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Polyphonic Chant arrow Bruckner: Messes (3 CD)

 

Bruckner: Messes (3 CD)

Price: 38,50 €

ANTON BRUCKNER (1824 – 1896)
MESSES EN RE MINEUR, MI MINEUR, FA MINEUR
TE DEUM

Corydon singers, Corydon orchestra – Mattew Best
3 CD
Label Hyperion

Le label Hyperion nous offre là une très belle interprétation de la musique de Bruckner, sous l’impulsion de leur chef Mattew Best. Solistes, chœur et orchestre servent magnifiquement l’œuvre du maître. Au Te Deum et aux trois messes s’ajoutent 2 Aequalis, un Libera me et psaume 150.

Bruckner constitue un cas rare dans l’histoire de la musique car toute son œuvre s’adresse à Dieu et n’est autre qu’une immense action de grâce. Isolé dans ce XIXe siècle au milieu de la déferlante romantique, sa musique, surtout ses symphonies, était incomprise. « On veut que j’écrive autrement. Je pourrais bien, mais je ne dois pas. Dieu m’a distingué entre des milliers et m’a donné ce talent à moi, justement à moi. Je devrai lui en rendre compte. Comment pourrais-je me présenter devant Notre Seigneur si j’ai obéi aux autres et pas à Lui. » Voilà ce qu’était cet homme dans sa réalité et son opiniâtreté qui ne le fit jamais changer de direction. Toute sa musique, même instrumentale – ses 11 monumentales symphonies – n’est qu’une louange à son Créateur. « A.M.D.G » était la dédicace qu’il plaçait en tête de ses partitions, ou « dem lieben Gott » pour sa 9e symphonie. Et ses « infinies longueurs » dont on parle souvent ne sont ni plus ni moins qu’un temps d’extase et d’adoration. Le temps brucknerien n’a rien a voir avec le temps compté : c’est le temps de l’Eternité. Dans sa musique proprement liturgique nous observons la même intemporalité, avec absence de tout élément illustratif (pas d'agitation intempestive dans les Resurrexit) une opposition totale à l’esthétique subjective des romantiques. Bruckner, à travers un langage harmonique très audacieux vise à un retour à la tradition liturgique.


Le TE DEUM. « Lorsque mon Dieu me rappellera enfin et me demandera : Qu’as-tu fait du talent que je t’ai donné, mon fils ? Je lui présenterai la partition de mon Te Deum et j’espère qu’il me jugera avec clémence. »

Commencé à partir du 3 mai 1881, le Te Deum fut créé à Vienne dans une version à deux pianos sous la direction de Bruckner, puis joué avec orchestre le 10 juin 1886. Ce fut un grand succès. Cette partition est contemporaine de la 7e symphonie dont elle partagera certains thèmes. De construction symétrique, le Te Deum est divisé en cinq sections qui auront de nombreux thèmes en commun. L’œuvre s’ouvre sur une entrée vigoureuse des cordes avec une cellule rythmique de quatre notes qui sillonnera presque toute la partition – procédé cher à Bruckner. Cette première partie du Te Deum est violente et jubilatoire, utilisant des enchaînements harmoniques assez abrupts, rehaussés par des timbres orchestraux très contrastés.

Introduction du Te Deum

Le Te ergo, confié au ténor et au violon solo va installer un climat extatique avec l’entrée du chœur à capella sur une nappe de trombones et de tubas. Très souvent Bruckner fait alterner les solistes avec le chœur dans des dynamiques extrêmes, comme ce pianissimo du Miserere nostri, l’In te Domine speravi confié au chœur a capella qui sera suivi de la double fugue magistrale qui conclue l’œuvre, utilisant deux thèmes de la 7è, s’élevant dans des tonalités ascendantes et crescendo pour la plus grande gloire de Dieu.

Te ergo (ténor)

Cette partition à l’impressionnante architecture et aux couleurs si variées est très bien mise en valeur dans cet enregistrement.


LES MESSES
Après les messes de Bruckner, la messe latine ne donnera plus aucun chef-d’œuvre. Il faudra attendre des décennies, Zoltan Kodaly et sa Missa in tempore belli pour retrouver un compositeur habité par l’écriture sacrée.

