ANTON BRUCKNER
REQUIEM PSAUMES 112,114
Corydon Singers – Mattew Best
Label Hyperion
Ce disque, très bien réalisé, est à conseiller à des bruckneriens curieux. Les œuvres qu’il comporte ne sont pas parmi les plus jouées et enregistrées, même si le Requiem jouit d’une grande faveur outre-Rhin. Elles datent à peu près toutes d’une période où Bruckner était loin d’être l’accompli symphoniste qu’il deviendra. Ces partitions ont quelque chose de touchant.
Il ne faut pas y rechercher de grandes complexités polyphoniques, ni un travail transcendant sur l’architecture ou la couleur orchestrale. Ce sont des œuvres simples et c'est ce qui en fait leur vertu car elles contiennent en germe bien des aspects qui feront le style du grand maître.
Un immense compositeur est en train de naître : écoutons-le.
Écrit pour solistes, chœur, cordes et trois trombones, le REQUIEM en ré mineur date de 1849. Bruckner à 25 ans et vient de parachever ses études musicales. Il a déjà écrit un Requiem en 1845 qui a été perdu, et il existe des esquisses d’un troisième Requiem datées de 1875. Ce Requiem en ré est une œuvre attachante. Sans conteste, il y plane l’ombre de Mozart et de Michaël Haydn dont les deux Requiems sont des références dans le genre. Mozart, nous le trouvons dès le Kyrie avec cette entrée des voix sur un thème qui nous rappelle vaguement quelque chose. Requiem
Michaël Haydn, lui, est très présent dans le Dies irae avec ce fort balancement sur une rythmique à 3/4 que nous trouvons dans son Requiem en Do mineur.
Dies irae
Mais à travers ces réminiscences vont se dégager des pages totalement originales comme ce beau Domine Jesu à la mélodie limpide, suivi du chœur a capella aux accents de chant populaire bavarois, le tout couronné par une fugue parfaitement menée.
Domine Jesu Christe
Déjà le jeune Bruckner maîtrise le sens des éclairages contrastés à l’intérieur d’un même mouvement, comme dans le Hostias, composition d’une grande originalité avec son choral de trombones suivi du chœur a capella amenant la double fugue Quam olim Abrahae qui n’est pas sans rappeler Mozart.
Quam olim Abrahae
Que de belles choses dans ce Requiem comme le poignant Agnus à la pulsation lancinante, où les voix solistes vont se succéder dans une mélodie magnifique, moment de grande intériorité précédant le silence recueilli du Requiem aeternam, confié au chœur a capella. Tout cela est très bien chanté et merveilleusement bien dosé.
Agnus Dei
Le PSAUME 114 pour chœur à 5 parties et 3 trombones nous est donné pour la première fois. L’œuvre date de 1852. Le manuscrit qu’en a laissé Bruckner est peu clair et par moments parcellaire, le maître se promettant sans doute de le retravailler ultérieurement. Mattew Best a fait une mise au net de cette partition afin qu’elle puisse être exécutée. L’œuvre est austère, évoque la musique ancienne avec la présence des trombones, l'écriture chorale faisant alterner homophonie et polyphonie qui témoigne déjà d’une grande maîtrise dans le conduit des voix. Psaume 114
Le PSAUME 112 date de 1863. Il est écrit pour double chœur et orchestre. C’est un chant de jubilation avec Alleluia conclusif. Toute la partition est soutenue par une rythmique dansante et une thématique qui dégage une joie enfantine. Cette partition d’une écriture chorale inventive, à la structure homogène et resserrée est très riche quant à son traitement harmonique. Psaume 112