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Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.
L'Eglise fête aujourd'hui tous
ceux qui jouissent au ciel de la vision face à face de Dieu : le Christ,
sa Mère et, autour d'eux, les Anges, les Archanges, les Trônes, les
Dominations, les Principautés, les Puissances, les Vertus, les Chérubins, les
Séraphins, les Patriarches, les Prophètes, tous les justes de l'ancienne
loi ; les Apôtres, les Docteurs, les Confesseurs, les Anachorètes... tous
les élus enfin, de toute tribu, de toute langue, de toute nation.
La
Toussaint, c'est la fête de l'Eglise triomphante.
C'est encore quelque chose de
plus.
Parce que la vie qui vient du
Christ en eux fixe leur intelligence et leur volonté sur le même objet :
Dieu contemplé, aimé, glorifié, ces myriades et myriades d'esprits ne font
qu'un avec le Christ ; ils sont ses membres, son complément, son
achèvement ; ils sont du Christ, ils sont le Christ, Lui et eux, c'est ce
que Saint Augustin appelle le Christ total.
La
Toussaint, c'est la fête du Christ total, de la plénitude du Corps mystique ;
de tout le créé subsistant dans le Christ, réconcilié avec le Père par le sang
de la Croix et s'épanouissant en la louange de la gloire de sa grâce dont il
l'a gratifiée en son Bien-Aimé. C'est la fête du ciel, selon cette vision de
l'Apocalypse qui nous est lue à Matines et à la Messe et à travers laquelle
nous nous plaisons à évoquer, par delà le symbolisme des images splendides, la
liturgie de l'éternité.
Cette
fête de la création glorifiée, telle que nous la verrons éternellement, est
bien à sa place à la fin de l'année liturgique et dans le cycle des saints.
N'est-elle pas la conclusion des mystères du Christ et le témoignage de sa
vertu sanctificatrice ?
Le
1er Dimanche de l'Avent, nous chantons à vêpres : « Voici
le Seigneur qui vient et tous ses saints avec lui ».
Les
voici venus.
La
nuit de Noël sur le berceau de l'Enfant-Dieu, l'Eglise déclamait la prophétie
d'Isaïe : « Tu as multiplié le peuple et fait grande la joie... Ils se
réjouiront devant toi comme se réjouissent les moissonneurs, comme se
réjouissent les vainqueurs autour du butin conquis ». (Isaïe IX. 3.)
La
voici, la joie de la moisson et de la conquête.
Avant
de mourir le Christ avait dit : « Père, ceux que tu m'as donnés, je
veux que là où je suis, ils soient avec moi... Comme toi, Père, en moi et moi en
toi, qu'eux aussi soient en nous. » (Jean XVII. 22,21.)
Le
voici le rassemblement dans l'unité.
A
l'Ascension, commença de monter le cortège de la « captivité, captive de
l'amour » et le ciel de se remplir sous l'action de l'Esprit
sanctificateur.
Voici
le cortège clos - car la Toussaint, fête de l'éternité, enclot le passé et le
futur. - voici le ciel plein. « Ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés ;
ceux qu'il a appelé, il les a purifiés ; ceux qu'il a purifié, il les a
glorifiés. » (Rome. VIII. 20.)
La
fête, il va de soi, est célébrée dans une atmosphère de triomphe et
d'exaltation grandiose. C'est le ton notamment des antiennes des vêpres et des
hymnes de toutes les heures. A la messe toutefois cette exaltation se revêt de
nuances. La joie est plus
discrète, plus intérieure, avec cependant des élans d'enthousiasme dans
lesquels l'âme, à certains moments, se livre tout au souffle de l'admiration et
de l'espoir. (La fête est de deux siècles postérieure à Saint Grégoire mais
presque toutes les pièces de la messe sont empruntées à des offices primitifs.)
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