Bruckner écrivit 6 messes, sans compter sa messe de Requiem, 3 dites de jeunesse et les trois « grandes messes » de la maturité, en ré en mi, en fa, numérotées respectivement 1, 2 et 3 ; trois œuvres immenses et de caractère différent.

La messe n° 1, portant la même dédicace que le Te Deum « A.M.D.G », fut écrite de juillet à septembre 1864 et crée à la cathédrale de Linz le 20 mai 1864 sous la direction de Bruckner. Elle remporta un grand succès et l’évêque qui célébrait avoua qu’il en fut déconcentré. Pour cette première messe d’ampleur symphonique, Bruckner réussit magnifiquement à installer ce climat de ferveur et de piété intense qui le caractérise. Dès le Kyrie qui s’élève peu à peu, majestueux, avec ses voix tutti ou solistes pris dans la texture de l’orchestre dans une fusion totale nous sommes plongés dans la prière.

Kyrie

Toute cette partition est remarquable quant à ce rapport particulier des voix qui s’insèrent dans la trame orchestrale où harmonie et polyphonie sont imbriquées. Le Credo en est un bel exemple.

Credo

La MESSE N° 2 en mi mineur va nous plonger dans une autre atmosphère. Hommage à Josquin, Lassus, Palestrina, cette messe est écrite pour double chœur et 15 instruments à vent. Composée en 1866, exécutée en 1869, c’est une partition étonnante. Pas de cordes, pas d’orgue ni de solistes, c’est l’austérité, le style sévère de la Renaissance dans une écriture contrapuntique resserrée, un langage harmonique très audacieux et une tension vocale extrême. Humilité et dépouillement, cette œuvre est une véritable ascèse. Le Kyrie avec son entrée des voix si caractéristique évoque immédiatement les grands polyphonistes du XVIe.

Kyrie

Tout le début de cette messe est d’une haute spiritualité et le conduit des voix d’une rare pureté. Quant au Sanctus, basé sur un thème de la Missa brevis de Palestrina, il va se développer crescendo dans un canon à deux parties au contrepoint à huit voix et constitue l’un des sommets de l’écriture brucknerienne.

Sanctus

Et bien des années plus tard, le pape Pie XII, qui savait reconnaître ses brebis et leurs œuvres, ne s’y est pas trompé car c’est cette messe qu’il choisit et fit exécuter à Saint Pierre de Rome le 15 juin 1952, tout en donnant également l’autorisation pour que soit jouée la 9e symphonie dans la cathédrale Saint Etienne de Vienne, ce qui constituait une première pour une œuvre non liturgique.


Après avoir été hospitalisé en 1867 pour une grave dépression nerveuse, Bruckner commença la MESSE N° 3 en fa mineur, messe en action de grâce, fresque immense, colossal ex voto. Cette dernière messe, par son ampleur, la manière dont sont développés les thèmes, le travail sur la pâte sonore, l'imbrication de l’espace vertical et horizontal, ouvre totalement sur les grandes symphonies qui célèbreront la gloire de Dieu. Partition très riche dans sa thématique, il n’est qu’à écouter le magnifique Credo, point central de la partition, brillant de tant de facettes opposées, où masse et transparence alternent comme la partie de ténor et de violon alto précédant la monumentale fugue finale.
Credo

Egalement le translucide Sanctus qui ouvre sur la formidable construction de l’Agnus utilisant les thèmes entendus dans le Kyrie, le Gloria et le Credo en le développant.

Sanctus
Agnus

Le PSAUME 150 est la dernière œuvre religieuse écrite par Bruckner et date de 1882. Elle partage avec le Te Deum le même caractère jubilatoire. C’est un chant de triomphe qui contient des moments de grande beauté comme le solo de violon qui introduit le chant de la soprano.

Ce coffret contient encore trois petites merveilles de sobriété et de concision, pour un service funèbre idéal : les 2 Aequalis qui encadrent le Libera me. Ecrites pour chœur et trois trombones, ces petites pièces stupéfiantes nous plongent dans une atmosphère Renaissance pleine de gravité et de simplicité.
Aequalis
Libera me

Un très beau coffret et une interprétation de grande qualité.

Alain Maurel

© musique-liturgique.com
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48h.gif


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