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Bruckner constitue un cas rare dans l’histoire de la musique car toute son œuvre s’adresse à Dieu et n’est autre qu’une immense action de grâce. Isolé dans ce XIXe siècle au milieu de la déferlante romantique, sa musique, surtout ses symphonies, était incomprise. « On veut que j’écrive autrement. Je pourrais bien, mais je ne dois pas. Dieu m’a distingué entre des milliers et m’a donné ce talent à moi, justement à moi. Je devrai lui en rendre compte. Comment pourrais-je me présenter devant Notre Seigneur si j’ai obéi aux autres et pas à Lui. » Voilà ce qu’était cet homme dans sa réalité et son opiniâtreté qui ne le fit jamais changer de direction. Toute sa musique, même instrumentale – ses 11 monumentales symphonies – n’est qu’une louange à son Créateur. « A.M.D.G » était la dédicace qu’il plaçait en tête de ses partitions, ou « dem lieben Gott » pour sa 9e symphonie. Et ses « infinies longueurs » dont on parle souvent ne sont ni plus ni moins qu’un temps d’extase et d’adoration. Le temps brucknerien n’a rien a voir avec le temps compté : c’est le temps de l’Eternité. Dans sa musique proprement liturgique nous observons la même intemporalité, avec absence de tout élément illustratif (pas d'agitation intempestive dans les Resurrexit) une opposition totale à l’esthétique subjective des romantiques. Bruckner, à travers un langage harmonique très audacieux vise à un retour à la tradition liturgique.
Commencé à partir du 3 mai 1881, le Te Deum fut créé à Vienne dans une version à deux pianos sous la direction de Bruckner, puis joué avec orchestre le 10 juin 1886. Ce fut un grand succès. Cette partition est contemporaine de la 7e symphonie dont elle partagera certains thèmes. De construction symétrique, le Te Deum est divisé en cinq sections qui auront de nombreux thèmes en commun. L’œuvre s’ouvre sur une entrée vigoureuse des cordes avec une cellule rythmique de quatre notes qui sillonnera presque toute la partition – procédé cher à Bruckner. Cette première partie du Te Deum est violente et jubilatoire, utilisant des enchaînements harmoniques assez abrupts, rehaussés par des timbres orchestraux très contrastés.
Introduction du Te DeumLe Te ergo, confié au ténor et au violon solo va installer un climat extatique avec l’entrée du chœur à capella sur une nappe de trombones et de tubas. Très souvent Bruckner fait alterner les solistes avec le chœur dans des dynamiques extrêmes, comme ce pianissimo du Miserere nostri, l’In te Domine speravi confié au chœur a capella qui sera suivi de la double fugue magistrale qui conclue l’œuvre, utilisant deux thèmes de la 7è, s’élevant dans des tonalités ascendantes et crescendo pour la plus grande gloire de Dieu.
Te ergo (ténor)Cette partition à l’impressionnante architecture et aux couleurs si variées est très bien mise en valeur dans cet enregistrement.
Bruckner écrivit 6 messes, sans compter sa messe de Requiem, 3 dites de jeunesse et les trois « grandes messes » de la maturité, en ré en mi, en fa, numérotées respectivement 1, 2 et 3 ; trois œuvres immenses et de caractère différent.
La messe n° 1, portant la même dédicace que le Te Deum « A.M.D.G », fut écrite de juillet à septembre 1864 et crée à la cathédrale de Linz le 20 mai 1864 sous la direction de Bruckner. Elle remporta un grand succès et l’évêque qui célébrait avoua qu’il en fut déconcentré. Pour cette première messe d’ampleur symphonique, Bruckner réussit magnifiquement à installer ce climat de ferveur et de piété intense qui le caractérise. Dès le Kyrie qui s’élève peu à peu, majestueux, avec ses voix tutti ou solistes pris dans la texture de l’orchestre dans une fusion totale nous sommes plongés dans la prière.
KyrieToute cette partition est remarquable quant à ce rapport particulier des voix qui s’insèrent dans la trame orchestrale où harmonie et polyphonie sont imbriquées. Le Credo en est un bel exemple.
CredoLa MESSE N° 2 en mi mineur va nous plonger dans une autre atmosphère. Hommage à Josquin, Lassus, Palestrina, cette messe est écrite pour double chœur et 15 instruments à vent. Composée en 1866, exécutée en 1869, c’est une partition étonnante. Pas de cordes, pas d’orgue ni de solistes, c’est l’austérité, le style sévère de la Renaissance dans une écriture contrapuntique resserrée, un langage harmonique très audacieux et une tension vocale extrême. Humilité et dépouillement, cette œuvre est une véritable ascèse. Le Kyrie avec son entrée des voix si caractéristique évoque immédiatement les grands polyphonistes du XVIe.
KyrieTout le début de cette messe est d’une haute spiritualité et le conduit des voix d’une rare pureté. Quant au Sanctus, basé sur un thème de la Missa brevis de Palestrina, il va se développer crescendo dans un canon à deux parties au contrepoint à huit voix et constitue l’un des sommets de l’écriture brucknerienne.
SanctusEt bien des années plus tard, le pape Pie XII, qui savait reconnaître ses brebis et leurs œuvres, ne s’y est pas trompé car c’est cette messe qu’il choisit et fit exécuter à Saint Pierre de Rome le 15 juin 1952, tout en donnant également l’autorisation pour que soit jouée la 9e symphonie dans la cathédrale Saint Etienne de Vienne, ce qui constituait une première pour une œuvre non liturgique.
Egalement le translucide Sanctus qui ouvre sur la formidable construction de l’Agnus utilisant les thèmes entendus dans le Kyrie, le Gloria et le Credo en le développant.
Sanctus
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