, qu'elle déposa dans son monastère de Poitiers, dédié pour cette raison à la sainte Croix : « Crux fidelis... ».

Selon les Ordines Romani, quand le divin Sacrement avait été déposé sur l'autel, on disait le Pater et on communiait ; plus tard on y ajouta, par plus grand respect, d'autres prières, qui donnèrent à ce rite des Sanctifiés une certaine apparence de messe. Selon les plus anciens Ordines Romani, même en ce jour le peuple s'approchait de la sainte Communion.

La Messe des Présanctifiés étant terminée, on ôte de l'autel la nappe et les chandeliers, comme cela se faisait dans l'antiquité chaque fois que le divin Sacrifice était achevé.

 

 
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